G.-E. Müller, La psychophysique des sensations visuelles G.-E. Müller, Sur les sensations visuelles produites par le courant galvanique - compte-rendu ; n°1 ; vol.4, pg 487-501

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L'année psychologique - Année 1897 - Volume 4 - Numéro 1 - Pages 487-501
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Publié le : vendredi 1 janvier 1897
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Victor Henri
G.-E. Müller, La psychophysique des sensations
visuelles__**__G.-E. Müller, Sur les sensations visuelles
produites par le courant galvanique
In: L'année psychologique. 1897 vol. 4. pp. 487-501.
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Henri Victor. G.-E. Müller, La psychophysique des sensations visuelles__**__G.-E. Müller, Sur les sensations visuelles
produites par le courant galvanique. In: L'année psychologique. 1897 vol. 4. pp. 487-501.
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ses expériences n'ont probablement pas une habitude de"pouvoir
maintenir son regard fixe comme Kries, par conséquent nous nous
permettons de douter de l'exactitude des résultats de l'auteur. Nous
avons en effet devant nous le choix : ou bien les expériences
de Kries sont inexactes, ou bien celles de l'auteur le sont ;
l'auteur lui-même ne s'est pas bien rendu compte de cette divergence
entre ses résultats et ceux de Kries, il aurait dû chercher quelle pouv
ait être la cause de cette divergence, et s'il affirme que ses propres
expériences ne sont pas sujettes à des causes d'erreurs, il devrait au
moins dire à quoi il pense qu'est due l'erreur dans les expériences de
Kries.
3° L'auteur a enfin fait beaucoup de déterminations sur le seuil
pour les différentes couleurs, lorsque celles-ci sont mélangées à la
couleur blanche ; un disque rotatif était composé d'un secteur dans
lequel étaient collées des feuilles de gélatine colorées, et d'un secteur
qui était découpé dans le carton du disque, de sorte que lorsqu'on
faisait tourner ce disque devant une lampe, on obtenait un mélange
de rayons blancs avec des l'ayons colorés. L'auteur a déterminé la
grandeur minimum qu'il fallait donner au disque coloré pour qu'on
perçoive la couleur. Ces déterminations ont été faites trois
couleurs, le rouge, le vert et le bleu, pour la vision directe ou indi
recte.
Nous ne rapportons pas les résultats numériques, ils n'ont pas
d'importance puisque la source lumineuse avec laquelle on faisait les
expériences n'est pas déterminée au point de vue de l'intensité et
qu'on ne connaît pas le degré d'intensité du rouge ou des autres
couleurs qui passait à travers les feuilles de gélatine; il aurait fallu
faire des déterminations quantitatives sur le pouvoir d'absorption de
ces feuilles de gélatine, alors seulement les chiffres rapportés peuvent
avoir une portée plus générale.
Nous avons terminé notre longue revue des recherches principales
faites sur la vision des couleurs l'année dernière ; nous avons vu que
les principales recherches appartiennent à Kries, cet auteur a donné
aux études sur la vision des couleurs une direction nouvelle; en lisant
ses travaux ainsi que ceux de ses élèves, on voit les raisons théoriques
qui ont conduit à telle ou telle autre expérience, tout s'enchaîne dans
ces études et chacune d'elles vient soit pour apporter des arguments
nouveaux pour la théorie de Kries, soit pour servir de contrôle et
de critique à des résultats acquis dans des études précédentes.
Victor Henri.
G.-E. MÜLLER. — Zur Psychophysik der Gesichtsempfindungen (La
Psychophysique des sensations visuelles). Zeitsch. f. Psych. u. Phys.
d. Sinn., X, p. 1-82 et 320-413 ; XIV, p. 1-76 et 160-192. 488 ANALYSES
G.-E. MÏJLLER. — Ueber die galvanischen Gesichtsempfindungen (Sur
les sensations visuelles produites par le courant galvanique) . Zeitsch.
f. Psych. u. Phys. d. Sinn., XIV, p. 329-374.
Il existe à l'époque présente deux théories principales de la vision
des couleurs : Tune, la plus ancienne, développée d'abord par Young
et Helmhollz et qui a été modifiée ensuite par plusieurs physiologistes
en particulier par Donders, König et Kries admet dans la rétine la
présence de certaines substances chimiques dont chacune correspond
à une seule couleur (rouge, vert, bleu) ; de sorte que lorsqu'un rayon
lumineux tombe sur la rétine une ou plusieurs de ces substances sont
décomposées, et c'est cette décomposition qui donne lieu à une
certaine sensation de couleur , c'est la théorie des composantes
(Componententheorie). L'autre théorie principale a été ébauchée par
Mach en 1865 et puis développée par Hering en 1872, c'est la théorie
des processus antagonistes de la rétine ; il existerait dans la rétine
trois substances chimiques complexes telles que sous l'influence de
certains rayons colorés ces substances soient décomposées, tandis que
sous l'influence d'autres rayons elles recomposées ; chacune de
ces substances correspond à deux sensations colorées différentes
(rouge-vert, jaune-bleu, blanc-noir). Cette théorie a été défendue par
beaucoup de physiologistes. Depuis environ quinze années les recher
ches expérimentales sur les sensations visuelles chez les normaux et
chez des individus atteints de cécité pour les couleurs, ont conduit à
un très grand nombre de discussions de ces deux groupes de théories.
Il semblait que la théorie de Hering allait prédominer, mais Kries et
König ont publié de nouvelles expériences analysées plus haut, ainsi
que dans les années précédentes, qui ne sont pas expliquées par la
théorie de Hering telle qu'elle se trouve développée par ce physiolog
iste.
Par conséquent, d'une part les recherches expérimentales très nom
breuses faites par les partisans des différentes théories, d'autre part
les progrès de la chimie et surtout de la photochimie, exigeaient
qu'on reprenne à nouveau les différentes théories, qu'on les critique,
et qu'on construise une théorie qui puisse englober dans son ensemb
le tous les laits psychologiques, physiologiques, pathologiques, hys-
tologiques etchimiquesacquis jusqu'ici sur la vision des couleurs, sur
la structure de la rétine et sur l'influence chimique des rayons lumi
neux. C'est à un essai de ce genre que nous avons affaire dans le tra
vail important du professeur de Göttingue, G.-E. Müller. Le but
de ce travail montre donc déjà combien la tâche est difficile et com
pliquée; il faut savoir se limiter dans les citations, tout en ayant
présente à l'esprit la masse énorme de faits acquis sur la vision des
couleurs; ilfaut de plus, dans un pareil travail, bien mettre en lumière
la part qui revient à l'hypothèse, ce qui résulte de ces hypothèses et
ce qui est démontré. Le travail présent remplit à perfection ces deux VISUELLES 489 SENSATIONS
exigences; l'auteur a su ne citer que les faits strictement nécess
aires, et puis par des raisonnements d'une logique très précise il a
délimité très soigneusement la part de l'hypothèse et celle de l'expé
rience et de l'observation.
L'auteur commence par l'exposition des axiomes sur lesquels
repose la psychophysique, c'est-à-dire cette science qui a pour but
d'étudier les lois suivant lesquelles les processus psychiques dépendent
des processus physiques de l'organisme. Le nombre de ces axiomes
fondamentaux est cinq ; on aurait certainement pu en réunir plu
sieurs ensemble, ce n'est là qu'une simple convention.
1° A chaque processus psychique correspond un certain processus
matériel, appelé psychophysique, sans lequel le
psychique ne peut pas avoir lieu.
2° A une égalité, à une ressemblance et à une différence entre
plusieurs processus psychiques correspondent une égalité, une re
ssemblance et une différence des processus psychophysiques, et récipr
oquement.
3° Lorsqu'une sensation (on aurait pu aussi dire d'une manière
générale processus psychique) est modifiée suivant des directions dif
férentes, les psychophysiques correspondants sont aussi
modifiés suivant des directions différentes; exemple : je puis passer
du rouge au blanc par des modifications de direction très différentes,
ainsi en passant par le bleu, ou en passant par le jaune, ou enfin
directement en diminuant de plus en plusla quantité de rouge; à ces
trois directions différentes correspondent aussi trois directions diff
érentes suivant lesquelles sera modifié le processus psychophysique du
rouge.
4° Les directions suivant lesquelles on peut modifier une sensation
sont de différents genres : si cette direction est telle qu'en la conti
nuant on arriverait à l'absence de la sensation, on dit que cette modif
ication est une diminution de Y intensité, la direction contraire est
appelée augmentation de l'intensiLé de la sensation. De toutes les
modifications qui amènent une disparition de la sensation il en est
une qui est la ligne la plus courte, c'est-à-dire pour laquelle la sensa
tion initiale passe jusqu'au zéro par un nombre minimum d'étals
intermédiaires, c'est la modification pure de l'intensité ; une modifi
cation qui étant prolongée ne conduit pas à la disparition de la sen
sation est dési gnée par le nom de qualitative. Après cette définition
de la qualité et de l'intensité on peut énoncer le quatrième axiome :
à une modification qualitative de la sensation correspond une modif
ication qualitative du processus psychophysique correspondant; à
une d'intensité de la sensation une modifi
cation de l'intensité^ du psychophysique.
Ces axiomes se trouvent en contradiction avec la loi psychophys
ique que Hering a formulée et sur laquelle repose en grande partie la
théorie de Hering; cette loi est la suivante : Des processus psycho- ■
490 ANALYSES
physiques (c'est à-dire matériels) de grandeurs différentes peuvent
donner lieu à une même sensation, puisque ce ne sont pas les valeurs
absolues de ces processus qui importent, mais leurs valeurs relatives.
La théorie de G.-E. Müller n'exige pas l'admission de cette loi, qui
se trouve donc rejetée.
5° Les processus psychophysiques peuvent être de deux sortes :
élémentaires et complexes, c'est-à-dire composés de plusieurs pro
cessus élémentaires; à ces processus complexes correspondent les
mélanges de sensations. Une question se pose : connaissant la nature
et l'intensité des processus psychophysiques mélangés, quelle sera
la qualité de la sensation qui résultera de ce mélange ? Supposons
d'abord que les deux processus mélangés sont d'in
tensités a et b et qu'ils soient complètement différents l'un de. l'autre;
soient de plus a la sensation provoquée par a tout seul et (8 la sensa
tion correspondante à b; enfin soit \x la sensation résultant du
mélange a -\- b. Désignons par Ajjtx le degré de ressemblance de la
sensation \x avec a, et Ajjl/3 le degré de ressemblance de \x ayec |3. Le
cinquième axiome admet que la ressemblance AjJia est égale au rap
port — — - , et la ressemblance AutS est égale à — —y . Lorsque b est
égal à 0, le premier rapport est égal à 1 et le second est égal à 0.
Prenons un exemple; supposons qu'on mélange par une rotation
rapide un secteur noir de n degrés et un secteur blanc de b degrés,
on obtiendra une certaine sensation de gris. Le degré de ressem
blance de ce gris avec le blanc pur sera exprimé par le rap
r port -r b -j-n et le degré n de ressemblance de ce D gris avec le noir sera
Tl exprimé par le rapport - — — - — . On sait que Hering exprime la re
ssemblance du gris avec le blanc par le rapport — ; cette formule
ne peut pas être admise, puisqu'elle est en contradiction avec les
fails.
Nous avons supposé que les deux processus a et b étaient complè
tement différents l'un de l'autre ; le plus souvent cela n'a pas lieu, il
y a une certaine ressemblance entre eux. Désignons par Aaß le degré
de ressemblance entre les sensations a et 8, les formules précédentes
se trouveront modifiées. Le degré de ressemblance de jx avec a sera
d'après l'axiome présent égal à A[jta =• — , ; , et de même
b + Aaß. a
+
Cet axiome peut facilement être étendu à un nombre quelconque
de composantes. La représentation mathématique doit être comprise
seulement comme une symbolique qui facilite beaucoup
l'expression; il serait en effet assez compliqué d'exprimer les formules
précédentes seulement avec les mots. Donnons comme exemple'une :
SENSATIONS VISUELLES 491
application aux mélanges de différentes couleurs avec le gris, cela
nous permettra d'établir d'une manière précise la signification de
l'expression de clarté spécifique d'une couleur.
Supposons qu'on ait un certain gris dont la clarté (ressemblance
avec le blanc) est égale à , , et ajoutons à ce gris un processus
psychophysique coloré d'intensité /'; soit C la ressemblance avec le
blanc de la couleur o correspondant à /", cette est
appelée clarté spécifique de la couleur o.
La du mélange obtenu sera exprimée par le rap-
port -r— — -j—„; cette clarté sera plus grande que la clarté du
gris I-, — — ), lorsque C sera plus grand que —r-, — -, c'est-à-dire
lorsque la clarté spécifique de la couleur © sera supérieure à la clarté
du gris. Il y a donc là un moyen de déterminer expérimentalement
la valeur de la clarté spécifique d'une couleur. On prendra toujours la
même quantité de la couleur, par exemple 40° de bleu, et on mélan
gera cette quantité avec différents gris; on composera par exemple
des disques se composant de
40" bleu + 200> noir + 120" blanc
40" + 240" + 80"
40» bleu + 300" noir -j- 20" blanc
et on comparera chacun de ces disques rotatifs avec les disques gris
ayant
225" noir + 135" blanc
270" -j- 90°
337u,5 noir + 22°,5 blanc
dans lesquels les rapports du blanc au noir sont les mêmes; on obser
vera les différences de clartés entre les disques colorés et les disques
gris; si le troisième disque coloré paraît plus clair que le troisième
disque gris et que, pour les deux premiers disques, le contraire ait
lieu, on pourra en conclure que la clarté spécifique du bleu employé
est supérieure à la clarté du troisième gris (337°, 5 noir + 22°, 5 blanc].
On trouve de cette manière que la clarté est la plus forte
pour le jaune, puis vient le rouge, puis le vert, et en dernière ligne le
bleu.
Ce cinquième axiome a une importance très grande; nous venons
de voir qu'il permet de préciser des termes aussi vagues et discutés
comme la clarté spécifique des couleurs; il permet aussi de se rendre
compte d'un grand nombre de faits observés sur le mélange des cou
leurs; puis surtout la représentation mathématique est d'un grand
secours lorsqu'on veut prévoir d'avance ce que donnera tel ou tel
autre mélange de couleurs, et aussi lorsqu'on veut obtenir par un
mélange un certain effet déterminé; je n'insiste pas sur ces points
que chacun peut facilement développer lui-même. ANALYSES 492
Ces axiomes étant posés, passons aux sensations visuelles. L'auteur
s'arrête d'abord longuement sur la signification de Y intensité des
sensations de couleur; on sait que certains auteurs (Hillebrand par
exemple) ont nié l'existence de variations d'intensité dans les sensa
tions visuelles, il n'y aurait d'après eux que des variations de qualité.
L'auteur critique ces théories, il montre qu'on doit absolument
admettrel'existence de variations d'intensité; puis il porte l'attention
sur ce fait que dans une sensation visuelle il faut distinguer l'inten
sité, la qualité, la clarté et la « force d'attraction » (Eindringlichkeit);
cette dernière a été généralement méconnue et confondue avec l'i
ntensité ou la clarté; on remarque pourtant que si on présente simul
tanément plusieurs couleurs pendant un temps très court, l'attention
est « attirée » par l'une d'entre elles plus fortement que par les
autres ; cette force d'attraction qui n"a pas été étudiée jusqu'ici
semble ne pas dépendre exclusivement de l'intensité, la qualité de
la couleur y joue un certain rôle, et puis certains lacteurs psychiques
entrent ici aussi en jeu.
C'est l'étude des qualités des sensations visuelles qui a le plus d'im
portance pour la théorie. Si on considère les différents changements
qualitatifs dans les diverses sensations, on voit nettement que ces
changements qualitatifs, ces « séries qualitatives », peuvent être de
deux sortes : limitées ou illimitées ; exemples : les différentes sensa
tions de gris comprises entre le blanc et le noir forment nécessair
ement une série limitée qui ne peut pas être étendue indéfin
iment ; au contraire, les sensations auditives correspondant à des
nombres de vibrations différents forment une série illimitée. En
vertu des axiomes précédents on doit admettre que la même distinc
tion des séries limitées nécessairement et des séries illimitées existe
pour les processus psychophysiques. Or comment un processus psy
chophysique peut-il changer de qualité ? De deux manières : soit que
un ou plusieurs éléments de ce processus changent de qualité, soit
que deux éléments de ce processus changent d'intensité, et c'est alors
le rapport ou la différence de ces intensités variables qui constitue le
changement qualitatif du processus psychophysique. Donnons un
exemple simple de ce deuxième genre de changement : supposons que
le processus psychophysique est représenté par une solution aqueuse
de chlorure de sodium et de chlorure de potassium (c'est bien entendu
seulement un exemple fictif), la qualité de cette solution changera
lorsque les proportions de NaCl et de KC1 changeront, par consé
quent l'élément NaCl sera changé quantitativement, de même aussi
KC1 ; le tout sera un changement qualitatif; précisons encore plus et
considérons les solutions suivantes :
; 0,001 NaCl -f 0,999 KC1; 0,01 NaCl + 0,99 KC1; 0,1 NaCl + 0,9 KC1;
0,2 -f 0,8 KC1, 0,999 NaCl + 0,001 KC1,
Ces solutions forment une série qualitative continue, et cette série SENSATIONS VISUELLES 493
est nécessairement limitée d'un côté par la solution de K.C1 seulement
et de l'autre côté par la solution de NaCl. Cet exemple nous rap
proche donc de la notion de séries qualitatives limitées.
Nous sommes donc ainsi conduit à admettre que lorsque la série
des variations qualitatives d'une sensation est limitée (exemple gris),
les changements qualitatifs du processus psychophysique correspon
dant sont produits par le changement d'intensité de deux (ou plu
sieurs) éléments de ce processus. Or en examinant les changements
qualitatifs des sensations visuelles on voit que ce sont toujours des
séries limitées, et de plus le nombre de ces séries limitées différentes
est égal à trois : série du blanc au noir, du rouge au vert et du jaune
au bleu. A chacune de ces séries de changements qualitatifs de la
sensation correspondent deux processus chimiques de la rétine tels
que le rapport de leurs intensités varie d'une manière continue. A la
suite d'une discussion très longue sur la nature des différentes séries
qualitatives dans les sensations visuelles, l'auteur arrive à la conclu
sion générale qui forme la base de sa théorie que la totalité des sensa
tions visuelles repose sur six processus chimiques de la rétine ; ces six
processus différents correspondent aux sensations de blanc, noir, rouge,
vert, jaune et bleu.
Cette conclusion générale repose : 1IJ sur les axiomes psychophys
iques ; 2° sur l'hypothèse que les processus de la rétine sont de
nature chimique ; 3° sur l'hypothèse que tout changement qualitatif
continu et rectiligne dans l'excitation du nerf optique correspond, à
un changement qualitatif continu et rectiligne des processus ch
imiques de la rétine ; enlin 4° sur l'hypothèse que les séries de chan
gements qualitatifs des sensations visuelles peuvent être reconnues
par notre conscience. L'auteur discute longuement cette quatrième
hypothèse et montre que nous pouvons très bien arriver à distinguer
différentes directions dans les changements qualitatifs des sensations
visuelles ; il discute la nature de ces changements qualitatifs et cri
tique la théorie de Wundt d'après laquelle les noms des couleurs
principales seraient en rapport avec les objets colorés les plus répan
dus dans la nature. Nous ne pouvons pas entrer ici dans ces diff
érentes discussions qui ne constituent pas les points fondamentaux de
la théorie de G. -H. Müller.
L'observation de tous les jours nous apprend qu'il existe des sensa
tions rouge-jaune, jaune-vert, vert-bleu et bleu-rouge, et qu'au con
traire il n'existe pas de sensations rouge-vert et jaune-bleu: c'est-à-
dire que lorsque deux rayons lumineux, dont l'un tout seul provoque
une sensation de rouge pur et l'autre tout seul provoque la sensa
tion de vert pur, sont mélangés ensemble, ils donnent lieu aune
sensation de rouge blanchâtre ou de vert blanchâtre ou de blanc ;
jamais on n'a de sensation qui présente en même temps un certain
degré de ressemblance avec le rouge et le vert. (La même chose est
relative au jaune et bleu.) Ce fait conduit l'auteur à admettre que 494 ANALYSES
toute lumière colorée possède à côté de sa valeur colorée {chromati
sche Valenz) une certaine valeur blanche, c'est-à-dire qu'elle agit avec
une certaine intensité sur le processus chimique correspondant à la
sensation de blanc. De plus les chimiques du rouge et du
vert, ainsi que ceux du jaune et du bleu, se trouvent dans un certain
antagonisme l'un par rapport à l'autre, c'est-à-dire qu'une lumière
rouge produit dans la rétine une influence chimique opposée à celle
qui est produite par une lumière verte ; de cette manière, lorsqu'un
mélange de lumière rouge et verte agit sur la rétine, les valeurs
blanches des deux lumières s'additionnent, tandis que les influences
sur les substances chimiques des couleurs rouge et vert se neutrali
sent (même chose pour le jaune et le bleu).
A cette théorie, que l'auteur appelle théorie des valeurs colorées
antagonistes, on peut opposer une autre théorie, la théorie des compos
antes (Componcntcntheorie) d'après laquelle la production d'une sen
sation de blanc par le mélange de rayons lumineux différents ne
serait pas due à une neutralisation des valeurs colorées entre elles ;
cette théorie n'admettrait pas l'existence de la valeur blanche de la
lumière colorée, mais elle expliquerait la production de la sensation
de blanc par le résultat de la somme des actions de chacun des
rayons colorés sur la rétine. C'est, comme on le voit, la théorie de
Helmholtz et de ses partisans.
L'auteur critique longuement cette théorie des composantes :
1° Cette théorie est en contradiction avec les faits trouvés par
Kkies et Hering relativement à l'influence de la fatigue sur les équa
tions colorées : lorsque deux mélanges colorés différents apparaissent
comme égaux pour l'œil non fatigué, l'égalité subsiste aussi lorsqu'on
regarde ces mêmes mélanges avec l'œil fatigué. Il est facile de voir
que ce résultat ne peut pas être expliqué par la théorie des compos
antes.
2° La théorie des composantes n'explique pas la production de
sensations de blanc chez des individus ayant une cécité pour les cou
leurs, de même qu'elle ne peut pas expliquer les résultats observés
par Hess sur la vision des couleurs par la périphérie de la rétine ; ces
résultats de Hess sont les suivants : une équation colorée établie pour
la vision directe subsiste aussi dans la vision indirecte; et puis les
valeurs blanches des différentes lumières colorées sont les mêmes au
centre de la rétine et sur les bords extrêmes qui ont une cécité totale
pour les couleurs.
3° La théorie des valeurs colorées antagonistes explique au con
traire très bien les deux points précédents ; de plus elle est soutenue
par l'observation des images consécutives négatives, et par le fait
que toutes les fois que la vision du rouge ou du jaune se trouve mod
ifiée, celle du vert ou du bleu se trouve également modifiée.
Ces différents faits, dans la discussion détaillée desquels nous n'en
trons pas, montrent nettement qu'il faut admettre la théorie des SENSATIONS VISUELLES 495
valeurs colorées antagonistes et rejeter la théorie des composantes.
Il s'agit donc maintenant de préciser davantage la nature de cet anta
gonisme des six processus rétiniens principaux blanc-noir, rouge-vert,
jaune-bleu.
L'auteur rappelle d'abord qu'un pareil antagonisme entre deux
réactions chimiques produites par des rayons lumineux différents
n'est pas une chose purement hypothétique; on connaît en chimie des
cas de ce genre ; ainsi par exemple les rayons rouges produisent dans
des combinaisons métalliques souvent des processus d'oxydation,
tandis que les rayons violets réduisent ces combinaisons. De même
encore le guajak est oxydé sous l'influence des rayons violets, et il
est réduit par les rayons rouges. Ces exemples sont importants; en
effet, lorsque la théorie de Hering a été proposée, on ne connaissait
pas d'exemples de ce genre, et l'admission de processus chimiques
antagonistes produits par les rayons lumineux différents semblait
être une hypothèse presque invraissemblable, tandis que maintenant
on voit que l'état des choses est complètement changé.
L'auteur examine ensuite ce que la chimie moderne nous apprend
sur les processus antagonistes; on sait en effet que les études
modernes de chimie, relatives aux équilibres chimiques, s'occupent
beaucoup de réactions chimiques antagonistes se produisant en même
temps dans un même milieu. Si une réaction chimique consiste en ce
que a molécules de la substance A, plus q molécules de la substance
B donnent lieu à a' molécules de la substance A' plus S' molécules
de B', la réaction opposée, c'est-à-dire le passage de a'A'-f-ß'B' à
a A + q B est aussi possible; on exprime ce fait en écrivant la
B^a' A' -f- q' réaction chimique de la manière suivante : a A -\- q B';
si on met en présence les corps A et B, la réaction se produit de
gauche à droite avec une certaine intensité, c'est-à-dire qu'il arrive
un moment pour lequel la réaction de droite à gauche se produit
aussi; de sorte qu'à partir de ce moment il s'établit un certain équi
libre chimique entre les quatre substances A, B, A', B'; cet équillibre
chimique dépend du nombre de molécules des substances A, B, A1, B',
du volume qu'elles occupent, de la température et de quelques autres
facteurs sur lesquels nous ne nous arrêtons pas. (Tout ce que nous
venons de dire s'applique à un plus grand nombre de substances,
nous n'avons pris que deux substances pour simplifier l'exposition.)
Admettons donc que la production de la réaction dans le sens de
gauche à droite (transformation de A et B en A' et B') correspond au
processus rétinien de la couleur blanche, tandis que la réaction se
produisant de droite à gauche correspond au processus rétinien du
noir. L'intensité du processus chimique correspondant au blanc (»->)
Jw '[pendant l'intervalle de temps dt est égal, d'après les données
expérimentales de la chimie, à.Tèz:=Kw. -dt, où Kbl est une

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