Généralités. Symptomatologie. Syndromes divers. Caractérologie pathologique. Thérapeutique - compte-rendu ; n°1 ; vol.30, pg 436-459

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L'année psychologique - Année 1929 - Volume 30 - Numéro 1 - Pages 436-459
24 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1929
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a) Généralités. Symptomatologie. Syndromes divers.
Caractérologie pathologique. Thérapeutique
In: L'année psychologique. 1929 vol. 30. pp. 436-459.
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a) Généralités. Symptomatologie. Syndromes divers. Caractérologie pathologique. Thérapeutique. In: L'année psychologique.
1929 vol. 30. pp. 436-459.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1929_num_30_1_4951436 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
5° Psychologie Pathologique
a) Généralités. Symptomatologie. Syndromes divers. Caractérologie
pathologique. Thérapeutique r
451. — OSWALD BUMKE. — Lehrbuch der Geisteskrankheiten
(Manuel des Maladies mentales). — 3e édition. In-8 de 806 pages.
Munich, Bergmann, 1929. Prix : 28 R. M.
La première édition de cet important ouvrage date de 1917, alors
que l'auteur professait à Breslau, venant de Rostock ; la deuxième
fut mise au point à Leipzig, en 1923, et c'est de Munich où B. a été
appelé en dernier qu'est datée cette troisième édition notablement
remaniée, et portant une forte empreinte personnelle ; il reflète les
convictions de l'auteur, étant, dit-il « mein klinisches Glaubens-
bekenntniss ».
Mais on sait que, d'autre part, B. édite un grand Traité de Médecine
mentale en onze volumes, avec le concours d'un très grand nombre
de collaborateurs.
On ne peut songer à donner une idée adéquate du contenu, déjà
riche, de ce manuel volumineux, dont l'inspiration avouée est
exclusivement germanique (au point que, sur la question de l'aphasie
n'est cité, dans la bibliographie, qu'un seul travail étranger à
l'Allemagne, celui de Head). Il n'est possible que d'en indiquer
le plan général.
Une première partie est consacrée à l'étiologie, à la Symptomatol
ogie, à la thérapeutique et à la médecine légale. La seconde partie,
la plus importante (plus des trois quarts du volume) est consacrée à
la monographie des diverses affections mentales : I. Constitutions et
dispositions psychopathiques (avec données sur les types de Krets-
chmer) ; constitutions nerveuses (ou psychasthéniques) ; réactions
psychogènes et disposition hystérique (en y comprenant les névroses
traumatiques, névroses d'accidents, névroses de guerre) ; constitu
tions psychopathiques diverses (folie morale, perversité sexuelle,
impulsivité, fanatisme, instabilité, frigidité affective, etc.) ; consti
tution maniaque dépressive et maladies de l'affectivité ; dispositions
paranoïaques.
IL Réactions et Psychoses organiques ; psychoses symptoma-
tiques (infections, auto-intoxications, perturbations génitales) ;
psychoses toxiques ; psychoses des affections cérébrales ; troubles
mentaux d'origine syphilitique ; psychoses d'évolution (sénilité,
artériosclérose) ; affections épileptiques ; processus schizophréniques
de la démence précoce ; états de débilité héréditaire ou oligophrénies ;
crétinisme et myxœdème.
Les formes sont multiples, et B. explique pourquoi elles doivent
constituer une variété pratiquement infinie : En effet, la psychiatrie
1, Voir aussi les n« 5, 71, 433, 645, 669, 908, 1278, 1285, 1311. PSYCHOLOGIE PATHOLOGIQUE 435
se différencie de la médecine générale en ce qu'elle n'a pas affaire
seulement à des maladies définies d'organes, mais, soit à des dévia
tions constitutionnelles qui peuvent être aussi nombreuses que celles
que rencontrent les zoologistes ou les botanistes, faisant des nomenc
latures de variétés dans les espèces, soit à des répercussions sur des
personnalités complexes de perturbations organiques, d'affections
définies ou d'intoxications avec intrications complexes et formes
de passage.
Et les déviations constitutionnelles se révèlent souvent à l'occasion
d'une affection organique ou d'une intoxication. De là résulte la
notion de cadres généraux recouvrant des formes réelles extraordi-
nairement variées.
C'est naturellement la partie de Symptomatologie générale qui
constitue une véritable psychopathologie (la connaissance psycho
logique des malades étant un des buts du psychiatre, d'après B., le
second, tout naturellement dominant, étant de diagnostiquer, pro
nostiquer et soigner) : Troubles de la perception, de la mémoire, de
la pensée (flux d'idées, inhibition, persévération, incohérence, délire),
de la vie affective, de l'intelligence, de la conscience, enfin de lav
volonté, de l'action et du langage (dépression et excitation, sug-
gestibilité, instincts pervertis, impulsions, catatonie, apraxie,
aphasie, etc.).
Des indications sont données sur les procédés d'investigation à
utiliser dans l'examen symptomatologique. Et, dans l'ensemble, l'ou
vrage, bien édité, est très clairement présenté et facile à consulter
(avec index alphabétique très complet). .
Il comport* 160 figures, dont la plupart sont de bonnes et expres
sives photographies de malades, ou des représentations anatomo-
pathologiques dont certaines colorées. Il fait certainement honneur
au Psychiatre de Munich et à son éditeur. H. P.
452. — ALBERTO ZILOCCHI. — La Psicopatologia odierna
(Psychopathologie d'aujourd'hui). — Riv. di Pat., XXXIV, 2, 1929,
p. 230-242.
L'auteur prend la défense de la méthode « somatistique » en psy
chiatrie, en donnant une place prédominante aux localisations lésion-
nelles, tout en tenant compte des données sur les constitutions, les
tempéraments, et le rôle des facteurs endocrino-sympathiques.
H. P.
453. — L. M. ROSENSTEIN. — Sur les courants psychiatriques
actuels en Russie soviétique (en russe). — Recherches Psycho
hygiéniques et Neurologiques. Moscou, 1928, p. 115-121.
On y oppose au point de vue individuel somatique le point de vue
social-historiqife et biologique. On étudie le milieu se composant
exclusivement des facteurs exogènes et son rôle dans l'organisation,
les changements et les déformations du psychisme. Une place préé
minente est accordée à la vie professionnelle. Ainsi on a été amené à
une psychopathologie sociale qui étudie le rôle des changements
d'existence sur la santé psychique et sur l'éclosion des maladies neuro
psychiques. On a créé 12 dispensaires neuro-psychiatriques dont le \'^ '" 4
438 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
rôle est d'étudier les problèmes par groupes et par différents points
de vue. a) Du point de vue des professions (médecins, chimistes, etc. ;
b) Du point de vue de l'habitation (on examine tous les habitants
d'une maison ou d'un village) ; c) Du point de vue de la maladie (on
suit tous les individus sortis d'un asile, ou tous les paralytiques géné
raux, ou tous les alcooliques), etc.
La facilité de faire des études en masse a créé un mouvement de
recherches portant d'une part sur l'étude des constitutions patholo
giques, de l'autre, sur les études de psychopathologie sociale, surtout
l'étude de la nervosité, de la délinquence, du suicide, de la mendicité,
de la prostitution, de l'abandon des enfants, etc. L'auteur note
aussi une série de travaux sur les manifestations psychoneurologiques
au cours des maladies des organes internes (foie, cœur, tubercul
ose, etc.).
Dans le domaine de la neuropsychiatrie infantile, il existe des
écoles-sanatorîa neuro-psychiatriques et pédologiques ; mais on
commence déjà à traiter l'enfant au point de vue neuro-psychique
dès l'âge de nourrisson.
.- Des travaux de législation psycho-hygiénique terminent cette série
de recherches. J. A.
454. — A. RODIET et A. FRIBOURG-BLANC. — La folie et la
guerre de 1914-1918. — In-8 de 194 pages. Paris, Alcan, 1930.
Prix : 30 francs.
Ce livre, dont l'origine fut un effort pour établir, dans le bilan des
pertes dues à la guerre, la part à faire aux aliénés, est la mise en œuvre
— tâche plus modeste — des archives du service de Neuro-Psychiatrie
du Val-de-Grâce, où 25.000 observations ont été recueillies.
De ces archives, les auteurs ont extrait, pour les résumer plus ou
moins brièvement, 220 des qui leur ont paru particu
lièrement intéressantes ou typiques, en les groupant en psychoses
généralisées (états maniaques et mélancoliques, confusion mentale
et « obusite &, délires), en infirmités psychiques (dégénérescence
ou déchéance mentale) et en psychopathies symptomatiques (alcoo
lisme, intoxication, infections).
Dans quelques pages de conclusion, les auteurs déclarent que la
guerre n'a pas apporté de forme nouvelle de psychopathie, qu'elle a
constitué pour le déclenchement des psychoses un ensemble de causes
occasionnelles efficaces surtout chez des prédisposés, enfin qu'elle a
a coloré les délires et donné aux psychopathies un cachet spécial ».
Notons que, dans les planches publiées, figurent quelques jolis
dessins d'aliénés dus au Dr Livet. H. P.
4&5. — GORDON. — L'aspect social des anomalies mentales et le
problème de l'eugénisme. — An. méd. ps. LXXXVII, 4, 1929, II,
p. 315-328.
Conférence de vulgarisation, distinction entre l'idiot, qui est
exclu de toute participation à la vie sociale par l'infériorité globale
de son psychisme, l'imbécile d'un niveau légèrement supérieur et qui
est susceptible de quelque éducation, les déséquilibrés tels que les
obsédés et les impulsifs, chez qui le raisonnement est impuissant à PSYCHOLOGIE PA.TH0L06IQ.Dli 43$
régler les tendances à l'action, ou tels que les psychopathes chez qui
le déséquilibre met en conflit les différentes sphères de la vie psy
chique. Deux causes d'anomalies mentales : l'hérédité et les causes
occasionnelles. Parmi les causes occasionnelles l'émotion d'abord,
puis les différentes espèces d'intoxications et d'infections. Parmi les
causes de l'hérédité les anomalies mentales elles-mêmes, la syphilis,
la tuberculose. Les seuls remèdes sont prophylactiques. La prophyl
axie consiste à stériliser les défectueux mentaux et à n'autoriser le
mariage qu'après un examen minutieux qui ait démontré la parfaite
convenance morale et physique des conjoints. Deux tâches imméd
iates : propagande pour amener l'esprit public à adopter ces me
sures ; étude des conditions auxquelles répondait l'eugénique la
meilleure. H.W.
458. — WILLIAM C. GARVIN. — The influence of modern psy-
chopathology in state Hospital practice (L'influence delà psychopat
hologie moderne sur la pratique hospitalière). — Am. J. of P.,
VIII, 4, 1929, p. 661.
Rappelant le rôle capital' joué dans l'évolution de la psychiatrie
américaine |>ar le professeur Adolf Meyer, qui a diffusé les concept
ions de Kraepelin et fait prévaloir le point de vue psycho-biologique,
G. insiste sur l'importance de la psychopathologie moderne, celle de
Freud, dont Me. Dougall, qui n'est pas un adepte de la psychanalyse,
a dit que personne plus que lui, depuis Aristote, n'avait contribué
au progrès de la psychologie. H. P.
457. — H. M. POLLOCK et B. MALZBERG. — Expectation of
Mental Disease [La probabilité des troubles mentaux). — Ment.
Hyg., XIII, 1, 1929, p. 132-163.
En relevant la répartition des âges dans les statistiques, des pre
mières admissions aux hôpitaux psychiatriques de l'Etat de New-
York et en comparant, après polissage, ces données à la répartition
des âges dans la population totale, on a trouvé que le taux des aliénés
(ayant leur première admission dans l'année) diminue avec l'âge
suivant presque une droite depuis 5 environ sur 100.000^ à 15 ans
jusqu'à 1 sur 100.000 à 95 ans. G.W.
458. — J. LEVY-VALENSI et D. RIGOT. — Louvelte Magnicide. —
L'Hygiène mentale, XXIV, 5, 1929, p. 126-150.
Etude de psycho-pathologie médico-légale de Louvel, l'assassin
du duc de Berry. Louvel est un délirant altruiste, appartenant à la
catégorie des magnieides type : c'est un paranoïaque délirant qui
a été contraint au crime par une force à laquelle il n'a pu résister,
et qui aurait dû être jugé irresponsable. M. H. P.
459. -- J. LEVY-VALENSI et S. SEGUINOT. — L'affaire de 1»
Roncière. — l'Hygiène mentale, XXIV, 5, 1929, p. 150-156.
Etude du cas d'une jeune fille de 16 ans, mythomane, dont les
fausses allégations de viol avaient fait condamner à tort à 10 ans de
réclusion, en 1835, le lieutenant de lanciers Emile de la Roncière.
Les auteurs donnent comme diagnostic la mythomanie à la fois 440 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
vaniteuse et perverse : vaniteuse par le récit mélodramatique de la
fausse tentative de viol et maligne par ses dénonciations calomn
ieuses, sans autre but que de nuire. M. H. P.
460. — M. IGE/tT. — Les guérisseurs mystiques. Etude psychopat
hologique. — (Thèse de Médecine de Toulo«se), in-8° de 150 p.,
1928.
Parmi les individus qui exercent illégalement la médecine, on
trouve les guérisseurs mystiques, qui se divisent en 2 catégories : les
guérisseurs débiles déséquilibrés suggestibles et mythomanes qui
s'apparentent aux mystiques passionnés. Ils expriment tous deux le
mysticisme collectif, c'est la foule elle-même qui forge l'instrument
du miracle désiré. M. H. P.
461. — P. ALPHANDÉRY — De quelques documents médiévaux
relatifs à des états psychasthéniques. — J. de Ps., XXVI, 1929,
p. 736-787.
Etude remarquable, qui soumet à une interprétation psycho
logique et psychiatrique pénétrante des documents médiévaux sur '
Y acedia ou paresse mentale rassemblés par une vaste et sûte érudition.
L'analyse la plus systématique de Y acedia se trouve chez Cassien,
qui la considère comme une maladie plutôt que comme un vice. Il en
expose les symptômes et les progrès. Des auteurs postérieurs ont
complété sa description restée classique par quelques observations
personnelles. La notion primitive a reçu divers accroissements ; en
particulier on lui a incorporé la tristesse. Dans son sens strict et à
plus forte raison dans son sens étendu du xme siècle, elle réunit des
états d'aboulie, d'insuffisance psychique, de psychasthénie.
Le caractère primitif est l'engourdissement de l'esprit et du corps,
la dispersion résultant d'un affaiblissement des fonctions du réel. De
cette inertie résultent la pusillanimité et à un degré plus élevé l'anxiété,
des hantises et des obsessions, L: 'acedia, où Cassien voyait un trouble
presque purement moral, a été considérée par la suite comme relevant
aussi bien du corps que de l'âme ; de là d'heureuses observations
physiologiques sur son étiologie, ses symptômes et sa thérapeutique.
Elle est facilitée ou même préparée par l'excès des observances ana-
chorétiques ou cénobitiques ; on l'évite par l'occupation continue du
corps et de l'esprit. Comme causes physiques, pn trouve surtout signa
lées la gourmandise soit par satiété, soit au contraire par inanition,
des chocs brusques de l'ouïe ou inversement la monotonie prolongée
du chant liturgique. Les principaux symptômes sont l'insipidité,
la torpeur, la boulimie, la salivation et la sudation, du bredouille-
ment, des cris ou gémissements, de l'hyperesthésie, des tics, tous
symptômes d'une faiblesse générale.
La thérapeutique est très difficile ; elle consiste essentiellement
dans la discipline psychique nécessaire pour maintenir une cohésion
presque mécanique de la pensée. Il faut lutter contre l'instabilité
physique, éviter la solitude, pratiquer une sorte d'homéopathie en
faisant naître des occasions d' acedia pour la déceler et provoquer des
réactions salutaires. Le travail surtout manuel est particulièrement
recommandé comme traitement curatif. Le. mal peut être guéri par PSYCHOLOGIE PATHOLOGIQUE
la nourriture et par le sommeil, et par des traumatismes soit corporels,
soit psychiques.
La règle bénédictine est essentiellement dirigée contre V acedia ; sa
grande nouveauté est d'avoir imposé au monachisme occidental les
principes de la stabilité, du travail curatif, de l'occupation physique
ou morale. Dans d'autres cas, la défense contre V acedia a consisté
à utiliser pour" des fins pieuses la tendance vagabonde. En résumé,
Y acedia a eu dans la vie religieuse du Moyen âge une importance so
ciale considérable, puisque les groupements monastiques ont été
créés en partie pour lutter contre elle et que l'organisation du travail
et l'économie du rite sont souvent commandées par le besoin de la
prévenir. G. -H. L.
462. — E. MINKOWSKI. — Les idées de Bergson en psychopathol
ogie. — An. méd. ps., LXXXVII, 5, 1929, p. 234-246.
En élargissant leurs ondes, les idées bergsoniennes ont pénétré,
depuis quelques années, dans les eaux de la psychopathologie. De
façon d'ailleurs très diverse, des auteurs s'efforcent d'y ramener,
comme à leur principe explicatif, plusieurs des traits que la clinique
a relevés pour distinguer entre elles les différentes psychoses. Avec
subtilité, Minkowski constate que, s'il est facile de ramener certaines
d'entre elles, comme la schizophrénie, à un excès d'intellectualité, du" c'est-à-dire à la prédominance exclusive du spatial, statique, du
mécanique — les termes ne font pas défaut — l'excès contraire, qui
devrait caractériser d'autres psychoses est en quelque sorte impossible
à définir, puisqu'il n'y a pas de mots pour exprimer ce qui est en
perpétuel changement, c'est-à-dire cette durée vécue que Bergson
oppose aux constructions de l'intelligence.
Mais il y a un moyen de résoudre la difficulté. C'est d'être plus
bergsonien que Bergson et d'élargir le domaine de l'ineffable fluidité,
qui est, pour lui, le domaine réservé de la réalité vivante et créatrice ;
c'est de prêter à l'intelligence des franges moins consistantes que ne
sont des concepts aux arêtes durement découpées et sans pénétration
mutuelle ; c'est d'imaginer, quitte, d'ailleurs, à ruiner le résultat essent
iel de l'analyse bergsonienne, une suite de transitions insensibles
entre l'intelligence et la vie, entre le mécanique et le psychique, entre
la statique et la durée créatrice.
Au schizophrène, que les sources taries de sa sensibilité réduisent
à juxtaposer comme des points de repère sans vie, des distinctions
purement intellectuelles, Minkowski avait d'abord opposé le paraly
tique général, qui est bien dans ce présent en renouvellement per
pétuel dont parle Bergson, puisque son défaut de mémoire ne lui
permet de vivre que dans l'actuel et dans l'immédiat. Forme bien
négative, sans doute, de l'intuiton bergsonienne ; du moins l'affi
rmation de l'instant présent aurait-elle chez lui un accent particulier de
certitude.
Pourtant Minkowski s'est objecté qu'au schizophrène la clinique
oppose, non le paralytique général, mais le maniaco-dépressif. C'est
ici qu'interviennent ces transitions imaginées par Minkowski entre
l'espace et la durée. L'excité maniaque vit bien, avec une sorte d'avi
dité pour en saisir la diversité renouvelée, dans l'instantané ; mais '
442 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
cet instantané est loin d'être le présent vécu par un sujet normal, ce
présent qui implique des perspectives, plus ou moins étendues sui
vant les cas, sur le passé, sur le contenu d'expériences et d'images qui
répondent du passé.
Du point de vue où il s'est placé, Minkowski voit les interprétations
se multiplier à propos des cas les plus différents : fabulation du dé
ment sénile assimilée au besoin de se créer une duTée, malgré les
déficiences de la mémoire, et de suppléer aux souvenirs défaillants,
à l'aide de l'instantané qui se renouvelle perpétuellement ; impuis
sance à vivre simultanément et harmonieusement son propre devenir
et le devenir ambiant expliquant l'impression qu'a le mélancolique
d'être délaissé ou dépassé par son entourage. La souplesse des images
bergsoniennes, rendues plus souples encore par l'ingéniosité de
Minkowski, se prête en effet à bien des applications. H . W.
463. — E. MINKOWSKI. — La notion du temp* en psychopathologie
— L'Evolution psychiatrique, 2e série, 1, 1929, p. 65-85.
Dans cette intéressante conférence d'analyse psychopathologique
faite à l'Institut de Psychiatrie, l'auteur, après avoir défini trois
aspects du temps, celui de la physique et de la mémoire, quantitatif,
c'est-à-dire spatialisé, celui de la durée objet de mesure à la fois quant
itative et qualitative, et enfin de la durée vécue bergsonienne, pure
ment prend cette dernière» comme point de départ, et,
conformément aux tendances de la systématique bergsonienne,
oppose dans la pensée l'intuition-durée et ï'intelligence-espace.
Transposant ainsi sur un plan singulièrement plus élevé, la question
du temps, M. oppose en pathologie deux grands types de troubles
l'un par exagération de la rationalisation et défaillance de l'intuition
(avec de curieux exemples) , et qui caractériserait la schizophrénie,
et l'autre par défaillance intellectuelle limitée, comme il s'en peut
rencontrer dans la paralysie générale.
De ce point de vue psycho-philosophique très général, la folie ma
niaque dépressive implique deux intéressantes notions : celle de
« déploiement dans le temps », les excités maniaques réduisant au
« maintenant » leur contact avec l'ambiance, et ne'constituant pas un
présent stable et durable comme le comporte ce déploiement ; et
celle de « synchronisme vécu », sentiment du devenir accompagnant
en une sympathie prof onde le progrès du monde, la mélancolie com
portant un décalage, un arrêt du temps, avec négation du pré
sent, barrage de l'avenir.
Même fausses, conclut M., ces notions en élaboration peuvent être
fécondes. Certes, l'auteur fait preuve d'une pensée originale, appa^
rentée par certains côtés à celle de Pierre Janet, imprégnée de phi
losophie, curieuse d'analyse, et capable de féconder l'observation pa
thologique à condition de se soumettre au sévère contrôle des faits.
H. P.
464. — ANDBÉ OMBRBDANE. — Les troubles mentaux de la sclé
rose en plaques. Contribution à l'étude des facteurs organiques
dans les maladies mentales. — In-8 de 352 pages. Paris, Presses
Universitaires, 1929.
L'esprit qui a inspiré le travail du médecin-philosophe qu'est O, PSYCHOLOGIE PATHOLOGIQUE 44$
s'oppose radicalement à la tendance que la psychanalyse a général
isée, de rendre compte, par des mécanismes exclusivement psy
chogènes, sine materia, les troubles mentaux,- et de faire même des
perturbations organiques une simple conséquence des altérations
psychiques.
Dans plusieurs de ses travaux, en collaboration avec R. Targowla
qui a exercé sur lui une influence marquée, O. a contribué à montrer
que le syndrome anxieux — dont on sait la pathogénie freudienne —
révélait une atteinte toxi-infectieuse du névraxe..
Il a été tenté, dès lors, de rechercher dans une affection organique
incontestable, de localisations lésionnelles d'ailleurs variables et
fort capricieuses, la présence de troubles psychiques, pouvant être
rattachés à l'atteinte des centres nerveux.
Son travail, fondé sur une étude bibliographique très étendue,
appuyé d'une relation de 37 observations personnelles, fournit
une documentation solide et une interprétation judicieuse.
Alors que les troubles mentaux ont pu être mis en doute ou n'être
considérés que comme accidentels dans la sclérose en plaques, ils
n'ont été absents que dans trois des cas que l'auteur a pu observer.
Ces troubles concernent l'affectivité dans les trois quarts des cas :
émotivité excessive avec impatience, irritabilité, alternatives de
pessimisme exagéré ou d'optimisme excessif, de dépression ou
d'euphorie (sans qu'on puisse, semble-t-il, invoquer une constitution
maniaque-dépressive, bien que, sur ce point il subsiste quelque
doute).
Aussi fréquents sont les troubles intellectuels ; fatigabilité rapide,
incapacité d'effort, affaiblissement de la mémoire, compréhension
diminuée, maniement difficile des, schemes et symboles.
Dans la plupart des cas le déficit est léger et nécessite des épreuves
assez fines (pour lesquelles on regrette un peu que l'auteur n'ait pas
systématisé davantage l'examen par. tests), mais dans certains il est
assez accentué pour constituer un syndrome démentiel, soit d'allure
pseudo-paralytique (avec suggestibilité, niaiserie, inadaptation,
amoralité, idées de grandeur même parfois) soit assez individualisé
pour qu'O. en fasse un véritable syndrome démentiel « polyscléro tique »
caractérisé par une dysmnésie profonde, s'accompagnant en général
de fabulation assez stabilisée, avec désprientation dans l'espace,
trouble agnosiques et apraxiques, palilalie, écholalie.
Des manifestations psychosiques variées n'ont pas une assez
grande constance pour être envisagées particulièrement, sauf, symp
tôme initial, passager, mais qui serait vraiment fondamental,
l'anxiété, révélant dès lors l'atteinte toxi-infectieuse du névraxe
(dont ne dépendrait pas, d'après l'auteur, la confusion mentale, qui
relèverait d'une insuffisance hépatique secondaire).
Evidemment il serait particulièrement désirable, pour éclaircir
l'origine organique des troubles psychiques, de pouvoir mettre en
corrélation l'importance et le siège des plaques lésionnelles avec
les perturbations mentales observées. Mais, à cet égard, dans une
seule des observations de l'auteur, l'examen histologique a pu être
fait, examen dû au Dr Marchand, et qui a mis en évidence une péri-
vascularite assez générale dans la substance grise et dans la subs- ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
tance blanche des hémisphères avec des petites plaques de sclé
rose disséminées dans la substance grise, certaines à un stade initial
révélant une réaction d'encéphalite. Malheureusement il s'agit d'une
malade qui n'a pu être examinée psychologiquement que de façon
grossière, en raison de son attitude d'opposition et de si dépression
mélancolique.
Le problème auquel l'auteur a apporté cette excellente contribu
tion n'est certes pas définitivement résolu. Mais il est clairement
posé. H. P.
465. — M. GOUREVITCH. — Sur la conception biologique des
psychopathies. — Enc, XXIV, 8, 1929, p. 713-723.
Dans un article ramassé Gourevitch indique comment les psychop
athies, qu'il ne faut pas confondre avee les névropathies où do
minent les composants végétatifs somatiques, doivent être définies
biologiquement.
Elles présentent 4 sortes de corrélations : 1° Avec des psychoses
correspondantes : la psychopathie schizoide avec la démence précoce ;
la psychopathie cycloide avec la psychose maniaque-dépressive ; la épileptoïde Pépilepsie ; la psychopathie hysté-
roïde avec l'hystérie. 2° Corrélation, celle d'une hérédité commune
unissant psychopathies et psychoses. 3° Corrélation avec les types
de complexion somatique (Körperbau). 4° avec un cer
tain type de motricité. C'est cette dernière que Gourevitch et ses
élèves ont surtout pris à tâche d'étudier.
Dans les psychopathies et dans les formes de caractères qui leur
répondent interviennent 4 sortes de composants moteurs : 1° com
posants extrapyramidaux; 2° composants pyramidaux; 3° compos
ants frontaux ; 4° composants cortico-cérébraux. A chacun appar
tiennent des traits spéciaux que l'auteur détaille et dont il indique les
corrélations avec chaque psychopathie et avec les composants s
omatiques et psychiques de ces psychopathies. H. W.
466. — F. DEL GRECO. — II delirio e l'azione di uno psicopate.
Note de psicologia clinico-etiologica (Le délire et l'acte d'un pscho-
pathe. Note de psychologie clinico-étiologique). — Archivio géné
rale di neurologia..., IX, 4, 1929, p. 305.
A propos d'un délire schizophrénique, l'auteur expose une concep
tion du délire comme transfiguration sociologique d'états morbides
internes, l'acte criminel d'origine délirante n'étant possible que s'il
y a une déformation morale primitive chez le délirant; ce qui conduit
à une étude du caractère et des instincts originels, en ne se limitant
pas aux troubles mentaux surajoutés. H. P.
467. — R. DE SAUSSURE. — Les mécanismes de projection dans
les névroses. — An. méd. ps., LXXXVII, 2, 1929, II, p.. 118-126.
La projection chez un autre des sentiments qu'il nous inspire, part
iculièrement en amour ; l'ambivalence de sentiments, qui fait redouter
ce que nous souhaitons, haïr ce que nous aimons, sont des faits bien
connus et qui ont même inspiré certaines œuvres célèbres de la littéra
ture. En interprétant le cas d'une de ses malades l'A. explique cette

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