Généralités. Symptomatologie. Syndromes divers. Caractérologie pathologique. Thérapeutique. - compte-rendu ; n°1 ; vol.31, pg 540-565

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L'année psychologique - Année 1930 - Volume 31 - Numéro 1 - Pages 540-565
26 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1930
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a) Généralités. Symptomatologie. Syndromes divers.
Caractérologie pathologique. Thérapeutique.
In: L'année psychologique. 1930 vol. 31. pp. 540-565.
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a) Généralités. Symptomatologie. Syndromes divers. Caractérologie pathologique. Thérapeutique. In: L'année psychologique.
1930 vol. 31. pp. 540-565.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1930_num_31_1_30038540 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
gence entre frères). — South african Journal of Science, XXVI, 1929,
p. 881-887.
L'auteur, après discussion du travail de Pearson, a été conduit
à des recherches personnelles en utilisant les tests collectifs d'intelii-
gence sud-africains sur 396 couples de frères placés dans des milieux
assez différents, afin de rechercher l'action des constituants hérédi
taires séparée de l'action du milieu habituellement commun et ici
différent pour les deux individus du couple.
Or la corrélation des résultats des frères s'est montrée élevée (0,507)
ce qui permet à W. de conclure que les facteurs congénitaux ont, dans
la réussite aux tests, une réelle importance. H. P.
557. — M. L. STECKEL. - Intelligence and birth order in family
(L'intelligence et Vordre de naissance dans la famille). — J. of Soc.
Ps., 1,3, 1930, p. 329-345.
L'évaluation de l'intelligence est faite au moyen des tests : Otis
Intermediate et Otis Advanced, Kuhlmann-Anderson, National,
appliqués à dix mille sujets de 5 à 21 ans, la grande majorité étant
nés de parents américains. Pour éviter les différences dues au fait
que généralement les familles nombreuses appartiennent aux classes
inférieures et ont un niveau intellectuel plus faible, l'auteur compare
les résultats obtenus, entre enfants successifs des mêmes familles.
Par exemple : 1° et 2°, 2° et 3°, 3° et 4°, puis il rapporte tout au
premier-né et établit la série des différences.
Ensuite, prenant la moyenne des résultats obtenus par les premiers-
nés comme origine, la de chacun des autres groupes est
calculée par la méthode des moindres carrés. Les différences ainsi
obtenues sont : M2 — Ml = 0,09, M3 - Ml = 0,23 ; M4 — Ml =
0,39 ; M5 — Ml = 0,46 ; M6 — Ml = 0,58 ; M7 — Ml = 0,75 ;
M8 — Ml = 0,87.
Quelles que soient les méthodes de calcul, on obtient toujours un
rapport entre l'ordre de naissance et le niveau intellectuel, l'expérience
étant faite jusqu'au 8e né."
Mais d'autre part, les enfants de familles prolifiques appartiennent
à un niveau plus bas ; ainsi, les 2e et 3e nés d'une famille de trois en
fants ont un niveau intellectuel supérieur à celui des 2e et 3e nés
d'une famille de 8 enfants. J. M.
5° Psychologie Pathologique
a) Généralités. Symptomatologie. Syndromes divers.
Caractérologie pathologique. Thérapeutique x
558. — V. KOVARSKY. — Le rôle de la méthode du profil psycho
logique dans l'orthopédie psychique. — An. M.-Ps., LXXXVIII.l,
1930, p. 143-148.
Le profil psychologique, qui met en évidence sous la déficience glo-
1. Voir aussi les n°« 5, 508 à 512, 645, 654, 655, 665, 762, 367, 793. PSYCHOLOGIE PATHOLOGIQUE 541
bale, les déficiences particulières permet à l'éducateur d'y porter
remède. A condition toutefois que ces déficiences soient curables,
réserve que semble ignorer l'optimisme de l'A. H. W.
559. — P. COURBON. — Du rôle capital du milieu social dans la
genèse de certaines psychoses et de l'opportunité de l'internement
prophylactique. — An. M.-Ps., LXXXVIII, 1, 1930, p. 59-66.
Il peut être nécessaire de maintenir à l'asile un malade après dis
parition de ses troubles mentaux, si les conditions de vie qu'il re
trouve doivent en entraîner la récidive. Dans le cas présenté par
l'A., il s'agit d'une femme et de son fils qui, dans un accès
d'onirisme émotif ont tiré un coup de revolver sur des maraudeurs
peut-être imaginaires. Leur mise en liberté est refusée par le préfet.
H. W.
560. — E. DAVIES. — Psychiatry and Abnormal Psychology {Psy
chiatrie et Psychologie pathologique). — Br. J. of Med. Ps., X, 4,
1930, p. 312-328.
L'article se préoccupe de préciser les relations entre la psychologie
pathologique et la psychiatrie. Il commence par définir ce qu'on
entend par psychiatrie et indique les deux tendances principales dont
se réclament d'une part les neurologues et d'autre part les psy
chiatres proprement dits suivant l'opinion qu'ont ces spécialistes de
la nature des désordres psychiques. La psychologie pathologique,
conçue comme une science, non comme une thérapeutique, est vis-à-
vis de la psychiatrie dans la même situation que l'anatomie patholo
gique et la physiologie vis-à-vis de la médecine générale. De même,
le champ de la psychologie normale est relié à la psychologie patho
logique de la même façon que le sont l'anatomie et la physiologie à
la pathologie des organes. Cette psychologie pathologique comprend
rait : 1° Une pathologie mentale générale s'occupant des phénomènes
survenant en quelque sorte systématiquement, tels que rêves, hallu
cinations, euphories, aboulies, phobies ; 2° une pathologie mentale
spéciale concernant. les phénomènes idéopathiques à certains désordres
psychiques particuliers. La délimitation entre ces deux pathologies
n'est pas, selon l'auteur, plus obscure que dans le domaine de la pa
thologie ordinaire. M. L.
561. — M. NATHAN. — Manuel élémentaire de Psychiatrie. — Pet.
in-8 de 319 pages. Paris, Masson, 1930. Prix : 30 francs.
L'auteur ne prétend pas fournir des cadres rationnels pour son
exposé clinique, montrant très justement que, si les classifications
d'antan ne peuvent plus être acceptées, on n'a pas encore réussi à
en édifier de nouvelles. « L'heure de la synthèse, dit-il dans son avant-
propos, n'a pas encore sonné. » Mais, comme il faut bien adopter un
ordre, il utilise la division en psychoses non organiques ou diathé-
siques, et psychoses organiques, bien que l'intervention du végétatif,
de l'endocrinien, ait jeté « un pont entre l'organique et le dyna
mique ».
Il passe en revue, dans la première partie, la constitution émotive
et les psychoses dites émotives (mélancolie, manie) ; les syndromes 542 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
psychasthéniques, les psychoses mythomaniaques, les schizoides,
les délires systématisés et les perversions intuitives ; dans l'autre
partie, les psychoses organiques (les tumeurs, démences, agénésies,
et la paralysie générale). Et, entre les deux il introduit quelques syn
dromes intermédiaires, psychoses hallucinatoires, confusion mentale,
catatonie, catalepsie, épilepsie, neurasthénie, hystérie, ainsi que les
psychoses toxiques ou auto-toxiques et endocriniennes.
Le livre se termine par un exposé général de thérapeutique.
Clair et agréable à lire, ce manuel est en outre bien édité, ce qui
ne peut nuire à son succès. H. P .
582. — M. NATHAN. — L'esprit et ses maladies. — In-16 de 80
pages avec 60 planches. Paris, Editions Rieder, 1930. Prix :
20 francs.
Un exposé succinct des fonctions cérébrales en relation avec l'es
prit humain, c'est-à-dire, aux yeux de l'auteur, « l'ensemble de la
personnalité psychique, intellectuelle ou affective, éthique ou voli-
tive », qui dépendrait essentiellement de l'intégrité du lobe pré-frontal,
précède deux chapitres sur les psychoses dites organiques et les
autres dites non organiques.
Le livre vaut tout particulièrement par un ensemble de planches
en héliogravures, photographies, reproductions de tableaux, etc.,
qui parlent agréablement et de façon concrète à l'œil. H. P.
563. - MARCEL NATHAN. - Troubles juvénUes de l'affectivité
et du caractère. — In-lÖ de 249 pages. Paris, Flammarion, 1930.
Prix : 12 francs.
A la. période critique de la puberté, avec sa erise affective et sa
transformation du caractère, les troubles pathologiques sont fré
quenta.
N. envisage d'abord ceux qui se manifestent dans des psychoses
organiques chez les jeunes gens, et qui dépendent essentiellement de
l'atteinte du système nerveux : encéphalite épidémique, épilepsie,
paralysie juvénile, démence précoce.
Puis il passe aux psychoses dont on ne connaît pas de support
organique, et où Vôn est aux confins des perturbations proprement
caractérologiques, la séparation d'avec celles-ci étant fort précaire :
c'est d'abord ce que N. appelle l'intériorisation, et qui comprend la
schizophrénie, et sa forme fruste, la schizoïdie, puis une forme schi
zoide isolée sous le nom de « dilettantisme de la vie » avec rumination
intérieure et prédominance de la vie imaginative, et enfin la mytho
manie.
De là l'auteur passe à ce qu'il appelle les « caractères entiers », les
déviés dont font partie les paranoïaques, qu'il laisse de côté : les
jaloux, les anorexiques, les lunatiques et cyclothymiques, les hysté-
■riques (suggestibles et inconsistants), les ennuyés, les étriqués, les
infériorisés qui se sentent toujours coupables, les puérils (éternels
enfants), et les pervers.
Ce que pense et tâche d'établir N., c'est qu'un grand nombre des
troubles affectifs de l'adolescence, des déviations pathologiques,
des psychoses sans substrat organique, résultent des erreurs d'éduca- PSVGBOLOGIE MTHOieGIQKK 543
tioo, de» maladresses de l'entourage, d*une incompréhension fâcheuse,
et que, dès lors il faut envisager une prophylaxie éducative et sur
veille* de près- la crise de l'adolescence. H. P.
564. — M. NATHAN. — Les Malades dits imaginaires. — In-t& de
134 pages. Paris, Doin, 1931. Prix : 14 francs.
Il y a de faux malades imaginaires, se plaignant de troubles variés,
souvent à la suite d'émotion ; en réalité, comme l'auteur le montre
par plusieurs exemples, les facteurs psychiques ont déclenché des
troubles humoraux, végétatifs, ou endocriniens. ; il s'agit de psycho
pathes vrais, mélancoliques ou maniaques frustes, de malades de
l'affectivité, avec parfois même un appoint organique.
Et puis voici des « cénestopathes », suivant l'expression de Bupré
et Camus, dont on ne sait pas très bien si, derrière les causes imagi
naires qu'ils invoquent il n'y a pas des éléments réels ; les obsédés,
les phobiques fournissent un important contingent de malades imagi-
naitesv mais ce sont bien des malades justiciables d'un traitement
psychothérapique.
Les pithiatiques se trouvent aux confins de la simulation. Mais
c'est essentiellement les hypocondriaques, dont N. donne quatre
observations d'un, type assez particulier, qui sont tes malades imagi
naires de type courant. Or, eux aussi, relèvent de la pathologie et de
la* thérapeutique-
Ainsi* pour la psychiatrie tout au means, le malade imaginaire est
toujours un wai nxaladtL Mais ne va-t*a» pas comparer Pauteor à
Kaock ? Ce. serait très, mjusfefc. H. P.
565. - A.. HESNARD »t ÏL LAFQRÖUE. ~ I*s ptocésans
punition en Psychologie des Névroses et des Psychoses, «n Psychol
ogie criminelle et en Pathologie générale. — In-8 de 83 pages.
Paris, Beooët est Steete, \9M > Prix : 7 franes.
Le développement des doctrines freudiennes, etmduit, non à une
limitation progressive à quelques concepts plus solidement établis,
comme on aurait pu le penser, mais, au contraire, à une expansion
indéfinie envahissant la psychologie entière, reprise en un langage
tellement imprégné de théorie qu'il risque' de devenir hermétique,
es faits les plus simples, ainsi exprimés, tendant à ne plus être compris
que des adeptes ou tout au moins des initiés.
On avait la faiblesse de penser que les tendances personnelles
constituaient un système affectif plus primitif et plus profond que le
système des tendances sexuelles. Quelle erreur ! Il n'y a là qu'un
erotism e retourné sur soi-même, un « narcissisme ».
La systématisation est complète. Et la morale tout entière se ra
mène aux conflits freudiens
Le fait essentiel, c'est « l'universalité et l'importance basale delà
défense de l'individu contre le sexe, de l'antagonisme entre- la per
sonnalité humaine et les tendances pré- ou amorales, qui l'indinent
à l'assouvissement de ses passions instinctives. Or toute défense-
sexuelle... a pour condition inéluctable ou pour conséquence ïatale
la libération d'une violence destructive que nous apercevons dirigée
principalement contre le sujet ». C'est une utilisation de la violence 544 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
originaire qui explique la constitution de la censure, c'est-à-dire « de
la culture éthique et morale ».
La morale, c'est une agressivité retournée contre l'individu qui,
s'intensifie dans l'inassouvissement sexuel pour former une « hyper-
morale » inconsciente, source de perturbations psychiques.
La conscience morale ou « sur moi » se forme par « introjection des
menaces extérieures et de l'identification parentale ». Le refoulement
des désirs coupables et tendances agressives n'est possible que dans
la mesure où ils se retournent contre le moi.
Dès lors « le besoin de punition est une manifestation instinctive
du moi, devenu masochiste sous l'influence du sur moi sadique ».
Le sentiment de culpabilité est donc « l'expression d'un conflit
foncier d'ambivalence affective envers l'autorité (surtout paternelle) ,
du conflit sexuel entre les pulsions erotiques, de vie, et les pulsions
destructives, de mort ».
Les choses sont ainsi, et il n'y a pas place pour le doute et pour la
recherche. Il n'est que d'appliquer ces principes. Et c'est ce que font
les auteurs dans ce rapport.
Se punir son corps, aspirer à la mort dans ses tendances in
conscientes, serait ainsi à la base, non seulement de perturbations
mentales, mais de troubles organiques, de congestions inflammat
oires, de néoformations cancéreuses, de maladies les plus diverses.
« II est permis, concluent les auteurs, d'envisager le problème fo
rmidable que soulève cette question de l'auto-destruction organique »,
bien qu'elle heurte des préjugés matérialistes simplistes.
Ainsi, dans la chapelle close où s'élabore la doctrine et où se fortifie
la foi, ne discutant plus guère qu'entre adeptes convaincus, la psy
chanalyse, même dans le groupe français, se prépare à rétablir une
nouvelle Christian Science, la Freudian Science ! H. P.
566. — M. CULPIN. — The need for Psychopathology (La nécessité
de la psychopathologie}. — Lancet, CCXIX, N° 5588, 4 octobre 1930,
p. 725-726.
Résumé de la première leçon d'un cours de psychologie industrielle
fait à l'Ecole d'hygiène et médecine tropicales de Londres, et montrant
l'importance que jouent les névroses dans la vie industrielle, d'où la
nécessité d'études psychopathologiques en ce domaine. L'auteur
rappelle les névroses cardiaques (qui ont entraîné 80.000 réformes
dans l'armée anglaise), d'origine émotionnelle, le nystagmus des
mineurs, d'origine psychonévrosique, la crampe des télégraphistes, etc.,
sans compter qu'on envisage maintenant une neurasthénie tropi
cale, tous aspects, d'après lui, d'un unique problème. H. P.
567. — J. E. NICOLE. — Psychopathology and the Herd-Instinct
(Psychopathologie et instinct grégaire). — J. of Ment. Se, LXXVI,
314, 1930, p. 389-418.
La question des instincts est peut-être la plus discutée en psychol
ogie, la plus riche en théories contradictoires. Les pages de N.,
honnêtement documentées, ne réussissent pas à apporter beaucoup
de clarté dans ce domaine obscur, où des querelles de langage se subs
tituent trop aisément peut-être à la connaissance des faits. N. conclut PSYCHOLOGIE PATHOLOGIQUE 545
que l'introduction de la notion de l'instinct grégaire en psychopat
hologie ne saurait qu'embrouiller encore davantage les vues déjà
fort peu claires que nous possédons au sujet des mécanismes des
maladies mentales. D. W.
568. - TH. KONSTANTINU. - Zum Problem der Erbprognose
bestimmung. Die Erkrankungsaussicht der Neffen und Nichten,
Grossneffen und Grossnichten von Schizophrenen Thüringens (Sur
le problème du pronostic héréditaire chez des neveux, des nièces, des
arrière-neveux et nièces, des schizophrènes de la province de Thu-
ringe). - Z. für g. N., CXXV, 1930, p. 103-133.
La plupart des malades examinés ont été internés entre 1870 et
1900. Tout l'effectif se compose de 57 familles avec 1 schizophrène
et de 3 familles avec 2 schizophrènes. 58 personnes sont tombées
malades entre 16 et 31 ans, et 5 seulement après la quarantaine.
Voici les conclusions de l'auteur sur les probabilités de schizo
phrénie :
a) Pour les frères et sœurs 0,0454
b)les neveux et nièces 0,0100
c) Pour les arrière- neveux et nièces 0,0078
Cette probabilité d'une hérédité schizophrénique n'est pas plus
forte en Thuringe qu'à Munich. Elle est double si on la compare avec
la population moyenne. La mortalité tuberculeuse n'est pas plus
élevée ici que dans la population moyenne. Par contre, les caractères
anormaux sont plus fréquents chez les descendants collatéraux des
schizophrènes que parmi la population moyenne. J. A.
569. — P. QUERGY. — Etudes sur l'hallucination. I. Les philo
sophes. Les mystiques. II. La clinique. — 2 vol. in-8, XXVII — 381,
et 558 p. Paris, Alcan, 1930.
Des deux gros volumes, des deux thèses de doctorat, que l'A. con
sacre au problème de l'Hallucination, le premier se rapporte à l'his
toire de la philosophie plutôt qu'à la psychologie proprement dite.
Dans quelle mesure, par exemple, est-il possible d'expliquer un
système comme celui de Spinoza par l'hallucination, la question ne
peut se discuter qu'à l'aide d'une critique des textes et des idées qui
n'a rien à voir avec les techniques et les problèmes de la psychologie.
Seul, semble-t-il, le philosophe est compétent pour dire ce que la
pensée d'un Spinoza reflète des attitudes que peut successivement
imposer à la pensée spéculative son développement historique ou de
l'attitude particulière imposée à l'auteur lui-même par certaines de
ses dispositions mentales.
Si, pour les mystiques, le problème peut toucher de plus près à la
psychologie, il serait cependant inadmissible de ne pas interpréter
tout d'abord le mystique à travers le mouvement religieux auquel il
participe. En particulier, son langage ne peut être regardé comme
l'expression adéquate de sa subjectivité personnelle, qu'après avoir
été confronté avec celui dont les sources de son inspiration ont dû lui
fournir le modèle.
Vouloir étudier l'hallucination à travers les textes du philosophe
PSYCHOLOGIQUE. XXXI. 3$ ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 546
ou du mystique est donc une méthode très indirecte et périlleuse.
Il semblerait plutôt nécessaire, pour aborder de telles recherches,
d'avoir pu arriver d'abord à une connaissance précise de ce que c'est
que l'hallucination. L'ordre des volumes devrait être inversé, les
interprétations du premier ne pouvant se fonder que sur les résultats
obtenus dans le second. Or ce second volume montre à quel point
l'hallucination est une notion encore sujette à controverses.
Sans doute, l'A. n'a rien épargné pour l'élucider. Il ne s'est pas
borné à la clinique, comme pourrait faire croire le titre de son second
volume, ou du moins il a essayé d'éclairer la clinique en évoquant
toute une série d'autres cas où des fausses perceptions et des illusions
sensorielles viennent aussi à se produire. Il rappelle, entre autres, ces
illusions de lecture qui font voir correctement écrit un mot qui ne
l'est pas (illusion du correcteur) ou qui font substituer à ce qui existe
réellement un texte plus ou moins semblable d'aspect, mais différent
pourtant dans une de ses parties ou dans son ensemble. Il évoque
aussi le cas des perspectives ambiguës, celui des mouvements appa
rents que la manière de présenter des points pourtant immobiles
semble leur faire décrire dans le champ visuel. Il se réfère encore à
l'illusion des amputés, aux caractères des images dans le rêve. Il
offrira enfin toute une part d'expériences ou de témoignages per
sonnels : expériences sur l'eidétisme, dont les résultats sont singu
lièrement négatifs, bien qu'elles aient été faites sur les indications et
sous le contrôle d'un collaborateur direct de Jaensch ; témoignages
de l'auteur sur les riches métamorphoses de ses images consécutives*
dont il donne, avec un certain raffinement littéraire, de minutieuses
descriptions ; récit des hallucinations qu'il a pu observer sur lui-
même, soit au cours d'une affection fébrile, soit après avoir absorbé
du peyotl. A l'aide de cet abondant matériel il s'efforce de pénétrer
la nature des hallucinations morbides.
Le grand mérite de son travail est d'être manifestement une œuvre
vécue, mais dont l'objectivité décroît en proportion. Deux tendances
se font jour en lui, qu'il ne paraît pas arriver à concilier : celle du
critique et celle du témoin. Aux affirmations ou aux manifestations
hallucinatoires d'autrui il n'ignore pas les objections qui peuvent être
faites et il ne laisse pas d'être parfois un censeur très exigeant. Mais
s'il s'agit de sa propre conviction, elle lui semble un argument dernier,
sans qu'il paraisse se rendre compte alors que sa conviction, comme
toute conviction humaine, n'est pas un critère de vérité ni même de
réalité, mais qu'elle est un fait à expliquer à l'égal de tous les autres
faits psychiques. Faute de se rendre compte que l'analyse objective
des faits et le sentiment subjectif appartiennent à deux plans distincts
et qu'il ne saurait être question de les opposer l'un à l'autre, comme
s'ils avaient une commune mesure, il ne trouve à ce conflit factice
d'autre solution que de lui donner une forme personnelle. Après avoir
opposé l'attitude de ceux qui seraient partisans ou adversaires de
l'hallucination, des hallucinophiles et des hallucinophobes, iljranchit
le pas et engage le débat entre Opsiphile et Noéphème.
Le dialogue est un procédé de discussion qui peut se recommander
d'exemples illustres. Mais il s'approprie mieux sans doute à la mise
en regard toute théorique des points de vue philosophiques qu'à PSYCHOLOGIE PATHOLOGIQUE 547
l'exposé et à l'analyse des conditions qui peuvent rendre compte de la
diversité des faits. Il tend au plaidoyer plus qu'à la preuve rigoureuse.
A personnages multiples, il peut encore se prêter à une certaine sou
plesse d'argumentation ; mais à deux personnages ayant pour fonc
tion essentielle de soutenir le pour et le contre, il risque de distribuer
les faits suivant qu'ils semblent en faveur de l'une ou l'autre thèse et
sans tenir compte des ensembles dont ils font partie, et d'où ils tirent
en réalité leur vraie signification.
C'est ainsi qu'au lieu de commencer par distinguer entre eux les
cas où l'existence d'hallucinations paraît le plus authentique et
d'examiner s'il faut, dans chacun de ces cas, leur reconnaître les
mêmes conditions et la même signification, l'A. fait exactement l'in
verse. Il pose l'Hallucination comme une sorte d'entité dont il ne
serait possible que d'affirmer ou de nier l'existence d'une façon ab
solue, et il paraît tellement convaincu de son identité foncière qu'il
prétend en établir les degrés uniquement du point de vue de son
occasion extérieure et de son contenu esthétique, sans tenir compte
du comportement particulier dont elle fait partie.
Il est ainsi amené à des assimilations et à des confusions singulières.
Cherchant à partir de sa forme la plus concrète pour terminer par son
aspect le plus idéologique, c'est-à-dire par ce qui est communément
appelé hallucination psychique et qu'il appelle hallucination pseudo-
esthésique, il donne pour des hallucinations du premier degré les
images virtuelles, c'est-à-dire le reflet des objets dans une glace non
transparente. Serait donc halluciné quiconque voit dans un miroir
la pièce où il se tient et les objets de cette pièce pour cette seule raison
qu'ils ne seraient pas perçus d'une vision directe.
II n'est possible ici que de donner quelques exemples d'autres assi
milations plus ou moins forcées. Serait prqche parente de l'halluci
nation l'impression de relief donnée par un schéma géométrique.
Très instructives également seraient les illusions optiques qui sont
obtenues à l'aide d'artifices de présentation sans doute, mais parla*
même à l'aide de procédés objectifs dont l'effet ne peut manquer de
se produire dans les conditions de la vision normale : par exemple
certains déplacements apparents de points immobiles.
L'A. croit possible de comparer le fait de voir simultanément un
point lumineux et Je petit écran de carton qui intercepte les rayons
allant de ce point vers l'un des deux yeux avec celui, qui s'observe
dans les rêves, d'apercevoir quelqu'un à travers un mur opaque.
Il lui semble légitime d'assimiler la dématérialisation progressive
de l'image sensorielle à laquelle se substitue la connaissance intellec
tuelle de l'objet, et l'image que l'absence momentanée d'excitations
sensorielles peut faire surgir de la rétine ou du labyrinthe livrés à leur
vie propre et à leur sensibilité spontanée (p. 45-46).
Pour ramener à l'hallucination les erreurs de lecture il oppose aux
cinq ou six éléments qui auraient été lus correctement ceux qui au
raient été vus sans être réellement lus et il oublie qu'antérieurement
à chaque élément il y a l'ensemble, que l'ensemble est la cause la
plus fréquente des fausses lectures, qu'il est exceptionnel, à moins
d'erreur reconnue, de passer de l'ensemble aux parties, le mouvement
normal de la pensée étant d'aller du symbole à l'idée et non du sym- 548 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
bole à son graphisme. L'écart, parfois considérable, entre l'impression
réellement subie et la reproduction, même instantanée, de cette im
pression par le sujet lui-même est loin d'être une preuve d'hallucinat
ion. Car la reproduction la plus immédiate met en jeu des méca
nismes qui ne dépendent pas de l'impression et qui risquent d'en
transformer plus ou moins profondément l'expression, sans qu'il soit
besoin de la supposer elle-même différente de ce qu'elle devrait être
normalement. De ce fait les exemples abondent.
Sur l'illusion des amputés il y aurait beaucoup à dire. Quercy l'e
nvisage à l'état pour ainsi dire statique et la compare, telle quelle, à
l'ensemble des autres hallucinations. Des études ont pourtant été
faites sur les conditions de son renforcement ou de sa disparition.
Montrant de quels facteurs elle dépend, ne donnent-elles pas le
moyen le meilleur d'apprécier sa nature et de reconnaître dans quelle
mesure elle' peut vraiment servir à rendre compte des hallucinations
délirantes ? «
De même, entre les images consécutives et les
qu'y a-t-il de commun ? A l'aide d'une définition appropriée ou
d'une simule analogie qualitative toutes sortes d'assimilations sont
possibles. Mais un mot n'a de signification que par son contexte et
une manifestation psychique que par le comportement dont elle fait
partie. Quelle similitude de comportement y a-t-il entre celui que
divertissent les métamorphoses de ses images consécutives, mais qui
sait éviter toute concentration de son attention sur elles pour ne pas
en interrompre le cours, et le persécuté qui épie avec anxiété ses voix ?
De même encore entre les hallucinations du peyotlisé et les hallu
cinations psychiques, par exemple, quel profit y a-t-il à établir cette
continuité qui est tout le plan et tout l'argument du livre ?
Inutile, sans doute, d'entrer dans plus de détails. Mais n'eût-il
pas mieux valu ramener chaque cas à ses conditions spécifiques,
plutôt que de poser le problème de l'Hallucination sous sa forme en
quelque sorte ontologique et, pour savoir si elle existe ou si elle
n'existe pas, de rassembler des faits plus ou moins disparates ?
Ainsi la riche et vivante et souvent très personnelle documentation
de cet ouvrage aurait été d'un enseignement plus proche des besoins
psychologiques ou cliniques. H. W.
570. — H. CLAUDE. — Mécanisme des hallucinations. Syndrome
d'action extérieure. — Enc, XXV, 1930, p. 345-359.
A côté des hallucinations qui sont réellement d'origine organique
et qui sont dues à une lésion ou à une modification dynamique des
centres ou des conducteurs nerveux, il y en a d'autres dont l'origine
psychogène semble incontestable. Les premières sont élémentaires et
vides de contenu affectif, les secondes se distinguent, au contraire,
par leur charge affective. Leur rapport intime avec la personnalité
profonde du sujet se traduit le plus souvent en syndrome d'action
extérieure.
Deux mécanismes peuvent rendre compte de ce syndrome. En
premier lieu une sorte de rumination mentale, qui n'a cessé d'accuser
toujours davantage dans l'esprit du malade ses futurs thèmes déli
rants. Vienne un choc quelconque, choc émotif ou choc infectieux, et

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