Généralités. Théories. Lois psychophysiques. Processus physiologiques - compte-rendu ; n°1 ; vol.24, pg 443-462

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L'année psychologique - Année 1923 - Volume 24 - Numéro 1 - Pages 443-462
20 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1923
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a)Généralités. Théories. Lois psychophysiques. Processus
physiologiques
In: L'année psychologique. 1923 vol. 24. pp. 443-462.
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a)Généralités. Théories. Lois psychophysiques. Processus physiologiques. In: L'année psychologique. 1923 vol. 24. pp. 443-
462.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1923_num_24_1_4550SENSATION ET PERCEPTION 443
R. ALLERS et O. BENESI. — Zur Frage nach der Wahrnehmung
der Schallrichtung {Sur la question de la perception de la direction
sonore). — Z. für g. N., 76, 1923, p. 28-41.
L'auteur emploie un phonomètre à chute et compare l'audition
monauriculaire et binauriculaire.
Il ne remarque pas d'influence de l'intensité sur l'exactitude des
perceptions de direction, mais seulement sur la certitude subjective,
et note des différences nettes dans la localisation avec une ou deux
oreilles (tendance binauriculaire au transfert d'arrière en avant, et
tendance monauriculaire au transfert du côté de l'oreille en fonct
ion), mais, s'appuyant sur des localisations avec une seule oreille,
comme sur la localisation correcte avec les deux oreilles d'excitations
liminaires, il prétend réfuter la théorie de la localisation par diff
érences d'intensité ; comme la des différences de phase ou
de durée ne peut expliquer la localisation monauriculaire, l'auteur
juge que cette théorie est réfutée par là même (ce qui reviendrait
à dire que l'existence du relief monoculaire réfute la théorie stéréos-
copique du relief binoculaire) et fait intervenir des qualités sonores
révélatrices de la direction, dont des recherches nouvelles pourront
peut-être préciser la nature. H. P.
7° Vision. Motricité oculaire
a) Généralités. Théories. Lois psychophysiques.
Processus physiologiques
CHARLES RICHET. — Dictionnaire de Physiologie. — T. X, 2e Fasc
icule, in- 8, p. 209-576, Paris, Alcan, 1923.
Le fascicule continue l'article Lumière, commencé dans le précé
dent, et qui s'étend jusqu'à la page 572.
Bien qu'il ne soit pas signé, aux innombrables citations de Raphaël
Dubois, dont beaucoup n'ont, avec le sujet, que des rapports très
lointains (théorie du sommeil, mitochondries et bioprotcon, anti-
cinèse rotatoire, etc.), on sait quel est l'auteur.
L'article divisé en : production de lumière par les êtres vivants; et
action de la lumière sur les êtres vivants, est intéressant, très riche,
d'information large ; on sait que dans les recherches sur la photo
genèse, l'auteur tient une grande place ; malheureusement, Raphaël
Dubois n'envisage pas toutes les contributions d'un point de vue
assez élevé, pour obtenir une perspective suffisante ; il ne voit les
choses qu'à travers ses propres idées, ses propres travaux, ses soucis
personnels, dont celui de priorité est dominant. Aussi, toutes les
fois qu'il est en jeu — et c'est bien souvent — ne peukon accepter
son point de vue que sous bénéfice d'inventaire. Mais il y a beau
coup à prendre dans son travail, et, une fois averti, on tirera grand
profit de sa lecture.
Le dernier article de ce fascicule est Manganèse. Le prochain fas
cicule terminera le tome X de cette très importante et précieuse
publication qui fait honneur à la physiologie française, et dont on
souhaite l'achèvement rapide, a H. P. 444 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
ANDRÉ BROGA. — Leçons d'optique physiologique. — In-8 de
150 p., Paris, Revue d'optique, 1923.
Les leçons publiées en autographie par M. A. Arnulf ont été pro
fessées à l'Institut d'Optique nouvellement fondé.
Elles traitent de l'œil et de ses caractéristiques, de l'aberration,
du chromatisme, du mécanisme de l'accommodation, de la structure
rétinienne, puis des corrections oculaires, de l'ophtalmoscope, et
de la topographie rétinienne. Viennent ensuite les questions psy
chophysiologiques sur les sensations de lumière et de couleur, sur la
sensibilité différentielle et l'acuité, sur l'action des lumières brèves,
les notions de distance et de profondeur, enfin sur l'éclairage (util
isation par l'œil des sources industrielles).
L'auteur ne fournit, sur ces grandes questions, que quelques brèves
données, empruntées, toutes les fois qu'il le peut, à ses propres tra
vaux, en prenant soin, pour son auditoire de candidats ingénieurs
opticiens, d'indiquer la signification pratique, l'utilisation possible
des notions théoriques.
H. P.
O.E. MUELLER. — Zur Theorie des Stäbchenapparates and der
Zapfenblindheit {Contribution à la théorie de V appareil à bâtonnets
et de la cécité des cônes). — Z. für Sin., 54, 1 et 2-3, 1922, p. 9-48
et p. 102-145.
Dans les cécités chromatiques complexes, on observe un syndrome
qui est rapporté à la cécité des cônes (nyctalopie), caractérisé par
un scotome central, du nystagmus, une diminution notable d'acuité
visuelle, une visibilité spectrale caractéristique de l'adaptation à
l'obscurité, etc. Tous ces phénomènes sont en accord avec un fonc
tionnement exclusif des bâtonnets.
Quelques difficultés se présentent cependant, du fait d'une adap
tation plus rapide à l'obscurité, dont il faut rendre compte, de la
photophobie et de l'absence, en certains cas, du scotome maculaire.
Au cours de son importante étude, très documentée, G.-E. Müller
explique la plus grande rapidité d'adaptation à l'obscurité en cas
-de cécité des cônes par la suppression d'une influence inhibitrice
que le fonctionnement des cônes exerce normalement sur la régé
nération du pourpre, et qui continue à s'exercer comme effet rési
duel pendant quelque temps (ce qui expliquerait l'accélération au
bout de 10 minutes du processus d'adaptation, d'après la courbe de
croissance de sensibilité établie par Piper, courbe en S, comme
on le sait), L'absence d'inhibition rendrait compte aussi de l'éblouis-
sèment, de la photophobie, en lumière modérée, par suite de l'exal
tation de sensibilité corrélative de l'augmentation de pourpre,
ainsi que la différentielle accrue.
Pour le cas où le scotome central fait défaut, l'auteur incline à
penser que cette anomalie tient à l'existence, chez certains individus
de bâtonnets en plus ou moins grand nombre, disséminés dans le
•centre de la rétine, ce qui est en accord avec un certain nombre des
•différences individuelles observées dans les caractéristiques de la
vision centrale. SENSATION ET PERCEPTION 445
G.-E. Müller en vient alors à envisager d'une façon plus générale,
en utilisant les observations de nyctalopes, le fonctionnement des
bâtonnets dans la vision.
Il note que le rôle du pourpre des bâtonnets diminue au fur et à
mesure que la lumière augmente, en sorte que, fondée sur le pourpre,
la fonction des bâtonnets ne peut être qu'une vision à l'obscurité.
Mais il pense que les bâtonnets fonctionnent aussi à la lumière,
et expose les données sur lesquelles il fonde cette opinion. Il a montré
que le seuil d'excitabilité électrique des bâtonnets (d'après l'inten
sité minima de courant donnant une impression lumineuse dans une
région périphérique de la rétine), était le même dans l'œil adapté à
l'obscurité ou à la lumière. Ainsi le bâtonnet reste très sensible, plus
que le cône, mais il est protégé du fait que le pourpre n'intervient
plus. En réalité, les bâtonnets comme les cônes posséderaient une
substance excitable donnant les excitations blanc et noir, et la des
truction du pourpre interviendrait, par un couplage catalytique de
cette réaction photochimique d'un sensibilisateur optique, avec la
réaction purement chimique de la substance excitable.
Les bâtonnets ne peuvent-ils même fournir une certaine sensibil
ité chromatique : c'est ce que semble indiquer l'impression bleue
obtenue par adaptation à l'obscurité. Toutefois, une autre hypothèse
est possible, c'est qu'il existe dans l'article externe des cônes une
petite quantité de pourpre, intervenant pour engendrer la sensation
de bleu.
La similitude, en tout cas, pour la vision lumineuse, des cônes et
des bâtonnets, doit s'appuyer sur l'existence de voies communes à
un certain niveau conduisant les excitations réunies des deux caté
gories d'éléments, mais, au départ, les voies sont distinctes (cellules
bipolaires différentes décrites par Ramon y Cajal), peut-être jusqu'à
la radiation optique de Gratiolet.
La distribution des clartés spectrales pour l'appareil à bâtonnets
est considérée par Müller, comme identique à celle que devaient
avoir les cônes, quand ils étaient encore dépourvus de substances
chromatiques.
En somme, les cônes et les bâtonnets se seraient différenciés en
ce que les premiers auraient vu s'ajouter, à leur substance sensible
blanc-noir, les substances sensibles assurant la perception des cou
leurs, tandis que les bâtonnets posséderaient une sensibi
lisatrice par catalyse, permettant un fonctionnement avec des
quantités moindres de lumière.
Il y a de nombreuses remarques intéressantes dans ce travail,
appuyé sur une forte documentation germanique (à l'exclusion à peu
près complète de tous autres travaux, en particulier de toutes les
importantes recherches américaines), mais l'auteur reste encore
prisonnier des conceptions de Hering, ce qui l'empêche de systémat
iser les faits actuellement connus de façon réellement objective.
H. P. 446 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
FRANK ALLEN. — On reflex visual sensations. — On reflex visual
sensations and color contrast. — On the reflex origin of the self
light of the retina. — J. of optical Soc, VII, 1923, p. 583-626 et p.
913-942 ; VIII, 1924, p. 275-286.
F. Allen, physicien de l'Université canadienne de Manitoba, a
employé une méthode fondée sur les fréquences critiques du pa-
pillotement en lumières spectrales, pour déterminer les trois sensa
tions de couleurs primaires requises par la théorie de Young-Hel-
moltz (rouge, vert et violet). Fatiguant un œil avec un X donné, il
détermine le seuil de fusion pour une série de X et note les modif
ications suivant le X de fatigue, étant entendu qu'une diminution
de fréquence critique mesure une diminution de sensibilité.
Or,avec fatigue d'un œil, il obtient, pour Tautre œil, une augment
ation générale des fréquences critiques, donc une augmentation de
sensibilité, qu'il considère comme réflexe et dont le maximum appar
aît au milieu du rouge, du vert et du violet, avec deux points où
l'action se montre faible ou nulle (X = 502 et 658), ce qui indiquerait
une action renforçante sur les trois processus primaires. En revanche,
l'obscuration d'un œil déprime la senoibilité de l'autre (non si l'œil
est fermé, ce qui expliquerait la paradoxe de Fechner).
Dès lors Allen reprend des mesures de fatigue, en éclairant l'autre
œil, pour éviter cet effet dépressif et obtient des résultats qu'il
considère, d'après les courbes des fréquences critiques, comme
résultant de la combinaison d'une action locale double directe (fa
tigue) et réflexe. Llaction de fatigue diminue la sensibilité pour le
processus correspondant à la couleur de la lumière (dans le rouge, le
vert ou le violet), ou aux deux processus élémentaires constitutifs
(pour les couleurs mixtes, orange, jaune ou bleu). L'action réflexe
augmente la sensibilité aux trois primaires, donnant donc
une sensation mixte de blanc et tendant à diminuer la saturation
des couleurs par mélange avec le blanc réflexe. Cet effet réflexe
qui est transféré d'un œil à l'autre et qui existe localement se marque
aussi d'une région de la rétine à l'autre (expériences faites par fa
tigue moitié de la avec divers X).
Les phénomènes de contraste sont expliqués par la combinaison
de cet effet réflexe, transféré, avec l'effet direct local, qui, lui, ne peut
être transféré. En effet, le renforcement réflexe est plus grand pour
les complémentaires de la couleur active ; du jaune à côté du vert,
va renforcer dans la zone du vert le violet surtout, d'où un bleuiss
ement du vert ; le vert dans la zone du jaune renforcera le rouge, d'où
un aspect plus orangé.
Et l'auteur constate quer dans le même œil, l'obscurité d'une
région renforce la clarté des autres régions rétiniennes, moins qu'une
forte lumière, mais plus qu'une faible et explique par là le contraste
simultané de clarté (le noir rendant le blanc voisin plus lumineux,
mais le blanc rendant le noir moins noir, ce qui ne semble pas, soit
dit en passant, en accord avec l'expérience).
Il en vient à une théorie générale, complétant celle de Young-
Helmoltz. La lumière blanche est une « sensation réflexe », qui est
venue se surajouter aux sensations chromatiques, dues aux proces
sus des couleurs primaires ; et cela permet de rendre compte, à SENSATION ITT PERCEPTION 447
se« yeux, de toutes les difficultés soulevées par la confrontation de
la théorie primitive avec les faits.
'La lumière propre de la rétine, invoquée par Helmhol'tz, serait
aussi une manifestation de la sensation réflexe, due à la pression
mécanique exercée pair la circulation sanguine sur larétine.
©e •nombreuses déductions sont fournies, -en particulier celle-ci
qui permet une vérification expérimemtale de la théorie (non faite
par î'auteiair) : II existe dans le spectre six points « d'équilibre » co
rrespondant aux intersections des processus élémeïitaires contigus
(rouge et vert, vert et violet), et auxlimites 'terminales des processus.
Bourdes radiations correspondantes, il n'y a aucun effet appréciable,
ni de fatigue, ni de Tenforoement réflexe.
Dès lors ces radiations ne doivent pas pouvoir exercer de contraste
(A = 425, 480, 505, 520, 570 et 660).
(La théorie est d"un physicien qui n'est pas arrivé à préciser sa
conception, assez étrange, d'une « sensation réflexe » et qui ne se Tend
pas bien compte delà complexité des phénomènes biologiques en jeu.
Dans le détail, de nombreux faits s'opposeraient à la généralisation
de sa théorie explicative ; et, à l'origine, le phénomène, d'ailleurs
intéressant, qu'il signale, représente une base bien fragile ; en parti
culier on ne peut considérer, sans plus, qu'une augmentation de
fréquenoe critique mesure une augmentation de sensibilité absolue,
car il intervient une sensibilité différentielle susceptible de varier
ée façon indépendante, en admettant, ce qui semble en effet exact,
que la persistance est bien fonction de la sensibilité absolue, quand
l'intensité de l'excitant est invariable.
Enfin noms ajouterons qu'en comparant, au point de vue du
contraste consécutif, l'influence d'étroites bandes spectrales, nous
n'avons trouvé aucune différence dans le 'Comportement des points
erï tiques (en particulier pour X *r= 660, .570 eft 520) et des regioos
voisines «dm spectre, à l'opposé de ce qu'implique la théorie ri* Allen.
H. P.
C. LADD-FRANKLIN. — Practical logic and Color Theories (Xo-
gique pratique et théories des couleurs). — Ps.Rev., XXIX, 3, 1922,
p. 180-200.
Réponse aux critiques formulées par Troland contre la théorie
de* couleurs qu'a, exposée l'auteur au Congrès International de
Psychologie de Genève, 1909, '698-705. Nous ne pouvons ici, entrer
dans le détail de cette discussion. G, P.
E.-Q. ADAMS. — The theory ol color vision (La théorie de la vision des
couleurs). — Ps. Rev., XXX, 1, 1923, p. 56-76.
D'iaprès A., les cônes de la rétine 'Contiennent trois substances
sensibles à ;la lumière, analogues au pourpre rétinien, mais moins
«tables que cette substance .; l'action antagoniste des couleurs conv
plémentaires s'explique par un mécanisme nerveux d'inhibition.
L'auteur cherche à établir que cette théorie -s'accorde avec les faits
ooMtua, et avec la théorie de Young- H-ehnoltz — sans apporter
d'expériences nouvelles. -G. P. 448 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
JULIUS PIKLER. — Grundzüge einer Neuen Psychologie, Phys
iologie und Psychophysik des Farbentöne {Fondements d'une
nouvelle Psychologie, Physiologie, et Psychophysique des tonalités
chromatiques). — Die Naturwissenchaften, 1923, 32, p. 685-690.
La science nouvelle de Pikler va curieusement rejoindre les théo
ries de la Scolastique et les spéculations du Moyen âge. En faisant
abstraction de tous les faits, de tous les efforts d'interprétation, en
partant d'une remarque particulière, plus ou moins exacte, et en
fondant sur celle-ci un édifice abstrait et verbal, comportant un
certain degré de cohérence, en jetant de temps à autre un vague
regard sur la réalité, mais sans insister, on peut évidemment chercher
à satisfaire son esprit, quand on n'a pas l'esprit difficile ; mais la
publication de ces élucubrations personnelles n'est peut-être pas
indispensable.
Nous résumerons les grandes lignes de la conception, à titre
d'exemple, instructif, d'une telle méthode de travail.
Le point de départ c'est l'existence d'un « pas de Purkinje vers
un ton chromatique » (Purkinj esches Schritt zu einem Farbenton),
modification que subit la lumière donnant ce ton chromatique dans
le spectre de la lumière du jour, quand on passe du spectre crépuscul
aire incolore, à ce spectre d'un autre degré de clarté. Le pas est
vers le rouge en passant de l'obscurité à une lumière moyenne, pour
le jaune d'une lumière moyenne à forte clarté, pour le vert, en
sens inverse, d'une forte clarté à une clarté moyenne, pour le bleu
enfin d'une clarté moyenne à l'obscurité.
Qu'est-ce que cela signifie au juste, quel rapport cela a-t-il avec
le phénomène de Purkinje ? Il y a déjà là une construction singu
lièrement arbitraire et non la constatation d'un fait.
Or l'ordre des « pas de Purkinje » est celui même des couleurs cor
respondantes, constituant un cercle chromatique ; c'est la loi de la
« congruence du cercle chromatique et du phénomène de Purkinje »,
que la physiologie doit expliquer et la psychologie, et la psycho
physique.
La théorie explicative fait de la couleur une « forme de clarté »
(Helligkeitsgestalt), comme la rondeur est une forme de l'espace. Ce
n'est pas plus difficile que cela. Un degré de clarté est remplacé
par un autre ; cela se traduit par une forme spécifique, une couleur
déterminée. Voilà pour le point de vue psychologique.
Physiologiquement, la vision chromatique est une adaptation de
la variété crépusculaire de l'acte visuel à la lumière solaire normale.
L'induction chromatique, par exemple dans les disques de Fechner-
Benham, s'explique en ce que l'action chromatogène d'une excitation
naît de la différence des intensités lumineuses, se substituant à la
différence des valeurs crépusculaire et de pleine lumière du jour.
Voilà pour le point de vue physiologique. Enfin, du point de vue
psychophysique, la clarté spectrale croît avec l'énergie vibratoire,
avec la fréquence, et décroît avec 1' « excentricité », à partir du jaune-
vert, dans un sens comme dans l'autre. C'est là le fondement du
cercle chromatique.
Quelle place tiennent les acquisitions réelles de la science dans cet
édifice ? Il est à peine besoin de répondre qu'elles ne sauraient y
prendre aucune place. H. P. SENSATION ET PERCEPTION 449
THEA GRAMER. — Ueber die Beziehung des Zwischenmediums
zu den Transformations- und Kontrasterscheinungen ( Sur le rapport
du milieu intermédiaire avec les phénomènes de transformation et de
constraste). — Z. für Sin., 54, 4-6, 1923, p. 215-242.
Le milieu intermédiaire, c'est l'apparence que prend l'espace vide
■entre des objets de vision. La transformation, c'est, suivant la concep
tion de Jaensch, la modification subjective de clarté ou de couleur,
qui se produit sous l'influence d'un éclairage anormal, par obscura
tion ou intervention d'une lumière colorée.
Avec des expériences très simples, en observant deux surfaces
grises séparées et des disques, avec des écrans, l'auteur trouve que
les modifications subjectives, les transformations, sont d'autant
plus accentuées que le milieu intermédiaire est moins apparent, se
rapproche davantage de l'eau limpide, et, au contraire, plus le mi
lieu se colore, devient plus évident, et plus faible est la transfor
mation.
Ce travail.qui reflète les conceptions de Jaensch, chez qui il a été
accompli, est suivi de deux commentaires de ce dernier, l'un pour
montrer que l'impressionisme reçoit des données exposées une grande
clarté (Z. für Sin., p. 243-250), l'autre sur la question des relations
causales déduites des similitudes de lois, remarques méthodologiques
relatives aux perceptions de forme et aux sensations de couleurs
(p. 251-254).
H. P.
B. BOURDON. — Quelques expériences sur la vision. — Bull, de la
Soc. Scientifique et médicale de l'Ouest, 1922, 4.
Exposé des expériences possibles avec deux simples tubes de
-carton noir i Fusion facile de deux imagés horizontales, difficile de
deux images situées à des hauteurs différente« ; détermination de
la tache aveugle ; impossibilité de reconnaître avec quel œil on voit ;
variation de grandeur apparente pour une image rétinienne cons
tante, etc. H. P.
LOUIS LAPIGQUE. — Sur une prétendue vision extra- rétinienne. —
(Reproduction de la communication faite à la Séance du 17 mars
1923, de la Société de Biologie), B. B., 88, 1923, p. 671-675.
« Depuis quelques temps, il est question, dans la presse extra-
scientifique, d'une prétendue vision extra- rétinienne ou paroptique.
Or, il y a deux ans, après avoir assisté à une démonstration présentée
par l'auteur de la découverte, ayant ensuite lu avec soin l'opuscule
d'une centaine de pages où cet auteur venait d'exposer ses re
cherches * j'étais arrivé à concevoir clairement une interprétation
fort simple des faits donnés comme extraordinaires ou nouveaux.
Les circonstances actuelles me font un devoir de verser aux débats
mon opinion motivée.
1. Louis Farigoule, La vision extra-rétinienne et le sens paroptique.
Editions de la Nouvelle Revue française, 1920.
l'année psychologique, xxiv^ 29 450 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
« Prié par Meyerson et Piéron de venir dans le laboratoire de ce-
dernier, assister à la démonstration, j'y vins sans avoir, au préalable,
aucune connaissance de ce qui avait été dit ou imprimé là-dessus.
Je savais seulement qu'il s'agissait de voir par la peau, sans le con
cours des yeux. Pour le détail des essais, je renvoie aux notes prises
par Piéron aussitôt après la séance et publiées ci-après. (Il n'a pas-
été rédigé de procès- verbal pour la raison qu'on trouvera plus bas).
« Tout de suite, une chose me frappa. M. Farigoule insistait sur
l'opac té du bandeau qu'il allait placer sur les yeux de son sujet
mais ne parlait nullement de la difficulté bien connue quand il
s'agit de mettre les yeux hors de cause • entre le nez et la pommette,
le visage européen présente un creux que le bord inférieur du ban
deau franchit comme un pont ; il reste sous ce bord un orifice assez
large par où la lumière a accès sur l'œil obliquement de bas en haut
et d'avant en arrière. Or, le sujet plaçait l'objet à reconnaître devant
sa poitrine, précisément dans la situation convenable pour l'aperce
voir par l'orifice en question.
« Un écran opaque interposé entre le menton et la poitrine gênait
manifestement le sujet dans ses tentatives ; i bien qu'il fallut r
enoncer à cet écran pour pouvoir continuer l'expérience. Je demandai
alors et obtins sans difficulté la permission de bourrer un peu de
coton à gauche et à droite du nez, pour obturer le creux dont je
viens de parler ; le sujet put, dans ces conditions, reconnaître des
lettres et des chiffres de grande dimension, sur une surface maniée
par lui devant sa poitrine.
« Le sujet se retira alors, et nous restions perplexes, quand G. Du
mas voulut faire l'expérience sur lui-même. On lui mit le bandeau,
j'ajoutai le coton, et après un certain nombre de tentatives, ayant
imité tous les gestes du sujet précédent, G. Dumas dit d'une voix
calme : « Je vois ; je vois un chiffre. » Et il désigna exactement un
chiffre sur les deux pris comme objet.
» On retire le bandeau à G. Dumas, qui nous explique : « Sous
le bandeau, vers le bas, à travers le coton comme à travers un
brouillard, on voit avec ses yeux. » Chacun de nous essaye, et re
connaît que sans coton avec le bandeau, on voit, de la vision ordi
naire, une petite zone devant la poitrine ; avec le coton, parfois on
ne voit que la blancheur de ce coton ; d'autres fois, à travers cette
blancheur, par une série de tout petits trous, on aperçoit quelques
points de la même zone, suffisamment pour que des mouvements
convenables de la tête ou de l'objet permettent de reconnaître les
formes.
« Je ne me souviens pas que Louis Farigoule ait dit quoi que ce soit ;
je me souviens fort bien de son expression de visage : je l'interprétai,
nous l'interprétâmes tous, comme celle d'un homme qui vient de
découvrir une vérité désagréable ; nous avions eu, dans tout ce qrai
précédait, l'impression d'une entière bonne foi, nous crûmes que
c'en était fini de la vision extra- rétinienne, et nous jugeâmes
dresser un procès-verbal serait une inutile cruauté.
« Rentré chez moi, je lus le mémoire de Farigoule sur la vision
extra-rétinienne ; on y trouve tout du long, qu'il s'agisse d'expé
riences sur divers sujets ou d'expériences sur lui-même, des faits •
SENSATION ET PERCEPTION 451
de laboratoire, suivant sa propre expression, nettement confirmatifs
de la conclusion de notre séance. p»
« Je cite ou je résume quelques passages caractéristiques :
« — Les régions de la peau qui voient le mieux sont, par ordre
dégressif — les mains • — le cou et la gorge — les joues, le front, la
poitrine... (p. 43).
« — Le sujet qui cherche à voir paroptiquement un objet ne le
place pas dans l'axe de ses yeux, il l'en écarte d'un angle compris
entre 30° et 90°, situé dans le plan de symétrie du corps, le côté
supérieur de l'angle étant constitué par la parallèle aux axes ocu
laires (p. 49).
« — L'expérimentateur, sa tête étant levée, voit avec sa poitrine
un objet placé à très faible distance de lui (p. 83). Si le sujet baisse
lentement la tête, de façon à amener tout doucement l'objet dans
la région du champ visuel ordinaire, la vision stern aie cesse (p. 85).
« • — Mettez trois bandeaux l'un sur l'autre, le stijet n'en est
nullement gêné (p. 60). Que l'on masque, au contraire, avec un ban
deau ouaté, une partie du visage, front, joue, il se produit une dimi
nution brusque de la vision (p. 83).
« • — Des étoffes, même épaisses, recouvrant les autres régions
du corps n'arrêtent point la vision (pp. 82 et 83),
« En partant de là, il ne serait pas besoin de connaître la consta
tation que nous avons faite à la suite de G. Dumas pour inférer que
Ja vision prétendue paroptique se fait par l'orifice triangulaire nez-
joue-bandeau, orifice que Farigoule ne paraît même pas avoir,
comme nous, obnubilé de coton. On trouve bien quelques indications
contradictoires, par exemple le rôle du front, ou la vision par la
nuque, mais ces indications, rares par rapport aux autres, sont tout
à fait incidentes et vagues.
« D'ailleurs, la vision paroptique, Farigoule y insiste, a tous les
caractères de la optique.
« — Les conditions et les limites de la visibilité sont sensiblement
les mêmes que pour l'œil. La perception qualitative des couleurs est
identique ; des nuances délicates sont correctement nommées quelle
que soit la matière même de l'objet ou la nature de la substance
tinctoriale (p. 38).
« Toute la partie du travail destinée à construire une théorie de
la vision par la peau peut être négligée. L'auteur magine sous
l'épiderme, à une profondeur d'un dixième de millimètre, des ocelles,
« yeux microscopiques, rudimentaires, mais complets », qui, au
point de vue morphologique, sont une interprétation complaisante
des expansions hédériformes et des cellules sensorielles de Ranvier ;
ces dernières sont homologuées au cristallin, en raison de leur noyau
réfringent ! Quant au point de vue fonctionnel, il suffira de dire que
l'auteur attribue à chaque ocelle le pouvoir de transmettre des
images par son unique fibre nerveuse.
« En résumé,, les expériences tendant à prouver une vision extra
rétinienne, un sens paroptique de la peau, telles qu'elles ont été
publiées et montrées en 1920 par Farigoule, s'expliquent par une
vision oculaire sous le bandeau.
« La publication et la démonstration ont manifestement£été faites

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