Généralités. Traités. Méthodologie et Histoire. Théories. - compte-rendu ; n°1 ; vol.21, pg 263-276

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L'année psychologique - Année 1914 - Volume 21 - Numéro 1 - Pages 263-276
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1914
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Henri Piéron
Henri Wallon
I. Généralités. Traités. Méthodologie et Histoire. Théories.
In: L'année psychologique. 1914 vol. 21. pp. 263-276.
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Piéron Henri, Wallon Henri. I. Généralités. Traités. Méthodologie et Histoire. Théories. In: L'année psychologique. 1914 vol. 21.
pp. 263-276.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1914_num_21_1_8024ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
I. — Généralités. Traités. Méthodologie et Histoire.
Théories.
SANTE DE SANCTIS. — Contributi psicologïci del Laboratorio di
Psicologia sperimentale délia R. Universita'di Roma. — III (1913-
1917).
Sous l'active direction du professeur Santé de Sanctis, le Laboratoire
de Psychologie expérimentale de l'Université de Rome, avec son sémi
naire psycho-pédagogique annexe, continue à montrer son activité
habituelle que n'a même pas interrompue la guerre. Dans ce troisième
volume, composé de tirages à part de travaux publiés en diverses
revues, parmi les vingt études, dont quelques-unes sont des comptes
rendus d'enseignements, et près de la moitié émanent du
directeur du Laboratoire, nous pouvons signaler les suivantes : De
quelques tendances de la psychologie contemporaine. — La psycho- analyse.
— L'interprétation des rêves. — Étude de structure et de dynamique
sur le rêve. — La méthode de la psychologie criminelle. — L'organisation
scientifique et l'hygiène du travail mental, etc. (Santé de Sanctis). —
Recherches sur les associations des enfants (Guelfi). — Recherches sur la
courbe du travail mental (Sandesky). — Influence du travail sur l'écriture
(Pistoja). — Expériences sur la mémoire comme contribution à la psychol
ogie différentielle de l'écolier anormal (Aschieri). — Les modifications du
niveau mental des écoliers dans les écoles publiques et privées (Fantini et
Ciampi). — La résistance au travail scolaire des écoliers des classes
rentielles (Sorrentino), etc.
H. P.
Studies in Psychology (Études de Psychologie). — 1 vol. in-8 de
337 pages. Worcester, 1917.
Les anciens élèves et collègues de Titchener — qui a eu sur le déve
loppement de la psychologie en Amérique une si grande et si heureuse
influence, — lui ont dédié, en particulier sur l'initiative de Pillsbury,
ce livre jubilaire, à l'occasion de ses vingt-cinq années « de distingués
services » psychologiques.
Et l'ouvrage fait le plus grand honneur à celui à qui il est dédié, et
à ceux qui ont provoqué et assuré sa publication.
Nous ne pouvons, cette année, rendre compte de toutes les études
qu'il contient; nous reviendrons ultérieurement sur quelques-unes 264 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
d'entre elles, particulièrement intéressantes. Nous nous contenterons
ici d'en indiquer la liste : Sanford. Lettre à Titchener. — Margaret
Floy Washburn. La psychologie sociale de l'homme et des animaux infé
rieurs. — W. B. Pillsbury. Principes d'explication en psychologie. —
Charles Gray Shaw. Le contenu de la religion et l'analyse psycholo
gique. — J. W. Baird. Mémoire des hauteurs sonores absolues. —
R. M. Ogden. Quelques expériences sur la conscience de la signification.
— R. H. Gault. Le sens de l'unité sociale. — H. G. Stevens. Une revision
des tests de Rossolimo. — L. R. Geissler. La tonalité affective des com
binaisons de couleur. — Helen M. Clarke. Hôte sur la reconnaissance. —
H. P. Weld. Signification et processus corrélatifs distingués par la
méthode de réaction. — A. S. Edwards. La distribution du temps dans
la mémorisation d'un matériel court. — K. M. Dallenbach. La psychologie
des échecs joués à l'aveugle. — C. A. Ruckmich. Rythme visuel. — Lucy
D. Boring et E. G. Boring. Jugements de temps après le sommeil. —
C. E. Ferrée et Gertrude Rand, Electivité de la réponse achromatique
de l'œil vis-à-vis des longueurs d'onde. — Joséphine N. Curtis. Discrimi
nation tactile et susceptibilité vis-à-vis de l'illusion de Müller Lyer, d'après
la méthode de la stimulation unique. — William S. Foster. Bibliographie
des travaux de Edward Bradford Titchener.
On Toit, par le nombre et la variété de ces travaux, le rayonnement
exercé par l'œuvre du savant soucieux de rigueur et plein de foi dans
l'avenir de la psychologie, qu'est Titchener.
H. P.
JAMES WARD. — Psychological Principles (Principes psychologiques).
— Gr. in-8 de 478 pages, 1918. Cambridge, University Press.
En 1884, Ward dut, assez précipitamment, écrire pour la neuvième
édition de Y Encyclopedia britannica, l'article « Psychologie ». En 1908,
il l'adaptait pour la onzième édition. Une nouvelle édition étant en
préparation, menacé de voir publier, tel quel, un article qui n'était
plus au point, il dut se résigner à le refaire, hâtivement encore, dit-il.
Mais il obtint de publier cet article comme livre, en l'étendant un peu,
et c'est ainsi qu'ont paru les Psychological Principles, qui constituent
un traité complet de psychologie.
L'auteur a montré qu'il tenait à suivre le mouvement des idées,
donnant ainsi un bel exemple. Naturellement, le fond de la pensée n'a
pas changé : James Ward représente bien la transition de la psychol
ogie philosophique à la psychologie scientifique ; soumis à des sy
stèmes de conceptions, il est soucieux de faits et de données positives,
qui rendent son œuvre utile et vivante.
H. P.
W. PILLSBURY. — The fundamentals of Psychology (Les bases de la
Psychologie). — Pet. in-8 de 557 pages, 1917, New- York, Macmillan.
Le public français connaît le nom du professeur de l'Université de
Michigan à qui il doit le meilleur livre sur l'attention paru dans notre
langue. Ayant une forte culture physiologique, et un esprit critique GÉNÉRALITÉS. TRAITÉS. MÉTHODOLOGIE ET HISTOIRE. THÉORIES 265
avisé, Pillsbury a écrit un manuel élémentaire vraiment excellent.
Sans vouloir éliminer l'introspection comme les behavioristes
intransigeants, il montre qu'elle est une forme d'observation accep
table, mais il ne reste pas dans le fossé subjectiviste, et, lui aussi,
proclame hautement que la psychologie n'est pas la science de l'esprit
— même en considérant l'esprit comme une simple somme empirique
de phénomènes mentaux ainsi que l'a fait Titchener, — qu'elle n'est pas
la science des faits de conscience, mais qu'elle est la science du com
portement, du moins en tant que ce comportement est déterminé par
les actes antérieurs des individus, par des influences plus ou moins
éloignées, pour différencier la psychologie de la physiologie et des
autres sciences biologiques.
Les chapitres du livre sont consacrés au système nerveux avec
quelques données évolutives, aux fonctions cérébrales, aux sensations,
aux images, — sensations centralement provoquées — , à l'attention,
aux perceptions, à la mémoire, au raisonnement, à l'instinct, au sen
timent, à l'émotion et au tempérament, aux principes d'action et à la
volonté, enfin au moi.
Dans tous ces chapitres, l'auteur se montre informé des tout der
niers travaux, et son exposé des questions difficiles de la vision et de
l'audition, est particulièrement au courant.
On ne trouvera nulle part ailleurs un exposé élémentaire de la
psychologie plus exact, plus complet et plus moderne.
H. P.
R. S. WOODWORTH. — Dynamic Psychology {Psychologie dynamique).
— Pet. in-8 de 210 pages, 1918. New-York. Columbia University Press.
Woodworth, dont les psychologues français connaissent tous le
beau livre sur le mouvement, et qui est un des maîtres les plus orig
inaux des États-Unis, esprit logique, épris de rigueur scientifique, a
réuni en ce volume une série de conférences faites au Muséum améri
cain d'histoire naturelle, et de nature à contribuera une interpénétra
tion plus étroite de la psychologie avec les autres sciences biologiques.
Si l'on veut suivre les grandes lignes de la psychologie scientifique,
on lira cette claire et intéressante mise au point, où, après une intro
duction sur le mouvement moderne, les problèmes et les méthodes,
l'auteur examine 1' « équipement » inné de l'homme, et l'équipement
acquis et appris; les facteurs de sélection et de contrôle et ceux d'ori
ginalité ; enfin l'origine (le pourquoi) et le mécanisme (le comment) du
comportement anormal et du comportement social.
Pour Woodworth lui-même, la psychologie est devenue la science
objective du comportement, mais sans qu'il se laisse conduire à
l'intransigeance behavioriste. Il montre qu'il serait ridicule de vouloir
éliminer toute introspection, observation directe de ses impressions
par un individu donné. Quand on demande à un sujet quelle est, de
deux couleurs, celle qui lui donne l'impression de plus grande clarté,
on fait appel à son introspection ; mais quelle différence y a-t-il avec
l'autre question qu'on peut lui poser, à savoir quelle est, des deux
couleurs, la plus lumineuse. Dans les deux cas on recueille une 266 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
réponse, qui est un document objectif pour l'expérimentateur. Main
tenant, quand on demande au sujet de procéder à une opération
mentale et d'observer en même temps les processus mentaux qui se
déroulent en lui, on lui donne une double tâche, difficile, et souvent
impossible à accomplir de façon satisfaisante, sinon par retrospection.
La valeur scientifique des données recueillies, grâce à cette introspec
tion complexe, est évidemment moindre. Et, à coup sûr, on ne peut,
dit Woodworth, accepter le point de vue des introspectionnistes
farouches, qui veulent éliminer de la psychologie l'étude du comporte
ment par des méthodes objectives.
Comme Pillsbury, Woodworth, en suivant le mouvement moderne,
sait résister aux entraînements excessifs et garde l'attitude pondérée
que réclame le bon sens.
H. P.
E. B. TITCHENER. — A Beginner's Psychology (Une psychologie pour
le Débutant). — Pet. in-8, 352 pages, 1917. New-York, Macmillan.
En 1899, Titchener publiait la deuxième édition de son ABC de la
Psychologie (A Primer of Psychology), concis, net, clair.
En reprenant et en renouvelant son petit manuel, il lui a donné un
nouveau titre; de fait, c'est un livre différent, non tant dans la forme
— on retrouve les questions et exercices en fin de chapitres, les réfé
rences, exclusivement de langue anglaise, les mots soulignés dans le
texte remplaçant les titres courants des marges — mais dans le fond.
Le célèbre professeur de Cornell University, qui a joué un si grand
rôle dans le développement de 1a psychologie expérimentale en Amér
ique, ne s'est pas contenté de se tenir au courant des progrès géné
raux de nos connaissances dans cette science à laquelle il a consacré
sa vie; il a, lui aussi, bien que profondément attaché au point de vue
primitif de son maître Wundt, bien qu'inaccessible en apparence aux
conceptions objectivistes, au béhaviorisme, subi une évolution incon
testable; il n'a pu suivre le mouvement de cette psychologie comparée
américaine, dont les méthodes sont devenues communes pour l'étude
de l'homme et des animaux, sans en être influencé dans une certaine
mesure. C'est ainsi que, tout eu affirmant que leur étude relève de la
biologie, Titchener a introduit dans son manuel l'examen des instincts,
comme représentant une forme innée du comportement.
Et la définition même du problème essentiel de la psychologie, — à
savoir la description scientifique du champ complet de l'expérience
humaine en corrélation avec le fonctionnement du système nerveux —
n'aurait certes pu prendre place dans le petit manuel d'il y a vingt ans.
Ce qui n'a pas changé, ce sont les qualités maîtresses d'ordre et de
lucidité. Les jeunes étudiants américains auront évidemment là un
bon livre de début.
H. P.
HERBERT SIDNEY LANGFELD et FLOYD HENRY ALLPORT. — An
elementary laboratory course in psychology. (Un cours de laboratoire GÉNÉRALITÉS. TRAITÉS. MÉTHODOLOGIE ET HISTOIRE. THÉORIES 267
élémentaire en psychologie) — In-8 de 147 pages, 1917. Boston,
Houghton Mifflin Cy.
Voici un petit guide, succinct mais clair, qui rendrait de grands
services pour organiser des démonstrations pratiques dans l'enseign
ement secondaire et dans l'enseignement primaire supérieur, où des
exercices psychologiques de laboratoire seraient réellement nécess
aires.
Les auteurs indiquent au début le matériel, très simple, indispen
sable pour chaque couple d'étudiants faisant ensemble les expériences,
le matériel commun réduit à une douzaine de dispositifs peu comp
liqués, et enfin le matériel plus coûteux, désirable, mais dont on peut
à la rigueur se passer.
Les 29 chapitres concernent les sensations et les perceptions,
l'attention, les processus moteurs, les phénomènes associatifs, la
mémoire, l'imagerie et l'affectivité.
Des figures schématiques claires, qu'on pourrait désirer plus nomb
reuses, illustrent ce petit manuel.
H. P.
J.-P. MORAT et M. DOYON. — Traité de Physiologie., t. V. Fonctions
de relation. Fonctions de reproduction. — In-8 de 872 pages, 1918.
Paris, Masson et Gie.
Voici le dernier volume, qui parachève une œuvre importante, du
grand Traité de Physiologie français.
Doyon a traité des fonctions de reproduction avec un luxe de docu
mentation remarquable et une largeur d'esprit biologique dont il faut
le féliciter vivement. Son travail rendra les plus grands services, et
intéressera les psychologues par ses parties éthologiques (autotomie,
chimiotactisme, recherche des sexes, etc.), par son étude du rut, de
l'amour maternel et des soins donnés à la progéniture.
Morat a rédigé les chapitres de sensations.
H. P.
HENRI PIÉRON. — L'attitude objective dans la psychologie moderne.
— Scientia, vol. XVII, 9e année (4915), n° XXXIX-1.
L'évolution générale de nos connaissances tend à faire passer la
psychologie de la phase descriptive, c'est-à-dire de sa période intro
spective et subjective, à l'état de science objective.
Piéron note à travers quels ordres de recherches et de raisonnements
ce résultat s'est imposé.
La psychologie animale a montré la continuité dont témoigne l'acti
vité des animaux et combien il serait factice de vouloir marquer le
moment où apparaît la conscience. Et pourtant, comme le déclarait
Pierre Bonnier, « l'existence d'une psychologie zoologique n'est pas à
démontrer, car sans elle il n'y aurait pas de psychologis humaine ».
Il faut donc admettre une psychologie qui ne tiendrait pas compte de
la conscience. Cette conséquence, contradictoire en apparence avec la
définition même du mot psychologie, a fait que la psychologie s'est vu 268 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
contester le droit à l'existence comme science. Les effets qu'elle pré
tendait étudier du point de vue de la conscience appartiendraient en
réalité à la physiologie. Et, pour couper court aux empiétements du
subjectif sur les données d'une observation positive, Beer, Bethe et
Uexküll ont proposé, Nuel a adopté une terminologie n'impliquant
dans les radicaux employés que des rapports objectifs.
Cependant les recherches systématiques sur le comportement
(Behavior) des animaux que Thorndike inaugurait, auxquelles Yerkes
apportait une précision nouvelle et qui se rattachaient à l'ensemble
des études antérieurement poursuivies, en France notamment, sur
les vertébrés inférieurs et les invertébrés, aboutissaient à constituer
une science véritablement expérimentale par ses méthodes, objective
par ses résultats, différente par ses procédés de la physiologie fonc
tionnelle telle qu'elle est pratiquée dans les laboratoires, et psycholo
gique par sa terminologie.
Pour n'avoir pas brutalement rompu avec les données, même d'appa
rence subjective, dont semblait faite la psychologie traditionnelle
et humaine, la science du comportement tend à se l'annexer et du
même coup à élargir ses propres interprétations en s'assimilant ce que
cette psychologie avait pu déjà produire de résultats positifs.
Lorsque Fechner, Wundt, Lehmann, Titchener, affirment que les
faits de conscience sont l'objet de leurs études, ils n'en cherchent pas
moins à établir les lois objectives qui en déterminent les variations ou
l'apparition. Au moment où l'expérience produit son résultat, ce
résultat peut bien être perçu comme état de conscience, mais cet état
de conscience n'est pas une fin en soi; il n'est qu'un terme dans la
série des conditions et des conséquences; s'il est conditionné d'une part,
il est condition de l'autre; de lui peuvent dépendre les réflexes que
notera l'observateur, ou même les réactions volontaires qui auront été
spécifiées dans le protocole de l'expérience. C'est donc bien encore le
comportement d'un sujet, dans les conditions nettement déterminées
d'une expérience qu'il s'agit d'établir.
L'intervention de la volonté, c'est-à-dire, d'après l'ancienne philo
sophie, du caprice et du libre arbitre, a même pu être éliminée de la
série des conditions aboutissant à la réaction spécifique, par l'emploi
de méthodes, telles, qu'en ont inaugurées les recherches de Pawlow et
celle de Bechterew. La réaction-signal uniformément utilisée par
Pawlow est une réaction sécrétoire. A l'aide de ces réflexes apparte
nant à la vie végétative et par le mécanisme de leur association sous
forme de réflexes conditionnels avec les stimulus les plus variés, il a
poussé très loin chez les sujets qu'il étudiait l'exploration de leurs
aptitudes psychiques. L'objectivité pour ainsi dire absolue de ces pro
cédés, qui sans doute ne pourront suffire à la solution de tous les
blèmes, instaure cependant en psychologie un type de démonstration
strictement expérimentale, dont l'exemple influera sur les recherches
jusqu'à présent considérées comme irréductibles aux conditions sim-
plificatives de l'expérimentation.
Alors même que l'existence de certaines réalités psychiques serait
fonction de leur complexité, un observateur avisé saura découvrir
celui de leurs moments qui peut être soumis au contrôle d'une expé- TRAITÉS. MÉTHODOLOGIE ET HISTOIRE. THÉORIES 269 GÉNÉRALITÉS.
rience rigoureuse; et l'esprit de scrupule ou d'intransigeance qui
induirait à éliminer du domaine de la science exacte les manifestat
ions psychiques que l'analyse ne résout pas immédiatement encore
en termes d'apparence objective, n'aurait d'autre effet que d'interdire
à la psychologie des phénomènes qu'elle doit étudier, puisqu'ils se
produisent. Force est bien d'adopter les seuls procédés qui permettent,
provisoirement du moins, de les définir, sans leur faire subir une
dénaturation préalable. Suivant la formule de F. Rauh, toute méthode
est scientifiquement valable, quand elle réussit.
La conclusion de Piéron n'est pas moins comprehensive. Pour lui
la psychologie objective n'est pas une psychologie nouvelle. « J'y vois,
dit-il, une attitude, dont l'affirmation est nouvelle, mais qui était déjà
implicitement prise par les expérimentateurs. »
H. Wallon.
JOHN B. WATSON. — The place of the conditioned-reflex in Psycho
logy (La place du réflexe conditionnel en Psychologie). — Ps. Rev.,
XXIII, 2, 1916, p. 89-116.
Watson, qui est un « behaviorist » exclusif, s'est attaché à montrer
que l'étude du comportement objectif pouvait s'appliquer à la psychol
ogie humaine. Si, en psychologie animale, depuis une quizaine
d'années, des progrès énormes ont été réalisés, en particulier par
l'emploi de méthodes et d'appareils précis comme il en était utilisé
en psychologie humaine, rien n'empêche, en revanche, d'examiner les
réactions de l'homme comme de l'animal.
L'auteur a donc dirigé une série de recherches basées sur les réflexes
conditionnels à la fois chez l'homme et les animaux.
Pour les réflexes sécrétoires, il décrit l'appareil imaginé par Lashley,
permettant de recueillir dans d'excellentes conditions la salive paroti-
dienne chez l'homme : l'embouchure appliquée à l'orifice du canal de
Sténon tient à la joue grâce à une gouttière ventouseuse qui l'entoure
et qui communique avec une pompe à vide.
Il ne donne pas de résultats sur l'emploi de cette méthode, les
premières recherches ayant été faites surtout, non par le procédé de
Pawlow, mais par celui de Bechterew qui concerne les réflexes condi
tionnels moteurs : une excitation électrique désagréable appliquée au
pied, ou à un doigt de la main, provoque un mouvement de retrait;
on associe à cette excitation des stimulations sensorielles quelconques,
lumineuses ou auditives, qui ensuite suffiront à entraîner le mouve
ment de retrait.
D'autres phénomènes peuvent encore être utilisés comme réactions
enregistrables. C'est ainsi que la réaction pupillaire aux excitations
douloureuses a pu constituer un réflexe conditionnel. Les variations
de fréquence du cœur, la variation de résistance cutanée (réflexe
psycho-galvanique) sont également utilisables. Mais le procédé de
choix s'est montré être la respiratoire; celle-ci s'accom
pagne au début de mouvements divers, mais finit par être obtenue
avec une pureté parfaite.
Une série de^re cherches a été effectuée sur des hommes, des chiens 270 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
et des chouettes, basées sur l'enregistrement de la respiration et de
ses modifications sous l'influence d'une secousse électrique et des
excitants associés à celle-ci de manière à engendrer le réflexe con
ditionnel.
Une série de graphiques donnent des exemples des résultats obtenus,
et établissent la validité de la méthode, qui permet en particulier
l'étude de la discrimination sensorielle aussi bien que par la méthode
de Pawlow, et bien plus commodément, la technique étant très simple.
Il faut pourtant noter que deux sujets humains, sur onze qui ont
été examinés, n'ont pas présenté de réflexe conditionnel.
Cela laisse supposer que certains facteurs pourront chez l'homme
amener des perturbations, surtout lorsqu'il s'agit de réflexes exécutés
par des muscles soumis à la volonté; les échecs que nous avons
signalés concernent, en effet, un essai de création de réflexes condi
tionnels de la main ou du pied. H. P.
K. S. LASHLEY. — The human salivary reflex and its use in psycho
logy {Le réflexe salivaire humain et son emploi en psychologie). — Ps.
Rev., XXIII, 6, 1916, p. 446-464.
Cette étude constitue une excellente introduction à des recherches
sur les réflexes salivaires conditionnels chez l'homme, par la méthode
de Pawlow. Elle apporte un exposé de nos connaissances, assez
réduites, sur le fonctionnement des glandes salivaires, des glandes
parotides surtout, sur la quantité normale sécrétée au repos, quantité
trop élevée avec la méthode des canules introduites dans les canaux
excréteurs, à cause de leur influence excito-sécrétrice — , sur les
excitants normaux de la sécrétion, — avec indication des doutes qui
persistent sur le rôle des excitants mécaniques — , de la mastication,
de la déglutition, etc., et sur les influences indirectes, en particulier
celle des émotions.
Pour faciliter les recherches, sans être obligé de trouver des indi
vidus atteints de fistules, l'auteur a imaginé un appareil permettant de
recueillir la salive sécrétée à la sortie des canaux excréteurs, dont
nous avons parlé à propos de l'étude précédente de Watson.
H. P.
PIERRE JANET. — La Psycho-analyse. — J. de Ps., XI, 1 et 2, 1914,
p. 1-36 et p. 97-130.
C'est un document important pour l'histoire des doctrines que ce
rapport présenté à la Section de Psychiatrie du dernier des Congrès
internationaux de médecine. C'est, en effet, de l'analyse psycholo
gique de Pierre Janet que dérive au premier chef la psycho-analyse de
Freud. Et c'est la comparaison de cette analyse psychologique avec la
psycho-analyse, qu'a voulu faire Pierre Janet.
Or, la grande différence réside en ceci, que la
implique l'interprétation des dires du malade dans le sens du dogme
freudien (la sexualité au fond de tout). « Hélas, dit l'auteur, je crois GÉNÉRALITÉS. TRAITÉS. MÉTHODOLOGIE ET HISTOIRE. THÉORIES
bien qu'il faut avoir la foi pour bien comprendre les interprétations
symboliques de la psycho-analyse. »
« L'analyse psychologique, dit-il encore, avait constaté à titre
d'observation et d'hypothèse le rôle considérable de la sexualité dans
les névroses ; la psycho-analyse a transformé cette notion et en a fait,
si je puis emprunter un mot de M. Bleuler et de M. Ladame, le dogme
de la pansexualité. »
II est vrai que, pour certains, le sens des mots sexuels doit être
sublimé, Jones expliquant que l'instinct sexuel de Freud n'est autre
que la « volonté de puissance » de Schopenhauer et 1' « élan vital » de
Bergson. Mais ce langage est alors dangereux, et, pour désigner le
« manque de satisfaction esthétique », il n'est pas indispensable
d'employer les termes de « masturbation et coït incomplet ».
La psycho -analyse croit qu'il suffit de découvrir le souvenir trauma-
tique qui est à la base des névroses, pour que celles-ci soient guéries;
mais il n'en est pas toujours ainsi et il peut n'être pas sans incon
vénient de trop attirer l'attention de névropathes sur des idées obsé
dantes auxquelles on donne toujours un caractère sexuel. Il y a bien
des illusions à la base de la foi des psycho-analystes en l'efficacité de
leur méthode thérapeutique.
Mais, c'est la conclusion de Pierre Janet, en suscitant de très
nombreux travaux, en attirant l'attention sur certains faits négligés,
la psycho-analyse aura certainement rendu de grands services à
l'analyse psychologique.
H. P.
R. S. WOOD WORTH. — Some criticisms of the Freudian Psychology
[Quelques critiques de la psychologie freudienne). — J. of. abn. Ps., XII,
3, 1917, p. 174-194.
On lira avec intérêt et profit ces critiques fines et judicieuses que
l'auteur adresse à la psycho-analyse en se plaçant sur le terrain de la
science psychologique, et l'interprétation qu'il donne de la psychologie
des psycho-analystes, la psycho -analyse en fournit. Il montre
tout ce qu'il y a d'arbitraire, de construit, dans les conceptions de
Freud, qui ne cherche pas dans les faits ce qui en ressort avec évidence,
mais leur impose une interprétation a priori.
Ainsi le symbolisme, dans un esprit, est quelque chose d'essentiell
ement individuel, dépendant des associations particulières qui ont pu
s'établir, qui ont constitué un « complexe »; un symbolisme fixe,
donnant un sens identique au serpent, au jardin, etc., dans tous les
esprits, ne peut donc être admis.
Les tendances sexuelles, incestueuses mêmes, des enfants, ne sont
pas dégagées d'observations de psychologie infantile, c'est la théorie
qui les leur impose.
Et le fameux « censeur » qui réprime dans la vie psychique consciente
les tendances sexuelles, apparaît comme un deus ex machina pour les
commodités de la théorie.
En réalité le freudisme s'explique parfaitement bien : si l'instinct
sexuel n'est pas à l'origine de toutes manifestations profondes de la

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