Généralités. Traités. Méthodologie et Histoire. Théories - compte-rendu ; n°1 ; vol.22, pg 237-256

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L'année psychologique - Année 1920 - Volume 22 - Numéro 1 - Pages 237-256
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1920
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I.Généralités. Traités. Méthodologie et Histoire. Théories
In: L'année psychologique. 1920 vol. 22. pp. 237-256.
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I.Généralités. Traités. Méthodologie et Histoire. Théories. In: L'année psychologique. 1920 vol. 22. pp. 237-256.
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BIBLIOGRAPHIQUES1 ANALYSES
I. — Généralités. Traités. Méthodologie et Histoire.
Théories.
MAINE de BIRAN. — Mémoire sur les Perceptions obscures. —
BERKELEY. — Les principes de la connaissance humaine. —
2 vol. pet. in-8° de 67 et 109 pages, 1920. Paris, A. Colin.
Voici deux petits volumes de la collection des Classiques de la
Philosophie publiés sous la direction du regretté Delbos, de Lalande
et Xavier Léon, qui rendra de très réels services. - -
De bons textes, élégamment imprimés, permettent de relire,
dans là traduction Renouvier, les Principes de Berkeley, dont a
paru déjà la Siris, et l'important Mémoire de Maine de Biran,
auquel M. -Pierre Tisserand a consacré une notice, ainsi que de
prendre connaissance de trois notes inédites que Maine de Biran
avait consacrées à une^discussion de Reid, à propos de la perception
de la dureté, à un examen de Dugald Stewart, et à une critique de
Bonstetten sur l'action, « efficace » de la volonté par rapport
au corps.
Parmi les prochains volumes à paraître qui intéresseront les
psychologues, on peut signaler le Traité des Sensations et l'Essai
sur Vorigine des connaissances humaines, de Gondillac.
.. H. P.
GEORGES DWELSHAUVERS. — La Psychologie française contemp
oraine. — In-8 de 256 pages, 1920. Paris, Alcan.
Ribot a écrit deux ouvrages restés célèbres sur la psychologie
anglaise et la psychologie allemande; il conseilla à M. Dwelshauvers
i. La division nécessaire en rubriques distinctes des travaux analysés
oblige souvent à classer certains de ceux-ci dans une catégorie donnée
alors qu'ils relèvent de plusieurs. C'est ainsi que des recherches sur la
vision se rencontrent en psychologie appliquée et inversement, certaines
apportant des données à la différentielle ; que, dans Vanatomo-
physiologie nerveuse bien des travaux intéressent le langage, ou dans la
psychologie sociale, et réciproquement; que l'affectivité est intéressée
dans des recherches de psycho-physiologie ou d'anatomo-physiologie ner~
veuse, etc. Il y a donc lieu, quand on s'intéresse à une rubrique donnée,
d'interroger les rubriques alliées. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 238
de se faire à son tour l'historien de la psychologie française ; et telle
fut l'origine de ce livre, qui ne pourra sans doute exercer l'influence
de ses aînés, parce que ceux-ci nous révélaient des points de vue
différents des nôtres, tandis que -celui-là vise seulement à nous
faire mieux prendre conscience de nous-mêmes.
L'expression de psychologie contemporaine n'est peut-être pas
absolument adéquate, car la plupart des noms qui figurent dans
l'ouvrage sont ceux de disparus, et certaines des œuvres datent de
plus d'un siècle; il s'agit de la psychologie philosophique française
moderne et d'une partie de la contemporaine. En effet, réservant
pour un autre ouvrage la psychologie scientifique, M. Dwelshauvers
ne consacre que quelques pages à ses fondateurs français, Taine,
Ribot, De Tarde, et à 1' « école de Paris » avec Binet, Janet et
Paulhan.
Ce chapitre est précédé par une étude de Maine de Biran, où
l'on trouve quelques lignes seulement sur Cabanis, qui méritait
mieux, un chapitre sur Jouffroy et l'école éclectique, et un autre
sur les grands systèmes opposés à l'éclectisme (Comte et les posi
tivistes, avec l'école sociologique, dournot, Renouvier, Ravaisson,
Durand de Gros) ; il est suivi par un examen des idéalistes et néo-
spiritualistes (Fouillée, Lachelier, Boutroux, Hannequin, Lagneau,
Brunschvicg, Lalande) et par une étude de la psychologie de Bergson.
Ce livre rendra d'incontestables services à ceux qui voudront
se faire une idée un peu rapide de la place de la psychologie dans
le mouvement philosophique, en France.
Peut-être l'auteur aurait-il pu laisser davantage de côté la discus
sion des doctrines et envisager de façon plus objective sa tâche
d'historien ; peut-être aurait-il gagné aussi à ne pas isoler complète
ment le mouvement français, en le situant dans le mouyement
scientifique international, ce qui aurait permis davantage de
dégager l'esprit commun de la pensée française, si tant est qu'on
puisse réellement le dégager. Mais il ne faut pas oublier que
des difficultés de publication n'ont pas permis à M. Dwelshauvers
de nous donner le livre complet qu'il avait écrit.
H. P.
F. Ü. SAFFIOTTI. — La evoluzione délia Psicologia sperimenlale
in Italia (Uévolution de la Psychologie expérimentale en Italie). —
Riv. di Psic, XVI, 2, 1920, p. 129-153.
Dans sa première leçon du Cours de Psychologie expérimentale
inauguré à l'Université de Palerme, l'auteur retrace, dans ses
grandes lignes, l'histoire glorieuse de la psychologie scientifique
italienne, avec Sergi qui, en 1873, publie des Principes de Psychol
ogie sur la base des sciences expérimentales, un an avant l'apparir
tion des Grundzüge de Wundt, et qui obtient la fondation, en
décembre 1889, onze mois après celle du Laboratoire de la Sor
bonne, du premier Laboratoire italien de Psychologie expériment
ale, à l'Université de Rome ; avec Buceola, le chercheur tôt disparu, GÉNÉRALITÉS. TRAITÉS. MÉTHODOLOGIE, HISTOIRE. THÉORIES 239
qui a laissé, comme une œuvre classique, ses Legge del tempo
nei fenomeni del pensiero, de 1883; avec S. Corleo, qui fonda
à Palerme, près l'Institut de Physiologie, un petit laboratoire
psychologique, en 1889, mais ne poursuivit pas dans cette voie;
avec Tamburini, Ferrari, qui organisa en 1896 un Laboratoire, et
qui fonda en 1905 la Rivista di Psicologia; avec De Sarlo, fondateur,
en 1904, du Laboratoire annexé à l'Institut d'Études supérieures de
Florence; avec De Sanctis, Kiesow, Z. Trêves, dont la mort prémat
urée fut une grande pertç, Patrizi, Colucci, Gemelli, etc.
Grâce à L. Bianchi, alors ministre de l'Instruction publique, le
Ve Congrès international de Psychologie, qui l'avait appelé à la pré
sidence d'honneur, détermina la création des trois chaires de
psychologie expérimentale de Rome (De Sanctis), Turin (Kiesow),
et Naples (Colucci).
Science naturelle et biologique, comme le voulait Sergi, la
psychologie, à laquelle sont venus des physiologistes et des
psychiatres, devient science sociale, surtout par ses applications.
Dès 1908, Petrazzani réclamait une sélection psychophysiologique
des conducteurs d'automobiles, avec l'appui de Patrizi; en 1911, on
s'occupait de la sélection du personnel navigant de l'aviation, et,
durant la guerre, on connaît la belle œuvre italienne à ce point
de vue, grâce à une mobilisation des psychologues, dont Saffiotti
lui-même, qui fit d'importantes recherches personnelles.
H. P.
R. LENOIR. — La psychologie de Ribot et la pensée contemporaine.
— R. de M. 26e a., 6, 1919, p. 739-763.
La méthode de Ribot a été pathologique, mais par occasion, nous
dit l'auteur; elle a été surtout concrète dans son essence. Ribot, à
travers tous les sujets de rencontre, « poursuit l'étreinte de l'ind
ividu concret. Cette unique aspiration assure la cohérence intime
d'une œuvre d'où toute unité logique paraît absente, la vie d'une
œuvre dont les répercussions immédiates ou lointaines ont modelé
la pensée contemporaine ».
Cette œuvre, l'auteur en tente une rapide esquisse sous forme
synthétique, et en assume la critique. Selon lui, la psychologie de
Ribot était enveloppée d'une métaphysique latente, en ce qu'une
hypothèse de travail échappant au contrôle de la critique était puisée
dans la vie intérieure. La notion de la vie affective devient fonda
mentale, l'émotion « embue tous les aspects de la vie consciente »,
et empêche de voir clairement la fonction de l'intelligence.
« Pour ces raisons la méthode que Ribot croit évolutive n'est
qu'une méthode de régression. » En apportant quelque clarté dans
la psychologie des mouvements, il s'est réalisé« un obscurcissement
certain de la psychologie générale ».
L'influence de Ribot a été considérable dans la pensée actuelle;
mais son œuvre porte l'empreinte de la doctrine de l'évolution, ;.
ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 240
« philosophie de l'industrie anglaise moderne », et, comme nous
avons appris que la science vaut, surtout par son caractèi*e « éthique v,
il faut prévoir en France un « repliement sur nous-même », un)
« retour sur notre civilisation ». /
En applaudissant à l'hommage rendu à notre vieux maître, ü
nous est impossible de souscrire aux critiques peu fondées faites à
son œuvre, et d'accepter les jugements de valeur subjectifs de
l'auteur.
H. P.
R. MOURGUE. — Le point de vue neuro-biologique dans l'œuvre de
M. Bergson et les données actuelles de la science. — R, de M.,
XXVIIe a, 1, 1920, p. 27-70..
Dans cette étude, appuyée d'une importante bibliographie,
l'auteur qui est très informé du mouvement neuro-psychiâtrique
moderne et contemporain, cherche à montrer que ce mouvement,
en se pénétrant de biologie, vient tardivement rejoindre les prin
cipes fondamentaux de la pensée bergsonienne.
Voici la conclusion de Mourgue : « De quelque côté qu'on la consi
dère, ce qui fait le grand intérêt scientifique (nous disons bien
scientifique) de l'œuvre de M. Bergson, c'est d'abord le point de vue
biologique auquel- il a su se placer à une époque où, en France du
moins, les neuro-psychiâtres n'en avaient pas la moindre idée. Ce
point de vue est essentiellement concret et sans doute ne peut-on
lui adresser le reproche que Bleuler adressait récemment à tous
les travaux actuels de psychologie : celui de ne pouvoir s'adapter à
l'interprétation des cas pathologiques, parce que trop abstraits, au
sens étymologique du mot.
« En second lieu, M. Bergson nous offre une conception générale
des rapports de l'esprit et du corps, qui nous permet d'exposer les
phénomènes normaux et pathologiques dans un langage entièr
ement objectif : celui des attitudes motrices ou des mouvements
naissants. Par là son point de vue rejoint celui de la psychologie du
comportement issue, comme on le sait, non de considérations philo
sophiques, mais de l'étude des animaux inférieurs (Piéron). S'il
est vrai, comme on l'admet universellement aujourd'hui, que la
science ne vise nullement à donaer des explications mais à traduire,
en un langage spécial, les données qu'elle étudie, on ne peut nier
que la notation des faits psychiques en termes de mouvements ne
soit la plus objective de toutes. »
L'auteur reconnaît que M. Bergson fait déborder beaucoup les
phénomènes cérébraux par les phénomènes psychiques, mais en
nous laissant libres de concevoir ceux-ci sous la forme qui nous
plaît. Et il-penseque, en se dégageant de la logique affective mise
en jeu par les préoccupations religieuses, il ne peut être interdit
au savant d'avoir l'audace des hypothèses générales.
Il y a dans l'interprétation, assez libre, du bergsonisme qui«
permet à Mourgue de mettre en saillie des tendances générales très généralités/traités, méthodologie, histoire, théories 244
intéressantes pour la science — à qui Bergson les a peut-être
empruntées d'ailleurs — un effort très intéressant. Il est certain
que, sur certains points, l'accord avec les directives nouvelles de la
psychologie et de la neuro-psychiâtrie est réel. On pourrait, en
revanche mettre en lumière d'autres points où un désaccord fonda
mental se manifesterait. Mais restons-en sur l'harmonie.
H. P.
HOWARD C. WARREN. — Human Psychology [Psychologie humaine).
— In-8; 460 pages, 1920, New-York, Houghton Mifflin Cy. •
Voici un manuel d'esprit large, mais résolument objectif, de belle
tenue scientifique, et dont nous verrons prochainement, avec grand
plaisir, une édition française.
Après une introduction, sur la place de la psychologie dans la
classification des sciences, sur son objet(Ies interrelations mutuelles
d'un organisme avec son milieu), et sur ses principales branches,
l'auteur consacre une série de chapitres très clairs aux éléments de
biologie et physiologie indispensables aux psychologues (l'org
anisme, le neurone, le système nerveux central, les appareils « effec
teurs », muscles et glandes, l'influx nerveux, la stimulation, la
réponse et l'adaptation par intégration et coordination). Puis il
étudie le comportement sous ses formes, dont la complexité va
croissante, réflexe, instinctive et intelligente, et consacre quelques
pages à l'expérience consciente*
Ensuite vient l'étude psychologique détaillée des sens, des états
mentaux (composants; sensations et idées; états primaires : percept
ions, images, sentiments — feelings — et « conations »; états
secondaires : émotions, sentiments, volitions, pensée et langage,
idéaux et actions rationnelles); de la succession des états mentaux;
des attitudes (intérêt, désir, attention, dispositions); du caractère
et de la personnalité; enfin de la vie mentale organisée avec ses
types particuliers, de son développement, des facteurs qui la
conditionnent, etc. Un appendice est consacré à 4 questions : la
relation de l'esprit et du corps (tentatives métapsychiques); le
mécanisme et la finalité; l'activité nerveuse; etles processus visuels.
A fa fin de chaque chapitre sont indiqués — outre une courte
bibliographie de langue anglaise — des exercices pratiques. Un
index très complet termine le livre.
Certainement, dans le détail, on trouverait quelques petites cri
tiques à faire, mais, dans l'ensemble c'est un excellent livre, à la
fois original et clair, et qui constitue un des meilleurs manuels dont
on puisse conseiller l'usage. H. P.
J.-B. WATSON. — Psychology from the Standpoint of a Behaviorist.
(La Psychologie dupoint de vue d'un Béhavioriste). — In-8°, 429 pages,
4920. Philadelphie et- Londres, Lippincott Cy.
Voici un livre qu'on ne peut pas ignorer. Il représente le manif
este d'une école « béhavioriste » dont l'influence est rapidement 242 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
devenue très -grande, et la première mise en œuvre des conceptions
essentielles de cette école en matière de psychologie humaine.
L'auteur prétend aborder l'étude de l'animal humain de la
manière dont procéderait toute autre science, les différences entre
les disciplines étant artificielles : « The differences among the
various sciences now are only these necessitated by the division of
labpr». La psychologie n'est autre que la branche des sciences natu
relles qui a pour objet l'activité et là conduite humaine (« human ac
tivity and conduct ») elle aboutit : 1° à prédire l'activité humaine
avec une certitude raisonnable ; et 2° à formuler, les lois et les prin
cipes grâce auxquels les actions humaines peuvent être dirigées par
lasociété organisée.
La psychologie représenterait donc un instrument de connais
sance et d'action dont la collectivité userait vis-à-vis des individus.
L'auteur indique les différents champs de la psychologie (indivi
duelle, vocationnelle, pédologique, ethnologique, éducative, juri
dique, pathologique et sociale) et précise ses relations avec la phy
sique, la neurologie, la médecine, enfin la physiologie, la discipline
la plus proche, « closest friend », mais distincte toutefois en ce
qu'elle étudie bien les fonctions des organes spéciaux, et aussi des
processus combinés, mais ignore, en tant que physiologie, les situa
tions totales, engendrant, dans la vie journalière d'un individu, son
action et sa conduite.
Les chapitres du livre sont consacrés aux méthodes psycholo
gique* (observation ; méthodes des réflexes conditionnels, sécré-
toires et moteurs; méthode de la relation verbale, « verbal report »;
méthodes des tests); à l'étude des récepteurs sensoriels et de leurs
stimuli; aux bases neurophysiologiques de l'action; aux organes de
réponse (muscles et glandes) ; aux modes héréditaires de réaction
(émotions et instincts); à la genèse et à,la conservation des habi
tudes somatiques explicites et implicites (habitudes dé langage); à
l'organisme en travail; enfin à la personnalité et à ses troubles.
On voit l'originalité de cet exposé synthétique d'une psychologie
objective orthodoxe. <
Signalons deux points qui méritent d'attirer spécialement l'atten
tion : *
Tout d'abord la conception de l'émotion, essentiellement inspirée
des recherches de Cannon, et qui en fait un instinct viscéral et
glandulaire, tout à fait semblable aux réactions instinctives motrices,
aux instincts proprement dits, avec un rôle utile très analogue.
En second lieu la notion des habitudes verbales « implicites »
c'est-à-dire du langage intérieur, c'est-à-dire encore de la pensée,
et de ce qui fait l'objet des études subjectives, mais en toute
ignorance volontaire de l'existence même d'une introspection, et
inférée d'un point de vue absolument extérieur et résolument
objectif.
Je ne veux pas discuter en détail les conceptions -de Watson avec
lesquelles j'étais en sympathie intellectuelle avant même qu'elles
fussent formulées, bien que, en tant que continental, je ne puisse GENERALITES. TRAITES. METHODOLOGIE, HISTOIRE. THÉORIES 243
être qu'un paralléliste déguisé, d'après l'auteur, qui affirme avec
orgueil le caractère strictement américain de l'objectivisme vrai et
du béhaviorisme, dégagé de l'étude du comportement animal, avec
une singulière méconnaissance d'ailleurs de la biologie française.
Mais, si le béhaviorisme « orthodoxe » relève bien d'une foi
américaine, je crois que l'objectivisme a des racines multiples et
qu'il est représenté sur le continent. Seulement, il y est moins
étroit et, comme j'ai eu déjà occasion de le dire à plusieurs
reprises, il n'y a pas de raison à mes yeux pour ne pas considérer
comme un « verbal report » parfaitement objectif une relation
introspective d'un sujet, bien que cela paraisse une hérésie dans le
béhaviorisme orthodoxe.
Je ne vois pas de raison physiologique pour ne considérer que les
phénomènes musculaires ou secrétoires comme objectifs, et pour
refuser d'admettre des processus nerveux, des excitations de neu
rones les uns par les autres sans traduction extérieure nécessaire et
adéquate, processus dont, par une méthode, qui est celle même au
fond des réflexes conditionnels et qui n'est autre que l'introspection
provoquée, on peut chercher à pénétrer les lois par l'intermédiaire
de réactions verbales indirectes. Il est un peu puéril d'étudier la
mémoire intellectuelle sous le nom d'« habitude laryngée ».
D'autre part, je ne puis m'empêcher de remarquer que, comme
biologiste, Watson fait preuve d'un finalisme qui n'a rien d'objectif,
par exemple quand il adopte, dans sa théorie de l'émotion, les
conceptions de Cannon, d'ailleurs inexactes, sur le rôle utile de
l'hyperadrénalinémie. Il y a, sur le continent, quelques biologistes
qui échappent à la foi finaliste.
Mais je ne veux pas taquiner davantage l'auteur de ce livre sugg
estif, original, et que je voudrais voir consulter comme introduc
tion à la psychologie.
H. P.
J. LARGUIER DES BANCELS. — Introduction à la psychologie,
L'Instinct et l'Émotion. — In-8° de 286 pages, 1921. Paris, Payot.
Larguier dédie à la mémoire d'Alfred Binet ce livre, où il relie
la psychologie scientifique aux disciplines dont elle s'est dégagée,
la philosophie et la physiologie, et où il précise ses conceptions de
l'instinct et de l'émotion, de cette vie affective qui est capitale dans
le psychisme de l'homme.
D'éducation philosophique et physiologique solide, disciple de
Binet, dont l'esprit critique était si fin, le professeur de psychol
ogie de Lausanne était bien préparé à écrire une introduction à la
psychologie, et on en droit de l'attendre excellente; l'on n'est
pas déçu en le lisant.
Une information scientifique très sûre, une élaboration philoso
phique claire, une réflexion critique toujours fine et sensée, ce
sont là des caractéristiques séduisantes, qui expliquent le plaisir ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 244
du lecteur quand il suit l'auteur au long des différents chapitres
sur l'objet et les méthodes de la psychologie, le problème de l'âme
et du corps, la conscience et le système nerveux, la moelle et le
cerveau, l'activité réflexe et cérébrale, l'instinct et l'émotion.
Certes, on peut ne pas être d'accord avec Larguier absolument
sur tous les points, quand interviennent des considérations philo
sophiques, en particulier à propos de la conscience, ou quand il
s'agit de certaines interprétations délicates des faits, dans le
domaine affectif surtout. Mais on est toujours frappé de la solidité
des arguments et de la cohérence des attitudes.
Ce qu'on peut reprocher au livre, c'est son caractère un peu
incomplet, déséquilibré dans l'ensemble. Il apporte une introduc
tion physiologique tout à fait excellente et dont on ne saurait trop
conseiller la lecture, contrastant heureusement avec l'Introduction
qu'avait écrite Grasset, remplie d'un fouillis de faits sans critique.
La partie philosophique, moins développée, me paraît aussi moins
importante. Mais, si vient ensuite une étude, intéressante et utile,
de l'instinct et de l'émotion, ce chapitre, très physiologique, de la
psychologie se termine brusquement, et le lecteur reste en l'air
sans savoir où se poser. On aimerait, et dans une prochaine édition,
l'auteur pourrait le donner, trouver, dans un chapitre de conclusion,
un essai de synthèse où les éléments de vie affective seraient
« placés » dans l'ensemble de la vie mentale, et ourles conceptions
essentielles de l'introduction pourraient être, à l'usage du psycho
logue, non pas diluées en des propositions successives comme
dans le résumé d'une thèse, mais ramassées en un solide faisceau
directeur.
H. P.
SIGM. FREUD. — La Psychanalyse (Trad. Yves Le Lay). — In-8°
de 73 pages, 1921. Genève, éditions Sonor. — Introduction à la
Psychanalyse (Trad. Jankelevitch). — ■ In-8° de 484 pages, 1921.
Paris, Payot.
Deux ou trois ans avant la guerre, nous dit Claparède- dans son
intéressante introduction au petit opuscule genevois, Freud, qu'il
visitait à Vienne, lui montrait dans sa bibliothèque lès traductions
de ses œuvres dans les langues les plus diverses, et remarquait
« Pas une seule traduction française! » II ne pourra plus le dire, et
les lecteurs français connaîtront la pensée du maître de la psychoa
nalyse dans ses cinq leçons faites en 1909 à la Clark University de
Worcester, et surtout dans le cours qu'il professa à Vienne de
1915 à 1917, et qu'a traduit le Dr Jankelevitch. Ils la connaîtront
aussi dans le commentaire très sympathique de Claparède, si
sympathique que, cherchant à dissimuler certaines malformations
de la pensée de Freud, il s'attire de la part de ce dernier des
remontrances placées en appendice sous les yeux du lecteur.
Claparède considère que la psychoanalyse doit devenir pour la
psychologie un ferment vivifiant, en aidant à découvrir les ressorts '
GENERALITES. TRAITES. MÉTHODOLOGIE, HISTOIRE. THEORIES 245
cachés des processus mentaux dont la psychologie expérimentale
ne fait que décrire les mécanismes, et il s'attache à montrer
qu'aucune des idées principales de Freud n'est nouvelle, mais que
la nouveauté réside dans la valeur qui leur est donnée et dans leur
systématisation. Il reconnaît d'ailleurs qu'en transformant la
théorie en credo, la plupart des psychoanalystes se font les
« hiérophantes de quelque doctrine ésotérique », en s'enfermant
dans des chapelles ennemies.
Il faudrait donc retirer la psychoanalyse aux psychoanalystes
ou du moins à la plupart d'entre eux; mais si certains concepts
— en les dégageant d'un pansexualisme auquel la guerre a donné
le coup de grâce — peuvent prendre une certaine valeur générale, Pierre' la méthode, dans la mesure où elle dépasse l'analyse de
Janet dont elle est née, peut-elle être féconde dans sa subjectivité
essentielle, c'est ce dont il est permis de douter. En tout cas, pour
apprécier, il faut connaître. Dès lors, on ne peut s'abstenir de lire
Freud. ,
Son « Introduction » permet d'entrer dans le détail, souvent
subtil mais non dénué de force parfois, de sa méthode, méthode
qu'il donne, non pas comme visant à la découverte scientifique des
mécanismes mentaux, mais comme destinée à la guérison des
maladies mentales, ou du moins — car l'expérience de multiples
échecs a restreint le champ d'application — >• de certaines maladies,
des névroses. « La psychoanalyse est un procédé de traitement
médical », dit Freud, dès les premiers mots adressés à ses auditeurs.
Toutefois, quand il affirme donner à la psychiatrie sa véritable
base psychologique, il dépasse singulièrement le modeste point
de vue initial. .
On verra, dans son ouvrage, comment l'examen des actes
manques, des lapsus de toute sorte, puis celui des rêves, auquel il
consacre onze leçons sur vingt-huit, le conduisent à une théorie
générale des psychoses terminée par un court chapitre de théra
peutique, comme s'il ne se rappelait qu'en terminant son assertion
initiale. On verra comment tout prend un sens à ses yeux, et pour
être psychoanalyste, il faut avoir la foi dans ce postulat initial que
tout a un sens — et même un sens sexuel, — tandis qu'en matière
scientifique on se contente de la foi en ce postulat, qui s'accorde
certainement plus avec l'expérience, que tout a une cause; quand
on n'admet que ce dernier postulat on ne peut être que psycho
logue. Seulement, en donnant à tout un sens, on se rend singulièr
ement plus attrayant. Nul doute que les lecteurs français prennent
plaisir à la lecture de Freud.
H. P.
HONORIO F. DELGADO. — El Psicoanalisis. — In-8° de 58 pages,
4-919. Lima.
Sincère admirateur de Freud, l'auteur, dans ce livre consacré à
la psychoanalyse, traite en son premier chapitre, de l'ontogénie de

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