Généralités. Traités. Méthodologie et Histoire. Théories - compte-rendu ; n°1 ; vol.23, pg 223-240

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L'année psychologique - Année 1922 - Volume 23 - Numéro 1 - Pages 223-240
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1922
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I. Généralités. Traités. Méthodologie et Histoire. Théories
In: L'année psychologique. 1922 vol. 23. pp. 223-240.
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I. Généralités. Traités. Méthodologie et Histoire. Théories. In: L'année psychologique. 1922 vol. 23. pp. 223-240.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1922_num_23_1_29800ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
T. — Généralités. Traités. Méthodologie et Histoire.
Théories.
PIERRE TISSERAND. — Œuvres de Maine de Biran. — T. II, in-8
de 364 pages. Paris, Alcan, 1922. — PAUL FONTANA. — Ent
retiens sur la métaphysique, de Malebranche, 2 vol. in-16, de
383 pages. Paris, A. Colin, 1922.
Voici deux excellentes rééditions d'oeuvres classiques, rendues
ainsi facilement accessibles, et dont il faut remercier Pierre Tisserand
et Paul Fontana.
Le mémoire sur l'Habitude de Maine de Biran est justement cé
lèbre ; il a valu à ce philosophe la réputation d'on psychologue et
même d'un psychophysiologiste. P. Tisserand attribue au prestige
de Cabanis ce fait, qui lui paraît tout à fait étonnant, de l'existence
d'un véritable traité de psychologie physiologique « inspiré par des
tendances matérialistes » dans l'œuvre de Maine de Biran. « Le fait
surprenant, dit il, ce n'est pas que Moine ?e Biran soit revenu a»
spiritualisme, mais bien ou'il sVn so>t écarté ».
Seulement, ayant envisagé cette attitude de Maine de Biran
comme un accident de sa vie affective, il cite aussitôt «?près son
exemple comme celui d'un philosophe parti de la physiologie, croyant
y trouver l'explication de la pensée, et, après une courte illusion, se
rendant compte que les causes des opérations intellectuelles ne se
peuvent trouver dans la pensée même. 11 y a contradiction entre
ces deux opinions de Pierre Tisserand, qui paraît bien préoccupé de
dogmatisme dans des problèmes d'histoire philosophique qui exi
geraient plus d'objectivité. Mais le texte publié est excellent, avec
les différentes et instructives versions successives (le brouillon, les
deux versions successives du mémoire, les notes supplémentaires du
texte imprimé, et les notes manuscrites surajoutées).
A côté d'une utile bibliographie des éditions successives des
œuvres de Malebranche, c'est une note courte mais enthousiaste que
Paul Fontana a consacrée à ce philosophe, comme introduction aux
« Entretiens sur la Métaphysique », publiés d'après l'édition de 1711,
avec les variantes, sous une forme agréable, dans les élégants vo
lumes des Classiques de la Philosophie. Il signale justement le talent
d'écrivain de Malebranche, qui, dit-il, « sans jamais affaiblir la force
des principes abstraits, sait à chaque instant les revêtir de charme,
de poésie et de grâce ».
H. P. 22 4 ANALYSES ßlBLlOUKAPHIQUES
CH. LALO. — Aristote. — In-18 de 160 pages.Paris, Mellotée, 1922.
Dans cette étude, facile à lire, dépourvue de tout appareil tech
nique, mais très sérieusement étayée, on trouve l'essentiel des
conceptions philosophiques et scientifiques de l'universel génie que
fut Aristote.
Signalons particulièrement le chapitre sur la psychophysiologie
et la psychologie. On sait que la psychologie « objective » est souvent
rattachée à l'empirisme aristotélicien ; c'est le dualisme cartésien
qui fait intervenir, comme discipline indépendante, l'étude de la
conscience, alors que les âmes d'Aristote ne représentent qu'un
aspect des organismes, et qu'étudier les fonctions, c'est, pour lui,
étudier à la fois corps et âme. Mais que représente au juste la notion du
« Noù; », de l'intellect, cette parcelle du divin en l'homme, et com
ment rattache- 1- elle l'empirisme au rationalisme ? Problèmes restés
obscurs, pour lesquels l'auteur montre les incertitudes qui persistent
sur la pensée réelle d'Aristote.
H. P.
AMERICAN STUDENTS. — In Memory of Wilhelm Wundt (by
his). {En Mémoire de W. Wundt, parses anciens étudiants d'Amé
rique).— Ps. Rev., XXVIII, 3, 1921, p. 153-188.
L'Année Psychologique a fait allusion à ce fascicule dans la notice
néciologique qu'elle consacrait à Wundt il y a un an (XXII,
p. 597-8,1922). Mais peut-être n'est-il pas inutile de rappeler encore
une fois la grandeur de son œuvre en psychologie, l'impulsion
énergique qu'il a donnée aux recherches de laboratoire, et sa longue
vie tout entière consacrée à la science. Ce fascicule contient des dis
cours prononcés à différentes cérémonies, à Iowa, et à Chicago, en
l'honneur du maître, et une série de lettres de ses étudiants — la
presque totalité des psychologues américains — , rapportant surtout
des souvenirs personnels. On trouve là une foule de détails intéres
sants sur les habitudes et les coutumes des universités allemandes,
et une image très vivante du laboratoire de Leipzig.
B. T. Baldwin signale que W. James (qui n'avait jamais suivi
l'enseignement de Wundt) donnait, dès 1875, un cours de psychologie,
avec expériences, à Harvard, alors que Wundt n'a établi son premier
laboratoire qu'en 1879. — Notons encore, entre autres faits dignes
d'intérêt, que l'enseignement de Wundt n'était nullement spécialisé :
il portait sur toutes les parties de la philosophie. Tous ses élèves
notent le soin qu'il apportait à la préparation de son cours public,
très suivi, et le présentent comme un remarquable directeur de
recherches personnelles.
G. Poyer.
E. B. TITCHENER. — A note on Wundt's doctrine of creative syn
thesis, {Note sur la théorie de la synthèse créatrice, de Wundt). —
Am. J. of Ps., XXXIII, 3, juillet 1922, p. 351-360.
La notion de synthèse créatrice est née dans l'esprit de Wundt en
réponse à l'énigme de la perception visuelle de l'espace. Or, malgré GÉNÉRALITÉS. TRAITES. METHODOLOGIE. HISTOIRE. THÉORIES 225
l'apparence extérieure, la conception que Wundt se faisait de la
synthèse créatrice a radicalement changé des Beiträge zur Theorie
der Sinneswahrnehmung de 1862 à la Physiologische Psychologie de
1910. Ce changement est particulièrement manifeste en ce qui
concerne précisément la perception de l'espace. La théorie du rôle
qu'y joue la synthèse créatrice, après avoir d'abord fait appel à des
opérations logiques inconscientes, est devenue chez Wundt, au cours
des années, de plus en plus essentiellement psychologique. Si ce d
éveloppement de la pensée de Wundt n'est pas plus apparent encore,
c'est qu'un des traits les plus saillants de son caractère était le respect
de la continuité de sa propre pensée. Il conserve ses conceptions
premières tout en les remaniant profondément et chacune d'elles se
trouve ainsi répondre en fin de compte, non pas à une théorie, mais
à plusieurs : Telle la doctrine de l'aperception, par exemple.
B.
J. D REVER. — The contributions of the various countries to the
science oï psychology. {Les contributions des différents pays à la psychologique). — Scientia, XVI, 8, 1922, p. 83-92 (et
Supplément français, p. 13-22).
James Drever, de l'Université d'Edimbourg, a apporté sa collabo
ration à l'intéressante enquête de Scientia sur les contributions des
diverses nations aux progrès des sciences. Malheureusement, dans ce
très bref article, l'auteur montre qu'il connaît mal la question, qu'il
ne possède pas une information assez large pour avoir une vue d'en
semble comprehensive et des notions exactes sur les diverses branches
psychologiques. En psychologie expérimentale, il méconnaît le rôle
des Italiens, de Buccola par exemple, celui de Beaunis en France ;
il ne paraît pas soupçonner l'existence d'une véritable psychologie
physiologique des sensations, dont l'importance est considérable ;
il ne voit pas la place véritable qu'occupe la psychopathologie fran
çaise (et cite sur le même plan Coué, et Pierre Janet, dont le nom
est d'ailleurs omis dans la traduction française), et ignore la contri
bution propre des psychiatres, comme, en psychophysique, il ne
cite pas les précurseurs, tels que Bouguer qui a le premier formulé
la loi dite de Weber.
En psychologie animale, pas un mot sur tous les observateurs ;
Reaumur, Fabre ou Ferton, pour ne parler que des morts, n'existent
pas à ses yeux.
Les applications psychologiques n'auraient-elles pas mérité
quelques lignes ?
On ne peut préciser davantage les critiques ; il faudrait refaire le
travail !
H. P.
R. S. WOODWORTH. — Psychology. A Study of Mental Life. —
In-8 de 580 pages, 1922, Londres, Methuen.
La collection des manuels psychologiques de langue anglaise vient
de s'enrichir d'un excellent traité de plus, celui Jde Woodworth,
dont le nom est bien connu en France pour son précieux ouvrage sur
l'année psychologique, xxiii. 15 6 ANALYSES BlBLlOGtUPHlQUES 22
le Mouvement, où la précision et l'étendue de l'information rivali
saient avec la clarté de l'exposition.
On pourra remarquer dans ce manuel, outre ces qualités, une
grande originalité de points de vue, et l'on sera frappé du renou
vellement de la psychologie élaborée par un esprit synthétique, très
au courant des faits de la science et des discussions de méthode.
Woodworth est de ceux qui concilient le behaviorisme et la psy
chologie introspective, qui ne renoncent pas à l'étude de la conscience,
mais font une large place à la méthode objective et considèrent comme
absurde qu'on puisse limiter la psychologie aux phénomènes subject
ifs. La psychologie est, à ses yeux, la science de la vie mentale, des
processus et activités qu'implique cette forme de la vie, elle s'occupe
d'individualités vivant et agissant, et doit s'intéresser aux faits de
conscience et aux formes objectives de la conduite qui relèvent de la
vie et de l'action de ces individualités.
* Les 21 chapitres du livre comportent, outre l'introduction méthod
ologique, l'étude des diverses formes de réactions, avec une esquisse
des mécanismes nerveux impliqués, des tendances réactionnelles,
des caractères héréditaires ou acquis, de l'instinct et de l'émotion
— avec un inventaire et une classification des instincts humains et
des émotions primaires — , des sentiments et tonalités affectives,
puis des sensations, assez brièvement mais avec précision, de l'a
ttention, de l'intelligence — avec un excellent exposé de la question
des tests et échelles d'intelligence, des facteurs de l'intelligence génér
ale, des formes d'intelligence et des aptitudes spécialisées — , du
« Learning » et de la formation des habitudes, de la mémoire, de l'a
ssociation et de l'imagerie mentale, des lois associatives, de la percept
ion, du raisonnement, de l'imagination, de la volonté et de la per
sonnalité.
En tête de chaque chapitre, une. courte phrase, bien frappée en
général, fait ressortir la directive essentielle de l'exposé.
Riche de pensées et de faits condensés en un petit volume de style
concis mais très clair, le manuel de Woodworth rendra les plus
grands services aux étudiants ; personne ne le lira sans profit.
H. P.
W. B. PILLSBURY. — The fundamentals of Psychology. Edition
revue. — • In-8 de 590 pages, 1922. New York, Macmillan Cy.
Après six années, Pillsbury a donné de son excellent manuel une
édition revue, dans laquelle il a remanié certains passages qui avaient
paru difficiles pour les étudiants, changé un peu l'ordre des chapitres
et surtout introduit trois chapitres nouveaux : l'un, s'inspirant des
recherches de psychologie appliquée, est consacré au problème de
la mesure de l'intelligence, et de l'origine acquise ou congénitale des
aptitudes intellectuelles ; un autre traite la question de l'imagination
et du rêve, c'est-à-dire de la psychoanalyse et des théories de Freud ;
enfin un dernier est relatif à la question de la fatigue et du sommeil.
Le chapitre relatif à l'instinct a été retouché et complété. Un para
graphe nouveau traite du système autonome et des glandes à sécré
tion interne, dont le rôle en psychoogie apparaît de plus en plus
comme considérable. •
«ÉînÉRALITÉS. TRAITÉS. METHODOLOGIE. HISTOIRE. THÉORIES 227
L'auteur montre qu'il sait se tenir au courant des progrès de la
science et adapter avec clarté et mesure les notions et préoccupations
nouvelles à l'enseignement.
H. P.
E. B. TITCHENER. — Manuel de Psychologie. Traduction de
H. Lesage. • — In-8, de 571 pages avec 65 figures. Paris, Alcan,
1922.
H. Lesage a eu l'excellente idée de traduire le Text-Book of Psycho
logy de Titchener, et il s'est livré avec dévouement à cette tâche,
rendue difficile par la pénurie des expressions françaises en face de
la multiplicité des concepts. Il rend ainsi un grand service à tous
ceux qui, gênés par une connaissance insuffisante des langues étran
gères, désirent se pénétrer davantage de l'esprit expérimental en
psychologie. Certes, le livre, écrit en 1910, et que le professeur Tit
chener n'a pas eu la possibilité de mettre au courant, est déjà un
peu ancien — car le progrès scientifique s'accélère constamment — y
et la bibliographie, surtout de langue anglaise, n'a pas été retouchée.
Certes les tendances de l'auteur — celles mêmes de son maître Wundt
— ne s'y montrent pas imprégnées de l'esprit biologique et objectif
moderne ; mais on connaît les belles qualités du grand savant qu'est
Titchener, la rigueur de son esprit scientifique, l'ampleur de sa do
cumentation critique, la clarté de son exposition, et par là même on
se rend compte du bénéfice qu'il y aura, pour tous les maîtres ensei
gnant la psychologie, à se servir de ce manuel rendu ainsi facilement
accessible.
H. P.
HONORIO F. DELGADO. — Algunos aspectos de la Psicologia
del Nino (Quelques aspects de la Psychologie de l'enfant). — Gr. in-8
de 82- pages, Lima, 1922.
Dans ce petit volume, préfacé par W. A. White, professeur de
médecine mentale et nerveuse à l'Université George Washington,
le Dr Delgado, professeur à l'Université de Lima, a réuni quelques
études, tendant à montrer le rôle des tendances infantiles dans le
développement de la personnalité individuelle, à réclamer la colla
boration à l'école du médecin et du pédagogue et à préconiser l'i
ntroduction scolaire des méthodes psychanalytiques, de ce qu'il ap
pelle la « psychopédanalyse ».
H. P.
E. BAUDIN. — Psychologie. 3e Edition. — In-8 de 630 pages. Paris,
J. de Gigord, 1921.
Le manuel de Baudin, qui a rencontré un légitime succès, en est
déjà à sa 3° Edition. Il est un 4es rares manuels de langue française
qui envisagent la psychologie comme une science indépendante.
« Nous avons délibérément, dit-il, donné partout le pas à la méthode
positive sur la méthode historique et sur la méthode dialectique,
pensant que celles-ci doivent toujours rester à leur rang naturel, 8 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 22
qui est le second. Cela nous a conduit à réduire le plus possible la
part des théories et des discussions. On n'en trouve guère dans les
manuels scientifiques de physique ou de physiologie ; c'est d'ailleurs
un assez mauvais signe pour une science que la surabondance des
théories ; c'est un qu'elle est encore loin d'être constituée. On
en trouvera ici plus que nous l'aurions voulu. » L'auteur se fait à lui-
même le reproche que nous ne pouvons pas ne pas lui faire. Il devrait
supprimer du livre toutes les considérations extérieures à la psychol
ogie même, et destinées à réserver le domaine de la métaphysique
et de la religion, en particulier les multiples passages sur la conci
liation du déterminisme scientifique et de la liberté morale. Mais, si
ces parties du livre nuisent à sa tenue scientifique, elles n'enlèvent
rien à la valeur d'une mise au point bien étudiée.
H. P.
B. MUSGIO. — Psychology as Behaviorism. — Monist, 3i, I921r
p. 182-203.
Le béhavioriste cherche à démontrer l'identité d'un phénomène
mental typique, comme la pensée, avec le comportement, en mont
rant que des mouvements des muscles du langage accompagnent
les formes silencieuses de pensée, et en faisant appel à la théorie des
réactions substituées ou réflexes conditionnels.
Mais, à cet égard, le béhaviorisme est en échec, aux yeux de l'au
teur ; la concomitance de phénomènes expressifs ne prouve pas
l'identité, et l'on ne peut ramener les phénomènes mentaux aux
simples changements musculaires et glandulaires. Le béhaviorisme
apporte une méthode. Du point de vue théorique, il^v a trois attitudes
possibles pour le béhavioriste, selon Muscio : II peut définir et étudier
le comportement et appeler cela de la psychologie en évitant toute
controverse ; il peut identifier tous les phénomènes mentaux avec
le comportement, en quoi il est dans l'erreur ; enfin il peut accepter
l'hypothèse que le comportement est explicable par lui-même, sans
référence aux phénomènes mentaux, mais alors sans justification.
H. P.
SANTE DE SANCTIS. — Contributi psicologici del Laboratorio di
Psicologia sperimentale délia R. Université, di Roma. — Vol. IV,
1918-1922.
Dans ce 4e volume de travaux de Laboratoire, le professeur de
Sanctis a réuni 14 mémoires dont 9 sont dus à son travail personnel :
on y trouvera ses études sur les méthodes onirologiques, sur les
conditions physiologiques du rêve, sur la conversion religieuse, sur
les enfants psychasthéniques, le travail des anormaux, la psychologie
de la vocation, la psychiatrie et la criminologie, les problèmes et
programmes de l'école positive, — à côté des recherches expérimentales
par la méthode du labyrinthe (par Vera Roncagli), du travail sur les
bons élèves en arithmétique Saladini), de l'article de Castelli
sur la valeur de la psychologie expérimentale et la critique idéaliste^
des comptes rendus des cours de psychologie judiciaire professés à GÉNÉRALITÉS. TRAITES. METHODOLOGIE. HISTOIRE. THEORIES 229
l'Université de Rome de 1918 à 1920 (par Roncagli, Georgiadis,
Valenzano et Bariffi).
Le recueil s'ouvre sur les leçons inaugurales, de 1920-21, du cours
de psychologie expérimentale professé par de Sanctis. Dans ces leçons,
l'eminent professeur a tenu à rendre pleinement hommage à Wundt
vis-à-vis de qui l'on n'est pas aujourd'hui assez juste.
Sans avoir connu Wundt personnellement, il le proclame son
maître, car toute la psychologie expérimentale dérive de lui ; la
psychologie scientifique, la appliquée continuent le mou
vement qui est sorti du Laboratoire de Leipzig. On ne peut contester
que l'action personnelle de Wundt a joué un rôle capital dans le
développement merveilleux de la technique psychologique à la fin
du siècle dernier. Et, si l'on rattache Wundt lui-même à ses précur
seurs, si on situe à côté de lui le mouvement pathologique et le mou
vement physiologique, cela ne peut diminuer en rien l'œuvre im
mense, l'influence énorme du fondateur véritable de la psychologie
expérimentale.
Mais à l'heure actuelle il n'en est pas moins vrai que l'on ne peut
en rester à la lettre du point de vue de Wundt, bien que de Sanctis
semble penser le contraire, discutant les oppositions rencontrées
soit du côté de l'idéalisme soit du côté du « béhaviorisme ».
Peu importe l'attitude métaphysique, mais du point de vue
méthodologique, repousser la conception de Wundt qui envisage
la psychologie comme la science des faits de conscience, cela
ne veut pas dire que l'on refuse d'admettre la technique expériment
ale que l'on doit au maître de Leipzig. Et je crains qu'un certain
malentendu rende difficile à de Sanctis l'adoption du point de vue
nouveau de la psychologie objective. En réalité l'expérience type
réalisée par Wundt est une expérience de comportement, et je crois
que la psychologie scientifique du Behavior représente la forme,
pleinement consciente d'elle-même, de la psychologie expérimentale
élaborée par Wundt, à condition de ne pas aller jusqu'à l'intrans
igeance naïve du béhaviorisme watsonien.
En discutant avec beaucoup de courtoisie mon point de vue, —
qui, n'étant pas inspiré de celui de Watson, mais ayant précédé ce
dernier (exprimé déjà en 1910 dans l'exposé fait à la Société de Phi
losophie de mon étude «biologique de la mémoire»), ne peut être sim
plement assimilé au béhaviorisme américain, — de Sanctis paraît
croire que j'en reviens à une simple expression physiologique des
faits psychiques. Mais, si l'expression physiologique pouvait être
dès maintenant fournie il n'y aurait, pas de psychologie. L'étude du
comportement, des réactions aussi bien verbales que motrices ou
glandulaires, ne comporte aucune interprétation, aucune hypothèse ;
elle enregistre des faits, elle détermine des lois. Aussi, de ce que je
n'admets pas le point de vue traditionnel de Wundt, je reconnais
volontiers, et, espère ainsi donner satisfaction à mon eminent collègue
de Sanctis, que, dans la méthode, dans la technique, dans l'orientation
scientifique générale de la recherche, je me rattache au grand mou
vement, inspiré par l'œuvre de Wundt.
H. Pieron. 30 A.NALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 2
BOBERT CHENAULT GIVLER. — The intellectual significance
of the grasping reflex {La signification intellectuelle du réflexe
d'agrippement). — J. of Ph., XVIII, 23, 1921, p. 617-629.
L'auteur, béhavioriste enthousiaste, pratique vis-à-vis des adver
saires de la doctrine watsonienne la méthode de la contre-offensive.
Il suffit, pour répondre à leurs objections, dit-il, de montrer leurs
propres erreurs, consistant en : 1° une incapacité de concevoir que les-
effets les plus compliqués peuvent résulter des causes les plus simples
(comme un état de mauvaise humeur vient d'une dent cariée) • 2°
une confiance illusoire dans les données de l'introspection, les pous
sant à réclamer du béhavioriste qu'il rende compte de ces données,
produits cachés de la méthode, la psychologie introspective étant
seulement « un procédé spécial d'entraînement pour augmenter le
nombre des associations verbales qu'un stimulus quelconque peut
susciter » ; enfin en une attitude injuste vis-à-vis de la physiologie,
où l'on ne voit qu'un moyen agréable d'imaginer des comparaisons.
Une autre réponse est donnée par l'auteur dans son examen du
réflexe d'agrippement (« grasping reflex »), ce réflexe médullaire du
nouveau-né, étudié par Watson, si puissant les premiers jours
(même chez les anencéphales) et disparaissant à la fin du cinquième
mois. Ce réflexe pourrait être, d'après lui, « appris » durant la vie
fœtale où la main se touvant en flexion, reçoit, au cours de certains
mouvements de la mère, des secousses qui entraînent des contacts
répétés des doigts et de la paume, d'où des incitations afférentes
agissant sur les muscles fléchisseurs les plus développés ; d'où une
acquisition progressive du circuit réflexe.
Quand le réflexe médullaire disparaît, il reste la préhension par
flexion de la main, dont l'importance intellectuelle est établie par
le rôle de l'exploration manuelle, et par toutes les expressions du
langage tirées de comparaisons avec cette fonction (la pugnacité,
l'appréhension, le fait de « tenir en mains », la manipulation, la ma
nufacture, etc.).
Pour conclure, l'auteur voit l'avenir du béhaviorisme en rose ; la
pensée interprétée en processus neuro-musculaires, en attitudes,
n'ira plus se perdre dans un mystère cérébral.
La devise du béhavioriste deviendra : « Give me a nerve and a
muscle, and I well make you mind » (Donnez-moi un nerf et un et je vous ferai un esprit).
Quelle magnifique ingénuité !
H. P.
R. B. PERRY. — Des applications philosophiques du « Behaviorism ».
Bull, de la Soc. fr. de Philosophie, janvier 1922, p. 1-28.
L'auteur, partant du point de vue philosophique du néo-réalisme,
applique la tendance béhavioriste, interprétant l'esprit comme
l'ensemble des réactions de l'organisme sur son milieu, aux deux
questions du « meaning » et du « purpose ».
Le « meaning », c'est la réaction définie par la chose ou la chose dé
finie par la réaction, c'est un rapport réciproque. TRAITES. METHODOLOGIE. HISTOIISE. THEORIES 231 GEXEKALITES.
Dans le « purpose », qui implique une tendance déterminante, on
doit envisager un moyen adapté à un but, comme un acte effectué
à cause de ce qu'on en attend.
A la suite de cette communicaion à la Société de Philosophie,
une discussion s'est engagée à laquelle participèrent, outre l'auteur,
MM. Drouin, Belot, Piéron, Parodi, Beaulavon, Lalande et Lenoir.
H. P.
H. C. WARREN. — Psychology and the central nervous system
(La psychologie et le système nerveux central). — • Ps. Rev., XXVIII,
4, 1921, p. 249-269.
Tentative de conciliation entre la psychologie de l'introspection
et celle du comportement. L'une et l'autre étudient les effets
d'une excitation sur le système nerveux ; mais la première s'occupe
de la phase de réception, et la seconde de la phase de réponse.
L'auteur rejette également la théorie de l'interaction et celle
du parallélisme, pour adopter, comme hypothèse de travail, l'idée
que les" phénomènes mentaux et nerveux sont simplement deux man
ifestations d'une même série d'événements.
Le processus neuro-mental se passe essentiellement dans les
centres (et ne comporte pas forcément de réponse motrice, comme
le voudraient les béhavioristes). Deux expériences cruciales le dé
montrent -: d'une part 1'« équivalence » de réponses données par des
groupes neuro- musculaires tout à fait différents (par exemple, on
peut écrire le même mot soit avec les muscles de la main, soit avec
ceux de Pavant-bras ou du bras, le processus mental restant le même) ;
d'autre part la courte durée de trains de pensée très étendus, sem
blant exclure l'existence de réactions vocales intermédiaires entre
chacun des termes.
Les deux méthodes sont donc légitimes et doivent être employées
concurremment, en y ajoutant la méthode neurologique.
(Les arguments de Warren ne paraissent pas bien convaincants.
Dans la première expérience, on peut nier que le phénomène mental
soit le même, et que les deux réponses soient équivalentes, psycho
logiquement parlant ; dans la seconde, on dira que la suppression
d«s intermédiaires ne se produit qu'à la suite d'un entraînement, et
que c'est un certain comportement, répété, qui a créé dans le sys
tème central des raccourcis).
G. Poyer.
H. B. ENGLISH. — Dynamic psychology and the problem of moti
vation [La psychologie dynamique et le problème de la motivation).
— Ps. Rev., XXVIII, 4, 1921, p. 239-249.
L'auteur rejette, comme trop étroites, la théorie de l'hédonisme
et la théorie de Mac Dougall, qui fait appel à l'instinct. Le dyna
misme du comportement humain est fondé sur toutes les dispositions
psychologiques ayant une certaine permanence. L'habitude a sa
place à côté de l'instinct.
G. Poyer.

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