Globalisation, instabilité et insécurité économique - article ; n°186 ; vol.47, pg 391-420

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Tiers-Monde - Année 2006 - Volume 47 - Numéro 186 - Pages 391-420
Sonja Fagernas and Ajit Singh - Globalisation, instability and economic insecurity. This paper documents and analyses the volatility of economic growth in rich and poor countries. It concludes that whereas volatility has declined almost universally in advanced countries, the picture is more mixed for developing countries. The paper then concentrates on the case of India, where gdp volatility has declined over the past two decades. The evidence shows that the move away from agriculture has stabilised the economy. Increased financial depth and more favourable developments in terms of trade have had a similar effect. Finally, the paper discusses the relationship between economic instability and insecurity at a general level.
30 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 2006
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Sonja Fagernas
Ajit Singh
Anne Saint Girons
Globalisation, instabilité et insécurité économique
In: Tiers-Monde. 2006, tome 47 n°186. pp. 391-420.
Abstract
Sonja Fagernas and Ajit Singh - Globalisation, instability and economic insecurity. This paper documents and analyses the
volatility of economic growth in rich and poor countries. It concludes that whereas volatility has declined almost universally in
advanced countries, the picture is more mixed for developing countries. The paper then concentrates on the case of India, where
gdp volatility has declined over the past two decades. The evidence shows that the move away from agriculture has stabilised the
economy. Increased financial depth and more favourable developments in terms of trade have had a similar effect. Finally, the
paper discusses the relationship between economic instability and insecurity at a general level.
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Fagernas Sonja, Singh Ajit, Saint Girons Anne. Globalisation, instabilité et insécurité économique. In: Tiers-Monde. 2006, tome
47 n°186. pp. 391-420.
doi : 10.3406/tiers.2006.5636
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/tiers_1293-8882_2006_num_47_186_5636INSTABILITE GLOBALISATION,
ET INSÉCURITÉ ÉCONOMIQUE
Sonja Fagernas etAjit Singh *
Cet article fournit les chiffres de la volatilité de la crois
sance économique dans les pays pauvres et dans les pays
riches et en fait l'analyse. Sa conclusion est que, alors que la
volatilité a presque partout reculé dans les pays avancés, le
tableau est beaucoup plus contrasté les en dévelop
pement. L'article examine ensuite le cas de l'Inde où la volat
ilité du PIB est en baisse depuis une vingtaine d'années. Les
chiffres montrent qu 'en s 'éloignant d'une économie agricole,
l'économie indienne s'est stabilisée. Une épaisseur financière
accrue et l'évolution favor able des termes de l'échange ont eu
un effet analogue. Enfin, l'article examine les relations entre
instabilité économique et insécurité au niveau global.
Le sujet de cet article n'est pas tant l'étude du taux moyen de la croissance
économique mais de ses fluctuations. C'est un sujet rarement abordé, surtout en
ce qui concerne les pays en développement. Comparés aux centaines d'études sur
les niveaux de la croissance économique, les travaux sur l'instabilité de la crois
sance dans les pays pauvres sont peu nombreux.
Nous espérons ici réparer quelque peu cette lacune en rappelant certains faits
bruts concernant l'instabilité économique, tant dans les pays riches que dans les
pays pauvres. Il s'agit plus particulièrement de savoir si l'instabilité économique a
augmenté ou si elle a diminué au fil du temps dans les deux groupes et si les pays
développés sont plus stables que les pays en développement. Quatre courants
différents expriment dans la littérature l'importance de ces questions.
Le premier courant trouve sa source dans la littérature sur la globalisation, plus
particulièrement sur la globalisation des courants financiers. L'une des premières
assertions des tenants de la est que celle-ci accélère la croissance
* Université de Cambridge.
№ 186 - AVRIL-JUIN 2006 - p. 391-420 - REVUE TIERS MONDE 391 Fagemas et Ajit Singh Sonja
économique, même si cette croissance peut devenir plus instable que précédem
ment (ILO 2004, IMF outlook, 1999). C'est la raison pour laquelle les institutions
financières internationales ont recommandé l'organisation d'un filet de sécurité
pour les laissés-pour-compte de la globalisation afin de limiter les effets de
l'instabilité.
Les opinions divergent sur la manière dont la globalisation affecte l'instabilité
dans les pays riches ou pauvres. Ses partisans expliquent qu'en fournissant des
liquidités, la globalisation des courants financiers favoriserait une consommation
moins chaotique dans des économies soumises à divers chocs internes ou exter
nes. Ses adversaires, menés par Joseph Stiglitz (Stiglitz, 2000 ; Easterly, Islam,
Stiglitz, 2001), ont répliqué que, s'agissant des pays en développement, il est
largement démontré que la volatilité a augmenté sans nécessairement aboutir à
une croissance économique plus rapide. Les fondements théoriques de ces remar
ques ont été fournis par la théorie de l'information qui enseigne qu'un contrat
financier n'a rien à voir avec un contrat normal portant sur des marchandises.
Le deuxième courant, très proche du premier, se penche sur les résultats de la
globalisation en termes de croissance et d'instabilité économiques. Au cours des
années 1980, et même jusqu'en 1995, il a été observé que le taux moyen de
croissance des économies de l'OCDE au cours de la période post-globalisation a été
nettement inférieur à celui de l'âge d'or, à savoir que presque tous les pays de
l'OCDE, à l'exception de la Turquie, ont connu entre 1980 et 1995 une croissance
inférieure à celle de la période 1950-1973. И a également été observé que la
majorité des pays en développement ont connu au cours des années 1980 et 1990
une croissance plus faible et une volatilité plus grande que dans la période
antérieure. L'analyse présentée ci-dessous montrera que les performances ont
beaucoup varié au cours de la période post-globalisation. On trouve des gagnants
et des perdants aussi bien parmi les pays riches que parmi les pays pauvres. Il n'y
a pas succès total ou échec total.
Le troisième courant est celui qui se préoccupe de la protection sociale des
pauvres. Comment les gouvernements devraient-ils gérer le problème des pauvres
confrontés à la perte de leur emploi et de leurs revenus qui résulte de l'instabilité
économique ? Quel type d'assurance serait-il possible de mettre en place qui soit
également durable ? La volatilité peut avoir des effets néfastes, surtout sur les
pauvres et les femmes. Même si l'instabilité économique est provisoire, son impact
sur les pauvres peut être durable.
Le quatrième courant auquel se rattache l'analyse de l'instabilité est celui de la
grande question des cycles dans l'analyse économique. Ces cycles économiques
sont-ils dépassés ou avons-nous appris à mieux les dompter, et quels sont les
pronostics pour l'avenir ? Comme nous le verrons ci-dessous, beaucoup de pays
riches ont connu une stabilité sans précédent. L'une des questions est de savoir si
cela va durer. Cette question n'est pas sans importance puisqu'elle contient celle
de savoir comment pourront être maîtrisés les énormes déficits des comptes
courants et budgétaires états-uniens sans compromettre la croissance
économique mondiale.
Cet article est plus un état de la recherche que le résultat d'un travail abouti.
Outre qu'il fournit certains faits bruts sur l'instabilité économique, il passe en
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revue un certain nombre d'hypothèses actuelles permettant d'expliquer ces faits.
Nous nous attacherons plus particulièrement au cas indien où la tendance de la
croissance du pib est à la hausse depuis une vingtaine d'années et où le chiffre de
l'écart-type de cette croissance a également diminué au cours de cette période.
Nous présenterons les résultats des analyses des séries chronologiques sur les
déterminants de la volatilité en Inde. Enfin, nous examinerons aussi les rapports
entre instabilité économique et insécurité au niveau global. Nous nous interroge
rons sur les conséquences sur le monde d'un atterrissage brutal aux États-Unis
suite aux déséquilibres monétaires mondiaux actuels. Nous verrons aussi les
incidences de cette analyse sur les divers courants abordés ci-dessus.
La section I sera consacrée à l'instabilité économique dans les pays développés.
La section II fera de même pour les pays en développement. La section III exami
nera les possibles déterminants de l'instabilité. La section IV décrira l'évolution de
la volatilité en Inde et la section V présentera certains chiffres issus de l'analyse
économétrique sur les déterminants de la volatilité en Inde. La section VI explo
rera les rapports entre volatilité et insécurité au niveau mondial, puis les conclu
sions seront présentées.
I - LA VOLATILITE ECONOMIQUE DANS LES PAYS DEVELOPPES
Rowthorn et Martin (2004) étudient quatre régions économiques : les États-
Unis, la zone Euro, le Royaume-Uni et le Japon ; à l'aide d'un petit modèle
macroéconomique, ils tentent d'identifier les forces ayant abouti à un déclin de la
volatilité économique. Les auteurs divisent le demi-siècle en quatre périodes :
1954-1973 est la période de l'« âge d'or », 1974-1983 est la décennie turbulente des
chocs pétroliers ou autres, 1984-1993 est celle de la désinflation et 1994-2003 est
une décennie favorable de modération du cycle économique. L'écart-type est
l'outil servant à mesurer la volatilité.1
La volatilité de l'inflation et de la croissance du pib dans le monde entier a un
peu diminué au cours des vingt dernières années ; pour ce qui est de la croissance
du pib réel, la tendance vaut surtout pour la période 1994-2003, tandis que pour
l'inflation elle englobe les deux décennies. La volatilité de la
du pib et celle de l'inflation sont plus faibles dans la période 1984-2004
qu'entre 1954 et 1983 dans presque chacun des sept pays développés. La fr
équence des récessions graves (tableau 3) a également chuté dans ces pays et n'a
augmenté qu'au Japon.
1 - On pourrait utiliser des méthodes beaucoup plus sophistiquées de mesures de la volatilité, mais
il apparaît que le simple écart-type exprime parfaitement les principaux faits bruts.
№ 186 - AVRIL-JUIN 2006 - REVUE TIERS MONDE 393 .

Sonja Fagernas et Ajit Singh
Tableau 1 Écarts-types de la croissance du PIB réel annuel, en %
croissance du pib 1954-1973 1974-1983
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Source : Rowthorn et Martin (2004)
Tableau 2 Écarts-types de l'inflation annuelle des prix du pib, en %
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Source : Rowthorn et Martin (2004)
Tableau 3 Fréquences des récessions graves, en %
1974-1983
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Source : Rowthorn et Martin (2004)
Nombre d'années au cours desquelles la croissance du pib est inférieure ou égale à 0 %, en
pourcentage du nombre d'années de la période.
394 REVUE TIERS MONDE - № 186 - AVRIL-JUIN 2006 instabilité et insécurité économique Globalisation,
II - LA VOLATILITE ECONOMIQUE DANS LES PAYS
EN DÉVELOPPEMENT
Cette section est consacrée à la volatilité économique dans le monde en
développement. Elle présente les chiffres de la volatilité de la croissance du PIB et
de l'inflation entre I960 et 2004, en Asie, en Amérique Latine et en Afrique, suivie
d'une section spéciale dédiée à l'Inde. La volatilité est mesurée par l'écart-type 2.
Les pays du Moyen Orient et les pays en transition sont exclus de l'étude en raison
de l'absence de séries chronologiques. Les chiffres régionaux englobent ceux de
tous les pays pour lesquels ils sont disponibles, et pas seulement ceux des
quelques apparaissant dans les tableaux ci-dessous.
Si l'on exclut les deux ans immédiatement postérieurs à la crise en Asie
orientale (dernière colonne du tableau), ceci n'est plus le cas. Pour la plupart des
pays asiatiques, la volatilité des prix à la consommation est au plus haut dans la
période 1972-1981, avant de chuter, sauf en Indonésie et aux Philippines.
En Asie du Sud, la volatilité du pib a nettement chuté en Inde, au Pakistan et au
Bangladesh au cours de vingt dernières années. La variance (carré de l'écart-type)
de la croissance du pib réel pour la période 1982-2004 est significativement
inférieure à celle de la période 1961-1981 (à 99 %) pour l'ensemble des pays d'Asie
du Sud. Malgré la crise financière est-asiatique de 1997, la variance est significat
ivement plus faible pour la période 1982-2004 comme pour celle de 1961-1981 (à
99 %) pour l'ensemble Asie orientale et Pacifique. Cependant, on note qu'en ce
qui concerne les pays eux-mêmes, la volatilité n'a considérablement diminué
qu'en Chine entre 1982 et 2004, et elle semble avoir connu une augmentation
statistiquement significative en Malaisie, en Thaïlande et aux Philippines.
Ces chiffres semblent indiquer que la volatilité a diminué au cours des deux
dernières décennies en Asie du Sud, ainsi que dans la région d'Asie orientale, mais
de façon moins marquée. Dans ce dernier groupe de pays, la volatilité a clairement
chuté en Chine, mais il n'est pas certain que ce soit aussi le cas pour les autres pays.
La tendance est plus marquée pour l'inflation que pour la croissance du pib. La
majorité des pays d'Asie figurant ici ont connu une chute statistiquement signifi
cative de l'inflation. Il ne semble donc pas que l'instabilité économique ait nett
ement augmenté au cours des deux dernières décennies, alors que ces pays
ouvraient leur économie, et il semble que la volatilité née de la crise en Asie
orientale ait été de courte durée.
2 - L'utilisation du coefficient de variation à la place de l'écart-type a abouti à des résultats globale
ment analogues.
№ 186 - AVRIL-JUIN 2006 - REVUE TIERS MONDE 395 Sonja Fagernas et Ajit Singh
Tableau 4 Asie : Croissance du pib réel ( %)
Illustration non autorisée à la diffusion
Source : World Bank, World Development Indicators (WDI), September 2005,
ESDS International, (MIMAS) University of Manchester.
Le ratio test est un test-F unilatéral permettant de savoir si la variance est plus signifîcative-
ment différente pour la période 1982-2004 que pour celle de 1960-1981.
***,**,* = significatif à respectivement 99, 95 et 90 %
396 REVUE TIERS MONDE - № 186 - AVRIL-JUIN 2006 ;


instabilité et insécurité économique Globalisation,
Tableau 5 Asie : Inflation des prix à la consommation ( %)
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Source : World Bank, World Development Indicators (WDI), September 2005,
ESDS International, (MIMAS) University of Manchester.
Le ratio test est un test-F unilatéral permettant de savoir si la variance est plus significative-
ment différente pour la période 1982-2004 que pour celle de 1960-1981.
***,**,* = significatif à respectivement 99, 95 et 90 %
№ 186 - AVRIL-JUIN 2006 - REVUE TIERS MONDE 397 Sonja Fagcrnas et Ajjit Singh
Tableau 6 Amérique latine : croissance du PIB réel ( %)
Illustration non autorisée à la diffusion
Source : World Bank, World Development Indicators (WDI), September 2005,
ESDS International, (MIMAS) University of Manchester.
Le ratio test est un test-F unilatéral permettant de savoir si la variance est plus signifîcative-
ment différente pour la période 1982-2004 que pour celle de 1960-1981.
***, **, * = significatif à respectivement 99, 95 et 90 %
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instabilité et insécurité économique Globalisation,
Tableau 7 Amérique latine : Inflation des prix à la consommation (
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Source : World Bank, World Development Indicators (WDI), September 2005,
ESDS International, (MIMAS) University of Manchester.
Le ratio test est un test-F unilatéral permettant de savoir si la variance est plus significative-
ment différente pour la période 1982-2004 que pour celle de 1960-1981.
***, **, * = significatif à respectivement 99, 95 et 90 %
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