Gravures rupestres de la montagne d'Icht (sud marocain) - article ; n°1 ; vol.11, pg 147-156

De
Journal de la Société des Africanistes - Année 1941 - Volume 11 - Numéro 1 - Pages 147-156
10 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1941
Lecture(s) : 39
Nombre de pages : 11
Voir plus Voir moins

M. Senones
O. du Puigaudeau
Gravures rupestres de la montagne d'Icht (sud marocain)
In: Journal de la Société des Africanistes. 1941, tome 11. pp. 147-156.
Citer ce document / Cite this document :
Senones M., du Puigaudeau O. Gravures rupestres de la montagne d'Icht (sud marocain). In: Journal de la Société des
Africanistes. 1941, tome 11. pp. 147-156.
doi : 10.3406/jafr.1941.2508
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jafr_0037-9166_1941_num_11_1_2508GRAVURES RUPESTRES
DE LA MONTAGNE D'IGHT
(sud-marocain)
PAR
M. SENONES et 0. du PUIGAUDEAU,
Chargées db Mission.
Parmi les vingt-quatre stations de gravures rupestres du Sud-Marocain
dont la carte a été établie par A. Ruhlmann * et qui s'échelonnent de
Figuig à l'embouchure de l'oued-Draà, le long des chaînes du Sagho,
du Siroua, du Bani et de l'Anti-Atlas, trois seulement sont situées dans
la région de Foum-el-Hassan : ,
1° au Sud-Ouest de ce poste, la station du Djebel Ida-ou-Taltas, décou
verte en Î876 par le Rabbin Mardochée2 ;
2° au Nord-Ouest, celle de Tigzi, ou Tizi, également découverte par
Mardochée, puis visitée par Oscar Lenz en 1880 3;
3° beaucoup plus au Nord, celle d'Oukkas (Igounane), découverte à
deux heures de cheval au Sud du poste du Haut-Tamanart par le lieute
nant Krug..
Ces trois stations ont pour caractère commun la représentation d'an
imaux appartenant à la faune soudanaise (A. Ruhlmann).
Nous leur ajoutons un quatrième groupe dont nous avons relevé et
photographié les gravures en janvier 1937, au début de notre mission
Maroc-Mauritanie-Soudan 1936-1938.
1. Ruhlmann (A.), Les Recherches de Préhistoire dans V extrême Sud-Marocain,
Publ. du Service des Antiquités du Maroc, fasc. 5, Paris, 1939.
2. Duveyrier (H.), Sculptures antiquesde la province marocaine du Sous, Bull. Soc.
de Géogr., t. XII, Paris, 1876.
Evin(E.), Dans le Sud-Marocain. Sur les traces du Rabbin Mardochée, Bull, du
Com. Afr- Fse, Paris, janvier 1936.
Semach (Y. D.), Un Rabbin voyageur marocain : Mardochée Aby Serour, Hespé-
ris, t. VIII, Paris, 1928.
3. Lenz (O.), Timbouctou ; voyage au Maroc, au Sahara et au Soudan, trad, fse
Paris, 1886, 2 vol. 148 SOCIÉTÉ DES AFRICANISTES
Cette station est située à 3 kms environ au Nord de Foum-el- Hassan
et d'Icht, sur la pente méridionale d'une montagne formant éperon entre
la rive gauche de l'oued Tamanart et la rive droite de l'oued Icht. Le
capitaine Vieuille et le lieutenant Guérin, officiers du Bureau des
Affaires Indigènes (que nous sommes heureuses de remercier ici) y avaient
aperçu quelques gravures de bovidés. Ils nous les signalèrent et, exami
nant tout le versant et les alentours de cette montagne, nous y avons
relevé 6 bovidés, 5 éléphants, 3 quadrupèdes mâles qui semblent être
des rhinocéros, 3 équidés (?), 3 félins, 4 antilopes, 1 sandale, plusieurs
dessins formés de lignes sinueuses ou droites, parmi lesquelles on dis
tingue des figurations humaines très schématiques, et, isolé, un groupe
de S chars lybico-berbères.
£•
v
Fio. 1.- Croquis d'après la carte du Service Géographique des Confins Algéro-Marocains.
— — Itinéraire O. du Puigaudeau-M. Sénones, Janvier 1937.
Les animaux se trouvent à mi-hauteur, sur une sorte de terrasse natur
elle dont la roche de grès dur est éclatée en dalles rectangulaires, lisses,
à patine superficielle brun-noirâtre, à cassure gris-bleuté clair. Il y a Fig. №• 2. 2-8. — N* Gravures 1. Gravure de la de Montagne Foum-el-Hassan. d'Icht. 150 SOCIÉTÉ DES AFRICANISTES
aussi des gravures sur quelques blocs, sans doute éboulés de la terrasse,
sur la pente et au pied de la montagne.
Sauf pour les éléphants fig. 2, nos 2 et 3, dont le trait est nettement
incisé en V, le contour de ces animaux est grossièrement tracé par point
illés et grattages irréguliers, peu profonds et de largeur variable. La
patine des surfaces travaillées est identique à celle du fond, ou à peine
plus claire pour les bovidés nos 9, 11, 23, 25, pour le rhinocéros n° 12 et
le quadrupède gravé entre ses pattes, et pour les félins nos 14 et 15. La
plus grande dimension des gravures appartenant à ce groupe varie de
95 cm. (n° 22) à 25 cm. (félin du n° 14) mais la plupart mesurent 40 à
50 cm. du museau ou de la pointe des cornes à l'extrémité de la queue.
Le dessin inhabile, naïf, de ces gravures les rend, en certains cas, diffi
ciles à identifier avec certitude.
Nous attirons particulièrement l'attention sur quelques-uns de ces an
imaux • :
n° 9, bovidé mâle (40 cm.) aux longues cornes en lyre, portant Fig. 3,
un licol et dont la surface est cloisonnée et ornée de disques et de
cercles.
Fig. 4, n° 14, scène représentant un bœuf, une antilope et une chèvre
se défendant à coups de cornes contre un félin (guépard ?) ;
n° 15, lion (73 cm.) frappé d'un dard;
n° 17, éléphant dont la tête, entièrement grattée, est surmontée de deux
cercles ; t
n° 18 antilope semblant porter un personnage à peine indiqué par
pointillés imprécis. Sous son ventre, plus profondément gravée, on voit
une petite figuration qui ressemble à certains caractères des Iles Canar
ies étudiés dans la grotte de Belmaco, Ile de la Palma, par Gh. Fritsch,-
de l'Université de Francfort, en 1862, et à Los Letreros, Ile de Fer, par
S. Berthelot l. Il est d'ailleurs à remarquer que, dans plusieurs stations
rupestres du Sud-Marocain et du Sahara occidental, on retrouve des signes
rappelant ces hiéroglyphes canariens : spirales, crosses, croix entourées -
d'un cercle, groupes de points, et surtout réseaux de méandres qui carac
térisent les roches gravées que nous avons étudiées à Chegga et à El
Kseib du Hank2, réseaux qui se trouvent également sur les estampages
du rabbin Mardochée.
№ 20, éléphant (60 .cm.) ; le grattage de la surface a réservé deux
anneaux lisses entourant des disques profondément gravés.
1. Berthelot (S.), Notice sur les caractères hiéroglyphiques gravés sur des roches
volcaniques aux Iles Canaries, Bull. Soc. deGéogr., t. IX, Paris, 1875.
2. Seňones (M.) et 0. du Puigaudeau, Peintures rupestres du Tagant, Jour. Soc.
Africanistes, t. IX, Paris, 1939,
Puigaudeau (O. du) et M. Sénones, Gravures rupestres du Hank, Bull. Soc. Préhist.
Fse, t. XXXVI, n° 11, Paris, nov 1939. 12
Fig. 3. — N" 9-13. Gravures de la Montagne d'Icht. 4. — №' 14-21. Gravures de la Montagne d'Icht. Fig. o S4 SOCIÉTÉ DES AFRICANISTES 4
Fig. 3, n° 11, et fig-. 5, n° 23, deux bovidés accompagnés de méandres
comparables à ceux d'El Kseib du Hank .
Un autre groupe de gravures est situé un peu en contre-bas de la ter
rasse, sur une pente dont la roche est lisse, brillante et foncée comme du
bronze. Il se compose en tout de cinq chars à 2 et 3 roues, à l'exclusion
de toute figuration animale ou ornementale. Ces chars sont très différents
de ceux d'Ouafilal (A. Ruhlmann, op. cit.).
Ils sont tracés par des lignes de points très nets, profonds, recouverts
(25' delà même patine que la roche. Sauf pour la petite figure n° 6 cms),
leurs roues sont rayonnées et ils portent un conducteur.
Largeur d'une roue à l'autre : nos 4, 5 et 8 : 40 cm. ; n° 7 : 42 cm.
Enfin, dans le poste militaire lui-même, à la porte du Bureau des A. I.,
on a déposé une grande pierre portant une très jolie gravure de gazelle.
Si nous la mentionnons à part, c'estque nous avons tout lieu de supposer*
que cette pierre a été apportée d'une autre région avant l'arrivée à Foum-v
el-Hassan des officiers qui nous l'ont montrée.
Le trait, habilement taillé en V, élargi à la base des cornes et sur la
croupe, s'effile aux extrémités des pattes et de la queue. La patine qui le
recouvre est exactement du même gris-noir que le bloc.
Cette petite gazelle, d'un dessin réaliste bien que délicatement stylisé,,
est. une véritable œuvre d'art qui ne ressemble en rien aux rudimentaires
gravures de 1ат montagne d'Icht, mais s'apparente aux gazelles que nous
devions observer quelques jours plus tard dans l'Est, à Sidi-bou-Lanouar
et Hassi El Haoueirra et qui font l'objet d'une seconde communication,
dans ce même tome du Journal de la Société des Africanistes.
Nous n'avons trouvé aucun outillage lithique à Foum-el-Hassan et à
Icht.
A une journée de chameau vers le Sud (50 km. environ), à l'extrémité
ouest du versant septentrional de l'Adrar Zoukar et au point d'eau de
Talgrecht, sur la rive gauche de l'oued Icht, nous avons recueilli, parmi
de nombreux éclats et débris de taille, de petites pièces du Paléoli
thique supérieur. GRAVURES RUPESTRES DE LA MONTAGNE d'iCHT 155
A une trentaine de kilomètres en direction Sud-Est de Talgrecht et à
une dizaine de kilomètres avant l'oued Draà, nous fîmes halte au bord
de l'oued Aghemamou à l'endroit où, ayant traversé une vallée sablon
neuse, le Tin-el-Khial, enserrée entre les chaînes de l'Adana et du Mer-
sakhsaï, il passe au pied de l'extrémité occidentale de cette dernière
chaîne.
Au sommet du Mersakhsaï se dressent les ruines d'un ancien ksar des
Kounta, Agouedir Aghemamou, dont les maîtres exploitaient dans
l'Adana des mines de cuivre, d'antimoine et de galène argentifère. Sur la
plaine, entre le Mersakhsaï et l'oued Draà, on voit encore un cimetière
musulman, des restes de séguia et des traces de culture.
A l'entrée de la vallée, s'allonge, entre deux bras de ce qui fut un
fleuve, un îlot bas, ensable durci, orienté N.E.-S.O. A la pointe S.-O.
de l'îlot, nous recueillîmes une quantité de microlithes en silex et
en quartz. Cet outillage, mêlé à des débris de taille, se composait en
majeure partie de minuscules lamelles à dos rabattu, droites, en triangle
ou en croissant, et d'hameçons à encoches; il présentait aussi des nuclei,
perçoirs et pièces à coches. Le tout, extrêmement petit — de faciès
Paléolithique supérieur ou Néolithique de tradition capsienne ? — nous
semble très voisin des plus petites pièces de l'industrie de Telouet (Cf.
A. Ruhlmann, op. cit., pp. 31-36).
La détermination de ce gisement dépendrait sans doute de l'ouver
ture et de l'étude des deux tumuli situés à l'extrémité N.-E. de l'îlot.
Quelques perles en coquilles d'œufs ont été trouvées dans cette partie
de l'îlot à l'exclusion de toute pierre taillée, le gisement lithique étant
localisé à l'extrémité S.-O. Malheureusement, les règlements militaires,
auxquels nous devions nous conformer strictement dans une région
encore peu sûre, ne nous permettaient pas une absence déplus de 5 jours
pournous rendre de, Foum-el-Hassan à Aqqa. L'ouverture de ces tumuli
et leur examen méthodique étaient donc impossibles, quelque désir que
nous en avions. Nous gardons l'espoir de pouvoir y reprendre un jour
nos recherches.
D'autres pièces paléolithiques, principalement des grattoirs, ont été
recueillies le long* du versant septentrional de l'Adana.
Tout ce matériel lithique a été remis au Service d'Ethnologie préhis
torique du Musée de l'Homme, mais son classement et sa détermination
se sont trouvés interrompus par les événements de 1939-40. Néanmoins,
les pièces les plus caractéristiques sont exposées dans les vitrines de la
Galerie de Préhistoire.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.