Guy Trébuil et Mahabub Hossain, Le riz. Enjeux écologiques et économiques ; n°188 ; vol.47, pg 908-909

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Tiers-Monde - Année 2006 - Volume 47 - Numéro 188 - Pages 908-909
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Publié le : dimanche 1 janvier 2006
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Source : Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Généralités Guillaume BENOÎTet Aline COMEAU(dir),Méditerranée. Les perspectives du Plan Bleu sur l’environnement et le développement, éditions de l’Aube et Plan Bleu, collection Mondes en cours, série Bibliothèque des territoires, 2005, 429 p. Êtesvous conscients que 70 % de la population urbaine albanaise vit dans de l’habitat non réglementé, contre 20 % à 40 % au Maroc, en Algérie, au Liban et en Syrie ? Qu’en 2000, il y avait 1 034 touristes par kilomètre de côte durant le mois de pointe en Tunisie, 2 680 en France, 3 241 en Espagne, 4 610 en Israël et 15 000 à Monaco ? Que Monaco, suivi en ordre décroissant par Malte, l’Italie et la France, est le plus motorisé des vingtdeux pays méditer ranéens, le Liban arrivant en septième position ? Que la France remporte la palme méditer ranéenne des coûts de congestion routière, mesurés en termes de temps de travail perdu, de pollution supplémentaire, d’usure accélérée des véhicules et des voiries, et de stress pour les usagers, tandis que c’est en Syrie, en Égypte et au Maroc que les accidents de la route sont les plus meurtriers ?
Ces données, qui ne sont pas qu’anecdotiques, ont été glanées dans le Plan Bleu, qui représente un considérable travail documentaire, analytique, prospectif et incitatif. Il aborde de front la problématique du développement durable, attire l’attention sur les interactions entre démographie, développement économique et pressions sur le littoral et les ressources naturelles, et veut promouvoir une hypothèse volontariste de mise en œuvre de politiques de développement durable dans la région méditerranéenne.
Illustré par plus de trois cents tableaux, encadrés, cartes et graphiques de grande qualité et enrichi de bibliographies thématiques et de références juridiques, cet important ouvrage est organisé en trois parties. La première présente les dynamiques de développement depuis trente ans et à l’horizon 2025 : les dommages infligés à l’environnement, la fracture écono mique nord/sud, l’urbanisation et la littoralisation, la convergence démographique, les migrations, le tourisme, les échanges, la consommation d’énergie, la circulation des capi taux. La seconde partie décline six enjeux du développement durable quant à leurs impacts environnementaux, économiques et sociaux : trois secteurs stratégiques – l’eau, l’énergie et les transports – et trois espacesclefs – urbains, ruraux et littoraux. Finalement, une synthèse qui invite à l’action précède une annexe statistique précieuse et pratique. Les données présentées couvrent systématiquement les pays arabes de la Méditerranée – qui représentent près de la moitié de l’effectif – dont les colonnes sont fréquemment laissées vierges dans bien d’autres rapports internationaux, une qualité non négligeable de cetopuspour chercheurs et enseignants, militants et citoyens.
Blandine DESTREMAU, CNRS/GRASS/IEDES
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Agronomie Guy TRÉBUILet Mahabub HOSSAIN,Le riz. Enjeux écologiques et économiques, Belin, Paris 2004, 263 p. Les deux auteurs de cet ouvrage sont des chercheurs ayant longtemps travaillé au sein de 1 l’Institut international de recherches sur le riz (IRRI). Après un bref rappel de l’importance que revêt le riz dans l’alimentation des peuples du Tiers Monde, ils présentent l’extraordi naire diversité des rizicultures et des écosystèmes rizicoles qui prédominent encore de nos jours dans toute l’Asie des moussons. Les succès auxquels la « révolution verte » est parvenue dans le domaine rizicole sont très largement passés en revue, de même que ses limites en matière de « durabilité ». Le livre évoque ensuite la perspective de devoir nourrir annuelle ment 50 millions de personnes supplémentaires, avec des ressources en terres et en eau dont la rareté se manifeste avec une acuité sans cesse croissante. À l’heure où les fonds destinés aux centres de recherche agronomique nationaux et internationaux sont de plus en plus difficiles à obtenir, les auteurs envisagent aussi ce que pourraient et devraient être les nouvelles priorités en matière de recherche sur le riz et les systèmes rizicoles.
La typologie des grands écosystèmes rizicoles présentée dans l’ouvrage est celle actuel lement retenue par l’IRRI, suite à un travail réalisé à cet effet par un comité scientifique international. Elle classe fondamentalement les rizicultures selon les conditions topographi ques et hydrologiques auxquelles sont soumis les champs cultivés. Ainsi distingueton pour l’essentiel des rizicultures pluviales, inondées, irriguées, de submersion profonde et de zones côtières. Ce classement répond en fait au besoin pour cet institut de concevoir, dans ses programmes d’amélioration variétale, l’architecture des plants de riz la plus en adéquation avec le régime hydrique des parcelles. Mais elle présente l’inconvénient de ne pas mettre au premier plan la plénitude des écosystèmes ni les techniques culturales mises en œuvre par les agriculteurs. Ainsi rangeton dans la même catégorie dénommée « rizicultures pluviales », la riziculture sur abattisbrûlis encore mise en œuvre par maints agriculteurs des zones forestières de l’Asie du SudEst, dont les seuls outils sont manuels, et la riziculture moto mécanisée pratiquée à grande échelle sur les immenses champs ouverts du Brésil et des ÉtatsUnis !
Au sujet de la révolution verte, les auteurs s’efforcent de relativiser un certain nombre de critiques encore généralement formulées à son encontre. Il nous faut en particulier recon naître que les dernières variétés mises au point par l’IRRIportent désormais en leur sein des gènes de résistance ou de tolérance aux principaux insectes prédateurs et agents pathogènes auxquelles les premiers cultivars « améliorés » étaient particulièrement sensibles. Ainsi les agriculteurs ne sontils plus contraints d’épandre autant de produits phytosanitaires qu’autrefois. Grâce à l’intégration de ces nouveaux gènes, le nombre de variétés à haut potentiel génétique actuellement cultivées dans l’Asie des moussons s’est sensiblement accru ; et l’affirmation selon laquelle il y aurait une diminution de la biodiversité agricole serait donc inappropriée. Mais ne faudraitil pas reconnaître que ces variétés n’en restent pas
1  International Rice Research Institute, domicilié à Los Baños, aux Philippines.
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moins très étroitement apparentées et que leur emploi massif se traduit quand même par une érosion génétique croissante ? Le fait qu’une telle érosion puisse aussi parfois résulter de la sélection réalisée par les paysans euxmêmes auraitil de quoi nous rassurer ?
En ce qui concerne les recherches à mener dans le futur, les auteurs mentionnent le souci de l’IRRIde réorienter ses travaux dans le sens de la production de « plus de riz, de meilleure qualité et (produite) de façon plus durable » ; mais audelà des mots, cela n’impliqueraitil pas en fait de reformuler la typologie des rizicultures en prenant davantage en compte les écosystèmes comme objets de travail des agriculteurs ? La typologie actuelle n’estelle pas en effet encore trop orientée sur les préoccupations des seuls généticiens ? Autre source d’inquiétude : les centres internationaux de recherche agronomique (dont l’IRRIfait partie intégrante) voient désormais dans les biotechnologies et la physiologie postgénomique une des principales conditions de leur survie. Certes, en ce qui concerne les riz transgéniques, les auteurs plaident pour « une évaluation impartiale des risques et des bénéfices de chacun des produits créés par les biotechnologies rizicoles ». Il est notamment évoqué la crainte de voir contaminées les variétés de riz à grande qualité organoleptique du nordest de la Thaïlande ; mais ne devraiton pas d’abord mentionner les risques inhérents aux effets des flux de gènes intempestifs sur les populations de riz sauvage dont l’Asie des moussons est particulièrement bien pourvue ?
Les auteurs présentent finalement une synthèse assez nouvelle et percutante des enjeux et des problèmes auxquels se trouvent aujourd’hui confrontés les riziculteurs de l’Asie des moussons et les chercheurs dont les travaux portent sur leurs systèmes de culture. Peutêtre doiton néanmoins regretter que les auteurs n’aient pas toujours pris le recul qui aurait été nécessaire à l’égard des orientations de l’institution qui les a accueillis.
Marc DUFUMIER, INAPG
Économie Politique Samuel BOWLES, Steven N. DURLAUF, Karla HOFF(eds),Poverty Traps, Russel Sage Foundation, New York, Princeton University Press, Princeton and Oxford, 2006, 241 p. Le thème de ce livre est justifié par le fait que la croyance en une mobilité toujours possible, illustrée par des contes « à la Cendrillon » (ragstoriches tales), et nécessaire au fonctionnement relativement légitime des marchés, bute sur la réalité : l’accroissement des divergences et des polarisations plutôt que le renforcement des convergences (entre pays, entre générations), l’enfermement des pauvres (individus, quartiers, groupes, pays) dans leur état, le cloisonnement des trajectoires. Les économistes proposent trois familles d’expli cation à l’existence de trappes de pauvreté : l’existence de seuils critiques, le dysfonctionne ment des institutions et les effets de voisinage (neighborhood effects). Ces trois champs sont
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présentés et examinés dans les contributions à cet ouvrage, aux plans macro et micro économique, d’un point de vue théorique et sur la base d’études de cas (Amérique latine, Afrique, ÉtatsUnis). La vision en termes de seuils s’est avérée insuffisante, au vu des échecs des stratégies visant à favoriser l’accumulation de divers types de capitaux – humain, physique, productif, etc. – par des pays ou des groupes sociaux ciblés, et c’est la raison pour laquelle des données plus historiques ou culturelles doivent être prises en considération. L’incrimination d’insti tutions défaillantes est justifiée par l’étude sur plusieurs siècles du devenir différencié d’excolonies européennes. Les textes présentés examinent les effets de système et les formes de coordination entre un environnement et les conduites et les décisions des individus : quels sont les effets d’une forte prégnance de la corruption, d’entreprises parasites et de compor tements de chercheurs de rente ? Quel peut être le poids des coutumes pour freiner la transformation de sociétés traditionnelles vers l’économie de marché, supposée favorable aux intérêts individuels ou de groupes, et la marge de manœuvre des individus pour s’en affranchir ? Et quels sont les éléments contribuant à la pérennité d’institutions produisant et entretenant de hauts niveaux d’inégalité ? Le troisième champ explicatif s’ancre dans des perspectives plus microsociologiques : l’étude des interactions sociales et du poids de l’appartenance à un groupe au niveau local, qui véhiculent des effets d’imitation et d’iden tification, et l’influence de rôles modèles. Lesmembership theories on inequalityintègrent des éléments de sociologie et de psychologie dans la rigueur et la logique de l’économie. Elles cherchent à expliquer comment se construisent les préférences, les croyances et les contrain tes qui déterminent les décisions des membres d’un groupe et provoquent des effets indési rables (p. 144). Elles ont été utilisées pour analyser les situations de ségrégation sociale et économique, les inégalités d’offre de biens publics d’un lieu à l’autre et les interactions sociales. Les approches en termes d’effets de voisinage cherchent à relier la concentration spatiale et la reproduction de la stratification sociale.
Ces analyses ont des implications sur les politiques publiques qui peuvent être construites pour éliminer les trappes de pauvreté en promouvant une plus grande égalité des chances et en affaiblissant les effets d’enfermement et de cloisonnement. En particulier, des exemples de politiques de discrimination positive et de déplacement de pauvres de leur quartier « ghetto » vers des quartiers plus riches sont étudiés par certaines contributions. Cet ouvrage conclut néanmoins à la difficulté d’identifier des processus qui puissent expliquer de façon systéma tique et simple l’existence de trappes de pauvreté, et à l’impossibilité de définir un unique modèle de politiques pour les éliminer, en faisant abstraction des contextes culturels et sociaux spécifiques. Heureusement, pourraiton dire, car depuis que l’économie domine la « pauvrétologie » au plan mondial, les analyses et les méthodes de lutte contre la pauvreté tendent à devenir de plus en plus standardisées et, corrélativement, de plus en plus retirées du champ politique, comme de celui de la sociologie politique. Et les grands instruments des politiques publiques que sont les politiques redistributives ou de protection sociale, tendent à se trouver de plus en plus décriés et démantelés. N’allant pas jusqu’à remettre en cause la nature des systèmes qui concourent à produire et à reproduire la pauvreté et les inégalités et à y enfermer de façon durable des personnes, des groupes ou des pays, les économistes qui ont
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contribué à cet ouvrage se distinguent cependant par leur clairvoyance et leur ouverture aux autres disciplines des sciences sociales. Blandine DESTREMAU, CNRS/GRASS/IEDES
Béatrice HIBOU,La Force de l’obéissance. Économie politique de la répression en Tunisie, Paris, La Découverte, 2006. Béatrice HIBOU, chercheur auCERI, vient d’écrire un grand ouvrage, par la taille et surtout sur le fond, sur l’économie politique de la répression et les mécanismes d’assujettissement à partir de l’étude de la Tunisie. L’auteur se réfère à l’analyse foucaldienne des pratiques de pouvoir et à l’économie politique weberienne. Elle montre comment la soumission est acceptée voire recherchée par la population. L’économie d’endettement, la fiscalité, la gestion des privatisations, la mise à niveau de l’appareil productif liée à l’ouverture extérieure ou les aides sociales sont, audelà des analyses quantitatives et des recherches d’efficience proclamées, des moyens par lesquels se perpétuent les dépendances mutuelles entre domi nants et dominés.
Béatrice HIBOUveut fonder une économie politique de l’assujettissement, une « analyse qui cherche à comprendre la signification politique et sociale des conduites économiques ». L’ouvrage se situe dans la tradition de l’analyse du « politique par le bas » et des « modes populaires d’action politique » en repérant les accomodements, les ruses, les compromis sions et les instrumentalisations réciproques garantissant la légitimation quotidienne du régime. L’« État de police », concept mobilisé pour analyser cette situation, se manifeste non seulement par le système carcéral et la surveillance policière mais aussi par l’intrusion dans les sphères privée et intime. Il est défini comme « le système et les modes de régulations qui permettent le contrôle de la conduite des gens ».
L’ouvrage témoigne à la fois d’une très grande culture et d’une connaissance en profon deur du terrain. Le discours est stimulant, roboratif et à contrecourant. Il refuse les typologies et classifications en isme (autoritarisme, islamisme, sultanisme, néo patrimo nialisme sont souvent mobilisés pour comprendre la société tunisienne) pour appréhender l’individu et la sphère interne aux relations de pouvoir et les pratiques intériorisées. L’on ne peut que souscrire à la critique de la statistique qui ne peut être dissociée du pouvoir. Que mesureton ? Qui mesure ? À quelle fin ? Bien entendu cet éclairage par le bas et de l’intérieur de la société tunisienne laisse quelques zones d’ombre. L’on peut regretter ainsi que le jeu interdépendant de la double légitimation des pouvoirs, par la communauté internationale et par les acteurs internes ne soit pas suffisamment analysé pour une société historiquement doublement orientée vers la Méditerranée et le monde arabomusulman. L’engrenage de l’exclusion, de l’enfermement et de la violence propre à l’action contre les mouvements islamistes est peutêtre insuffisamment mis en exergue (Germaine Tillon avait écrit des très beaux textes sur l’engrenage de la torture en Algérie). Nous aurions pour notre part davantage mis l’accent sur certains facteurs de rupture de la société tunisienne, à
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commencer par l’explosion universitaire. Les concepts gramsciens de classes hégémoniques et d’hégémonie auraient pu être mobilisés. Mais ces remarques sont secondaires par rapport à l’ampleur d’un ouvrage qui est fondateur d’une économie politique de la répression. Il restitue avec finesse et profondeur 9 ans de recherche en Tunisie, tout en apportant une contribution analytique aux concepts d’État de police et de pouvoirs autoritaires, s’appuyant sur les dimensions imaginaires et fictives de l’exercice du pouvoir et sur la dialectique de la domination et de la dépendance qui caractérisent toute relation de pouvoir.
Philippe HUGON, Université Paris X
Sociologie Marc NABETH,Microassurance. Défis, mise en place et commercialisation, éditions l’Argus de l’assurance, collection Les fondamentaux de l’Assurance, 2006, 369 p. Alain LETOURMY, Aude PAVY-LETOURMY,La microassurance de santé dans les pays à faible revenu, Agence Française de Développement, Notes et Documents, n° 26, décembre 2005, 217 p. Publié dans une collection spécialisée, par une maison d’éditions qui s’adresse à des professionnels de l’assurance, l’ouvrage de Marc NABETHest pragmatique : il s’appuie sur les expériences menées par divers organismes et groupes dans plusieurs régions du monde et sur les besoins démontrés – et construits – par trois décennies d’histoire de la microassurance. Il analyse ce secteur comme un marché international, répondant à des besoins solvables, qui met en jeu une pluralité d’acteurs – assureurs et réassureurs, courtiers, banques, mutuelles, groupements de population, États, etc. – et qui, bien que marginal en termes de chiffre d’affaires au sein du secteur, s’emboîte dans les grands enjeux de la globalisation, de la lutte contre la pauvreté, de la croissance économique. L’ouvrage est aussi pratique, et représente une importante source d’informations extraites d’un grand nombre d’ouvrages et de rapports (malheureusement non récapitulés dans une bibliographie) qui couvrent une large palette d’entrées sectorielles – informel, récoltes, bétail, obsèques, accident, épargne, santé, entre prises, etc. –, de pays, de techniques et de produits d’assurance ; certains plus « culturels » et traditionnels, d’autres dérivés des savoirfaire occidentaux. Ce sont ces derniers que défend l’auteur, qui prévient contre les risques de « surcommunautarisation ».
Alain LETOURMYet Aude PAVYLETOURMYse sont également donné comme objectif de rendre compte de la diversité des expériences de microassurance, ici dans le seul secteur de la santé, et de proposer des stratégies d’appui, dans le cadre de la coopération internationale. Les auteurs insistent sur les caractéristiques sociales des dispositifs, qui seraient propres à la notion de microassurance : fonctionnement démocratique, adhésion volontaire, autono mie, gestion participative, communautaire et désintéressée, inscription dans des réseaux, choix des exclus comme principaux bénéficiaires et mise en application des principes de l’assurance (p. 10). On reconnaît là les contours du modèle des mutuelles, « dispositifs
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d’assurance volontaire reposant sur une base communautaire », qu’ils confrontent aux services fournis par le secteur privé à but lucratif. Le concept de mutuelle de santé est « plus spécifique que celui de microassurance », mais « propose une approche plus globale de la couverture des risques liés à la santé » (p. 35). Les classifications proposées reposent sur la nature et la structuration du lien entre les individus ou le mode économique d’organisation des agents. Pragmatique, ce livre l’est aussi puisque les auteurs concluent par des éléments de stratégie d’appui à la microassurance de santé, selon l’objectif visé, le contexte et le secteur ciblé (public, privé communautaire ou privé commercial) (p. 157). Les orientations recom mandées sont différentes selon que l’Agence Française de Développement souhaite que la microassurance contribue à la lutte contre la pauvreté, à l’amélioration du fonctionnement du secteur de la santé ou à l’extension du marché de l’assurance (p. 158). Elles sont nécessairement modulées par la qualité de l’offre de soins, le potentiel existant de réseaux de distribution d’épargne et de crédit, le cadre législatif réglementaire. Et, bien que le secteur privé communautaire soit «a priorile secteur privilégié du développement de la micro assurance de santé » (p. 171), l’appui aux secteurs public et privé peut trouver sa place dans les stratégies, en fonction de critères différents.
Deux points de vue différents, donc, qui reflètent les objectifs et les visions stratégiques particuliers des deux éditeurs, et sont complémentaires sur bien des points.
Blandine DESTREMAU, CNRS/GRASS/IEDES
Jules FALQUET, Helena HIRATAet Bruno LAUTIER(coord), « Travail et mondialisation. Confrontations Nord/Sud »,Cahiers du Genre, n° 40, 2006, L’Harmattan. Ce numéro desCahiers du Genreest consacré à « une réflexion sur ce que signifie pour le travail et l’emploi des femmes, pour les mouvements sociaux et pour le féminisme aujourd’hui, le contexte actuel dénommé “mondialisation” » (p. 5). Alors que les études sur la mondialisation portent le plus souvent sur « les sphères les plus élevées du capitalisme global », dont sont absentes l’écrasante majorité des femmes (p. 7), ce volume prend le parti d’étudier l’économie informelle, souterraine, les emplois de service et decare, la prostitution, mais aussi le travail dans les filiales du Sud des groupes internationaux, où se concentre l’essentiel des travailleuses des pays du Sud.
Précarisation, accroissement de la vulnérabilité et de l’assujettissement, dégradation des conditions de travail et de rémunération sont des tendances que constatent la plupart des auteurs. Jules FALQUET, Bruno LAUTIERet Saskia SASSENproposent des fresques dynamiques de mouvements qui conduisent à une reconfiguration de la division entre fonctions relevant de l’espace domestique, de la sphère de travail standardisée et des activités informelles ; mais aussi de la division spatiale et sexuelle des types de tâches – notamment la séparation entre conception et exécution –, de secteurs et de formes d’emploi, et des correspondances entre mobilité et immobilité. Laura OSOCASAS, Natacha BORGEAUDGARCIANDÌAet Liliana ROLFSEN
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2 PETRILLISEGNINIillustrent ces mouvements par des études de cas. Une des richesses de leurs travaux est certainement de mettre en valeur les subjectivités et les logiques d’action de ces femmes, qui ne sont pas uniquement dominées, victimes et manipulées, mais sont aussi investies dans des trajectoires et des stratégies qu’elles tentent de construire dans des conditions souvent très difficiles, par « des bricolages, des adaptations, des arrangements au quotidien », comme l’écrit Natacha BORGEAUDGARCIANDÌA: « Pour chacun, dans son travail et dans sa vie, ce n’est pas à la mondialisation que l’on fait face mais aux difficultés de tous les jours – difficultés qui en sont souvent issues. Il faut gérer, agir, prendre des décisions au travail, chez soi, ailleurs, sans y “perdre son âme” : pouvoir faire face à ses propres décisions, faire part des raisons qui les ont motivées, ne pas avoir honte de soi » (p. 135). Stéphanie TAWALAMAREWALet Elsa GALERAND, quant à elles, soulignent l’émergence de nouvelles actrices et acteurs collectifs, au Nord comme au Sud, mais aussi la difficulté de ces mobilisations à dépasser les divisions politiques et les contradictions Nord/Sud, de classe ou de race.
Poursuivant les approches et réflexions ouvertes par la prise en compte des rapports sociaux de genre/sexe dans l’analyse de la mondialisation, ces contributions rappellent à quel point parler de capitalisme global, voire de globalisation tout court, sans prendre en compte de façon centrale les dimensions de genre et de travail peut représenter une forme d’imposture, ou tout au moins perdre considérablement de son sens.
2  Et dans une certaine mesure Roland PFEFFERKORN, article hors dossier.
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Blandine DESTREMAU, CNRS/GRASS/IEDES
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