Habitude et Mémoire. Apprentissage. Témoignage - compte-rendu ; n°1 ; vol.22, pg 463-473

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L'année psychologique - Année 1920 - Volume 22 - Numéro 1 - Pages 463-473
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1920
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VII.Habitude et Mémoire. Apprentissage. Témoignage
In: L'année psychologique. 1920 vol. 22. pp. 463-473.
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VII.Habitude et Mémoire. Apprentissage. Témoignage. In: L'année psychologique. 1920 vol. 22. pp. 463-473.
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.
HABITUDE ET MÉMOIRE. APPRENTISSAGE. TÉMOIGNAGE 463
élevées, ondulations moyennes, ondulations petites et nombreuses),
s.oit avec des angles seulement (angles obtus rares, angles sensibl
ement droits, aigus nombreux), soit à la fois avec des courbe
et des angles. La direction des lignes peut être horizontale ou plus
ou moin» oblique. Dans certaines expériences, les lignes sont
colorées.
Les sujets expriment l'impression affective qui leur est inspirée
par chaque ligne présentée (13 groupes d'impressions, avec
48 adjectifs pour les exprimer.), et ils fournissent ensuite des données
introspectives sur la genèse de leur impression.
Il résulte de ces expériences que la majorité des sujets perçoivent
une tonalité affective des lignes, dépendant probablement d'une
suggestion de mouvement, les lignes paraissant imiter, dans leur
mouvement, l'expression motrice d'états émotionnels.
Les lignes à ondulations allongées et peu marquées suggèrent des
mouvements lents et faibles, les lignes à ondulations courtes et à
apgles aigus suggèrent des mouvements rapides et intenses; dès lors
les premières lignes évoquent des émotions de faible expression
motrice, les dernières des émotions à expression forte. Mais on ne
peut obtenir une différenciation plus fine des émotions : la tristesse,
la paresse et le repos correspondent aux mêmes formes.
Quand, dans une ligne de type « actif » les angles aigus prédo
minent, la tonalité est désagréable : une ligne joyeuse et une ligne
furieuse diffèrent dans 1^ proportion des angles aigus.
La force est souvent suggérée par des ondulations hautes et
larges, et par des angles droits, ainsi que par l'épaisseur des lignes,
la minceur indiquant la faiblesse et la timidité.
La beauté d'une ligne est liée à l'unité de direction, à la conti
nuité arrondie des courbes, à l'absence d'angles, à la répétition
périodique d'éléments semblables ou à une certaine symétrie, la
laideur aux caractères inverses.
Ces faits semblent à l'auteur de nature à montrer que les lignes
peuvent constituer en art un important facteur émotionnel, et
qu'elles jouent un rôle non négligeable dans le plaisir que nous
donnent les chefs-d'œuvre.
H. P.
VII. — Habitude et mémoire. Apprentissage. Témoignage.
HESNARD et A. RÉGIS. — Essai psycho-pathologique sur la
mémoire. — Journal de Médecine de Bordeaux, 91e a., 1920,
10 juillet.
La mémoire, loin d'être le réservoir d'images bergsonien, est
essentiellement une reviviscence ; se souvenir, c'est revivre une
portion de sa vie antérieure qui s'est enregistrée dans le système
nerveux. .
Nous revivons surtout ce qui nous a frappes et émus, car les lois ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 464
de la reviviscence sont les lois de la vie même, et surtout les lois
affectives. Les souvenirs qui constituent le bilan de la culture sont
une autre mémoire, comme l'a reconnu Bergson, ce sont des habi
tudes psycho-motrices, des formules verbales retenues par répétition
volontaire.
« Mémoire et perception sont deux aspects, ou plutôt deux degrés
du même phénomène de réception vitale.... La pensée ne nous
apparaît pas ici comme plus difficile à comprendre que la vie elle-
même, dont elle représente la condensation et le perfectionnement
ultime, elle est un fait non proprement psychologique mais biolo
gique. »
Les auteurs sont encore beaucoup plus bergsoniens qu'ils ne le
pensent.
H. P.
MAY SMITH et W. MC DOUG ALL. — Soma experiments in learning
and retention [Quelques expériences sur l'apprentissage et la réten
tion). — Br. J. of Ps., X, 2-3, 1920,'p. 199-209. ,
Recherches faites avec les tests suivants : Taches d'encre (10 cartes
à taches d'encre montrées au sujet sont remontrées avec 10 autres,
et le sujet doit signaler/ au passage celles qu'il a vues antérieure
ment); Dessin (Dessin simple montré 20 secondes dont il doit être
donné une description suffisante pour qu'en la lisant un dessinateur
puisse refaire le dessin). Prose (Texte lu, dont la reproduction, njjn
verbale mais intellectuelle, doit être faite par le sujet). Syllabes
(Détermination du nombre de répétitions nécessaires pour obtenir la
répétition correcte d'une série de 10 syllabes). Machine àTëcrire (sur
un vieux modèle, le sujet doit frapper trois touches colorées,
successivement, dans le même ordre (2 lettres et un espace), et l'on
détermine le nombre de répétitions nécessaires pour'que le mouve-r
ment puisse être continué les yeux fermés, automatiquement, avec
essai toutes les 5 répétitions).
41 étudiantes servirent de sujets. Les résultats servirent à établir
des coefficients de corrélation entre les différentes épreuves : En
envisageant les 2 premiers tests comme correspondant à la
mémoire pure de Bergson (expérience unique dans l'histoire du
sujet) et les 2 derniers comme des tests d'habitude au se'ns propre,
on doit trouver des corrélations positives entre les deux termes de
chaque groupe, et nulles entre les deux groupes. C'est ce que
l'expérience vérifie : Entre la taché et le dessin : -f- 0,53; entre la
machine à écrire et les syllabes :.+ 0,61. Entre tache et syllabe :
-f 0,05; entre tach& et machine : — 0,05; entre dessin et syllabes :
-f 0,03 ; dessin et : — 0,11 .
La reproduction du sens du texte de prose se montre en affinité
moyenne avec chacun des groupes : + 0,26 avec la tache ; + 0,22 avec
le dessin; +0>&$ avec les syllabes; + 0,34 la machine. Or, on
remarque qu'il y a une grande part de reproductions littérales
(39 p. 100). ,
.

'

.
'
ET MEMOIRE. APPRENTISSAGE. TEMOIGNAGE 463 HABITUDE
Le transfert constaté quelquefois dans la mémoire doit être dû
à l'influence du pouvoir de former des associations mécaniques.
D'autre part, sur 2 sujets, ont été examinées les influences
exercées par l'effort actif pour apprendre 12 syllabes sur la. répéti
tion après court ou long intervalle.
ACQUISITION ACTiyE ACQUISITION PASSIVE
Après 7 öu Après 7 ou
1" fois. 18 jours. ]'• fois. 18 jours.
.I . 10 6 40 9
II ......... 8 5-6 172 7,5
ACQUISITION ACTIVE ACQUISITION PASSIVE
1M fois. Après 24 h. lr« fois. Après 24 h.
I . . 10 6 41 4
II ....... 7,5 4 90 5
Les auteurs considèrent que l'acquisition passive est toujours défa
vorable, mais ils ne mettent pas en lumière ce fait, que L'économie
d'acquisition est beaucoup plus grande après intervalle quand' le
nombre de répétitions s'est trouvé plus grand.
Enfin, chez 6 sujets, une pratique de six mois (douze mois chez un)
avec exercices journaliers d'acquisition de syllabes un jour, et de
réacquisition le lendemain, a donné les résultats suivants, en
indiquant le nombre moyen (sur 8 essais), de lectures pour l'acquisi
tion au début et à la lin.
REACQUISITION "I ■ Mil — —■il ACQUISITION ^ —
Sujets. Début. Fin. Gain 0/0. Début. Fin. Gain 0/0.
A 14 8 . 43 ( 4 43
B If) 9,6 40 5,6 3 47
.._ — G 8 7 3 3
D 5-6 38 2,8 57 9 .1,2
15 y 6 E 13 M 33.3
.-- 8 33,5 6 4 F 12 33,3
Les auteurs concluent qu'ils ont apporté la preuve expérimentale
deWa distinction bergsonienne entre habitude et mémoire, illustré
l'importance de l'effort de volition dans la mémorisation, et, en
abordant la question du progrès de la rétention par l'exercice,
fourni des résultats qui tendent à prouver qu'un certain progrès de
ce genre peut être obtenu.
Cette dernière conclusion est très prudente et à juste titre;
l'analyse des facteurs possibles de ce progrès (familiarisation avec
les syllabes qui deviennent des mots connus, procédés, éducation
d'attention, accoutumance à l'effort) n'est pas envisagée.
Les auteurs pensent établir un progrès, non seulement dans
l'acquisition mais dans la rétention, parce que le nombre de lectures
pour rapprendre après vingt-quatre heures est diminué. Mais ils
n'ont pas calculé l'économie de répétition. Or« c'est le progrès seul ANALYSÉS BIBLIOGRAPHIQUES 466
de l'économie qui serait significatif. J'ai donc fait les calculs. Et
voici les résultats.
SUJETS (
A B c D F
Économie initiale . . 50 65 62,5 69 7 50 30, finale ... 50 73 57 78,5 4 50 45,
Différence absolue . . 0 + 9,5 - 7 + 8 + 14, 0
On peut dire qu'il n'y a pas ds progrès réel dans la rétention, il
n'y en a que dans l'acquisition.
L'analyse des corrélations entre- des acquisitions de type exclus
ivement visuel et concret (tache d'encre, dessin), mettant en jeu
l'observation, l'imagination, l'affectivité, etc., et des acquisitions
motrices ou verbales visant à l'automatisme, révélerait des diff
érences assez nombreuses et complexes pour qu'on ne puisse
admettre qu'elles établissent expérimentalement l'existence de la
mémoire pure de Bergson !
Les expériences sont intéressantes et suggestives, mais elles ne
sont pas suffisamment analysées, et les conclusions a priori viennent
s'appliquer sur elles, elles ne s'en dégagent pas.
H. P.
EDITH iMULHALL ACHILLES. — Experimental studies in Recall
and Récognition (Études expérimentales sur le rappel et la reconnais
sance). — Ar. of Ps., .44, 1920, 80 p.
L'auteur avait déjà publié ses expériences préliminaires — repro
duites dans ce travail — et nous en avions rendu compte (An. Ps.,
XXI, p. 433).
Elle les a reprises sur 734 sujets normaux (96 adultes -et
638 écoliers, des 2 sexes) et sur 19 aliénés, avec des mots, des
formes géométriques, des proverbes et des syllabes de 3 lettres
(2 séries de présentation de 25 termes et 2 de reconnaissance de
50 termes).
Chez les 96 adultes, voici la proportion des rappels corrects et
des reconnaissances (nombre total des éléments reconnus moins
les omissions, et moins le double du nombre des erreurs) en
moyenne (en unissant les résultats moyens de 2-investigations, l'une
sur 52 et l'autre sur 44 sujets)..
Mots(lr«s.). Mots (2e s.). Formes. Proverbes. Syllabes.
Rappel . 8,75 10,57 6,47 5,55 3,09
Reconnaissance1. . 31,10 33,53 33,63 21,24
Chez les garçons, suivant l'âge, le rappel des mots varie de 4,12
1. La moyenne n'est pas donnée pour la reconnaissance des formes à
cause de l'hétérogénéité des' deux chiffres moyens (13,52 et 25,54) qui
auraient composé cette moyenne générale, contrastant avec l'homogénéité
des autres valeurs (6,17 et 6,77 par exemple pour le rappel des formes). HABITUDE ET MÉMOIRE. APPRENTISSAGE. TÉMOIGNAGE 467
à 8,18 et la reconnaissance de 14,79 à 29,62; le rappel des formes
varie de 3,32 à 6,13 et la reconnaissance de 7,56 à 14,61; le rappel
des syllabes varie de 1,51 à 3, et la reconnaissance de 2,45 à 15,81,
sans que les chiffres s'ordonnent régulièrement avec l'âge, l'accroi
ssement étant analogue pour le rappel et la reconnaissance.
Chez les filles, les chiffres extrêmes sont, pour les mots, 4,30 et
8,09 (rappel), 23,32 et 35,04 (reconnaissance); pour les formes,
3,33 et 5,77 (rappel), 5,36 et 14,92 enfin, pour les
syllabes, 1,82 et 5,37 (rappel), 8,62 et 1§,71 (reconnaissance). Il y
a, de façon générale, une supériorité féminine, chez les enfants
comme chez les adultes, mais qui n'est pas rapportée à la valeur de
l'écart probable.
L'examen de la corrélation entre les résultats obtenus pour les
différentes catégories de tests montre que le coefficient est positif,
mais très faible, à la fois pour le rappel et la reconnaissance.
En conclusion, l'auteur pense que, au degré de sensibilité près,
le rappel et la reconnaissance permettent également l'évaluation
de la mémoire. Il y aurait un seuil de mémoire qu'on situerait à
un niveau différent, avec les degrés suivants : \reconnaissance diffi
cile, reconnaissance facile, rappel difficile, rappel facile.
Mais il est extraordinaire que l'auteur n'ait pas fait le calcul qui
devrait fonder sa conclusion, celui de la corrélation de tous les
résultats individuels pour le rappel et pour la reconnaissance. Le
parallélisme des moyennes ne peut suffire à établir une conclusion
aussi générale et aussi importante.
H. P.
JOSEPH PETERSON. — The backward elimination of errors iq
mental maze learning {L'élimination à rebours des erreurs dans
l'apprentissage d'un labyrinthe mental). — J. of exp. Ps., III, 4,
1920, p. 257-280.
1,'auteur avait constaté, dans l'apprentissage du labyrinthe chez
les animaux, que les erreurs étaient éliminées à partir de celles qui
étaient commises le plus près du but.
Il a repris des expériences chez l'homme par la méthode du
« labyrinthe mental », qui consiste à désigner arbitrairement et
au hasard chaque position d'un labyrinthe réel, impliquant un choix,
par un couple de lettres, symbolisant respectivement les deux
directions possibles, les deux alternatives, et à présenter au sujet
les lettres entre lesquelles il doit choisir, par couples, jusqu'à ce
qu'il sache être arrivé au but.
Il s'agit donc d'une séquence de lettres exactes à choisir, le retour
en arrière entraînant la réapparition des mêmes lettres, significatives
d'erreur.
L'auteur y voit l'avantage d'éliminer les facteurs spatiaux, mais
il ne note pas qu'il fait intervenir la mémoire verbale.
Sur 19 sujets, la moyenne du nombre d'essais correspondant à
la dernière erreur commise, montre une décroissance, depuis le ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 468.
début des alternatives jusqu'à la fin. Pour les 20 choix successifs,
les erreurs ont disparu après 9, 10, 7, 11, 6, 7, 5, 8, 5, 6, 5, 3, 3, 5,_
3, 3, 3, 5, 0, 3 essais respectivement.
D'autre part, comme chez les animaux aussi, les erreurs corrigées
les premières sont celles qui consistent à revenir en arrière, les
dernières, celles qui consistent à s'engager dans un cul-de-sac
plus ou moins lointain (ce qui s'explique aisément par le retour
immédiat, dans le premier cas, d'un couple de lettres connu aver
tissant de l'erreur),
H. P.
YVONNE DELHORBE. — Recherches sur Ja corrélation entre la
mémoire des mots et la mémoire des images. — Ar. de Ps., XVII,
68, 1919, p. 309-312.
Recherches sur 40 garçons et 8 filles d'une école primaire : on lit
à chaque enfant 15 mots (1 mot par 2 secondes) et, 10 secondes après
la fin, l'enfant, en 1 minute, répète ce dont il se souvient; puis on
présente successivement 15 images (mêmes conditions).
La même épreuve est renouvelée 3 fois, avec des tests différents
à quelques semaines d'intervalle.
Les mots retenus en moyenne ont été de : 6,60 ; 6,44 ; 6,04 (moyenne :
6,36); et les images de : 7,50; 7,25; 7,54 (moyenne : 7,42). La corré
lation des moyennes des sujets pour les 3 épreuves est très élevée
(+0,69, erreur probable de 0,051); mais, chose curieuse, elle est
beaucoup moindre entre deux épreuves pour les mots ou pour les
images (+ 0,42> erreur probable de 0,080), ce qui indique une
grande inconstance des sujets, une variabilité d'attention; l'auteur
en conclut justement qu'il faut répéter les épreuves, quand on veut
établir un profil.
Notons encore que la dispersion des résultats aurait été la même
pour les mots et les images (valeurs extrêmes de 3 et de 12 dans les
deux cas).
H. P.
E.-B. SKIGGS. — The relative value of grouped and interspersed
recitations (La valeur des récitations groupées et entremêlées).
— J. of exp. Ps., III, 6, 1920, p. 424-446.
En comparant l'acquisition, soit de syllabes privées de sens (série
de 12), soit d'un texte doué de sens (stances de 8 vers) chaque
lecture étant suivie d'une récitation, ou 2 lectures de 2 récitations,
ou 3 lectures de 3 récitations, ou 6 lectures de 6 récitations, l'auteur,
chez 19 sujets non exercés et 5 exercés (syllabes), puis chez 36 sujets,
49 hommes et 17 femmes (poésies), a constaté que, avec plus de
netteté d'ailleurs pouries syllabes, la méthode la meilleure (d'après
le nombre des lectures nécessaires, ou, surtout, la proportion retenue
après un certain nombre de lectures) est la méthode d'alternance
régulière, les autres ^tant moins bonnes, et la plus groupée la plus HABITUDE ET MÉMOIRE» APPRENTISSAGE. TÉMOIGNAGE 469
mauvaise. Mais, en évaluant le temps total nécessaire pour une
acquisition, cette dernière méthode aurait une légère supériorité.
Il doit y avoir, dans tous les cas, un certain nombre optimum de
lectures avant de commencer les récitations, dépendant de la
longueur et de la difficulté du texte à apprendre.
H. P.
L. DUPUIS. — La mémoire des noms propres et la fonction du réel.
— J. de Ps., XVIII, 6, 1921, p. 481-486.
Il y a des personnes qui, avec une excellente mémoire verbale,
ne retiennent jamais les noms propres.
L'auteur attribue cette incapacité à une insuffisance de « la
fonction du réel » de Pierre Janet. « Une tension mentale élevée,
dit-il, fera plutôt une brillante mémoire des noms propres avec
une mémoire verbale médiocre, qu'une excellente mémoire verbale,
associée a une tension faible, ne produira une bonne mémoire des
noms. L'insuffisance de cette dernière est une insuffisance de l'action,
une variété d' « aboulie », qu'on pourrait appeler « dyspraxie ».
L'explication peut étonner, mais, en réalité, elle est justifiable :
si nous appelons tension élevée celle qui correspond à la mise en
jeu des tendances à l'action sociale, ces tendances, exigeant qu'on
utilise les individus pour parvenir à ses fins, donnent un intérêt
de premier ordre à leur désignation; la mémoire des noms propres
est fonction de cet intérêt. C'est ainsi, comme le note l'auteur, que
ceux qui réussissent en politique montrent une forte mémoire des
noms propres, qu'ils savent aider 4'ailleurs de divers artifices.
Et, en ramenant la mémoire à l'intérêt, on retombe sur une loi
beaucoup plus générale que celle qui est formulée par l'auteur.
H. P.
JOHN J.-B. MORGAN. — The effect of fatigue on retention (Effet de
la fatigue sur la rétention). — J. of exp. Ps., III, 5, 1920, p. 319-333.
Expériences faites sur 5 sujets (étudiants ne connaissant pas
l'allemand), et consistant à faire apprendre, dans une séance de
quatre heures environ, 850 couples de mots (anglais-allemands) par
série de 10, présentées 1 fois chaque — les syllabes«étant évitées, à
cause des phénomènes d'interférence, signalés par Titchener, crit
iquant Oehrn — en divisant en cinq périodes cette séance, et en^
comparant la proportion retenue dans les couples présentés au
cours de ces diverses périodes (le mot allemand étant redit, et le
mot anglais du couple devant être retrouvé). Ensuite, 2 jours après,
on recherche, en prenant des couples appris dans les diverses
périodes, la proportion de ceux qui sont retrouvés spontanément,
et de ceux qui sont reconnus, et, en refaisant des présentations par
la méthode initiale, la proportion de ceux retenus appartenant aux
diverses périodes. .
'

ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 470
Voici les résultats moyens pour les 5 périodes.
I II III IV V
Acquisition . 3,62 3,36 2,99 2,97 3,47
Rappel. 0,40 0,23 0,17 0,22 0,21
Reconnaissance 5,47 4,34 3,66 3,16 2,79
Réacquisition (chiffres absolus). . 3,12 2,74 2,35 2,32 2,48
— (en 0/0 de l'acqui
sition) .89 81 78 74 71
Ainsi, au cours de la séance, il y a une faible décroissance dans
la puissance d'acquisition, avec relèvement terminal, ce qui semble,
pour l'auteur, indiquer qu'il n'y a pas d'effet appréciable d'une
fatigue psychologique dans cette décroissance; mais -les couples
appris sont d'autant moins bien retenus qu'ils appartiennent à une
période plus tardive de la séance. La rétention est diminuée. Et
ce fait me paraît bien en faveur d'une fatigue psychologique réelle.
V H. P.
;
C.-H. GRIFFUS. — Results of some experiments on affection,
distribution of associations, and recall {Résultats de quelques
expériences sur Vétat affectif, la distribution des associations et .le
rappel). — J. of exp. Ps., III, 6, 1920, p. 447-464.
Travail suscité par l'étude de Banter, Yamada et Washburn
(Directed recall of pleasant and unpleasant experiences, Am. J.
of. ps., 1917, 28, 155-157), dans laquelle les sujets assument la tâche
de répondre à une série de mots par des associations agréables, et à
une autre par des associations désagréables, avec comparaison des
temps de réaction dans les deux cas.
Après une 1)rève relation des travaux relatifs à l'influence des
facteurs affectifs sur la mémoire, l'auteur expose ses propres expé
riences. "
Une liste de 50 ou de 100 mots (adjectifs et substantifs) est donnée,
trois fois de suite, en des ordres différents, aux sujets, qui écrivent
l'association suggérée et indiquent à côté si elle a un caractère
agréable, désagréable ou indifférent.
Ensuite, sans que les sujets en aient été prévenus, on leur
demande de se rappeler le plus possible des mots inducteurs.
Il y a une certaine corrélation positive entre le caractère désa
gréable et la diversité des associations induites dans les trois cas,
et entre la de ces et le rappel ultérieur.
Il n'y a pas d'indication nette d'un « refoulement » des associa
tions désagréables, mais toutes les associations de caractère
affectif sont plus facilement rappelées, celles de caractère agréable
toutefois davantage.
Il y aurait bien une affectivité générale, car il y a corrélation
positive entre les réactions agréables et désagréables : celui qui
présente plus facilement une réaction affective peut le faire dans
les deux sens. H. P. HABITUDE ET MEMOIRE. APPRENTISSAGE. TEMOIGNAGE 471
W. WHATELY SMITH. — Experiments on memory and affective
tone (Expériences sur la mémoire et la tonalité affective). — Bn
J. of Ps., XI, 2, 1Ö21, p. 236-250.
L'auteur détermine chez chacun de ses 50 sujets (36 hommes,
14 femmes), la valeur affective de 100 mots, utilisés comme induc
teurs dans une expérience d'association simple, en faisant appel au
réflexe psycho-galvanique, et au temps de réaction associative ; en
outre, chez 22 sujets fut utilisé le texte de reproduction de Jung.
Puis, dans ces mots, 30 sont choisis et déposés en 5 lignes de 6
que les sujets apprennent, et, au bout d'un nombre variable de
jours, ceux-ci doivent reproduire les mots appris. (Les instructions
sont données aux sujets, mais toute l'expérience mnémonique se
fait sans surveillance de l'expérimentateur).
En classant les mots d'après la grandeur moyenne de la variation
galvanique chez les 50 sujets, on obtient un classement des valeurs
affectives, qui fait apparaître en tête de liste les mots de significa
tion sexuelle (baiser, amour, mariage, divorce) plus efficaces
d'ailleurs chez les hommes que chez les femmes, et en queue de
liste des mots comme blanc, verre, fleur, crayon, etc.
En classant d'autre part les mots dans l'ordre où ils ont été le
mieux retenus et en déterminant la valeur affective moyenne
d'après la variation galvanique pour chaque classe de mots à
laquelle est affecté un coefficient mnémonique de 0 à 10, on obtient
une relation entre la rétention et la valeur affective. On fait de
même pour les temps de réaction moyens. -
Voici les résultats :
Valeurmnémoni ,
que: 0 1 2.34 5 6 7 8 9 10
Déviation galvani
que : 25,8 24,0 22,9 22,5 22,6 23,5 25,0 27,1 29,9 33,3 37,4
Temps de
réaction: 11,84 11,13 12,13 11,58 13,45 12,18 11,16 10,13 13,31 11,39 11,67
La deviation galvanique indique nettement que les mots les
mieux retenus ont la plus forte valeur affective, et montre que ceux
qui ont la moindre valeur affective sont ceux qui sont retenus de
façon moyenne, ceux qui sont les moins retenus ayant encore une
valeur affective un peu supérieure. Les résultats sont moins nets
pour les temps de réaction, mais, en éliminant certains résultats
s'écartant beaucoup de la moyenne, l'auteur obtient une variation
parallèle à la précédente. Enfin la courbe des erreurs dans le test
de reproduction de Jung montre que les mots le plus fréquemment
en jeu dans ce test sont ceux qui sont le plus oubliés.
Ainsi la tonalité affective pourrait faciliter ou empêcher le
souvenir, ce qui conduit l'auteur à distinguer une tonalité positive
et une tonalité négative, ne se confondant pas simplement avec le
caractère agréable ou désagréable. L'influence affective agissant

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