— Habitude et Mémoire. Apprentissage. Témoignage - compte-rendu ; n°1 ; vol.36, pg 584-612

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L'année psychologique - Année 1935 - Volume 36 - Numéro 1 - Pages 584-612
29 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1935
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VII. — Habitude et Mémoire. Apprentissage. Témoignage
In: L'année psychologique. 1935 vol. 36. pp. 584-612.
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VII. — Habitude et Mémoire. Apprentissage. Témoignage. In: L'année psychologique. 1935 vol. 36. pp. 584-612.
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une fois contrôlées objectivement, on peut passer par leur comparai
son au phénomène général de l'émotion esthétique, dont elles ne
sont que des modalités.
Pour la catégorie de la grâce, le jugement de valeur, d'abord
subjectif, peut être élargi, corroboré, corrigé, éclairé par des tests,
et d'autre part, pour la grâce en tant qu'esthétique du mouvement,
éclairé par la connaissance de l'énergétique du mouvement.
La méthode expérimentale établit comme un fait qu'il y a
antagonisme entre la grâce et l'effort, et par suite une certaine
relation entre la grâce et l'économie. Mais ce fait doit être interprété ;
il faut passer de la constatation du facile à l'intuition d'un pouvoir ;
le mécanisme de la grâce nous révèle une esthétique non de l'écono
mie, mais de la réussite. La catégorie de la grâce, étudiée du biais où
elle est accessible aux méthodes expérimentales, la grâce dans le
mouvement, montre que le fait esthétique radical est une intuition
de pouvoir. Dans le monde des arts, c'est le pouvoir technique, la
virtuosité. Le laid est l'échec, insuffisance des moyens techniques
par rapport à la fin autant que disproportion formelle, disharmonie.
Le comique consiste dans un autre groupe de structures de désé
quilibre où l'impuissance est montrée non plus en essence, mais
dans l'emploi.
Les catégories esthétiques ne sont que des structures variées
des réfractions et des schemes interprétatifs de l'intuition du pouvoir.
Par exemple, le sublime représente une sorte spéciale de réussite,
celle qui succède à un premier temps d'échecs évidents ou entrevus,
et rétablit une situation qui semblait désespérée.
A travers l'analyse des catégories du beau, dont la grâce a
fourni un exemple, l'univers esthétique apparaît, au point de vue
psychologique, comme une province de la psychologie du triomphe.
L'émotion esthétique, malgré sa figure propre, est comme toute
émotion un accident de l'action ; c'est une action caractérisée et
diversement spécifiée dans des systèmes fictifs de résistance. L'objet
d'art est avant tout chose rythmique, le rythme résultant des traces
des alternances d'échecs, de reprises et de bonheurs de l'acte créateur
de l'artiste, triomphant des résistances fictives de sa technique.
L'émotion esthétique résulte de cette action de l'artiste ; elle en est
comme la résonance dans l'esprit du contemplateur. Elle n'est
donc pas à proprement parler de l'ordre du plaisir ou de la douleur,
mais de celui de la joie ou de la déception. C'est pour cela que le
point de vue technique est toujours présent et parfois prépondérant
dans le domaine de l'art. Les catégories du beau, diverses, mais
parentes, ne sont que des modalités de la réussite, de l'émotion
esthétique ou psychologie du triomphe. G. -H. L.
VII. Habitude et Mémoire. Apprentissage. Témoignage1
988. — P. GUILLAUME. — La formation des habitudes. — In-16
de 206 pages. Paris, Alcan, 1936. Prix : 15 francs.
Sur la question de l'habitude, de l'apprentissage, du « learning »,
1. V. aussi les n°" 45, 130, 194, 349,357,363, 367, 425, 714, 965, 1139,
1329, 1411. HABITUDE ET MÉMOIRE. APPRENTISSAGE 585
G, montre, en une mise au point condensée, admirablement document
ée, tous les progrès que l'expérimentation psychologique, chez
les animaux et chez l'homme, a assurés à notre connaissance.
Il situe d'abord l'habitude vis-à-vis de l'instinct, montrant,
par des faits précis, la réalité d'une réactivité primitive, héréditair
ement conditionnée à certains excitants, mais se développant en
habitudes définies pt précises, du moins chez les mammifères, par
la pratique, par l'exercice. Les instincts spécifiques s'achèvent
grâce à l'éducation individuelle, et il y a passage continu de l'instinct
à l'habitude, passage décrit chez l'homme où l'on a souvent méconnu
l'importance de la réactivité instinctive.
Un excellent chapitre est consacré aux principales formes d'habi
tude. G. montre l'équivoque de la notion de « répétition » dans l'ap
prentissage, du fait qu'il n'y a jamais identité des actes, et qu'en
somme il n'y a pour ainsi dire jamais d'apprentissage vraiment achevé.
L'examen critique des « accoutumances organiques », des « réflexes
conditionnels », des « essais et erreurs » en rapport avec l'acquisition
d'habitude, s'il ne se prête pas toujours à des conclusions définitives,
comporte maintes réflexions judicieuses, maintes vues suggestives.
La conception associationniste qui est à la base de notre notion
d'habitude n'a pas fait sa place à une importante donnée, celle des
transformations subies par les actes et par les perceptions elles-mêmes,
d'où un intéressant chapitre consacré à la perception dans la format
ion du réflexe conditionnel, dans les tâtonnements par essais et
erreurs, dans l'acquisition du savoir (apprentissage du langage, de
la lecture) exigeant une organisation perceptive, dans la préparation
des actes (expériences effectuées sous la direction de Michotte, par
Van der Veldt). Ce dernier problème conduit à l'étude de l'organisa
tion de l'acte lui-même, au cours de 1' « éducation motrice », étude
dans laquelle la perception demeure au cœur de l'activité, car,
conclut G., « c'est la structuration de la perception qui reste à nos
yeux le phénomène essentiel de l'habitude motrice ».
Très utiles, au point de vue pratique, sont les données, dont
quelques-unes déjà devenues plus banales, sur les conditions de
formation des habitudes (la partie la plus nouvelle concernant la
discussion des facteurs de motivation, de la « loi de l'effet » de Thorn-
dike), et sur les phénomènes d'interférence.
Dans sa conclusion, G. souligne la valeur pratique des résultats
des recherches expérimentales, la pédagogie devant se souvenir que
« le but est d'économiser l'effort, d'éveiller des intérêts et surtout
de les faire travailler, par la forme même du problème, dans un sens
utile, d'organiser les expériences de l'écolier et de créer" autour de
lui le « milieu clarifié » propice à la réorganisation de sa perception ».
H. P.
989. — P. GUILLAUME. — Les aspects affectifs de l'habitude.
— J. de Ps., XXXII, 1935, p. 200-234.
Complément à l'ouvrage analysé au N° précèdent sur La
formation des habitudes. — On attribue couramment comme effets
affectifs à l'habitude, identifiée avec la simple répétition, d'émousser
la sensibilité, d'exalter l'activité et de diminuer la passivité, de créer 586 . ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
une tendance à la répétition de l'acte et un besoin de l'acte. Ces fo
rmules traditionnelles ne s'accordent que partiellement avec les faits
et n'échappent à la contradiction que grâce à l'ambiguïté de certains
termes. Elles étaient liées aux conceptions associationnistes : tout
semblait se ramener à des associations consolidées par la répétition.
Cette étude vise à établir que les effets de l'habitude ne dépendent
pas de la répétition, mais de répercussions sur les fonctions dont la
sensibilité reflète l'état, et notamment de la possibilité ou de l'imposs
ibilité d'une adaptation.
Les modifications produites dans la sensibilité par l'habitude
diffèrent de celles qui accompagnent l'exercice des fonctions vitales
primitives. Pour celles-ci, les modifications affectives sont moment
anées et proviennent d'une alternance entre le plaisir résultant
de la satisfaction du besoin et l'indifférence ou le dégoût
de la satiété, en y comprenant les satiétés spécifiques. Avec l'habitude
au contraire, il n'y a pas simple alternance- de la- phase de sensibili
sation et de la phase réfractaire au même objet, mais survivance
du passé dans le présent, adaptation durable.
Toutefois, les adaptations résultant de l'habitude sont parentes
des adaptations vitales innées, en sortent par des transitions gra
duelles et n'en sont que des spécifications ; il est donc vraisemblable
qu'elles présentent la même subordination aux fonctions. Dans
l'accoutumance organique (accoutumance aux poisons, aux mouve
ments forcés) comme dans les adaptations intéressant des fonctions
mentales (accoutumance au bruit), l'atténuation du caractère affectif
ne résulte pas d'une diminution d'intensité de l'excitation physio
logique, mais de ce que certaines fonctions sont partiellement
affranchies de leur subordination à l'excitant. Dans le cas des réactions
vitales à des excitants utiles ou nuisibles, l'adaptation à l'excitant,
c'est-à-dire le maintien, le changement ou la disparition de son carac
tère affectif, paraît liée à l'efficacité, succès ou échec des réactions.
Des faits d'adaptation se rencontrent également pour des fonctions
de connaissance qui ne sont plus liées qu'indirectement aux
vitales et dont la tonalité affective est d'ailleurs moins prononcée,
par exemple la sensibilité thermique. Ici, l'excitant sensoriel n'est
plus intéressant, dangereux ou utile en lui-même, mais simplement
comme signal d'objets intéressants ; l'adaptation tend surtout à
lui conserver tout son relief de signalisation.
Dans la formule que l'habitude tend vers l'inconscience, il est
nécessaire de préciser ce qui devient inconscient. Les conducteurs
de machines, comme le meunier de Leibniz, ne cessent pas d'en
entendre le bruit monotone, mais sa conscience se réduit à la consta
tation qu'il ne change pas et que, la situation globale restant la même
il n'y a pas lieu d'intervenir. Au contraire, une anomalie dans le
bruit signale un changement dans la situation et provoque un état
d'alerte. Les situations nouvelles ont une plus grande valeur de
conscience que les situations stables parce qu'elles exigent un effort
d'adaptation ; elles mettent en relief certains aspects significatifs
dans le champ de la perception.
Il est purement verbal d'opposer, au point de vue des effets affect
ifs de l'habitude, l'activité et la passivité, puisque toute réaction HABITUDE ET MÉMOIRE. APPRENTISSAGE 587
de l'individu, étant provoquée par le milieu, contient à la fois de
l'une et de l'autre. De même, quand on attribue à l'habitude une
transformation de la sensation en perception, on oublie que la
sensation n'est qu'une abstraction de psychologues. L'effet de
l'habitude pas de remplacer une simple sensation ou juxtapos
ition de sensations par une perception, mais de remanier la structure
d'une perception antérieure pour l'accorder aux exigences du pro
blème du moment.
Par rapport aux fonctions vitales, l'habitude est dirigée vers
le maintien de l'intégrité ou de la stabilité de l'organisme par l'acqui
sition de moyens nouveaux. L'adaptation d'objets à l'organisme
exige une adaptation réciproque de l'organisme à l'objet, qui entraîne
une modificatioades besoins. Contrairement à la prétendue loi d'affa
iblissement de l'intérêt par la répétition, l'objet habituel augmente
l'intensité du besoin et de sa satisfaction. Si les objets habituels
présentent parfois un affaiblissement temporaire de valeur, il dépend
de la satiété, pour les besoins acquis comme pour les besoins primaires.
Il est exact, que l'habitude produit une sorte d'inconscience
affective en ce sens que le besoin n'entraîne plus des désirs et sa
satisfaction des plaisirs aussi vifs que pour des impressions neuves.
Mais en cas de privation prolongée, le besoin se révèle par des émot
ions intenses. La conscience, étant toujours liée à une inadaptation
au moins partielle, s'affaiblit dans la jouissance facile et immédiate
d'objets toujours disponibles, qui dépend de conditions spéciales ;
mais le degré de conscience du besoin ne mesure nullement son inten
sité effective, l'attrait affectif de l'objet. Les besoins ou tendances
(et ceci n'est pas spécial aux besoins acquis) sont des réactions
à des conditions soit actuelles, soit virtuelles et non actuellement
réalisées. Notre conscience de nos besoins et de la valeur des objets
correspondants est donc un jugement tantôt sur le présent, tantôt
sur le futur et le possible. Oubliant la subordination du besoin et
de la valeur à des conditions physiologiques et psychiques chan
geantes, nous conférons naïvement à ces jugements, d'après nos
impressions momentanées, une portée absolue. Pour les besoins
astreints à un certain rythme, leur degré de conscience variera selon
le rapport entre la période des besoins et celle de leur satisfaction.
L'effet propre de l'habitude étant d'ordinaire une adaptation positive
à l'objet, elle ne peut que nous y attacher davantage. Mais cet
objet est souvent l'objet fréquent et parfois trop fréquent ; il y a
conflit entre l'adaptation croissante à l'objet qui en augmente la
valeur virtuelle et la satiété qui en diminue l'attraction actuelle.
C'est à tort que l'on considère la répétition comme créant la
tendance à un acte ou le besoin d'une perception. Les besoins acquis
sont greffés sur les besoins primitifs et leur empruntent leur énergie.
Le besoin de tabac ou de liqueurs fortes n'est qu'une forme spécialisée
du d'excitants commun à l'humanité. Les tics, malgré leur
origine accidentelle, sont des sortes d'adaptations maladroites des
fonctions motrices inférieures. La force attribuée à la répétition
pour accroître les besoins résulte en réalité d'autres besoins auxquels
l'acte apporte lïne satisfaction détournée. La difficulté de vaincre
une habitude, vie conjugale comme fréquentation du café, est due 588 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
à la difficulté de dissoudre la coalition de tendances et besoins
multiples préexistants que l'habitude a amenés à se satisfaire par
un acte unique, et de trouver des équivalents psychiques pour
les multiples aspects de cet acte. La théorie du renforcement de
l'habitude par la répétition est contredite par le fait fréquent de
l'extinction lente ou brusque d'une habitude et par cet autre fait
que toutes les habitudes qui sont de simples techniques ne s'accom
pagnent jamais de la tendance à les exercer : il leur faut un motif
pour s'actualiser.
Le besoin d'un acte n'étant ni créé ni même accru par la répéti
tion, la psychologie associationniste attribue les effets affectifs de
l'habitude à un transfert semblable à celui par lequel l'avare confère
à l'argent une valeur intrinsèque. Un objet acquerrait une valeur
par suite de la signification qu'il a reçue en vertu de ses rapports
plus ou moins contingents avec d'autres dans l'expérience du sujet.
Cette explication contient sans doute une part de vérité ; mais
elle sous-estime le nombre et la variété des facteurs de l'émotion,
par exemple pour la peur chez Watson. Il est abusif de faire dériver
tous les sentiments sexuels de la simple volupté organique ; les
prétendus dérivés sont souvent antérieurs à ceux dont
oa veut les faire sortir. La thèse associationniste méconnaît la plasticité
de la perception : il y a pour un même objet bien des aspects ou struc
tures possibles et des objets différents peuvent devoir leur valeur
affective commune non à leur contiguïté dans les accidents de la
vie individuelle, mais à une ressemblance inaperçue. Enfin, les
transferts ou associations affectives ne pouvant, comme les reflexes
conditionnels, se maintenir que s'ils sont confirmés, ne sont pas
de simples persévérations d'un accident initial ; les habitudes affec
tives, pour être efficaces et vivantes, ont besoin de s'enraciner dans
la personnalité tout entière et l'explication doit en être cherchée
dans les grandes tendances primitives. G. -II. L.
990. — A. SPAIER. — La nature et les éléments psychiques de
l'habitude. — J. de Ps., XXXII, 1935, p. 183-199.
Les deux types d'habitudes passives, l'accoutumance soit phy
sique (acclimatation), soit psychique (conformisme spontané), sont
formés en bonne partie d'éléments affectifs : un milieu inconnu
donne des impressions d'étrangeté, d'insécurité, d'isolement, d'effort,
déterminant un sentiment de lassitude, d'oppression et d'aversion ;
un milieu connu, des impressions de sécurité et d'aisance, donnant
lieu à un attachement plus ou moins profond.
Toute habitude, même passive, est une tendance acquise, une
« seconde nature », une force déterminant des réactions qui carac
térisent le comportement individuel. Cette force vient des instincts
sur lesquels repose toute habitude sans exception et des sentiments
auxquels elle donne lieu nécessairement.
On ne peut s'accoutumer qu'à ce qui répond, au moins dans une
certaine mesure, à des besoins innés, et on ne peut rien apprendre
sans recourir à des impulsions innées. L'instinct est déjà de nature
psychique ; la sélection qu'il opère parmi les situations ou objets
donnés est subordonnée à des intérêts directeurs ; ses éléments moteurs HABITUDE ET MÉMOIRE. APPRENTISSAGE 580
font corps avec des éléments sensibles et affectifs qui eux-mêmes
impliquent des jugements. Toute habitude étant fondée plus ou
moins directement sur des instincts, l'habitude ne saurait être un
simple mécanisme corporel ; elle ne peut être contractée que si des
intérêts, des impulsions, des émotions d'ordre instinctif nous four
nissent la force nécessaire. L'impulsion directe des instincts ne dispose
que d'une partie de l'énergie accumulée dans l'organisme, A froid,
elle est souvent incapable de surmonter les difficultés. Mais cet
arrêt suscite un trouble affectif qui mobilise des réserves supplément
aires d'énergie. C'est pourquoi la mise en train de l'habitude exige
le plus souvent l'intervention de troubles affectifs. La force de
l'habitude ne vient pas seulement de l'instinct et des émotions qui
s'y rattachent, mais aussi de l'organisation propre de l'habitude.
Toute habitude étant un attachement à un objet, situation, action
ou fin déterminés, est un sentiment, une structure psychique acquise
fixant un ou plusieurs instincts sur cet objet. Les émotions primaires
liées à un instinct primitif ne constituent que le fonds commun de
la vie affective, sur lequel s'édifient les formations affectives secondair
es, à la fois habitudes et sentiments, résultant du choix d'un objet
particulier par une ou plusieurs tendances conjuguées. L'habitude doit
sa force propre à la possibilité de produire des émotions secondaires
qui mobilisent des réserves d'énergie au même titre, mais avec beau
coup plus d'intensité que les émotions liées aux instincts primaires.
L'habitude tire en outre une partie de sa force de l'inertie psycho
physiologique, de la tendance au moindre effort.
Les aptitudes acquises, en somme les diverses techniques de
la vie, ne sont pas. dérivées d'elles-mêmes des instincts, ce sont des
créations laborieuses. Elles ont donc, outre les instincts qui en sont
les conditions primaires, des conditions secondaires, à savoir des
réalités conceptuelles et morales, des notions et des valeurs sans
lesquelles elles n'auraient pas pu prendre naissance.
Bien que l'exercice et l'habitude qu'il engendre soient des mouvem
ents, les habitudes les plus corporelles, et à plus forte raison
les habitudes intellectuelles, loin de relever du mécanisme, consistent
essentiellement dans des allusions directrices qui viennent remplacer
les perceptions concrètes ou les opérations intellectuelles détaillées
qui guidaient primitivement le travail, comme le montre par exemple
l'apprentissage de la dactylographie. L'habitude ne s'oppose pas
plus à la mémoire qu'à l'intelligence ; c'est la même mémoire qui
agit avant et après l'acquisition de l'habitude, seulement les contenus
auxquels elle s'applique sont schématiques et abstraits au lieu d'être
concrets et détaillés. L'habitude est .un savoir ; elle a pour effet et
pour but de conférer non seulement à l'action, mais aussi à la pensée,
plus de rapidité, de liberté et de sûreté. C'est un savoir essentiel,
qui ne retient que les traits immédiatement utilisables. Il libère .
la conscience, lui permet d'aller droit au but et par là même de
se livrer aussi à d'autres occupations.
En résumé, l'habitude est faite d'un minimum de contenus intel
lectuels soudés à un minimum de mouvements corporels par le lien
qui unit le signe à la chose signifiée, ou un ordre à son exécution.
La semi-inconscience des habitudes passives résulte de ce que 590 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
cette accoutumance ou adaptation consiste elle aussi dans la lente
élaboration d'indispensables allusions aux actes, pensées ou sent
iments qui conviennent au milieu physique ou moral. Ainsi, fondée
sur des instincts par l'intermédiaire d'immenses complexes de
concepts et de valeurs, profondément gravée dans la mémoire par
la répétition, l'habitude se définit au moyen d'allusions à l'objet
auquel elle s'attache. Loin de se réduire à un mécanisme corporel,
elle est à la fois tendance, sentiment et savoir. G. -H. L.
991. — G. JAKOB. — Sobre las bases organicas de la memoria
(Sur les bases organiques de la mémoire). — An. de la S. de Ps.,
I, p. 57-103.
Faisant appel aux conceptions historiques, depuis PhyJozoïsme
grec jusqu'aux neurologistes contemporains, et illustrant son travail
de nombreuses planches, relatives surtout à des microphotographies
de l'écorce, sans rapport direct avec l'exposé, J. distingue des théories
psychologiques, physiques, chimiques et vitalistes, et, ne se satis
faisant d'aucune, il expose des données physiologiques, phylogéné-
tiques, ontogénétiques, histologiques, conduisant à relier la fonction
mnémonique à des dynamismes corticaux de nature sensori-motrice
intéressant les petites cellules de l'écorce (60 à 80 % du total, environ
10 milliards chez l'homme d'après ses propres évaluations), des
« microdynamismes » ou des chaînes fermées d'éléments courts où
se forment des sortes d'ondes stationnaires circulaires. H. P.
992. — G. O. MC GEOCH. — The age factor in reminiscence : a
comparative study of preschool children and college students
(Age et réminiscence : étude comparative d'enfants d'âge pré
scolaire et d'étudiants). — J. of genet. Ps., XLVII, 1, 1935,
p. 98-120.
La « réminiscence » définie comme l'amélioration dans le rappel
d'un matériel incomplètement appris lorsqu'entre l'acquisition et
le rappel s'insère un intervalle de temps qui n'est pas occupé par
un réapprentissage méthodique ou une révision, ne dépend pas de
l'âge. L'A. ayant fait apprendre le même matériel à 100 enfants d'âge
préscolaire et à 100 étudiants a mesuré leur réminiscence 24 heures
après. Elle n'a observé aucune différence. La ne dépend
rait pas de l'âge ni de l'intelligence du sujet, du degré d'apprentis
sage, de la vitesse du rappel ni même de la répétition intentionnelle
pendant l'intervalle. A. T.
993. — E. SIGNORET. — Sur la mémoire affective. — J. de Ps.,
XXXII, 1935, p. 251-269.
La mémoire, comme toute activité intellectuelle, enveloppe un
travail de construction. L'affectivité, par son caractère intime et
subjectif, paraît spécialement inapte à contribuer à la fidélité du
souvenir. Elle s'y oppose même en tant qu'affectivité présente ;
elle ne déforme pas moins la perception du passé que celle du présent,
elle modifie même la longueur du temps perçu ou remémoré.
Ce rôle déformateur de l'affectivité à l'égard du souvenir en géné
ral semble s'opposer à l'existence d'une mémoire proprement affec- HABITUDE ET MÉMOIRE. APPRENTISSAGE 591
tive : le ton affectif, attaché à la situation actuelle, doit disparaître
avec elle. C'est pour cette raison que James nie l'existence de
la mémoire affective, affirmée par Ribot. Le prétendu souvenir affectif
est plus affectif que souvenir. Il présente souvent, du point de
vue de la nuance émotive, une inversion caractéristique de l'imaginat
ion. Ce n'est que par ses éléments intellectuels que nous intégrons
à la trame de notre vie une émotion passée, à laquelle attachons
une nuance affective résultant de notre affectivité actuelle. Le simu
lacre d'objectivité que l'imagination confère à ses créations est
renforcé pour le souvenir, qui est à mi-chemin entre la fiction et
la réalité. Le mécanisme imaginatif est renforcé par un attrait spéci
fique du passé, du « bon vieux temps », qui n'est en réalité qu'une
insatisfaction du présent. Cette illusion du souvenir affectif repose
cependant sur un fondement réel, le vieillissement et l'approche
continue de la mort, d'où résulte le désir d'une conservation du
passé comme d'une victoire sur la fuite du temps, sur notre destruct
ion.
Ala fin de son étude sur le même sujet (Cf. An. ps., 1931, n° 1111),
H. Delacroix se demande avec Sully-Prudhomme s'il ne faudrait
pas voir dans le souvenir affectif une hallucination. Les illusions
du souvenir sont assurément les plus tenaces de toutes ; mais toute
illusion implique sa propre correction. La théorie de la mémoire
doit être raccordée à celle de la perception. Il est factice d'opposer
à une perception essentiellement utilitaire une mémoire exclusiv
ement chargée de résonance affective et dégagée de tout intérêt ;
la théorie bergsonienne des deux mémoires pourrait être complétée
par une théorie parallèle des perceptions. La mémoire est un
horizon intime temporel comparable à l'horizon spatial de la per
ception ; les deux domaines présentent tout ensemble les mômes
illusions tenant aux mêmes exigences vitales et un identique effort
spirituel, que ne réussit nullement à délimiter une perspective
étroitement sociologique. La mémoire est essentiellement et au plus
haut degré affective, mais il ne semble pas y avoir de mémoire
proprement pas plus qu'aucune mémoire absolument
concrète, échappant au réseau des relations constitutives de la
conscience et de l'intelligence. G. II. -L.
994. — R. A. DAVIS et G. G. MOORE. — Methods of measuring
retention (Les méthodes de mesure de la mémoire). — J. of gen.
Ps., XII, 1, 1935, p. 144-155.
L'A. présente en 3 tableaux, selon la méthode employée (rappel,
reconnaissance, réapprentissage) les données fournies par 61 travaux.
La rétention est chiffrée en pourcentage du matériel appris initial
ement. Bien que les données ne soient pas toujours comparables, on
obtient des courbes de même allure, où la rétention décroît constam
ment avec le temps. Mais les sujets, pris individuellement, donnent
un résultat variable selon la méthode employée, qui convient plus
ou moins aux facultés de chacun.
En moyenne, c'est la méthode du rappel (où le sujet profite
librement de ses associations mnémoniques personnelles) qui donne-
les pourcentages les plus élevés. Puis vient la méthode de reconnais- 592 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
sance, qui trouble certains sujets, oblige à douter, raisonner, discr
iminer. Enfin, la méthode de réapprentissage, qui demande une
nouvelle tâche, où se constituent des associations nouvelles. Les
examens scolaires devraient comprendre des épreuves de rappel
et des épreuves de reconnaissance, qui mesurent des habiletés diffé
rentes (la mémoire pure étant le mieux mesurée par le rappel, qui
peut être tout à fait libre ou stimulé par des indications). G. D.
995. — iî. PAULI et A. WENZL. — Grundsätzliches zur Gedäeht-
nispsychologie : Untersuchungen zur Anfangs und Endbetonung
(Contribution systématique à la psychologie de la mémoire. Recherche
sur le rôle accentué du début et de la fin Je la série). — A. f. get.
Ts., XGTII, 1935, p. 571-603.
La recherche des lois dans la psychologie de la mémoire doit
considérer deux phénomènes inséparables : fixation et oubli. Toutes
les formules mathématiques données jusqu'à maintenant pour expri
mer la loi sous forme d'une équation ne donnent pas du phénomène
de la mémoire une image adéquate ; car leur simplification déforme
un processus très complexe. En outre il y a lieu de distinguer deux
aspects de -la mémoire : la fixation immédiate et l'étendue de la
mémoire. Un seul point réunit l'accord de tous les chercheurs.
Lorsqu'on commence notamment à s'assimiler des séries de 6 à 7 uni
tés (chiffres, lettres, mots, etc.) le début et la fin de la série sont
assimilés plus rapidement que le reste et le rythme d'assimilation
diminue à mesure qu'on s'approche du milieu. L'A. se propose
ce' phénomène ainsi que la loi qui le régit d'éclaircir la nature de
afin de l'exprimer par une formule mathématique.
256 sujets devaient apprendre des séries de nombres. Les séries
étaient composées de 9, 12 et 15 termes. L'application fut collective.
La série de 12 termes fut présentée quatre fois acoustiquement
et quatre fois optiquement. On n'informait pas les sujets de la lon
gueur que la série allait avoir. La reproduction se faisait une minute
après la présentation. Comme bonne réponse on ne comptait que
la reproduction strictement exacte. On a fait aussi quelques sondages
avec des séries plus courtes, 4, 5, 6, 7, 8 et 10 termes. Les courbes
du rendement sans exception présentent un aspect très particulier.
Elles sont toutes concaves, ce qui confirme pleinement les résultats
antérieurs. Ce sont les quelques premiers et quelques derniers termes
de chaque série qui sont les mieux appris, Ainsi, dans la série de
4 termes, le point le plus bas est représenté par le 3e terme, dans
celles de 6 et 7 termes par le 4e, dans celles de 10. 12 et 15 termes
par le 6e. Avec l'allongement de la série augmente le nombre absolu
d'éléments retenus mais diminue le nombre relatif. Toutes les séries
comportant le même nombre d'éléments ne sont pas pourtant
équivalentes au point de vue de la difficulté. Lorsqu'on examine
le pourcentage de nombres acquis identiques mais qui, dans diffé
rentes séries, se trouvent à des places différentes, la loi se confirme
de nouveau. Le même terme est plus facilement appris lorsqu'il
se trouve au début ou à la fin de la série qu'au milieu. Cette facilité
est accentuée surtout pour le début de chaque série. Toutes les

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