Hérédité et denture humaine - article ; n°3 ; vol.7, pg 329-362

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Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris - Année 1971 - Volume 7 - Numéro 3 - Pages 329-362
34 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1971
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H. Brabant
Hérédité et denture humaine
In: Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, XII° Série, tome 7 fascicule 3, 1971. pp. 329-362.
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Brabant H. Hérédité et denture humaine. In: Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, XII° Série, tome 7
fascicule 3, 1971. pp. 329-362.
doi : 10.3406/bmsap.1971.2024
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0037-8984_1971_num_7_3_2024Bull, et Mém. de la Soc. ďAnthrop. de Paris, t. 7, série XII, 1971, pp. 329-362
HÉRÉDITÉ ET DENTURE HUMAINE
par H. Brabant
(Université Libre de Bruxelles, Institut de Stomatologie)
Introduction
En 1953, Kraus et Furr [80] soulignaient que, mis à part le tubercule
de Carabelli, aucune analyse génétique approfondie des caractères dentaires
n'avait été entreprise. Or cette analyse génétique est de première importance
si l'on veut déterminer avec une grande précision la part de l'hérédité et
celle de l'environnement ou encore celle de conditions pathologiques occa
sionnelles (1) dans l'altération progressive et universelle de la denture
humaine.
Mais si l'on veut étudier l'hérédité des caractères dentaires dans les
principales races ou groupes de populations du globe, il est important de
rassembler des données anthropologiques établies selon une méthode scien
tifique non seulement éprouvée, mais semblable pour les divers chercheurs
s'occupant de cette question. Or quand on fait le bilan de tout ce qui a été
publié jusqu'ici, on constate malheureusement que beaucoup reste à faire
en ce qui concerne la méthodologie et la collecte des données indispensables
et Dahlberg [43], résumant ses remarques sur les aspects génétiques de
l'évolution de la denture humaine, souligne également avec raison qu'en
matière d'anthropologie dentaire et de génétique, les problèmes présentent
des difficultés particulières par suite de la nature polygénique de la trans
mission héréditaire et des degrés variés de pénétrance et d'expressivité des
gènes.
Cependant, nous avons pu nous procurer une littérature très abondante
sur ce sujet puisqu'elle comporte plusieurs centaines de publications. Par
ailleurs, nous possédions déjà de nombreuses données provenant de nos
travaux personnels. Enfin, nous avons utilisé la très abondante collection
d'anomalies et de variations dentaires que nous avons rassemblée à l'Institut
de Stomatologie de l'Université de Bruxelles et dont une partie a servi à la
rédaction de notre ouvrage sur les « Anomalies, mutilations et tumeurs des
dents humaines » (Brabant et coll. [11]).
(1) Par exemple certaines maladies de la mère provoquent chez l'enfant l'apparition de
dents conoïdes, mais l'involution de quelques dents monoradiculaires, en particulier l'incisive
latérale supérieure permanente, semble passer également par un stade de dent conoïde. L'hérédité
joue aussi son rôle dans la transmission de certaines malformations dentaires. Par exemple, on
retrouve parfois chez plusieurs membres de la même famille, une incisive latérale supérieure
atrophiée et conoïde. société d'anthropologie de paris 330
Pour le plan de notre étude, nous nous sommes basés sur le schéma
résumé dans le tableau I du rapport présenté à la 4e Réunion des anthropo-
logistes de langue française à Bruxelles le 25 novembre 1967 (Brabant [27])
et que nous avons reproduit dans la présente étude (voir tabl. I), mais en y
supprimant quelques particularités de la denture normale ou pathologique
où l'hérédité ne joue, ou ne paraît jouer, absolument aucun rôle.
Tableau I
Plan d'examen des caractères de la denture
Dimensions des dents et anomalies de volume
Incisive en pelle (3 degrés).
Sillon cervico-radiculaire des incisives.
Tubercule lingual et invagination paracingulaire.
Fossette cervicale vestibulaire des incisives.
Autres variations de forme des
Variations de forme des canines. de forme des prémolaires.
a) Supérieures (cuspides, siCouronne llons, tubercule de Cara-
belli, tubercules anor
Anomalies et varia maux ; anomalies de
tions de forme répartition de l'émail
dentaire coronaire, anisodontie). Variations de forme des
molaires b) Inférieures (cuspides,
sillons, tubercule de
Bolk, tubercules anor
maux, anomalies de
répartition de l'émail
coronaire, anisodontie).
a) Forme (racine pyramid
ale, taurodontisme, Racine Variations et anomalies coudure, etc.). radiculaires b) Nombre (réduction ou
augmentation).
Anomalies de nombre des dents a) Hypodontie. b) Hyperodontie.
a) Hypoplasie de l'émail.
b) Anomalies de teinte héréditaires ou congénitales. Anomalies de structure et de teinte c) Fusion et gemination dentaires.
d) Dents en coquille, calcinose, etc.
a) Caractère de l'articulé (psalidodontie, labidodontie
Anomalies d'éruption, de position ou prodontie, surocclusion, articulé chaotique),
d'articulé dentaires b) Anomalies de position de dents isolées (rotation,
version, mésiogression, distogression, etc.).
a) Carie.
Maladies et lésions dentaires b) Parodontose.
c) Tumeurs (énamélomes, odontomes, etc.). BRABANT. HÉRÉDITÉ ET DENTURE HUMAINE 331 H.
A. — Hérédité des caractères dentaires normaux
1° Dimensions dentaires.
En Europe, il faut remonter jusqu'au Paléolithique supérieur pour
retrouver, dans la denture permanente, d'appréciables différences de dimens
ions coronaires moyennes entre certains groupes de populations de ce conti
nent (Brabant [30]). En effet, si l'on compare les dimensions de l'ensemble
des dents datant du Paléolithique supérieur et d'origine européenne avec
celles des dents d'époque médiévale ou actuelle, on remarque que ces der
nières sont uniformément plus petites, la différence de dimensions allant de
quelques dixièmes de millimètres à un millimètre ou un peu davantage pour
les molaires.
D'autre part, si la réduction des dimensions dentaires depuis le Paléoli
thique est indiscutable, cette réduction ne s'est pas faite pour toutes les
dents dans la même proportion, les molaires étant celles où la réduction est
la plus importante, les dents antérieures, la moins importante. Si l'on
remonte plus loin encore dans le temps, jusqu'au Paléolithique inférieur,
on constate une progressive et très nette réduction de volume coronaire des
prémolaires ; elle est encore très nette, quoique légèrement moins accentuée,
pour les molaires ; elle est au contraire faible ou presque nulle pour les
incisives et les canines.
Ainsi donc, si les dimensions dentaires se transmettent héréditairement,
comme il est raisonnable de l'admettre en raison des enquêtes réalisées chez
les jumeaux et dans les familles, on remarque qu'elles ont subi depuis le
Paléolithique supérieur et dans une mesure qui reste à préciser, l'influence
sélective de facteurs accidentels dus à l'environnement. Il faut cependant
souligner ici que, dans les affections s'accompagnant de nanisme ou de
gigantisme, on n'observe en général pas de modifications appréciables des
dimensions dentaires (1). Par exemple, chez des personnes atteintes de
nanisme vrai héréditaire et dont la taille ne dépasse pas un mètre environ,
les dents ont généralement des dimensions correspondant à celles d'un adulte
normalement constitué (Brunner [36]). Cependant, dans diverses affections
dysplasiantes frappant le crâne ou le squelette et dont certaines sont hérédit
aires, on a parfois observé des dents anormalement petites ; c'est le cas par
exemple dans l'ostéogenèse imparfaite héréditaire (Brabant et coll. [11]).
Comme le soulignent Garn, Lewis et Kerewsky [60], les dimensions des dents
sont réalisées longtemps avant que la taille définitive de leur possesseur ne
soit atteinte (hormis pour la troisième molaire) et notablement avant la
maturation sexuelle. Pourtant la taille d'un individu et les dimensions den
taires présentent une certaine relation. Aussi il serait intéressant d'entre
prendre de nouvelles recherches sur les dimensions dentaires des sujets dont
(1) On a signalé de telles modifications de dimensions corono-dentaires dans l'hémi-atrophie
et l'hémi-hypertrophie congénitale de la face (De Smet [46]). Mais ces modifications ne sont
pas constantes et certaines observations paraissent sujettes à caution. 332 société d'anthropologie de paris
le développement a été pathologiquement affecté soit avant la naissance, soit
immédiatement après.
Quant à l'étude des jumeaux concordants sanguins, elle nous apprend
qu'il existe parfois de très petites différences entre les dents homologues
(Alexandroff [3]) tandis que, chez les discordants sanguins, elles peuvent
être un peu plus accentuées, ce qui montre le caractère génétique des dimens
ions dentaires défendu par divers auteurs (Garn et coll. [60]).
D'autre part, il serait intéressant de vérifier si la tendance séculaire à
l'accroissement de la taille ne s'exprimerait pas également par une augment
ation des dimensions corono-dentaires moyennes, hypothèse déjà émise par
Hyde [74] en 1938. Il est en tout cas indispensable de multiplier les obser
vations à ce sujet avant de conclure.
Pour les peuples non-européens, nous possédons d'assez nombreuses
données concernant leurs dimensions dentaires. Nous en avons fait une étude
dans un travail qui sera ultérieurement publié (Brabant [32]). Ces données
permettent de conclure qu'actuellement, mis à part quelques populations
telles que les Australiens dont les dimensions dentaires sont un peu supé
rieures à celles des autres populations, il n'existe pas de nettes différences
de dimensions des couronnes dentaires entre les différents groupes humains
du globe, pour ce qui est des incisives centrales et latérales ainsi que des
canines, les dimensions moyennes étant comprises entre les maxima et les
minima fournis par la population médiévale de Coxyde en Belgique (Twies-
selmann et Brabant [123]). Mais des différences commencent à apparaître
au niveau des prémolaires et s'accentuent dans les molaires, en particulier
chez les Australiens, les Mélanésiens, certains peuples d'Afrique et les
Indiens, leurs dimensions coronaires étant un peu supérieures à celles des
peuples d'Europe. Un facteur racial influence donc les dimensions mésio-
distales et vestibulo-linguales de certaines couronnes dentaires (1). Cette
constatation n'est pas nouvelle et l'on sait que beaucoup d'auteurs admettent
que, dans les races humaines actuelles, il existe d'appréciables différences
entre les dimensions dentaires. A ce sujet, Stones [114] écrit : « II est bien
connu qu'il existe une variation considérable (?) dans les dimensions des
dents des différentes nations ». Flower [56] le premier a établi une classif
ication dans laquelle la dimension des dents est comparée à celle du crâne, le
(1) Dans l'étude comparative des dimensions mésio-distales et vestibulo-linguales des
couronnes des dents humaines, nous avons utilisé pour les peuples de race blanche d'Europe
et d'Amérique, les travaux de Black [7], Moorees [93], Lunt [88] et Twiesselmann et
Brabant [123], — pour les peuples de race noire d'Afrique et d'Amérique, les travaux de
Van Reenen [124] et de Drennan [53] sur les Boshimans, de Shaw [109] sur les Bantous, de
nous-mêmes (Brabant [17 et 33]) sur les Hutus du Ruwanda, les Nagos du Dahomey et
les Pygmées de la République du Congo, ceux de Drennan [53] sur la population noire du Cap,
enfin ceux de Barnes [6] sur les Teso, population Nilo-hamitique, — pour les populations dites
mongoloïdes, les publications de Hosaka [72] pour les Chinois, de Yamada [129] et de
Miyabara [91] pour les Japonais, de Teuku Jacob [117] et de Mijsberg [90] pour les Javanais,
de De Smet et Brabant [47], de Soneira et coll. [110, 111] et de Nelson [96] pour les Indiens
Américains, de Moorrees [93] pour les Aléoutes, de Ritchie [101] et de Pedersen [98] pour les
Esquimaux. Enfin, nous avons aussi comparé toutes ces mesures avec celles de Thomsen [118]
pour les Tristanites, habitants de l'île Tristan da Cunha, de Campbell [39] et de Barrett et
coll. [8] pour les Australiens, de Janzer [75] pour les Mélanésiens et de Zoubov [130] pour les
populations de la Russie d'Asie. BRABANT. HÉRÉDITÉ ET DENTURE HUMAINE 333 H.
résultat étant exprimé par un index dentaire. Cet auteur distingue ainsi un
groupe microdonte qui comprendrait les Européens actuels, un groupe méso-
donte comprenant les races jaunes et noires, enfin un groupe mégadonte
groupant les Australiens et les Mélanésiens. Mais des correctifs devraient
être apportés à cette classification. Ainsi, Komai [78] a publié le cas d'une
famille japonaise dans laquelle les incisives étaient très grandes. Dans deux
générations, soit chez deux femmes et cinq hommes, les incisives étaient
« géantes ». De telles observations devraient être multipliées et soigneuse
ment contrôlées avant de formuler des conclusions définitives car le « gigan
tisme » des incisives peut résulter d'une fusion ou d'une gemination dentaire
(voir plus loin).
Par ailleurs, l'étude des dents contenues dans les kystes dermoïdes
ovariens, ces curieuses formations qui se développent par parthénogenèse et
dont nous avons pu étudier une vingtaine de cas totalisant, avec ceux d'autres
auteurs, plus de trois cents dents ou germes dentaires de toutes catégories
(Brabant et coll. [10]), révèle qu'un seul des géniteurs peut produire des
structures dentaires relativement achevées, mais dont cependant la forme
est, dans près de 30 % des cas, plus ou moins incomplète et difficile par
conséquent à identifier. Tous les genres de dents sont représentés : incisives,
canines, prémolaires et molaires ; dans 40 % des cas, il s'agit toutefois de
prémolaires ou de molaires et non de dents monoradiculaires ou conoïdes,
comme certains auteurs l'avaient jadis supposé. Autrement dit, tout se passe si les chromosomes des deux parents étaient indispensables pour que
l'ensemble des structures dentaires soit présent et leur achèvement complet.
Nous avons jusqu'ici parlé surtout des dents permanentes. Il est raison
nable de supposer que pour la transmission des caractères de la denture
temporaire, il n'en va pas différemment. Cependant, il est encore actuell
ement difficile de répondre avec précision à cette question parce que les
données en notre possession sont moins nombreuses que celles concernant
les dents permanentes. Toutefois, à ce propos, quelques observations inté
ressantes ont été réalisées, en particulier par Hanihara [70]. Elles ont trait
aux hybrides de Japonais et de Blancs américains d'une part, de Japonais et
de Noirs américains d'autre part. Chez ces hybrides, le mode de répartition
des caractères dentaires est, selon l'auteur précité, intermédiaire par rapport
à ceux des parents, les différences entre les caractères dentaires des parents
et des hybrides pouvant être hautement significatives chez les parents et ne
plus l'être chez les hybrides.
De toutes ces constatations, nous pouvons conclure que les dimensions
coronaires des dentures permanente et temporaire sont des caractères héré
ditaires à pénétrance et expressivité fortes, mais influencés par divers fac
teurs dépendant de l'environnement et sans doute aussi par des mutations.
2° Incisive en pelle.
Cette forme dentaire est considérée comme un caractère « mongoloïde »,
en raison de sa fréquence dans les populations dites « mongoloïdes ». Aussi
l'incisive permanente « en pelle » continue-t-elle à être rencontrée avec une
grande fréquence dans ces populations, comme le montre le tableau II. En Tableau II. Pourcentage des diverses formes d'incisives en pelle
chez quelques peuples mongoloïdes.
Population Catégorie n 0 : pas de 1 : trace 2 : pelle 3 : pelle
d'incisives pelle de pelle moyenne accentuée
Chinois (hom Dl et Gl 1094 7,8 1,3 23,4 62,2
mes) (1)
D2 et G2 1094 9,5 24,0 1,5 56,9
Dl et Gl 208 3,8 1,0 Chinois (fem 12,5 82,7
mes) (1)
D2 et G2 208 1,0 3,4 13,5 66,8
Japonais (homDl et Gl 344 4,0 0,0 18,0 77,9
mes (1)
D2 et G2 344 4,0 0,0 72,7 20,3
- Dl et Gl 4,8 38,1 Hawaiens( hom 14,3 42,9 mes (1)
- D2 et G2 4,8 57,1 14,3 14,3
- Dl et Gl Hawaïens (fem 1С, 5 7,9 44,7 36,6
mes (1)
- D2 et G2 2,6 6,6 38,2 39,5
Mongols (1) Dl et Gl 24 0 29,0 8,5 62,5
D2 et G2 0 24 0 25,0 75,0
40 0 Dl et Gl 15,0 47,5 Esquiir.aux(l) 37,5
Gl et G2 0 0 43,0 57,0 37
Chinois (2) Dl et Gl 904 18,2 19,7 53,9 b,3
D2 et G2 904 4,1 10,0 85,9
Dl et Gl 0 62,6 Aléoutes (3) 75 2,7 34,7
D2 et G2 70 0 31,4 2,9 65,7
0 226 0 97,5 Indiens Fima Dl et Gl 2,5
(4)
10,0 0 D2 et G2 212 Ь9,5 0,5
91,1 Indiens Jiva- D1,D2,G1,G2 0 a, 8 204
fios (5)
37,0 63,0 • 0 indiens Ata- bi,Uii,trl,U2 P
саша (6)
16,0 35,0 49,0 D1,I»2,G1,G2 294 0 Argentins (7)
2,2 13,0 66,2 18,6 D1,D2,G1,G2 Amer. nés 229
Chinois (8)
(1) Hrdlička [73]. Les pourcentages don (3) Moorrees [93].
nés sont des moyennes entre ceux fournis (4) Dahlberg [44] ; après rectification.
par les deux sexes. A noter que pour les inci (5) De Smet et Brabant [47].
sives latérales, le total des différents pour (6) et (7) Devoto et coll. [49, 50].
centages n'atteint pas 100 %. (8) Lasker [82].
(2) Stevenson [113]. BRABANT. HÉRÉDITÉ ET DENTURE HUMAINE 335 H.
général, les incisives des fossiles trouvés en Chine présentent d'ailleurs la
forme « en pelle » comme l'a montré Carbonell [40], résumant la plupart
des travaux concernant cette question.
Le tableau II permet aussi de constater que les populations mongoloïdes
ne présentent qu'un très petit pourcentage d'incisives sans pelle (en moyenne
0 à 6 % environ), alors que les populations européennes au contraire possè
dent une majorité d'incisives sans pelle : 40 à 95 % selon les groupes
(tabl. III) et une minorité d'incisives avec des pelles bien marquées (en
moyenne 0 à 10 %).
Tableau III. Pourcentage des diverses formes d'incisives en pelle chez quelques peuples anciens
et modernes de race blanche d'Europe et d'Amérique.
Population Catégorie n 0: pas de 1 : traces 2 : pelle 3 : pelle
d'incisives pelle de pelle moyenne accentuée
Dl et Gl bo 59,2 15,6 21, b 3,3 Néolithique^,}
1)2 et G2 bo 13,0 9,b 44,5 32,5
11,0 Dl et Gl Ы 5b, 0 25,4 5,4
Négalithique/2) D2 et G2 13,2 '/9 9,4 43,3 33,9
96,0 Dl et Gl 100 3,0 1,0 0 Rocano-britann. (3)
bb,0 D2 et G2 100 11,0 1,0 0
Dl et Gl 7b, 7 7,b 1*7 11, b 1,5 Anglo-Saxons (3)
D2 et G2 4,0 6b, 5 15,7 11, b
Dl et Gl 100 2J 64,3 14,3 ,4 Burgondes (4)
D2 et G2 100 30,3 30,3 39,4
Dl et Gl 100 b3,0 11,0 Suédois 6,0 0
(Moyen Age) (3) D2 et G2 100 64,0 2^,0 14,0 0
D1,E2,G}.,G2 Suédois 6b, 6 31,3
(Moyen Age) (5)
Dl et Gl 39,4 3,b 0 (CoxydeJ 1^3 24,9
(Moyen Age) (6) D2 et G2 32,6 1 137 36,1 7,3
Dl et Gl loo 0 57,7 36, b 5,4 Bslges (7)
D2 et G2 ICO 42, 2 46, b 9,5 1,5
Dl et Gl 100C 66,5 24,5 7,6 1,4 Popul . blanches
D2 et G2 50,0 mod. d'Amer, (b) 100C 36,4 a, a 1,4
(1) Brabant [27]. Les pourcentages donnés (3) Carbonell [40].
ici sont des moyennes entre les pourcentages (4) Sauter et Moeschler [105].
donnés par cet auteur pour la France, la (5) Gejvall [65] : moyennes entre les hom
Belgique et la Suisse. Les calculs ont été mes et les femmes.
faits sur 50 dents ou plus. Il n'a pas été (6) Brabant et Brichard [30].
possible d'établir une distinction entre les (7) Brichard [34].
sexes. (2)' (8) Hrdlička [73] : hommes seulement.
Brabant [29].
Les enfants nés de mariages américano-chinois ont un taux d'incisives
« en pelle » supérieur à celui des Blancs américains qui, eux, présentent des
taux des diverses variétés de dents « en pelle » identiques à ceux des Blancs
d'Europe. Ces enfants ont 18,6 % d'incisives « en pelle » accentuée et 66,2 % 336 SOCIÉTÉ D'ANTHROPOLOGIE DE PARIS
de formes modérées (Lasker [82]). Quant aux Indiens d'Amérique, ils se
rapprochent au maximum des autres populations mongoloïdes (1).
Dans les populations blanches, aux périodes précédant le Néolithique,
l'incisive « en pelle » semble avoir été assez fréquente, mais sans doute non
constante. Quand elle existait, sa forme était en général bien marquée. A
partir du Néolithique et jusqu'à nos jours, en Europe, on constate une dimi
nution relativement peu importante, mais cependant nette, des formes « en
pelle » bien marquées, ainsi qu'une diminution beaucoup plus accentuée des
formes moyennes au profit des formes avec « traces de pelle », le taux des sans pelle ne variant guère (tabl. III).
Parmi les populations noires, celles d'Afrique, pour lesquelles nous pos
sédons des données sur la fréquence des dents « en pelle », présentent des
pourcentages d'incisives en pelle qui, en général, ne sont pas plus élevés que
ceux des populations blanches. Quant aux Noirs américains, ils fournissent
des très proches de ceux des africains (tabl. IV).
Les arabes, pour lesquelles nous ne possédons que peu de
données, ont un pourcentage très élevé d'incisives sans « pelle ». Il en est de
même de certains groupes juifs du Proche-Orient (tabl. IV).
Enfin, parmi les populations d'Océanie, il faut noter que les Hawaïens
(Hrdlička [73]) présentent 40 à 50 % de « dents en pelle » accentuée et
environ 10 % seulement de dents sans pelle ; ils occupent une position plus
ou moins intermédiaire, entre les Blancs et les Mongoloïdes.
Chez les jumeaux concordants sanguins, il existe une ressemblance
accentuée entre les faces palatines des incisives, quel que soit le degré de la
« pelle », tandis que chez les jumeaux à discordance sanguine, la dissem
blance est nettement apparente (Brabant et Kovacs [28]).
Il est d'autre part intéressant de souligner que le caractère « en pelle »
est, de l'avis de divers auteurs (Gejvall [65], Brabant et coll. [28]), un peu
il existe des exceptions à cette constatation, par exemple chez les Teso, popul
ation nilo-hamitique de l'Est de l'Afrique étudiée par Barnes [6].
Chez les jumeaux concordants sanguins, s'observe régulièrement la
légère différence dans l'accentuation de la « pelle » constatée entre les sexes,
cette forme en « pelle » étant plus marquée chez les mâles (Brabant et
Kovacs [28]). Les observations des auteurs précités confirment celles de
leurs prédécesseurs.
Quant au problème de l'hérédité de la dent temporaire « en pelle », les
recherches faites à ce sujet sont très peu nombreuses, ce qui en rend l'étude
plus fréquent et plus accentué chez l'homme que chez la femme. Cependant,
difficile (tabl. V). Cependant Hanihara [70] a montré, comme nous l'avons
rappelé plus haut, que les hybrides de Japonais, de Blancs et de Noirs améri
cains ont des caractères dentaires — et notamment des fréquences de dents
(1) Pour Moorrees [93], la denture de toute population mongoloïde peut être définie par
le tableau dentaire caractéristique de l'ensemble de ces populations, c'est-à-dire : des incisives
« en pelle » bien marquées, des différences relativement faibles entre le diamètre coronaire
mésio-distal de l'incisive centrale et celui de l'incisive latérale, un taux très bas de tubercules
de Carabelli (voir plus loin) et probablement aussi un taux relativement élevé de « ton ».
Naturellement, d'autres caractères dentaires peuvent parfois encore permettre de différencier
deux populations mongoloïdes. BRABANT. HEREDITE ET DENTURE HUMAINE 337 H.
Tableau IV. Pourcentage des diverses formes d'incisives en pelle chez quelques populations
non européennes (mongoloïdes exceptés).
Population n 0 : рае de 1 : traces 2 : pelle 3 : pelle Catégorie
d'incisives pelle de pelle moyenne accentuée
Sanga (Afr. centr.) (1) Dl et ai 86,0 8,0 2,0 4,0 4
D2 et G2 79,0 13,0 2,0 24 6,0
Dl et Gl 30-50 72 à 86 2 à 8 2 à 6 3 à 4
Noirs (Afrique) (2)
D2 et G2 30-50 73 à 84 3 à 9 4 à 8 3 à 6
Dl et Gl 618 33,0 7,6 54,5 4,9 Noirs (Amérique) (3)
D2 et G2 618 42,1 33,0 12,8 4,5
Noirs(Afr.de l'Est) (8) D1,D2,G1,G2 55 88 1,8 ,3 9,9
Bantous (4) 264 83,4 6,8 1,5 8,3
Dl et ul 28 65,5 18,0 14,7 1,6
Arabes (5)
D2 et G2 28 46,7 29,5 21,3 2,4
El et Gl 104 95,7 1,4 1,8 0,9 Arabes (6)
D2 et G2 92,0 3,6 105 1,0 3,3
- Dl et Gl 53,0 40,0 7,0 0,0
Juifs (Yemen et Coohin)
(9) - 0,0 D2 et G2 77,Oa79,O 21,Oâ23,O 0,0
- Dl et Gl 12,4 41,4 39,8 6,3 Hawaïens (7)
- D2 et G2 26,2 8,4 5,7 48,3
(1) Brabant [22] : site protohistorique (4) Shaw [109].
(vn-ixe siècle après J.-C.) 49 incisives exa (5) Palestine, d'après Carbonell [40].
minées. (6) Brabant [25] : Khouribga (Maroc).
(7) Hrdlička [73]. (2) Brabant [33] : selon les groupes de
populations. Crânes de noirs africains du (8) Barnes [6] : tribus Nilo-hamitiques ;
Musée de l'Homme, Paris. garçons et filles.
(9) Rozenzweig et coll. [102]. (3) Hrdlička [73] : hommes.
en « pelle » — se situant plus ou moins entre ceux de leurs parents (1). Il est
d'autre part intéressant de noter que les formes en « pelle » accentuée ne
se rencontrent p>is dans les dents temporaires (tabl. V).
(1) II est intéressant de préciser que, si chez les jumeaux concordants sanguins et concor
dants dentaires, il existe une grande similitude des incisives, en particulier des latérales, tant
au point de vue de leur forme et de leurs dimensions, qu'à celui des diastèmes qui parfois les
séparent, au contraire chez les discordants sanguins et dentaires, cette similitude n'existe pas
(Alexandroff [3]).

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