Histoire agraire et finances publiques en Flandre du XIVe au XVIIe siècle - article ; n°4 ; vol.28, pg 1051-1065

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Annales. Économies, Sociétés, Civilisations - Année 1973 - Volume 28 - Numéro 4 - Pages 1051-1065
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1973
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Hermann Van Wee
Eddy Cauwenberghe
Histoire agraire et finances publiques en Flandre du XIVe au
XVIIe siècle
In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 28e année, N. 4, 1973. pp. 1051-1065.
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Wee Hermann Van, Cauwenberghe Eddy. Histoire agraire et finances publiques en Flandre du XIVe au XVIIe siècle. In:
Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 28e année, N. 4, 1973. pp. 1051-1065.
doi : 10.3406/ahess.1973.293403
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1973_num_28_4_293403LES DOMAINES DE L'HISTOIRE
Histoire agraire
et finances publiques en Flandre
du XIVe au XVIIe siècle
domaines économistes Les domaines ont belges déjà comtaux l'attention été explorés de Flandre qu'ils souvent n'ont méritent. en pas vue encore Certes, de renseignements attiré les chez comptes les historiens institude ces
tionnels ou administratifs ou afin d'y découvrir des séries de prix 1, mais jamais
les données économiques n'ont fait l'objet d'une étude systématique et d'une
analyse statistique plus poussée. Pourtant, les domaines comtaux nous offrent
une source inestimable pour l'histoire des finances publiques en général et, non
moins, pour l'histoire agraire et économique d'un bon nombre de régions spéci
fiques. Il est vrai que l'importance relative du revenu domanial pour les
finances publiques diminuait fortement à la fin du Moyen Age et que le principe
« le prince doit vivre du sien » n'avait plus le même poids partout en Europe
occidentale. Mais les ducs de Bourgogne ne semblaient pas encore particulièr
ement affectés par cette évolution : aux environs de 1419-1420 le domaine bour
guignon constituait encore une base fort solide des finances publiques 2 et cette
importance se maintenait encore bien au-delà de 1500 3.
Les données détaillées des comptes nous fournissent, d'autre part, un aperçu
* Interprétation d'une élaboration statistique provisoire des comptes d'un domaine
comtal (1329-1604). Les données de cet article ont été empruntées à l'étude de M. Eddy
Van Cauwenberghe, Hetvorstelijk domein vanDeinze-Petegem-Astene-Drongen, I32g-i6o4.
Beheer en Financiën, mémoire de licence (Université de Louvain, Faculté de Philosophie et
Lettres, Section d'histoire moderne, 1969), sous la direction du professeur J. A. Van
Houtte. — Nous nous proposons dans cet article de présenter un essai d'interprétation
des données, publiées dans la thèse de M. E. Van Cauwenberghe, à qui nous avions indiqué
une méthodologie statistique appropriée à sa recherche. Les auteurs ont profité des
remarques suggestives, qu'a faites le professeur J. A. Van Houtte lors de la lecture du
mémoire et pour lesquelles ils lui sont très reconnaissants. Par ailleurs, ils tiennent à
remercier MM. P. Olbrechts et P. Janssens qui ont revu la traduction de cet article.
1. H. Van der Wee, The Growth of the Antwerp Market and the European Economy
(fourteenth-sixteenth centuries), Paris-Louvain-La Haye, 1963, vol. I, pp. 173 ss.
2. M. Mollat, « Recherches sur les finances des ducs Valois de Bourgogne », Revue
Historique, CCXIX, 1958, pp. 311-312.
3. Voyez les comptes de la recette générale de Flandre (Archives départementales
du Nord, Lille, Série B, 1878-2706).
1051 LES DOMAINES DE L'HISTOIRE
dynamique de l'économie d'un domaine ou de différents domaines pendant une
période interséculaire. Par conséquent, si le domaine contient un nombre suff
isant de données agricoles, l'étude peut devenir représentative de l'évolution de
l'économie rurale de toute une région, où, à côté des techniques et rendements
agricoles, ou à côté des revenus seigneuriaux et paysans, les biens commerc
iaux et industriels du monde rural prennent leur place.
I. Présentation et critique de la source
Les comptes du domaine comtal de Deinze-Tronchiennes 4 ont fait l'objet de
notre première enquête. Le choix a été déterminé par diverses circonstances.
Il y avait d'abord la continuité remarquable dans la tenue des comptes 5. De
plus le domaine était assez important et, quant aux ressources, suffisamment
diversifié pour garantir une représentativité satisfaisante de l'économie rurale.
Enfin, la période sur laquelle s'étendait notre étude fut limitée par les dates
extrêmes de la comptabilité domaniale conservée, c'est-à-dire de 1329 à 1604 6 :
elle permettait un aperçu interséculaire à une époque où les domaines gardaient
encore un poids réel dans l'ensemble des finances publiques et dans l'ensemble
de l'économie rurale des Pays-Bas.
Les revenus du domaine de Deinze-Tronchiennes se divisent en deux grands
groupes : les revenus ordinaires et extraordinaires 7. Dans le groupe des revenus
ordinaires nous trouvons, d'une part, les revenus invariables en argent, pro
venant le plus souvent de cens fonciers anciens, et, d'autre part, les revenus
d'exploitation directe et les revenus invariables en nature, qui tous deux, par
la vente sur le marché ou par la commutation en argent selon le prix de l'épier,
pouvaient s'adapter annuellement aux réalités économiques du moment. Enfin,
les revenus de fermages en argent, qui pouvaient être ajustés périodiquement
à ces réalités. Nous avons rassemblé dans le groupe des revenus extraordinaires
tous ceux que nous ne pouvions pas faire rentrer dans une des catégories ment
ionnées plus haut.
En contraste avec les recettes, les dépenses présentent un caractère moins
stable et moins continu. Il était, toutefois, possible de distinguer, à nouveau,
les dépenses ordinaires des dépenses extraordinaires. Dans le premier groupe
rentraient les cens et rentes à charge du domaine, les coûts administratifs et les
frais d'entretien de l'actif du domaine (bâtiments, ponts, chemins, etc.). Dans
la catégorie des dépenses extraordinaires nous avons rassemblé les prélèvements
par le receveur général de Flandre, le receveur général des Finances et toutes
autres remises de fonds aux instances centrales ainsi que les nouvelles rentes
et pensions, assignées par le prince à des tiers « sur le domaine ».
4. Deinze-Tronchiennes : province de Flandre Orientale (Belgique), arrondissement de
Gand. Administrativement, le domaine appartenait à la châtellenie de Courtrai pour la
région Deinze-Petegem-Astene et à celle du Vieuxbourg de Gand pour la région de Tron-
chiennes.
5. Archives Générales du Royaume (Bruxelles), Chambre des Comptes, comptes en
rouleaux, nos 50-67 ; comptes en registres, nos 7149-7160.
6. Le domaine Deinze-Tronchiennes fut aliéné par le souverain au début du xvne siècle.
7. Pour une analyse plus détaillée des aspects administratifs et comptables de l'exploi
tation du domaine Deinze-Tronchiennes, nous renvoyons le lecteur au mémoire de
M. E. Van Cauwenberghe, mentionné plus haut.
1052 H. VAN DER WEE ET E. VAN CAUWENBERGHE DOMAINES COMTAUX EN FLANDRE
Les recettes et dépenses ont toujours été inscrites selon le critère de la
« somme due ». Dans les cas où le receveur accordait ultérieurement une réduc
tion au débiteur et l'inscrivait dans sa comptabilité par un poste de rembourse
ment, nous avons toujours pris soin de corriger la somme originale. D'autre
part, nous n'avons pas tenu compte des délais de payement : ces délais étaient
exceptionnels avant 1500 ; même après cette date, quand les ajournements de
payement se multipliaient, nous avons pu constater que les arriérés étaient
encore réglés assez vite après leur date d'échéance. Ce n'est qu'à la fin de
l'époque étudiée (fin xvie siècle) qu'une plus grande lenteur des payements se
manifestait sous l'influence de la guerre. A ce moment, des réductions d'arriérés
devenaient plus fréquentes et corrigent de ce fait des déviations trop flagrantes.
2. Méthode d'élaboration statistique
Pour l'élaboration statistique des données quantitatives, nous avons fait
appel à l'ordinateur. Nous l'avons utilisé d'abord pour des calculs statistiques
simples : calcul du mouvement séculaire (à l'aide de médianes interquartiles
sur 13 ans) des diverses catégories de recettes et de dépenses ; calcul de la distr
ibution de ces catégories dans des ensembles systématiques, et son évolution
à travers le temps (par exemple la distribution relative annuelle des différentes
catégories de revenus variables dans le total de ces revenus variables et dans le
total des revenus, la distribution relative annuelle des différentes catégories
de dépenses ordinaires et extraordinaires dans le total des dépenses).
Quant au groupe des revenus de fermage le nombre des données disponibles
annuellement est suffisamment grand et leur caractère suffisamment diversifié
pour permettre une analyse statistique plus poussée. Nous disposons pour
chaque unité de fermage des détails suivants : nom du fermier, objet du fermage
(sept catégories : forêts, champs, prés, fermes, péages, moulins, pêcheries), durée
du fermage, prix du fermage, et superficie affermée (pour les trois premières
catégories) .
A l'aide de ces données l'ordinateur a effectué pour le total des renseigne
ments disponibles toute une série de tabulations croisées en y calculant, en
même temps, les distributions relatives. L'ordinateur a groupé en plus les
données par période de 50 ans environ (1329-1399, 1400-1449, 1450-1499,
1500-1549, 1550-1604) et y a effectué les mêmes sortes de tabulations et de
calculs, rendant possibles ainsi des comparaisons simples à travers le temps 8.
Nous entendons pousser plus loin encore ces recherches opérationnelles de
statistique historique. Plusieurs autres séries de comptes domaniaux sont
dépouillées en ce moment. Nous espérons appliquer bientôt des calculs de
corrélations sur les différentes séries chronologiques à notre disposition. Si les
recherches et calculs nous offrent des résultats satisfaisants, nous nous risque
rons aussi dans une aventure économétrique. Nous essayerons ainsi de cons
truire des modèles quantitatifs spécifiés en recherchant des relations fonction-
8. Pour des détails plus complets sur l'utilisation de l'ordinateur, nous renvoyons le
lecteur au mémoire, mentionné ci-dessus. Voyez également : H. Van der Wee et E. Van
Cauwenberghe, « L'utilisation de l'ordinateur pour l'étude des domaines royaux aux
Pays-Bas (xive-xviie siècle) », Actes du Ve Congrès International d'Histoire Économique,
Leningrad, 10-14 a°ût 1970, pp. 1-12.
1053 LES DOMAINES DE L'HISTOIRE
nelles entre diverses variables d'économie rurale et en vérifiant ces relations
par la méthode de régression 9.
Le but de cet article est, toutefois, beaucoup plus modeste : il ne présente
que quelques résultats d'élaboration statistique des comptes du premier
domaine examiné, celui de Deinze-Tronchiennes, et y ajoute quelques essais
d'interprétation qualitative.
3. Démographie rurale, progrès technique et exploitation agricole
Les graphiques i et 2 nous montrent un résultat intéressant de tabulations
croisées, en ce qui concerne la superficie des champs affermés. Toutes les superf
icies des champs ont été d'abord groupées en unités d'exploitation par fermier,
c'est-à-dire que tous les champs, loués par un même fermier dans une année
déterminée, ont été rassemblés et leurs superficies respectives ont été addi
tionnées 10. Ensuite, nous avons, en fonction du nombre des fermiers, calculé
Graphique i. — Superficie des exploitations agricoles : distribution relative.
30 V.
20 V.
10 7,
0 0,075 0,15 11,25
Superficie en hectares
9. H. Van der Wee, H. Daems, E. Van Cauwenberghe, « Some New Methodological
Concepts and the Use of the Computer », dans Quantitative Economie History (Actes du
colloque sur l'ordinateur et les sciences sociales, Bruxelles, 25-27 février, 1971), sous presse.
10. Il est possible que quelques fermiers aient loué ou possédé en outre des champs
hors du domaine, mais des sondages ont permis de constater que c'était un phénomène
marginal, qui se perdait dans le jeu de la loi des grands nombres.
1054 VAN DER WEE ET E. VAN CAUWENBERGHE DOMAINES COMTAUX EN FLANDRE H.
Graphique 2.
III. 1450-1499
Terres labourables
I. 1329-1399
0,075 0,15 0,75 1,5 3,75 7,5 11,15
Superficie en hectares
IV. 1500-1549 70--
0,075 0,15 0,75 1,5 3,75 7,5 11,25
Superficie en hectares ^
II. 1400- 1449 0,075 0,15 0,75 1,5 3,75 7,5
Superficie en hectares ■ •»
V. 1550-1604
0,075 0Д5 0,75 1,5 3,75 7,5 11,15
Superficie en hectares • ^
0,075 0,15 0,75 1,5 3,75 7,5
Superficie en hectares
1055 LES DOMAINES DE L'HISTOIRE
la distribution de fréquence de ces unités d'exploitation, en les faisant rentrer
dans des catégories de superficies, par exemple un tel pourcentage de fermiers
a loué des ensembles de champs d'une superficie entre 0,075 ha et 0,15 ha, un
tel pourcentage entre 0,15 ha et 0,75 ha, etc.
Calculés sur les données annuelles de toute la période envisagée de 1329
à 1604, le tableau de fréquence montre une dominance écrasante de fermiers
ayant des exploitations agricoles entre 0,15 ha et 3,75 ha : la moitié des
cultivent des unités de 0,15 à 1,50 ha, 29 % des unités de 1,50 à 3,75 ha. Le
graphique 1 nous confirme donc, de façon très nette, le morcellement extrême
des terres et, de ce fait, le caractère intensif de l'agriculture flamande aux
environs de Gand du xive au xvie siècle u. Une analyse plus profonde des
données en faisant les mêmes calculs pour des périodes successives de 50 ans
environ permet, en plus, de détecter dans les tableaux de fréquence des chan
gements importants de distribution relative à travers le temps (graphique 2).
Pendant la première période de 1329 à 1399 seuls les fermiers exploitant des
terres de 1,5 à 3,75 ha prédominaient nettement, représentant 40 % du total
des fermiers. Les autres catégories de superficie n'attiraient pas encore un
nombre impressionnant de fermiers. Signalons, toutefois, que le nombre de
fermiers louant des superficies de plus de 11,25 na était relativement élevé,
atteignant 8 % du total. Ces grands fermiers représentaient, de ce fait, un total
de superficie supérieur au total du groupe des fermiers louant entre 1,5 et
3,75 ha.
Dès le xve siècle des changements se produisaient. Au début, le groupe des
fermiers exploitant des terres de 1,5 à 3,75 ha augmentait encore légèrement
sa prédominance relative. Le nombre des grands fermiers, au contraire, dimi
nuait sensiblement, tandis que les fermiers exploitant des terres de 0,15 à
0,75 ha renforçaient leur position relative, représentant déjà 26 % du total.
Dès 1450 ce mouvement de morcellement des unités d'exploitation s'accentuait,
attaquant maintenant le groupe des fermiers exploitant des terres de 1,5 à
à 3,75 ha et augmentant progressivement la part relative des deux groupes,
exploitant des terres de 0,15 à 0,75 et de 0,75 à 1,5 ha. Pendant la seconde
moitié du xvie siècle la part relative des fermiers louant des exploitations
de 1,5 à 3,75 ha est déjà tombée à 16,35 % du total, tandis que les unités
d'exploitation plus grande n'existent presque plus.
Quelles conclusions peuvent être tirées de ce glissement vers les unités plus petites ? D'abord, aux environs de Deinze, petite ville
située entre Gand et Courtrai, des fermes relativement importantes subsis
taient encore au XIVe siècle, mais l'exploitation typique était celle de 1,5 à
3,75 ha : vu les possibilités techniques 12 et la structure socio-démographique de
l'époque 13, celle-ci semblait constituer l'unité d'exploitation optimale. Par
11. Pour plus de détails sur les origines de ce morcellement marqué des exploitations
agricoles dans les terres sablonneuses de la Flandre intérieure, voyez : A. E. Verhulst,
Histoire du paysage rural en Flandre de l'époque romaine au XVIIIe siècle, Bruxelles, 1966,
pp. 98-140
12. B. H. Slichkr Van Bath, De agrarische geschiedenis van West-Europa, 500-1850,
Utrecht- Anvers, i960, pp. 196-208. Le même, « The Rise of Intensive Husbandry in the
Low Countries » (Britain and the Netherlands. Papers delivered to the Oxford-Netherlands
Historical Conference of 1959), Londres, i960, pp. 130-153.
13. E. Sabbe, « Grondbezit en landbouw : economische en sociale toestanden in de
Kasselrij Kortrijk op het einde van de xive eeuw », Handelingen van de Koninklijke
Geschied- en Oudheidkundige Kring van Kortrijk, Nieuwe Reeks, XV, 1936, pp. 394-458.
1056 VAN DER WEE ET E. VAN CAUWENBERGHE DOMAINES COMTAUX EN FLANDRE H.
contre, le mouvement de morcellement progressif, qui s'annonçait dès le
xve siècle, ne peut pas être expliqué exclusivement par le facteur démog
raphique. Nous avons même la conviction que la population flamande
stagnait plutôt au xve siècle 14, pour diminuer probablement vers la fin du
siècle 15.
Paradoxalement, en suivant les moyennes annuelles de la superficie totale
des champs affermés du domaine comtal, on constate une augmentation
sensible de 34 % pour la moyenne de 1400 à 1449, même de 57 % pour celle
de 1450 à 1499, comparées avec la moyenne de 1329 à 1399. Le nombre de baux
à ferme augmente aussi de 50 notations annuelles environ de 1329 à 1449
jusqu'à 93 notations annuelles de 1450 à 1499. Ce double phénomène ne
s'explique que par le malaise agricole, qui s'était annoncé déjà dès le xive siècle,
et qui, malgré une reprise certaine après 1390, s'aggravait à nouveau à partir
du second tiers du xve siècle 16. En effet, l'augmentation des superficies affer-
14. L'évolution plutôt ascendante des prix céréaliers, l'intensité marquée et la fr
équence plus grande des crises cycliques en Flandre au cours du xive siècle (A. E. Verhulst,
« Bronnen en problemen betreffende de Vlaamse landbouw in de late Middeleeuwen,
xine-xve eeuw », dans Ceres en Clio, Zeven variaties op het thema landbouw- geschiedenis ,
Wageningen, 1964, pp. 218-233) supposent une pression démographique très nette à ce
moment ; toutefois elles prouvent en même temps que des tensions persistaient durant
tout le siècle, autrement dit que la résistance démographique (ou bien par une survivance
à travers les crises, ou bien par un redressement assez rapide après chaque
crise) était très forte. Cette résistance devait nécessairement avoir une raison économique.
Le contraire se manifeste après la grande crise politique de 1379 à 1390 : on constate
une reprise certaine mais l'élan démographique semble brisé définitivement. Le mouve
ment séculaire des prix céréaliers en Flandre est en stagnation avec une tendance à la
baisse au cours du second tiers du xve siècle. En général les crises cycliques sont manifes
tement moins fréquentes, plus courtes et moins dures (A. E. Verhulst, op. cit., p. 231).
Ce double phénomène ne peut s'expliquer en définitive que par une diminution de la
pression démographique, c'est-à-dire par une tendance à la stagnation et même à la dimi
nution de la population. Bien entendu, il est toujours possible, probable même, que le
phénomène ait été plutôt urbain que rural, comme c'était le cas au Brabant avant le
dernier quart du xve siècle (dès ce moment les campagnes furent touchées plus durement) .
Une répercussion négative de cette situation sur les revenus agricoles était inévitable.
Nous tenons à signaler que le professeur Verhulst a interprété les données mentionnées
ci-dessus d'une manière différente : il opte pour une diminution de la population au
xive siècle et pour une augmentation au xve siècle. Si cette opinion peut être comprise
comme diminution chronique au xive siècle et comme augmentation de la rurale
au xve siècle, les deux interprétations ne s'opposent pas.
15. Le professeur Verhulst {ibid., p. 224) ne croit pas que la crise politique aiguë
et les dévastations militaires dans les campagnes flamandes de cette période provoquaient
une baisse démographique considérable. Notre point de vue est différent (H. Van der
Wee, The Growth of the Antwerp Market..., TL, pp. 89-93). Voyez aussi : С. D. P., «État
de la campagne dans notre province au temps de Charles le Téméraire et de Maximilien »,
Annales de la Société ď Émulation de Bruges, 1844. — De même : J. H. Munro, « Bruges
and the Abortive Staple in English Cloth : an Incident in the Shift of Commerce from
Bruges to Antwerp in the late Fifteenth Century », Revue Belge de Philologie et d'Histoire,
XLIV, 1966, n° 4, pp. 1147-1148.
16. L'étude très intéressante de M. Hugues Neveux, « Dîmes et production céréalière.
L'exemple du Cambrésis (fin xive-début xvne siècle) », Annales E.S.C., 1973, n° 2,
confirme notre interprétation de la conjoncture flamande, avec laquelle le Cambrésis était
en liaison directe : les rendements agricoles au Cambrésis présentent en effet une tendance
à la baisse très nette de 1370-1380 à 1460-1469. L'opposition entre la reprise constatée
après 1470 au Cambrésis, et notre hypothèse d'une stagnation flamande jusqu'en 1495,
s'explique par le caractère catastrophique que nous attribuons à la crise politique flamande
de la fin du siècle. Nous tenons à remercier vivement M. Neveux d'avoir mis à notre dispo
sition le texte de son article avant sa publication dans les Annales.
1057 LES DOMAINES DE L'HISTOIRE
mées n'est pas due à des défrichements de terrains vagues du domaine, mais
à des reconversions des cens et rentes héritables du domaine en baux à ferme.
Cette situation ne se présentait en premier lieu que lorsque, après le décès d'un
censier, le receveur du domaine ne trouvait personne pour reprendre la censive.
Il est bien évident que la stagnation et même la baisse des prix agricoles et
des rentes foncières étaient responsables du refus de beaucoup de paysans de
reprendre une terre à cens heritable au cours du xve siècle. Il ne restait au
receveur que de concéder des baux à ferme, qui pour le prince à l'époque même
des premiers baux avaient le désavantage de suivre de plus près le mouvement
défavorable des prix et du loyer, mais qui en conjoncture ascendante pouvaient
devenir un avantage en modernisant en même temps la structure institutionnelle
des domaines.
Le phénomène de reconversion en baux à ferme ne résout pourtant pas tous
les problèmes. En effet, il n'explique pas entièrement le processus de morcell
ement progressif des exploitations, dont l'unité typique n'est plus représentée
par la catégorie de 1,5 à 3,75 ha, mais se trouve maintenant bien établie dans
les trois catégories du milieu allant de 0,15 à 3,75 ha.
Normalement la stagnation ou baisse démographique avait dû provoquer
un mouvement de concentration des unités d'exploitation. Si la réalité s'avérait
différente, d'autres variables ont dû intervenir. Ou bien les ménages agricoles
se sont scindés, ou bien des ménages urbains, durement frappés par la crise
de l'industrie drapière, ont émigré vers la campagne. Cette multiplication des
unités d'exploitation pouvait se réaliser par le fait que l'industrie rurale se
développait de plus en plus, créant ainsi un revenu complémentaire, par le
progrès technique ne nécessitant plus une exploitation agricole aussi grande ou
par la montée des classes moyennes urbaines, ce qui favorisait l'élevage, per
mettant ainsi des surfaces plus restreintes dues à la possibilité d'ajouter plus
de fumures aux champs 17.
Il est probable que tous ces facteurs ont joué simultanément : pour la plu
part nous avons des indications. Quels facteurs ont été dominants ? Il est fort
difficile de le préciser, car nous n'avons que des renseignements qualitatifs
à notre disposition. Toujours est-il que la limite minimale de la surface typique
des exploitations rurales s'est abaissée et que nonobstant cette baisse, les
disponibilités de grains des paysans du domaine semblent s'être accrues lent
ement mais progressivement (cf. graphique 3). Il n'est donc pas exclu que des
rendements croissants aussi bien physiques qu'économiques n'ont pas été
absents.
Au xvie siècle l'émiettement des exploitations agricoles se poursuivait.
Au même moment la superficie totale de champs affermés annuellement
n'augmentait presque plus. La reconversion ne jouait donc plus de rôle import
ant. Par contre, le facteur démographique entrait en jeu avec force. L'accroi
ssement de la population durant les premières décennies du siècle a sans doute
exercé une influence tangible sur le processus continu de morcellement, mais
à notre avis son impact n'a pas été décisif. En effet, dès la seconde moitié du
xvie siècle la population stagnait à nouveau pour s'effondrer de façon catastro-
17. P. Lindemans, Geschiedenis van de Landbouw in België, Anvers, 1952, 1, pp. 49-94 ;
A. E. Verhulst, « Het probleem van de verdwijning van de braak in de Vlaam.se land
bouw, xnie-xviie eeuw », Natuurwetenschappelijk Tijdschrift, 38, 1956, pp. 213-219.
1058 H. VAN DER WEE ET E. VAN CAUWENBERGHE DOMAINES COMTAUX EN FLANDRE
phique dès le dernier tiers du siècle 18 ; pourtant, le morcellement se poursuivait.
Dès 1500-1549 la part relative des deux catégories de superficies, soit 0,15 à
0,75 ha et de 0,75 à 1,5 ha, même considérées séparément, était supérieure
à celle du groupe de 1,5 à 3,75 ha. Dès 1550-1604 les deux catégories groupant
les exploitations de 0,15 à 1,5 ha étaient devenues nettement dominantes,
c'est-à-dire que Г exploitation- type avait rétréci une fois de plus considéra
blement sa superficie, sans que le facteur démographique puisse être considéré
comme cause décisive.
Par conséquent, pour le xvie siècle, d'autres variables doivent également
être prises en considération : ce sont surtout la généralisation d'innovations
techniques dans l'agriculture flamande, particulièrement sensible pendant la
première moitié du xvie siècle, et plus encore l'expansion de l'industrie rurale,
très marquée à partir du second tiers du siècle dans le secteur du lin 19. Cette
expansion industrielle des campagnes permettait de consolider les gains du
progrès des techniques agricoles, réalisés pendant les décennies précédentes.
4. Conjoncture agricole et rapport de forces
entre dominants et dominés
Le graphique 3 nous offre un aperçu interséculaire de l'évolution des
revenus variables du domaine de Deinze-Tronchiennes. De 1363 à 1604 la part
relative de différents groupes par rapport au total des revenus variables peut
être suivie annuellement : il s'agit surtout des revenus de fermage des prés, des
terres labourables, des péages et des moulins.
La diminution progressive de la part relative des revenus de péage surprend.
L'expansion sensible du commerce européen au xvie siècle ne semble donc pas
avoir eu de répercussion tangible sur le trafic de cette région. Au contraire,
c'est une période de déclin relatif très net du péage. Toutefois la Flandre
participait activement à l'essor européen du moment : l'industrie lainière et
linière y florissait 20 et Deinze, se trouvant sur la route de Courtrai-Gand, était
bien placé du point de vue géographique.
Précisons toutefois que le péage ne contrôlait guère la route entre les grands
centres urbains de Flandre et du Brabant mais qu'il frappait le trafic secondaire
d'importance régionale. Même dans cette optique plus restreinte, le déclin
relatif des revenus du péage est fort significatif. Il confirme la stagnation de
l'économie flamande dans le courant du xve siècle et son faiblissement pro
gressif au siècle suivant en faveur de l'économie brabançonne et liégeoise 21.
18. Voyez entre autres : K. Maddens, «De krisis op het einde van de xvie eeuw in de
kasselrij leper », Revue belge de Philologie et d'Histoire, 39, 1961, pp. 365-390 ; H. Van der
Wee, The Growth of the Antwerp Market, II, pp. 186-191 ; E. Sabbe, De Belgische Vlasnij-
verheid, I, De Zuidnederlandse vlasnijverheid tot het ver drag van Utrecht (1713) , pp. 175 ss.
19. H. Van der Wee, « Conjunctuur en Economische Groei in de Zuidelijke Neder-
landen tijdens de 14e, 15e en 16e eeuw » (Mededelingen van de Koninklijke Vlaamse
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Jrg. 27, 1965, nP 8), Bruxelles, 1965, pp. 11-13
20. Ibid., pp. 185-190 et 224-255. E. Coornaert, La draperie-sayetterie d'Hondschoote
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21. H. Van der Wee, Lôhne und wirtschaftliches Wachstum. Eine historische Ana-
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