Histoire et Biographies - compte-rendu ; n°1 ; vol.32, pg 236-247

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L'année psychologique - Année 1931 - Volume 32 - Numéro 1 - Pages 236-247
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1931
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3° Histoire et Biographies
In: L'année psychologique. 1931 vol. 32. pp. 236-247.
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3° Histoire et Biographies. In: L'année psychologique. 1931 vol. 32. pp. 236-247.
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positions qu'un opérateur occupe successivement pour réaliser
un film. L'auteur développe ce parallèle sur l'exemple d'une scène
concrète qui, suivant le point de vue où l'on se place, illustre tantôt
l'introspectionnisme, tantôt le behaviorisme et même les concep
tions de Me Dougall !!
La conclusion générale à laquelle il arrive est condensée dans
cette formule lapidaire : les psychologies et les psychologues consti
tuent une Gestalt de Gestalts, une Supergestalt ! Il est curieux de
noter que cette conception est présentée comme étroitement appa
rentée à celle du mécanisme cinématographique de la pensée de
Bergson ! P. K.
3° Histoire et biographies 1
44. — C. MURCHISON. — A History of Psychology in Autobio
graphy. Vol. II. — In-8 de 407 pages avec photographies. Worcest
er, Clark University Press, 1932. Prix : 5 dol.
Le second volume de l'intéressante collection publiée par Murchison
comprend un nouveau lot de quinze psychologues qui ont bien voulu
se déshabiller moralement — plus ou moins — pour le public. Deux
d'entre eux avaient disparu avant la publication de leur notice, Hey-
mans et Holding. A côté d'eux, nous trouvons B. Bourdon, de
Rennes ; J. Drever, d'Edimbourg ; Knight Dunlap, de John Hopk
ins ; Ferrari, de Bologne ; Shepherd Ivory Franz, de Los Angeles ;
Karl Groos, de Tübingen ; Judd, de Chicago ; C. Lloyd Morgan, de
Londres ; W. B. Pillsbury, de Michigan ; L. M. Terman, de Stanford ;
Margaret Floy Washburn, du Vassar College ; R. S. Woodworth, de
Columbia, et enfin R. M. Yerkes, de Yale.
Très variées, souvent trop brèves au goût du lecteur, ces notices
très vivantes qui permettent un contact plus direct avec des auteurs
connus, sont à coup sûr fort précieuses. H. P.
45. — C. M. LOUTTIT. — Psychological journals : a minor con
tribution to the history of psychology {Revues psychologiques : petite
contribution à Vhistoire de la psychologie. — Ps. Rev., XXXVIII,
5, 1931, p. 455-460.
L'auteur s'est donné la peine de relever dans des ouvrages bibli
ographiques 780 titres de revues consacrées à la psychologie aussi bien
qu'à des sciences ayant des rapports avec celles-ci.
Un tableau statistique montre comment ces revues classées selon
les principaux domaines de la psychologie (mais parmi lesquelles
figurent également celles de philosophie, de biologie et de physiol
ogie) se répartissent suivant les différents pays de l'ancien et du
nouveau monde. Un autre tableau illustre l'accroissement du nombre
de revues psychologiques ou présentant de l'intérêt pour la psychologie
entre les années 1770 et 1929. Ce qui est frappant, c'est que dans la
période de 1920 à 1929 l'Amérique a battu avec ses 149 revues le
record mondial, l'Allemagne venant occuper le deuxième rang (135
publications périodiques seulement !).
1. Voir aussi les nos 35, 37, 434. Histoire et liioGiUPHiES 237
Les conclusions que l'auteur en tire pour l'histoire de la psychologie
n'ont rien qui puisse surprendre. Il en résulterait qu'il y a parallé
lisme entre le développement des recherches et le nombre des publica
tions scientifiques ! Il y aurait, en outre, une corrélation de 0,89 entre
le nombre de revues paraissant dans un pays donné et le nombre de
savants qui se sont signalés dans les recherches auxquelles ces revues
doivent servir. P. K.
46. — G. BOSE. — Psychology and psychiatry. — Ind. J. of Ps., VI,
4, 1931, p. 143-147.
La distinction faite entre ces domaines : psychologie normale et
anormale, est purement arbitraire, et rien ne paraît justifier le parallé
lisme de leur développement. Un rapide historique des formes succes
sives qu'ont prises ces deux sciences sous l'influence d'écoles diverses,
montre l'importance de leur apport réciproque et laisse prévoir le
grand progrès que pourrait réaiiser une fusion complète. J. M.
47. - STEVENSON SMITH. - The Schools of Psychology {Les
écoles de psychologie). — Ps. Rev., XXXVIII, 6, 1931, p. 461-473.
Sous ce titre trop compréhensif, l'auteur discute un certain nombre
de problèmes généraux que pose la théorie de la psychologie (pro
blèmes de l'objet et des méthodes de cette science). Il s'attache
cependant, en particulier, à celui de la valeur de l'introspection et
cherche à montrer « aux psychologues objectifs » que « les états de
conscience ont une place non seulement utile mais essentielle dans
le procédé expérimental ». L'introspection peut être pleinement
justifiée en invoquant ce fait que le langage, même quand il s'applique
à des états subjectifs, se rapporte à des situations objectives. « Les
termes subjectifs qu'une personne emploie, pour décrire ses propres
états de conscience, ont pris naissance dans les conditions où une
autre personne se trouvait en face du même monde objectif et l'a
décrit dans ces mêmes termes. » En somme, pour avoir une significa
tion scientifique, le langage doit décrire ce qui est objectivement
observable pour plus d'une personne. Or, l'introspection a affaire à
l'expérience des objets parce qu'il n'y a pas d'autre espèce d'expér
ience. Aussi, un psychologue objectif ne saurait condamner l'i
ntrospection tant qu'il s'en sert comme d'un moyen pour aboutir
aux « découvertes objectives ».
Pour l'auteur, les structuralistes s'attachent à établir une relation
entre les résultats de l'analyse de « l'expérience » et ceux que fournit
l'analyse « de l'ordre objectif ». Ainsi, en pratique, les structuralistes
sont des « objectivistes » et vice-versa. La véritable différence entre
les deux attitudes est une affaire d'accent que l'on met sur un des
aspects de la recherche. C'est une question de rhétorique, plutôt
que de science. P. K,
48. — G. DAVY. — Sociologues d'hier et d'aujourd'hui. — In-8° de
308 pages. Paris, Alcan, 1931. Prix : 40 francs.
Le nouveau Recteur de Rennes a réuni dans ce livre une série
d'études consacrées à Espinas, à Durkheim au point de vue de la 288 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
théorie de la famille, à Me. Dougall et à Lévy Bruhl, et publiées dans
The Monist, la Revue Philosophique et le Journal de Psychologie.
La troisième partie comporte avec la sociologie durkhei mienne la
psychologie sociale de Me. Dougall : D. montre, qu'en exigeant « une
science positive de la vie mentale de l'homme telle qu'elle se déve
loppe actuellement au sein des familles, des tribus, des nations et des
sociétés de toutes sortes qui composent le monde humain » Me. Doug
all éliminant la psychologie purementindividuelle, « à la Robinson »,
se rapproche singulièrement de Durkheim.
Son « Group Mind » peut s'identifier à la « conscience collective »
dont la réalité scolastique n'aurait pas plus été admise par Durkheim
que par lui-même, avec cette différence que la spécificité du groupe
tiendrait, pour Durkheim, au faitqu'il est groupe, synthèse, tandis que,
pour Me. Dougall, elle relève de son développement évolutif, de son
histoire comme organisme, point de départ de conceptions idéalistes :
ce qui domine la mentalité individuelle à ses yeux, ce n'est pas la
société, mais l'idée de société, « idéal collectif s'incarnant dans des
individus dont une raison supérieure a assimilé les désirs et les voul
oirs ».
La dernière partie est consacrée à un exposé approfondi de la psy
chologie des primitifs d'après Lévy Bruhl, s'achevant sur la question
fondamentale des relations de la participation avec la mentalité
logique : « La loi de participation, dit D., n'est-elle qu'une phase
historique et dépassée ou tout au moins possible à dépasser du progrès
de l'esprit, ou n'exprime-t-elle pas* au contraire, l'un des aspects
de sa nature, aspect, dont l'importance seulement varierait au cours
de l'histoire et en fonction de la prépondérance grandissante de la
rationalité puremenflogique ?»
Grave question envisagée de tous côtés aujourd'hui. En la posant,
D. n'a pas prévu l'attitude d'E. Meyerson, qui ramène à la même ten
dance générale de l'esprit les démarches logiques et les participa
tions. H. P.
49. — EDGAR MICHAELIS. — Freud. Son visage et son masque.
Traduction, avec introduction sur la psychologie freudienne, par
S. JANKELEVITCH. — In-8" de 256 pages. Paris, Editions
Rieder, 1932. Prix : 30 francs.
Intéressant exposé introductif, par S. J., de la philosophie pessi
miste de Freud, envisagée comme essentiellement romantique, et
n'ayant, avec la psychanalyse, que des liens assez lâches, cette phi
losophie rapprochée de celle de Nietsche, avec ses concepts métaphys
iques du moi, du soi et du super moi, son drame de la lutte
d'Eros, source de culture et de vie sociale, avec l'aggressivité qui
dériverait des instincts de mort l
Michaelis, trouvant dans l'œuvre de Freud des hésitations, des
contradictions, a voulu appliquer la méthode du maître, rechercher
l'origine des conflits, la présence des complexes, en procédant à la
psychanalyse de Freud lui-même, pensant montrer ainsi « que l'œuvre
de Freud est beaucoup plus riche et profonde que ne la font paraître
les dogmes et les hypothèses et qu'à tout prendre les formules sont
ce qu'il y a de moins intéressant et important dans cette œuvre ». ÜISTOIRE ET BIOGRAPHIES 239
La psychanalyse apparaîtrait ainsi plus vivante, plus « imprégnée
d'humanité », — et ici, l'auteur paraît soucieux de convenablement
dorer la pilule — mais en se dégageant du dogmatisme quasi religieux
de l'école freudienne orthodoxe.
L'analyse tentée par M. est intéressante ; on aimerait savoir ce
qu'en pense Freud lui-même. Elle est en effet à nos yeux entachée
du même soupçon que toutes les psychanalyses, de construction arbi
traire et subjective. Le vraisemblable n'est pas nécessairement vrai.
Freud, en somme, aurait fait un système universel et rigide de
ce qui aurait eu valeur de simple expérience individuelle, la négation
de l'idéal apparaissant comme le moyen de rendre la vie supportable
après une renonciation à un idéal qu'on a échoué à atteindre.
H. P.
50. — CH. BLONDEL. — La psychographie de Marcel Proust. —
In-16 de 193 pages. Paris, Vrin, 1932. Prix : 20 francs.
Marcel Proust est un romancier dont la réputation n'a cessé de
grandir depuis sa mort ; mais ce fut un penseur, et c'est sur sa pensée
que B. s'est penché avec un affectueux et fidèle intérêt.
Soucieux d'exactitude, dans son effort de pénétration sympathique,
B. ne dissimule pas qu'il ne faut pas étudier Proust comme un philo
sophe professionnel ; c'est un artiste, et ce que l'on peut dégager
de son œuvre esthétique, ce n'est pas une systématisation psycholo
gique, c'est une « psychographie », c'est-à-dire une peinture de l'âme,
une représentation concrète admirablement conduite, mais qui
ne s'élève pas aux généralisations abstraites de la science.
Avec son talent et sa conscience, en suivant toujours de très près
les expressions exactes, et citant constamment des textes, B. nous
présente bien toutefois les notions générales qui se peuvent dé
gager de la vie des personnages décrits par le romancier, au cours
des sept chapitres qui envisagent : la primauté de l'imagination et de
la mémoire, les formes de la mémoire, la conquête du réel et le sou
venir involontaire, le subjectivisme et l'hétérogénéité du réel, le
général et l'essence, la répétition universelle, l'immensité mentale.
On trouvera, dans ces pages, des citations précieuses pour une illu
stration littéraire de concepts psychologiques qui prennent dans les
fines et nuancées descriptions proustiennes une vie chaude et animée.
B. montre que si, entre les conceptions de Freud et la pensée de
Proust, il y a des ressemblances, ce n'est là que l'effet de rencontres.
Et il remarque que « s'il se trouve des lecteurs qui se soient aventurés
à lire deux livres de moi, peut-être s'étonneront-ils de me voir priser
si haut Proust, après avoir jugé Freud sans complaisance. Je crois
avoir mes raisons. Freud opère en savant. Proust opère en artiste.
Science et art font deux, et leur vérité n'est pas de même ordre.
En un sens, les théories scientifiques sont des mythes, Lecène l'a
bien montré. Mais ce sont des mythes qui ne sont susceptibles de
prendre valeur positive qu'une fois qu'ils ont satisfait à toute une
série d'épreuves expérimentales et rationnelles. En psychologie,
la plupart des systèmes, et celui de Freud plus que tout autre, ne sont
que métaphores amplifiées en mythologies, où des personnages myt
hiques, tels les instincts par exemple, entretiennent des relations 240 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
mythiques. L'appel fait à l'inconscient est un moyen de symboliser
la vie mentale, non de l'expliquer... J'aime qu'un peintre de génie
me révèle sa vision de la nature. J'aime qu'un Proust me révèle sa
vision de la vie mentale. Tous deux enrichissent mon expérience et me
permettent de mieux comprendre la vie mentale et la nature, c'est-à-
dire de les embrasser plus complètement. Mais cette façon de com
prendre n'est pas la science, elle ne fait au plus que lui poser des
problèmes Si donc, le peintre veut que son tableau soit une optique,
je me refuse à le suivre, et si au bout de Proust je rencontre Freud,
je m'arrête et je dis qu'il ne faut pas mêler et confondre les genres ».
N'est-ce pas la pensée profonde du brillant fantaisiste Giovanni
Papini dont Gog, le héros, faisant visite à Freud, recueille les doléances
du maître viennois déclarant que s'il a été médecin, ce fut pour gagner
sa vie, ses aspirations ayant été purement littéraires : « j'ai su, lui
fait dire le satiriste italien, bien que par un moyen détourné, dominer
mon destin et atteindre mon rêve ; je suis resté homme de lettres,
tout en jouant en apparence au médecin. Tous les grands savants
ont de l'imagination : c'est un levain qui fait germer les intuitions
géniales ; mais aucun d'eux ne s'est, comme je l'ai fait, avisé de tra
duire en théories scientifiques les sujets d'inspiration que nous offrent
les courants de la littérature moderne ».
Certes, la réussite littéraire de la psychanalyse, rencontrée par
tiellement par Proust, à la suite de la diffusion des envolées freu
diennes, tient bien à une parenté profonde. L'art médical se sent
souvent attiré, mais la science objective résiste à bon droit.
Blondel est de ceux qui ont opposé à la psychanalyse une résistance
énergique, parce qu'elle prétendait s'imposer à la psychologie scien
tifique ; sur le terrain de l'art il est tout disposé à l'indulgence et
Freud y pourra bénéficier de sa rencontre avec Proust. H. P.
51. - CH. BLONDEL. - M. Proust. Hétérogénéité du réel et
généralité. M. Proust et l'immensité mentale (Extraits d'un volume
sur Proust). — R. Ph., CXI, 1931, 7-8 et 9-10, p. 5-27 et 259-283.
Il est difficile de rendre, dans un bref résumé, toute la pénétrante
subtilité de cette belle étude, dégageant de l'œuvre de P., sans la
dépouiller de son originale richesse, un système philosophique cohé
rent et d'une construction solide. Aussi faut-il nous limiter à ne
marquer que quelques points essentiels.
A la base de la philosophie de P., il y a le souvenir involontaire.
C'est lui qui fait apparaître une réalité éminemment hétérogène et
relative, variant non seulement « selon les esprits, mais aussi selon le
temps. » Si la réalité, toute subjective qu'elle soit, est communicable
ce n'est que par l'art qui « recrée le monde. » C'est la seule brèche
dans le solipsisme radical de P.
En admettant cependant les lois psychologiques, P. ne se contred
it-il pas ? Point, dit l'A., il n'y a contradiction qu'en apparence. Les
lois psychologiques de P. impliquent bien une généralité, mais c'est
une généralité subjective, l'essence des choses, que seul le souvenir
involontaire est susceptible de révéler. En rapprochant une qualité
commune à deux sensations le souvenir involontaire dégage leur
essence, pénétrant ainsi dans l'intemporel. L'identité ne vaut que par HISTOIRE ET BIOGRAPHIES 241
l'émotion qu'elle déclenche. Voilà que P. arrive ici, au point de son
départ. Et c'est précisément dans ce retour vers le souvenir involont
aire, principe de l'hétérogénéité du réel, pour en déduire l'essence
des choses, que résida l'originalité philosophique de P.
L'hétérogénéité est un des aspects du réel, confondu chez P.
avec le mental. L'immensité en est un autre. Et c'est encore par le
souvenir involontaire qu'il nous est donné de l'apercevoir. La con
■ de science fausser n'en opportunément est ni le centre la ni réalité, la révélation. pour nous Son permettre caractère d'agir propre dans est
le monde des choses et des hommes. Le solipsisme de P. se double
ici d'une croyance au mensonge essentiel à l'humanité. D'où son
effort monstrueux d'interprétation, de recherche inquiète, seul art
vivant et dont le souvenir involontaire est l'outil.
Les rapprochements avec Bergson et avec Freud sont saisissants.
Rencontre, inspiration, influence ? demande l'A. Et c'est pour la
rencontre aussi bien avec B. qu'avec F. qu'il opte. P. se défend, avec
exagération, d'être bergsonien. Mais en fait, la restauration des va
leurs morales, idée chère à Bergson, est tout à fait étrangère à P. Si,
de plus, on considère les dates : celles des premières éditions de B.
et celles des volumes de P., on peut conclure moins à un emprunt qu'à
une découverte. Il en est de même avec le « freudisme » de P. Les anal
ogies, moins connues que celles avec B.,sont tout aussi frappantes :
conscience — voile et non pas révélation de ce qui se passe en nous,
interprétation, seul moyen de connaître l'homme, importance du
rêve, complexes, faisceaux indissolubles, dont celui d'Œdipe. Néan
moins P. n'accepte pas les théories de F., il n'est pas psychanalyste.
Ne lisant pas l'allemand (ses premiers volumes sont antérieurs aux
traductions françaises de F.) il lui serait presque impossible de
l'avoir été. A. R.
52. - R. WALLENROD. - John Dewey éducateur. - In-8 de 227
pages. Paris, Jouve, 1932.
* Dans une première partie, W. expose les grandes conceptions
éducatives de Dewey, sur les buts (formation de l'individu créateur,
et socialisation, avec effort de reconstruction de l'expérience), et sur
les moyens, qui exigent une pénétration de la vie, des méthodes
actives et concrètes.
Une deuxième partie a trait aux applications scolaires des théories,
en ce qui concerne les programmes et les procédés pédagogiques.
Enfin, une dernière partie est consacrée aux « précurseurs » (expres
sion qui laisserait penser que de Dewey date l'avènement d'une
vérité définitive), à Rousseau, à Pestalozzi, à Herbart, à Froebel et
à Tolstoï, envisagés au point de vue de l'accord ou des divergences de
leurs conceptions propres avec celles de Dewey.
L'auteur paraît communier avec son modèle dans l'amour de la
vie : vie individuelle et vie sociale, et il fait preuve d'enthousiasme
et de foi. H. P.
53. - J. DELVOLVÉ. - L'histoire mentale d'Auguste Comte. -
J. de Ps., XXVIII, 1931, p. 749-768.
Extrait d'un livre, intitulé Réflexions sur la pensée comtienne,
i/année psychologique, xxxii. 16 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 242
qui doit paraître prochainement. La psychologie d'A. Comte, telle
qu'elle se traduit dans sa vie et dans son œuvre, se résume en une ano
malie fondamentale qui consiste en une dissociation de la vie de
relations affective et fonctionnelle et d'une vie passionnelle à arma
ture purement idéale. A une période de rapide croissance intellec
tuelle qui accentue la dissociation succède une période d'équilibre,
de contention par refoulement rationnel de l'affectivité, qui dure
de la crise de manie de 1826 jusqu'à la crise de passion amoureuse
de 1845. Puis vient une dernière période, où un nouvel équilibre est
réalisé par le rétablissement d'une vie sentimentale factice, mais
puissante, étroitement liée à la passion rationnelle à la faveur du
caractère imaginaire de l'objet de la sentimentale. Cette inter
prétation psychologique s'écarte notablement de celle de G. Dumas.
L'homogénéité de la vie philosophique de Comte n'exclut pas, mais
embrasse dans un développement évolutif de la pensée, la préoccupat
ion sentimentale et religieuse qui anime la partie finale de son
œuvre et qu'il est impropre d'appeler mystique. Sa passion unitaire
n'est pas celle des faibles et n'est celle des forts, qu'en entendant par
là les hommes capables de construire des systèmes d'idées visant à
modifier et régenter l'ordre des sociétés humaines. La passion d'unité
qui caractérise toutes les périodes de la carrière de Comte est celle
des esprits qui ont ardemment tenté d'embrasser d'une seule vue
systématique les données de la connaissance et de l'action humaines,
c'est-à-dire des plus authentiques et complets métaphysiciens.
G.-H. L.
54. — R. LBNOIR. — La psychologie de Taine. — J. de Ps.,
XXVIII, 1931, p. 769-804.
Fidèle à la méthode de ses nombreuses études antérieures d'his
toire de la philosophie, l'auteur rattache ici, dans un style parfois
sibyllin qui incite à la méditation, la psychologie de Taine et plus
généralement, sa pensée à sa vie, et celle-ci aux conditions générales*
de son époque, attitude particulièrement de mise à l'égard de l'auteur
de la théorie du milieu. C'est pour des raisons profondes que dans le
titre : Psychologie de Taine, psychologie est pris à la fois et indisso-
ublement dans son double sens de doctrine psychologique et d'indi
vidualité spirituelle. G.-H. L.
55. — R. LENOIR. — Esthétique de Taine et son siècle. — R. de M.,
XXXVIII, 4, 1931, p. 569-598.
En rattachant les idées maîtresses de T. à une époque et en su
ivant leur évolution et leur synthèse à travers sa vie d'études et de
voyages, L. donne, dans cet article, complétant ses autres tr
avaux sur T., non pas tant l'analyse d'un système que sa genèse. Il
s'en dégage une biographie psychologique de Taine esthéticien,
ayant « subi l'ascendant des uns et suivi la croissance des autres
sans rien abandonner des traditions vivantes dans notre race. »
A. R. HISTOIRE ET BIOGRAPHIES 243
56. — B. MINKOWBKf. — L'œuvre psychiatrique de Maurice Mi-
gnard (1881-1926). — Evolution psychiatrique, 2e S., 2, 1931,
p. 37-51.
Hommage sympathique au regretté Mignard, avec exposé des trois
notions fondamentales de sa psychopathologie, l'autoduction, la
subduction morbide, et l'emprise organo-psychique.
L'autoduction est le pouvoir de direction de soi-même, perdu quand
la maladie entraîne sur le psychisme une emprise excessive des méca
nismes qu'il devrait régir, d'où la « subduction », processus fondament
al de toute psychopathic H. P.
57. - FRANCIS WARRAIN. - L'œuvre psychobiophysique de
Charles Henry. — In-8° de 551 pages. Paris, Gallimard, 1931.
Prix : 120 francs.
L'auteur a consacré à Charles Henry une vraiment magnifique
et monumentale étude. L'exposé, fidèle et complet, représente une
somme de travail qui force l'admiration.
Certes, pour avoir suscité comme il l'a fait, tant de dévouements
et d'enthousiasmes, Ch. Henry n'était pas une figure banale.
Et, si je crois que la science n'a que peu à garder de son œuvre,
peut-être l'influence de sa pensée restera-t-elle plus grande qu'on
aurait pu le croire, pensée essentiellement métaphysique.
« Au lieu de penser sa métaphysique en mots, dit W. de Charles
Henry, il l'a conçue sous forme géométrique et arithmétique. Et par
ce langage universel plus proche des principes que les expressions
verbales, il rejoint la méthode des peuples anciens, qui exprimaient
leur métaphysique si profonde par des pantacles géométriques et
par des nombres sacrés... C'est sur les rapports ontologiques des
directions, du sens de la force et des algorithmes avec le temps et
l'espace, la continuité et la discontinuité, et les caractères cardinaux
des nombres que Ch. Henry base toute sa doctrine. Par là, il se
rattache à la lignée de Pythagore, de Kepler et de Wronski, bref des
grands penseurs qui ont cherché à donner une forme rationnelle aux
intuitions profondes des antiques doctrines de l'Orient ». H. P.
58. — L. ROBINSON. — Les débuts philosophiques de Descartes. —
R. de M., XXXVIII, 2, 1931, p. 237-257.
Contribution à l'étude de la genèse du cartésianisme et, en même
temps, un essai biographique, rattachant les conceptions de D. à des
phases déterminées de sa vie. A. R.
59. - CH. BLONDEL. - Paul Lecène. - P. LECËNE. -
Homo faber et Homo loquens. — R. Ph., CXI, 3-4, 1931, p. 164-
186.
Extrait d'un ouvrage posthume de L. (à paraître), contenant
quelques fragments significatifs de ses conceptions philosophiques,
dont le point de départ est formé par des réflexions sur la psychologie
animale, la mémoire, le langage, la mentalité primitive. La notice
biographique de B. complète bien les aperçus qui s'en dégagent.
A. R. 244 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
60. — CL. TESTU. — Essai psycho-pathologique sur Villiers de
l'Isle Adam. — Thèse de Médecine, in-8° de 120 pages. Paris, 1931.
L'auteur place le génial malade dans la classe des schizoides, avec
teinte de mythomanie et de paranoïa.
Il y trouve, en effet, une prépondérance nette de la pensée autiste
sur la pensée réaliste, une discordance entre l'activité intellectuelle
et l'activité pragmatique, des contrastes d'hyperesthésie affective
et d'anesthésie et enfin une inadaptabilité et impossibilité d'un
contact permanent avec l'extérieur. M. H. P.
61. - W. G. MIDDLETON. - The Psychopathology of George
Fox, Founder oî Quakerism {La Psychopathologie de Georges fondateur du quakerisme). — Ps. Rev., XXXVIII, 4, 1931,
p. 296-316.
L'auteur a pris à tâche d'analyser les traits les plus saillants de
la personnalité de Georges Fox en utilisant comme principale source
d'information le journal du célèbre fondateur du « Quakerisme ».
A la lumière de ce document, Georges Fox apparaît comme un
introverti dominé dès sa prime jeunesse par un complexe rel
igieux. Il y a un abîme entre le monde extérieur et son être infime,
que rien ne peut combler. Les révélations qu'il reçoit doivent être
envisagées suivant l'auteur « comme des explosions provenant de la
région subliminale ». Des sentiments et des désirs qui n'ont pas pu
être refoulés complètement faisaient irruption dans la conscience.
C'est dans la sphère de celle-ci qu'ils se détachaient du « moi » et
qu'ils étaient « objectivés comme ayant une origine divine ». La
personnalité de Fox se signalait aussi par une instabilité marquée
se traduisant quelquefois sous forme de symptômes hystériques.
Il y a notamment dans le journal de Fox des allusions très nettes
aux phénomènes d'anesthésie et de contracture qui d'après M. dé
notent tous les caractères des troubles hystériques. Le mécanisme de
compensation a joué de même un rôle important dans la vie de Fox.
M. aboutit à la conclusion que le célèbre mystique anglais était un
névropathe et qu'il avait besoin d'être traité par un psychiatre !
Cette dernière affirmation dépasse évidemment le domaine des
jugements des faits, pour employer un terme introduit par W. James
dans l'étude des phénomènes religieux. P. K.
62. — W. WIRTH. — Wie ich zur Philosophie und Psychologie
kam (Comment je vins à la Philosophie et à la Psychologie). —
A. f. ges. Ps., LXXX, 3-4, 1931, p. 452-510.
Esquisse autobiographique de la vie de l'auteur jusqu'à son entrée
à l'Université faite pour « l'Histoire de la Psychologie en autobio
graphies » (Cari Murchison, Clark Univ. Press, 1930).
L'auteur trace l'histoire intellectuelle de sa famille et celle de son
propre développement et donne un aperçu de ses premiers travaux
philosophiques et psychologiques faits au lycée. Il montre que le
choix de sa vocation tient de la tradition de famille et est surtout
influencée par les travaux philosophiques de son père. D. M.

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