Histoire et narration dans l'historiographie arabe - article ; n°2 ; vol.41, pg 411-431

De
Annales. Économies, Sociétés, Civilisations - Année 1986 - Volume 41 - Numéro 2 - Pages 411-431
History and Narrative Arabic Historical Writing. A. Al-Azmeh.
This article proceeds from the assumption that the world as expressed in historical writing obeys rules distinct from those that animale the world in its immediate empirical unfolding. It is argued that historical narrative has stronger affinities with mythological and other narratives than it has with the world as such. Medieval Arabic historical writing is then analyzed with the aim of showing how it is that narrative rules generate and structure specific profiles of events and of the concatenation of events. In this light, a study is mode of the annalistic mode of historical narrative, which is considered here as the prototype of all chronological narrative. From this, conclusions are drawn pertaining to the relation between real causality and the causal modes prescribed by the narrative structure of chronological historical writing.
21 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1986
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Aziz Al-Azmeh
Histoire et narration dans l'historiographie arabe
In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 41e année, N. 2, 1986. pp. 411-431.
Abstract
History and Narrative Arabic Historical Writing. A. Al-Azmeh.
This article proceeds from the assumption that the world as expressed in historical writing obeys rules distinct from those that
animale the world in its immediate empirical unfolding. It is argued that historical narrative has stronger affinities with mythological
and other narratives than it has with the world as such. Medieval Arabic writing is then analyzed with the aim of showing
how it is that narrative rules generate and structure specific profiles of events and of the concatenation of events. In this light, a
study is mode of the annalistic mode of historical narrative, which is considered here as the prototype of all chronological
narrative. From this, conclusions are drawn pertaining to the relation between "real" causality and the causal modes prescribed
by the narrative structure of chronological historical writing.
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Al-Azmeh Aziz. Histoire et narration dans l'historiographie arabe. In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 41e année, N.
2, 1986. pp. 411-431.
doi : 10.3406/ahess.1986.283284
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1986_num_41_2_283284AZIZ AL-AZMEH
HISTOIRE ET NARRATION
DANS HISTORIOGRAPHIE ARABE
histoire peut bien être le domaine dans lequel la raison cesse employer
sa célèbre ruse il en reste pas moins que notre perception des ruses de la
raison exprime sous la forme du récit et inscrit dans le langage qui est la
substance du récit idée selon laquelle la raison comme toute autre chose
emploie sa ruse dans le récit et le discours inscrit dans la tradition des rhétori-
ciens Depuis Antiquité en effet la renaissance actuelle et après une
interruption positiviste heureusement brève ceux-ci persistent décrire
comment le langage arrange le monde son profit En réalité les ruses de la
raison expriment sous forme de mots de même que le sens de histoire ou
encore événement qui est censé constituer élément originel qui se regroupe
avec autres éléments pour former histoire Or comme bien montré Nor-
throp Frye tant que on fera un usage fonctionnel des mots on ne pourra
échapper aux problèmes techniques ils posent La production de sens
partir de mots est le passage de la grammaire la logique passage qui accom
plit dans le domaine de la rhétorique1 Ceci ne signifie nullement que la rhéto
rique soit une sorte de transition au cours de laquelle un code se transforme en
un autre La rhétorique est au contraire une opération qui crée du sens en trans
formant la grammaire en sens et le langage en récit en histoire et en définitive
en monde
Annales ESC mars-avril 1986 no pp 411-431
411 LE SENS DU PASS
Le récit et le fait
Nous posons comme axiome que histoire comme toute autre discipline
est soumise aux lois du récit dès instant elle devient histoire est-à-dire
dès elle quitte la matérialité de événement pour devenir un passé articulé en
structures verbales epistemologie quelque peu primitive qui se trouve au
ur de historiographie de Ranke et qui prévalait encore récemment de
même que ontologie réaliste qui rapporte ont depuis peu fait objet de cri
tiques sévères et ont été réfutées catégoriquement2 La théorie de Ranke selon
laquelle histoire relate les faits tels ils se sont passés est indéfendable
puisque ses deux éléments constitutifs sont contestables Ces éléments sont
une part la notion sensualiste objectivité et autre part la conception un
temps linéaire dont les événements abstraits sont les divisions ces deux élé
ments convergeant pour produire la notion une correspondance qui garanti
rait une vraisemblance entre expression et événement3 En outre la confu
sion entre histoire et historicité est fondée sur une évidence simpliste En effet
loin être basée sur une quelconque objectivité scientifique parfaite elle
appuie sur ce que Michel Foucault appelle une objectivité apocalyptique
dans laquelle historien arroge au nom de ses sources une propriété transcen-
dantale qui transforme son jugement en sujet objectif selon la termino
logie de Roland Barthes5
histoire positiviste sépare ainsi histoire de environnement naturel dans
lequel elle se développe et qui est le récit Elle adopte comme schéma de écri
ture historique un transcendantalisme du présent dotant le passé et le sujet du
récit de propriétés vitalistes qui les font apparaître comme indépendants de
acte du récit et de ses lois et leur attribue ce que on appelé effet du
réel est cette simulation trompeuse de la réalité cette perspective
anthropomorphique dans laquelle la narration est considérée comme une suc
cession événements dont les acteurs sont des êtres vivants qui constitue
une ruse créée par une reconstruction de la référence la réalité de histoire
toutes les sortes de sources historiques sous apparence une projection refe
rentielle dans une prétendue direction du réel Or ces sources sont en réa
lité des traductions libres dans les langages naturels du déroulement une
diversité empirique alors que ni la succession ni la simultanéité qui apparais
sent notre intuition sensible ne peuvent être reproduites9 Par conséquent le
seul effet que peut produire la réalité est la construction un récit selon les cri
tères contemporains de vraisemblance10 La séquence peut effectivement exister
dans la réalité et la causalité peut certes fonctionner mais notre appréhen
sion de une et de autre comme événements passés est une appréhension nar
rative et les relations de causalité et de séquence intérieur de ce récit sont des
relations narratives qui ne doivent rien au scientisme du xixe siècle
Nous sommes par conséquent confrontés la fois irréductibilité du récit
dans histoire comme ailleurs et intransiti vite de la relation entre histoire
412 AL-AZMEH HISTORIOGRAPHIE ARABE
et historicité est-à-dire entre histoire en tant que récit et histoire en tant
que propriété ontologique est pourquoi il faut mettre en évidence les consé
quences qui en résultent sur epistemologie de la connaissance historique et sur
les méthodes de ce il est usage appeler histoire intellectuelle
agissant des historiens arabes du Moyen Age il convient de juger de leurs
conceptions avec une certaine largeur de vue Ceux-ci en effet ont jamais
prétendu atteindre une quelconque véracité absolue dans leurs récits histori
ques leur problème étant plutôt celui de la fiabilité de la transmission ce qui
implique aucun jugement ontologique sur historicité11 Il faut renoncer au
préjugé selon lequel histoire coïncide avec ses sources et avec le contenu de ces
sources De même il faut cesser de rechercher la réalité pour prendre plutôt
intelligibilité comme critère de vraisemblance Finalement il faut abandonner
le mythe une communion directe avec la nature et la réalité et considérer que
la connaissance historique comme toute connaissance est pas empreinte de
la nature mais plutôt une méditation de la culture sur la nature et élaboration
et organisation de la nature par la culture Ce sont les lois de la culture qui
donnent naissance ce que on considère habituellement comme une nature
indomptée qui imprime inexorablement sur le discours objet de la critique
historique et de la philologie en trouve alors transformé de étude
est plus la vérité mais une représentation
En ce sens le récit historique devrait en principe être soumis aux lois du
même type que celles qui régissent les récits littéraires et mythiques avec la dif
férence que le récit inspiration historique fera un plus grand usage des effets
de réalité et occasion une matière première qui tout en étant différente
est pas nécessairement distincte En effet le fait que tel ou tel texte soit un
mythe une épopée ou un récit historique ne provient pas tant un matériau qui
définit le mythe en tant que tel que du statut du texte dans une culture donnée
Le mariage parfait de la fabulation et du compte rendu fidèle dans la presse
contemporaine est peut-être la meilleure illustration de la nature mouvante du
réalisme attribué aux textes est ainsi que les récits arabes du Moyen Age qui
prétendent relater des événements du passé sous forme de fables épopées ou
uvres strictement historiques partagent un patrimoine commun de person
nalités événements et de séquences action Si le roman de Antar est une
épopée en prose la description de enfer par Ibn Abbas un ensemble de
mythes de dévotion alors que le récit de la création du déluge de la division du
monde entre les fils de Noè ou la biographie du Prophète par Ibn Kathîr ou
Maqdisî est de histoire ce est pas en raison de la nature des événements
ils relatent ou du fait que ces événements sont ou non crédibles ou en
autres termes du statut que leur attribue le système officiel de connaissance
Les trois genres comprennent des fables dont beaucoup sont considérées
comme des vérités dans les récits primitifs de la tradition et de histoire univer
selle des deux premiers siècles de hégire est leur officialisation comme
textes autonomes et complets portant des noms précis histoire fable etc.
dans des lieux culturels variés qui les fait appartenir des genres écriture spé
cifiques est-à-dire des genres de littérature au sens large12 En somme ce
statut scientifique est un problème sociologique et non pas épistémologique
Ce est pas en raison de critères purement internes que les caractères litté
raires et historiques pour ne citer eux appliquent un texte donné13 Les
413 LE SENS DU PASS
textes narratifs qui font partie de histoire autant que de la littérature comme
étude de histoire doivent provenir des sciences du récit désignées pendant
plus de deux mille ans par le nom de rhétorique14 Ces textes narratifs sont des
genres textuels dont les deux principaux composants sont la séquence ou plutôt
une structure de séquences la séquence linéaire étant un cas limitatif) et les élé
ments placés dans la séquence uvre novatrice de Propp qui dressé
inventaire de tous les motifs et des structures possibles des contes15 servi
exemple de nombreux chercheurs et les incités déduire en quelque sorte
des structures pour tous les possibles narratifs16 Bien entendu objet de cet
article est pas de dresser la suite de Propp un inventaire de tous les motifs
présents dans les écrits historiques arabes et de toutes les structures possibles
dans lesquelles ils sont présents et se combinent Nous nous inspirerons néan
moins de esprit de Propp et autres auteurs cités précédemment pour souli
gner simplement la possibilité et la nécessité un tel travail Il ne agit pas de
faire ici une analyse et un inventaire structuraux des différents types écrits
arabes Notre objectif est étudier les notions de séquence historique et les
autres sujets qui rapportent qui forment les véritables structures du récit
historique arabe au Moyen Age En outre il agira de mettre en évidence les
formes generatives et les schématisations que les historiens arabes rhétoriciens
sans le savoir ont employé dans leur elocutio17 est-à-dire leur fa on de com
poser leurs récits historiques et de faire histoire cet objet notre analyse
mettra en lumière la structure évidente de la composition uvres historiques
afin de tirer toutes les implications de choses si évidentes que précisément en
raison de leur évidence elles ont été ignorées ou déformées savoir les impéra
tifs de la forme et ordre du récit
Il est encourageant de remarquer que le marécage intellectuel où stagnent les
études arabes et islamiques pas complètement ignoré les moyens ceux que
nous avons mentionnés par exemple pour en finir avec les platitudes du Quel
lenkritik depuis longtemps abandonné par historiographie universelle18 En
France où on est plus sensible air du temps des études remarquables tien
nent compte des lois de la structure narrative19 Mentionnons aussi au passage
une étude en arabe assez fragmentaire sur Ibn al-Athîr20 Mais surtout signa
lons un article particulièrement audacieux qui porte analyse formelle du récit
au ur des études arabes en langue anglaise et qui réalisant que le récit est
objet de schémas de composition en tire toutes les conséquences auteur
cependant part de hypothèse un tel procédé est possible pour la seule
raison que le texte en question une épopée est de composition orale21 ce qui
est pas aussi évident que auteur semble le penser et arrive pas réaliser
que le récit est irréductiblement un récit Les lois de la logique et les autres exi
gences de la composition appliquent tous les récits condition écarter les
thèses essentialistes et expressionnistes sur identité de auteur de intention
et de la narration et de donner écriture le statut autonome elle mérite
plutôt que de postuler des identités et des sympathies magiques entre les actes et
les produits de écriture de la versification et du romantisme22
Ce sont les archétypes de la forme et du contenu qui constituent les éléments
du récit la fois en tant que fait et que mode de signification Les contours spé
cifiques de ces schémas archétypes sont particularisés dans une aire de culture
donnée bien que le réarrangement du déroulement des événements empiriques
414 AL-AZMEH HISTORIOGRAPHIE ARABE
intérieur du récit et leur passage un ordre du naturel un ordre de succes
sion narrative prennent les trois formes universelles générales et exhaustives
tracées et décrites par Todorov la juxtaposition successive de groupes narra
tifs entiers histoires) imbrication des histoires les unes dans les autres ce que
la rhétorique nomme parathèse comme dans Les Mille et une nuits et enfin la
narration simultanée histoires dont chacune est interrompue pour narrer des
parties autres histoires23
Anatomie de événement
objet du récit historique dans la culture arabo-islamique et les relations
entre les éléments qui constituent la fois objet et la structure formelle du
récit historique ne cessent pas être soumis aux exigences universelles de la
composition narrative pour la seule raison ils sont arabes et islamiques ou
encore que ce sont des compositions de ordre de histoire plutôt que de
ordre du conte ou de oral Tout passage du déroulement empirique vers
la sphère du récit se produit par la transformation de la diversité
source écrite ou orale en un objet de connaissance historique et par une réor
ganisation de cet objet sous la forme du déroulement du récit historicité des
objets et les relations dont il agit ne doivent pas être un prétexte pour les déta
cher de universalité comme exigent histoire positiviste et orientalisme Ils
sont au contraire un mode insertion dans universalité est-à-dire une indi
vidualité dans le sens hégélien de rencontre du général et du particulier
Le point de départ et la matière de notre étude sont donc constitués une
part des schémas qui régissent la production des objets historiques est-à-dire
des événements pertinents du point de vue historique et autre part des rela
tions entre ces objets est-à-dire des relations de nature narrative qui corres
pondent aux modes de succession entre ces objets est par examen des struc
tures de cet objet et de ces relations que nous pourrons saisir la conception de
histoire les conceptions des faits et la notion objectivité qui appa
raissent dans ces uvres Ces notions sont inscrites dans les structures même de
la pratique narrative et ne proviennent pas un apport de au-delà que cet au-
delà soit auteur ou sa philosophie de histoire 24 La structure du récit his
torique est pas le produit une intention transcendantale ou antérieure mais
plutôt le contour gravé dans le langage et qui produit la spécificité qui est le type
de récit étudié Ce est pas tant la technique littéraire de auteur le style) ni
sa culture spécifique la tradition qui sont en jeu25 mais articulation implicite
de la connaissance historique la structure profonde selon la terminologie
habituelle partir de laquelle jaillissent les manifestations de la performance
De la sorte implicite qui constitue la forme manifeste ainsi que le contenu de
uvre historique transcende le discours historique ce qui ne signifie pas pour
autant il va au-delà de histoire Car historicité des règles du récit est celle
de la culture dans laquelle les formes spécifiques articulent et non pas celle des
expressions spécifiques ou des textes concernés historicité est ici une macro
historicité qui intervient pas dans élaboration théorique des structures qui
subsistent dans son domaine et qui fixe objet et la modalité de la connaissance
historique
415 LE SENS DU PASS
est au ur des schémas par lesquels histoire arabe effectue son elo-
cutio que se trouve objet de écriture historique organisé par le récit de fa on
sérielle sous la forme une séquence et est la structure de la séquence qui
nous sert de guide dans les conceptions immanentes de la connaissance histo
rique dans la culture arabo-islamique ensemble de matières thématiques qui
agglomèrent pour former objet pertinent sur le plan historique et par suite la
recherche et articulation historisantes se définit comme ensemble dont les
éléments sont concomitants avec cet objet est nous avons montré
ailleurs26 la royauté et il faut ici souligner importance de la concomitance au
détriment de attribution La royauté privée de toute définition intrinsèque27
est réduite ses attributs elle apparaît dans histoire et ce sont ces attri
buts qui constituent les sujets des uvres historiques Dans sa forme primitive
cette histoire consiste dans une liste de rois comme est le cas dans toutes les
cultures orientales introduction du récit dans la liste des rois résulte de la
résolution de chacun de ces éléments les rois) dans tout ce qui leur est conco
mitant Dans les cas où les sources ne permettent pas ajouter des détails pré
sentant un certain degré de fiabilité Ibn Khaldun explique que historien doit
se contenter de essentiel est-à-dire du nom des rois et de leur pouvoir par
rapport celui de leurs contemporains28 sous la forme une liste dépourvue
de tout récit biographique ou autre29 Ibn Khaldun ajoute que il existe
des sources fiables la résolution de la royauté peut se réaliser dans ses éléments
concomitants fils épouses insignes de la royauté vizirs et autres30 Les
batailles font naturellement partie du res gestae et sont comprises dans les des
criptions du pouvoir relatif des attributs temporels de la royauté et de sa
durée qui sont essentiels dans acception Ibn Khaldun comme ils étaient
dans la liste primitive du roi
La matière élémentaire de la succession historique noms dates et batailles
aussi bien que la matière apportée par la résolution narrative de objet histo
rique dans ses éléments concomitants agglomèrent autour de cet pour
former la classe de ses matières31 Ces matières sont réalisées de fa on discur
sive dans des récits distincts akhbdr dont chacun pour objet de relater un
événement ou même une partie un événement32 Ces unités peuvent être défi
nies comme des événements par leur déroulement unidirectionnel pendant une
période mesurable au cours de laquelle elles passent un commencement un
imperfectif pour aboutir un aspect final33 est cet événement intégral que
Ibn al-Athïr veut restituer dans une analyse importante du mode organisa
tion narratif de matériaux que les historiographes traditionnels auraient consi
déré comme un problème de style littéraire
Avant Ibn al-Athïr avec Tab ari et après lui les auteurs annales ont
tendance fragmenter les événements en épisodes classés sous des rubriques par
années ou des recensements des sources de sorte que intégralité de événe
ment se perd et que ses antécédents essentiels et ses différents aspects et phases
sont dispersés dans le texte au point il devient difficile appréhender cor
rectement événement en question34 En termes de temporalité les divers
aspects de est-à-dire le commencement les différents moments
de imperfectif et la partie finale sont réduits un moment intemporel détaché
de son contexte Les replacer dans leur contexte aurait demandé comme le
remarque Ibn al-Athïr dans le même passage un travail qui dépasse le récit en
416 AL-AZMEH HISTORIOGRAPHIE ARABE
question et nécessite la production un nouveau récit plus cohérent Du reste
Ibn al-Athïr renonce organisation de ses sources sous forme annales lors
il apprend que les événements concernant les Croisades pendant les années
614-617 de hégire 1217-1218 et suivantes pourraient être mieux intégrées en
une seule unité temporelle35
un point de vue théorique il est possible de diviser les événements en
unités plus petites chacune pouvant être considérée comme un événement et
chacune comportant un aspect initial un aspect imperfectif et un aspect final
les trois aspects se succédant pendant une période mesurable Ce est pas la
durée un événement dans le temps qui est déterminante pour considérer un
événement comme tel mais plutôt son caractère indépendant et la possibilité
observer les actions qui sont rapportées et qui le constituent en faisant abs
traction des événements antérieurs ou postérieurs est la constitution une
unité interprétation qui définit événement individuel dans ce sens et dans le
contexte du récit objet de la critique de Ibn al-Athïr est donc pas la sépa
ration des différentes unités du récit historique mais la cohérence interne de ces
unités dont le déroulement des phases initiale imperfective et finale était inter
rompu chez un auteur comme Tabarî par exemple celui-ci arrête son récit
plusieurs reprises afin intercaler des versions différentes un nom une
date ou une série événements secondaires Le souci de Ibn al-Athïr doit
donc être rapproché du sens commun exprimé par Salâh ad-Dm Aybak
as-Safadï il compare ordre chronologique des événements ordre
alphabétique des dictionnaires biographiques ils sont tous deux chacun pour
leur raison parfaitement appropriés iq) le premier car il exprime le dérou
lement naturel des choses et le second car il met en évidence tout ce qui
rapport avec la biographie sur plusieurs années en un seul contexte narratif36
Dans les deux cas le but atteindre est la cohérence du sujet
La cohérence du sujet de même que indépendance des récits forment le
lien entre événement relaté isolé une part et univers plus large de la
connaissance intérieur duquel on attribue une pertinence événement
donné autre part Cette cohérence est pas uniquement interne événe
ment dissocié mais est reliée également la topique qui travers
se transforme en récit La du sujet et la pertinence un événement
relaté et par conséquent son inclusion dans histoire forment une partie de
héritage du sujet que événement relate et ne sont en aucune manière fonction
de la pertinence intrinsèque de événement
aspect déterminant de la cohérence du sujet voulue par Ibn al-Athïr ne
dépend pas de considérations littéraires ou stylistiques accès facile et
élégance de la rédaction que recherche Ibn al-Athïr sont aspect manifeste
une cohérence qui permettrait de relier événement relaté un thème qui
comme nous avons remarqué précédemment coïncide avec la catégorie de
sujets qui est objet du récit historique est cette catégorie de sujets qui
travers leur concomitance donne un caractère concevable et par conséquent la
possibilité une cohérence avec événement choisi pour être rapporté Par
suite la cohérence apportée un par la succession de ses moments
est pas aussi autonome que on pourrait imaginer Elle reflète plutôt
inclusion de événement dans une classe plus large événements qui complè
tent la concomitance du sujet représentée concrètement par le récit un événe-
417 LE SENS DU PASS
ment particulier Le déroulement de événement le matériau qui se déroule
dans le temps et définit ce qui est commencé et terminé est indépendant que la mesure où son individualité est nourrie par le sujet relié événement
Ce thème dicte la pertinence de événement dans le récit historique et par
conséquent la présence de événement dans le récit
Il est significatif que dans histoire universelle de Ibn al-Athîr comme dans
celle autres auteurs la dissociation chronologique un événement donné des
autres événements antérieurs et postérieurs comme le montre organisation de
histoire sous forme annales accompagne une association de ce même
événement du point de vue topique La cohérence de événement particulier
fait donc partie de la cohérence plus large autres événements dans le même
contexte narratif un traité par exemple sur le même sujet Il existe une cohé
rence dans une association verticale où les événements particuliers convergent
vers un axe vertical qui est le thème auquel ils appartiennent Quant leur asso
ciation horizontale avec des événements antérieurs et postérieurs la fois dans
le texte du récit et dans le réel elle est redondante Ainsi pour année 132
de hégire Ibn al-Athïr remarque il relate le meurtre de Marwan
Muhammad le dernier calife omayyade avant même de rapporter le meurtre
du personnage abbaside plus âgé Ibrahim Muhammad Alî qui eu
lieu antérieurement justifiant ceci par la séquence de événement sur la chute
des Omayyades37 Ceci signifie bien que le déroulement de ne doit
pas être interrompu pour raconter une chose qui est produite après le
commencement de cet événement particulier mais avant il achève
En outre le procédé de Ibn al-Athîr une signification encore plus pro
fonde En effet si les deux meurtres dont il est question sont du même ordre
topique est leur appartenance respective et exclusive cet ordre topique qui
est pertinente et non pas une quelconque relation que ces deux éléments iden
tiques du point de vue topique auraient pu avoir dans le réel ou dans le récit
La liaison verticale avec axe topique est la contrepartie du parataxe horizontal
qui relie ces éléments et qui se manifeste dans une dissociation chronologique
Nous trouvons une chronologie plus stricte dans autres annales histori
ques pour les mêmes événements de année 132 de hégire comme celles de
Taban et de Ibn Kathîr38 Toutefois leurs différences sont purement
littéraires et ont aucune répercussion sur la structure du récit En ce qui
concerne la structure immanente de la séquence narrative le procédé de Ibn al-
Athîr est équivalent celui autres auteurs annales historiques Dans tous
les cas la séquence narrative est indifférente au contenu du récit et par
conséquent au rapport entre antécédent et le subséquent Cette relation est
mise en évidence que dans le contexte un seul récit un seul événement
Comme on pouvait attendre la structure de événement particulier le
montre bien étant donné que notre définition de implique un mou
vement unilinéaire entre deux instants qui réprésentent les limites temporelles
une action Cet événement peut avoir la longueur exige intégralité de
événement cette intégralité étant fonction directe de axe vertical qui dote particulier de son caractère événement en le faisant apparaître
comme un instant de objet historique est pourquoi le récit de événement
particulier tend retrouver le déroulement des épisodes majeurs qui forment
événement de son commencement son achèvement est un épisode précis
418 AL-AZMEH HISTORIOGRAPHIE ARABE
comme un meurtre issue une bataille ou accession au pouvoir un indi
vidu qui définit les frontières un événement En outre événement intégral
recouvre les antécédents et les conséquences de ces épisodes épisode central
qui se déroule du début la fin est en général identifié dans le titre de la section
qui le rapporte Il se transforme en épisodes liés son commencement aussi bien
aux événements qui accompagnent et des sujets plus ou moins éloignés
événement particulier consiste ainsi en une masse épisodes associés dont
le lien est ordre temporel il est constitué une séquence dans le temps
En fait comme nous avons montré sa longueur est pas pertinente Ibn al-
Athîr retra ant année 139 de hégire 756-757) consacre la plus grande partie
de son récit de entrée en Espagne du réfugié royal omayyade Abd ar-
Rahman Mu awiya et de son règne histoire de la succession des gou
verneurs omayyades de la province depuis année 92 de hégire 710-711)39
Cet exposé est suivi un récit légèrement plus court de la progression de Abd
ar-Rahman dès son départ de Est40 Les deux récits sont rapportés sous le
même titre En outre le fait que le premier soit relaté ne met pas seulement en
évidence la pertinence de antériorité de cet événement mais aussi la flexibilité
de la longueur de événement la cohérence de ensemble restant la préoccupa
tion majeure il le faut épisode principal est accompagné une annexe qui
présente de nouveaux récits et répète autres faits déjà mentionnés41 La pro
gression vers accomplissement de épisode central qui donne son titre au récit
peut de la sorte varier en fonction un certain nombre exigences littéraires ou
autres Ainsi épisode de la chute de la famille des Barmakides sous le règne de
Harun ar-Rachîd et exécution de far est un épisode central qui contient
de nombreux antécédents Ceux-ci sont exposés intégralement dans des
séquences de structure variable Taban par exemple organise sa matière dans
ce qui apparaît comme un ordre temporel dans lequel se manifeste en premier
lieu le courroux de Harun ar-Rachîd contre la famille entière comme le
montre sa description de Yahya aîné suivie par inventaire complet des his
toires généralement rapportées pour expliquer sa colère Dans ce cas antério
rité ou aspect initial de événement est achevé et les principaux épisodes de la
destruction des Barmakides arrestations captures et exécution sont relatés42
Le récit de Taban est résumé et complété par Ibn Kathîr une fa on
quelque peu désordonnée on voit le parallélisme des antécédents organi
sation de leur séquence par ordre de temps ou importance est pas perti
nente est au contraire leur position dans la structure générale du récit dans
lequel ils sont tous également antérieurs au principal épisode la destruction du
pouvoir des Barmakides qui est pertinente43
On retrouve une structure similaire dans le récit de Ibn al-Athîr44 bien
il préfère attribuer cet épisode un antécédent rarement mentionné par les
historiens et qui concerne des manifestations blasphématoires de Yahia45 Le
blasphème et intention de renverser le pouvoir au profit un hérétique pren
nent le pas sur un autre épisode antérieur couramment cité et concernant une
liaison amoureuse entre far et Abbâsa ur de Harun ar-Rachîd dans le
récit un historien clairvoyant46 Ibn Khaldun quant lui ne donne pas de
crédit histoire de Abbasa47 et ne la mentionne pas dans sa version de évé
nement il attribue aux événements antérieurs reliés par une séquence chro
nologique évidente48
419

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