— Hypnotisme, suggestion, sommeil, rêves, hallucinations, etc. - compte-rendu ; n°1 ; vol.1, pg 484-501

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L'année psychologique - Année 1894 - Volume 1 - Numéro 1 - Pages 484-501
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1894
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XII. — Hypnotisme, suggestion, sommeil, rêves, hallucinations,
etc.
In: L'année psychologique. 1894 vol. 1. pp. 484-501.
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XII. — Hypnotisme, suggestion, sommeil, rêves, hallucinations, etc. In: L'année psychologique. 1894 vol. 1. pp. 484-501.
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HYPNOTISME, SUGGESTION, SOMMEIL, RÊVES,
HALLUCINATIONS, PATHOLOGIE NERVEUSE ET MENTALE
F. -H. BRADLEY. — L'absence de mouvements dans les rêves. (Mind,
nouvelle série, n° 11, juillet 1894, p. 373-378.)
L'absence de mouvement dans les rêves peut tenir soit à la faiblesse
des idées de mouvement, soit plutôt à ce qu'on ne perçoit pas la posi
tion de son corps, c'est-à-dire à ce que les sensations tactiles et musc
ulaires sont abolies, et que ces sensations sont nécessaires pour exé
cuter les mouvements dont on a l'idée.
A. Binet.
CH.-L. DANA. — Étude d'un cas d'amnésie ou de double conscience.
Les cas spontanés de ce genre sont rares ; l'auteur n'en connaît, dit-
il, que quatre, celui du Dr Mitchell, celui du Dr Donar {Trans. Boy,
Soc. Edin., 1882), du Dr Mac Cormack {Medical Record, 26 mai 1883,
p. 570), de M. Azam, et le sien. Son malade, un jeune homme de
vingt-quatre ans, bien portant, hérédité nerveuse, perd, à la suite
d'un empoisonnement par le gaz d'éclairage, la mémoire de sa vie
passée, ne sait plus lire, ne connaît plus ses amis, ses affaires, est
obligé de tout rapprendre; il est vrai que la rééducation se fait avec
une bonne rapidité ; trois mois après, il se sent engourdi, se couche,
s'endort, et au réveil, sa mémoire ancienne est revenue, mais sa
mémoire de la période de trois mois a disparu.
A. Binet.
DUMAS (G.). — Les États intellectuels dans la mélancolie. (Paris,
Alcan, 1894, 142 p.)
Ce livre contient une intéressante étude de psychologie faite dans
les asiles d'aliénés, sur cinq ou six femmes mélancoliques, par ce
qu'on pourrait appeler la méthode de conversation ; l'auteur faisait la
connaissance de ses malades et provoquait leurs confidences, de
manière à s'expliquer l'évolution de leurs sentiments et de leurs idées. DUMAS 485
II paraît avoir essayé de prendre des mesures et des tracés, mais n'a
pas abouti : « J'ai pensé, dit-il en terminant, que ces procédés de la
psycho-physique n'étaient pas applicables aux phénomènes complexes
que je voulais connaître, et je me suis borné à faire un effort sin
cère pour les analyser et les comprendre. » Cependant il eût été
curieux de savoir en deux mots à quels résultats la psycho-physique
a conduit et pourquoi ces résultats ont paru peu satisfaisants. A ce
point de vue de la méthode, on est encore en droit d'adresser une
autre critique à l'auteur. Il a étudié chez ses malades la perception des
objets, leur reconnaissance, la localisation des contacts, etc., mais il
paraît n'avoir fait que des constatations isolées ; nul effort pour con
denser ses résultats ; il ne donne même presque aucun chiffre. Nous
espérons que son livre n'est qu'un premier aperçu, et que dans un
ouvrage plus complet, il reviendra sur les mêmes questions, en y
apportant le souci du détail exact.
L'état mental de la mélancolie présente plusieurs phénomènes
importants à étudier, à un point de vue purement psychologique ; ces
phénomènes sont : d'abord l'état affectif lui-même, l'état de dépres
sion dans lequel les malades sont plongés, qui les rend inertes et
insensibles, et qui s'exprime avec tant de force par leur organisme;
attitude affaissée, mains froides, larmes et sanglots; en second lieu,
il y a à étudier les phénomènes d'inhibition, ou, pour mieux dire,
d'aboulie, qui se manifestent chez beaucoup de ces malades ; en tro
isième lieu, le ralentissement de leur vie psychique.
Relativement à l'état affectif, une première question se pose. On
peut se demander si chez ces malades c'est l'idée ou la tristesse
qui est le phénomène primitif. « Est-ce parce qu'un malade a des
pensées tristes qu'il est déprimé, ou les pensées tristes proviennent-
elles de sa dépression morale ? »
La réponse varie suivant les cas. Chez une des malades de M. Du
mas, devenue mélancolique à la suite de l'influenza, l'état affectif paraît
bien être antérieur aux états intellectuels ; en effet, quand on la force
à s'expliquer sur les causes de ses larmes incessantes, elle cite un pre
mier événement triste ; si on la console, elle passe à un second, à un
troisième, dévidant lentement la cause de ses malheurs, et recommenç
ant quand elle a fini ; de temps en temps, elle trouve de nouveaux
prétextes à sa douleur, et oublie les anciens. Chez d'autres malades,
l'origine de l'affection est morale, et la mélancolie éclate après de
grands et sérieux malheurs. On ne peut poser aucune règle ; ce qu'il
y a de certain, c'est que, secondaire ou primitive, l'idée développe et
entretient l'état dépressif.
L'aboulie, ou l'impuissance de la volonté, a été déjà signalée sou
vent. « Henriette ne peut pas vouloir ; toutes les fois qu'elle a conçu
un acte, elle essaye de l'exécuter, mais en vain ; « c'est, dit-elle, comme
si j'avais un poids à soulever ». Hier, elle voulait écrire à sa fille ; elle
a commencé par se fixer une heure pour sa lettre, et s'est dit : « A deux 486 l'année psychologique. 1894
heures cinq, j'écrirai. *> Cette précision inutile n'avait d'autre but que
de lui donner l'illusion de la volonté. A deux heures cinq, elle trouve
des raisons pour ne pas écrire : sa fille montrerait peut-être sa lettre,
on verrait qu'elle est folle. Des scrupules analogues ont arrêté au
moment décisif des tentatives de suicide qu'elle avait patiemment pré
parées, n'oubliant aucun détail, son testament, ses prières, le linge
blanc dans lequel on devait l'ensevelir. Ceci tiendrait, nous dit-on, à
un défaut de coordination des idées avec les mouvements ; nous pen
sons que c'est plutôt une influence du sentiment de la peur.
L'aboulie, chez un même malade, peut prendre cette forme et aussi
une autre forme tout à fait différente, consistant dans des impulsions
morbides auxquelles le malade obéit automatiquement, sa volonté
étant incapable de résistance. Ainsi, Eugénie se tire un coup de
revolver dans l'oreille droite... Jamais auparavant elle n'avait songé
au suicide, et elle s'en croyait incapable. Depuis lors, elle est étonnée
de son acte et n'en parle qu'avec une sorte d'effroi. « Cela s'est passé
hors de moi, dit-elle, c'est une force extérieure qui m'a poussée. ■»
L'idée du suicide lui est venue brusquement un matin, au milieu
d'idées tristes ; une heure après, elle se déchargeait dans la tête un
revolver.
Le ralentissement de la vie psychique se traduit par de nombreux
symptômes, la lenteur des perceptions, l'hésitation dans les actes de
reconnaissance, la raréfaction des états intellectuels et leur monotonie,
ce qui donne aux mélancoliques un cachet à part.
Après ces différentes descriptions psychologiques, l'auteur étudie
chez ses malades l'état organique, qu'il considère comme d'autant
plus important qu'il adopte la théorie de James et Lange, et admet
que la mélancolie est la conscience de l'état misérable du corps. Ses
malades lui ont présenté les caractères physiques suivants : lenteur et
faiblesse des mouvements , faiblesse de la voix , résolution des
membres, oppression, torpeur, diminution du calibre des artères,
mains cyanosées, anémie de la peau, abaissement de la pression car
diaque (qui descend de 800 grammes à 630 et même 500 grammes)
Ajoutons que souvent la mélancolie arrive à la suite d'une maladie
infectieuse.
En peu de mots, les idées de l'auteur peuvent se résumer ainsi : la
mélancolie consiste dans une dénutrition physiologique, qui, en arri
vant à la conscience des malades, leur donne des impressions de tris
tesse et sert de base à l'état affectif. Quand l'état affectif est bien pro
noncé, le malade, obéissant à un besoin de logique, cherche à justifier
après coup son état affectif dont il ne sait pas que la vraie cause est
organique ; il le justifie suivant les habitudes prises dans la vie cou
rante, et qui consistent à rattacher les chagrins à des événements
malheureux ; il va donc chercher dans son passé des
réels, infidélité du mari, perte d'argent, etc., événements qui parfois
avaient été complètement oubliés pendant des années ; il se raconte GREEN
ces événements et croit y trouver la vraie source de ses souffrances
morales. En cela le malade est d'accord avec la psychologie classique,
qui décrit l'idée comme premier élément provoquant l'émotion et
celle-ci provoquant à son tour les états organiques. On voit que
l'auteur, se conformant aux idées nouvelles introduites par James
dans la science, renverse complètement cet ordre des phénomènes.
A. Binet.
FORNELLI (de l'Université de Naples). — Les études de psychopathie
en France. (In-18, 156 p. Naples, 1894.)
C'est une étude critique des principales questions qui ont été exa
minées en France par la méthode de l'hypnotisme, la division de cons
cience, l'automatisme de nature psychologique , c'est-à-dire
ciente, la nature de l'inconscient, la définition de l'hystérie, etc. Les
observations et théories de MM. Pierre Janet, Binet, Ribot, Paulhàn,
Fouillée, Richet, sont longuement discutées.
A. Binet.
A. GODFERNAUX. — Le sentiment et la pensée, et leurs principaux
aspects physiologiques. (Paris, F. Alcan, 1894, p. XI, 224.)
Thèse de doctorat présentée à la Sorbonne de Paris sur une ques
tion de psychologie expérimentale. Etude destinée à montrer que
l'association des idées est sous la dépendance des tendances motrices
et des états émotionnels. L'étude a été faite au moyen d'observations
prises sur la vie normale, et d'observations dans la manie, la mélanc
olie, l'hypocondrie, l'extase, le délire chronique. On a critiqué
deux hypothèses de l'auteur : i° que dans la manie la pensée existe
abstraite de tout élément émotionnel ; 2° que dans la mélancolie,
l'émotion existe pure de toute pensée. Cette thèse renferme dans le
détail beaucoup d'observations justes. A. Binet.
C. Th. GREEN. —The subliminal consciousness at work during the
influence of an anaesthetic (Le travail subconscient pendant Vac-
tion des anesthésiques). (Journal of the Society fo Psychical Research,
1894, mars.)
Fr. W. H. Myers a donné le nom de subliminal consciousness à l'e
nsemble des phénomènes psychiques situés habituellement au-dessous
du seuil de la conscience et susceptibles, sous certaines conditions,
d'émerger au-dessus de ce seuil.
Le fait observé par Th. Green rentre dans la catégorie des phéno
mènes subliminaux devenus conscients. Il s'agit d'une femme opérée,
sous l'influence d'un anesthésique , d'une tumeur osseuse de la
mâchoire supérieure. Après son réveil elle n'avait aucun souvenir de 488 L'ANNÉE PSYCHOLOGIQUE. 1894
ce qui s'était passé. Personne n'assistait à l'opération que le chirur
gien et M. Green. La malade n'avait pu voir les instruments employés ;
quatre jours après l'opération elle fut prise d'une névralgie pendant
laquelle elle put décrire de la façon la plus exacte toutes les phases
de l'opération.
Le second fait mentionné par l'auteur est beaucoup moins démonstr
atif.
H. Beaunis.
RICHARD HODGSON. — Comment M. Davey a imité par la prestidi
gitation les prétendus phénomènes spirites. (Annales des sciences
psychiques, 4e année, n° 3, p. 167, et n° 4, p. 235.) (Traduit des
Proceedings Soc. Psychic. Research.)
Ce récit de séances de spiritisme donne des exemples instructifs
relativement aux erreurs d'observation que peuvent commettre des
témoins de bonne foi, et même des témoins qui ne sont pas des
croyants. Ces séances de spiritisme étaient données par M. Davey
à des personnes qu'il ne prévenait pas de ses habiletés de prestidi
gitation ; il faisait devant elles des expériences d'écriture directe
sur ardoise, ce qui veut dire qu'il lour faisait croire que dans les
expériences faites devant leurs yeux, un petit morceau de craie écri
vait tout seul sur une ardoise, sans être guidé matériellement par
une personne. Quand la séance était terminée, les assistants étaient
priés d'écrire le récit détaillé de ce qu'ils avaient vu ou cru voir, et il
est intéressant de comparer ces récits, dont quelques-uns nous sont
donnés in extenso, avec le compte rendu authentique de l'expérience
écrit avec le concours de M. Davey lui-même. Les expériences prin
cipales qui ont été faites (sous une forme illusoire, bien entendu),
sont les suivantes : 1° l'écriture sur la surface supérieure d'une
ardoise, appliquée sous la table ; 2° l'écriture sur la surface supé
rieure de l'ardoise de dessous, quand deux ardoises étaient placées
ensemble sous la table ; 3° l'écriture dans l'ardoise fermée à clé de
M. Davey. En lisant les observations rédigées par les témoins naïfs,
on voit combien le témoignage d'une personne est de peu de valeur,
quand il porte sur un phénomène extraordinaire et n'est accompagné
d'aucune preuve objective.
Dans une séance ayant duré une heure, il se produit plus d'une
centaine de petits événements de toute sorte, les uns insignifiants,
les autres d'une importance extrême, et tous ces incidents, tous sans
exception, doivent être enregistrés pour que le récit de l'expérience
ait tfne force démonstrative. Or, le rappel de tous ces faits est imposs
ible, les uns n'ont pas été remarqués, les autres ont été oubliés.
Dans bien des cas, M. Davey, qui faisait les expériences chez lui, a
passé pendant quelques instants dans une pièce voisine pour faire
une substitution d'ardoises, et ce fait si apparent n'a pas été noté. JANET 489
On oublie également de noter que sous prétexte d'écrire une
demande, l'assistant qui devait surveiller une ardoise sur la table l'a
perdue de vue pendant quelques instants. On ne s'aperçoit pas davan
tage que M. Davey, en prenant vivement une ardoise, met dessous la
face supérieure, et ainsi de suite. Parfois M. Davey écrivait sur l'ar
doise avec un dé-crayon qu'il passait au 4e doigt de sa main droite.
Le dé-crayon est un dé de tailleur auquel est attaché un petit bout
de craie. M. Davey tire l'ardoise sur le rebord de la table, le pouce
de la main droite sur le dessus de l'ardoise ; il prie une personne de
tenir l'ardoise avec lui, et il écrit en dessous au moyen du dé-crayon.
Personne ne s'aperçoit qu'il écrit.
Dans d'autres circonstances, M. Davey écrit sur l'ardoise une phrase
choisie par un assistant dans un livre de la bibliothèque ; l'habileté
consiste alors à conduire par le geste vers le rayon où ce livre se
trouve, et d'avance on a rendu le livre plus apparent en l'entou
rant d'autres ouvrages, d'apparence neutre, etc. ; c'est ce qu'on peut
appeler des exercices de prestidigitation contenant des suggestions
d'acte. Il existe de nombreux cas analogues dans les séances des pres
tidigitateurs.
A notre sens, cet ensemble d'observations conduit à cette conclu
sion qui ne manque pas d'importance pratique : le peu de valeur du
témoignage écrit ou parlé, en ce qui concerne les phénomènes surnat
urels qu'on ne peut pas reproduire à volonté.
A. BlNET.
II. HIGIER. — Des hallucinations unilatérales.
(Wiener Klinik, juin 1894.)
Deux observations d'hallucinations ayant paru dans le champ
visuel obscur de l'hémianopsie, et ayant disparu avec la guérison de
l'hémianopsie.
A. Binet.
PIERRE JANET. — Histoire d'une idée fixe. (Revue philosophique,
fév. 1894, p. 121.)
Observation détaillée d'une hystérique de quarante ans, ayant des
attaques pendant lesquelles elle a peur du choléra, voit deux cadavres
de cholériques, entend le son des cloches, vocifère elle-même le
mot de choléra, vomit et perd les matières. L'auteur est parvenu
à détruire progressivement cette obsession, qui a longtemps per
sisté dans l'esprit de la malade sous la forme d'une obsession ver
bale. L'idée fixe ayant été abolie, il se produisit un phénomène très
instructif; une foule d'autres idées surgirent et remplacèrent la pre
mière. Parmi ces nouvelles fixes, les unes se rattachaient à
celle de choléra par association, les autres étaient des obsessions
très anciennes effacées depuis longtemps, d'autres enfin étaient acci- 490 l'année psychologique. 1894
dentelles, provoquées à chaque instant par l'action de l'événement le
plus futile sur un esprit éminemment suggestible.
A. BlNET.
J. JASTROW. — Notes psychologiques sur « Helen Kellar ».
(Psych. Rev., I, n° 4, juillet 1894, p. 356-362.)
Résumé de quelques « tests » faits sur Helen Kellar, jeune fille
aveugle et sourde, dont la vie et l'éducation présentent autant d'inté
rêt que la carrière de la célèbre Laura ßridgman. Les tests ont été
pris dans le laboratoire de psychologie installé par Jastrow dans
l'intérieur de l'Exposition de Chicago, laboratoire où le public des
visiteurs était admis à se soumettre aux expériences moyennant une
légère rétribution. Voici le résumé des épreuves, intéressantes non
seulement en tant que résultats, mais comme méthode : 1° Deux
séries de poids variant, la première série de -~ , et la seconde série
de ~ , doivent être mis en ordre ; le plus petit poids a 300 grammes.
Un tiers des sujets rangent correctement ces poids. H. Kellar est
comprise dans ce tiers. 2° Sensibilité tactile de H. Kellar ; extrémité
de l'index gauche; à 1, 5 millimètre les pointes de compas sont
senties doubles ; sur la paume de la main, il faut 3 à 4 millimètres.
M. Jastrow trouve cette sensibilité plus fine que celle des autres per
sonnes qu'il a étudiées. Rappelons que, d'après les tables de Weber,
l'écart nécessaire pour 2 pointes est au bout des doigts de 2,2 mill
imètres. 3° Autre appréciation de la sensibilité tactile ; des fils de
cuivre de diamètre différent entourent une forme en fer ; le fil le
plus petit a un diamètre de 0,051 pouce et il augmente dans une
première série de-*- , et dans la seconde série de-'- . II. Kellar a pu
mettre chaque série dans l'ordre du diamètre, ce qu'un quart des
personnes normales peut faire. 4° Expériences avec l'appareil du
toucher de H. Münsterberg, consistant en formes différentes qui sont
appliquées sur la peau. H. Kellar a pu distinguer un angle droit d'un
angle de 60°, l'angle droit ayant seulement 1 centimètre de côté. On
ne nous dit pas ce que donnent les individus ordinaires. 5° H. Kellar
sent les vibrations d'un diapason donnant 1,024 vibrations, et 1,365 ;
elle ne sent pas celles d'un diapason de 5,000 vibrations. Elle sent
celles du diapason de 1,024 vibrations avec le doigt à -*- pouce de dis
tance, ce qui indique un sens des vibrations très net. 6° Pour apprécier
la perception de longueur, méthode équivalente à celle utilisée pour
les poids : deux séries de longueur doivent être mises en ordre par le
sujet ; la plus petite a 150 millimètres, et les accroissements sont dans
une des séries de ■—■ et dans l'autre de -,1 . Une erreur a été
faite dans la seconde série. On ne nous dit pas ce que donnent les
individus ordinaires. 7° Rapidité des mouvements de l'index : CLARKE 491
2,5 par seconde ; la moyenne des adultes est de 5 par seconde. On
ne nous dit pas exactement de quel mouvement il est question.
8° H. Kellar est droitière, comme le montre ce fait que si elle étend
simultanément les deux mains à ce qu'elle pense être une égale dis
tance du corps, la distance de la main droite est plus grande. 9° La
sensibilité à la douleur, appréciée avec l'appareil de Cattell, qui cons
iste à produire le premier degré perceptible de douleur avec une
pression est plus fine chez H. Kellar que chez la moyenne. La dou
leur est accusée à 3,75 kilogrammes à l'index gauche, tandis que chez
les femmes adultes, la douleur se manifeste à 5 kilogrammes. 9° Plus
topiques ont été les résultats des expériences sur la mémoire. On
traçait sur la main d'H. Kellar des chiffres, des lettres, des mots.
Elle a pu ainsi rappeler 10 lettres sans erreur de rang et sans oubli ;
résultat supérieur à la moyenne normale qui est de 6 lettres. On ne
nous dit pas avec quelle rapidité les lettres étaient tracées sur la
main, et ce que durait l'expérience. H. Kellar peut répéter 6 syl
labes dépourvues de sens, et 13 mots monosyllabiques.
A. Binet,
H. LAMY. — Hémianopsie accompagnée d'hallucinations visuelles dans
la moitié anopsique du champ de la vision. (Congrès de Clermont-
Ferrand, août 1894.)
Une femme de trente-cinq ans a dans la moitié obscure de son
champ visuel, où elle ne perçoit ni lumière, ni couleur, ni forme, une
hallucination de la vue représentant une figure d'enfant. De même,
dans la migraine ophtalmique, on a des images subjectives (scotome)
coïncidant avec une hémiopie (abolition des sensations et perceptions
visuelles dans une moitié de la rétine).
A. Binet.
LLOYD ANDRIEZEN. — Sur quelques-uns des aspects les plus nou
veaux de la pathologie mentale. (Brain, IV, 1894, p. 548-692.)
Résumé des observations de Golgi et de Cajal sur l'histologie du
système nerveux, systématisation des résultats, et conclusions rela
tives à la pathologie mentale.
A. Binet.
J. MICHELL CLARKE. — Hystérie et neurasthénie. (Brain, I et
II, 1894, p. 120-178, et 263-322.)
Compte rendu très complet et très clair des derniers travaux parus
sur l'hystérie et la neurasthénie. Les principales questions examinées
sont les suivantes : 1. Pathogénie de l'hystérie et de la neurasthén
ie. 2. Symptômes de l'hystérie. 3. Désordres hystériques et autres • 492 l'année psychologique. 1894
désordres fonctionnels du mouvement. 4. Désordres hystériques de la
vue. 5. Hypnotisme, somnambulisme hystérique, et double cons
cience. 6. Association de l'hystérie avec des maladies organiques du
système nerveux. 7. Les névroses traumatiques. 8. Caractères généraux
de la neurasthénie. 9. Traitement de l'hystérie et de la neurasthénie.
A. Binet.
MONROE (J.). — Double conscience chez un enfant (Pedag.
Seminary, III, n° 1, oct. 1894, p. 182-184.)
Une petite fille de trois ans, Catherine, élevée entièrement par sa
mère, d'une bonne constitution, et d'une intelligence très vive, parle
depuis plusieurs mois, constamment, de son petit ami Morrie ; ce
nom est une corruption de Marie, un enfant avec lequel elle a joué
pendant un jour. Maintenant Morrie joue deux rôles dans l'existence
de Catherine : d'abord le rôle d'un compagnon de jeu ; Catherine lui
parle, lui donne des ordres, et à l'occasion le fouette ; parfois, pen
dant le jeu, elle dit à sa mère de prendre Morrie et de le caresser ;
mais en général elle préfère être seule à parler à Morrie, et elle ne
tient pas à ce que son père parle à cette sorte de petit fantôme. Si le
père demande de ses nouvelles, elle répond que Morrie s'est cassé les
jambes en tombant de l'escalier et ne peut pas se présenter. Si on
insiste, si on veut voir Morrie, Catherine devient à la fois effrayée de
sa création et prise de peur du ridicule ; elle essaye d'expliquer à ses
parents que Morrie dem'eure bien loin, à plusieurs lieues, et elle fait
un effort pour qu'on comprenne le caractère idéal de son petit ami.
Tel est le premier rôle de Morrie ; nous avons dit qu'il en joue un
second ; ici, la chose est plus difficile à comprendre. Morrie est le
double de Catherine, il représente son alter ego meilleur, plus obéis
sant, plus gentil. Si Catherine commet une faute, Morrie en avertit
la maman, et il montre lui-même une meilleure conduite. Si Cathe
rine se conduit convenablement, elle dit que Morrie fait son devoir :
parfois, cependant, dans ce cas, Catherine se félicite de sa sagesse et
accuse Morrie de méfaits. Morrie peut manger une foule de choses
qui sont interdites à Catherine.
M. Munroe remarque que le père a eu souvent ce sentiment d'être
fait de deux individus dont l'un observe et critique l'autre, qui est
moins libre que le premier. C'est peut-être ce que
l'enfant a développé à sa manière, et auquel il a donné la forme
complexe que nous venons de dire. A. Binet.
MURRAY (I.C.). — Rêvons-nous parfois de sensations de goût ? (Com
munication préliminaire.) (Proceedings of Amer. Psych. Association,
p. 20.)
Des observations et interrogations faites sur diverses personnes

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