Hypothèses sur la nuptialité en Angleterre aux Xllle-XIVe siècles - article ; n°1 ; vol.38, pg 107-136

De
Annales. Économies, Sociétés, Civilisations - Année 1983 - Volume 38 - Numéro 1 - Pages 107-136
Hypothesis on Nuptiality in England, Xlllth-XIVth Century
Recent work by historical demographers has shown that marriage behaviour in England from the middle of the sixteenth century was remarkably flexible and appears to have been the major factor determining population growth rates until the late nineteenth cen­tury. This paper assesses the evidence bearing upon the likelihood of marriage being equally flexible over time in the medieval period. It questions the evidence used by Hajnal to suggest that a non-European pattern of marriage was present in England in the fourteenth century by reworking the data in the poll taxes of 1377 and 1381. In addition, evidence from Lincolnshire serf genealogies of the late thirteenth century is assessed suggesting that the incidence of marriage and levels of geographical marital exogamy among the females are compatible with a European pattern of marriage. Evidence on widow remarriage from a Cambridgeshire manor in the fourteenth century shows that females were sought in the marriage market in ways which took great account of prevailing economic conditions. Widows with land were attractive marriage partners when incomes were falling and land was highly valued, conversely widows were less highly sought out when population levels fell and land values declined in the post-plague decades of that century. In all this evidence there is little to suggest a marriage regime that differed fundamentally from that documented for the early modern period in England.
30 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1983
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Richard M. Smith
Hypothèses sur la nuptialité en Angleterre aux Xllle-XIVe siècles
In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 38e année, N. 1, 1983. pp. 107-136.
Abstract
Hypothesis on Nuptiality in England, Xlllth-XIVth Century
Recent work by historical demographers has shown that marriage behaviour in England from the middle of the sixteenth century
was remarkably flexible and appears to have been the major factor determining population growth rates until the late nineteenth
cen-tury. This paper assesses the evidence bearing upon the likelihood of marriage being equally flexible over time in the
medieval period. It questions the used by Hajnal to suggest that a non-European pattern of marriage was present in
England in the fourteenth century by reworking the data in the poll taxes of 1377 and 1381. In addition, evidence from
Lincolnshire serf genealogies of the late thirteenth century is assessed suggesting that the incidence of marriage and levels of
geographical marital exogamy among the females are compatible with a "European" pattern of marriage. Evidence on widow
remarriage from a Cambridgeshire manor in the fourteenth century shows that females were sought in the marriage market in
ways which took great account of prevailing economic conditions. Widows with land were attractive marriage partners when
incomes were falling and land was highly valued, conversely widows were less highly sought out when population levels fell and
land values declined in the post-plague decades of that century. In all this evidence there is little to suggest a marriage regime
that differed fundamentally from that documented for the early modern period in England.
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Smith Richard M. Hypothèses sur la nuptialité en Angleterre aux Xllle-XIVe siècles. In: Annales. Économies, Sociétés,
Civilisations. 38e année, N. 1, 1983. pp. 107-136.
doi : 10.3406/ahess.1983.411042
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1983_num_38_1_411042MOYEN GE
HYPOTH SES SUR LA NUPTIALIT EN ANGLETERRE
AUX XI IIe-XI Ve SI CLES
Le médiéviste qui examine la nuptialité en Angleterre au début des Temps
modernes découvre un phénomène culturel spécifique on retrouve rarement
dans un contexte plus large Rien oppose autant la société anglaise ou celle de
Europe du Nord-Ouest aux autres sociétés traditionnelles que le régime matrimo
nial Après la puberté les femmes dans presque toutes les sociétés traditionnelles
sont épouses ou veuves Il en va pas de même en Angleterre ni dans une grande
partie de Europe du Nord-Ouest au début de époque moderne la plupart des
jeunes filles pubères restent célibataires entre 15 et 30 ans un certain nombre
entre elles atteignant la vieillesse sans avoir jamais été mariées âge au mariage
des hommes est également tardif généralement entre 25 et 30 ans où un
faible écart entre les âges des conjoints au premier mariage Ce dernier trait
complique les débats sur la nuptialité car on observe dans autres sociétés
traditionnelles qui ne connaissent pas le mariage tardif des femmes Ainsi en Asie
âge élevé du conjoint coïncide souvent avec un âge situé entre 13 et 20 ans pour
épouse En 1971 en Inde âge moyen au mariage est de 17 ans seulement
les femmes mais proche de 25 pour les hommes
Le mariage tardif ne doit pas être considéré simplement comme une curiosité
mais comme un trait qui distingue Europe du Nord-Ouest des autres sociétés
traditionnelles Il favorisé des comportements sociaux qui auraient pas pu se
développer autrement Par exemple la période de fécondité une femme étend
sur 22 25 ans dans Angleterre des débuts de époque moderne un tiers de cette
période qui comprend les années de fécondité maximale se passe avant le mariage
ce qui place la fécondité globale un niveau bien inférieur celui aurait donné le
mariage entre 15 et 19 ans
abaissement de la fécondité qui résulte de ce type de mariage tardif pas
échappé aux démographes Mais ce qui est plus remarquable est la souplesse dont
jouissent les sociétés où le mariage est pas étroitement soumis un événement
biologique comme la puberté on en peut observer la traduction dans le
mouvement long des salaires réels et de la nuptialité en Angleterre entre 1541 et
1871 voir fig Les courbes montrent les salaires réels et la nuptialité
représentant le nombre des premiers mariages pour 000 habitants célébrés entre
107 MOYEN AGE AU
1551 1601 1651 1701 1751 1801
FIG Relation entre le taux brut de mariage et les salaires réels en Angleterre de 15 51
1851 après des données de WRIGLEV et SCHOFIELD Thé Population Hision of
England 1541-1851 1981)
15 et 34 ans calculés sur une moyenne mobile de 25 ans Les fluctuations du
taux de nuptialité reflètent effet combiné des changements de âge au mariage et
de la fréquence du célibat définitif Bien que la correspondance des deux courbes ne
soit pas parfaite elle indique de fa on très nette que la nuptialité répond aux
changements de tendance des salaires réels avec un décalage environ 30 ans et
surtout que âge et incidence du mariage varient considérablement dans le temps
âge des femmes au premier varie environ ans et demi 23 ans au
minimum 265 au maximum et les pourcentages de ceux qui ne se marient
jamais en combinant les données des deux sexes ont pu varier de 5.8 16-
20 De fait il est maintenant bien établi que les fluctuations de la nuptialité ont
été le facteur principal des changements démographiques en Angleterre aux xvic
xviie xvnie siècles et pour une grande partie du xixe siècle
Le mariage pendant toute cette période marque indépendance économique
des conjoints et il implique généralement la fondation un foyer distinct3 Il est
rare que déjeunes couples commencent leur vie conjugale dans le foyer des parents
entre le début de leur adolescence et le mariage cette étape de leur vie ils servent
comme domestiques dans autres maisons ou entrent en apprentissage ou
engagent sur un contrat annuel comme domestiques agricoles Le jeune homme
108 SMITH LA NUPTIALIT EN ANGLETERRE
ou la jeune femme sont rarement domestiques dans une famille apparentée est
pourquoi on arrive au mariage non seulement un âge très différent mais encore
avec une expérience de la vie sociale et familiale qui contraste largement avec celle
de la plupart des sociétés traditionnelles
Cet essai pour objet analyser la documentation relative la nuptialité au
cours des deux siècles et demi qui précèdent époque moderne Plusieurs questions
que je soulève sont nécessairement influencées par les recherches qui se poursui
vent sur la période ultérieure
Retour au modèle Hajnal
La plupart des historiens économistes de Angleterre médiévale croient en la
stabilité du mariage populaire est particulièrement visible dans les études portant
sur les structures démographiques de la fin du Moyen Age Pour présenter les
choses de fa on peut-être trop simple idée générale est que la stagnation
démographique de la fin du xive siècle et du xve siècle est due la forte mortalité
maintenue par les attaques récurrentes de la peste On situe alors âge au mariage
un niveau bas et les proportions de ceux qui se marient un niveau élevé dans ce
régime démographique il est donc impossible augmenter la population en élevant
la fécondité globale soit par un abaissement de âge au mariage soit par une
augmentation de la proportion des individus qui se marient En même temps on
envisage pas hypothèse une baisse de la fécondité ait contribué la stagnation
et au déclin démographique entre 1250 et 13504
Cette position est vue renforcée par les arguments présentés dans un essai
classique de démographie historique European Marriage Patterns in Historical
Perspective auteur John Hajnal suggère en Angleterre avant la fin du
xvie siècle il existait un type de mariage différent de celui on décrit pour la
période ultérieure Le modèle évoque alors celui des sociétés non européennes
dans lequel les hommes et les femmes se marient tous ou presque tous et arrivent
au mariage un âge précoce peu entre eux restant célibataires toute leur vie
Les travaux publiés récemment sur la société toscane au xve siècle fondés sur
des sources une qualité remarquable en comparaison avec les autres sources
européennes contemporaines pourraient si on les traite isolément apporter un
renfort considérable la thèse Hajnal6 En Toscane âge des femmes au premier
mariage est voisin de 18 ans et pratiquement aucune femme ne reste définitivement
célibataire Ces femmes prennent des conjoints qui sont de ans leurs aînés
Dans quelle mesure devons-nous accepter le modèle toscan comme représenta
tif de la nuptialité européenne médiévale Une documentation aussi étendue dans
espace fournissant la fois âge et la situation matrimoniale est encore
inventer Malheureusement les sources publiées sur âge au mariage et sur la
fréquence du célibat définitif privilégient la Méditerranée et Europe méridionale
Par exemple le fait une très forte proportion de femmes se marie tôt 17-18 ans
en moyenne) conduit Le Roy Ladurie affirmer que le village de Montaillou
désormais célèbre se trouvait entre 1290 et 1320 en dehors de la région où prévaut
le type européen de mariage7 Pour les villes de la vallée du Rhône quelques
fragments archives des tribunaux ecclésiastiques font dire Jacques Rossiaud que
les femmes se marient vers 20 ou 21 ans et les hommes entre 25 et 28 ans au
xve siècle Les études des contrats de mariage Toulouse aux xi ve et xve siècles
révèlent un type de mariage où des femmes situées aux degrés élevés de échelle
109 AU MOYEN AGE
sociale épousent 16 ou 17 ans des hommes âgés de 25 28 ans Même modèle
Périgueux au xve siècle après étude récente Ariette HigounetNadal10 En fait
la permanence de ce type ressort des indications apporte Keith Hopkins pour le
Bas-Empire où des femmes de 15 18 ans épousent des hommes de 27 ans 11
La spécificité géographique de ce modèle soulève autant plus de difficultés
il est possible identifier dans la même région aux xvne et xvine siècles un type
de mariage où âge de la femme est bas Les études portant sur la reconstitution des
familles partir des registres paroissiaux dans la péninsule Ibérique le Sud-Ouest
de la France et la Toscane indiquent toutes des âges au mariage situés entre 18 et
20 ans pour les femmes entre 25 et 30 ans pour les hommes 12 Au même moment
en Angleterre âge des femmes au premier mariage se situe autour de 25 ans avec
une proportion infime épouses âgées de 20 24 ans 13 La différence est manifeste
quand on compare les paroisses anglaises avec un village de la région de Valence
Pedralba récemment analysé par James Casey 14 Pedralba dans les premières
décennies du xviie siècle près de 50 des jeunes filles se marient 19 ans dans
les villages anglais contemporains 15 des filles au plus sont mariées cet
âge Ce qui indique nettement la persistance géographique un modèle de mariage
précoce et presque général pour les femmes De fait Hajnal qui marquait très
fortement les différences de comportement matrimonial entre Europe occidentale
et orientale montrait une perspicacité remarquable quand après un examen rapide
du recensement européen de 1870 il écrivait
On pourrait sans doute trouver des écarts importants par rapport au modèle
européen en se dépla ant non seulement vers Est mais vers la frange méridionale
de Europe Certaines régions de Italie ou de Espagne ressemblent davantage
la Grèce la Belgique ou la Suède 15
Ces hypothèses Hajnal ont été amplement confirmées par la recherche
récemment conduite Princeton sur la fécondité européenne les cartes qui en
résultent montrent la proportion des femmes mariées dans la population euro
péenne en 1870 Même cette date tardive la plus grande partie de Europe
méditerranéenne présente un rapport Im mesurant la proportion de femmes
mariées en âge de procréer entre 15 et 49 ans et fondée sur une comparaison avec
un maximum observé chez les Huttérites qui est constamment plus élevé que dans
Europe du Nord 16
Dans un tableau de histoire démographique de la France du Nord avant 1500
Robert Fossier déplore absence informations sur âge au mariage et la fréquence
du célibat définitif Malheureusement les témoignages précis manquent grave
ment pour notre région même au xve siècle rien ici qui permette les observations
faites en Italie 17 tant donné cette remarque il vaut la peine de noter les
découvertes récentes de Charles Phythian Adams sur Coventry au début du
xvie siècle Il montre non pas partir des âges au mariage mais des pourcentages
de femmes mariées que la population féminine de la ville répondait clairement au
modèle européen 18 Le large excédent de femmes dans la population adulte de
Coventry pourrait expliquer le faible pourcentage de celles qui se marient et aboutir
une interprétation un peu moins simple que celle que propose Phythian Adams
Néanmoins le modèle se distingue nettement de celui de Florence et autres villes
de Toscane au xve siècle Le modèle âge au mariage que Van Dijk trouve dans le
patrici de la ville côtière de Zierikzee en Hollande dans les deux premières
110 SMITH LA NUPTIALIT EN ANGLETERRE
décennies du xvie siècle paraît lui aussi bien plus proche du modèle anglais que de
celui de Europe du Sud âge médian au mariage pour les femmes se situe autour
de 24 ans chiffre qui reste remarquablement constant pendant au moins deux
siècles 19
Si ai développé longuement ces considérations comparatives est on
pourrait se laisser griser par la qualité extraordinaire des données italiennes de la fin
du Moyen Age et généraliser imprudemment ces résultats Europe tout entière au
xve siècle Quand il écrivait son essai Hajnal ne disposait pas des travaux auxquels
nous nous sommes référé Il appuyait sur des calculs il avait faits ou il avait
tirés autres études sur les proportions de célibataires chez les hommes et chez les
femmes après les données publiées sur la capitation anglaise de 1377 Ses résultats
ont été tenus pour solidement établis et confirmés 20 Mais que valent-ils
Comme Hajnal le montre très clairement pour étudier ces problèmes avec
rigueur il faudrait avoir des précisions sur le nombre de ceux qui dans ensemble
de la population restent célibataires 45-49 ans pour pouvoir préciser le nombre
de ceux qui ne se marient jamais En même temps connaître la proportion de
célibataires âgés de 20 24 ans et de 25 29 ans permettrait estimer âge moyen
au mariage Hajnal pas pu trouver de sources contenant des informations de ce
genre pour Angleterre médiévale et de fait elles ont sans doute jamais existé et
en tout cas ne nous sont pas parvenues Les seuls documents dans lesquels âge soit
spécifié sont les comptes de recettes de la capitation de 1377 levée en théorie
sur tous les individus au-dessus de 14 ans exception des mendiants et des
membres du clergé et c) des tailles de 1379 et 1380-1381 qui frappent les mêmes
individus mais partir de 15 ans et non pas de 14 21 Les comptes de recettes de la
capitation de 1377 sont considérés généralement comme les plus précis Ils
indiquent habituellement que le nombre total des contribuables sans préciser leur
sexe ni leur situation matrimoniale et la somme payée Cependant ici et là
quelques-unes des listes qui furent dressées ou nous sont parvenues contiennent ces
indications 22 Ce sont les analyses faites par Russell sur une partie de ces listes
Hajnal résume dans son article23 Hajnal est probablement pas averti des
incertitudes qui pèsent sur la qualité de ces sources quand il accepte estimation que
Russell fait de évasion fiscale Celle-ci est due la fraude directe ou au sous-
enregistrement de la population flottante et il évalue chiffre que John
Hatcher juge dérisoirement faible 24 Par la suite les historiens ont interprété les
affirmations Hajnal sans tenir compte de la fragilité de ensemble des données sur
lesquelles il travaillait et sans en mesurer par conséquent les implications pour le
calcul des proportions de la population adulte mariée 25
évasion fiscale si elle se distribue selon une répartition aléatoire dans
ensemble de la population ne devrait pas poser de problème trop grave En
revanche si affirmation que le statut matrimonial infléchit pas les données est
pas fondée des doutes sérieux surgissent sur les conclusions que on en peut tirer
En autres termes on nous demande admettre que la probabilité est la même
pour tout laïque âgé de plus de 14 ans de figurer sur ces listes fiscales quels que
soient son sexe et sa situation matrimoniale Or tous ceux qui ont travaillé sur la
capitation de 381 frappant inégalement les individus âgés de plus de 15 ans savent
bien que les données ont tendance exagérer importance des individus de sexe
masculin chefs de famille et propriétaires et sous-enregistrer au contraire les
travailleurs non mariés et en particulier les domestiques 26 On considère souvent
que une des faiblesses de la capitation de 1381 comme source de histoire
111 AU MOYEN AGE
démographique est sa tendance sous-enregistrer les femmes Comme indique
Rodney Hilton il est sans doute plus facile de dissimuler les jeunes filles de 15 ans
que les hommes qui ont déjà été dénombrés27
Les listes de 1377 présentent-elles les mêmes faiblesses On en rarement
discuté mais Postan et ceux qui acceptent son évaluation de la population anglaise
la fin du xive siècle admettent un taux évasion de 25 96 28 Sylvia Thrupp ayant
comparé quelques fragments relatifs aux paroisses londoniennes en 1377 autres
groupes de données affirme que les apprentis étaient pas comptés du tout et que
beaucoup de femmes ont dû être omises 29 Ce que la capitation nous apprend sur
les régions urbaines ne accorde donc pas avec le modèle qui ressort de étude
détaillée de Phythian Adams sur Coventry la fin du Moyen Age où les
domestiques forment 25 96 de la population totale recensée et 38 96 de la
population adulte 30 chiffres qui sont tout fait comparables ceux de Reims au
début du xve siècle31)
il apparaît que les femmes sont sous-enregistrées dans les archives fiscales il
devient très difficile de proposer une évaluation acceptable de la proportion des
femmes mariées en 1377 Hajnal considère que selon le modèle européen le
rapport du nombre de femmes âgées de plus de 15 ans et mariées la population
totale doit être inférieur 55 32 Ces calculs on doit le souligner sont fondés sur
des données de recensement compilées sur un ensemble national Pourtant dans les
comptes il utilise partir du travail de Russell Hajnal trouve que le pourcentage
de personnes des deux sexes qui sont mariées est beaucoup trop élevé pour être
compatible avec le type de mariage de Europe du Nord-Ouest
échantillon des listes de capitation utilisé par Hajnal est surtout composé des
populations de villages du Northumberland et du Rutland fig 2) avec deux cas
isolés dans Oxfordshire un cas du Lincolnshire et un cas dans le Nottingham
shire Les 32 villages du avec une population moyenne de
contribuables de 324 personnes sont beaucoup plus petits que les 23 villages du
Rutland dont la population de contribuables élève 1116 individus en moyenne
En Northumberland la proportion des hommes mariés est beaucoup plus élevée
en Rutland fig 3)
Russel négligé les comptes de 14 autres villages du Rutland qui fournissent
aussi le nom et la situation matrimoniale des individus 33 Quand on les ajoute
ceux il utilisés le pourcentage moyen des hommes mariés en tenant compte
des veufs et des hommes seuls dont la situation matrimoniale est pas connue)
établit 634 Il est plus élevé pour les femmes Si nous observons la
distribution de ces valeurs autour de la moyenne nous trouvons une valeur
médiane de 612 et une distribution déviée légèrement gauche de la moyenne
pour les hommes fig De plus si on tient compte de la sous-évaluation
des clercs et des vagabonds parmi les hommes et une évasion fiscale
plus forte sans nécessairement accepter les niveaux proposés par Postan et Titow
on peut facilement admettre la possibilité que le pourcentage des hommes âgés
de plus de 14 ans et mariés dans le Rutland de la fin du xive siècle atteint 50-55 96
fig 4)
Il est intéressant de comparer ces données du Rutland avec les listes postérieures
1599 qui précisent âge des hommes mariés de plus de 14 ans 34 Le trait le plus
frappant est que la plupart de ces communautés après 1599 tableau présentent
des proportions hommes mariés qui sont du même ordre que celles des sources
médiévales pour le Rutland où hypothèse que le modèle de mariage pour les
112 SMITH LA NUPTIALIT EN ANGLETERRE
-Reagrave
Cottehham.
FIG Villages et comtés mentionnés dans le texte
Northumberland Nottinghamshire Leicestershire Lincolnshire Rutland Hun
tingdonshire Cambridgeshire Norfolk Suffolk 10 Essex 11 Worcestershire
12 Oxfordshire 13 Gloucestershire
hommes connu des traits constants sur la très longue durée caractéristique déjà
très fortement marquée dans la population des paroisses de 1550 1750
appui de cette proposition on peut trouver des preuves supplémentaires
dans les comptes de la capitation de 1380-1 38 pour le Gloucestershire impôt
pèse sur les individus âgés de 15 ans et plus Il se trouve que les percepteurs ayant
fait un premier relevé lacunaire ils ont complété par un second relevé Cette
deuxième liste comprend surtout des travailleurs et des domestiques non mariés
des hommes pour la plupart la fin de chaque liste revient la formule omnes isti
sunt laborara et servientes35 Ces documents sont dans un très mauvais état
matériel et on ne peut malheureusement rattacher de listes supplémentaires dix
113 MOYEN AGE AU
100
FIG Pourcentages hommes mariés âgés de 14 ans et plus dans échantillon utilisé par
John HAJN European Marriage Patterns in Perspective dans GLASS and
EVERSLEY eds Population in History En noir Nottinghamshire Oxfordshire
Lincolnshire et Rutland En blanc Northumberland
100
FIG Pourcentages hommes et de femmes mariés âgés de 14 ans
et plus dans le Rutland en 1377 En noir les hommes
TABLEAU Pourcentages hommes mariés âgés de 14 ans et plus
dans villages de Angleterre préindustrielle
Ealing(1599 397
Gt Abingdon(1686 579
Chilvers Coton 1684 574
Lichfîeld(1692 557
Ringmore(1698 566
Stoke-on-Trent(1701 528
Cardington(1782 717
Corfe Castle 17 90 393
Ardleigh(1796 485
114 SMITH LA NUPTIALIT EN ANGLETERRE
villages du premier relevé Mais la proportion des hommes mariés ils font
apparaître en est pas moins saisissante Dans les dix villages du premier relevé
elle est de 627 mais quand les travailleurs et les domestiques non mariés sont
comptés elle tombe 538 fig Il faut ajouter que certains villages sont
enregistrés comme ayant pas de liste additive quod ad primùm sessionem plene
presentaverufit La proportion des hommes mariés dans ces villages est générale
ment inférieure 60 96
villages
20 25 35 40 45 50 55 60 65 70 75 80 85 90 95 100
FIG Pourcentages ïhommes mariés âgés de 15 ans et plus dans le Gloucestershire
en 1381 En noir le deuxième dénombrement
Il est difficile avoir des certitudes sur le sens de ces pourcentages sinon sur le
fait que les proportions générales semblent parfaitement compatibles avec une
distribution de âge au mariage des hommes de type ouest-européen Pour être plus
sûr il faudrait connaître la structure par âges de la population en 1377 ou en 138
Tout ce que nous pouvons faire en attendant avoir des estimations plus réalistes
de espérance de vie et de la durée moyenne une génération grâce analyse des
comptes des tribunaux seigneuriaux est avoir recours aux structures par âge
théoriques En utilisant les tables de mortalité Ansley Coale et Paul Demeny
relatives une population occidentale taux de mortalité élevé niveaux et
équivalents des espérances de vie la naissance eos de 25 et 30 ans respective
ment) on peut en déduire la structure par âge 36 Il est peu vraisemblable que de
vastes régions de Angleterre de la fin du xive siècle aient connu une croissance
démographique On peut donc considérer que les conditions allaient de la stabilité
un déclin de par an Il nous faut ensuite connaître les distributions du mariage
par âge on puisse considérer comme typiques des modèles européen et non
européen Nous avons utilisé celles de la Toscane en 1427 et de Angleterre des
xvne et xvnie siècles échantillon anglais est malheureusement très réduit les
dénombrements ne fournissent en même temps âge et la situation matrimoniale
que pour neuf localités Mais les chiffres cumulés en révèlent pas moins une
distribution du mariage caractéristique de Europe du Nord-Ouest Elle se
115

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