II Psychologie générale - compte-rendu ; n°1 ; vol.62, pg 301-319

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1962 - Volume 62 - Numéro 1 - Pages 301-319
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1962
Lecture(s) : 27
Nombre de pages : 20
Voir plus Voir moins

II Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1962 vol. 62, n°1. pp. 301-319.
Citer ce document / Cite this document :
II Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1962 vol. 62, n°1. pp. 301-319.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1962_num_62_1_7263— Psychologie générale II.
Gox (D. R.). — Planning Of experiments (Planification des expé
riences). — In-8° de vu et 308 pages, New York, John Wiley & Sons,
1958.
Ce livre se propose de présenter aux chercheurs — qui doivent établir
des expériences sur le « pourquoi » et le « comment » — différents plans
systématiques d'analyse qui leur permettront de contrôler les effets
des différents niveaux des variables étudiées. Il ne s'agit pas dans ce
livre d'une présentation des moyens mathématiques et statistiques,
c'est-à-dire de la résolution du plan une fois les résultats acquis. Il
s'agit de traiter, et en fait peu de livres jusqu'à présent l'ont fait avec
autant de clarté, de la phase préparatoire à l'établissement du plan — les
données sont en général considérées comme implicitement connues par
les ouvrages sur les plans d'expérience qui traitent de l'analyse statistique.
L'auteur s'intéresse aux plans d'expérience complexes qui relèvent
de la méthode d'analyse de la variance et de ses dérivés. Si nous compar
ons son livre à celui d'Edwards, il a une perspective plus étroite mais
plus approfondie. Après avoir rappelé les propriétés essentielles d'un
plan d'expérience, absence d'erreur systématique, précision, validité
et simplicité, sont présentés les plans qui permettent de réduire l'erreur
due aux facteurs incontrôlables : augmentation du nombre des obser
vations, groupements de celles-ci en blocs, prise au hasard des mesures
à l'intérieur des blocs et répartition au hasard de ceux-ci, principe du
carré latin. Cette répartition selon le est fondamentale par rap
port à la technique d'analyse de la variance sous la forme la plus simple.
Puis l'auteur expose les principes fondamentaux des plans factoriels,
la nature des facteurs dont on analyse les effets, les interactions possibles
de ces facteurs entre eux, le plan factoriel en split plot. Deux chapitres
sont à la suite consacrés au choix du nombre des observations, problème
qui doit résoudre le conflit entre économie et simplicité d'une part et
multiplicité des facteurs en jeu isolables mais non dissociables dans
le temps d'autre part.
Le livre se termine par la présentation des plans factoriels incomplets,
l'exposé des problèmes que posent la répétition partielle et la « confusion »
des données, les plans complexes dérivés cross-over.
Les exposés théoriques des problèmes soulevés sont toujours accompag
nés d'exemples empruntés aux différents domaines de recherches,
agricoles, biologiques, psychologiques. Des tables de permutations au
hasard de 9 et de 16, ainsi que celle des nombres au hasard, complètenl;
ce livre très clair dans son développement.
Ü. O. 302 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Dorsch (F.). — Psychologisches Wörterbuch (Vocabulaire de la
psychologie). — 6e éd. revue avec la collaboration de Werner Traxel,
introduction aux méthodes mathématiques appliquées à la psychol
ogie de Wilhelm Witte, in-80de488 pages, Berne, Hans Huber, 1959.
Get ouvrage, destiné aux profanes ainsi qu'aux étudiants débutants,
comporte 4 parties :
1° Le vocabulaire proprement dit, couvrant tous les domaines et
méthodes de la psychologie ; les définitions sont assez brèves, mais par
les renvois aux auteurs figurant dans la bibliographie, il est possible
de compléter les informations.
2° Une annexe relative aux tests, subdivisée en trois parties :
a) Vocabulaire relatif aux méthodes et appareils utilisés en testologie ;
b) Nomenclature des tests (environ 500) classés par ordre alphabétique,
suivis du nom de l'auteur du test ; liste assez complète des tests
actuellement employés en Allemagne, en France et aux U.S.A. ;
c) Auteurs de tests par ordre alphabétique ; quelques très brèves
explications sur la passation du test, mais aucune indication sur son
emploi. Seuls le Binet-Simon et le test de Rorschach sont traités de
façon plus exhaustive.
3° Annexe mathématique, après une introduction traitant de la psy
chophysique et des notions générales employées en statistique, l'A.
aborde les méthodes elles-mêmes. Ce n'est pas un manuel de
mais un essai pour faire comprendre la signification des formules mathé
matiques rencontrées dans la littérature.
4° Bibliographie : importante surtout pour les ouvrages en langue
allemande.
Manuel pratique répondant bien aux intentions des auteurs.
R. M.
Torgerson (W. S.). — Theory and methods of scaling (Théorie
et méthodes concernant la construction des échelles). — In-8° de 460 p.,
New York, John Wiley, 1958.
De nombreuses techniques ont été élaborées en vue de la construction
d'échelles de mesure. Dans certains cas, les mêmes techniques sont
employées sous des noms différents, dans d'autres, des fort
différentes sont désignées sous le même nom. Un effort de clarification
semblait nécessaire. Aussi l'A. a-t-il été chargé, à la demande du Committ
ee on Scaling Theory and Methods of the Social Science Research Council,
de présenter l'ensemble des travaux accomplis dans ce domaine.
Après deux chapitres consacrés à la mesure en général, l'A. présente
une classification des méthodes de construction d'échelles en se basant
essentiellement sur le mode d'approche centré sur le sujet, le stimulus ou
la réponse. Ce sont des correspondant aux deux derniers modes
d'approche qui sont présentées au cours de l'ouvrage, cette présentation
comportant la discussion des fondements théoriques, des procédures
d'obtention et d'analyse des données et de la mesure de l'ajustement. LIVRES 303
Une bibliographie d'environ 600 articles complète utilement ce
livre qui n'est véritablement accessible qu'aux lecteurs déjà familiarisés
avec les notions élémentaires de statistique, d'analyse factorielle, de
calcul différentiel et intégral et d'algèbre matricielle. XV. Lt.
Gulliksen (M.), Messick (S.). — Psychological scaling : theory
and applications (Construction d'échelles psychologiques : théorie
et applications). — In-8° de 211 pages, New York, John Wiley,
1960.
Les 14 chapitres constituant ce livre collectif sont les textes présentés
en mai 1958, à l'Université de Princeton, au cours d'un cycle de confé
rences sur la construction des échelles psychologiques.
Les communications des différents participants sont groupées
d'après les cinq thèmes suivants :
1° Propriétés des échelles catégorielles et des échelles d'estimation
quantitative ;
2° Construction des échelles psychophysiques ;
3° Mesure des attitudes et problèmes impliqués par l'analyse des
structures latentes ;
4° Choix et mesure de l'utilité ;
5° Aspects variés des échelles multidimensionnelles.
L'ensemble de cet ouvrage, bien que constituant un assez bon échan
tillonnage des problèmes théoriques et méthodologiques soulevés par
la construction des échelles, ne saurait être considéré comme un traité
de la question en raison même de l'hétérogénéité des différentes partici
pations. Le lecteur n'y trouvera un profit véritable que dans la mesure où
ces problèmes lui sont déjà familiers et ses connaissances mathématiques
suffisamment étendues. „ , K,. Lj.
Piaget (J.). — Les mécanismes perceptifs. — In-8° de 457 pages,
Paris, Presses Universitaires de France, 1961.
Voici la somme des recherches sur la perception poursuivies pendant
les vingt dernières années par Piaget et ses collaborateurs, à Genève.
Certaines d'entre elles avaient été publiées dans les Archives de Psychol
ogie sous la rubrique générale de « Recherches sur le développement des
perceptions », mais nombreuses sont celles qui n'avaient encore fait
l'objet d'aucune publication. Nous pensons notamment aux beaux
travaux de Vinh Bang sur les mouvements oculaires.
L'ouvrage se divise en 3 parties : les effets primaires, les activités
perceptives et les relations entre la perception et l'intelligence.
Piaget appelle effet primaire, un effet perceptif observable en un seul
et même champ momentané de perception. A cette catégorie appartien
nent les illusions optico-géométriques que Piaget a étudiées selon une
méthode génétique, à trois points de vue. Il mesure l'évolution d'une
erreur en fonction de l'âge, de la répétition des mesures et de la durée de ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 304
vision (genèse actuelle). La loi des centrations relatives, exposée anté
rieurement à plusieurs reprises, de façon plus ou moins complète, est le
modèle probabiliste qui permet de rendre compte de toutes les déformat
ions de type primaire. Rappelons brièvement qu'elle fait découler la
déformation perceptive d'une ligne L d'une figure, d'une combinaison
entre, d'une part, les probabilités de rencontre entre les points de L
et les points correspondants du système récepteur du sujet, et d'autre
part les probabilités de couplage entre les rencontres effectuées sur L
et sur les autres lignes de la figure. Pour qu'il n'y ait pas déformation
perceptive, il faut que les rencontres aient la même densité sur toutes
les lignes à comparer car, en ce cas, les couplages sont complets. Des
couplages incomplets entraînent une déformation systématique :
surestimation de l'élément le plus grand par rapport au plus petit.
Il est classique de distinguer deux catégories d'illusions perceptives
en fonction de leur évolution avec l'âge : les unes, diminuant avec l'âge
sont dites innées (Binet) ou primaires (Piaget) ; les autres apparaissent
ou augmentent avec l'âge et sont appelées acquises ou secondaires.
Dans les « Mécanismes perceptifs », Piaget démontre, de façon éblouis
sante, que cette distinction entre primaire et secondaire est d'apparence
et non point de nature. D'une part, le développement d'un même facteur :
l'activité perceptive suffit à rendre compte aussi bien de la réduction
de certaines erreurs que de l'apparition d'autres déformations. Un effet
primaire étant causé par une hétérogénéité des couplages, il est certaines
figures assez simples pour lesquelles une augmentation de l'activité
perceptive se traduit par un accroissement du nombre des couplages
complets et donc une diminution des déformations. Il est, au contraire,
d'autres figures plus complexes pour lesquelles les couplages — d'abord
incomplets — ne s'établissent qu'à partir d'un certain niveau d'activité
perceptive, entraînant dans une première période l'apparition d'une
déformation.
D'autre part, il est fort possible qu'un effet primaire, observé chez
un très jeune enfant, ne soit que l'aboutissement, la cristallisation
d'une série d'activités perceptives antérieures et que la déformation
perceptive observée aujourd'hui représente le point ultime d'une évo
lution antérieure. Bref, il n'y aurait pas de différence de nature entre
effets primaires et secondaires.
Refusant à la fois le structuralisme sans genèse des théoriciens de la
forme et le génétisme sans structure des empiristes, Piaget choisit un
structuralisme génétique : chaque structure est le produit d'une genèse,
chaque genèse fait passer d'une moins évoluée à un« structure
plus évoluée.
Constances et causalité perceptives, perception du mouvement et
de la vitesse, sont traitées elles aussi comme des fruits de l'activité
perceptive, mais, si l'exposé théorique demeure brillant, la démonstrat
ion expérimentale nous paraît moins poussée et moins convaincante
que dans les chapitres précédents. LIVRES 305
La dernière partie de l'ouvrage traite de la possibilité d'une filiation
entre perception et intelligence, filiation que Piaget rejette. L'action
du sujet est à la source du développement de l'intelligence, du sensori-
moteur au logico-mathématique. C'est elle aussi qui, sous la forme
d'activités perceptives, entraîne l'évolution des perceptions, avec
sédimentation des résultats de ces activités sous forme d'effets de
champ. Perception et intelligence se développent donc parallèlement,
chaque acquisition de l'intelligence (notions, cadre de références, etc.),
entraînant toutefois une modification des structures perceptives.
Cet aperçu trop bref donne une idée de l'importance et de la richesse
de ce livre. Néanmoins il est regrettable que certaines négligences
formelles en rendent la lecture parfois malaisée.
Un grand nombre des recherches citées ayant déjà fait l'objet de
publications, comme nous l'avons dit au début, le détail des techniques
n'est, en général, pas exposé. D'autre part, soucieux d'appuyer toujours
son argumentation sur des résultats expérimentaux, Piaget donne,
pour chaque recherche, de nombreux résultats chiffrés (120 tableaux) ;
il arrive donc que le lecteur ne trouve dans le texte aucun renseignement
sur la manière dont les résultats ont été calculés ni même sur les unités
dans lesquelles ils sont exprimés. Il n'y a pas de bibliographie à la
fin de l'ouvrage ; quelques références sont signalées en bas de page
mais, trop souvent, le nom de l'auteur cité ne s'accompagne d'aucune
indication sur l'œuvre ou l'article auquel il est fait allusion. Enfin,
on se demande comment un éditeur a pu publier un ouvrage de cette
valeur et de cette densité sans l'accompagner d'un index matières qui
permette au lecteur de retrouver un passage précis sans recommencer
la lecture complète du livre.
On pourra facilement remédier à ces insuffisances lors d'une réédition.
Il serait néanmoins fâcheux que les difficultés qu'elles entraînent décou
ragent des lecteurs, non spécialisés en ce domaine, d'apprécier un livre
qui, indubitablement, fera autorité en tout ce qui concerne la perception.
E. V.
Borg (G.), Dahlström (H.). — The perception of muscular work
(La perception du travail musculaire). — In- 8° de 27 pages, Umea,
Umea Research Library, 1960. — Borg (G.). — Interindividual
scaling and perception of muscular force — Perceived exertion in
relation to physical work load and pulse rate (Établissement d'une
échelle interindividuelle et perception de la force musculaire — Effort
perçu en relation avec la grandeur de travail physique et la fréquence
du pouls). — Reports from the Department of Psychiatry, Medical
School, Umea, n08 1 et 2, avril et mai 1961, 12 et 10 p.
Intéressantes recherches ayant trait au problème toujours irrésolu du
mécanisme en jeu dans la perception et la régulation volontaire
de l'effort musculaire.
Le premier travail a visé l'établissement d'une échelle subjective
A. PSYCHOL. 62 20 306 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
dans la ligne des travaux de Stevens et d'Ekman. Les auteurs ont utilisé
un bicycle ergométrique à pédale que les sujets devaient faire fonctionner
à 60 tours par minute, la résistance étant réglée par un dispositif éle
ctronique, en sorte que la puissance mise en jeu corresponde à une série
de 6 valeurs équidistantes de 400 à 1 650 kpm/mn. Pour chacune d'elles,
après 30 s de pédalage, les sujets devaient régler eux-mêmes le freinage
pour que celui-ci leur paraisse correspondre à une puissance moitié
moindre.
Dans une première expérience sur 4 sujets, les valeurs moyennes de
la moitié apparente ont été les suivantes :
Étalon 400 650 900 1150 1400 1650
Moitié... 241 380 560 719 849 1063
L'appréciation de la force de résistance (par l'intermédiaire de l'effort
musculaire dépensé) a pu être représentée par une fonction de puissance
suivant une formule d'Ekman : R = c (S + a)n où R est l'impression
subjective, S la puissance (envisagée comme stimulus), c, a et n des
constantes, l'exposant n (valant 1,6) donnant la pente de la droite
représentative en coordonnées doublement logarithmiques. Mais cette
constante était très différente pour les 4 sujets, en sorte que les échelles
sont apparues comme devant avoir un caractère individuel, ce qu'a
bien montré une analyse de la variance dans une application à 12 sujets
différents, et au cours de quelques expériences complémentaires où on
changeait l'ordre de variation (descendant ou ascendant), le travail
fourni en variant la durée.
Reprenant la question avec la même méthode à propos du problème
général des différences individuelles dans les échelles subjectives,
Borg a utilisé dans les expériences 4 sujets de forces très différentes,
en leur demandant de rétablir une puissance égale en une moitié moindre,
après l'étalon (5 volumes, de 500 à 1 500 kpm/mn), exprimant en vigs
les grandeurs subjectives. De cette manière il a pu faire intervenir la
force musculaire des individus dans la constante c de la formule, et
rapporter la valeur jugée moitié, non plus à la puissance étalon mais
à celle jugée égale à l'étalon par le sujet (sous-évaluée inégalement pour
les fortes puissances, surévaluée pour les faibles).
Le vig est défini comme unité correspondant à l'impression engendrée
lorsque le sujet atteint le maximum de sa force de pédalage.
Dans ces conditions, les caractéristiques individuelles des 4 sujets
dont les forces maximales ont été de 2 460, 2 740, 2 755 et 3 336 appa
raissent dans les 4 formules individuelles d'interprétation :
R = 1 714.10-« (5 + 377)1-67
R = 3 222. 10~7 (5 + 99)1'88
R = 2 396.10-« (5 + 52)1-68
R = 1 131. 10-10 (5 + 338)2'79
Dans ces conditions, sur coordonnées arithmétiques, l'accroissement
curviligne en vigs (130) est le plus faible dans la marge de 500 à ■
1 500 kpm/mn pour le sujet le plus fort, malgré l'exposant le plus
élevé, et le plus fort pour le sujet le plus faible (530 vigs).
La donnée est intéressante, mais l'expérience aurait dû être faite en
utilisant comme étalons des sous-multiples constants de la force indivi
duelle des sujets, afin d'éliminer simplement ce facteur pour déterminer
l'importance des autres, qui jouent dans tous les cas en matière d'appré
ciations subjectives.
Dans son dernier travail, Borg a fait apprécier un effort total
(exertion, laboriousness ) en une échelle de 21°, ou en pourcentage d'un
étalon (300 fixé à 10) à 12 sujets, avec des pédalages de 6 mn avec
puissance allant de 100 à 1 200 kpm/mn, celui de 300, répété, servant
d'étalon. En même temps était déterminée la fréquence du pouls,
Les différences individuelles — très marquées, d'après ce qu'il a
noté — n'ont pas été envisagées (ni cette fois la force propre des sujets).
Voici les moyennes obtenues pour la catégorie d'estimation en
degrés :
Kpm/mn 100 300 (3 fois) 600 900 1200
Sur 21 1,5 4,5-7 13 15,5 18
Pouls 87,5 97,4-99,4 120,9 148 175,1
L'accroissement de fréquence du pouls est linéaire. Les estimations
moyennes présentent une allure moins régulière mais assez voisine pour
montrer une possibilité d'appréciation assez conforme à l'effet objectif
de l'effort fourni pendant cette période de 6 mn.
H. P.
Études d'épistémologie génétique : Gréco (P.), Piaget (J.).
— VII. Apprentissage et connaissance. Apostel (L.), Jonc-
kheere (A. R.), Matalon (B.). — VIII. Logique, apprentissage et
probabilité. Morf (A.), Smedslund (J.), Vinh-Bang, Wohlwill (J.).
— IX. L'apprentissage des structures logiques. Goustard (M.),
Gréco (P.), Matalon (B.), Piaget (J.). — X. La logique des apprent
issages. — In-8°, Paris, Presses Universitaire de France, 1959-
1961.
Ces quatre fascicules des Études d'épistémologie génétique complètent
le premier cycle de recherches entreprises par le Centre de Genève,
et consacrées à la logique du sujet. Après quatre volumes consacrés à
l'étude des relations entre logique et langage, et deux autres à celles
entre logique et perception, ces derniers abordent le problème de la
logique dans ses rapports avec les phénomènes d'apprentissage.
Dans la perspective de l'épistémologie génétique, les problèmes
fondamentaux qui se posaient étaient les suivants :
— Est-il possible de rendre compte de la genèse des structures
logiques au moyen de lois de l'apprentissage, du genre de celles qui ont
été dégagées par Hull ou Tolman ?
— Les phénomènes d'apprentissage se ramènent-ils à des processus 308 ANALYSES BirîMOORAPIIIQUES
d'association simples, ou au contraire supposent-ils une organisation
préalable, et laquelle ?
Ces deux problèmes sont évidemment liés, et constituent deux voies
pour aborder les questions épistémologiques fondamentales posées par
'empirisme.
Le problème général est posé par Piaget dans deux articles (fasc. VII
et X) qui constituent l'introduction et la conclusion de cet ensemble
de recherches. Faisant le résumé et la synthèse des travaux publiés,
il situe les processus d'apprentissage dans l'ensemble des mécanismes
d'évolution, et montre la nécessité d'introduire, pour rendre compte
de l'ensemble de ceux-ci, la notion d'équilibre.
Le problème de l'apprentissage des structures logiques est posé sur
le plan théorique par Apostel (VIII), auquel répond P. Gréco (X).
Le projet d'Apostel est de montrer que, étant donné les définitions
adéquates des comportements logiques d'une part, et d'autre part une
théorie de l'apprentissage suffisamment générale (il s'appuie principal
ement sur le modèle de Bush et Mosteller, dans lequel il voit la partie
commune à l'ensemble des théories actuelles), il est possible d'expliquer
la formation des comportements logiques uniquement par apprentissage
à partir des interactions avec le milieu. Pour arriver à cela, Apostel a
été amené à axiomatiser, et à exprimer en termes comparables, diff
érentes théories de l'apprentissage : celles de Hull, Tolman, Guthrie,
Piaget. Cette tentative est susceptible d'intéresser les psychologues de
façon générale, indépendamment de la thèse soutenue par l'auteur.
S'appuyant en grande partie sur les résultats expérimentaux publiés
dans ces mêmes volumes, Piaget et Gréco montrent la nécessité de
distinguer apprentissage et développement. En effet, une série de tenta
tives de faire apprendre à des enfants des comportements logiques d'un
niveau supérieur au leur (Gréco, Morf, Wohlwill, Smedslund) montrent
qu'on se heurte à des difficultés fondamentales. En général, les modifi
cations de comportement sous l'influence de l'expérience et des consta
tations sont faibles, ou se produisent par insight. Ne semblent pouvoir
procéder à des constatations utiles que les sujets capables d'organiser
leur perception ou leurs manipulations.
Les résultats de ces recherches vont donc plutôt dans le sens de
l'hypothèse d'une activation d'une structure latente que de la création
de celle-ci sans l'influence de l'expérience.
Abordant l'autre problème, celui de la logique des processus d'apprent
issage, Goustard, Gréco et Matalon (X) proposent à des sujets des
situations où apparaissent des régularités dépourvues de nécessité
« logique ». Là encore, on constate l'intervention de schemes préalables
permettant au sujet d'organiser l'expérience et d'intégrer ses consta
tations.
Ces travaux sont complétés par un article de Vinh-Bang (IX) qui
étudie l'évolution des conduites à des épreuves opératoires en l'absence
d'apprentissage systématique. Ces données présentent un double intérêt : LIVUES 309
elles fournissent une base de comparaison pour apprécier et interpréter
les résultats obtenus au cours des tentatives d'apprentissage de structures
logiques ; mais de plus, l'allure de ces différentes courbes, la façon dont
on peut les grouper, les relations entre conduites, qu'elles mettent en
évidence, fournissent des hypothèses intéressantes sur les facteurs de
développement.
Enfin, Jonckheere (VIII), dans un article de nature un peu diffé
rente, propose un modèle stochastique d'apprentissage fondé sur un
autre principe que les modèles linéaires proposés par les chercheurs
américains. g ^
Suppes (P.), Atkinson (R). — Markov learning models for multi-
person interactions. Stanford Mathematical Studies in the Social
Sciences V. — In-8° de 296 pages, Stanford, Stanford University
Press, 1960.
Get ouvrage apporte à la fois un élargissement et un approfondisse
ment de la théorie des modèles stochastiques d'apprentissage, développés
depuis une dizaine d'années par un certain nombre de psychologues
américains d'orientation fortement mathématique, comme Estes et
Bush.
La manière dont les théories mathématiques de l'apprentissage se
sont développées a fait craindre à un certain nombre de psychologues
qu'elles n'aboutissent à une impasse, le raffinement formel se substituant
à l'intérêt des problèmes proprement psychologiques étudiés. L'ouvrage
de Suppes et Atkinson pourra calmer ces inquiétudes : les techniques
mathématiques y sont mises au service d'une problématique psychol
ogique, et le domaine étudié est de ceux qui n'avaient jusqu'à présent
été que rarement traités de façon rigoureuse. Il s'agit du problème de
l'interaction entre deux ou plusieurs personnes dans une situation de
jeu. Le schéma général des expériences est le suivant : chaque sujet est
dans une situation de choix binaire. La probabilité de renforcement ne
dépend pas seulement de la réponse du sujet, comme dans les expériences
individuelles d'apprentissage de probabilité, mais des réponses d'autres
sujets. On se trouve ainsi dans une situation proche, de certains points
de vue, de celles dont s'occupe la théorie des jeux. Les différentes situa
tions expérimentales diffèrent par la matrice d'imputation et le type
de solution prévu par la théorie, l'information fournie au sujet, la nature
du renforcement (récompense ou approbation verbale).
Pour analyser le comportement de leurs sujets dans différentes
situations de ce type, les auteurs emploient deux moyens d'approche :
la théorie mathématique de l'apprentissage de Estes, et la théorie des
jeux. Des modèles dérivés des deux théories sont appliqués à chaque
situation, et leurs prévisions sont confrontées avec les résultats empir
iques. Tout au long de l'ouvrage, on assiste ainsi à une sorte de compét
ition entre les deux théories, dont la théorie de l'apprentissage soit
victorieuse.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.