III — Psychologie animale - compte-rendu ; n°2 ; vol.53, pg 596-606

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L'année psychologique - Année 1953 - Volume 53 - Numéro 2 - Pages 596-606
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1953
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G. Viaud
III — Psychologie animale
In: L'année psychologique. 1953 vol. 53, n°2. pp. 596-606.
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Viaud G. III — Psychologie animale. In: L'année psychologique. 1953 vol. 53, n°2. pp. 596-606.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1953_num_53_2_30132— Psychologie animale. III.
Homoehromie et vision :
ERGENE (S.). — Farbanpassung entsprechend der jeweiligen
Substratfärbung bei « Acrida turrita » (Homoehromie correspon
dant à la couleur du substrat chez « Acrida turrita »). — Z. vergl.
Physiol., 1952, 34, 69-74. — Spielt das Auge beim homochromen
Farbwechsel von « Acrida turrita » eine Rolle? (Uœil joue-t-il
un râle dans F homoehromie d'«. Acrida turrita »?). — Ibid., 159-162.
— Homochrome Farbanpassung bei « Œdipoda »-larven (Homoe
hromie chez les larves cT« Œdipoda y>). — Ibid., 163-165.
Des larves vertes et jaunes à' Acrida turrita, ainsi que des larves
brunes, grises et noires àJ Œdipoda, placées assez longtemps avant
une mue sur un substrat de couleur différente de celle de la larve,
présentent, à la suite de la mue, des phénomènes d'homochromie
avec le substrat. Chez Acrida, cette adaptation homochrome s'ob
serve pour toutes les couleurs du spectre sauf le bleu : les larves
mises sur un fond bleu deviennent grises après la mue. Ces phéno
mènes s'expliqueraient par une élimination plus ou moins complète
de l'un des deux ou des deux pigments qui produisent la couleur
verte; l'un est un pigment caroténique jaune, l'autre un pigment
biliaire bleu (ce qui explique l'impossibilité de l'adaptation au bleu).
Les larves à' Acrida, dont on a laqué les yeux et les ocelles, présentent
des adaptations homochromes au rouge, à l'orangé, au jaune et au
violet, mais non au vert. Des larves vertes aveuglées placées sur un
fond vert deviennent jaunes après la mue. Ces faits montrent qu'en
général l'homochromie n'est pas à commande visuelle, mais que
l'adaptation à la couleur verte et le maintien de cette coloration
dépendent de l'intégrité du sens visuel.
G. V.
Vision et Phototropisme chez les Insectes :
FINGERMAN (M.). — The role of the eye pigment of « Droso-
phila melanogaster » in photic orientation (Rôle de la pigmentat
ion de Vcèil de « D. m. » dans l'orientation photique). — J. exp.
Zool., 1952, 120, 131-164. — BAUERS (C). — Der Fixierte- PSYCHOLOGIE ANIMALE 597
reich des Insektenauges (La région de fixation de l'œil composé
de V Insecte). — Z. vergl. Physiol., 1953, 34, 589-605.
Le travail de Fingerman est une étude expérimentale de l'orien
tation phototropique de six races de Drosophiles (sauvage, sépia,
brown, vermillon, apricot et white) ne différant morphologiquement
entre elles que par la pigmentation des yeux composés. Cette étude
a été faite avec des lumières monochromatiques de longueurs d'onde
variant entre 366 et 700 \x. Les Mouches étaient placées dans un tube
de verre en Y dont une branche était éclairée, l'autre obscure; on
comptait les pourcentages des s' en gageant dans la partie
éclairée du tube (technique de Brown et Hall, 1936). Le pourcentage
trouvé était considéré comme une mesure du pouvoir orientant de
la lumière. Résultats : 1° la radiation 366 (J. est la plus attractive pour
toutes les races étudiées (cf. résultats de L. M. Bertholf, 1931);
2° il existe, dans la partie visible du spectre, un deuxième maximum,
moins élevé, qui varie selon les races et semble correspondre, très
grossièrement, au maximum d'absorption du pigment oculaire. Les
races dont l'œil est coloré par un complexe de deux pigments pré
sentent parfois deux maxima d'attraction dans le visible (cas de la
Drosophile sauvage), 3° il y a une relation directe entre le degré de
pigmentation de l'œil et le pouvoir orientant de la lumière : les
Mouches sépia ou sauvages choisissent plus souvent la branche éclai
rée du tube que les Mouches apricot et white, et ce pour n'importe
quelle radiation. Ce fait s'expliquerait par le fonctionnement sélect
if de l'œil de la Drosophile, dont les fourreaux pigmentaires isolent
plus ou moins les unes des autres les ommatidies. Ce travail est
passible de plusieurs critiques : 1° l'auteur n'a pas jugé utile d'em
ployer un dispositif capable de fournir des radiations monochromat
iques à' égale énergie, si bien que les indications concernant les
maxima d'attraction dans le visible sont dépourvues de réelle valeur;
2° la technique de Brown et Hall suppose que toutes les Mouches
sont photopositives — ce qui n'est pas certain a priori. De plus,
elle néglige totalement l'effet photocinétique des radiations spec
trales, pour ne retenir que leur pouvoir orientant. Signalons encore
que l'existence d'un maximum d'attraction dans l'ultra-violet reste
totalement inexpliquée.
Bauers analyse d'abord les réactions phototactiques d'un certain
nombre d'Insectes aveuglés unilatéralement pour déterminer les
limites de la région de fixation en sens vertical. Ces Insectes appar
tenaient à des groupes très différents : Apis, Calopteryx, Bibio,
Cicindela, Coccinella, Melolontha, Cantharis. Les résultats de ces
expériences montrent qu'il existe dans les yeux composés de ces
Insectes plusieurs zones de valeur fonctionnelle différente et que
seules les parties centrales ou moyennes de ces yeux sont propres à
la fixation. Ensuite il utilise les déplacements photoménotactiques
de Dixippus morosus pour déterminer les limites de la région de
l'année psychologique, lui, fasc. 2 33 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 598
fixation dans les yeux composés de cet animal en sens horizontal
(ce choix est adopté pour des raisons morphologiques). Il observe
que dans ce cas également les parties de l'œil situées en bordure, vers
l'avant comme vers l'arrière, sont impropres à la fixation. Enfin,
une comparaison de ces résultats physiologiques avec des données
morphologiques est faite à l'aide de coupes histologiques sagittales
(c'est-à-dire dans l'axe des ommatidies). Ces coupes ont été prises
dans différents plans des yeux. La mesure des angles de divergence
des ommatidies montre que les parties moyennes des yeux sont
seules capables de servir à la fixation, car elles seules possèdent des
angles ommatidiens suffisamment petits. Il est à remarquer que les
limites des régions de fixation dans les yeux de tous ces Insectes
sont fort écartées : ainsi, pour l'Abeille, dont le champ visuel monoc
ulaire couvre au total 202° en sens vertical, la région de fixation
embrasse 70 % de ce champ. Peut-on encore parler, dans ces condi
tions, d'une région de fixation homologue de notre macula lutea?
G. V.
Sens thermique des Abeilles :
HERAN (H.). — Untersuchungen über den Temperatursinn der
Honigbiene (« Apis melüfica ») unter besonderer Berücksichti
gung der Wahrnehmung strahlender Wärme (Recherches sur le
sens thermique des Abeilles avec tentative de mettre en évidence la
perception de la chaleur rayonnante). — Z. vergl. Physiol., 1952,
34, 179-206,
L'auteur utilise un appareil à choix, dans lequel il dresse les
Abeilles à distinguer des différences de température en plus ou en
moins. Il observe qu'une différence de 2° C peut fort bien être con
servée par la mémoire des insectes (encore que ceux-ci soient capables
de percevoir des différences nettement plus faibles). La grandeur
de la différence thermique remémorée paraît indépendante de la
température de dressage (entre 20 et 36°). Mises en expérience dans
un gradient thermique, les Abeilles, prélevées dans la ruche pendant
l'hiver, accusent un thermopreferendum de 32,8°. Mais, à la suite
d'un séjour préalable et assez long à des températures basses (13 à
14°), leur preferendum s'abaisse (cf. recherches de K. Herter sur
Formica). Les variations d'éclairement sont sans influence. A la rela
tive inconstance de la température de la ruche pendant l'hiver
semblent répondre les variations du preferendum. L'âge de l'Abeille
a certainement une influence sur le sens thermique. Les jeunes Abeilles
(jusqu'au 7° jour) ont un preferendum voisin de la température où
elles ont été élevées (35, 1° à 37,5°). L'état de la ruche (présence du
couvain) a aussi une influence. Le jeûne élève le preferendum, une
narcose au COâ l'abaisse. L'abaissement graduel de tout le gradient
thermique fait que les Abeilles suivent leur preferendum au quart PSYCHOLOGIE ANIMALE 599
de degré près. Il n'en est pas de même quand on chauffe : les Abeilles
ne réagissent d'abord pas, puis reculent un seuil de réactions
phobiques est atteint. Les récepteurs thermiques se trouvent prin
cipalement sur les cinq derniers articles des antennes. Mais il y a
d'autres récepteurs, car l'ablation des antennes n'empêche pas les
Abeilles de trouver tant bien que mal leur preferendum. Le rayonne
ment thermique ne paraît causer aucune orientation définie. Les
rayons infra-rouges n'ont donc pas le pouvoir de déclencher des
réactions tropistiques, comme les rayons visibles et F ultra- violet.
L'aptitude à localiser le soleil par temps couverts n'est certainement
pas due à la perception du rayonnement thermique solaire (cf. les
travaux de von Frisch et d'Autrum sur la perception de la lumière
polarisée).
G. V.
Olfaction et Gustation :
BARNETT (S. A.), SPENCER (MARY M.). — Responses of
Wild rats to Offensive smells and tastes (Réponses de rats sauvages
à des substances odorantes et sapides désagréables). — Brit. J.
anim. behaviour, 1953, 1, 31-37.
Des rats bruns communs ( Rattus norvegicus) ont été nourris sur
tout avec du froment; ils recevaient en outre des légumes et du foie.
Ils avaient toujours suffisamment d'eau à boire. Dans leur cage se
trouvaient deux mangeoires, pleines de grains de blé. Dans l'une on
mettait une boîte contenant une touffe de coton imbibée de la subs
tance odorante, dans l'autre une boîte semblable, mais sans odorante. Ceci dans une première série d'expériences. Dans
une deuxième série, les substances odorantes étaient directement
mélangées au grain de l'une des mangeoires, en quantité suffisante
pour que tous les grains soient enrobés. Les substances étudiées ont
été : l'huile d'anis, l'acide butyrique, l'huile de menthe et le n-butyl
mercaptan. L'activité de la substance a été appréciée par la quantité
de nourriture consommée relativement à celle absorbée dans la
mangeoire témoin. Les résultats montrent que l'huile d'anis mise
à côté des grains n'a pas d'effet répulsif. Elle en a au contraire un très
vif si elle est mêlée aux grains mêmes. L'effet est olfactif. Ce fait est
d'autant plus intéressant que l'huile d'anis a été largement recom
mandée comme substance attractive pour les rats! La présence de
n-butyl mercaptan ou d'huile de menthe parmi les grains de blé
agit comme répulsif. L'acide butyrique n'a pas d'effet s'il n'est pas
mêlé aux grains (même si la quantité est suffisante pour empester
l'air au jugement humain), mais il a une action répulsive s'il est
mêlé aux grains.
G. V. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 600
Audition chez les Poissons :
DIJKGRAAF (S.). — Ueber die Schallwarnehmung bei Meeresf
ischen (Sur la perception du son chez les Poissons de mer). — -
Z. vergl. Physiol., 1952, 34, 104-122. — POGGENDORF (D.).
— Die absoluten Hörschwellen des Zwerg weises (« Amiurus nebu-
losus ») und Beiträge zur Physik des Weberschen Apparates der
Ostariophysen (Seuils absolus de V audition chez le Poisson-chat
« A. n. » Contribution à l'étude physique de l'appareil de Weber
chez les 0 star iophy ses). — Z. vergl. Physiol., 1952, 34, 222-257.
Dijkgraaf a déterminé sur les Poissons marins Gobius niger,
Corvina nigra et S argus, annularis la limite supérieure d'audibilité,
l'acuité auditive et la capacité de discrimination de la hauteur des
sons. Comme sources d'oscillations, il a employé des émetteurs de
surface, comme source sonore un téléphone sous-marin. La limite
supérieure des fréquences audibles est d'environ 800 cycles/sec.
chez Gobius, 1.000 chez Corvina et 1.250 chez S argus. L'acuité
auditive est bonne jusqu'à 400 chez Gobius, 800 chez Corvina, 800
à 1.000 chez S argus. Le seuil est compris entre 0 et 20 db pour
l'oreille humaine collée à la paroi de l'aquarium. Au-delà de ces
fréquences, la sensibilité diminue beaucoup. Les performances
relativement bonnes de Sargus s'expliquent par la présence de
prolongements de la vessie natatoire jusqu'à proximité immédiate
du labyrinthe. Le seuil différentiel de discrimination des fréquences
varie entre 3/4 de ton et 1 ton 1/4 (9 à 15 %) selon l'espèce étudiée
et la région du champ tonal. La sensibilité auditive de Gobius n'est
pas affectée par l'ablation unilatérale de la pars inferior ou celle
du labyrinthe entier. Après ablation bilatérale de la pars inferior,
la sensibilité auditive à des sons de 100 et 200 cycles-sec, est peu
diminuée; elle l'est notablement pour 400 (augmentation du seuil de
6 à 18 db). Les fréquences plus élevées n'ont plus provoqué de
réactions. Après ablation de la pars superior, la sensibilité auditive
pour 100 et 200 cycles a été plus fortement diminuée (élévation
du seuil de 10 db environ). Les animaux ne réagissent plus à des
sons plus aigus. Par suite, il semble que la pars superior joue un
rôle dans la perception des sons. Mais ce point ne peut être tranché
de façon décisive dans ces expériences. Certains stimuli de choc
déclenchent chez tous les Poissons des contractions de l'ensemble
du corps. Le labyrinthe peut jouer un rôle dans cette perception.
Mais s'il est enlevé, le réflexe subsiste, probablement déclenché par
l'excitation tactile des récepteurs cutanés de la tête.
Chez le Poisson-chat, Poggendorf a étudié les seuils d'audibilité
pour des fréquences comprises entre 60 et 10.000 cycles. La méthode
employée ne permettait que des mesures à 10 db près. L'organe
auditif du Poisson-chat est un « récepteur de pressions » et les PSYCHOLOGIE ANIMALE 601
mesures de seuil sont données en dynes/cm2. Entre 60 et 1.600 cycles,
le seuil est sensiblement constant; au-delà de 1.600, il s'élève très
vite en fonction de la fréquence. Après extirpation bilatérale des
marteaux des appareils de Weber, la sensibilité est réduite environ
au 1/30 et même au 1/100 de sa valeur normale, mais la courbe
reste de même forme. Des essais d'ablation de la vessie natatoire
ont été infructueux. La forme de la courbe d'audibilité du Poisson-
chat s'explique par les propriétés acoustiques de l'appareil de Weber
si l'on suppose que, pour produire une excitation liminaire des
cellules sensorielles, une amplitude minimale constante des oscilla
tions de Fendolymphe du labyrinthe est nécessaire, quelle que soit
la fréquence du son. Les cellules sensorielles du labyrinthe des
Ostariophyses ne sont d'ailleurs pas excitées seulement par les
oscillations produites par la vessie natatoire, et transmises par
l'appareil de Weber, mais aussi par les oscillations locales de l'eau
environnante. Une comparaison des amplitudes oscillatoires pro
duites par une vessie sphérique dans l'eau et des amplitudes des
oscillations locales du champ sonore aquatique permet de constater
à quel point la transformation des pressions sonores en mouvements
de la paroi de la vessie natatoire accroît la sensibilité auditive des
Ostariophyses. Enfin, la sensibilité du Poisson-chat est, dans sa
région optimale, égale à celle du bouvreuil et celle de l'Homme
pour la fréquence optimale 3.200; par contre, à de basses fréquences
(60 cycles, par exemple), la sensibilité auditive du Poisson-chat est
notablement meilleure que celle de l'Homme et de l'Oiseau. Mais
à des fréquences élevées, elle est notablement moins bonne. Les
amplitudes liminaires calculées des oscillations de la paroi de la
vessie natatoire ne sont guère plus grandes que celles des oscillations
du tympan de l'Homme et du bouvreuil.
G. V.
Perception visuelle, tropismes et réactions instinctives :
DREES (O.). — Untersuchungen über die angeborenen Verhal
tensweisen bei Springspinnen (« Salticidae ») ) Recherches sur les
comportements innés des Araignées sauteuses). — Z. Tierpsychol.,
1952, 9, 169-207. — PRECHT (H.). — Ueber das angeborene
Verhalten von Tieren. Versuche an Springspinnen (« Salticidae »)
(Sur le comportement inné des animaux. Études sur les Araignées
sauteuses). — Ibid., 207-230.
Le premier article est un essai d'analyse de la pariade et de la
prédation chez les Salti cidées (Epiblemum). Ces deux comportements
innés se composent de plusieurs actions partielles ou mouvements
instinctifs (pivotement vers l'objet, approche, saut, etc.) dont le
déclenchement dépend surtout des distances variables qui séparent
l'Araignée du stimulus. Les stimuli-clés des mécanismes innés de 602 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
déclenchement de la prédation sont certains signes de forme, de
mouvements et de grandeur qui obéissent à la règle de la sommation
des stimuli. L'auteur en fait une analyse minutieuse, à l'aide d'un
appareillage ingénieux. Le mouvement de F objet-stimulus en parti
culier joue un grand rôle et, suivant sa vitesse, la réaction varie :
un déplacement lent de l'attrape déclenche une sorte de glissement
de l'Araignée jusqu'à distance de saut; un déplacement rapide, une
marche d'approche jusqu'à la même distance. Pour la pariade, il
y a également une sommation de stimuli-clés : forme, mouve
ment, etc. Les signes que fait normalement le mâle avec ses pattes
antérieures ont pour effet d'inhiber chez la femelle le comportement
prédateur. La marche d'approche, au lieu d'aboutir au saut de
prédation, se continue par une « danse d'amour » du mâle qui rend
la femelle prête à l'accouplement. A ces facteurs externes du décle
nchement des réactions s'ajoutent des internes, qui modifient
les seuils d'excitation et la vigilance optique. Ces facteurs internes
constituent l'énergie ou motivation de Faction instinctive (Instink
terregung de K. Lorenz). Les expériences de Drees semblent montrer
que cette énergie interne n'a pas de caractère spécifique et qu'elle
peut être épuisée aussi bien par des réactions de pariade que par
des réactions de prédation. Mais la force de la tendance elle-même
jouerait le rôle d'un facteur spécifique. Il y aurait donc une dis
tinction à faire entre des facteurs internes communs et des facteurs
particuliers aux diverses sortes de réactions innées. D'autre part,
des expériences entreprises par Fauteur sur le rôle de l'apprentissage
dans le déclenchement de l'action prédatrice montrent que ce rôle
est restreint. Cependant, à la suite de la répétition fréquente d'une
expérience fâcheuse pendant un temps court, un objet déplaisant
à manger peut acquérir une valence négative.
Precht s'est donné pour tâche principale de trouver des critères
expérimentaux pouvant faire reconnaître et distinguer de manière
précise les divers modes de comportements innés : tropismes ou
taxies, « entaxies », actions tendancielles (Triebhandlungen), actions
instinctives. Et ce, sur la base de ses propres recherches et celles
de son collaborateur Drees sur les Araignées sauteuses (Epiblemum
scenicum et Evarcha blancardi). Precht distingue d'abord deux
groupes de taxies, celles dont le stimulus n'est pas spécifique :
phototaxie, thermotaxie, géotaxie; et celles dont le stimulus est
spécifique : chimiotaxies causées par des odeurs déterminées, taxies
causées par des sons particuliers, etc. Toutes ces réactions sont des
réactions d'orientation ou de locomotion et d'orientation combinées.
Pour toutes les taxies, le critère général paraît être le suivant :
elles ne consomment pas d'énergie interne, n'obéissent pas à une
motivation. Ainsi, la phototaxie, ou phototropisme positif, peut
être déclenchée quasi indéfiniment si on utilise des conditions favo
rables (intensité lumineuse au-dessous du « photopreferendum », PSYCHOLOGIE ANIMALE 603
changements de direction fréquents : Epiblemum étant placé dans
une sorte de couloir aux deux extrémités duquel s'allument alte
rnativement deux lampes qui attirent l'animal tantôt d'un côté,
tantôt de l'autre). Le fait qu'on n' « épuise » pas l'énergie de l'animal
par le déclenchement répété de réactions phototropiques est très
significatif. Le « photopreferendum » est défini par Precht par un
état d'indifférence phototactique, dans lequel des objets déterminés
(ou « choses visuelles ») acquièrent une signification positive. L'at
traction ou la répulsion (innées) causées par ces choses sont appelées
par Precht « entaxies », c'est-à-dire en somme réactions perceptives
élémentaires. Ainsi, dit-il, beaucoup d'animaux lucifuges vont vers
de petites surfaces noires, qui sont de véritables objets de perception
(signes de la présence possible d'un abri contre la lumière) : c'est
de la « skotoentaxie ». Le vol des Mouches vers un objet suspendu
au plafond est aussi une entaxie. Il ne semble pas que ces entaxies
dépensent davantage d'énergie ou de motivation que les taxies car
elles peuvent être aussi déclenchées sans fin dans des conditions
expérimentales convenables. Mais, sur ce point, l'auteur est moins
affirmatif. Les « actions tendancielles », qui sont les comportements
d'appétence de Lorenz, c'est-à-dire des activités de recherche indé
terminée, comme les déplacements au hasard d'un animal qui a
faim, ne dépensent pas non plus d'énergie spécifique : la tendance
à manger s'accroît au contraire avec la faim et ne décroît pas si
l'animal bondit sur des attrapes. Un animal qui a longtemps cherché
est encore capable de saisir une proie. Restent les « actions ins
tinctives », ou actions déclenchées par des mécanismes perceptifs
innés et spécifiques, se déroulant suivant un mode spécifique d'action
jusqu'à l'acte consommateur. Ces actions peuvent être liées à des
tendances, comme la prédation, qui est liée à la faim; elles peuvent
être indépendantes d'une tendance déterminée, comme la fuite devant
un objet terrifiant, un ennemi. Ces actions, contrairement aux
autres précédemment énumérées, dépensent certainement de l'éner
gie interne. La tendance (par exemple la faim) accumule la moti
vation et les possibilités de déclenchement des sauts de prédation
augmentent avec la force de la tendance, l'expérience le montre
aisément. A tel point que le nombre de sauts déclenchés dans une
circonstance donnée peut être pris comme mesure de la tendance.
Mais si les sauts sont déclenchés par des attrapes (non-consomm
ables), l'action instinctive cesse bientôt, par épuisement de la
motivation. Par ailleurs, l'expérience montre que la rapidité de la
recharge de l'énergie interne, après consommation, dépend de la
force de la tendance et que le nombre de sauts de prédation q*ie
l'on peut déclencher dépend du temps pendant lequel la recharge
de cette énergie a pu se faire. Pour la fuite, déclenchée par l'appa
rition de l'ennemi (approche d'un doigt, par exemple), il en est un
peu de même : le saut de fuite n'est plus déclenchable après dé 604 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
fréquentes répétitions. Mais il suffit de quelques minutes de pause
(Erholung) pour le faire reparaître. D'autre part le saut de fuite
a un seuil très bas et peut être déclenché même après épuisement
complet du saut de prédation. Il consomme très peu d'énergie
interne, et Precht en arrive à rapprocher la réaction de fuite des
entaxies : ce serait une sorte d' « entaxie négative ». En résumé,
les résultats expérimentaux de Precht peuvent être consignés dans
le tableau suivant :
I. — Réactions ne consommant pas d'énergie interne :
Taxies (ex. : phototropisme et autres tropismes).
Entaxies (ex. : skotaxie, etc.).
Actions tendancielles (ex. : mouvements de recherche de la faim).
II. — Réactions consommant peu d'énergie :
Actes instinctifs non liés à des tendances (ex. : mouvements de
fuite).
III. — Réactions de l'énergie jusqu'à épuisement
total pendant le déroulement de l'acte :
Actes instinctifs liés à des tendances, à des besoins (ex. : prédation).
Precht essaie de donner, à l'instar de Lorenz (1950), un modèle
mécanique de ces phénomènes : il imagine un réservoir principal
où s'accumule l'énergie interne, et des réservoirs secondaires corre
spondant à chaque action instinctive, ces communiquant
d'ailleurs entre eux et se vidant plus ou moins au cours des décle
nchements des réactions qui consomment l'énergie. Nous ne pouvons
insister sur les détails de ce modèle. Ce qui nous paraît le plus
intéressant dans l'important mémoire de Precht, c'est l'essai d'une
étude quantitative des réactions par l'emploi de la méthode de
double quantification de Lorenz et les distinctions qu'il fait, de ce
point de vue, entre nombre de réactions innées, qui manquent encore,
on le sait, de critères expérimentaux sûrs. Mais on sent, en le lisant,
que beaucoup de ces distinctions restent encore obscures.
G. V.
Mécanismes de la perception dans les réactions instinctives :
PRECHTL (H. F. R.). — Zur Physiologie der angeborenen
auslösenden Mechanismen. I : Quantitative Untersuchungen über
die Sperrbewegungen junger Singvogel (Contribution à l'étude
physiologique des mécanismes innés de déclenchement. J : Recherches
quantitatives sur la réaction d'ouverture du bec chez de jeunes
Oiseaux chanteurs). • — Behaviour, 1953, 5, 32-50.
On connaît l'importance de la notion de « mécanisme inné de
déclenchement » depuis les travaux de K. Lorenz et de N. Tin-

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