Illusions visuelles - compte-rendu ; n°1 ; vol.1, pg 326-331

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L'année psychologique - Année 1894 - Volume 1 - Numéro 1 - Pages 326-331
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1894
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Illusions visuelles
In: L'année psychologique. 1894 vol. 1. pp. 326-331.
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Illusions visuelles. In: L'année psychologique. 1894 vol. 1. pp. 326-331.
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326 L'ANNÉE PSYCHOLOGIQUE. 1894
On voit que l'acuité visuelle diminue à partir de la tache jaune,
plus vite en haut, un peu moins en bas, encore moins vers le nez et
le moins dans le sens latéral.
Cette diminution de l'acuité visuelle présente une grande régular
ité ; elle doit être attribuée à la structure anatomique de la rétine,
l'influence de l'exercice ne se faisant plus sentir <;hez l'auteur qui
s'occupe depuis longtemps de ces questions.
Victor Henri.
VII. — ILLUSIONS VISUELLES
GRUTZNER. — Einige Versuche mit der Wunderscheibe (Quelques
recherches avec le stroboscope). (Pflüger's. Archiv., LV, 1893, 508-
520.)
Description de curieuses études de psychologie et de physiologie
faites avec le stroboscope. L'auteur décrit des stroboscopes pouvant
être vus par un nombreux auditoire ; il indique une méthode de mé
lange des couleurs, et une méthode pour produire le contraste des
couleurs à l'aide du stroboscope. Notons une expérience particulièr
ement intéressante pour la psychologie : on place dans le stroboscope
une série d'images représentant des enfants qui jouent à saute-mout
on. Quand l'observateur a vu la série pendant quelque temps dans
l'instrument, on couvre avec du papier blanc l'image de l'enfant qui
se trouve en l'air, au moment du saut, et on remet cette série modif
iée dans le stroboscope. L'observateur non prévenu de la modifica
tion croit continuer à voir l'enfant sauter par dessus le dos de l'autre
enfant; les images antérieures au saut sont suffisantes pour suggérer
celle qui manque et empêcher de voir qu'elle manque.
A. Binet.
HELMHOLTZ. — Ueber den Ursprung der richtigen Deutung unserer
Sinneseindrücke. (Zeit. f. Ps. u, Ph. d. Sinn., VII, p. 80-96.)
L'auteur présente un certain nombre de considérations appuyées
surtout sur l'observation des enfants et sur la production des illusions
des sens, ayant pour but de prouver que ce qui est inné chez l'homme
ce sont les mouvements réflexes et les tendances, tandis que la fo
rmation des représentations repose sur l'influence inconsciente de la
mémoire, et qu'en somme toutes les connaissances de l'homme sont
le résultat d'induction au fond desquelles se trouve toujours une ac
tion de la mémoire. Il nous semble que le nombre et la natujre des
considérations ne correspond pas du tout à ces conclusions très géné
rales.
Victor Henri. knox 327
HOPPE. — Studie zur Erklärung gewisser Scheinbewegungen (Ex
plication de quelques mouvements apparents). (Zeit. f. Ps. u. Ph. d.
Sinn., VII, p. 29-38.)
Lorsqu'on regarde un objet qui se déplace, si on arrête le mouve
ment il semble que l'objet se déplace dans la direction contraire à la
première ; l'auteur critique l'explication de ce phénomène donnée par
Helmholtz, explication fondée sur les mouvements des yeux ; il r
emarque que lorsqu'on observe simultanément l'objet qui se déplace
et son image dans un miroir, au moment où on arrête le mouvement
l'objet et l'image semblent se déplacer dans des sens contraires.
L'auteur explique ce phénomène par la formation d'images consé
cutives de mouvement, résultant de ce que les différentes parties de
la rétine se reposent successivement.
Victor Henri.
H. W. KNOX. — Détermination quantitative d'une illusion d'optique.
(Am. J. of Psych., juin 1894, p. 413.)
Une ligne ponctuée semble plus longue que la même distance mar
quée par deux points extrêmes. Sur cette question, il faut rappeler
les expériences de Kundt (Poggendorffs. Ann. d. Phys. d. Ch., 1863,
vol. CXX, p. 118), Aubert (Physiol.d. Netzhaut, 266), Helmholtz (Phys.
Opt., lre édit., p. 562) et Wundt (Phys. Psych., 4e édit., 11,142).
Knox a cherché à mesurer l'erreur ; il a fait des expériences sur
six adultes, d'après la méthode suivante : il laisse la ligne blanche
{nous appelons ainsi la distance marquée par deux points extrêmes)
constante, il varie au contraire la ligne pointillée; il commence par
une longueur de ligne pointillée telle qu'elle apparaisse plus courte
que la ligne blanche ; puis il l'augmente jusqu'à ce qu'elle paraisse
égale ; il note le point, puis il encore jusqu'à ce qu'elle
paraisse plus grande et il note ce second point. Ensuite il recom
mence ces mesures en sens inverse, il prend une ligne pointillée qui
paraît plus grande que la ligne blanche, il la diminue jusqu'à ce
qu'elle paraisse égale ; il la diminue encore jusqu'à ce qu'elle paraisse
inférieure. Cela fait en tout quatre mesures de la ligne pointillée,
dont il prend la moyenne ; on obtient ainsi la longueur en point
illé qui paraît égale à la longueur en ligne blanche. L'auteur donne
avec un soin méticuleux, mais dans un style d'une concision obscure,
tous les détails de l'expérience. Il a fait les points sur du carton
blanc ; les points de la ligne pointillée sont en noir, séparés par des
intervalles de 0mm,5, et ont 0mm,3 de diamètre ; la ligne blanche et
la ligne po.inlillée sont dans la continuation l'une de l'autre. Comme
on a pu le voir par l'explication précédente, la ligne blanche reste
constante; on a choisi comme longueur de cette ligne, dans quatre 328 L'ANNÉE PSYCHOLOGIQUE. 1894
séries différentes d'expériences, 25, 30, 35, 40 millimètres. L'expé
rience avec 40 millimètres a été jugée mauvaise, parce que le carton
sur lequel les points étaient marqués était trop petit (125 x 75 mill
imètres) et on percevait la distance entre l'extrémité des lignes et les
bords du carton. Pour faire varier la longueur de la ligne pointillée,
on s'est servi d'une série de cartons où cette ligne.était d'une longueur
différente, la différence de l'un à l'autre étant de 0mm,5. Ainsi, dans
le cas où la ligne blanche était de 25 millimètres, la ligne pointillée
a varié de 17 à 27 millimètres.
L'auteur a fait des remarques curieuses sur la manière dont ses
sujets comparaient les deux lignes. 11 y a eu cinq genres de jugements
différents : a) appréciation de la distance entre les points extrêmes
des deux lignes et le point central (qui est le point séparant la ligne
blanche de la ligne pointillée) ; b) superposition mentale d'une des
deux lignes sur l'autre ; c) comparaison par le moyen du mouvement
de l'œil, parcourant successivement les deux lignes ; d) division mentale
de la ligne entière en deux parties égales ; e) comparaison d'une des
deux lignes avec l'image-souvenir de l'autre (c'est à peu près la
variété b).
Pour éviter les erreurs, on a disposé les lignes de façons très diffé
rentes : toujours l'une des lignes est dans la continuation de l'autre ;
mais dans la moitié des cas la ligne pointillée occupe la droite, dans
l'autre moitié elle occupe la gauche ; on a fait les mêmes recherches
sur des lignes verticales. Dans tous les cas, l'illusion persiste, quelle que
soit la forme du jugement et la direction des lignes ; dans la direction
verticale, les illusions sont plus fortes. Quant à la mesure de l'illusion,
elle paraît varier énormément ; elle varie de ~- à ^ ; ceci veut dire
que, pour que la ligne ponctuée paraisse égale à la ligne blanche, il
faut qu'elle ait ~ ou ~ de moins. Dans le cas où la blanche est
d'une longueur comprise entre 25 et 40 millimètres, l'illusion est à
peu près représentée par la fraction -^ pour lès lignes horizontales.
Donnons un exemple particulier. Pour M. Wa..., un des sujets, la
ligne blanche ayant 25 millimètres, il ne juge la ligne pointillée égale
que si elle a 23mm,58. La différence est dans ce cas de lmm,42. L'i
llusion consiste donc dans une de lmm,42, sur une longueur de
25 millimètres ; l-— , soit à peu près ^ pour ce sujet en particulier.
Ce travail est très curieux parce qu'il contient une méthode géné
rale de mesure. Il serait intéressant d'appliquer cette mesure aux
autres illusions visuelles.
A. BlNET.
L'illusion d'optique de Miiller-Lyer.
Dans ces dernières années, de nombreux articles ont été publiés sur
cette curieuse illusion visuelle. Ces articles, dont nous empruntons
l'indication et l'analyse à l'Am. J. of Psych, (juin 1894, p. 460) sont
les suivants : 1° Optische Uri hei Itäusc hungert, de Müller-Lyer. Du Bois MÜLLER-LYER 329
Reymond's Archiv, 1889, Supplement-Band, 263-270. 2° Ueber ein
optisches Paradoxon, de Brentano. Zeitschrift für Psychologie, III,
1892, 349-358. 3<> Optische Streitfragen, de Lipps. Ibid., 493-504.
4° Ueber ein optisches Paradoxon {Zweiter Artikel), de Brentano. Ibid.,
V, 1893, 61-82. 5° Une nouvelle illusion d'optique, de Delbœuf. Rev.
Scient., LI, 1893, 237-241. 6° Les illusions de Brunot. Ibid-,
LI, 1893, 210-212. 7° Zur Lehre von den optischen Täuschungen, de
Brentano. Zeitschrift f. Psych., VI, 1893-94, 1-7. 8° Erklärung der
Brentano' sehen optischen Tauschung, d'Auerbach. Ibid., VII, 2 et 3,
1894, 152-160.
Nous donnons à cette illusion le nom de Müller-Lyer, parce que
c'est, paraît-il, cet auteur qui en a publié la première description.
On peut réaliser cette illusion au moyen d'un grand nombre de
figures différentes, des lignes droites, des courbes, des points, etc.
Sous la forme la plus habituelle, l'illusion est représentée par les deux
V
A
V
A
Fig. 20. — Illusion d'optique de Müller-Lyer.
figures A et B. La distance entre les sommets des deux angles est
égale dans les deux figures, elle paraît cependant plus grande dans la
figure A. A quoi tient cette illusion ? Controverse. Pour Müller-Lyer,
dans le jugement qu'on porte sur ces distances, on tient involontaire
ment compte de l'espace environnant; par exemple, dans les figures
A et B, si on trace des lignes droites unissant les extrémités des petites
lignes obliques, les espaces circonscrits seront plus petits pour B que
pour A. D'après Lipps, la distance est appréciée par des mouvements
de l'œil parcourant la grande ligne droite ; ces mouvements sont faci
lités et favorisés dans la figure A, où les lignes obliques sont dans la
direction de la ligne droite à mesurer; ils sont au contraire empêchés
dans la figure B où les lignes obliques sont dans une direction cont
raire. Delbœuf donne une explication peu différente ; l'illusion serait
due, dit-il, à l'attraction que les figures, de quelque forme qu'elles
soient, placées aux extrémités des lignes à mesurer, exercent sur l'œil.
Pour Brunot, lorsqu'on juge la distance de deux objets, l'œil prend in
stinctivement la distance des centres des figures des deux objets.
Auerbach reprend, sans la connaître, l'explication de Müller-Lyer. Il
démontre expérimentalement que l'illusion augmente avec l'augmenta- 330 l'année psychologique. 1894
tion des lignes limitantes. Enfin, l'explication de Brentano est toute
différente des cinq précédentes, lesquelles ont plusieurs points com
muns. Brentano part de ce fait d'observation que nous avons une ten
dance à sous-estimer les grands angles et à sus-estimer les petits ; il
résulterait de cette tendance qu'en regardant la figure B, nous agran
dissons l'angle formé par les petites obliques avec la droite à mesurer ;
en même temps, nous avons une tendance à diminuer le grand angle
formé par les obliques et une ligne fictive unissant les extrémités des
obliques à l'extrémité opposée de la ligne droite à mesurer; cette sous-
estimation et cette sus-estimation font basculer les obliques, qui
semblent s'éloigner de l'extrémité de la droite et se rapprocher de son
milieu : par conséquent, dans la figure B, la droite paraît plus courte
qu'elle ne l'est réellement ; un raisonnement analogue sur la figure A
montre que la droite doit paraître plus longue. — On peut dire que
personne n'a accepté l'interprétation si compliquée de Brentano, et
tous les efforts de ceux qui ont écrit après lui ont principalement
consisté à imaginer des figures différentes des siennes qui, tout en con
servant l'illusion, sont incompatibles avec son explication. Une des
figures les plus intéressantes en ce genre est celle de Delbœuf, qui
consiste à remplacer les lignes obliques par un cercle.
Nous avons fait des expériences relativement à cette illusion
d'optique dans une école primaire de Paris sur une centaine d'élèves,
dont 60 appartiennent à la lre et à la 2e classe (ils sont âgés de onze
à douze ans) et 45 à la o° classe (âgés de huit à neuf ans), avec la
méthode décrite par Knox (p. 327), au sujet d'une illusion d'un
genre un peu différent. Les expériences ont été faites individuellement,
chaque élève étant appelé à son tour dans le cabinet du directeur de
l'école, et y restant une dizaine de minutes, temps nécessaire pour
qu'on put examiner à plusieurs reprises sa sensibilité à l'illusion. Les
principaux résultats ont été les suivants : 1° à une ou deux exceptions
près, tous les enfants examinés trouvent la figure B plus petite que la
figure A, quand les lignes principales de ces deux figures sont égales ;
2° la valeur de l'illusion dépend de la longueur absolue des lignes ;
quand la ligne principale a 10 centimètres, l'illusion est en moyenne de
~- (pour la lre classe) ; quand la ligne principale est de 2 cent
imètres, l'illusion est plus forte, de ~ (pour la lre classe) ; ce qui veut
dire que, dans le premier cas, il faut que la ligne principale de la
figure B ait lom,88 de plus que celle de la figure A pour paraître égale ;
et dans le second cas, il faut ajouter environ 0cm,5 à la figure B pour
qu'elle paraisse égale à A ; 3° malgré de nombreuses variations indivi
duelles, les enfants plus jeunes (de huit à neuf ans) sont plus sensibles
à l'illusion que ceux de onze à douze ans. Ainsi, par exemple, l'illusion
des plus jeunes est de 2cm,55 quand celle de leurs aînés est de lcm,88 ;
4° décomposition de l'illusion : l'illusion de prolongement de la ligne,
produite par la figure A, est, pour une figure dont la ligne principale
est de 2 centimètres, égale à 0cm,50 ; l'illusion de raccourcissement WASHBURN 33t
produite par les obliques de la figure B est bien plus faible, seulement
de 0mc,13 ; 5° les enfants, et les adultes aussi, ont en général un senti*
ment confus de l'illusion et de sa cause ; quand on leur d emande :
telle oblique fait-elle paraître la ligne plus grande ou plus petite ? ils
répondent en général très exactement.
En terminant, notons que ces illusions sont plus considérables chez
les enfants jeunes que chez les enfants plus âgés. Le contraire se pro
duit pour les illusions de poids décrites par Dresslar ; ce simple rap
prochement montre que le grand groupe des illusions n'est point formé
de phénomènes homogènes.
Alfred Binet.
MARGARET WASHBURN. — La perception de la distance quand
l'image d'un paysage est renversée. (Mind, nouvelle série, n° 11,
juillet 1894.)
La tête renversée, la ligne d'horizon d'un paysage paraît s'éloigner.
"W. James cite le fait sans l'expliquer [Psychology, II, 213). L'auteur a
fait des expériences sur des photographies de paysages qu'il montrait
droits ou renversés (dans des stéréoscopes) et sur des paysages réels
qu'il réfléchissait dans des miroirs et renversait au moyen de prismes.
11 pense que l'illusion tient en partie à la tendance connue (Wundt,
Phys. Psych., II, 121) de sur-estimer les distances qui se trouvent dans
la moitié supérieure du champ visuel, et de sous-estimer celles qui se
trouvent dans la moitié inférieure.
Alfred Binet.

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