Influence associative catégorielle dans l'association verbale à un couple de mots - article ; n°2 ; vol.61, pg 341-359

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L'année psychologique - Année 1961 - Volume 61 - Numéro 2 - Pages 341-359
Summary
Subjects are asked to associate freely a response word to a pair of stimuli words. According to our hypothesis, such associated response words are more frequently words of the same category as the stimuli words when the latter are drawn from the same semantic category, than when they are drawn from two different semantic categories. The subjects were 130 students ; they were presented with 96 pairs of one or other of these types. A comparison is made by means of four statistical analyses of the frequencies of the different sub-groups of the associative responses to the pairs. Each confirms the hypothesis. It is proposed to apply a logical rnodel derived from structural linguistics to the process of cate-gorial associative influence exerted by a pair of words.
Résumé
On demande à des sujets d'associer librement un mot-réponse à un couple de mots-stimuli. Selon notre hypothèse, les mots-réponses ainsi associés sont plus fréquemment des mots de même catégorie que les mots-stimuli lorsque ces derniers relèvent eux-mêmes d'une catégorie sémantique commune que lorsqu'ils relèvent de deux catégories sémantiques différentes. 130 étudiants ont servi de sujets, auxquels on a présenté 96 couples de l'un ou l'autre de ces types. La comparaison indiquée est effectuée au moyen de quatre analyses statistiques portant sur les fréquences de différents sous-ensembles des réponses associatives aux couples : toutes confirment l'hypothèse. On propose d'appliquer au processus « d'influence associative catégorielle » exercée par un couple de mots un modèle logique inspiré de la linguistique structurale.
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1961
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F. Jodelet
Influence associative catégorielle dans l'association verbale à un
couple de mots
In: L'année psychologique. 1961 vol. 61, n°2. pp. 341-359.
Résumé
On demande à des sujets d'associer librement un mot-réponse à un couple de mots-stimuli. Selon notre hypothèse, les mots-
réponses ainsi associés sont plus fréquemment des mots de même catégorie que les mots-stimuli lorsque ces derniers relèvent
eux-mêmes d'une catégorie sémantique commune que lorsqu'ils relèvent de deux catégories sémantiques différentes. 130
étudiants ont servi de sujets, auxquels on a présenté 96 couples de l'un ou l'autre de ces types. La comparaison indiquée est
effectuée au moyen de quatre analyses statistiques portant sur les fréquences de différents sous-ensembles des réponses
associatives aux couples : toutes confirment l'hypothèse. On propose d'appliquer au processus « d'influence associative
catégorielle » exercée par un couple de mots un modèle logique inspiré de la linguistique structurale.
Abstract
Summary
Subjects are asked to associate freely a response word to a pair of stimuli words. According to our hypothesis, such associated
response words are more frequently words of the same category as the stimuli words when the latter are drawn from the same
semantic category, than when they are drawn from two different semantic categories. The subjects were 130 students ; they were
presented with 96 pairs of one or other of these types. A comparison is made by means of four statistical analyses of the
frequencies of the different sub-groups of the associative responses to the pairs. Each confirms the hypothesis. It is proposed to
apply a logical rnodel derived from structural linguistics to the process of " cate-gorial associative influence " exerted by a pair of
words.
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Jodelet F. Influence associative catégorielle dans l'association verbale à un couple de mots. In: L'année psychologique. 1961
vol. 61, n°2. pp. 341-359.
doi : 10.3406/psy.1961.26818
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1961_num_61_2_26818Laboratoire de Psychologie expérimentale de la Sorbonne
INFLUENCE ASSOCIATIVE CATÉGORIELLE
DANS L'ASSOCIATION VERBALE A UN COUPLE DE MOTS
par François Jodelet
Dans les conditions expérimentales d'association verbale libre
(et dans certains aspects du discours suivi), on peut concevoir
que, hormis les cas de détermination par ressemblance phonét
ique, l'association d'un mot-réponse à un mot-stimulus s'explique
par l'un ou l'autre de deux processus : le parleur « choisirait »
ou « extrairait » le mot-réponse, soit dans une classe formelle
de mots (ou « paradigme ») à laquelle appartient le mot-stimulus,
soit dans un ensemble fonctionnel de mots constituant avec le
mot-stimulus un énoncé implicite (ou « syntagme ») du discours
courant. L'association, dans le premier cas, est dite de type
« paradigmatique » ; dans le second cas, de type « syntagmatique ».
On reconnaît là, appliquées comme modèles d'interprétation à
un comportement psychologique (l'association verbale), deux
formules d'analyse logique que la linguistique structurale a
développées pour la langue traitée comme objet à différents
niveaux (phonèmes, morphèmes, « mots », etc.)1.
Nous nous référerons exclusivement, dans notre étude, au
premier de ces modèles, celui de l'association verbale comme
1. Selon Martinet (1960, p. 33), « les unités linguistiques, qu'elles soient
signes ou phonèmes, sont entre elles dans deux types distincts de rapports : ...
rapports dans l'énoncé qui sont dits synlagmatiques et sont directement obser
vables ; ... rapports que l'on conçoit entre des unités qui peuvent figurer dans
un même contexte et qui, au moins dans ce contexte, s'excluent ; ces rapports
sont dits paradigmaliques ». En rapport syntagmatique sont, par exemple :
/une/, /bonne/, /bière/, dans l'énoncé « une bonne bière ». En rapport paradig
matique sont : /bonne/, /excellente/, /mauvaise/, qui peuvent figurer et commut
er dans le contexte « une... bière » ; ou encore /rouge/, /que je lisais/, /emprunté
à Paul/, qui peuvent figurer et commuter dans le contexte « le livre... a disparu ».
De tels critères d'analyse ont été employés dans des études sur l'association
verbale par Saporta (1955) et Brown et Berko (1960), mais seulement en ce
qui concerne les classes « grammaticales » de commutation d'unités linguis
tiques, c'est-à-dire les « parties du discours » au sens traditionnel (substantifs,
adjectifs, etc.). 342 MÉMOIRES ORIGINAUX
processus de type paradigmatique (tout en admettant qu'il ne
peut permettre de décrire qu'une partie des comportements
associatifs). Limitant encore notre perspective, nous n'envisa
gerons que certains des paradigmes selon lesquels l'association
verbale peut être régie, à savoir les paradigmes catégoriels que
représentent les classes de mots susceptibles de figurer dans
certains contextes linguistiques, plus précisément dans ces
contextes extrêmement renforcés par la langue que sont les
définitions catégorielles (« un chat — ou un chien, ou un zèbre —
est un animal », « l'amour — ou l'angoisse, ou le regret — est
un sentiment que l'homme peut éprouver », etc.).
Dire qu'un des processus associatifs verbaux est de type
paradigmatique-catégoriel, c'est dire, en d'autres termes, qu'un
des modes de l'influence associative d'un mot-stimulus est
d'évoquer un mot-réponse entrant dans l'un des paradigmes
catégoriels où il entre lui-même. Nous appellerons « influence caté
gorielle » ce mode d'influence associative d'un mot-stimulus et,
par abréviation, « catégorie (sémantique) » un « paradigme
catégoriel ». A partir de là, nous pouvons proposer l'hypothèse
suivante : si l'on renforce l'influence catégorielle d'un mot-
stimulus Ax en lui adjoignant un mot-contexte A2 relevant de la
même catégorie A, on Augmente la probabilité pour que le mot-
réponse associé au couple des mots At et A2 relève lui aussi de la
même catégorie A.
Cette hypothèse, on le voit, repose sur le modèle paradigmat
ique-catégoriel de l'association verbale que nous avons développé
et fait appel au principe généralement admis dans la théorie de
l'apprentissage, selon lequel le renforcement de l'influence d'un
stimulus sur une réponse peut résulter de l'adjonction
contexte à ce stimulus, en fonction d'une certaine similitude
entre ce contexte et ce stimulus (Howes et Osgood, 1954). Si
l'expérience montre effectivement qu'une partie de l'influence
d'un stimulus verbal (mot), à savoir son influence catégorielle, est
renforcée par l'adjonction d'un contexte et si la similitude de ce
stimulus avec ce contexte a pu être précisément assignée sur une
dimension « catégorielle » (appartenance à une même catégorie),
on pourra légitimement inférer que l'influence du stimulus consi
déré à part du contexte doit s'exercer selon cette dimension
« catégorielle » ; autrement dit, que notre modèle de l'influence
d'un stimulus sur sa réponse associative permet de décrire adé
quatement une partie des phénomènes associatifs verbaux.
Si l'on désigne par A et B deux catégories sémantiques diffé- JODELET. INFLUENCE ASSOCIATIVE CATÉGORIELLE 3,43 F.
rentes, le plan de notre expérience comprendra la comparaison
des réponses associatives données : d'une part, à un couple
de mots A1 A2 dit « intra-catégorie », comprenant un mot Aj
et un mot-contexte A2 de même catégorie A ; d'autFe part, à un
couple de mots Aj Bn dit « inter-catégories », servant de contrôle,
et comprenant le même mot A-^ et un autre mot-contexte Bw
de catégorie différente B. On observera si les réponses données
à tel couple sont ou non influencées catégoriellement, c'est-à-dire,
dans le cas des réponses à un couple intra-catégorie A1 A2,
appartiennent ou non à la catégorie A et, dans le cas des réponses
à un couple inter-catégories AxBn, appartiennent ou non à l'une
des catégories A ou B. On tiendra pour vérifiée notre hypothèse
si nos sujets donnent plus fréquemment une réponse influencée
catégoriellement aux couples intra-catégorie qu'aux couples inter
catégories.
On pourrait présenter ici une objection théorique : s'il se trouvait
que tout mot de la catégorie A, pris isolément, exerce une influence
catégorielle particulière plus prégnante que celle de tout mot de la
catégorie B pris isolément, il pourrait résulter de ce seul fait que
l'influence combinée des mots Ax et A2 soit plus prégnante que celle
des mots A1 et Bn : cette supériorité ne serait alors imputable qu'à
celle de l'influence particulière de A2 sur l'influence particulière de Bn.
Une telle objection vaudrait sans doute si nous ne considérions que
deux catégories particulières A et B, et un seul mode de comparaison
du type AiAa/AiBn : une catégorie pourrait être plus influente que
l'autre parce que le répertoire des mots qu'elle subsume serait plus
nombreux (en prenant des cas extrêmes, une catégorie « personnages
historiques » serait plus influente en ce sens qu'une catégorie « rois
de France ») ou en un autre sens parce que « l'associativité » propre aux
mots de cette catégorie serait plus forte que celle propre aux mots de
l'autre catégorie.
Notre plan expérimental sera donc précisément conçu pour que de
telles différences, si elles existent, soient compensées sur l'ensemble
des comparaisons effectuées : à toute comparaison du type Ax Àg/Aj. B„
répond par ailleurs une comparaison du type Bi B2/Ba An. Un ensemble
de 8 catégories, au total, est utilisé (chaque catégorie comprenant
6 mots différents), permettant tous les balancements de ce genre,
ainsi que la permutation systématique de la position des mots de
catégorie A et B à l'intérieur des couples. Au demeurant, on pourra
tester a posteriori la sous-hypothèse que, dans le cas de chaque combi
naison de catégories du type AB, aucun des mots de catégorie A ou B,
considéré isolément, n'est plus influent catégoriellement que l'autre. MÉMOIRES ORIGINAUX 344
PLAN EXPÉRIMENTAL
1) Composition des couples de mots-stimuli
Le choix des mots composant les couples-stimuli a été dicté par une
contrainte expérimentale extérieure à la présente étude et relative
à d'autres hypothèses non exposées ici. Sur la liste des mots-stimuli
de l'épreuve d'association verbale de Kent-Rosanolî (traduction fran
çaise, Rosenzweig, 1957) , on a retenu 48 substantifs dont chacun paraissait
appartenir sans équivoque à l'une de 8 catégories sémantiques définies
chacune par une ou plusieurs propositions (celles-ci sont énumérées dans
la section ci-dessous, « Classification des données »). Ces 8 catégories
seront désignées par des sigles rappelant leur nom : A, B, G, H, I, M, N, P.
Sous chaque catégorie ont été rangés six mots (numérotés au hasard
de 1 à 6). Le tableau I présente la liste complète des mots employés, avec
leur désignation symbolique.
Avec ces 48 mots on a composé 96 couples de mots servant de stimuli
et correspondant, soit au type « intra-catégorie », soit au type « inter
catégories ».
a) Couples intra-catégorie. — En considérant les 6 mots de chaque
catégorie, on a composé, parmi tous ceux possibles, 6 couples définis
d'après l'ordre des numéros des mots (c'est-à-dire au hasard), de la
même façon pour chaque catégorie : 1-2, 2-3, 3-4, 4-5, 5-6, 6-1. Au total,
pour les 8 catégories, 8 x 6 = 48 couples intra-catégorie.
b) Couples inter-catégories. — En considérant les 8 catégories de
mots on a choisi au hasard, parmi tous ceux possibles, 8 types de paires
de catégories différentes, par exemple, AP, BN, GB, etc. Le tableau II
en forme de matrice indique les paires choisies (cases marquées d'une
croix). La seule restriction du choix au hasard venait du fait que, pour
les buts de notre plan, un seul type de paire, soit une case dans la
matrice, devait figurer par ligne et par colonne.
En considérant dans le tableau I un premier sous-ensemble de 24 mots,
tous ceux numérotés par 1, 2, 3, on a composé 3 couples de chacun
des 8 types de paires de catégories, soit 3 x 8 — 24 : ce premier
système de couples inter-catégories se déduit de la matrice représentée
au tableau II, si on lit sur celle-ci la catégorie du premier mot du couple
comme celle des colonnes et la catégorie du second mot du couple comme
celle des lignes. De même, en considérant sur le tableau I un second
sous-ënsemble de 24 mots, tous ceux numérotés par 4, 5, 6, on a composé
3 couples de chacun des 8 types de paires de catégories, soit 3x8 =
24 : ce second système de couples inter-catégories se déduit de la
même matrice si on lit cette fois sur celle-ci la catégorie du premier mot
du couple comme celle des lignes et la catégorie du second mot du couple
comme celle des colonnes. Au total, on a ainsi : 2 x 24 = 48 couples
inter-catégories. JODELET. — INFLUENCE ASSOCIATIVE CATÉGORIELLE 345 F.
Le tableau III présente à titre d'exemple les 6 couples intra-catégorie
formés à partir des 6 mots de la catégorie G (lieux géographiques)
couplés entre eux, ainsi que les 12 couples inter-catégories formés à
partir des 6 mêmes mots couplés, soit avec ceux de la catégorie B (bêtes),
soit avec ceux de la catégorie P (personnages). Au total, c'est-à-dire
pour l'ensemble des 8 catégories, il y a autant de couples intra-catégorie chaque catégorie (soit 6 couples), de inter-catégories
pour type de paires de catégories, compte non tenu de l'ordre
des 2 catégories dans la paire (soit 6 couples) et compte tenu de cet
ordre (soit 3 couples). La fréquence d'occurrence de chaque mot dans
l'ensemble des 96 couples est identique : chaque mot revient quatre fois,
une fois comme premier mot et une fois comme second mot d'un couple
intra-catégorie, une fois comme premier mot et une fois comme second
mot d'un couple inter-catégories.
On pourra ainsi, pour vérifier notre hypothèse, appareiller chacun
des couples intra-catégorie, d'une part avec un couple inter-catégories
tel que son premier mot (mot de gauche) est identique au premier mot
du couple d'autre part avec un autre couple inter
catégories tel que son second mot (mot de droite) est identique au second
mot du couple intra-catégorie (on appellera conventionnellement appar
eillage gauche et appareillage droit ceux réalisés selon l'une ou l'autre
formule). Sur le tableau III, par exemple, ces appareillages se lisent
lorsqu'on rapproche sur une même ligne le couple inscrit dans la colonne
centrale de celui inscrit dans la colonne, soit de gauche, soit de droite.
Disons enfin qu'un tel plan combinatoire satisfait à la condition énoncée
à la fin de notre introduction. On pourra retrouver les balancements
prévus entre comparaisons en dressant la liste complète des 96 couples
formés d'après les principes énoncés ci-dessus.
2) Déroulement de l'expérience
L'expérience eut lieu sur des groupes de lycéens et d'étudiants pari
siens. On élimina les sujets de langue maternelle non française et ceux
qui avaient répondu incomplètement à la liste des couples-stimuli.
Au total, on retint les listes de réponses de 130 sujets (83 filles et
47 garçons).
On distribuait aux sujets un cahier sur lequel était reproduite la
liste des 96 couples, rangés dans un ordre tiré au hasard (en prenant
garde toutefois qu'aucun mot ne fût répété dans un couple à moins de
4 couples d'intervalle). La consigne était pour l'essentiel, la suivante :
« Dès que vous avez lu un couple de mots, écrivez au-dessous le premier
mot qui vous vient à l'esprit, n'importe lequel à votre gré, le plus rap
idement possible. » Le temps mis à accomplir l'épreuve durait de 20 à
30 minutes ; les sujets n'ayant pas terminé après 30 minutes étaient
éliminés.
A. PSYCHOL. 61 2 3
sm tf. !
I
i
i
346 MÉMOIRES ORIGINAUX
TA
Liste des mots entrant
CATÉ
Valeurs Lieux Bêtes Abstraites Géographiques
B G
1 confort. araignée. terre.
lion. 2 justice. montagne.
3 ordre. agneau. ville.
4 travail. papillon, lune.
5 aigle, religion. océan.
6 difficulté. mouton. fleuve.
TABLEAU II
Types de paires de catégories
pour la construction des couples-stimuli
Catégories sémantiques
A B G H I M N
A X
-—
B X
II II
G X
II X
I <
!!!
M x
II 1
N X
P X
Couples intra-catégorie. inter-catégories. ;
I
|
;
|
j
F. JODELET. — INFLUENCE ASSOCIATIVE CATÉGORIELLE 347
BLEAU I
dans les couples-stimuli
GORIES SÉMANTIQUES,
Etals Individus Chose ; Personnages de la Maison Nourritures I himains (âge, sexe)
N P
Lapis. saïue. femme. fruit, icitoyen.
sommeil. lit. beurre . garçon. docteur.
homme. table. pain. maladie. voleur.
faim. fenêtre. sel. prêtre. fille,
chaise. fromagi soldat. soif. enfant.
bébé. lampe. cognac. roi. rêve.
TABLEAU III
Fragment de la liste des couples-stimuli
(Couples Couples Couples
inter-catégories intra-catégorie inter-catégories
terre-citoyen. G terre-montagne. B, Go. /ion-montagne. i Po Pi Go G, montagne-docteur. G, G 3 . montagne-ville. G,. agneau-ville. B,
Go ville-voleur. G a. ville-lune. G,,. prêtre-lune. p, G, Pi G5.! lune-océan. lune-papillon. G,. soldat-océan. G„ B/i G,,
océan-aigle. G fi- océan-fleuve. G«. roi-fleuve. G, B, P«
fleuve-mouton. G i- fleuve-terre. araignée-terre. G6 G.
Les symboles désignant les mots couplés se réfèrent aux entrées du
tableau 1. 348 MÉMOIRES ORIGINAUX
CLASSIFICATION DES DONNÉES
II s'agit de classer les mots-réponses associatives à chaque couple-
stimulus, soit comme influencées, soit comme non influencées (catégo*
riellement). Lorsque le couple-stimulus est intra-catégorie (Aj^Aj), les
réponses influencées sont celles qui appartiennent à la catégorie A.
Lorsque le couple- stimulus est inter-catégories (A1BnJ, ce sont celles
qui appartiennent à la catégorie, soit A, soit B.
Parmi l'ensemble des réponses associatives distinctes à un couple
(dont chacune est donnée par un certain nombre de sujets), on regroupe
sous une même forme lexicale certaines variantes typographiques d'une
réponse (pluriels et féminins d'un subtantif ou d'un adjectif, flexions
d'un verbe, mots composés). En ce cas, la variante typographique à
laquelle on amalgame les autres est celle donnée par le plus grand nombre
de sujets. En aucun cas, cependant, on n'a amalgamé deux variantes
typographiques dont l'une est donnée par 5 % au moins de la population
des sujets.
1) Listes des réponses à classer
Considérons par exemple l'ensemble des 18 couples dérivables à
partir des mots de la catégorie G, c'est-à-dire ceux dans lesquels l'un
des mots appartient à la catégorie G, l'autre mot appartenant à la
catégorie soit B, soit P (tableau III). On tabulera dans une seule liste
toutes les réponses différentes données à l'un (au moins) de ces couples
par une proportion de sujets au moins égale à 3 % de la population totale
des sujets, et on classera chacune de ces réponses sous l'une des 4 caté
gories disjunctives G, B, P, « 0 » (cette dernière catégorie « 0 » (zéro)
désignant les mots qui n'entrent sous aucune des trois précédentes).
On dressera ainsi séparément 8 listes relatives à chacun des
8 ensembles de couples dérivables à partir des mots de chacune des
8 catégories, et on classera les réponses de chaque liste sous l'une des
3 catégories afférentes à la composition des couples correspondants,
ou sous une catégorie « zéro ». Notons qu'il existe une certaine inter
section entre les différents ensembles de couples (puisqu'un couple Ax Bn
relève à la fois des deux dérivables à partir des mots A d'une
part, B d'autre part), et partant des identités possibles entre réponses
figurant sur différentes listes.
Notre procédure permet de classer : 1) à partir de listes distinctes
de réponses peu nombreuses ; 2) sous 4 catégories disjunctives (dont
une « zéro ») constantes pour chaque liste ; 3) sans que puisse être ident
ifié le couple auquel telle réponse est donnée ; 4) en vérifiant qu'une
réponse classée sous telle catégorie dans une liste est bien classée sous
la même catégorie dans une autre liste. On évite ainsi l'incertitude du
jugement qu'entraînerait une classification partant, soit successivement
des seules réponses à chaque couple pris en particulier, soit simultané
ment de toutes les réponses à tous les couples pris dans leur ensemble. JODELET. INFLUENCE ASSOCIATIVE CATÉGORIELLE 349 F.
2) Méthode de classification
Reprenant pour l'essentiel une méthode utilisée dans une précé
dente étude (Jodelet, 1960), on définira chaque catégorie de classement
envisagée par une ou plusieurs propositions : si le mot à classer peut
compléter l'une (au moins) de ces en constituant une phrase
sensée, on le classe sous la catégorie définie par cette proposition. Si
non, on décide qu'il n'entre sous aucune des catégories de classement
envisagées, autrement dit on le classe sous une catégorie « 0 » (zéro).
Prenons pour exemple la liste des réponses aux 18 couples où entre
un mot de la catégorie G en combinaison avec, soit un autre mot G,
soit un mot B, soit un mot P (tableau III). Il s'agit de classer chacune
des réponses X (mots) de cette liste sous une catégorie, soit G, soit B,
soit P, soit « 0 ». On définira ces catégories par les propositions suivantes :
(G, lieux géographiques) « X est une partie du monde » ou « est un
lieu géographique » ; (B, bêtes) « X est un animal » ; (P, personnages)
« X est un personnage » ; et (0) si aucune des propositions ci-dessus
complétées par le mot X ne forme une phrase sensée. Ainsi « (le) ciel »
ou « (1') Egypte » seront des mots X classés comme G, « (la) mouette »
comme B, « (1') officier » comme P, « (le) pain » « 0 ». Afin de rendre
notre classification assez restrictive, les adjectifs, les verbes et les mots
dont la fonction grammaticale est ambiguë (pouvant être à la fois,
par exemple, substantif et adjectif) reçoivent d'emblée le classement« 0 ».
On procède de même dans le cas des autres listes. Outre celles déjà
mentionnées, les propositions utilisées pour définir les catégories de
classement sont les suivantes (on indique en italiques la proposition,
en caractères ordinaires un des mots X la complétant de façon sensée
et classé par conséquent dans la catégorie) : (H, états humains) « la
fièvre est un état de l'organisme », « l'angoisse est un sentiment que V homme
éprouve », « le rêve est un état de conscience » ; (I, individus) : « « femme »
désigne le sexe d'un individu », « « enfant » désigne l'âge d'un individu »,
« « père » désigne le râle d'un individu dans la famille » ; (M, choses de la
maison) : « l'armoire est un meuble », « la porte est un endroit de la
maison », « une demeure est un lieu d'habitation » ; (N, nourritures),
« une pomme est un aliment », « un repas est un ensemble d'aliments »,
« l'alcool est une boisson ».
Il se présente toutefois une difficulté dans le cas de la catégorie de
classement A qui n'est définissable que par plusieurs propositions pou
vant présenter une certaine ambiguïté : (A, valeurs abstraites)
« X est une valeur matérielle », ou « est une valeur morale », ou « est un
acte immoral », ou « est une sorte d'action », ou « est une sorte d'obstacle ».
Cette difficulté affecte le classement des trois listes relatives aux trois
ensembles de couples comprenant des mots de la catégorie A. Pour la
pallier, avant d'examiner si les réponses d'une de ces listes sont clas
sables sous l'une des trois catégories pertinentes (par exemple, A, H ou P) .
on examinera tout d'abord si elles sont classables sous une catégorie « 0 »,

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