Influence d'un encodage phrastique sur le rappel. La reconnaissance et le complètement de mots fragmentés - article ; n°2 ; vol.92, pg 169-185

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L'année psychologique - Année 1992 - Volume 92 - Numéro 2 - Pages 169-185
Summary : Influence of text encoding on recall, recognition and fragment completion.
In this experiment on text reading, a procedure was designed to examine the influence of attention and type of processing at the time of encoding on memory. We chose a selective reading task with words to be read presented in a context disturbing the perceptual detection of the material. Subjects were instructed either to read and memorize a text (attended) or to read and detect graphic signs in it. However, a second text (unattended) was also present, with attended and unattended passages occupying alternating lines of text. Subsequently, we proposed a recall task, a word fragment completion task and a yesjno recognition task in this order. We found an important priming effect in the completion task for words read previously in context but not for words just seen in parafoveal vision. These priming effects were functionally independent of the subjects remembering. Only recall and recognition performance was affected by the initial processing of the material. Discussion of these results suggests that orthographic processing plays an important role in priming effects. These results are however compatible with the transfer-appropriate processing theory recently advocated by Roediger, Weldon and Challis (1989).
Key-words : priming effects, implicit and explicit tests of memory, data-driven and conceptually driven processing.
Lors de cette expérience sur la lecture d'un texte, une procédure fut mise en œuvre afin d'examiner l'influence de l'attention et du type initial de traitement sur la mémoire. Une tâche de lecture sélective a été choisie. Les mots du texte à lire étaient présentés dans un contexte gênant la détection perceptive du matériel. On demandait aux sujets de lire un texte (attendu), soit dans une condition de mémorisation soit dans une condition de détection de signes graphiques. Cependant, un second texte (non attendu) était aussi présenté. Les passages attendus et non attendus occupaient des lignes alternées de texte. Immédiatement après la phase d'éludé, nous avons proposé une tâche de rappel de texte, suivie d'une tâche de complètement de mots fragmentés et pour terminer une tâche de reconnaissance oui/non. Nous avons trouvé un effet d'amorçage d'amplitude élevée dans l'épreuve de complètement pour des mots lus préalablement dans le texte mais aucun effet d'amorçage significatif pour des mots simplement perçus en vision parafovéale (mots du texte à ignorer). Ces effets d'amorçage étaient fonctionnellement indépendants du souvenir des sujets alors que les performances en rappel et en reconnaissance étaient affectées par la, forme du traitement initial du matériel. La discussion de ces résultats suggère que le traitement orthographique du matériel joue un rôle important dans les effets d'amorçage. Nos données restent cependant compatibles avec la théorie dite du « traitement approprié au transfert » récemment défendue par Roediger, Weldon et Challis (19S9).
Mots clés : effets d'amorçage, tests implicites et explicites de mémoire traitements dirigés par les données et traitements dirigés conceptuellement.

17 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1992
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Serge Nicolas
Serge Carbonnel
Guy Tiberghien
Influence d'un encodage phrastique sur le rappel. La
reconnaissance et le complètement de mots fragmentés
In: L'année psychologique. 1992 vol. 92, n°2. pp. 169-185.
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Nicolas Serge, Carbonnel Serge, Tiberghien Guy. Influence d'un encodage phrastique sur le rappel. La reconnaissance et le
complètement de mots fragmentés. In: L'année psychologique. 1992 vol. 92, n°2. pp. 169-185.
doi : 10.3406/psy.1992.29501
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1992_num_92_2_29501Abstract
Summary : Influence of text encoding on recall, recognition and fragment completion.
In this experiment on text reading, a procedure was designed to examine the influence of attention and
type of processing at the time of encoding on memory. We chose a selective reading task with words to
be read presented in a context disturbing the perceptual detection of the material. Subjects were
instructed either to read and memorize a text (attended) or to read and detect graphic signs in it.
However, a second text (unattended) was also present, with attended and unattended passages
occupying alternating lines of text. Subsequently, we proposed a recall task, a word fragment
completion task and a yesjno recognition task in this order. We found an important priming effect in the task for words read previously in context but not for words just seen in parafoveal vision.
These priming effects were functionally independent of the subjects remembering. Only recall and
recognition performance was affected by the initial processing of the material. Discussion of these
results suggests that orthographic processing plays an important role in priming effects. These results
are however compatible with the transfer-appropriate processing theory recently advocated by
Roediger, Weldon and Challis (1989).
Key-words : priming effects, implicit and explicit tests of memory, data-driven and conceptually driven
processing.
Résumé
Lors de cette expérience sur la lecture d'un texte, une procédure fut mise en œuvre afin d'examiner
l'influence de l'attention et du type initial de traitement sur la mémoire. Une tâche de lecture sélective a
été choisie. Les mots du texte à lire étaient présentés dans un contexte gênant la détection perceptive
du matériel. On demandait aux sujets de lire un texte (attendu), soit dans une condition de
mémorisation soit dans une condition de détection de signes graphiques. Cependant, un second texte
(non attendu) était aussi présenté. Les passages attendus et non attendus occupaient des lignes
alternées de texte. Immédiatement après la phase d'éludé, nous avons proposé une tâche de rappel de
texte, suivie d'une tâche de complètement de mots fragmentés et pour terminer une tâche de
reconnaissance oui/non. Nous avons trouvé un effet d'amorçage d'amplitude élevée dans l'épreuve de
complètement pour des mots lus préalablement dans le texte mais aucun effet d'amorçage significatif
pour des mots simplement perçus en vision parafovéale (mots du texte à ignorer). Ces effets
d'amorçage étaient fonctionnellement indépendants du souvenir des sujets alors que les performances
en rappel et en reconnaissance étaient affectées par la, forme du traitement initial du matériel. La
discussion de ces résultats suggère que le traitement orthographique du matériel joue un rôle important
dans les effets d'amorçage. Nos données restent cependant compatibles avec la théorie dite du «
traitement approprié au transfert » récemment défendue par Roediger, Weldon et Challis (19S9).
Mots clés : effets d'amorçage, tests implicites et explicites de mémoire traitements dirigés par les
données et traitements dirigés conceptuellement.L'Année Psychologique, 1992, 92, 169-185
MÉMOIRES ORIGINAUX
Laboratoire de Psychologie expérimentale
URA CNRS 665
Université de Grenoble II (Pierre Menées France)
INFLUENCE D'UN ENCODAGE PHRASTIQUE
SUR LE RAPPEL. LA RECONNAISSANCE
ET LE COMPLÈTEMENT DE MOTS FRAGMENTÉS
par Serge Nicolas, Serge Garbonnel
et Guy Tiberghien
SUMMARY : Influence of text encoding on recall, recognition and
fragment completion.
In this experiment on text reading, a procedure was designed to
examine the influence of attention and type of processing at the time
of encoding on memory. We chose a selective reading task with words
to be read presented in a context disturbing the perceptual detection of
the material. Subjects were instructed either to read and memorize a text
(attended) or to read and detect graphic signs in it. However, a second
text (unattended) was also present, with attended and unattended passages
occupying alternating lines of text. Subsequently, we proposed a recall
task, a word fragment completion task and a yes/no recognition task in
this order. We found an important priming effect in the completion task for
words read previously in context but not for words just seen in parafoveal
vision. These priming effects were functionally independent of the subjects
remembering. Only recall and recognition performance was affected by the
initial processing of the material. Discussion of these results suggests
that orthographic processing plays an important role in priming effects.
These results are however compatible with the transfer-appropriate processing
theory recently advocated by Roediger, Weldon and Challis (1989).
Key-words : priming effects, implicit and explicit tests of memory,
data-driven and conceptually driven processing.
1. ufr des Sciences de l'Homme et de la Société, bp 47 X F 38040 Gre
noble, Cedex. 170 S. Nicolas, S. Carbonnel el G. Tiberghien
On considère aujourd'hui que l'enregistrement d'un événement
en mémoire peut être évalué par le souvenir explicite que nous
en avons mais aussi par ses conséquences sur le comportement.
Graf et Schacter (1985) ont ainsi décrit des mesures de mémoire
qualifiées d'implicites ou d'explicites selon que les consignes
à la récupération du matériel cible induisent (tests explicites)
ou non (tests implicites) des stratégies conscientes de recherche
de l'événement. Les tests explicites regroupent les mesures
classiques de mémoire que sont le rappel et la reconnaissance
épisodique alors que les tests implicites peuvent inclure un
nombre d'épreuves virtuellement illimité (cf. Perruchet, 1988).
En effet, tester indirectement les contenus mnésiques suppose,
par exemple, de mesurer la performance des sujets dans diverses
tâches à caractère perceptif ou lexical comme la décision lexicale
(décider si la série présentée forme un mot ou non), l'identif
ication perceptive (identifier un matériel dans des conditions de
difficultés perceptives) ou le complètement de mots fragmentés
(trouver des mots compatibles avec des fragments du type f-a-o
pour flacon). En général, l'étude préalable du matériel permet
d'observer des effets de facilitation dans le traitement de ces
données. Ces effets de ont été désignés sous le terme
d'effet d'amorçage direct par Cofer (1967) et Cramer (1966).
Cette technique d'amorçage direct consiste en définitive à
exposer le matériel dans une première phase (dite phase d'amor
çage) et à mesurer lors de la phase de test les conséquences (ou
les effets) souvent « facilitateurs » de cette préexposition sur
les performances ultérieures à diverses tâches impliquant un
matériel semblable ou identique. En décision lexicale, on constate
en général que la latence des réponses est diminuée par la pré
sentation préalable de la série de mots. En identification percept
ive, l'effet d'amorçage peut être mesuré par la différence dans
les taux d'identification correcte du matériel récemment présenté
relativement à celui de nouveaux items. Enfin, dans la tâche de
complètement, l'effet de facilitation représente la différence entre
le taux d'indices complétés par des mots récemment étudiés
et le taux par des mots qui n'ont pas été
présentés à la phase précédente.
Ces dernières années, l'orientation des travaux consiste à
examiner les relations entre ces deux ensembles de mesures car
il semble que les résultats diffèrent selon les sujets employés
et les facteurs expérimentaux manipulés. Ainsi, de nombreuses Encodage phrastique el lests de mémoire 171
recherches font apparaître que les patients amnésiques porteurs
de lésions cérébrales réalisent des performances similaires à
celles de leurs sujets témoins lorsqu'ils sont testés avec des
tâches implicites de mémoire (pour des revues : Shimamura, 1986 ;
Nicolas, Garbonnel et Tiberghien, 1991) alors qu'ils présentent
de grandes difficultés pour rappeler ou reconnaître le matériel
cible. De plus, la littérature accumulée depuis quelques années
avec les sujets normaux indique que les facteurs expérimentaux
classiques comme la génération, la profondeur de traitement,
l'interférence, le délai, le format et la modalité de présentation
exercent des effets différents sur ces deux types de mesures
(pour des revues : Schacter, 1987 ; Richardson-Klavehn et
Bjork, 1988). Les effets d'amorçage chez le sujet normal sont
particulièrement intéressants à étudier puisqu'ils peuvent se
produire sans qu'il ne s'engage intentionnellement dans une
activité de remémora tion du matériel cible afin de résoudre la
tâche en cours.
Cependant, jusqu'à ce jour, la majorité des recherches a
utilisé un matériel verbal composé de listes de mots individuels
ou présentés par paires. L'un de nous (Nicolas, 1991) a récem
ment privilégié comme matériel des mots présentés en contexte
phrastique (cf. aussi Levy et Kirsner, 1989 ; Mac Leod, 1989 ;
Madigan, McDowd et Murphy, 1991 ; Oliphant, 1983). Il s'est
avéré que cette forme de présentation allait conduire à des
résultats intéressant directement l'origine des effets d'amorçage
et plus largement des performances en mémoire. Nous avions
choisi de présenter notre matériel textuel imprimé, soit dans
les conditions habituelles de lecture (caractères d'imprimerie
minuscules ou majuscules), soit dans des conditions plus inhabit
uelles avec des espaces intermots de longueur variable et
comblés par des signes graphiques (séries de 8). La manipulation
de la difficulté de prise d'information perceptive dans un texte à
lire a permis de montrer que les effets d'amorçage ultérieurs en
complètement de mots fragmentés augmentaient fortement en
amplitude lorsque le traitement de type orthographique devenait
plus important. Cette manipulation ne semblait pas affecter le
souvenir des sujets. Ainsi, le nombre moyen de mots cibles relevé
après le rappel du contenu des textes était identique quelles que
soient les conditions de lecture alors que les taux de complè
tement augmentaient avec la difficulté de prise d'information
perceptive. S. Nicolas, S. Carbonnel et G. Tiber ghien 172
La théorie dite du « traitement approprié au transfert » (qui
met l'accent sur la concordance entre les traitements), récem
ment défendue par Roediger, Weldon et Challis (1989), peut
rendre compte de manière adéquate des résultats que nous venons
de décrire. Selon cette approche, les performances aux tests
implicites ou explicites de mémoire sont d'autant plus élevées
que les opérations requises lors du test correspondent à celles
mises en œuvre lors de la phase d'encodage. Il est généralement
admis que les tests implicites et explicites de mémoire actuell
ement utilisés requièrent habituellement différentes sortes
d'opérations et par conséquent bénéficient de différents types
de traitement mis en œuvre durant l'apprentissage. Les tests
explicites de mémoire comme le rappel et la reconnaissance
feraient prévaloir des opérations de traitement dirigées concep-
tuellement et initiées par les sujets. De leur côté, les tests
implicites de mémoire déclencheraient la mise en œuvre de pro
cessus de traitement dirigés par les données. Par conséquent, la
difficulté de prise d'information perceptive lors de la lecture va
augmenter la part des traitements dirigés par les données (et plus
particulièrement le traitement de type orthographique) et ainsi
favoriser l'émergence des effets d'amorçage. De nombreux
chercheurs, même s'ils n'optent pas pour cette option théorique,
sont forcés d'admettre aujourd'hui que ces effets ont une origine
perceptive (Tulving et Schacter, 1990 ; mais voir cependant
Hirshman, Snodgrass, Mindes et Freenan, 1990). En résumé,
les effets d'amorçage que nous avons obtenus après la présentation
de l'information dans un contexte textuel ne peuvent s'expliquer
que par un traitement orthographique appliqué à l'information
lors de la phase d'encodage plus approfondi. Si la prise d'info
rmation perceptive apparaît être une composante importante
dans l'apparition et l'augmentation des effets d'amorçage, la
prise d'information conceptuelle est une essentielle
au souvenir des sujets sur le texte à lire. Puisque la tâche de
complètement de mots fragmentés est essentiellement une
épreuve nécessitant la mise en œuvre de processus dirigés par les
données, la manipulation du traitement conceptuel ne devrait
pas affecter les performances à ce type de tâche contrairement à
celles mesurant le souvenir des sujets. Les études qui ont utilisé
un matériel composé de mots individuels ont en effet montré
qu'un traitement sémantique versus structural (Graf et Mandler,
1984), intentionnel versus incident (Neill, Beck, Bottalico et Encodage phrasiique et tests de mémoire 173
Molloy, 1990) n'affectait pas les performances dans de nombreuses
tâches implicites de mémoire.
L'expérience que nous proposons va principalement s'attacher
à manipuler les opérations de traitement d'origine conceptuelle
appliquées au texte à lire. Placés dans des conditions de diff
iculté perceptive lors de la lecture sélective d'un texte, les sujets
seront confrontés soit à une tâche de mémorisation/compréhension
soit à une tâche de détection de symboles ne favorisant pas une
analyse sémantique très approfondie du texte à lire. Nous nous
attendons à ce que, dans la première situation, les sujets présentent
de bien meilleurs souvenirs (mesurés par des tests de rappel et de
reconnaissance) que ceux admis dans la seconde situation parce
que le traitement conceptuel ou réflexif appliqué sur le matériel
cible y est plus conséquent. Puisque le traitement orthographique
ne diffère pas entre les deux situations (texte à lire), les taux de
complètement ne devraient pas varier en amplitude.
La situation de lecture sélective va aussi nous permettre
d'étudier un problème qui, à notre connaissance, n'a jamais été
abordé : celui des effets d'amorçage pour les mots d'un texte
que les sujets ont à ignorer. Les recherches de Neisser (1969,
cité par Willows et MacKinnon, 1973, et Solso, 1979) avaient
indiqué que les sujets sont ordinairement incapables de rappeler
les mots apparaissant dans les lignes non pertinentes, Willows
et McKinnon (1973) ont montré avec cette technique que, même
sans pouvoir rappeler les mots des lignes non pertinentes, les
sujets étaient tout de même influencés par le matériel à ignorer
dans leurs réponses à des questions sur le texte. Récemment,
Inhoff et Briihl (1991) ont demandé à leurs étudiants de lire
les passages d'un texte cible et d'un texte à ignorer occupant
des lignes alternées. Des questions à choix multiples ont montré
l'acquisition d'une information sémantique pour les deux types
de texte alors que les sujets s'étaient conformés aux consignes
et n'avaient prêté aucune attention au texte à ignorer. Ces
résultats permettent d'émettre raisonnablement l'hypothèse
selon laquelle des effets d'amorçage devraient apparaître pour
les mots d'un texte que le sujet doit ignorer mais qui sont
présents en vision parafovéale lors de la lecture du texte cible.
Ces effets d'amorçage ne devraient tout de même pas atteindre
une amplitude aussi élevée que pour des mots lus (cf. Eich, 1984,
avec une technique d'écoute dichotique). 174 S. Nicolas, S. Carbonnel et G. Tiberghien
MÉTHODE
Quarante étudiants en psychologie en deuxième ou troisième
année à l'Université de Grenoble II se sont portés volontaires pour
cette recherche dans le cadre des possibilités de crédit offertes dans
certaines matières enseignées.
MATERIEL
Choix du matériel
Nous avons sélectionné, à l'aide des tables de fréquence du Trésor
de la Langue française (1984), un ensemble de 40 substantifs de 6 lettres
chacun possédant une fréquence linguistique comprise entre 9,44
et 14,12 occurrences par million (11,64 en moyenne).
Matériel cible de la phase d'étude
A partir de cet ensemble de substantifs, 4 listes cibles (Ll, L2, L3
et L4) de 10 mots chacune ayant des fréquences très voisines (Ll =11,48 ;
L2 = 11,94 ; L3 = 12,01 ; L4 = 11,09) (les différences de fréquence entre
les diverses listes prises 2 à 2 ne sont pas significatives à p < .05 telles
que mesurées avec des t de Student) ont été construites afin de permettre
l'utilisation d'une procédure de contrebalancement. Avec ce matériel,
quatre courts textes (Tl, T2, T3, T4) ont ensuite été écrits contenant
chacun une centaine de mots, le premier ayant pour thème une histoire
agricole (liste de mots Ll), le second une pensée nostalgique (liste de
mots L2), le troisième un accident de mine (liste de mots L3) et enfin le
dernier un paysage de campagne (liste de mots L4). Chaque texte
(Tl, T2, T3, T4) contenait donc respectivement les 10 mots cibles des
listes Ll, L2, L3 ou L4.
Les sujets furent confrontés à une situation de lecture sélective
d'un texte imprimé en caractères d'imprimerie majuscules et présenté
dans des conditions de difficultés perceptives. Le matériel était constitué
d'une suite de petits paragraphes de deux lignes chacun, séparés par
quatre interlignes, et imprimés sur papier blanc. Sur la première ligne,
se trouvait un premier texte (Tl, T2, T3 ou T4) dont les mots étaient
espacés les uns des autres d'une distance pouvant aller d'un à vingt
caractères. Ces espaces intermots étaient remplis par des astérisques :
comme****ceci*****par*exemple. Les mots imprimés sur cette Encodage phraslique et tests de mémoire 175
ligne ne devaient pas être lus par le sujet. Le texte à lire (Tl, T2, T3
ou T4), quant à lui, était imprimé sur la seconde ligne. Les mots pou
vaient être distants d'un espacement à plusieurs (jusqu'à une vingtaine).
Cependant, les espaces intermots étaient remplis, non pas par des
signes étoiles mais par des séries de 8 : LE88888TEXTE88888888888888-
AVAIT88888888L'ALLURE8888SUIVANTE. Sur cette seconde ligne, le
matériel était donc présenté de manière à ce que les sujets éprouvent
une gêne dans leur lecture. Cependant, nous avions fait en sorte que
les mots cibles du texte écrits sur la première ligne soient placés au-
dessus d'un mot à lire de façon à ce que ce matériel puisse se trouver
en vision parafovéale lors d'une fixation oculaire sur un mot du texte à
lire. Les couples de texte de présentation ont arbitrairement été fixés
(le texte 1 est toujours associé avec le texte 2 et le texte 3 est toujours
associé au texte 4). Un quart des sujets lisait le 1 imprimé sur
la seconde ligne de chaque paragraphe alors que le texte 2 était imprimé
sur la première ligne (à ignorer du lecteur). Le deuxième quart des sujets
lisait le texte 2 sur la seconde ligne alors que le texte 1 était imprimé
sur la première ligne (procédure de contrebalancement). Un troisième
quart de sujets lisait le texte 3 imprimé sur la seconde ligne alors que le
texte 4 était imprimé sur la première. Et enfin, le dernier quart des
sujets lisait le texte 4 sur la seconde ligne alors que le texte 3 était
imprimé sur la première (contrebalancement).
Matériel de la phase test
A partir de notre ensemble de 40 substantifs, des fragments de
mots ont été créés en remplaçant aléatoirement la moitié des lettres
par des tirets (p-ge-- pour pigeon) de façon à ce qu'une seule solution
de complètement soit possible (cf. Tulving, Schacter et Stark, 1982 ;
Blaxton, 1989). Le matériel de la phase test fut présenté lors de l'expé
rience sur feuille blanche en deux colonnes de 20 fragments mélangés
au hasard. Dix autres fragments ont aussi été imprimés sur une colonne
à part afin de permettre aux sujets de se familiariser avec la tâche de
complètement. Tous les fragments étaient présentés en caractères
d'imprimerie majuscules.
Pour la tâche de reconnaissance, chaque sujet était confronté
à 40 mots : 10 mots cibles du texte à lire, 10 mots cibles du texte à
ignorer, 10 mots pouvant se substituer à certains mots du texte à lire
et 10 mots pouvant se substituer à certains mots du texte à ignorer.
Les mots témoins présentaient des fréquences moyennes voisines aux
mots cibles (Ll cible = 11,48 ; Ll témoin = 13,24 ; L2 cible = 11,94 ;
L2 témoin = 12,26 ; L3 cible = 12,01 ; L3 témoin = 12,88 ;
L4 cible = 11,09 ; L4 témoin = 12,49). Les différences de fréquence
entre chaque liste cible et sa liste témoin ne sont pas significatives
(probabilités au t de Student > .05). S. Nicolas, S. Carbonnel et G. Tiber ghien 176
PROCEDURE
Les sujets, interrogés individuellement, étaient assignés au hasard
à chacune des huit conditions expérimentales qui résultaient du crois
ement de deux facteurs : type de texte à Lire (L) (Tl ou T2 ou T3 ou T4)
et type de Tâche associée à la lecture (T) (détection ou mémorisation).
Chaque sujet était par contre confronté à trois types de Fragments (F)
lors du test de complètement (correspondant à un mot présenté et lu
précédemment, correspondant à un mot présenté mais pas lu précédem
ment et ne pas à un mot lu précédemment). Le plan
d'expérience (s5 < L4*T2 > F3) comprend ainsi deux facteurs inter
sujets et un facteur intrasujets. La procédure se déroulait de la manière
suivante.
Les sujets avaient pour tâche de lire sélectivement à haute voix,
à une vitesse habituelle et sans faire d'erreurs, le texte cible imprimé
sur la seconde ligne de chaque paragraphe. La moitié des sujets devait le
mémoriser tandis que les autres devaient détecter la présence d'un ou
plusieurs caractères graphiques particuliers (des $) sur la ligne du texte à
lire. En fait, aucun $ n'était imprimé afin de ne pas perturber la lecture
en cours.
Immédiatement après la lecture du texte cible, tous les sujets
devaient rappeler ce dont ils se souvenaient en donnant le plus de détails
possibles quitte à faire du mot à mot sur le texte qui venait d'être lu.
L'examinateur notait ce que disait chaque sujet.
Les sujets étaient ensuite conviés à l'épreuve critique de complè
tement de mots fragmentés. Les consignes précisaient que la tâche
était de trouver des noms communs au singulier compatibles avec les
fragments en remplaçant les tirets par les lettres correspondantes.
Pour chaque indice, vingt secondes de réflexion étaient allouées mais les
sujets devaient répondre le plus rapidement possible en produisant la
solution à haute voix puis remplacer les tirets par les lettres correspon
dantes. Le passage à l'item suivant se faisait en déplaçant une fenêtre
qui permettait de ne voir qu'un seul exemplaire à la fois. Avant de passer
aux 40 stimuli sélectionnés les sujets étaient entraînés à cette tâche
avec 10 autres stimuli dont les réponses étaient assez faciles. Parmi
les 40 indices il s'en trouvait 10 dont les solutions étaient présentes
dans le texte à lire, 10 dont les solutions étaient présentes dans le
texte à ignorer, les 20 autres servaient à calculer le taux de complè
tement de base. Les consignes données aux sujets décourageaient
l'utilisation d'une stratégie de remémoration du matériel de lecture
afin de compléter les indices présentés. La tâche était présentée comme
une épreuve destinée à l'élaboration d'un matériel. Ces consignes
permettaient aux sujets de ne pas s'engager dans un test explicite de
rappel indicé (Nicolas, 1991).

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