Influence de la représentation d'autrui sur l'activité des membres d'un groupe expérimental - article ; n°1 ; vol.70, pg 131-150

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L'année psychologique - Année 1970 - Volume 70 - Numéro 1 - Pages 131-150
Summary
Using three subjects (two naive and one confederate) in a group, thirty groups were told, prior to the experimental task, that the confederate was either cooperative or competitive. In two of the experimental conditions the confederate did not behave either cooperatively or competi-tively during the task session. In the other two experimental conditions the confederate either confirmed or disconfirmed the naive subjects' representation of his personality.
The results indicated that the naive subjects' expectations concerning the behavior of the confederate determined their behavior during the task as well as their representation of the elements of the situation (task, group, other members). For example, in situations where the confederate is sup-posed to be cooperative, subjects see the task as a cooperational task and the group as a cooperative group.
Résumé
Trente groupes de trois sujets (deux « naïfs » et un compère de l'expé-rimentateur) sont observés dans une tâche et répartis en quatre conditions expérimentales définies par le croisement de deux variables indépendantes :
— d'une part, l'induction pour les sujets naïfs, avant la réalisation de la tâche, d'une représentation du compère (autrui) où celui-ci est désigné comme coopératif ou compétitif ;
— d'autre part, les comportements effectifs du compère dans la tâche, comportements qui confirment ou infirment la représentation induite avant la tâche.
Ce dispositif expérimental permet de montrer notamment :
a) Que l'induction d'une représentation d'autrui détermine les comportements des sujets naïfs dans la tâche. En particulier, et pour la tâche utilisée ici, on montre que les sujets naïfs modèlent leurs propres comportements sur les comportements qu'ils attendent du compère dans le cadre de la représentation qu'ils en ont à un moment donné;
b) Que l'induction d'une représentation d'autrui entraîne pour les sujets naïfs une modification de leurs représentations des autres éléments de la situation (tâche, groupe, autres membres). Par exemple, dans les situations où l'induction désigne autrui comme coopératif, les sujets définissent la tâche comme une tâche de coopération et le groupe comme un groupe coopératif.
20 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1970
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Jean-Paul Codol
Influence de la représentation d'autrui sur l'activité des membres
d'un groupe expérimental
In: L'année psychologique. 1970 vol. 70, n°1. pp. 131-150.
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Codol Jean-Paul. Influence de la représentation d'autrui sur l'activité des membres d'un groupe expérimental. In: L'année
psychologique. 1970 vol. 70, n°1. pp. 131-150.
doi : 10.3406/psy.1970.27700
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1970_num_70_1_27700Abstract
Summary
Using three subjects (two "naive" and one confederate) in a group, thirty groups were told, prior to the
experimental task, that the confederate was either cooperative or competitive. In two of the conditions the did not behave either cooperatively or competi-tively during the
task session. In the other two experimental conditions the confederate either confirmed or disconfirmed
the naive subjects' representation of his personality.
The results indicated that the naive subjects' expectations concerning the behavior of the confederate
determined their behavior during the task as well as their representation of the elements of the situation
(task, group, other members). For example, in situations where the confederate is sup-posed to be
cooperative, subjects see the task as a cooperational task and the group as a cooperative group.
Résumé
Trente groupes de trois sujets (deux « naïfs » et un compère de l'expé-rimentateur) sont observés dans
une tâche et répartis en quatre conditions expérimentales définies par le croisement de deux variables
indépendantes :
— d'une part, l'induction pour les sujets naïfs, avant la réalisation de la tâche, d'une représentation du
compère (autrui) où celui-ci est désigné comme coopératif ou compétitif ;
— d'autre part, les comportements effectifs du compère dans la tâche, comportements qui confirment
ou infirment la représentation induite avant la tâche.
Ce dispositif expérimental permet de montrer notamment :
a) Que l'induction d'une représentation d'autrui détermine les comportements des sujets naïfs dans la
tâche. En particulier, et pour la tâche utilisée ici, on montre que les sujets naïfs modèlent leurs propres
comportements sur les comportements qu'ils attendent du compère dans le cadre de la représentation
qu'ils en ont à un moment donné;
b) Que l'induction d'une représentation d'autrui entraîne pour les sujets naïfs une modification de leurs
représentations des autres éléments de la situation (tâche, groupe, autres membres). Par exemple,
dans les situations où l'induction désigne autrui comme coopératif, les sujets définissent la tâche
comme une tâche de coopération et le groupe un groupe coopératif.Laboratoire de Psychologie sociale
équipe associée au C.N.R.S., Aix
INFLUENCE DE LA REPRÉSENTATION D'AUTRUI
SUR L'ACTIVITÉ DES MEMBRES
D'UN GROUPE EXPÉRIMENTAL
par Jean-Paul Codol1
SUMMARY
Using three subjects (two "naive" and one confederate) in a group,
thirty groups were told, prior to the experimental task, that the confe
derate was either cooperative or competitive. In two of the experimental
conditions the confederate did not behave either cooperatively or competit
ively during the task session. In the other two experimental conditions
the confederate either confirmed or disconfirmed the naive subjects' repre
sentation of his personality.
The results indicated that the naive subjects' expectations concerning
the behavior of the confederate determined their behavior during the task
as well as their representation of the elements of the situation (task, group,
other members). For example, in situations where the confederate is sup
posed to be cooperative, subjects see the task as a cooperational task and
the group as a cooperative group.
INTRODUCTION
L'intérêt à la fois théorique et pratique présenté par l'étude
de l'impact des représentations de certains aspects d'une situation
sur les comportements des membres d'un groupe dans cette
situation a été souligné dans un précédent article (Codol, 1968).
Dans ce courant de préoccupations, nous nous étions principal
ement intéressé à l'un des éléments essentiels de la vie de groupe,
1. Mlles Christine Henry et Françoise Herteman nous ont apporté,
notamment lors de l'expérimentation, une précieuse collaboration. 132 MÉMOIRES ORIGINAUX
la lâche, à laquelle tout groupe est affronté. En faisant varier
la représentation d'une même tâche, nous avions étudié :
— d'une part, les relations entre cette représentation et les
comportements des sujets dans un groupe (Codol, 1968) ;
— d'autre part, les relations entre une induite de
la tâche et la représentation que chaque sujet se fait de soi-
même par rapport aux autres membres du groupe (Godol, 1969).
Le présent article prend en considération un autre pôle de
la situation de groupe : autrui. L'influence de la représentation
d'autrui sur le comportement de sujets a déjà fait l'objet de
quelques expériences, d'inspirations d'ailleurs assez diverses
(par ex. : Sermat, 1964 ; Marlowe et ai, 1966 ; Abric et al, 1967 ;
Apfelbaum, 1967) où autrui était le plus souvent le partenaire
(réel ou imaginaire) d'un jeu à deux, dans le cadre des jeux du
type « dilemme du prisonnier ». Or, la nature même des jeux
de ce type est très différente d'une situation générale de groupe
dont les caractéristiques (motivation des membres, nombre de
participants, nature de la tâche, etc.) peuvent être extrêmement
diverses.
A la suite de nos précédents travaux, l'expérience dont nous
rendons compte ici, s'inscrit dans un cadre beaucoup plus vaste
faisant intervenir à la fois différents aspects de la situation de
groupe et les représentations que les membres de ces groupes
se font de ces différents aspects.
En quoi la représentation que chaque membre se fait de ses
partenaires intervient-elle sur ses propres comportements, en
quoi intervient-elle dans la représentation que chaque joueur
se fait de la situation en général, c'est ce que nous avons cherché
à mettre en lumière ici.
A) TACHE ET PLAN EXPÉRIMENTAL
Trente groupes d'étudiantes sont observés dans une variante
d'une tâche originale présentée comme un jeu, dont la structure
générale a été exposée ailleurs (cf. Codol et Flament, 1969).
Nous ne rappellerons ici que l'essentiel de cette tâche.
La tâche
II s'agit pour des sujets réunis en groupe de trois (deux
sujets « naïfs », et un compère de l'expérimentateur dans le rôle
de 1' « autrui »), de trouver un code, préalablement construit J.-P. CODOL 133
au hasard, qui fait correspondre des lettres de l'alphabet à des
nombres entiers de 1 à 26. Plus précisément, il y a correspondance
biunivoque entre chaque lettre de l'alphabet et chaque nombre
de 1 à 26. Pour la découverte de ce code, les seules informations
disponibles pour les sujets sont constituées par des couples
dont chacun comprend, d'une part, un ensemble de lettres au
hasard et, d'autre part, l'ensemble des nombres codant ces
lettres, ces nombres étant donnés dans l'ordre numérique crois
sant. Aucun couple pris isolément ne peut donner la moindre
information sur le code : c'est par combinaison entre ces couples
que l'on peut découvrir des lettres. Ces informations sont données
aux sujets sous forme de cartes préparées par l'expérimentateur
et distribuées dans un ordre séquentiel déterminé à l'avance (à
l'insu des sujets qui croient que les cartes sont battues). Cet
ordre séquentiel permet de faire en sorte que chaque sujet puisse
trouver exactement le même nombre de lettres au cours du jeu,
dans les mêmes conditions de difficulté. Les cartes (il y en a 12
par partie et par groupe) sont distribuées personnellement et
à tour de rôle à chaque membre du groupe, toutes les 30 secondes.
Celui qui vient de recevoir une carte (on dit de lui qu'il a «• la
main ») peut décider de garder pour lui, ou au contraire de faire
partager à tout le groupe, l'information qu'il vient de recevoir.
Lorsqu'un sujet a trouvé une lettre, celui qui a la main (qui
n'est pas forcément celui qui a découvert la lettre), garde le
bénéfice de cette lettre. Il peut en outre choisir de bénéficier
lui-même des points attachés à la découverte de cette lettre
(il reçoit alors deux points), ou choisir de faire bénéficier tout
le groupe de la découverte : chaque joueur (y compris lui-même)
reçoit alors 1 point. Lorsqu'une erreur est commise, par n'importe
quel membre du groupe, celui qui a la main a le choix de la
sanction : ou bien il décide d'assumer seul cette erreur (on lui
enlève alors 4 points), ou bien il décide de répartir la sanction
entre tous les joueurs (on enlève alors 2 points à chaque membre
du groupe).
Le but du jeu est, pour chaque joueur, de totaliser au cours
de trois parties successives (trois codes différents à découvrir),
le maximum de lettres et le maximum de points.
Plan expérimental
Les 30 groupes de sujets sont répartis en quatre situations
expérimentales constituées par le croisement de deux variables
indépendantes, toutes deux définies en termes de coopération MÉMOIRES ORIGINAUX 134
ou de compétition : la représentation initiale du compère, et le
comportement effectif du compère.
1° La manipulation de la première variable indépendante
(représentation initiale du compère), est réalisée par l'intr
oduction de deux variantes dans les groupes au début de l'expé
rience : d'une part un questionnaire visant à saisir certains
aspects de la représentation de soi-même, questionnaire évalué
publiquement par l'expérimentateur ; et d'autre part l'expé
rience vécue par les sujets du comportement du compère au
cours d'une partie inlroduclive, avant l'expérience :
a) Dès l'entrée des sujets dans la salle d'expérience, on leur
demandait de répondre à un questionnaire préformé dans lequel
ils avaient à définir leur propre comportement dans une situation
générale de jeu de société. En ramassant les questionnaires,
l'expérimentateur faisait semblant d'étudier les réponses de
chacun, et, s'adressant brièvement au compère, déclarait, dans
la moitié des groupes : « Vous êtes très coopératif », et dans l'autre des : « Vous êtes très compétitif » ;
b) La deuxième phase de l'induction de la représentation
du compère (destinée à renforcer l'information initiale) était
constituée, après la passation des consignes, par les comporte
ments réels du compère au cours d'une partie « qui ne compte
pas pour l'expérience, uniquement faite pour que vous ayiez
bien compris toutes les règles du jeu avant de commencer réell
ement l'expérience ». Dans cette partie (partie « zéro »), les compor
tements du compère, définis sur la base d'observations anté
rieures dans la même tâche, correspondaient à l'induction
initiale : confirmant l'induction « vous êtes très coopératif »,
le compère montrait les cartes qu'il recevait, aidait ses camarades
à découvrir des lettres, partageait les points qui lui étaient
affectés, donnait des conseils, etc. ; confirmant l'induction « vous
êtes très compétitif », le compère se repliait sur lui-même, jouait
seul, gardait et cachait ses cartes, profitait des erreurs des autres,
gardait ses points pour lui seul, etc.
2° Le comportement effectif du compère dans la tâche
constitue la deuxième variable indépendante. Selon les groupes,
les comportements du compère correspondaient, ou non, à la
représentation induite initialement. Au niveau de la tâche, les du compère étaient beaucoup plus modérés que
dans l'induction. Quelle que soit la situation expérimentale,
le compère n'intervenait jamais ; dans tous les cas, il ne parlait
qu'à sa main, et attendait 15 secondes avant de proposer des J.-P. CODOL 135
lettres (de façon à laisser la possibilité aux autres joueurs
de l'aider éventuellement). Les seules variantes, distinguant
le comportement coopératif du comportement compétitif du
compère dans la tâche, étaient constituées par le partage (en
coopération) ou le non-partage (en compétition) des informations
qu'il recevait, et par le fait qu'en coopération, il répartissait
ses points, alors qu'il les gardait en compétition.
Le croisement de ces deux variables indépendantes définit
quatre situations expérimentales, comme le montre le tableau I
(les nombres inscrits entre parenthèses dans chaque case du
tableau indiquent le nombre des groupes utilisés dans chaque
situation).
TABLEAU I
Les quatre situations expérimentales
Comportement effectif
du compère
dans la tâche
Coop. Comp.
Coop. Représentation I (7) II (8)
initiale
du compère Comp. III (8) IV (7)
Déroulement général de l'expérience
a) Induction d'une représentation initiale d'autrui et consignes.
... Questionnaire (Q 1) : jugement de chaque membre du groupe
sur son propre comportement dans une situation générale de
jeu de société, suivi d'une évaluation publique des réponses du
compère par l'expérimentateur.
* *Passation des consignes (enregistrées sur magnétophone).
... Partie « zéro » (« pour que vous compreniez bien les règles du
jeu ») : renforcement de l'induction initiale.
b) Questionnaire préexpérimental (Q 2), visant à saisir les
représentations de la tâche, du groupe, des autres joueurs, et de
vérifier l'impact de l'induction de la représentation du compère.
c) Réalisation de la lâche (le jeu comprenait trois parties
successives) au cours de laquelle les comportements des sujets
étaient observés. L'observation a porté essentiellement sur les
points suivants : 136 MÉMOIRES ORIGINAUX
— le partage de l'information entre les membres du groupe
(chacun pouvant, à son gré, cacher ou montrer les cartes
reçues) ;
— la découverte des lettres (un joueur découvrant une lettre
pouvant soit l'annoncer immédiatement — laissant alors
à celui qui a la main la décision de la répartition des points — ,
soit attendre d'avoir la main à son tour pour l'annoncer
— c'est alors lui qui décide de la des points ;
— le partage des points et des erreurs (chaque joueur pouvant,
à son gré, garder ou répartir points et sanctions).
d) Questionnaire postexpérimental (Q 3), visant à saisir les
représentations que les sujets se font d'eux-mêmes, du groupe,
de la tâche, et des autres membres du groupe.
La mesure des représentations. Elaboration des questionnaires
Dans le cadre de cette expérience, nous n'avons, en aucune
façon, cherché à analyser les représentations des sujets dans
toutes leurs dimensions. Bien au contraire, nous nous sommes
efforcés de ne retenir des que cette seule dimens
ion qui caractérise comme « coopératifs » ou « compétitifs » les
objets représentés. Les trois questionnaires préformés utilisés
dans l'expérience étaient construits de façon à nous permettre
de saisir clairement cette dimension des représentations.
Pour l'élaboration de ces questionnaires, nous avons fait
passer, avant l'expérience, deux autres questionnaires à deux
échantillons différents de la même population parente que les
membres de nos groupes :
1° 57 étudiantes ont tout d'abord reçu un questionnaire
ouvert. Après une brève description de la tâche, les étudiantes
interrogées devaient définir dans ce cadre ce qu'elles entendaient
par « joueur coopératif » et par « joueur compétitif ». Elles
devaient en outre dire en quoi la tâche pouvait être de nature
« coopérative » ou « compétitive ». Enfin, on leur demandait de
définir, dans le cadre de la tâche, les caractéristiques d'un
« groupe coopératif » et « compétitif ». L'analyse de ce premier
questionnaire nous a permis de dégager un peu plus de 150 items,
significatifs, pour l'échantillon interrogé, du caractère coopératif
ou compétitif des objets considérés (« joueur », « tâche »,
« groupe »).
2° Dans un deuxième questionnaire, auquel 50 autres étu
diantes ont répondu, on a reproduit ces 150 items, en leur CODOL 137 J.-P.
demandant de dire pour chacun d'eux s'il leur paraissait carac
téristique de la coopération ou de la compétition. Nous n'avons
retenu, pour la construction finale des questionnaires utilisés
dans l'expérience, que les items .dont 95 % au moins des étu
diantes interrogées nous avaient répondu qu'ils étaient signifi
catifs de la coopération ou de la compétition. Dans les trois
questionnaires, chaque question (portant sur la tâche, le groupe,
les autres membres, ou soi-même) comprenait autant d'items
significatifs de la coopération que d'items significatifs de la
compétition. (Il y avait entre 14 et 24 items par question.)
Les sujets devaient cocher, dans la liste proposée, et pour
chaque question posée, autant d'items qu'ils le désiraient.
B) HYPOTHÈSES
Sur la base de nos précédentes recherches, nous nous propo
sons ici de vérifier trois séries d'hypothèses. Elles concernent :
1° L'impact de la représentation initiale d'autrui sur les comport
ements, et l'évolution de ces comportements en fonction des
modifications intervenant dans ces représentations ;
2° Les liens entre les représentations des différents aspects de
la situation ;
3° La restructuration des en fonction de l'évo
lution des comportements.
1° L'hypothèse fondamentale d'une recherche de ce type
est que toute information nouvelle sur un objet est catégorisée,
à l'intérieur de l'univers cognitif du sujet qui reçoit cette infor
mation, dans un certain sous-ensemble de cet univers cognitif,
sous-ensemble qui définit une représentation. Celle-ci appelle
à son tour un certain comportement.
Dans l'expérience présente, les informations sur autrui (le
compère) pour chaque sujet sont de deux ordres, et correspondent
à nos deux variables indépendantes :
— d'une part l'information qui découle de l'induction initiale
(évaluation par l'expérimentateur du questionnaire I, et
comportement du compère dans la partie « zéro ») ;
— d'autre part, l'information qui vient de l'expérience vécue par
le sujet du comportement effectif du compère dans la tâche.
En présentant autrui (le compère) comme « coopératif » ou
« compétitif », on fait l'hypothèse que dans notre cadre culturel, 138 MÉMOIRES ORIGINAUX
ces informations sont catégorisées par les sujets dans deux sous-
ensembles distincts de l'univers cognitif et appelleront de ce fait
des comportements différents. Plus précisément, et en fonction
de résultats obtenus par ailleurs dans la même tâche (cf. Godol,
1968), on fait ici l'hypothèse que le comportement des sujets
se conformera au comportement qu'ils attendent du compère.
Ainsi, s'ils ont du compère une représentation « coopérative »,
leur comportement sera de type coopératif, et s'ils ont du
compère une représentation « compétitive », leur comportement
sera de type compétitif.
De même, en faisant varier le comportement effectif du
compère dans la tâche, on fait l'hypothèse que les informations
qui en découlent pour les sujets au niveau de leur expérience
seront catégorisées dans deux sous-ensembles distincts de l'uni
vers cognitif et appelleront des comportements différents. Ici
encore, on s'attend plus précisément à ce que le comportement
des sujets soit conforme à la représentation qu'ils ont du compère.
Ainsi, dans les groupes où le compère a un
coopératif, les sujets seront eux-mêmes coopératifs, et dans les
groupes où le compère a un comportement compétitif, les sujets
seront eux-mêmes compétitifs.
La conjonction de ces deux types d'information (induction
initiale et comportement effectif d'autrui), détermine pour les
sujets, au sein de chaque situation, une représentation du
compère. Au niveau individuel, ces deux informations peuvent
être subjectivement perçues, soit comme convergentes, soit
comme divergentes voire contradictoires. Dans le cas de la
convergence (situations I et IV), on fait l'hypothèse que la
deuxième information reçue s'intègre parfaitement dans le sous-
ensemble de l'univers cognitif mis en œuvre par la première
information, et qu'ainsi il y a renforcement d'un certain type
de comportement. S'il en est ainsi, les comportements seront
très coopératifs dans la situation I et très compétitifs dans la
situation IV.
En ce qui concerne les deux autres situations (II et III),
pour lesquelles les deux informations sont contradictoires, tout
dépendra de l'impact respectif, pour les sujets, des deux types
d'information. L'hypothèse est que le type de comportements
observés à un moment donné correspondra davantage au type
d'information le plus pregnant pour les sujets à ce même moment.
Plus précisément, il semble raisonnable de penser qu'au début
du jeu, l'information la plus prégnante sera celle apportée par

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