Influence de la vitesse du mouvement et de l'espace parcouru sur l'estimation du temps - article ; n°2 ; vol.65, pg 357-363

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L'année psychologique - Année 1965 - Volume 65 - Numéro 2 - Pages 357-363
Can it be said that changes in space and speed have an influence upon the variations of perceived time ? In the first experiment reported here, no systematic effect could be noticed ; in the second experiment, however, it was found that the amount of time perceived went down when speed and space went up. In order to explain this result, which is in contradiction with other results by Fraisse, an hypothesis is given.
Quelles variations du temps perçu sont entraînées par des modifications de l'espace et de la vitesse ? Dans une première expérience, nous ne trouvons pas d'effet systématique ; dans une seconde, nous constatons que le temps perçu est plus court lorsque la vitesse et l'espace sont plus grands. A ce résultat, contradictoire avec des résultats antérieurs de Fraisse, nous proposons une hypothèse.
7 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1965
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C. Bonnet
Influence de la vitesse du mouvement et de l'espace parcouru
sur l'estimation du temps
In: L'année psychologique. 1965 vol. 65, n°2. pp. 357-363.
Abstract
Can it be said that changes in space and speed have an influence upon the variations of perceived time ? In the first experiment
reported here, no systematic effect could be noticed ; in the second experiment, however, it was found that the amount of time
perceived went down when speed and space went up. In order to explain this result, which is in contradiction with other results by
Fraisse, an hypothesis is given.
Résumé
Quelles variations du temps perçu sont entraînées par des modifications de l'espace et de la vitesse ? Dans une première
expérience, nous ne trouvons pas d'effet systématique ; dans une seconde, nous constatons que le temps perçu est plus court
lorsque la vitesse et l'espace sont plus grands. A ce résultat, contradictoire avec des résultats antérieurs de Fraisse, nous
proposons une hypothèse.
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Bonnet C. Influence de la vitesse du mouvement et de l'espace parcouru sur l'estimation du temps. In: L'année psychologique.
1965 vol. 65, n°2. pp. 357-363.
doi : 10.3406/psy.1965.27437
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1965_num_65_2_27437Laboratoire de Psychologie Expérimentale et Comparée
de la Sorbonne .
INFLUENCE DE LA VITESSE DU MOUVEMENT
ET DE L'ESPACE PARCOURU
SUR L'ESTIMATION DU TEMPS
par Claude Bonnet
Restant dans le cadre de situations où la vitesse, l'espace et
le temps de parcours d'un mobile sont seuls mis en jeu, nous nous
sommes intéressé aux variations du temps perçu. Dans un article
récent, P. Fraisse (1961), étudiant le problème de l'influence de
la vitesse sur l'estimation de la durée, conclut : « Dans les condi
tions optimales, à mouvement rapide, correspond une estimation
plus longue de la durée qu'à mouvement lent. » A la suite de nos
recherches sur la vitesse perçue ou vélocité, nous nous sommes
intéressé à ce problème et nous avons cherché à vérifier si, dans
des situations analogues à celles que nous avions utilisées pour
la vitesse, nous retrouvions le même effet que cet auteur.
I. — En premier lieu nous nous sommes demandé dans
quelle mesure les estimations temporelles des sujets restent
correctes et cohérentes si l'on fait varier la vitesse.
A) Technique de l'expérience
1) Le dispositif est le même que celui utilisé dans l'expérience
2 sur la vitesse (Bonnet, 1964, p. 55). Il se présente au sujet
sous la forme de deux panneaux noirs (200 x 50 cm), disposés
à angle droit, percés en leur milieu et au niveau du regard d'une
fenêtre horizontale de 5 cm de large dont la longueur peut être
modifiée au moyen de volets coulissants. Le mobile, constitué
par une barre rouge verticale, apparaît par cette fenêtre sur un
fond blanc immobile. Il est supporté par deux fils, invisibles aux
sujets, et entraîné par deux cylindres. Celui de gauche consti
tuant l'étalon, celui de droite la variable. Le déplacement des
mobiles se fait toujours de gauche à droite.
2) Le sujet, assis sur un siège pivotant, de hauteur réglable,
à 120 cm de chacun des appareils, les regarde successivement :
en premier lieu, il suit du regard le mobile étalon, puis se tourne
a. l'svrnoL. 65 23 MEMOIRES ORIGINAUX 358
pour suivre le mobile variable. Une fois celui-ci disparu, il énonce
son jugement, portant sur le temps de passage du second par
rapport au premier, au moyen des réponses plus, égal ou moins.
On présente différentes valeurs de la variable en méthode
constante pour obtenir des mesures à partir desquelles on déter
mine graphiquement un point d'égalisation subjective (P.E. S.). Les
variations de temps sont obtenues au moyen de légères variations
de la vitesse. On utilise environ 5 séries de 5 à 6 valeurs chacune.
3) Les 16 sujets, qui comparent tous des durées, sont divisés
au hasard en deux groupes : dans l'un, l'espace étalon et l'espace
variable ont la même dimension (situation isométrique a-b) ;
dans l'autre, ils sont de différente (situation hétéro-
métrique c-d). Pour chaque groupe, la vitesse étalon peut prendre
deux valeurs différentes qui sont entre elles dans un rapport de 3.
Il en est de même pour l'espace : on a ainsi 4 combinaisons diff
érentes de vitesse et d'espace. Nous ne considérerons que celles
qui ont le même temps étalon T = 3,69 s. Les valeurs de E et
de V sont mentionnées en marge du tableau de résultats.
Les ordres de présentation sont permutés d'un sujet à l'autre.
Chaque groupe se compose de 8 sujets des deux sexes, étudiants
en première année de psychologie, âgés d'une vingtaine d'années
et volontaires.
B) Résultats
Les valeurs observées sont les suivantes :
TABLEAU I
Médianes des pourcentages d'erreur systématique des temps estimés
~~~^~— ~^_^ Etalon Eo = 39.9 cm Ex = 13,3 cm
V\ = 3,63 cm/s Va = 10.9 cm /s Variable ~~~— ~-
a ° d
4- 4,60 = 13,3 + 1,89 E2
(V1 = 3,63) (3,86) (3,76)
c
4- 4.60 E2 = 39,9 + 0,81
(V2 = 10,9) (3^86) (3,72)
Entre parenthèses les moyennes des P.E. S. qui doivent être comparées à
la durée étalon 3,69 s.
Différences par rapport à l'étalon : U de Mann-Whitney significatif à
a = .05 \°) ou a = .01 (°°). BONNET. INFLUENCE DE LA VITESSE DU MOUVEMENT 359 C.
Dans ce tableau toutes les erreurs systématiques sont posi
tives, indiquant des P.E. S. supérieurs à l'étalon, bien que de
manière non significative dans les situations hétérométriques,
en raison de la plus grande dispersion des résultats.
Dans les situations isométriques (a-b), on voit que l'erreur est
plus forte lorsque l'espace et la vitesse sont plus grands (b). La
différence n'est pas significative à a = .05 au test de randomis
ation.
Dans les situations hétérométriques (c-d), la tendance est
inverse ; l'erreur est plus forte lorsque l'espace et la vitesse variable
sont plus petits (d). Cette différence n'est pas non plus signi
ficative.
Il semble donc que les estimations de temps des sujets soient
à peu près justes et que leurs variations en fonction des variations
d'espace et de vitesse soient, même en situation hétérom étriqué,
beaucoup plus faibles que ne l'étaient les variations de la vélocité,
qui pouvaient atteindre 11 % dans des situations analogues.
II. — Cependant, nous pouvions nous demander si le même
résultat pouvait être obtenu en faisant varier le temps au moyen
de l'espace. C'est pourquoi nous avons effectué une seconde expé
rience où nous avons cherché à voir si l'estimation du temps est
affectée par les modifications de la variable indépendante
(V ou E) au moyen de laquelle on fait varier le temps réel. D'autre
part, nous plaçant uniquement dans le cadre de situations hété
rométriques, nous avons cherché à mettre en évidence un effet
possible de la grandeur du rapport étalon /variable pour l'espace
et pour la vitesse, ainsi que du « niveau » de vitesse.
A) Technique expérimentale
1) Le dispositif, différent du précédent, est analogue à celui
de l'expérience 1 sur la vitesse (Bonnet, 1964, p. 49). Il se pré
sente au sujet comme un écran blanc de 125 x 50 cm, situé à 50 cm
du regard. Sur cet écran, peut apparaître en transparence une fenê
tre éclairée de 4 cm de large, dont on fait varier la longueur; elle est
située au niveau des yeux. Le mobile qui traverse cet « espace » est
un trait noir, photographié sur un film ; en projection, il a une
largeur de 3 mm. Le film est utilisé comme bande sans fin. Sur
le même appareil, et au même endroit, sont présentés success
ivement l'étalon et la variable ; entre les présentations, les modif
ications de la vitesse et de l'espace s'effectuent rapidement.
On demande à tous les sujets de juger le temps de passage 360 MEMOIRES ORIGINAUX
du mobile variable par rapport au mobile étalon (réponses plus
ou moins). Les différentes valeurs de la variable sont présentées
au hasard selon une méthode constante pour permettre la déter
mination d'un point d'égalisation subjective (P.E. S.). On utilise
5 séries comprenant chacune 5 à 6 valeurs.
2) Cinq modalités sont mises en jeu dans l'expérience :
a) La variable indépendante au moyen de laquelle l'expérimen
tateur modifie le temps de la variable : soit la vitesse (modal
ité Tu), soit l'espace (modalité Te) ;
b) La valeur du temps étalon, soit T = 2 s, soit / — 0,8 s ;
c) Dans ces situations hétérométriques, à l'égalité objective
des temps de passage, l'étalon peut avoir une vitesse et un
espace plus grands que ceux de la variable (modalité G-P),
soit plus petits (modalité P-G) ;
d) Cette différence prend des valeurs selon deux rapports :
soit R = 2,5 (ou 1 /2,5) soit r = 1,25 (ou 1 /1,25) ;
e) Pour le rapport r = 1,25, nous avons subdivisé en deux
modalités supplémentaires selon le « niveau » de vitesse (et
d'espace). L'une que, compte tenu du matériel, nous qualifions
de rapide (Nx), l'autre de lente (N2).
TABLEAU II
Valeurs utilisées
= 2 s = 0,8 s Temps Temps
Rapport Espace Vitesse Espace Vitesse
cm cm/s cm cm/s
50 25 20 25 R = 2,5 8 20 10 10
50 25 20 25
40 20 16 20 r = 1,25
25 10 12 12
20 10 8 10
Chaque sujet se trouve placé successivement dans 4 modalités,
de sorte qu'il lui soit toujours attribué la même variable indépen
dante (Tv ou Te), dans le même rapport de vitesse et d'espace
(R ou r) ; et dans le cas du rapport r = 1 ,25 à l'un des deux niveaux
de vitesse. On lui présente donc les deux valeurs du temps
étalon, chacune dans les deux sens du rapport étalon /variable MÉMOIRES ORIGINAUX 362
qu'en Te (y2 = 4,16 significatif àa= .05) ; pour P-G, les erreurs,
en général positives, sont moins fortes en Tv.
La tendance n'est pas significative, car dans cette modalité
(P-G) deux valeurs sont très inférieures à ce qu'elles devraient
être (entre parenthèses dans le tableau de résultats). En effet,
notre appareil ne nous permettait pas d'augmenter suffisamment
l'espace de manière à obtenir des jugements de temps égaux. Si
nous testons cet effet pour le seul temps / = 0,8 s où cet inconvé
nient ne se présentait pas, en comparant globalement Tv à Te,
la différence est significative àa= .05 au test du ^2 pour les
deux modalités G-P et P-G.
Autrement dit, dans la même modalité G-P, le temps est
estimé plus court (erreur négative moindre) lorsqu'il varie au
moyen de l'espace (Te) que lorsqu'il varie au moyen de la vitesse
(Tv). Inversement pour P-G, il sera estimé plus long en Te qu'en
Ty. Il se manifeste donc un « glissement » de l'effet selon la variable
indépendante, que l'on peut schématiser ainsi :
Tv Te
I temps en erreur
0 +
G-P P-G
Les résultats des analyses sur l'influence du rapport et du
« niveau » de vitesse ne montrent pas d'effet suffisamment syst
ématique pour que nous les considérions ici.
Conclusion
Si, dans l'expérience I, nous avons pu montrer que les sujets
jugeaient le temps avec une bonne précision, dans l'expérience II,
nous avons vu apparaître un effet systématique tel qu'à une plus
grande vitesse et à un plus grand espace est associé un temps
perçu plus court. Ce résultat est donc l'inverse de celui de Fraisse
exposé plus haut. Cependant, nos conditions expérimentales sont
très différentes de celles de cet auteur ; en particulier, nous avons
utilisé des durées plus brèves. Il n'est pas impossible de penser
que le sens de l'effet est fonction, entre autres, de la durée objec
tive des événements. Un autre facteur de variation pourrait être
la variable utilisée pour modifier le temps, puisque nous avons vu
apparaître un « glissement » de l'erreur selon que utilisions
le vitesse ou l'espace. Des expériences ultérieures nous permet
trons de vérifier ces hypothèses. BONNET. INFLUENCE DE LA VITESSE DU MOUVEMENT 363 C.
RÉSUMÉ
Quelles variations du temps perçu sont entraînées par des modifi
cations de l'espace et de la vitesse ? Dans une première expérience,
nous ne trouvons pas d'effet systématique ; dans une seconde, nous
constatons que le temps perçu est plus court lorsque la vitesse et l'espace
sont plus grands. A ce résultat, contradictoire avec des résultats anté
rieurs de Fraisse, nous proposons une hypothèse.
SUMMARY
Can it be said that changes in space and speed have an influence upon
the variations of perceived time ? In the first experiment reported here,
no systematic effect could be noticed ; in the second experiment, however,
it was found that the amount of time perceived went down when speed and
space went up. In order to explain this result, which is in contradiction
with other results by Fraisse, an hypothesis is given.
BIBLIOGRAPHIE
Bonnet (C.'i. — La vitesse perçue et la relation V = E/T, An. psychol.,
1964, 64, 47-60.
Fraisse (P.). — Influence de la vitesse des mouvements sur l'estimation de
leur durée, An. psychol., 196^ 61% 391-399.
V V

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