Influence des états émotionnels dans les activités de mémorisation, de rappel, d'identification et de production de matériels verbaux - article ; n°4 ; vol.85, pg 577-597

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L'année psychologique - Année 1985 - Volume 85 - Numéro 4 - Pages 577-597
Summary : Influence of emotional states on memorization, recall and production of verbal material.
Experimental research showing the influence of emotional states on memorization, recall and production of simple and complex verbal material are presented in this paper.
First, several techniques for inducing emotional states and their effectiveness and validity are examined.
We then present research showing positive effects of congruence between the emotional state of the subject and the emotional content of the verbal material used in identification, production and memorization tasks.
We show that the positive effects can take place on memorization and on recall.
Finally, research bearing on the effects of mood identity of subjects on memorization and on recall of words, sentences and narratives is presented.
The results are related to cognitive psychology, particularly to information processing and specific encoding mechanisms. Several hypothetical explanations are outlined that stress the possible part of emotions in the semantic memory network and the influence of emotional states in constructing context for information to be processed.
Key words : memory, emotion.
Résumé
On a présenté dans cet article des travaux qui mettent en évidence l'influence des états émotionnels dans les activités de mémorisation, de rappel, d'identification et de production de matériels verbaux. Dans la première partie, seront examinées les techniques le plus souvent utilisées par les chercheurs dans l'installation et l'étude des états émotionnels. Dans la deuxième partie, on présentera les travaux qui mettent en évidence les conséquences de l'accord entre l'état émotionnel du sujet et la tonalité émotionnelle de l'information dans des activités sémantiques d'identification de mots, de production verbale et de mémorisation de récits. Dans la troisième partie, on examinera les effets de l'accord entre l'état émotionnel du sujet et la tonalité émotionnelle de l'information lors de la récupération de celle-ci. Dans la quatrième partie on présentera les travaux mettant en évidence l'influence, sur la récupération, de l'identité de l'état émotionnel du sujet lors de la mémorisation et lors du rappel. L'ensemble des résultats a été examiné du point de vue de la psychologie cognitive et plus particulièrement dans le cadre des mécanismes de traitement de l'information et de la notion de l'encodage spécifique.
Mots clés : mémoire, émotion.
21 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1985
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Daniel Martins
Influence des états émotionnels dans les activités de
mémorisation, de rappel, d'identification et de production de
matériels verbaux
In: L'année psychologique. 1985 vol. 85, n°4. pp. 577-597.
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Martins Daniel. Influence des états émotionnels dans les activités de mémorisation, de rappel, d'identification et de production
de matériels verbaux. In: L'année psychologique. 1985 vol. 85, n°4. pp. 577-597.
doi : 10.3406/psy.1985.29117
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1985_num_85_4_29117Abstract
Summary : Influence of emotional states on memorization, recall and production of verbal material.
Experimental research showing the influence of emotional states on memorization, recall and
production of simple and complex verbal material are presented in this paper.
First, several techniques for inducing emotional states and their effectiveness and validity are examined.
We then present research showing positive effects of congruence between the emotional state of the
subject and the emotional content of the verbal material used in identification, production and
memorization tasks.
We show that the positive effects can take place on memorization and on recall.
Finally, research bearing on the effects of mood identity of subjects on memorization and on recall of
words, sentences and narratives is presented.
The results are related to cognitive psychology, particularly to information processing and specific
encoding mechanisms. Several hypothetical explanations are outlined that stress the possible part of
emotions in the semantic memory network and the influence of emotional states in constructing context
for information to be processed.
Key words : memory, emotion.
Résumé
On a présenté dans cet article des travaux qui mettent en évidence l'influence des états émotionnels
dans les activités de mémorisation, de rappel, d'identification et de production de matériels verbaux.
Dans la première partie, seront examinées les techniques le plus souvent utilisées par les chercheurs
dans l'installation et l'étude des états émotionnels. Dans la deuxième partie, on présentera les travaux
qui mettent en évidence les conséquences de l'accord entre l'état émotionnel du sujet et la tonalité
émotionnelle de l'information dans des activités sémantiques d'identification de mots, de production
verbale et de mémorisation de récits. Dans la troisième partie, on examinera les effets de l'accord entre
l'état émotionnel du sujet et la tonalité émotionnelle de l'information lors de la récupération de celle-ci.
Dans la quatrième partie on présentera les travaux mettant en évidence l'influence, sur la récupération,
de l'identité de l'état émotionnel du sujet lors de la mémorisation et lors du rappel. L'ensemble des
résultats a été examiné du point de vue de la psychologie cognitive et plus particulièrement dans le
cadre des mécanismes de traitement de l'information et de la notion de l'encodage spécifique.
Mots clés : mémoire, émotion.L'Année Psychologique, 1985, 85, 577-597
Département de Psychologie
Université de Paris VIII1
Centre d'Etudes de Psychologie cognitive de Paris-Sud2
INFLUENCE DES ÉTATS ÉMOTIONNELS
DANS LES ACTIVITÉS DE MÉMORISATION,
DE RAPPEL, D'IDENTIFICATION
ET DE PRODUCTION DE MATÉRIELS VERBAUX
par Daniel Martins
SUMMARY : Influence of emotional states on memorization, recall
and production of verbal material.
Experimental research showing the influence of emotional states
on memorization, recall and production of simple and complex verbal
material are presented in this paper.
First, several techniques for inducing emotional states and their effec
tiveness and validity are examined.
We then present research showing positive effects of congruence between
the emotional state of the subject and the emotional content of the verbal
material used in identification, production and memorization tasks.
We show that the positive effects can take place on memorization and
on recall.
Finally, research bearing on the effects of mood identity of subjects
on memorization and on recall of words, sentences and narratives is
presented.
The results are related to cognitive psychology, particularly to infor
mation processing and specific encoding mechanisms. Several hypothetical
explanations are outlined that stress the possible part of emotions in the
semantic memory network and the influence of emotional states in construc
ting context for information to be processed.
Key words : memory, emotion.
1. 2, rue de la Liberté, 93526 Saint-Denis Cedex 02.
2. Centre scientifique d'Orsay, Bâtiment 335, 91405 Orsay Cedex.
AP — 19 578 Daniel Marlins
Les études expérimentales présentées dans cette revue critique
portent sur l'influence des états émotionnels d'une part dans la mémor
isation et le rappel de matériels de type verbal, d'autre part dans
l'évocation de souvenirs, la production d'associations verbales et de
récits et l'identification perceptive. Bien que l'étude des émotions
occupe une place dérisoire dans la recherche actuelle en psychologie,
on peut penser avec Rimé (1984) que « de plus en plus nombreux sont
ceux qui pressentent le nouveau gain que pourrait enregistrer la psychol
ogie cognitive si elle pouvait ouvrir davantage ses bases conceptuelles
et méthodologiques et étendre la rigueur de son approche à ces dimens
ions humaines laissées dans l'ombre ».
Mandler (1975, 1982) est un des auteurs qui aborde l'étude des
émotions dans le cadre de la psychologie cognitive et il utilise la notion
de « cognitions évaluatives » (evaluative cognitions) pour rendre compte
de nos expériences émotionnelles. Celles-ci seraient le résultat d'une
comparaison entre une représentation mentale activée et l'information
actuelle que le sujet est conduit à traiter. Si la structure de l'information
est conforme à la activée, il s'ensuivrait une évaluation
positive, agréable, mais de faible intensité affective ; si
n'est pas conforme il pourrait s'ensuivre une évaluation positive agréable
d'intensité affective forte, accompagnée d'un éveil élevé ; mais si
l'information est tout à fait incompatible avec la représentation mentale
activée, alors il se produirait une évaluation négative de forte intensité
et d'éveil élevé. Le Ny (1982, sous presse) considère aussi que les émotions
et l'affectivité en général résultent souvent d'activités cognitives : c'est
le cas, par exemple, où l'individu doit traiter une grande quantité
d'information sans pouvoir le faire efficacement, étant donné la capacité
limitée du système de traitement, et celui où les contraintes de la situa
tion produisent un état émotionnel (par ex. l'anxiété) qui bloque ce
système. Sarason (1975) a mis en relation les caractéristiques du trait
ement de l'information chez les sujets anxieux (traitement moins élaboré,
plus rigide et moins profond) avec les capacités limitées du système de
traitement. Le Ny (1979) a souligné par ailleurs le rôle que les valences
affectives associées aux signifiés peuvent jouer dans la mise en mémoire,
la conservation et la récupération de matériels de type verbal ; Denhière
et Legros (1983) ont montré que la version d'un récit, connotée émo-
tionnellement, est mieux rappelée à court et long terme que la version
neutre de ce récit. ■
Dans cette revue bibliographique on examinera particulièrement
l'influence des états émotionnels sur les processus de mise en mémoire
et de récupération de matériels verbaux. Ce travail comprend 4 parties.
Dans la première, seront examinées les techniques le plus souvent
utilisées par les chercheurs dans l'installation et l'étude des états émot
ionnels. Dans la deuxième partie, on présentera les travaux qui mettent
en évidence les conséquences de l'accord entre l'état émotionnel du Etats émotionnels et matériels verbaux 579
sujet et la tonalité émotionnelle de l'information dans des activités
sémantiques d'identification de mots, de production verbale et de
mémorisation de récits. Dans la troisième partie, on examinera les effets
de l'accord entre l'état émotionnel du sujet et la tonalité émotionnelle
de l'information lors de la récupération de celle-ci. Enfin, dans la
quatrième partie, on présentera les travaux mettant en évidence l'i
nfluence, sur la récupération, de l'identité de l'état émotionnel du suj
lors de la mémorisation et lors du rappel.
1. Les différentes techniques utilisées
dans l'instauration d'états émotionnels
1.1. Une des techniques consiste à faire lire au sujet des phrases
dont le contenu sémantique a une tonalité affective particulière (gaie
ou triste, par ex.). Ainsi Veiten (1968) a présenté à un groupe d'étu
diantes une liste de 60 phrases dont le contenu décrivait ce que peut
ressentir une personne déprimée (ex. : « Je me sens tellement fatiguée et
abattue que je préfère m'asseoir et ne rien faire ») ; elle a présenté à un
autre groupe d'étudiantes une liste de 60 phrases dont le contenu
décrivait l'état émotionnel supposé d'une personne gaie (ex. : « Je me
sens vraiment très bien »). Les étudiantes étaient invitées à lire lente
ment chacune des phrases et à ressentir ce qu'elles lisaient. Les deux
groupes d'étudiantes avaient été soumises auparavant à trois épreuves
(questionnaire mesurant leur sensibilité à la suggestion, présentation de
figures ambiguës avec mesure de la rapidité du changement de l'inter
prétation, estimations plus ou moins rapides du poids d'objets semblab
les) dont les résultats ont permis de constater l'homogénéité des
groupes. Les effets émotionnels éventuellement produits par la lecture
ont été examinés dans les tâches suivantes : écriture rapide de chiffres,
prise de décision lors de l'estimation du poids de différents objets et
production d'associations verbales. En outre, les étudiantes ont choisi
dans une liste d'adjectifs à contenu gai et triste ceux qui décrivaient
le mieux leur état et on a mesuré le nombre de leurs verbalisations
spontanées pendant la réalisation des tâches. La comparaison des deux
groupes a montré que les étudiantes qui ont lu la liste des phrases gaies
écrivent davantage de chiffres dans le temps imparti, sont plus rapides
dans leurs décisions et produisent davantage d'associations verbales
et de verbalisations spontanées que celles qui ont lu la liste des phrases
tristes. En outre, ces dernières ont choisi plus d'adjectifs à contenu
sémantique triste.
L'ensemble de ces résultats suggère, d'une part, que la technique
de lecture de phrases peut être efficace dans l'instauration d'un état
émotionnel et, d'autre part, il montre que l'état émotionnel triste
conduit au ralentissement de certaines activités psychologiques par
comparaison à l'état émotionnel gai. 580 Daniel Marlins
1 . 2. Une autre technique, qui a été souvent utilisée par Bower (1981),
et par Bower, Gilligan et Monteiro (1981), est celle de l'hypnose. Elle
consiste à placer les sujets en état hypnotique et à instaurer ensuite
un état émotionnel (gai ou triste) en leur demandant de se rappeler
ou d'imaginer une scène qui les rend très heureux ou très tristes. L'in
térêt de cette technique, selon ces auteurs, réside dans la rapidité
de sa mise en œuvre, dans la longueur temporelle de ses effets et dans
son efficacité à l'égard de l'instauration de l'état émotionnel souhaité.
Le désavantage de l'hypnose est que seuls 20 % des sujets sont vér
itablement sensibles à la suggestion hypnotique (Bower, 1981).
1 .3. Une autre technique consiste à demander aux sujets de mimer
avec leur visage les expressions des émotions que l'on souhaite ins
taurer. Laird et Crosby (1974) ont constaté que certains sujets res
sentent véritablement des émotions, quand on les invite à en mimer
les expressions ; par ailleurs, ces sujets ont facilement des pensées et
des souvenirs dont la tonalité émotionnelle s'accorde avec l'émotion
associée à la mimique produite.
1.4. Certains chercheurs ont étudié les effets de l'accord existant
entre la tonalité affective (agréable ou désagréable) des souvenirs
des patients qui souffraient de dépression ou de psychose maniaco
dépressive et l'état émotionnel (déprimé ou excité) de ces patients.
1.5. D'autres chercheurs, enfin, ont utilisé la présentation de
films et de tableaux. Ainsi Zillmann, Bryant, Comisky et Medoff (1981)
ont constaté une activation des indices physiologiques, dépendants
du système nerveux autonome, lors de la vision de films erotiques.
2. Effets de l'accord entre Vétat émotionnel du sujet
et la tonalité émotionnelle de l'information dans des activités sémantiques
d'identification de mots, de production d'associations verbales
et de récits au TAT (<.<■ Thematic Aperception Test » de Murray)
et de mémorisation de récits
2.1. Identification perceptive. — Postman et Brown (1952) ont
montré que les seuils de reconnaissance de mots ayant un contenu
sémantique en relation avec l'échec étaient inférieurs à ceux des mots
dont le contenu sémantique était en relation avec la réussite, chez les
sujets qui avaient échoué dans une tâche, juste avant l'épreuve per
ceptive. Par contre, les sujets qui avaient réussi dans cette dernière
tâche présentaient des seuils plus bas dans la reconnaissance de mots
dont le contenu sémantique évoquait la réussite.
2.2. Productions d'associations verbales et productions de récits
au tat.
Bower (1981) a réalisé une série d'études dans lesquelles étaient
examinées les relations entre l'état émotionnel et la production de
divers matériels verbaux. Il a présenté à des sujets, mis dans un état Etais émotionnels et matériels verbaux 581
hypnotique heureux, 5 mots neutres auxquels ils devaient répondre
par les premiers mots qui leur venaient à l'esprit ; plus tard, ces mêmes
sujets, mis dans un état hypnotique agressif, devaient répondre éga
lement par les premiers mots qui leur venaient à l'esprit quand on
leur présentait 5 autres neutres. Des juges ont évalué ensuite
la tonalité gaie ou agressive des réponses produites par les sujets.
L'auteur a constaté que 81 % des des sujets « heureux »
étaient considérées comme gaies et 73 % des réponses des sujets « agress
ifs » étaient considérées comme agressives par les juges. Dans une
autre étude, Bower a présenté à des sujets mis dans un état hypnot
ique heureux ou agressif 5 planches du tat en les invitant à raconter
un récit à propos de la scène représentée dans chaque planche. L'en
semble des récits a été présenté ensuite à deux juges pour qu'ils
décident quel était l'état émotionnel (heureux ou agressif) de l'auteur
de chacun des récits. Les résultats ont montré que 77 % des récits
racontés par des sujets « agressifs » étaient considérés comme ayant
un contenu sémantique agressif, et 63 % des récits racontés par les
sujets « heureux » étaient considérés comme gais. Dans une autre
étude, Bower a obtenu des résultats semblables avec la présentation
de 2 autres planches du tat et dans une tâche de production d'asso
ciations verbales, auprès de sujets mis dans un état hypnotique heu
reux ou agressif.
2.3. La mémorisation de récits. — Bower, Gilligan et Monteiro (1981)
ont réalisé 5 études expérimentales dans lesquelles ils ont mis en évi
dence des données favorables à l'hypothèse du traitement sélectif des
informations d'un récit dont la tonalité émotionnelle s'accorde avec
l'état émotionnel des lecteurs de ce récit. Dans la première expérience (I),
l'expérimentateur instaurait, par suggestion hypnotique, un état émot
ionnel heureux chez 8 sujets et un état émotionnel triste chez 8 autres.
Les sujets étaient vaguement informés que le but de l'expérience
était d'étudier les relations entre l'état émotionnel et l'expression
stylistique; après avoir reçu cette information, ils étaient invités à
lire un récit (qui comprenait 121 propositions), à allure libre, deux
fois de suite. Le texte du récit décrivait un après-midi de loisirs que
deux étudiants passaient ensemble. Un des étudiants — André —
était présenté comme une personne heureuse qui réussissait en toute
chose (travail universitaire, vie sentimentale, etc.) ; l'autre étudiant
— Jack — était présenté comme une personne déprimée qui accumul
ait les échecs dans tous les domaines. Il y avait 54 propositions dont
le contenu sémantique avait une tonalité gaie (elles concernaient André)
et 57 propositions dont le contenu sémantique avait une tonalité triste
(elles concernaient Jack) ; il y avait aussi 10 propositions neutres qui
ne aucun des personnages. Une fois la lecture achevée,
les sujets devaient dire avec quel personnage ils s'étaient identifiés
et ils devaient décrire les images mentales qu'ils avaient éventuelle- j
;
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582 Daniel Martins
ment élaborées pendant la lecture : ces deux activités étaient effectuées
encore en état d'hypnose. Les sujets étaient invités en outre à fournir
un rappel écrit du récit, en état normal, 24 heures après la lecture.
L'analyse du rappel a montré que les sujets chez qui on avait instauré
un état triste rappelaient autant de propositions que les sujets chez
qui on avait instauré un état heureux. Néanmoins le pourcentage de
propositions rappelées décrivant des événements tristes (se rapportant
à Jack) était significativement plus élevé que celui des propositions
décrivant des événements gais (se rapportant à André) chez les sujets
« tristes » ; on observait des résultats inverses chez les sujets « heureux ».
La figure 1 présente ces résultats.
Pourcentages | • ' SuJets "heureux"
100 . . Sujets "tristes" de
propositions 80
rappelées 6Q
40 |
20 |
0 | '• ! — Tonalité émotionnelle
gaie triste des propositions.
Fig. 1. — Pourcentages moyens de propositions rappelées en fonction
de leur tonalité émotionnelle et de l'état émotionnel du sujet lors de la
lecture (d'après Bower, 1981).
L'analyse du rappel sujet par sujet a montré que 12 sujets sur 16
avaient rappelé significativement plus de propositions dont la tonalité
émotionnelle s'accordait avec leur propre état émotionnel que de
propositions de tonalité émotionnelle différente. Les résultats ont
montré aussi que le pourcentage de propositions de tonalité gaie rap
pelées par les sujets « heureux » avoisinait 50 %. Ceci serait dû, selon
les auteurs, à l'importance excessive dans le récit d'un des personnages
(Jack) par rapport à l'autre (André) : en effet, des juges à qui on avait
demandé de lire le récit et ensuite d'indiquer quel était le personnage
central du récit, avaient choisi Jack dans 59 % des cas et André dans
7 %. L'analyse des réponses effectuées après la lecture du récit a montré,
d'une part, que les sujets « heureux » s'étaient identifiés avec André
et les sujets « tristes » avec Jack et, d'autre part, que la plupart des
lecteurs avaient construit davantage d'images mentales à propos du
personnage avec lequel ils s'étaient identifiés qu'à propos de l'autre.
Les résultats obtenus dans cette expérience (1) sont favorables
à l'hypothèse du traitement sélectif des informations dont la tonalité
émotionnelle s'accorde avec l'état émotionnel du lecteur. Néanmoins Etais émotionnels et matériels verbaux 583
cet accord peut porter soit sur la tonalité émotionnelle des proposi
tions qui décrivent des événements tristes ou gais, soit sur le carac
tère global (heureux ou déprimé) de chacun des personnages, Dans ce
dernier cas on peut supposer que le traitement sélectif repose sur un
mécanisme d'identification du lecteur au personnage du récit qui
s'accorde le mieux avec lui, du point de vue émotionnel. Cette inter
prétation est rejetée par les auteurs. En effet, ils ont demandé à trois
groupes de sujets de lire le récit de Jack et d'André, soit « en se met
tant dans la peau de Jack », soit « dans la peau d'André », soit de manière
neutre ; la lecture et le rappel ont été effectués dans un état normal.
Les résultats ont montré que le nombre de propositions rappelées
concernant chacun des 2 personnages était équivalent dans les trois
groupes.
Les résultats obtenus au rappel dans l'expérience I pourraient
néanmoins s'expliquer aussi par l'activation de l'état émotionnel dans
lequel les sujets avaient été placés lors de la lecture. Selon cette expli
cation, les sujets se souviendraient tout d'abord du personnage avec
lequel ils s'étaient identifiés et ce souvenir instaurerait l'état émot
ionnel créé par l'hypnose : les sujets rappelleraient alors plus aisément
les propositions dont la tonalité émotionnelle s'accorde avec cet état-
Les résultats obtenus dans une deuxième expérience ne sont pas favo
rables à cette interprétation. Dans cette étude (II), 16 sujets lisaient
l'histoire d'André et de Jack, dans un état normal, pendant six minutes,
avec une consigne de rappel ultérieur. Celui-ci était effectué cinq heures
plus tard, la moitié des sujets se trouvant dans un état d'hypnose
heureux et l'autre moitié dans un état hypnotique triste. Les auteurs
ont constaté que les propositions gaies et tristes étaient rappelées de
façon équivalente dans les deux groupes ; on n'observait donc pas
d'effet dû à l'accord de l'état émotionnel au moment du rappel avec
la tonalité émotionnelle des propositions précédemment lues.
Dans l'expérience III, 32 sujets devaient lire très attentivement un
récit dont le contenu portait sur des événements gais ou tristes de la
vie d'un seul personnage. L'objectif de cette troisième expérience
était de pouvoir rejeter plus fermement l'hypothèse d'un mécanisme
d'identification à l'un ou l'autre des personnages, comme facteur
explicatif des effets positifs dus à l'accord entre l'état émotionnel
du lecteur et la tonalité émotionnelle des propositions, observés dans
l'expérience I. Les résultats observés sont analogues à ceux de cette
dernière. Les sujets placés dans l'état hypnotique heureux ont rap
pelé davantage d'événements gais que d'événements tristes et les
sujets placés dans l'état hypnotique triste ont rappelé davantage
d'événements tristes que d'événements gais. En outre, les sujets se
trouvaient, lors du rappel, dans un état émotionnel soit identique
soit différent de celui dans lequel ils avaient lu le récit ; il s'avère cepen
dant que ce dernier facteur n'a pas d'incidence sur la performance 584 Daniel Marlins
au rappel. Ces résultats permettent donc, d'une part, d'accorder peu
de crédit à l'hypothèse de l'identification à l'un des personnages, confi
rmant ainsi les interprétations données aux résultats obtenus dans
l'expérience I ; d'autre part, ils confirment ceux de l'expérience II,
puisque l'on n'observe pas d'effets dus à l'accord entre l'état émo
tionnel du lecteur lors du rappel et la tonalité émotionnelle des info
rmations à rappeler. L'expérimentateur avait demandé aux sujets,
à la fin de l'expérience III, si des souvenirs de leur vie leur étaient
venus à l'esprit au cours de la lecture du récit. La plupart des sujets
(30 sur 32) avaient répondu affirmativement. L'analyse de ces sou
venirs a montré que les sujets « heureux » se souvenaient plutôt d'év
énements gais et les sujets « tristes » d'événements tristes. Les auteurs
ont souligné la possibilité que de tels souvenirs aient augmenté l'inten
sité de l'état émotionnel produit par l'état hypnotique, rendant ainsi
plus efficace le traitement des informations dont la tonalité émotionn
elle s'accordait avec cet état.
Le paradigme expérimental utilisé dans l'expérience IV était le
même que celui de l'expérience II (lecture, avec consigne de rappel,
effectuée dans un état neutre) et le récit proposé était celui de l'expé
rience III (un seul protagoniste). Les résultats ont montré à nouveau
l'absence d'effet de l'état émotionnel des sujets au moment du rappel
sur la tonalité émotionnelle des propositions rappelées.
Le texte du récit utilisé dans l'étude V comprenait deux prota
gonistes ; l'un d'eux était présenté sous les traits d'une personne
déprimée, l'autre sous les traits d'une personne euphorique et excitée,
et chacun de ces personnages « racontait » à un psychiatre des sou
venirs de sa vie. La moitié de ces souvenirs, pour chacun des person
nages, correspondait à des événements gais et l'autre moitié à des
souvenirs tristes. Néanmoins le caractère global déprimé ou eupho
rique de deux personnages était souligné de temps en temps, tout le
long du récit, par des termes appropriés. Huit sujets lisaient celui-ci
dans un état hypnotique triste et huit autres dans un état hypnotique
heureux ; la consigne prescrivait une lecture attentive afin de pouvoir
répondre, plus tard, à des questions portant sur le contenu du récit.
On demandait aux sujets d'effectuer un rappel du récit dans un état
normal, vingt minutes après la lecture. Les résultats ont montré que
les sujets « heureux » rappelaient plus fréquemment les événements
gais et les sujets « tristes » les événements tristes, et ce indépendam
ment du caractère global triste ou euphorique de chacun des prota
gonistes. Ces résultats montrent de nouveau que le mécanisme d'iden
tification à l'un ou l'autre des personnages ne permet pas d'expliquer
les résultats obtenus dans les études I et III d'une part, et confirment,
d'autre part, l'interprétation donnée aux résultats de ces expériences.
L'ensemble des données obtenues dans les 5 travaux a été inter
prété par Bower et al. (1981) dans le cadre général de leur concep-

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