— Influence du milieu socio-professionnel - article ; n°2 ; vol.6, pg 189-210

De
Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris - Année 1970 - Volume 6 - Numéro 2 - Pages 189-210
Summary. The study of many anthropological traits related to the occupation of the father and of the subject, and to the mental capacities (estimated by the socalled « general level » test), extends and makes more precise Schreider's researches. The conclusions are arrived at are : 1° The brevilign trend of the rural population is corroborated, stature not being shorter than in the workers. A higher stature is found only in middle classes and in top grades ; this is related more with family number than with occupation, because of direct selection pressure. 2° The relation Intellectual Quotient /occupation /stature is also corroborated, I.Q. /stature being partly secondary to I.Q. /occupation. 3° Rural population tend to brachycephaly, urban population and especially middle classes to mesocephaly, without any interference of family composition. 4° In case of social mobility (i.e. difference between occupational level between father and son) one should pay attention to : a) backward or upward social move, with their opposite sequences : shorter or higher stature, brevilign or longilign morphology, smaller or bigger head (and of course I.Q. higher or lower) ; b) urbanisation, with reduction of all bodily and facial dimensions, and me- socephaly, with variable I.Q.
22 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1970
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Georges Olivier
R. Saussé
Henri Tissier
II. — Influence du milieu socio-professionnel
In: Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, XII° Série, tome 6 fascicule 2, 1970. pp. 189-210.
Abstract
Summary. The study of many anthropological traits related to the occupation of the father and of the subject, and to the mental
capacities (estimated by the socalled « general level » test), extends and makes more precise Schreider's researches. The
conclusions are arrived at are : 1° The brevilign trend of the rural population is corroborated, stature not being shorter than in the
workers. A higher stature is found only in middle classes and in top grades ; this is related more with family number than with
occupation, because of direct selection pressure. 2° The relation Intellectual Quotient /occupation /stature is also corroborated,
I.Q. /stature being partly secondary to I.Q. /occupation. 3° Rural population tend to brachycephaly, urban population and
especially middle classes to mesocephaly, without any interference of family composition. 4° In case of social mobility (i.e.
difference between occupational level between father and son) one should pay attention to : a) backward or upward social move,
with their opposite sequences : shorter or higher stature, brevilign or longilign morphology, smaller or bigger head (and of course
I.Q. higher or lower) ; b) urbanisation, with reduction of all bodily and facial dimensions, and me- socephaly, with variable I.Q.
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Olivier Georges, Saussé R., Tissier Henri. II. — Influence du milieu socio-professionnel. In: Bulletins et Mémoires de la Société
d'anthropologie de Paris, XII° Série, tome 6 fascicule 2, 1970. pp. 189-210.
doi : 10.3406/bmsap.1970.2194
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0037-8984_1970_num_6_2_2194et Mémoires de la Société ď Anthropologie de Paris, Bulletins
tome 6, XIIe série, 1970, pp. 189 à 210.
ANTHROPOLOGIE DE LA FRANCE
II. - INFLUENCE DU MILIEU SOCIO-PROFESSIONNEL
PAR
Georges OLIVIER (Paris)
avec la collaboration de R. SAUSSÉ et H. TISSIER
(Laboratoire d'Anthropologie de la Faculté des Sciences de Paris
[E.R.A. n° 182] ; travail subventionné par la D.R.M.E.)
Dans une étude précédente, j'ai signalé les différences qui existent non
seulement d'une province à l'autre, mais aussi entre départements d'une
même province. Il s'agit maintenant de distinguer les différences purement
génétiques de celles qui, tout en pouvant être également génétiques, sont sous
l'influence du milieu géographique ou humain.
Je débuterai par le milieu socio-économique ; comme son rôle est bien
connu, je pourrais être bref si je n'apportais pas des données nouvelles ; car
on n'a d'ordinaire étudié que son influence sur la taille et le poids ainsi que
sa corrélation avec le quotient intellectuel. Or j'ai recherché son rôle sur
d'autres caractères et j'ai également étudié la mobilité sociale d'une généra
tion à l'autre. On sait que la bibliographie de la question se trouve dans l'article
de Chamla et al. (1959). L'interprétation des mécanismes sélectifs en cause
se trouve dans les excellents articles de Schreider.
Cette étude ne porte que sur les sujets du Centre de Sélection de Commercy,
originaires donc de l'Est de la France et choisis en fonction de leur relative
sédentarité (parents originaires du même département qu'eux-mêmes) et de
leur âge de 18 à 20 ans. Je suppose les résultats valables pour le reste de la
France. Il ne s'agit pas de soldats, mais de recrues. Le travail n'a pu être fait 190 société d'anthropologie de paris
sans la collaboration du Service de Santé des Armées et je dois remercier en
particulier le regretté Médecin-Général Inspecteur Debenedetti, le Médecin-
Colonel Tocheport, ainsi que le Dr Martiny, qui est à l'origine de cette enquête.
Définition du milieu social.
Comme il s'agit de jeunes gens, il semble raisonnable de caractériser leur
milieu socio-économique par la profession de leur père. Néanmoins cette man
ière de faire présente des inconvénients :
— la profession du père est incertaine ; en la déclarant le fils tend souvent
à améliorer le statut social de sa famille ; il est difficile de savoir si un cult
ivateur est un propriétaire exploitant ou un manœuvre agricole, si l'employé
d'une administration est un employé de bureau ou un manœuvre ;
— le niveau économique devrait être majoré par la profession de la mère,
quand elle en a une ;
— l'influence du nombre de frères et sœurs devrait aussi intervenir et je
l'étudierai ultérieurement ;
— enfin les travaux de Cliquet ont montré que ce n'est pas tant le milieu
familial qui compte, mais les aspirations du jeune homme, car tout se passe
comme s'il y avait un tri préalable, une sélection spontanée, qui précède l'en
trée dans une profession.
Aussi il m'a fallu tenir compte, non seulement du milieu social représenté
par le métier du père, mais aussi du métier du sujet. Ici le code de l'I.N.E.D.
en 10 professions n'est plus valable, car les métiers de jeunes gens débutant
dans la vie ne sont que des indications pour l'avenir, souvent ce sont des situa
tions d'attente, qui n'ont rien de définitif ; elles ne correspondent pas aux
dénominations précises du code de l'I.N.E.D. J'ai donc dû fabriquer un code
particulier des professions, où j'ai distingué l'ouvrier sans qualification (sou
vent un manœuvre) de l'ouvrier qualifié (ayant un certificat d'aptitude pro
fessionnelle ou une spécialité précise), l'employé de bureau (col blanc) de l'em
ployé en général. Je me suis aperçu par la suite que j'aurais pu regrouper dans
cette dernière catégorie les jeunes gens ayant une profession commerciale.
En conséquence il m'a fallu employer un code semblable pour la profession
du père, que l'on trouvera avec celle du fils dans le tableau annexe n° I. Il n'a
toujours pas été possible de distinguer les différentes catégories d'agricul
teurs et les cadres ou futurs cadres sont trop rarement représentés pour être
étudiés valablement. Enfin une cause d'erreur tient à ce que le jeune homme
surestime sans doute souvent sa profession et donc son rang social.
De toute façon, l'originalité de cette recherche sera de porter éventuell
ement sur le milieu professionnel du père, ou celui du fils, ou enfin sur les deux
à la fois. Il y a d'ailleurs, dans notre cas, une corrélation nette (r = 0,63)
entre les deux professions, du père et du fils, car la stratification sociale do
mine la mobilité sociale ; cette dernière est surtout due à l'exode rural et à la G. OLIVIER. ANTHROPOLOGIE DE LA FRANCE (PROFESSIONS) 191
« montée » vers les villes, même dans un échantillon comme celui-ci, choisi en
fonction de la sédentarité géographique (départementale). Dans le tableau
annexe n° II, on verra que les fils d'agriculteurs sont volontiers ouvriers,
quand ils ne restent pas agriculteurs, tandis que les fils d'ouvriers (citadins)
ne deviennent pas des ruraux.
Profession et anthropologie.
1° Stature.
C'est une relation bien connue : dans le travail de Chamla et coll., il y a 4 cm
de différence entre les ouvriers et les cadres supérieurs, dans celui de Schrei-
der 8 cm entre les manœuvres et les étudiants (de 4 cm encore entre ouvriers
spécialisés et étudiants).
Dans mes résultats, qu'on trouvera au tableau annexe n° III, les différences
sont bien moins tranchées. On remarquera que les agriculteurs et fils d'agri
culteurs ont une stature semblable à celle des ouvriers qualifiés et supérieure
à celle des ouvriers sans qualification, fait déjà mis en évidence par Schrei-
der. Les causes possibles en sont multiples, en particulier l'hétérogénéité
du monde rural, le travail précoce chez certains, les effets psychologiques de
l'urbanisation et leurs répercussions sur la morphologie. Les analyses de va
riance entre catégories sont toutes significatives au seuil de 1 %, comme le
lecteur pourra le vérifier.
Il est clair que les différences régionales de stature peuvent être secon
daires à des différences de prépondérance professionnelle, en gros de ruralité
ou d'urbanisation. Ainsi, dans les 46 départements étudiés dans le travail
précédent, je trouve une corrélation intergroupale de — 0,37 entre la stature
et le pourcentage d'agriculteurs, ce qui est hautement significatif. Mais je
montrerai plus tard que ces différences professionnelles de stature sont secon
daires aux différences de dimension des familles, lesquelles sont liées aux pro
fessions. La sélection joue contre les milieux sociaux élevés, donc contre une
grande taille, ce qui va à l'inverse de ce que l'on sait sur l'évolution diachro-
nique de la stature. De plus la corrélation interdépartementale est plus éle
vée ( — 0,42) si l'on prend en considération le pourcentage de lieux de naissance
dans un village ; ceci implique un genre de vie particulier dans l'enfance,
plutôt qu'une influence professionnelle.
2° Corpulence.
Comme il existe des différences de stature entre catégories professionnelles,
il va de soi qu'on trouve des variations concomitantes des dimensions cor
porelles liées à la taille. Aussi il est préférable de comparer les valeurs relatives,
c'est-à-dire les indices. Le tableau annexe n° III montre que les agriculteurs
fils d'agriculteurs sont plus corpulents, leurs indices pondéraux et du péri- société d'anthropologie de paris 192
mètre thoracique sont plus élevés. Les manœuvres fils de manœuvres ont
presque la même corpulence. Les sujets qui s'opposent aux ruraux sont les
employés et commerçants issus de classes moyennes : ils présentent une
moindre corpulence et donc une tendance longiligne ; ils ont d'ailleurs un
tronc relativement plus court, comme si leur plus grande stature provenait
surtout de l'allongement de leurs membres inférieurs.
Mais il y a là un petit problème : Schreider a montré que les agriculteurs
sédentaires avaient un tronc plus long que les agriculteurs migrateurs ; la
migration géographique, sans être identique à la migration sociale, donne
cependant des résultats voisins. D'ailleurs nos sujets issus de classes moyennes
préfigurent sans doute ce que seraient des étudiants fils de cadres. Or la briè
veté du tronc n'apparaît guère si l'on étudie séparément l'indice cormique
suivant la profession du père ou celle du sujet. Elle n'est manifeste qu'à milieu
social strictement égal (agriculteurs fils d'agriculteurs, etc.). De plus je mont
rerai ultérieurement qu'il s'agit là d'une conséquence indirecte de l'influence
de la structure de la famille : on sait que les ruraux ont plus d'enfants et la
dimension des familles est un autre facteur qui s'enchevêtre avec la profes
sion. La différence portant sur l'indice cormique est donc moins nette que
dans les données de Schreider.
De plus les rares fils de « cadres » qui se trouvent dans notre échantillon
présentent une corpulence de type rural, ce qui fait apparaître le facteur al
imentaire.
Ces données laissent prévoir des différences de corpulence suivant la prédo
minance rurale de la région : effectivement, dans les 46 départements étudiés,
il existe une corrélation intergroupale de 0,37 entre l'indice pondéral de Livi
et le pourcentage d'agriculteurs ; mais il n'y a aucune liaison avec les indices
cormique et du périmètre thoracique.
3° Dimensions céphalo-faciales.
On verra dans le tableau de chiffres (annexe III) que la tête est plus large
chez les agriculteurs, plus étroite chez les étudiants, plus longue chez les étu
diants et les sujets issus des classes moyennes, avec les répercussions que l'on
devine sur l'indice céphalique. Mais là où Vacher de Lapouge voyait des «lois »
raciologiques et plus ou moins racistes, je constate seulement l'influence pré
férentielle de la stature sur la longueur de la tête : en effet la corrélation avec
la stature est de 0,28 pour la longueur de la tête, de 0,17 seulement pour la
largeur et de — 0,07 l'indice céphalique (le seuil de signification à 1 %
pour 1.200 sujets étant justement à 0,07).
La corrélation interdépartementale est de — 0,54 entre la longueur de la
tête et le pourcentage d'agriculteurs, alors qu'elle n'est pas significative
(r = 0,17) avec la largeur de la tête. Les deux coefficients sont plus faibles
( — 0,24 et 0,10) si l'on considère le lieu de naissance rural, et non la profes
sion. Cependant les analyses de variance effectuées sur les dimensions cépha- G. OLIVIER. ANTHROPOLOGIE DE LA FRANCE (PROFESSIONS) 193
liques des différentes catégories professionnelles montrent que ce n'est pas
tant la longueur de la tête qui varie avec la profession, mais la largeur. Il
doit donc y avoir deux phénomènes :
— l'un secondaire à la stature, portant sur la longueur de la tête et associé
au milieu professionnel (et à la dimension de la famille) ;
— l'autre portant directement sur la largeur, dont on sait la plus grande
valeur génétique.
D'autre part la profession du jeune sujet, pourtant non définitive, fournit
des différences plus nettes que celles de son père et de son milieu social : la
sélection préalable, ou la prédisposition, intervient donc plus fortement, con
formément aux idées de Cliquet. Il est clair qu'il existe des facteurs, cachés
pour le moment, par l'intermédiaire desquels se manifeste l'apparente « in
fluence » de la profession sur les dimensions de la tête. Il est possible aussi que
d'autres facteurs interviennent de façon également indirecte : ainsi l'urbani
sation, autant que la profession urbaine. Finalement la brachycéphalie des
agriculteurs, la mésocéphalie des étudiants, ont peut-être des explications
un peu différentes. Ultérieurement j'envisagerai les facteurs climatiques et
géographiques et je montrerai que la dimension de la famille n'intervient que
de façon indirecte.
Enfin je n'ai pas trouvé de différences significatives entre les dimensions
et proportions de la face et du nez dans chaque catégorie professionnelle. On
verra cependant dans le grand tableau de chiffres n° III que les agriculteurs
et fils d'agriculteurs ont des dimensions faciales moyennes un peu supérieures
à celles des citadins, sans modification des indices, et que les sujets issus de
classes moyennes ont la face plus haute et plus allongée. Il faudrait avoir des
échantillons suffisants d'étudiants et de fils de cadres pour pouvoir conclure.
4° Pigmentation.
Signalons l'absence de différence dans les pigmentations des yeux, des che
veux et de la peau. Certes les fils de manœuvres (mais non les manœuvres
eux-mêmes) ont tendance à avoir les cheveux plus foncés, mais ce n'est pas
significatif. D'autre part les agriculteurs ont la peau un peu plus foncée sous
le bras, mais cela doit tenir à une insolation corporelle plus fréquente ; il n'y a
pas de différence de pigmentation notée au niveau du front.
5° Groupes sanguins.
J'ai eu la surprise de trouver une corrélation que je crois aberrante : dans
le système MN, les fils d'employés présentent une augmentation du phéno-
type M aux dépens de MN. Mais on a vu précédemment qu'il y a un foyer de
réduction de N dans le département des Vosges, qui intervient probablement
pour perturber le résultat. Il faudra le vérifier ailleurs. ,
société d'anthropologie de paris 194
Profession et capacités mentales.
Le Quotient Intellectuel (Q.I.) a été estimé par le test utilisé dans les Centres
de Sélection militaires, le niveau général. Les notes sont cotées de 1 à 20, ce
qui perturbe le calcul de l'écart-type, en particulier dans les groupes les plus
doués (les étudiants). Ce test présente une corrélation modérée avec le niveau
NIVEAU GENERAL! Q.I.I
Employés de burei
Agriculteur;
Ouvriers sans qualification
Fig. 1. — Stature, profession et quotient intellectuel (imité de Schreider).
scolaire : г = 0,60, ce qui signifie que des sujets moyens ont pu poursuivre
leurs études grâce à leur milieu familial, tandis que d'autres les ont cessées très
tôt, bien qu'ils soient doués. Car dans la suite de cette recherche, je confon
drai l'intelligence, ou mieux les capacités mentales, avec les notes obtenues
à ce test. Signalons aussi qu'il y a une corrélation également honnête sans
plus (r = 0,56) entre le niveau scolaire et la profession du sujet : les plus ins
truits se dirigent souvent vers des positions sociales importantes, mais la OLIVIER. ANTHROPOLOGIE DE LA FRANCE (PROFESSIONS 195 G.
réussite dépendra également de diverses qualités de caractère (ambition, per
sévérance, travail, etc.), qui n'entrent pas en considération dans les tests.
On sait que le niveau intellectuel va de pair avec le milieu social et la corré
lation est d'autant plus nette qu'on se réfère à la profession du sujet et non à
celle de son père, et cela bien que le métier d'un jeune homme de 18 à 20 ans
ne soit que provisoire. Gomme Schreider l'a montré, le coefficient de variation
diminue quand le niveau socio-professionnel augmente (sélection au cours
d'études, etc.). Cependant les valeurs minimales et maximales du niveau génér
al montrent que cette sélection n'a pas été suffisante pour certains étudiants,
tandis que le Q.I. d'ouvriers et de paysans prouve encore une fois qu'ils
auraient pu faire des études et qu'il y a eu gaspillage de dons.
Niveau général :
V
142 agriculteurs 10,69 4,63 43,3 1 20
1 20 313 ouvriers sans qualification 10,14 4, 76 47, 0
437 ouvriers qualifiés 13,47 4,13 30,7 2 20
46 employés divers 13,27 2,92 22,0 7 20
144 de bureau 15,96 3,04 19,0 7 20
48 étudiants 18,19 2,07 11,4 11 20
236 fils d'agriculteurs 11,63 4,84 41,5 1 20
1 20 317 fils d'ouvriers sans qualification 12,48 4,80 38,5
311 fils qualifiés 13,01 4,68 35,9 1 20
251 fils d'employés et commerçants 13,35 4,68 35,0 1 20
1 117 agriculteurs fils d'agriculteurs 10,49 4,61 44,0 20
122 ouvriers sans qualification fils d'ouvriers sans qualifi
cation 10,54 4,69 44,5 1 19
2 127 ouvriers qualifiés fils d'ouvriers qualifiés 13,71 3, 90 28, 4 20
8 55 employés divers, fils d'employés et commerçants 15,60 2,99 19,2 20
On remarque que les ouvriers sans qualification ont un Q.I., ou plutôt un
« niveau général » (et une stature), plus faible que celui des agriculteurs.
Mais il faut surtout se demander pourquoi les agriculteurs ont de si mauv
aises notes aux tests. De Dainville et Verdier l'ont souligné dans une publi
cation où se trouvent des moyennes de niveau général obtenues sur de bien
plus grands échantillons, dont le détail sera repris en annexe n° 5 et dont les
résultats globaux sont les suivants :
Niveau général :
Agriculteurs 7,5 Cadres moyens 16,9
Ouvriers . . . 10,9 Étudiants 17,2
13,9 Cadres supérieurs 18,2 Employés . .
(moyenne générale) 11,4
Pour ces auteurs, les mauvaises notes obtenues dans certains métiers, en
particulier chez les ruraux, tiennent à la nature du test utilisé : le « niveau gé
néral » est une mesure de l'intelligence abstraite et symbolique, si bien qu'on
trouve en bas de l'échelle les professions aux prises avec les réalités concrètes. société d'anthropologie de paris 196
II faudrait décomposer les tests en leurs différents éléments. Mais il existe
d'autres explications possibles aux mauvais résultats des agriculteurs : en
particulier le manque d'habitude à répondre à ce genre d'examens, auxquels
les citadins sont plus entraînés. Enfin il faut répéter qu'un test d'intelligence
n'est pas en soi un critère de réussite sociale.
COEFFICIENT DE VARIATIOK
DU NIVEAU GENERAL.
Ouvriers spécialisé!
• Employé:
Employés de bur«i
Fig. 2. — Corrélation négative
(peut-être curviligne), entre la stature et le coefficient de variation du niveau général (Q.I.).
1° Profession, capacités mentales et stature.
On retrouve aisément la corrélation « mystérieuse » entre stature et intell
igence mise en évidence par Schreider, ainsi que la corrélation inverse entre
la stature et le coefficient de variation du Q.I. selon les professions (du père
et surtout du fils) (voir fig. 1 et annexe III).
Pourtant la corrélation directe, intragroupale, entre la stature et le test
utilisé est faible : г = 0,14 (P. à 0,01 = 0,07 pour un effectif de près de 1.300
sujets) ; c'est là un chiffre plus faible que la moyenne de ceux donnés par
Schreider (de l'ordre de 0,25).
D'ailleurs, si l'on recherche la corrélation entre stature et Q.I. à l'intérieur OLIVIER. ANTHROPOLOGIE DE LA FRANCE (PROFESSIONS) 197 G.
de chaque groupe professionnel (corrélation intragroupale), on trouve des
valeurs à peine significatives :
r P. à 5 %
142 agriculteurs 0,205 0, 165
356 ouvriers sans qualification 0,13 0, 105
477 qualifiés 0, 115 0,09
201 « employés » divers 0,003 0, 14
45 étudiants 0,12 0,28
Tout se passe donc comme si la corrélation entre stature et Q.I. était très
faible, mais accentuée par les corrélations entre Q.I. et profession et entre
stature et professions (voir les analyses de variance du tableau annexe VI).
La corrélation partielle, entre stature et Q.I. à professions égales, n'est pas
significative : mais le calcul est fait entre groupes et comporte donc des sources
d'erreur qui empêchent d'être affirmatif.
Il existe une corrélation du même ordre, mais moins forte (r = 0,10) entre
la stature et le niveau scolaire, qui se traduit par le tableau amusant ci-joint :
Stature moyenne
305 sujets n'ayant pas le certificat d'études 169,65 cm
831 ayant seulement le certificat d'études 171,0 —
126 sujets le brevet élémentaire 172, 15 —
93 sujets ayant au moins le premier baccalauréat 172,45 —
Les 4 illettrés de la série ont moins de 165 cm ! Des données semblables ont
été déjà publiées (Trémolières et Boulenger).
La corrélation se poursuit chez les étudiants suivant leur niveau : Ignazi
a montré que les Polytechniciens sont plus grands que des étudiants sortis
d'une moins grande école. Si ce genre de sujets étaient mieux représentés
dans notre échantillon, la corrélation entre stature et niveau scolaire serait
sans doute plus forte, également celle et Q.I.
Une imperfection de ce genre de recherches est flagrante : ainsi les agricul
teurs ont la stature des ouvriers qualifiés, mais ils ont les notes de test des
ouvriers non qualifiés, qui sont plus petits qu'eux ; cela montre bien que les
ruraux n'ont pas la note de tests qu'ils devraient avoir et il en est de même
pour certaines autres professions.
Le problème est de savoir si la corrélation entre profession, Q.I. et stature
se fait en permutation circulaire ou si l'une est secondaire à celle des deux
autres. Il est évident (et heureux) qu'il existe une liaison étroite entre pro
fession et Q.I. Mais, si l'on recherche la taille moyenne à profession semblable,
ou à Q.I. égal, comme on le verra dans le tableau annexe VI, on ne trouve plus
que des corrélations très faibles entre stature et capacités mentales : seuls font
exception les agriculteurs et les fils d'agriculteurs. L'amoindrissement de la
liaison montre que deux facteurs au moins interviennent : d'une part la corré-
BULL. ET MÉM. SOCIÉTÉ ANTHROP. DE PARIS, T. 6, 12e SÉRIE, 1970. 15

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