Influence du mode de présentation de séries aléatoires sur le choix d'une stratégie. —II. Situations réelles - article ; n°2 ; vol.76, pg 501-513

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L'année psychologique - Année 1976 - Volume 76 - Numéro 2 - Pages 501-513
Summary
Subjects describe the strategy maximizing the number of red balls drawn with replacement from two urns, knowing that one contains 2/3 of red balls and 1/3 of black, and the other, 1/3 of red and 2/3 of black. Rational strategy is more frequently considered the best than actually adopted : most individuals take risks in order to escape boredom induced by repeating the same response during 100 trials. It is also shown that subjects favor more often this strategy tvhen the activity of choosing is substituted for that of predicting. The authors conclude that for most people, predicting implies reproducing a sequence of events representative of the actual distribution of outcomes.
Résumé
Les sujets décrivent la stratégie permettant d'obtenir le maximum de boules rouges lors de tirages avec remise dans deux urnes, sachant que l'une contient deux tiers de boules rouges et un tiers de noires, et l'autre, un tiers de rouges et deux tiers de noires. La stratégie rationnelle est plus souvent préconisée qu'adoptée : la plupart des sujets préfèrent le plaisir du jeu à l'ennui engendré par la répétition d'une même réponse pendant 100 tirages. Par ailleurs, cette stratégie est plus fréquente en situation de choix qu'en situation de prédiction. Les auteurs concluent que l'activité de prédiction implique pour la plupart des individus l'exigence de reproduire une image représentative de la réalité.
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1976
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M. Zaleska
Françoise Askevis-Leherpeux
Influence du mode de présentation de séries aléatoires sur le
choix d'une stratégie. —II. Situations réelles
In: L'année psychologique. 1976 vol. 76, n°2. pp. 501-513.
Abstract
Summary
Subjects describe the strategy maximizing the number of red balls drawn with replacement from two urns, knowing that one
contains 2/3 of red balls and 1/3 of black, and the other, 1/3 of red and 2/3 of black. Rational strategy is more frequently
considered the best than actually adopted : most individuals take risks in order to escape boredom induced by repeating the
same response during 100 trials. It is also shown that subjects favor more often this strategy tvhen the activity of choosing is
substituted for that of predicting. The authors conclude that for most people, predicting implies reproducing a sequence of events
representative of the actual distribution of outcomes.
Résumé
Les sujets décrivent la stratégie permettant d'obtenir le maximum de boules rouges lors de tirages avec remise dans deux urnes,
sachant que l'une contient deux tiers de boules rouges et un tiers de noires, et l'autre, un tiers de rouges et deux tiers de noires.
La stratégie rationnelle est plus souvent préconisée qu'adoptée : la plupart des sujets préfèrent le plaisir du jeu à l'ennui
engendré par la répétition d'une même réponse pendant 100 tirages. Par ailleurs, cette stratégie est plus fréquente en situation
de choix qu'en situation de prédiction. Les auteurs concluent que l'activité de prédiction implique pour la plupart des individus
l'exigence de reproduire une image représentative de la réalité.
Citer ce document / Cite this document :
Zaleska M., Askevis-Leherpeux Françoise. Influence du mode de présentation de séries aléatoires sur le choix d'une stratégie.
—II. Situations réelles. In: L'année psychologique. 1976 vol. 76, n°2. pp. 501-513.
doi : 10.3406/psy.1976.28158
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1976_num_76_2_28158Année psychol.
1976, 76, 501-514
Laboratoire de Psychologie sociale1 de V Université Paris VII
associé au C.N.R.S.
INFLUENCE DU MODE DE PRÉSENTATION
DE SÉRIES ALÉATOIRES
SUR LE CHOIX D'UNE STRATÉGIE :
II. — Situations réelles
par Maryla Zaleska et Françoise Askévis-Leherpeux
SUMMARY
Subjects describe the strategy maximizing the number of red balls drawn
with replacement from two urns, knowing that one contains 2/3 of red balls
and 1/3 of black, and the other, 1/3 of red and 2/3 of black. Rational
strategy is more frequently considered the best than actually adopted :
most individuals take risks in order to escape boredom induced by repeating
the same response during 100 trials. It is also shown that subjects favor
more often this strategy when the activity of choosing is substituted for
that of predicting. The authors conclude that for most people, predicting
implies reproducing a sequence of events representative of the actual
distribution of outcomes.
Malgré le nombre de recherches sur le comportement des
individus dans des situations de prédiction d'événements aléa
toires, les raisons des divergences entre leur mode habituel de
réponse et une conduite rationnelle demeurent mal élucidées.
Le résultat généralement observé est l'ajustement progressif
des réponses sur les fréquences réelles des événements. Or,
pour obtenir le maximum de prédictions correctes, la stratégie
la plus efficace consiste à toujours prédire l'événement le plus
fréquent.
Afin d'étudier les aspects cognitifs du comportement de
1. 18 bis, rue de la Sorbonne, 75005 Paris. 502 MÉMOIRES ORIGINAUX
prédiction, nous avons, au cours de nos expériences antérieures
(Zaleska, 1974), demandé aux sujets de décrire la stratégie
qu'ils utiliseraient dans plusieurs situations hypothétiques dont
chacune constitue une version différente d'un même problème.
Les résultats ont fait apparaître des différences significatives
dans la fréquence du choix de la stratégie rationnelle en fonction
de la version proposée. Ainsi, par exemple, dans l'une de ces
versions, les sujets ont à définir la stratégie permettant d'obtenir
le maximum de boules rouges lors de tirages avec remise dans
deux urnes A et B, sachant que la première contient deux tiers
de boules rouges et un tiers de noires, et la deuxième les mêmes
boules dans la proportion inverse. Ce problème est formulé
soit en termes de choix, soit en termes de prédiction. Dans le
premier cas, nous avons demandé aux sujets d'imaginer qu'ils
doivent choisir à chaque tirage la boule provenant de l'une des
deux urnes, et dans le deuxième, d'imaginer qu'ils doivent prédire
de quelle urne sera extraite une boule rouge. Ces deux versions
du même problème sont isomorphes, et dans les cas, la
stratégie rationnelle consiste à opter systématiquement pour la
boule extraite de l'urne A.
Cependant, les résultats de nos expériences montrent que les
sujets préconisent plus souvent l'utilisation de cette stratégie
lorsque le problème est formulé en termes de choix que lorsqu'il
l'est en termes de prédiction. Pour expliquer ce résultat, nous
avons proposé l'hypothèse selon laquelle la plupart des individus
ne considèrent pas que la meilleure stratégie consiste à prédire
systématiquement l'événement le plus fréquent, car
implique, en principe, de représenter la réalité aussi exactement
que possible. En revanche, la stratégie rationnelle peut paraître
plus justifiée dans la situation de choix, dans la mesure où cette
situation n'entraîne pas la même exigence d'exactitude.
Il convient, toutefois, de faire remarquer que cette hypo
thèse est basée sur les résultats d'expériences concernant des
situations imaginaires. Ainsi, on pourrait expliquer, du moins
en partie, les réponses des sujets par leur représentation des
séries d'événements aléatoires.
D'après ces réponses, il paraît vraisemblable que certains
n'envisagent que deux éventualités au lieu de quatre, et s'atten
dent à observer, environ deux fois sur trois, une boule rouge
extraite de l'urne A et noire de l'urne B, et une fois sur trois,
le résultat inverse, en oubliant la possibilité de tirer simultané- M. ZALESKA ET F. ASKÉVIS-LEHERPEUX 503
ment deux boules rouges ou deux noires. Cette représentation
erronée pourrait être particulièrement fréquente dans la situation
de prédiction, car, dans ce cas, la formulation du problème
paraît suggérer qu'une seule des deux boules est rouge1. Ainsi,
la différence entre les stratégies préconisées par les sujets dans
les situations de choix et de prédiction serait due à la différence
de leurs représentations des séries d'événements aléatoires.
Afin de tester cette hypothèse, nous avons demandé aux
sujets, au cours de l'expérience présente, de préciser la stratégie
qu'ils considèrent la plus efficace, soit avant, soit après avoir
effectué une centaine de choix ou de prédictions. L'observation
des événements lors des tirages devrait, en effet, permettre aux
individus de corriger leurs erreurs de représentation. Si ces
erreurs sont responsables de la faible fréquence des réponses
rationnelles dans la situation de prédiction, leur rectification
devrait entraîner une augmentation de la proportion d'individus
qui préconisent dans cette situation la stratégie rationnelle.
Ainsi, d'après l'hypothèse testée, l'effet de la formulation du
problème ne devrait être significatif que chez les sujets qui
expriment, avant les tirages, leur opinion sur la meilleure
stratégie.
Le deuxième but de cette expérience est d'éprouver l'hypo
thèse proposée par Goodnow (1955). Selon cet auteur, la convic
tion que la stratégie rationnelle est la meilleure n'est probable
ment pas une condition suffisante pour que cette stratégie soit
effectivement adoptée car l'ennui engendré par la répétition
d'une même réponse inciterait la plupart des individus à suivre
des stratégies mixtes. Ainsi, la proportion des sujets qui adoptent
la stratégie rationnelle devrait être inférieure à la proportion
de ceux qui la considèrent la meilleure.
POPULATION
L'expérience a été réalisée, pour la plus grande partie, au cours de
travaux pratiques de psychologie clinique. Les sujets, 175 étudiants,
en majorité de sexe féminin, ont participé à l'expérience par groupes
de 8 à 15 individus. Afin de compléter le plan expérimental, 17 volont
aires ont été recrutés par annonces, parmi les étudiants de différentes
disciplines. Nous avons éliminé les sujets qui poursuivaient des études
de mathématiques ou de statistique.
1. Voir l'énoncé du problème, page suivante. 504 MÉMOIRES ORIGINAUX
MÉTHODE
PLAN EXPÉRIMENTAL
L'expérience est réalisée selon un plan factoriel 2x2x2,
obtenu par croisement de trois variables dont chacune comporte
deux modalités : formulation du problème (choix ou prédiction),
feedback (absent ou présent), et ordre de la séquence opinion-
action (opinion exprimée avant ou après les tirages). Les 192 indi
vidus qui ont participé à l'expérience ont été répartis en nombre
égal (N = 24) entre les huit conditions expérimentales.
PROCÉDURE EXPÉRIMENTALE
L'expérience comporte trois parties :
I) Au cours de la première partie chaque sujet reçoit une
feuille portant l'énoncé du problème, formulé en termes différents
selon qu'il s'agit de choix ou de prédiction.
Situation de choix : « Deux urnes, A et B, sont placées devant vous.
Chacune contient un mélange de boules rouges et de boules noires.
Dans l'urne A, 2 boules sur 3 sont rouges, alors que dans l'urne B,
1 boule sur 3 est rouge.
« Un expérimentateur tire simultanément une boule de chaque urne
au hasard, puis il remet chacune dans l'urne dont elle provient. Après chaque
tirage, il vous demande de choisir l'une des deux boules extraites, soit
celle provenant de l'urne A, soit celle provenant de l'urne B, avant
qu'elles ne soient remises dans leurs urnes respectives. Ces opérations
sont répétées plusieurs fois. Chaque fois que la boule choisie par vous
est rouge, vous touchez une récompense. »
Situation de prédiction : « Deux urnes, A et B, sont placées devant
vous. Chacune contient un mélange de boules rouges et de boules noires.
Dans l'urne A, 2 boules sur 3 sont rouges, alors que dans l'urne B,
1 boule sur 3 est rouge.
« Un expérimentateur tire simultanément une boule de chaque urne,
au hasard, puis il remet chacune dans Vurne dont elle provient. Avant
chaque tirage, il vous demande de prédire laquelle des boules tirées,
celle provenant de l'urne A, ou celle provenant de l'urne B, sera rouge.
Ces opérations sont répétées plusieurs fois. Chaque fois que votre prédic
tion est exacte, vous touchez une récompense. »
Dans les conditions où, avant les tirages, on demande aux
sujets de décrire la meilleure stratégie, l'énoncé du problème
est suivi de la question ainsi formulée : M. ZALESKA ET F. ASKÉVIS-LEHERPEUX 505
« Selon vous, comment faut-il procéder, dans cette situation, pour
obtenir le maximum de récompense ? Justifiez votre réponse. »
Lorsque la meilleure stratégie doit être décrite après les tirages,
la feuille portant cette question est distribuée au début de la
troisième partie de l'expérience, et avant le questionnaire final.
II) Au cours de la deuxième partie, les sujets effectuent cent
choix ou prédictions, en inscrivant, à chaque essai, la lettre A
ou B, sur les pages d'un carnet numérotées de 1 à 100. L'expé
rimentateur annonce le numéro d'essai, qui constitue le signal
de réponse à chaque tirage et, dans les conditions avec feedback,
il donne le résultat une fois que tous les sujets ont inscrit leur
réponse et tourné la page. Dans les sans
les résultats sont notés par un assistant de l'expérimentateur
afin que les sujets puissent en prendre connaissance ultérieu
rement.
III) La dernière partie de l'expérience comporte les réponses
au questionnaire suivant :
1. Quelle stratégie avez-vous utilisé pour effectuer vos choix (ou pré
dictions) ?
2. Considérez-vous la stratégie que vous avez utilisée comme la meilleure
pour obtenir le maximum de récompenses ?
oui non ne sais pas (soulignez la mention utile)
3. Si vous n'avez pas effectué vos choix (ou prédictions) selon la stratégie
que vous considérez la meilleure, expliquez pourquoi.
Dans les conditions ne comportant qu'après les tirages la
description de la meilleure stratégie, les sujets doivent préciser
cette stratégie avant de répondre à ce questionnaire.
RÉSULTATS
Les principaux résultats sont résumés dans le tableau I.
Les chiffres des deux premières lignes représentent, pour chacune
des conditions, le nombre et le pourcentage d'individus qui
considèrent que la stratégie rationnelle est la meilleure. Ces
résultats relatifs aux opinions exprimées sont suivis de ceux
qui concernent le comportement réel. Dans les deux lignes
suivantes figurent, en effet, le nombre et le pourcentage de sujets
qui adoptent effectivement la stratégie rationnelle au cours des
tirages. Il est important de noter que l'adoption de cette stratégie
est définie ici par la désignation systématique de l'urne A sans Tableau I
Résumé des résultats
Désignation de la meilleure stratégie
Avant les tirages Après les tirages
Sans Avec Sans Avec
Situation feedback feedback feedback feedback Moyennes
Choix 83,33 % 83,33 % 62,50 % 58,33 % 71,87 %
(n = 14) (n = 69) {n = 20) Cl {n = 20) C3 (n = 15) C5 Opinions C7 (n et %
de stratégies Prédiction 33,33 % 45,83 % 29,17 % 37,50 % 36,46 %
(n = 11) (n = 35) rationnelles) (/i = 8) C2 (n = 9) C8
C4 C6
Choix 33,33 % 50,00 % 41,67 % 12,50 % 34,37 %
(n = 12) (n = 10) (n = 8) (n = 3) (n = 33) Conduite réelle Cl C3 C5 C7 (n et %
de stratégies Prédiction 22,92 20,83 % 41,67 % 12,50 % 16,67 %
(n = 3) (n = 22) rationnelles) (n = 5) C2 (n = 10) C4
C6 C8
Choix 89,17 90,58 80,92 79,87 85,13 Conduite réelle Cl C3 C5 C7 (moyennes
Prédiction 69,37 86,54 75,79 79,29 77,25 des réponses A) C2 C6 C8 C4
par le numéro Pour faciliter les renvois au tableau dans le texte, chacune des huit conditions expérimentales est désignée
situé dans la partie inférieure droite de chaque case (Cl, C2, C3, etc.). M. ZALESKA ET F. ASKÉVIS-LEHERPEUX 507
une seule exception. Enfin, dans les deux dernière lignes figurent
les nombres moyens de réponses A, sur les cent tirages.
Après avoir examiné les relations entre les opinions expri
mées et le comportement réel, nous étudierons successivement
l'effet de chacune des trois variables expérimentales sur le choix
de la stratégie rationnelle, tant au niveau verbal qu'au niveau
de l'action.
1. Relations entre l'opinion exprimée
et la conduite réelle
La première constatation qui frappe lorsqu'on compare
les pourcentages figurant dans les quatre premières lignes du
tableau I, est l'importance de l'écart entre les opinions exprimées
et l'action effective. Le nombre d'individus qui adoptent la
stratégie strictement rationnelle est largement inférieur au
nombre de ceux qui l'estiment la meilleure. Cette différence est
significative à p < .001 dans les situations de choix, et à p < .01,
dans celles de prédiction.
Ce sont les sujets eux-mêmes qui expliquent, en réponse
au questionnaire proposé en fin d'expérience, les raisons des
écarts entre l'opinion exprimée et la stratégie suivie. Parmi
ces raisons, les plus fréquemment citées sont : le désir d'échapper
à la monotonie et au manque d'intérêt de l'expérience, le goût
du risque et le plaisir du jeu. Des explications de ce type sont
données par plus de la moitié de ceux qui n'ont pas adopté
la stratégie rationnelle bien qu'ils l'aient déclarée la plus efficace.
Ainsi, la conviction que cette stratégie est la meilleure ne
détermine pas nécessairement la conduite réelle des individus.
Pour que cette stratégie soit effectivement adoptée, il faut encore
que les sujets soient capables de supporter la monotonie résultant
de la répétition d'une même réponse pendant cent essais, et qu'ils
résistent à la tentation de prendre quelquefois des risques.
2. Effets de l'ordre de la séquence opinion-action
Les sujets estiment plus souvent qu'il convient de désigner
systématiquement l'urne A lorsqu'ils répondent avant les tirages
(61,45 %) que lorsqu'ils expriment leur opinion après (46,87 %).
Cette différence, due surtout aux situations de choix, est signi
ficative (p < .05) pour l'ensemble des individus. MÉMOIRES ORIGINAUX 508
Au niveau de l'action, les résultats observés sont similaires.
La stratégie strictement rationnelle est plus souvent adoptée
par les sujets qui réfléchissent et expriment leur opinion avant
d'avoir eu l'expérience vécue de la situation que par ceux qui
se prononcent après (p < .01).
De même, d'après l'analyse de la variance portant sur le
nombre moyen de réponses A, et présentée dans le tableau II,
l'effet d'ordre opinion-action est significatif (p < .01). L'urne A
est plus souvent désignée lorsque la meilleure stratégie est
définie avant les tirages (m = 85,60) que lorsqu'elle l'est après
(m = 78,34).
En conclusion, il apparaît que l'expérience vécue de la situa
tion n'amène pas les individus à avoir une opinion rationnell
ement mieux fondée quant à la conduite qu'il convient d'adopter
dans cette situation. Ainsi, ce ne sont pas des erreurs de repré
sentation qui pourraient justifier les stratégies non rationnelles
préconisées par les sujets.
Tableau II
Analyse de la variance
Source de variation dl CM F
10,91** A Ordre opinion-action 1 2 530,25 8,28** B Formulation du problème 1 1 919,00 3,65* C Feedback 1 845,88
A x B 1,02 1 236,30
A x G 1 141,80 0,61 3,30* B X G 772,00 1
A X B X C 1 11,50 0,05
Résidu 184 231,87
** p < .01 ; *p < .10.
L'analyse de la variance porte sur le nombre moyen des réponses A.
3. Effets de la formulation du problème
La stratégie rationnelle est plus souvent considérée comme
la plus efficace dans les situations de choix (72 %) que dans
celles de prédiction (36 %). Cette différence, fortement signi
ficative pour l'ensemble des sujets (p <. 001), devient cependant
plus faible lorsque la meilleure stratégie est désignée après les
tirages, en particulier dans les conditions avec feedback (G7 et G8). ZALESKA ET F. ASKÉVIS-LEHERPEUX 509 M.
Ainsi, lorsque l'action précède la réflexion, l'effet de la formulat
ion du problème sur l'opinion concernant la stratégie la plus
appropriée s'atténue, surtout chez les sujets informés des résultats
des tirages. Toutefois, cette atténuation n'est pas due à l'accroi
ssement du nombre de réponses rationnelles dans les situations
de prédiction, mais à leur diminution dans les de
choix. Il ne paraît donc pas justifié d'invoquer des erreurs de
représentation pour expliquer la différence des opinions expri
mées par les sujets dans ces deux situations.
Au niveau de l'action, l'effet de la formulation du problème
est plus faible. Pour l'ensemble des sujets, la fréquence de la
stratégie rationnelle est à peine supérieure dans les situations
de choix que dans celles de prédiction (p < .10). Toutefois,
la différence observée est significative dans les conditions qui
ne comportent pas de feedback (p < .02).
Enfin, la comparaison des deux dernières lignes du tableau I
montre que pour l'ensemble des sujets les réponses A sont plus
fréquentes dans les situations de choix (m = 85,14) que dans
celles de prédiction (m = 78,81). On remarque également que
cette différence est considérablement atténuée dans les conditions
avec feedback. Cependant, d'après les résultats de l'analyse de
la variance, si l'effet de la formulation du problème est signi
ficatif (p < .01), celui du feedback est faible (p < .10) de même
que l'interaction entre ces deux facteurs (p < .10).
4. Effets du feedback
Le feedback n'a d'effet significatif ni sur les opinions des
individus, ni sur la proportion de ceux qui adoptent la stratégie
rationnelle. On remarque cependant que les effets de cette variable
sont différents selon la formulation du problème. Dans les situa
tions de choix, la fréquence d'adoption de la stratégie rationnelle
tend à être plus faible lorsque les sujets sont informés des résultats
des tirages (27 %) que lorsqu'ils ne reçoivent pas d'information
(42 %). Dans celles de prédiction la proportion de ceux qui
suivent cette stratégie est au contraire plus élevée dans les
conditions avec feedback (29 %) que dans ces conditions qui
n'en comportent pas (17 %). L'interaction entre la formulation
du problème et le feedback est significative (chi2, p < .05).
Les résultats concernant la fréquence des réponses A sont
similaires. Les individus qui font des prédictions, et ceux-là

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