J.-J. van Biervliet, L'asymétrie sensorielle - compte-rendu ; n°1 ; vol.4, pg 450-460

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L'année psychologique - Année 1897 - Volume 4 - Numéro 1 - Pages 450-460
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1897
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Alfred Binet
J.-J. van Biervliet, L'asymétrie sensorielle
In: L'année psychologique. 1897 vol. 4. pp. 450-460.
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Binet Alfred. J.-J. van Biervliet, L'asymétrie sensorielle. In: L'année psychologique. 1897 vol. 4. pp. 450-460.
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SENSATIONS VISUELLES
J.-J. VAN BIERVLIET. — V Asymétrie sensorielle, 43 p. Gand, 1897,
extrait des Bulletins de l'Académie royale de Belgique, 3e série,
t. XXXIV, n° 8 (août 1897).
L'auteur résume ainsi ses résultats :
« De l'ensemble de nos recherches comportant 8.600 séries d'expé
riences, nous croyons pouvoir tirer les conclusions suivantes :
« I. Il existe une asymétrie qui paraît s'étendre à tous les organes
des sens. Le côté droit chez la majorité des sujets, le côté gauche
chez la minortié est plus sensible de 1/9 environ que le côté
opposé.
« Nous avons pu l'établir pour le sens musculaire, la vision, l'au
dition et le toucher.
« IL II semble que la proportion généralement admise (2 gauchers
et 98 droitiers sur 100) soit loin d'être exacte.
« J'ai trouvé, sans chercher, 22 gauchers sur 100 sujets.
« Je me propose de continuer à enregistrer la proportion des gau
chers que je rencontrerai parmi mes divers sujets, jusqu'à ce que je
puisse déterminer la proportion sur mille.
* Je crois que la constance des rapports révélés par mes expé
riences montre à l'évidence que la raison qui fait que nous sommes
droitiers ou gauchers est, non pas une raison physiologique, comme
je le pensais au début de mon travail, mais une raison analomique
quïl reste à déterminer. »
Les expériences ont été faites sur cent personnes, dont la plupart
sont âgés de dix-huit à vingt-cinq ans, et sont des étudiants de l'uni
versité de Gand. Donnons quelques détails sur les expériences :
1° Sensations tactiles.
« Le sujet plaçait à plat sur une table la main droite d'abord. 11
était tourné de façon à ne pas pouvoir voir sa main. Sur la face dor
sale de celle-ci, toujours au même niveau, j'appliquais l'esthésiomètre
en écartant les pointes de 40 millimètres environ. Le sujet déclarait VISUELLES 451 SENSATIONS
sentir deux contacts. Alors je rapprochais insensiblement les pointes
jusqu'à ce que le sujet déclarât subir un seul contact. J'annotais la
distance entre les pointes de l'esthésiomètre. Ensuite je recommenç
ais l'expérience en maintenant les pointes très rapprochées (2 ou
3 millimètres). Le sujet déclarait subir un seul contact. Je faisais
une série d'expériences avec ecartement toujours croissant, jusqu'à
ce que le sujet déclarât sentir deux contacts. La distance entre les
deux pointes était encore annotée. La moyenne entre les deux chiffres
obtenus dans la série ascendante et descendante était donnée comme
mesure de la sensibilité tactile de la main droite pour une première
épreuve.
« Je procédais ensuite pour la main gauche exactement comme
pour la main droite. Je faisais alternativement une épreuve pour
chaque main, jusqu'à ce que je fusse arrivé à avoir vingt chiffres
pour chaque main. »
Voici un échantillon des tableaux dressés :
DISTANCES DISTANCES Si Ion des pointes du compas des pointes du compas représente par 10 mesurant mesurant
la sensibilité la sensibilité la sensibilité
du côté gauche NOMS du côté droit, du côté droit,
en millimètres. en millimètres. celle du côté
gauche
Variations s'exprimera par ,, Variations Movennes. Moyennes. movenneg- movennes.
20 1,2 22,3 0,6 8,97 V. Hau . .
22 0,7 9,09 Tern . . . 20 1,3
19,5 0.8 21,7 0,5 8,98 Morleg . .
i;2 22,5 9,11 20,5 0,0 Joo. (pliil.)
19,9 1 21,7 0,8 9,17 Obr. . . .
22.5 Lef. d. t. H 20,5 0,8 0,7 9,11
22,1 2,5 2,3 8,98 Bourg. . . 24, <>
19,o 0,8 21,5 1 9,07 Malan. . .
1,1 22 2 D. Scep. . 20,8 1,1 9,37
Molit. . . . 19,5 1 1,2 21 fi 9,03
0.9 22.G Mort. . . . 19,9 1,8 8,81
22,1 0,7 24,2 1 Lesaf. . . 9,13
Goetg. (phil 17,7 1 1.9,9 1,9 8,89
« Si l'on représente par 10 l'acuité des nerfs tactiles du côté le plus
sensible, il faut représenter du côté le moins sensible par
9 environ. Exactement pour les droitiers, 9,06 avec une variation
moyenne de 0,12 environ. Exactement pour les gauchers par 8,93
avec une variation moyenne de 0,17 environ. »
2° Sensations visuelles. — L'examen de l'acuité visuelle présente une
petite difficulté, car il faut, pour la mesure, corriger les défauts de
l'œil qui n'ont pas de rapport avec l'acuité : tels sont l'amétropie,
l'hypermétropie et l'asti gmatisme. L'auteur a corrigé les deux pre- 452 ANALYSES
miers défauts au moyen de verres gradués. Voici comment l'expé
rience a été faite :
« A. Examen préalable servant à déterminer les qualités (amétro-
pie, hypermétropie, etc.) de chaque œil. Cet examen révélait, outre
les défauts de chacun des deux yeux, de quel côté l'acuité semblait
la plus grande.
« Un tableau avec les lettres de Snellen était placé au fond d'une
petite chambre noire s'ouvrant dans la grande salle d'expériences.
Un bec Auer tout à fait constant, placé toujours de la même façon,
éclairait la surface blanche sur laquelle se détachaient les lettres. Le
sujet était placé en face du tableau de Snellen, à 9 mètres de distance,
au fond d'un couloir sur la paroi duquel était marquée une division
en mètres, décimètres et centimètres.
« Pour l'expérience préliminaire, le sujet demeure à la distance
constante de 9 mètres. 11 se sert d'une monture de lunettes portant
un écran devant l'œil gauche d'abord.
« II essaie, à la distance de 9 mètres, de lire les lettres du tableau,
en commençant par les plus grandes. Lorsqu'il s'arrête, ne pouvant
plus distinguer les caractères situés plus bas, j'essaie en plaçant
devant l'œil la série des verres positifs, puis la série des verres négat
ifs, s'il peut descendre davantage.
« Cet examen est assez délicat et demande un contrôle très sérieux.
Le sujet s'imagine parfois voir mieux avec un verre ; il faut alors lui
présenter des lettres différentes, mais toutes de même grandeur, pour
s'assurer si réellement il voit mieux avec ou sans verres. Souvent le
sujet porte des lunettes, il semble que ses yeux soient déterminés. En
réalité, ils le sont très souvent par à peu près, d'abord parce que les
oculistes prescrivent d'ordinaire des verres plutôt trop faibles, et
puis parce que certains oculistes ne mesurent qu'un seul des deux
yeux (le droit) et prescrivent le même verre pour les deux yeux. Or,
presque toujours, la correction doit différer d'un oeil à l'autre. J'ai
rencontré un sujet gaucher, très intelligent et qui s'observe. Il sait
qu'il est gaucher; il a fait remarquer à son cordonnier qu'il fallait
prendre mesure du pied gauche, à rencontre de ce que les cordonn
iers font d'habitude, et très justement d'ailleurs. Ce sujet portait
un pince-nez de — 2 dioptries. Il avait été examiné par un oculiste
qui avait seulement déterminé l'œil droit et avait prescrit pour les
deux yeux les mêmes verres. Or, ce sujet, étant gaucher, regarde
habituellement de l'œil gauche ; son œil gauche est emmétrope. Son
pince-nez ne pouvait pratiquement lui être d'aucune utilité. Je lui en
fis la remarque. Il me répondit qu'en effet il ne s'en servait jamais et
qu'il voyait mieux sans lunettes !
« Après avoir fixé pour l'œil droit le sens et le numéro du verre
qui rend la vision la plus nette, nous faisons pour l'œil gauche des
essais analogues, en présentant, bien entendu, un tableau de Snellen,
différent du premier, dont le sujet aurait pu avoir retenu les lettres. SENSATIONS VISUELLES 453
B. Expériences proprement dites. — a) Mesure de Vacuité de Vœu
droit.
Le sujet portant devant l'œil gauche Técran noir, et devant l'œil
droit aucun verre ou un verre correcteur, se place à 9 mètres du
tableau de Snellen. Devant ce tableau, on fait glisser un écran
blanc qui recouvre toutes les lettres. Une ouverture oblongue percée
dans l'écran permet de voir trois des plus petites lettres du tableau,
celles que l'œil normal lit à 6 mètres, d'après Snellen.
Le sujet s'approche à tout petits pas jusqu'à ce qu'il distingue l'une
des trois lettres découvertes, puis il s'arrête et cherche à reconnaître
les autres; s'il n'y peut parvenir, il avance encore de la distance d'un
demi-pied à la fois. Quand enfin il a reconnu les trois lettres, je
mesure, en plaçant une équerre sur le côté divisé du couloir, la dis
tance exacte à laquelle l'œil se trouve du tableau.
b) Mesure de Vacuité de Vœil gauche. — Le sujet porte cette fois
l'écran noir devant l'œil droit, et devant l'œil gauche rien ou, bien le
verre correcteur que l'expérience préliminaire a permis de déterminer.
Il se place à 9 mètres du tableau. Je fais glisser l'écran blanc de façon
à découvrir trois lettres, différentes des premières. Le sujet approche
exactement comme la première fois et l'on mesure la distance à
laquelle l'œil gauche distingue les lettres inférieures du tableau de
Snellen.
« On fait successivement trois séries pour l'œil droit et l'œil gauche,
en commençant par le droit, mais dans l'ordre suivant : 1 droit,
2 gauche, 3 droit, 4 gauche, S droit, 6 gauche.
« Après un temps de repos on fait six nouvelles séries, mais cette
fois-ci, l'œil gauche commence et fait donc les séries 7, 9 et 11 ; l'œil
droit, les séries 8, 10 et 12.
« J'ai additionné l'ensemble des distances obtenues pour chaque œil.
Je divise ces résultats par 6, ce qui me donne la distance moyenne
mesurant l'acuité de chaque œil. Je dis la distance parce que, l'angle
visuel étant déterminé par la largeur des lettres, d'une part, et les
deux côtés équivalant à la distance de l'œil à la lettre, d'autre part, le
côté opposé à l'angle esUout à fait négligeable et l'angle peut être rem
placé par la seule fonction AX, distance de l'œil au tableau. >
Voir plus loin un échantillon des résultats.
« De nos tableaux il résulte que si l'on représente par 10 l'acuité de
l'œil le plus sensible, il faut représenter par 9 environ de
l'autre œil. Exactement pour les droitiers par 9,08 avec une varia-
tipn de 0,15 et pour les gauchers par 9,04 avec une variation
de 0,07. »
3° Se?isations auditives. — Le dispositif employé par l'auteur est nou
veau; il n'a pas cherché le minimum perceptible pour chaque oreille,
mais il a fait faire par chaque sujet une comparaison entre deux sons
entendus par les deux oreilles, et dont il variait l'intensité, jusqu'à
ce que l'intensité parût égale. Voici, du reste, comment il a procédé : ,
,
,
.
.
,

454 ANALYSES
DISTANCES DISTANCES L'acuité
mesurant l'acuité mesurant l'acuité de l'œil droit
étant représentée de l'œil droit, de l'oeil gauche,
par 10, en mètres. en mètres. celle de l'œil
gauche
Variations Variations l'est par Moyennes. Movennes. movennes. movennes.
Will. . . . 0,18 0,07 0,13 0,50 9,31
Mas. ... 0,24 3.21 0,32 9,05
Bee. . . . 0,22 4.00 0,17 5,20 8.85
Dock fils . 0,78 0,04 0,10 0,02 9,00 Bec Fr. . . 0,12 5,07 0,08 9,25
Fri 0.55 4,00 0,44 9,21 4,40
4 22 Muys . . . 4,82 0,45 0,32 8,79
0,35 o'ji 0,33 9,27 Burw. . . 0,55
Brack père 4,28 0,18 3,97 0,20 9,24
Bourgog. . 0,13 0,23 0,04 0.85 9,03
0,05 4,00 0.00 9,14 Par ô! 07
0,20 0,15 0,17 V. Hauw . 0,70 9,05
0,17 5,29 0,19 9,09 Tern 3,82
9,05 6,23 0,10 5,00 0,11 Morleg . .
0,20 4,79 9,28 5,10 Joo (phil.)
0.21 5,20 0,27 f,07 Lef. d. t. H. a, 80
3,00 0,10 8,72 Bourge . . . 4,13 0,00
0,17 5,38 0,11 9,00 Malan ... 5.94
0,29 9,04 5,72 0,32 5,17 D. Schep . .
« J'ai fait construire par Pezold, de Leipzig, deux appareils où le
son était produit par la chute des billes métalliques sur une plaque
métallique... ; les deux appareils sont tels que lorsque les deux billes
tombent de la même hauteur, les deux sons sont identiques d'intens
ité, et presque parfaitement égaux de timbre.
« Les billes métalliques des deux appareils étaient maintenues par
une pince fixée sur une tige verticale. Cette pince glissait le long delà
tige; un écrou l'immobilisait à une hauteur déterminée au-dessus de
la plaque sur laquelle devait tomber la bille. Un courant électrique
lancé dans les bobines dun électro-aimant ouvrait la pince et faisait
brusquement tomber la bille. »
Voici maintenant le dispositif des expériences :
« Les deux appareils étaient enfermés chacun dans une grande caisse
cubique entièrement matelassée. Au milieu d'une des faces de chaque
caisse s'engageait un tuyau acoustique. Le sujet s'asseyait exactement
au milieu, entre les deux caisses, plaçant sur chaque oreille l'embou
chure d'un des tuyaux acoustiques. Alors je le prévenais en disant :
« Attention », puis je faisais tomber une bille, mon assistant faisait
tomber la seconde, bien entendu, par transmission électrique et sans
ouvrir les caisses capitonnées. On demandait alors au sujet de quel
côté le son lui paraissait le plus intense, et l'on variait la hauteur de
chute jusqu'à ce que l'on fût parvenu à produire une impression égale
à droite et à gauche. SENSATIONS VISUELLES 455
Cette expérience préliminaire permet de déterminer de quel côté le
sujet entend le mieux. Alors commence la série des expériences pro
prement dites.
Pour avoir des résultats comparables, j'ai constamment main
tenu du côté de l'oreille la plus sensible une hauteur de chute de
30 centimètres. Cette hauteur, choisie tout d'abord tout à fait arbi
trairement, a été maintenue dans la suite pour la facilité des compar
aisons. On verra par l'ensemble de mes résultats que la hauteur
moyenne de chute pour l'oreille la moins sensible est de 36 centi
mètres. J'ai, au début, été fort surpris de trouver une telle différence
entre la sensibilité des deux oreilles ; je m'imaginais que le rapport
d'intensité et, par conséquent, de sensibilité était de 30 à 36, soit donc
de 5 à 6, c'est-à-dire que l'oreille gauche, a i/o de sensibilité en
moins que la droite.
Mais Vierordt a démontré de la façon la plus péremptoire, et j'au
rais dû y songer en me rappelant les lois de l'acoustique, que l'inten
sité du son n'est pas en raison de la hauteur de chute, mais en raison
de la racine carrée de cette hauteur.
Dès lors, il ne me fallait plus comparer les chiffres 30 et 36,
mais leurs racines, donc 6 et 5, 4. Ceci donnait exactement le
même rapport que celui que j'avais trouvé pour les sensations musc
ulaires !.
Les expériences sur l'acoustique ont présenté de nombreuses diff
icultés qu'il a fallu écarter à mesure et non toujours sans peine. En
voici quelques-unes : La plupart des sujets sont tentés de considé
rer toujours le second coup comme le plus intense, parce qu'ils com
parent une sensation actuelle (le second coup) à un souvenir (le pre
mier coup). Mais quelques-uns, ils sont rares, ont la tendance
inverse : le souvenir chez eux s'hypertrophie, s'il m'est permis de
m'exprimer ainsi, et c'est le coup qu'ils n'entendent plus qui leur
paraît le plus intense.
Pour éviter ces causes d'erreur, il a fallu :
1° Faire se suivre les deux coups aussi régulièrement et aussi rap
idement que possible ;
2° Quand un coup était déclaré le plus intense, vérifier si, en le
déplaçant (en menant le premier en second lieu et vice versa), on
obtenait la même réponse.
Une autre cause d'erreur se produit lorsque les temps qui
s'écoulent entre le signal et la chute de la première bille, et entre la
chute de celle-ci et la chute de la seconde bille, ne sont pas égaux ;
(1) Ce résultat tout à fait imprévu me confirma dans l'idée que l'as
ymétrie du système nerveux s'étend à plusieurs sens, peut-être à tous, et
m'engagea à mesurer le rapport entre l'acuité visuelle et tactile droite et
gauche. Quant à l'acuité des sens olfactif et gustatif, je ne vois pas, jus
qu'ici, de moyen sûr et pratique de les déterminer. Van B. ANALYSES 456
en effet, tous les travaux sur la durée des temps de réaction ont
démontré cette influence. Il faut donc rendre ces intervalles tout à
fait semblables. Nous y sommes parvenu en comptant les secondes
entre le signal et les deux chutes.
Pour chaque sujet, nous avons fait dix séries d'expériences.
Le sujet était placé, comme nous l'avons dit plus haut, l'oreille la
plus sensible étant tournée du côté de l'appareil à hauteur de chute
constante : 30 centimètres. L'autre oreille était couverte par l'embou
chure du tube acoustique relié au second appareil. Celui-ci, que je
manœuvrais moi-même, était d'abord disposé de façon à produire
un son manifestement trop intense; par exemple, la hauteur de
chute était de 40 centimètres. Nous faisions une première expé
rience. Le sujet trouvait le son produit (de mon côté) trop intense.
Je recommençais en abaissant la bille à 39 centimètres, et ainsi de
suite, jusqu'à ce que le sujet déclarât les deux sons égaux.
._ Alors après contrôle, pour éviter l'erreur dont j'ai fait mention plus
haut (tendance à amplifier la sensation ou le souvenir), j'inscrivais ce
premier résultat.
Dans une seconde série d'expériences, je réglais la hauteur de
chute de manière à produire de mon côté un son manifestement
trop faible; par exemple, la hauteur de chute était de 25 centi
mètres.
HAUTEUR DE CHUTE
déterminant des sons gauches égaux au son droit
determine
par la hauteur 30 centimètres.
Moyennes Variations moyennes
en centimètres. en centimètres.
Will. . . . 2,6 36, 48
36,22 1,8 Bec ....
D. Stel . . 35,95 1,3
34,90 0,7 Meu. . . .
Verh. . . . 35,90 0,6
V. Wamb . 36,13 0,7
36 1,3 Bod (phil.) .
Fier. . . . 36 0,8
Obr . . . 36,60 1
35,90 1,2 Joo (phil.) .
36,30 0,9 Min ....
36,40 Hach. . . . 1,4
36,20 1 Goet (phil.)
Mort . . . 36 1,4
36,20 2,4 Lauw . . .
Frut. . . . 35,95 1,4
1,2 V. Inn . . 36, 40
Le sujet déclarait le son trop faible de mon côté. Je faisais SENSATIONS VISUELLES 457
croître graduellement la hauteur de chute jusqu'à impression d'égal
ité.
Puis, après avoir également contrôlé ce dernier résultat, je l'ins
crivais.
Nous avons fait pour chaque sujet cinq séries d'expériences avec
intensité décroissante, du côté de l'oreille la moins sensible, et cinq
séries avec intensité croissante.
Nous donnons ci-dessus les résultats de quelques-unes des expé
riences.
De ces expériences, il résulte que la hauteur de chute nécessaire
pour produire du côté de l'oreille la plus obtuse un son aussi intense
que celui qui est produit pour l'oreille la plus fine par une hauteur
de 30 centimètres, est pour les droitiers : 36,06 avec une variation
moyenne de 0,1 environ ; les gauchers : 36,03 une de 0,2 environ.
Si l'on extrait les racines carrées des nombres représentant les
hauteurs de chute, on obtient deux fois 6 et 5,47.
Si on exprime par 10 l'acuité de l'oreille la plus fine, l'acuité de
l'autre oreille doit s'exprimer par 9,1 pour les droitiers et par 9,1
pour les gauchers.
4° Sensations musculaires. — « Nous avons procédé comme suit : le
sujet tenait les deux coudes appuyés au corps. Les mains étaient
tenues en supination et l'on appliquait sur l'index, au niveau de la
ligne interarticulaire de la phalangine et de la phalangette, un fil de
métal supportant un récipient. Les deux récipients identiques con
tenaient des poids que le sujet ne pouvait voir. Ce dispositif est
essentiel pour que le sujet n'apprécie que des poids absolus. Nous
avons démontré ailleurs1 que quand on connaît par la vue ou le
toucher le volume des objets que l'on soupèse, l'on ne compare plus
des poids absolus, mais des densités. Ce procédé a encore l'avantage
d'apprécier la force des deux mains dans des conditions tout à fait
pareilles.
« En effet, notre façon habituelle de soupeser est très différente:
généralement nous étendons l'objet ou bien sur la paume de la main,
ou, s'il est très petit, sur la face palmaire de la phalangette. Nous
avons fait soupeser quatre séries de deux poids :
1 . Un poids de 500 grammes et un poids X qui parut équivalent.
2. — 1000 — — —
3. — 1500 — — —
4. — 2 000 — — —
« II fallait tout d'abord déterminer de quel côté la force muscul
aire devait être prise pour unité. Nous faisions soupeser deux poids
égaux de 500 grammes.
(1) Mesure des illusions de poids. Année psychologique, 189G. 458 ANALYSES
« Si, à chaque épreuve, le sujet déclarait le poids de gauche plus
grand, nous le considérions comme droitier.
« Cela a été le cas ordinaire. Si le sujet considérait le poids de
droite comme le plus lourd, nous le considérions comme gaucher.
« Après cet essai, nous procédions à la série des expériences pro
prement dites.
« Ayant à examiner un sujet présumé droitier, nous procédions
de la façon suivante :
« 1. Poids de 500 grammes. Dans chaque expérience, le sujet
soupèse de l'index droit un poids qui demeure constant (500 gram
mes) : l'index gauche soupèse des poids variables; d'abord une série
de poids qui vont en s'affaiblissant ; par exemple, 480, 470, 460, etc.,
jusqu'à ce qu'il trouve le poids qui lui paraisse exactement égal au
poids de 500 grammes supporté par l'index droit. Mettons que ce soit 460. C'était le cas ordinaire. Ce premier chiffre est annoté.
« Le sujet fait une seconde série de pesées, avec, du côté gauche,
des poids d'abord manifestement trop faibles, mais qui deviennent
de plus en plus forts à chaque expérience ; par exemple : aux
500 grammes soupesés à droite, il compare successivement 400, 420,
430, 440, soupesés à gauche. Rappelons qu'il n'a aucune connaissance
de la valeur des poids qu'il compare. S'il déclare qu'il y a égalité
quand à gauche il soupèse 4iO, on arrête l'expérience. Le résultat
440 est inscrit. La moyenne 450 est le poids qui produit du côté
gauche le même effet que 500 du côté droit. Chaque sujet a fait en
moyenne six séries d'expériences : trois à suite ascendante, trois à
suite descendante pour fixer la moyenne du poids égal au poids 500.
< 2. Poids de 1.000 grammes. On procédait exactement de la
même façon que pour la série précédente. Le poids de 1.000 grammes
étant soutenu du côté le plus fort, il fallait généralement 900
seulement pour produire un effet analogue du côté le plus faible.
« Chaque sujet a fait encore six séries d'expériences.
« 3 et 4. On procédait pour ces deux séries d'expériences de la
même manière que précédemment, c'est-à-dire que, faisant soupeser
du côté droit un poids constant de 1.500 grammes (3e série), ou
2.000 grammes (4e série), on présentait du côté gauche d'abord une
suite de poids descendante, puis une suite ascendante, jusqu'à ce
que le sujet conclût à l'égalité.
« En résumé, chaque sujet l'ait vingt-quatre séries de pesées. Les
quatre moyennes des poids obtenues sont prises chacune sur six
résultats.
« Pour les gauchers, c'est-à-dire ceux qui, soupesant deux poids
égaux, déclarent celui de droite plus pesant que l'autre, nous avons
fait les mêmes expériences que pour les droitiers, mais en renversant
le sens.
« Les poids fixes 500, 1.000, 1.500 et 2.000 grammes étaient soupesés
du côté gauche (le plus fort) et la main droite soupesait les séries

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