J.-M. Baldwin, Développement mental chez l'enfant et dans la race - compte-rendu ; n°1 ; vol.2, pg 804-828

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L'année psychologique - Année 1895 - Volume 2 - Numéro 1 - Pages 804-828
25 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1895
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H. Beaunis
J.-M. Baldwin, Développement mental chez l'enfant et dans la
race
In: L'année psychologique. 1895 vol. 2. pp. 804-828.
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Beaunis H. J.-M. Baldwin, Développement mental chez l'enfant et dans la race. In: L'année psychologique. 1895 vol. 2. pp. 804-
828.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1895_num_2_1_1723ANALYSES 804
J. M. BALDWIN. — Mental Development in the Child and the Race.
Methods and Processes. (Développement mental chez l'enfant et dans
la race. Méthodes et procédés.) 1895, 1 vol. in-8°, 496 p. Macmillan.
New-York.
Les matériaux de ce livre sont, comme le dit l'auteur dans sa pré
face, constitués par une série d'articles parus dans diverses revues
anglaises et américaines, The Mind, The Philosophical Review, The
Psychological Review, The American Journal of Psychology, etc. Cet
ouvrage est en somme un essai de théorie du développement de la
conscience chez l'enfant et dans la race, essai qui doit sa valeur aux
observations et aux expériences faites par l'auteur.
L'ancienne conception de l'âme était celle d'une substance fixe
avec des attributs fixes. L'idée génétique a renversé cette conception.
Au lieu d'une substance fixe, nous avons une activité qui croît et se
développe. La psychologie fonctionnelle remplace la psychologie des
facultés. Au lieu d'étudier la conscience à son maximum de dévelop
pement, il y a tout avantage à l'étudier dans son état le plus simple
d'activité, chez l'enfant. Les phénomènes de la conscience sont chez
lui plus simples, plus spontanés, mieux dégagés des influences dis-
turbantes de l'observation interne, de la réflexion, des circonstances
extérieures, des conventions sociales. L'étude de l'enfant présente plus
d'avantages que la psychologie comparée et la pathologie mentale.
Il y a cependant des causes d'erreur dans les observations et les
expériences faites sur les enfants et l'auteur y insiste lui-même en
formulant certains principes du développement mental qui ne doivent
pas être perdus de vue.
A côté de la psychologie de l'enfant qui se base sur. Y ontogenèse, se
place la psychologie de la race, qui se base sur la phylogenèse, et les
mêmes motifs qui ont été invoqués pour l'emploi de la première,
peuvent l'être aussi pour la seconde.
Les analogies sont évidentes entre l'ontogenèse et la phylogenèse
de la conscience. Il faut remarquer que par ce terme de
l'auteur embrasse non seulement le développement de la vie psy
chique de la race humaine, mais toute la vie psychique ancestrale,
de quelque nature qu'elle soit.
On peut, dans le développement ontogenétique et phylogenétique
de la vie psychique distinguer quatre grandes périodes :
1° La simple contractilité avec les processus sensitifs rudimentaires,
les piocessus de plaisir et de douleur, et les simples adaptations
motrices, époque affective;
2° L'intégration nerveuse correspondant à des fonctions sensitives
spéciales, époque de présentation, de mémoire, d'imitation, d'action
défensive, d'instinct ;
3° Intégration nerveuse plus complète, époque de présentation PSYCIIOLOGIE DES ENFANTS 805
complexe, de coordination motrice complexe, de conquête, d'action
offensive, de volition rudimentaire ;
4° La fonction cérébrale, époque de pensée consciente, d'action
volontaire et d'émotion idéale.
Considérées au point de vue de la conscience, les époques 2° et 3°
sont ce qu'il appelle les époques objectives; la quatrième, l'époque
subjective.
Cependant, ce parallélisme entre l'ontogenèse et la phylogenèse
n'est pas absolu, et il y a, sous ce rapport, deux modifications prin
cipales à faire subir à la théorie de la récapitulation, c'est-à-dire à
la théorie qui fait de l'ontogenèse la répétition de la phylogenèse.
D'abord, certains éléments ou certains stades de développement
qui étaient nécessaires chez les ancêtres, disparaissent chez les des
cendants par suite de l'hérédité ou de la sélection. C'est ce que l'au
teur appelle la théorie des raccourcissements ou des chemins de tra
verse [short-cut theory), et dont il donne des exemples. Il faut faire
ensuite la part de la variation « accidentelle » ou « spontanée » qui
peut agir soit pendant la vie intra-utérine, soit après la naissance sous
des influences diverses.
Après ces prolégomènes qui occupent le premier chapitre viennent
les méthodes et procédés.
L'étude psychique de l'enfant doit avant tout être scientifique,
faite par un homme habitué à l'observation et à l'expérimentation
psychologiques. Il ne faut pas cependant repousser d'une façon abso
lue les résultats obtenus par des personnes étrangères à ce genre
d'études, mais ils ne doivent être accueillis qu'avec réserve.
Pour donner un exemple des difficultés de cette étude, l'auteur
rappelle les expériences de Preyer et de Binet sur le développement
des perceptions des couleurs chez les enfants.
Il part de ce principe que les mouvements de la main sont les meil
leurs indices de la sensibilité générale et spéciale de l'enfant et
en déduit ce qu'il appelle la méthode dynamo g énique.
On peut ainsi répondre aux questions suivantes (au nombre de 12) :
1° Présence de sensations de couleurs différentes indiquée par le
nombre et la persistance des efforts de l'enfant pour saisir l'objet
coloré ;
2° Degré d'attraction exercé par des couleurs différentes, indiqué
par le même moyen ;
3° Attraction relative exercée par les combinaisons de couleurs
différentes ;
4° Exactitude relative de l'estimation de la distance, d'après les
efforts de l'enfant pour atteindre les objets ;
o° Attraction relative de figures visuelles différentes (étoiles,
cercles, etc.) de différentes couleurs ;
6° Usage de la main droite, de la main gauche, des deux mains;
7° Apparition des mouvements imitatifs ; 806 ANALYSES
8° Apparition des mouvements volontaires ;
9° Présence et caractère des « mouvements d'accompagnement » à
différents stades du développement moteur.
10° Energie du désir et de l'inhibition volontaire d'après la persis
tance relative des mouvements de saisir les objets ;
il0 Energie relative des sensations disparates à différentes périodes
de la vie de l'enfant, d'après la comparaison des expressions
motrices ;
12° Influence inhibitoire des associations élémentaires, douleurs,
punitions, etc.
Réduite à ses termes les plus simples, c'est-à-dire appliquée à l'en
fant assez âgé pour saisir les objets qu'il voit, la méthode dynamo-
génique implique deux variables, la distance de l'objet et la nature
du stimulus ou sa qualité (couleur rouge par exemple). Soit D l'i
nfluence dynamogénique d'un stimulus, q la qualité de ce stimulus, d
sa distance, k le signe de proportion, D variera avec q, et en raison
inverse ded, dans un rapport à déterminer. On aura donc l'équation :
D = K-3-
d
équation à laquelle naturellement il ne faut pas donner une valeur
mathématique absolue.
Dans les expériences, on gardera constante une des valeurs q ou d,
de façon à étudier séparément les influences de la distance et de la
qualité du stimulant.
Le troisième chapitre traite des perceptions de distance et de cou
leur chez les enfants.
Les expériences ont porté sur une petite fille de neuf mois. En les
classant d'après le degré d'attraction qu'elles exerçaient sur l'enfant,
les couleurs se rangeaient ainsi: bleu, blanc, rouge, vert, brun,
résultat qui se rapproche beaucoup plus de ceux de Binet que de
ceux de Preyer.
Pour la distance, l'enfant cherche à saisir tous les objets qui l'a
ttirent dès qu'ils sont situées à 10 pouces au plus, distance en rapport
avec la longueur du bras, tandis que pour 13 et 14 pouces, il y a 8 et
14 p. 100 de refus.
L'auteur reconnaît du reste lui-même le trop petit nombre de ses
expériences, 217 en tout, faites sur un seul enfant. Il faut dire que ces
expériences ne peuvent être multipliées à cause de la fatigue et
d'une foule de conditions qui peuvent exister chez un enfant de cet
âge et troubler l'observation.
Pour ce qui concerne l'usage de la main droite ou de la main
gauche, il a observé que, tant que l'objet à atteindre était placé
à la portée de la main, l'enfant se servait indifféremment de la
main droite ou de la main gauche; mais si l'objet était placé à 12 à
15 pouces, et exigeait de sa part un effort musculaire=violent pour PSYCHOLOGIE DES ENFANTS 807
chercher à le saisir, il se servait de préférence de sa main droite,
spécialement quand l'objet avait une couleur brillante; dans ce cas
même, il employait la main droite à n'importe quelle distance (7e et
8e mois). A cette époque, l'enfant ne pouvait encore ni se tenir
debout ni se traîner (to creep).
L'auteur discute ensuite la cause possible de l'usage de la main
droite ou de la main gauche et rapprochant les mouvements de la
main des mouvements de la parole, trouve la cause de la prédomi
nance des de la main droite dans la prédominance de
l'hémisphère cérébral gauche. La difficulté ne fait que reculer, car
cette prédominance de l'hémisphère gauche n'a pas encore reçu
d'explication satisfaisante.
Ses expériences montrent en outre que l'usage de la main droite
varie en raison inverse de l'influence dynamogénique du stimulus,
qu'il s'agisse de la couleur ou de la distance. Elles prouvent aussi
que, même à cet âge, l'enfant a déjà acquis une estimation visuelle
exacte de la distance. Ace point de vue, il se comporte différemment
suivant la distance ; si l'objet est à une distance telle qu'il soit sûr de
l'atteindre, il se sert indifféremment d'une main quelconque ou des
deux mains ; s'il n'y a pas certitude, il se sert de la main droite ; si
l'objet est hors de sa portée, l'inhibition se produit et il n'y a pas de
mouvement des mains.
Le chapitre v est consacré aux mouvements de l'enfant et spécia
lement aux mouvements de dessin avec ou sans modèle, et l'auteur
donne un certain nombre de fac-similés des dessins exécutés par
l'enfant (entre la dernière semaine du 19e mois et le milieu du 27e mois).
Jusqu'au commencement du 27e mois, le dessin n'est qu'une imita
tion vague des mouvements faits devant lui, mais, à partir de ce
moment, le procédé change ; l'enfant cherche à retracer la figure
qu'on lui montre, même quand on lui retire le modèle, donc à
reproduire le dessin dont il a la représentation mentale.
Cette imitation graphique {tracery imitation) est la base de l'acqui
sition de l'écriture chez l'enfant. L'analyse conduit aux résultats
suivants :
L'enfant commence par acquérir la notion de la forme des lettres,
visual form series, puis il fait lui-même les mouvements pour tracer
les lettres et emmagasine ainsi un certain nombre de sensations de
mouvement, muscular form series. Enfin, il voit les mouvements
d'écriture faits par celui qui lui apprend à écrire et par lui-même,
d'où un certain nombre de notions de mouvements acquises par la
vue, optical movement series. Ces trois séries de sensations concourent
à l'écriture et dès que l'une d'elles manque, même chez l'adulte, est altérée.
L'auteur analyse ensuite la façon dont se fait l'acquisition de
l'écriture. Les résultats de cette analyse diffèrent de ceux de Golds-
elieider (Physiol. u. Pat. der Handschrift, in Zeitschrift für Psychia- 808 ANALYSES
trie, 1892), en ceci surtout que l'enfant, d'après Baldwin, possède les
sensations de forme des lettres dues primitivement à la vision seule,
tandis que Goldscheider laisse de côté les sensations visuelles de
forme acquises indépendamment des mouvements de la main.
Le chapitre vi traite de la suggestion. L'auteur définit la suggestion
au point de vue de la conscience, la tendance d'un état sensoriel ou
idéal à être suivi par un état moteur. Le fait fondamental de toute
suggestion, c'est la disparition des inhibitions de mouvement pro
duite par une certaine condition de conscience qu'on peut appeler
suggestibilité. Dans cet état, la conscience donne à toutes les présen
tations la même valeur et répond à toutes, chacune à son tour, éga
lement et avec facilité.
Chez l'enfant d'un mois ou six semaines, la conscience est pour
ainsi dire absente ; il n'y a pas d'idées dans le sens d'images mémo-
rielles distinctes ; la vie psychique est purement affective. Cepen
dant, même à cette période, l'enfant est accessible à la suggestion
du sommeil (fin du premier mois). Les faits de suggestion physiolo
gique chez de très jeunes enfants ont surtout été étudiés par Lié-
beault.
On peut distinguer les stades suivants dans la marche progressive
des phénomènes de suggestion chez l'enfant :
1° Suggestion physiologique. — Tendance d'un réflexe ou d'un
processus automatique secondaire à s'associer à des processus de
stimulation physiologiques et vaguement sensoriels et à être influen
cés par eux. Le cas le plus franc en est peut-être dans la dispari
tion des instincts quand ils ne sont plus adaptés aux besoins de
l'individu.
2° Suggestion sensori-motrice et idéo-motrice. — Tendance de toutes
les réactions nerveuses à s'adapter aux stimulations nouvelles, sen
sorielles et idéales, de façon à répondre plus promptement à la répé
tition ou à la continuation de ces stimulations.
3° Suggestion deliberative. — Tendance de processus sensoriels
différents à se fondre en un état de conscience simple avec une
réaction motrice simple, d'après les principes de la sommation ner
veuse et de l'arrêt.
4° Suggestion imitative. — Tendance d'un processus sensoriel ou
idéal à se maintenir par une adaptation des décharges nerveuses de
façon qu'elles se reproduisent par suite de stimulations nouvelles
du même genre.
L'auteur passe ensuite en revue les faits de suggestion sub-cons-
ciente chez l'adulte (par exemple l'influence des sons subjectifs sur
les rêves, etc.), les phénomènes de suggestion inhibitrice (action in~
hibitrice de la douleur, contrôle des mouvements, timidité), la sug
gestion hynoptique.
En résumé, la suggestion peut être considérée comme un principe
de dynamogenèse en ce sens que l'action suit le stimulus. Mais. PSYCHOLOGIE DES ENFANTS 809
quand on se demande à quelle sorte d'action on a affaire, on voit qu'il
y a deux choses possibles, ou une habitude, ou une accommodation.
Pourquoi l'une plutôt que l'autre ? C'est là une question qui rentre
dans la théorie du développement organique, étudiée dans les cha
pitres suivants.
Le chapitre vu traite de la théorie du développement et en premier
lieu de Y adaptation organique en général.
La question qui se pose maintenant est celle-ci : Comment dans la
fonction d'un organisme, se produit le fait remarquable de la sélec
tion ? Comment un organisme choisit-il les choses qui lui convien
nent pour s'y accommoder et repousse-t-il celles qui ne lui con
viennent pas ? Ceci en somme revient à dire : Comment un orga
nisme acquiert-il un mouvement d'adaptation nouveau? Ces nouvelle*
accommodations peuvent être acquises par un organisme de diff
érentes façons :
i° La sélection naturelle peut agir directement sur les organismes
individuels. Si nous supposons d'abord que les sont
capables de réagir aux stimulations par des mouvements de hasard,
nous pouvons admettre que ces stimulations auxquelles ils réagissent
sont les vines favorables, les autres nuisibles. Si les stimulations-
favorables reviennent plus fréquemment à certains organismes qu'à
d'autres, la survivance des premiers sera favorisée ; ils auront été
l'objet d'une sélection ; c'est en somme comme si des de
caractère neutre avaient appris, chacun pour soi, à ne réagir qu'à
certaines stimulations favorables. C'est la doctrine biologique cou
rante.
Mais on peut faire un pas de plus. Parmi les formes organiques,
il peut y en avoir qui réagissent de façon à rester en contact avec
le stimulus et à réagir à ce stimulus par une série de réactions
successives, comparables par exemple aux mouvements rythmiques
de la respiration. La répétition ou la persistance de ces stimulat
ions et des réactions qu'elles produisent sera utile ou nuisible, mais,
dans ce dernier cas, aboutira à la disparition de l'organisme tandis
que la survivance n'aura lieu que pour les organismes placés dans
le premier cas. Il en résultera donc que tous les organismes vivants
auront pour propriété générale de réagir de façon à conserver leurs
propres stimulations vitales. C'est absolument comme si les orga
nismes originairement neutres avaient appris à manifester ce genre
particulier de réactions.
Dans ce premier stade de la sélection naturelle la conscience n'a
pas à intervenir et par conséquent nous n'avons rien à en tirer
pour l'origine de la conscience.
2° La sélection naturelle peut produire des réactions différentes
dans le même organisme. C'est ce qu'on peut appeler la sélection
organique. Les réactions déjà existantes dans un organisme sont
modifiées par l'influence de nouvelles conditions, de sorte que ces 810 ANALYSES
réactions modifiées servent à maintenir les stimulations favorables
du nouveau milieu en éliminant les stimulations nuisibles. Comment
les organismes individuels acquièrent-ils ces nouvelles adaptations
dans le cours de leur existence ? C'est le premier problème à
résoudre.
Comment se fait l'ajustement fonctionnel des processus vitaux
d'un organisme aux variations de ses propres réactions motrices, de
telle sorte que dans la masse entière de ces les réactions
utiles sont seules choisies ?
Ce processus est, pour le dire d'avance, Y analogue organique ou
névrologique de la conscience du plaisir et de la douleur (hedonic
consciousness)! Les stimulations qui sont conservées ou répétées
sont celles qui produisent du plaisir, celles qui sont évitées sont
celles qui causent de la douleur.
L'auteur rappelle à ce point de vue les théories de Bain et de
Meynert sur le plaisir et la douleur. Mais à la formule de la sélection
organique il ajoute le principe auxiliaire de Yexcès. Cette loi de l'excès
n'est pas autre chose que l'application dans un organisme donné du
principe par lequel la sélection naturelle des organismes particuliers
est assurée, principe connu sous le nom de surproduction.
C'est ce qu'il étudiera plus loin dans les trois modes de
l'adaptation, imitation organique, imitation consciente et volition.
Mais auparavant il examine les théories biologiques courantes de théories de Darwin, Bain et Spencer.
Il discute les trois postulats de Bain: 1° la spontanéité des mouve
ments ; 2° une certaine force qui puisse fixer et confirmer une
3° l'adhésion contiguë entre les deux coïncidence fortuite heureuse;
états, l'état de sentiment et l'état musculaire approprié *, et montre
les lacunes et les imperfections de cette théorie ainsi que de celle
de Spencer.
Si on laisse de côté provisoirement la question de la spontanéité,
le postulat, que le plaisir dû à un mouvement heureux est l'agent
de l'adaptation, n'a de valeur que si on admet la régularité et la
constance des actions ambiantes de stimulation.
Ce n'est pas là la seule objection à faire à la théorie de Spencer
et Bain. Mais, ne pouvant suivre l'auteur dans cette discussion
purement théorique, je me contenterai de résumer les différences
fondamentales qui existent entre la théorie de l'auteur et celle de
Spencer et Bain. Ces différences concernent la première adaptation
organique.
Pour Baldwin, la première adaptation est phylogenétique; c'est
une variation. Par suite de la sélection naturelle chez les orga
nismes, ceux-là survivent qui répondent par une expansion à cer
taines stimulations (aliments, oxygène, etc.) et par une contraction
(1) Voir Bain: Les émotions et la volonté, trad, fr., p. 307. PSYCHOLOGIE DES ENFANTS 841
à certaines autres stimulations ; cette expansion produit une
augmentation d'énergie centrale qui est la base organique de la
conscience du plaisir ; de là des mouvements excessifs variés
(manifestations diverses de suractivité motrice) parmi lesquels
se fait par association une sélection des adaptations ontogéné-
tiques des organismes individuels, ces mouvements eux-mêmes
tendent à perpétuer les stimulations qui procurent du plaisir ; ces
stimulations excitent à leur tour les processus moteurs et ainsi de
suite.
Dans la théorie courante de Spencer-Bain au contraire la pre
mière adaptation organique est onlogenélique, c'est-à-dire due à des
adaptations accidentelles qui se produisent dans les mouvements
spontanés ou diffus d'un organisme simple ; ces adaptations déter
minant une augmentation d'énergie centrale qui est la base orga
nique de la conscience du plaisir et qui à son tour aboutit à des
mouvements excessifs sur lesquels la sélection fortuite opère de
nouveau, ces adaptations étant fixées et devenant permanentes par
l'association entre l'idée des mouvements qui procurent le plaisir et
les souvenirs du plaisir qu'ils ont procuré.
Après quelques considérations générales sur le développement et
l'hérédité, l'auteur aborde le problème de V origine de la conscience.
On a vu que la base physique de la conscience du plaisir — le fait
d'une augmentation d'énergie vitale centiale se résolvant en mouve
ments d'expansion — est une variation dans les.organismes primitifs,
variation d'origine phylogénétique plutôt qu'une acquisition due à
une adaptation dans la vie des organismes particuliers. La bifurca
tion originelle des mouvements, expansion et rétraction, est un
produit phylogénétique, une variation dans les formes contractiles
les plus primitives.
On peut cependant, comme Spencer et Bain, avoir une autre opi
nion. Dans ce dernier cas, la conscience du plaisir et de la douleur
apparaît à un moment donné de la vie de la créature ; à quel moment
juste ? Spencer ne fournit pas de réponse précise à cette question.
Mais si nous admettons que le tissu contractile uniforme n'a pas la
conscience tant que ne s'est pas produite l'augmentation d'énergie
des processus qui corresponde au plaisir, et que cette augmentation
d'énergie est due aux adaptations accidentelles de mouvement, la
conscience apparaîtra alors à la suite de ces adaptations.
Mais nous avons vu que ces adaptations de mouvement n'ont de
signification pour l'organisme qu'autant qu'elles déterminent cer
taines stimulations vitales. Donc après tout l'apparition de la cons
cience semblerait due à l'influence de ces stimulations vitales et
comme ces stimulations vitales sont devenues des habitudes que
l'hérédité a transmises aux organismes particuliers et qui consti
tuent la vie elle-même, la conscience devient en réalité un produit
phylogénétique. 812 ANALYSES
A cette manière de voir s'attachent des difficultés et des avan
tages.
Les difficultés, Romanes les a vues et les discute dans son livre sur
l'évolution mentale des animaux. En réalité, le problème se réduit à
ceci : faut-il admettre primitivement une vie sans conscience et seu
lement plus tard une vie avec conscience, ou bien la est-
elle liée à la vie elle-même et n'apparaissent-elles pas toutes les deux
en même temps? Pour lui, c'est à cette dernière opinion qu'il s'ar
rête.
En résumé deux grands faits dominent le développement, l'habi
tude et l'accommodation.
L'organisme tend à répéter ce qu'il a déjà fait, et ce fait de répéti
tion est admis comme la pierre angulaire de toutes les théories. Sous
sa forme ordinaire ce principe se formule ainsi : l'habitude est la
tendance de l'organisme à répéter ses'propres mouvements. L'auteur
a modifié cette formule en se basant sur ce fait que tous les mouve
ments ne sont pas ainsi répétés, mais seulement ceux qui causent
du plaisir et sont favorables au maintien de l'existence ; à ce point
de vue l'habitude est la tendance d'un organisme à rester en contact,
par le moyen du mouvement, avec les stimulations favorables ou
plus brièvement, à assurer et à maintenir ses vitales.
Le second principe est celui de l'adaptation ou de l'accommodation
qui peut se résumer ainsi : un organisme s'accommode ou apprend
de nouvelles adaptations, simplement en exerçant les mouvements
qu'il a déjà faits, autrement dit ses habitudes, avec un excès ou un
redoublement d'intensité ; l'accommodation dans chaque cas est
simplement le résultat et le fruit de l'habitude même qui a été
exercée.
Le chapitre vin est consacré à Y origine des attitudes et des expres
sions motrices.
L'expression n'est qu'une fonction de l'évolution organique et la
science de l'expression une branche de la morphologie.
Il classe les émotions sous deux groupes, celles qui relèvent de
l'instinct seul, comme celles qu'éprouve par exemple un enfant d'un
an, et celles qui relèvent des idées.
Il y a deux questions à résoudre. Pourquoi les émotions différentes
ont-elles des voies particulières (^expression ou de décharges
motrices, et pourquoi les deux sortes d'émotions, celles des instincts
et celles des idées, ont-elles les mêmes modes d'expression ?
Trois principes doivent être invoqués pour une théorie génétique
des émotions, l'habitude, l'accommodation et la dynamogenèse.
1° La dynamogenèse exprime simplement le fait d'une connexion
régulière entre les modes sensoriels et moteurs de toutes les réac
tions vivantes. Ce principe a toujours été en action et est toujours
en action dans toutes nos réactions. Le professeur James a montré
que l'esprit n'a jamais deux fois le même contenu ; mais le corré-

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