Jugement esthétique et perception de l'enfant, entre 4 et 10 ans, dans des épreuves rythmiques - article ; n°1 ; vol.76, pg 93-115

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L'année psychologique - Année 1976 - Volume 76 - Numéro 1 - Pages 93-115
Résumé
Cette recherche est axée dans deux directions principales : d'une part, la mise au point d'épreuves rythmiques, le plus souvent musicales, accessibles à de jeunes enfants ; d'autre part, l'étude de l'influence de l'acculturation musicale sur les jugements esthétiques et la perception rythmique de ces sujets. Quatre types d'épreuves sont utilisés : identification rythmique par apprentissage perceptif discriminatif, jugements esthétiques avec méthode de comparaison par paires, discrimination d'une modification rythmique, reproduction de structures rythmiques. Les résultats montrent une nette progression des réussites avec l'âge. L'existence d'une acculturation musicale se traduit, sur le plan des jugements esthétiques, par une préférence très significative, dès l'âge de 4 ans et demi, pour des structures présentant une pulsation rythmique bien marquée et, sur le plan perceptif, par des niveaux de réussites qui varient suivant la présentation mélodique ou non mélodique des structures rythmiques. Les liens statistiques existant entre les résultats des diverses épreuves sont rarement significatifs.
Summary
This research is carried oui along two main lines : first, the setting up of rhythm tests, most frequently musical ones, accessible to young children; and, second, the study of the influence of musical acculturation upon the aesthetic judgment and rhythm perception of these young children. Four types of tests are used : recognition of rhythm by discrimination perception learning, aesthetic judgment with paired comparisons method, discrimination of a change in rhythm and reproduction of rhythmic patterns. Results show progressive improvement with age. Musical acculturation is seen to exist, on the level of aesthetic judgment, in a very significant preference, as early as four and a half years of age, for patterns presenting marked rhythmic pulsation, and, on the level of perception, in variations of results according to whether the presentation of rhythmic patterns is melodic or non-melodic. Statistical links between results of the various tests are seldom significant.
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1976
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A. Zenatti
Jugement esthétique et perception de l'enfant, entre 4 et 10 ans,
dans des épreuves rythmiques
In: L'année psychologique. 1976 vol. 76, n°1. pp. 93-115.
Résumé
Cette recherche est axée dans deux directions principales : d'une part, la mise au point d'épreuves rythmiques, le plus souvent
musicales, accessibles à de jeunes enfants ; d'autre part, l'étude de l'influence de l'acculturation musicale sur les jugements
esthétiques et la perception rythmique de ces sujets. Quatre types d'épreuves sont utilisés : identification rythmique par
apprentissage perceptif discriminatif, jugements esthétiques avec méthode de comparaison par paires, discrimination d'une
modification rythmique, reproduction de structures rythmiques. Les résultats montrent une nette progression des réussites avec
l'âge. L'existence d'une acculturation musicale se traduit, sur le plan des jugements esthétiques, par une préférence très
significative, dès l'âge de 4 ans et demi, pour des structures présentant une pulsation rythmique bien marquée et, sur le plan
perceptif, par des niveaux de réussites qui varient suivant la présentation mélodique ou non mélodique des structures
rythmiques. Les liens statistiques existant entre les résultats des diverses épreuves sont rarement significatifs.
Abstract
Summary
This research is carried oui along two main lines : first, the setting up of rhythm tests, most frequently musical ones, accessible to
young children; and, second, the study of the influence of musical acculturation upon the aesthetic judgment and rhythm
perception of these young children. Four types of tests are used : recognition of rhythm by discrimination perception learning,
aesthetic judgment with paired comparisons method, discrimination of a change in and reproduction of rhythmic patterns.
Results show progressive improvement with age. Musical acculturation is seen to exist, on the level of aesthetic judgment, in a
very significant preference, as early as four and a half years of age, for patterns presenting marked rhythmic pulsation, and, on
the level of perception, in variations of results according to whether the presentation of rhythmic patterns is melodic or non-
melodic. Statistical links between results of the various tests are seldom significant.
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Zenatti A. Jugement esthétique et perception de l'enfant, entre 4 et 10 ans, dans des épreuves rythmiques. In: L'année
psychologique. 1976 vol. 76, n°1. pp. 93-115.
doi : 10.3406/psy.1976.28129
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1976_num_76_1_28129Année psychol.
1976, 76, 93-115
E.B. A. de Psychologie de la culture1
Université de Paris X et C.N.B.S.
JUGEMENT ESTHÉTIQUE ET PERCEPTION DE L'ENFANT,
ENTRE 4 ET 10 ANS, DANS DES ÉPREUVES RYTHMIQUES
par Ariette Zenatti
SUMMARY
This research is carried out along two main lines : first, the setting up
of rhythm tests, most frequently musical ones, accessible to young children;
and, second, the study of the influence of musical acculturation upon the
aesthetic judgment and rhythm perception of these young children. Four
types of tests are used : recognition of rhythm by discrimination perception
learning, aesthetic judgment with paired comparisons method, discrimination
of a change in rhythm and reproduction of rhythmic patterns. Results show
progressive improvement with age. Musical acculturation is seen to exist, on
the level of aesthetic judgment, in a very significant preference, as early
as four and a half years of age, for patterns presenting marked rhythmic
pulsation, and, on the level of perception, in variations of results according
to whether the presentation of rhythmic patterns is melodic or non-melodic.
Statistical links between results of the various tests are seldom significant.
I. — PERSPECTIVES DE LA RECHERCHE
Le développement des capacités rythmiques, examiné dans
ses relations avec le développement musical, a fait l'objet de peu
de recherches portant sur des enfants âgés de 4 à 10 ans. Celles-ci
1. Institut d'Esthétique et des Sciences de l'Art, 162, rue Saint-Charles,
75015 Paris.
11e Cette et 15e recherche arrondissements a été faite de dans Paris. des Nous écoles exprimons maternelles notre et primaires reconnaissance des 7e,
aux directrices et directeurs de ces établissements, ainsi qu'aux membres
du corps enseignant, pour leur très aimable accueil.
Nous remercions Mme Nemet, Mlle Demaria et M. Chaguiboff, psychol
ogues, pour le concours qu'ils nous ont apporté en nous aidant à tester les
enfants. 94 MÉMOIRES ORIGINAUX
concernent notamment l'observation des mouvements induits
par la musique, l'examen de l'aptitude à suivre le rythme musical
par la danse, la marche, ou des frappes spontanées (entre autres
auteurs : Jersild et Bienstock, 1935 ; Fraisse, Pichot et Clairouin,
1949), l'étude des reproductions de rythmes présentés sous une
forme musicale (Petzold, 1966), le contrôle des capacités à saisir,
dans une figure musicale, l'invariance d'un élément alors que
d'autres éléments sont simultanément déformés, par exemple,
l'invariance du rythme lorsque la hauteur des sons est modifiée
(Pflederer, 1963). La plupart des épreuves rythmiques musicales
utilisées dans les batteries de tests standardisés, qu'elles portent
sur la discrimination de formes rythmiques ou sur la capacité
de juger la meilleure accentuation rythmique d'une mélodie, sont
trop complexes pour être proposées aux enfants avant l'âge
de 8-9 ans.
Nous avons axé notre recherche dans deux directions prin
cipales :
— mettre au point des épreuves rythmiques, le plus souvent
musicales, accessibles aux jeunes enfants ;
— préciser quelle est l'influence de la musique dans ces épreuves.
S. Ehrlich, G. Oléron, P. Fraisse (1956), G. Oléron (1959) ont
montré que des différences de hauteur jouaient un rôle dans la
structuration rythmique. Nous nous sommes placée dans
une autre perspective : celle de l'acculturation musicale.
L'influence de l'acculturation sur la perception, dans le cas
des œuvres d'art, est étudiée par R. Frances (1968) pour qui
l'organisation perceptive des formes esthétiques « ne dépend
que pour une part de l'impact de la stimulation sur les récepteurs
sensoriels et de sa transmission dans les centres. Car elle dépend
aussi dans une grande mesure des traces laissées par les per
ceptions antérieures ». Parmi ces acquisitions, Frances distingue
« une sorte d'apprentissage incident, une sédimentation irréfléchie
des liaisons entre éléments stimulateurs ». C'est, écrit-il, « le
processus que nous avons appelé acculturation. Il peut être
considéré comme commun à tous les hommes élevés dans une
civilisation où régnent des langues maternelles (musicale,
verbale) ».
Quelle est, dans notre civilisation occidentale, cette langue
musicale maternelle et comment se caractérise-t-elle ?
La radio, la télévision, les disques ainsi que les programmes A. ZENATTI 95
scolaires accordent une place prépondérante à des œuvres music
ales composées entre le xvne et le début du xxe siècle. Or,
malgré l'évolution de la langue musicale durant cette période,
les œuvres présentent entre elles divers points communs : util
isation du système tonal, plus ou moins élargi, d'une harmonie
plus ou moins consonante, d'un rythme dont la pulsation est ou marquée. Dans la terminologie musicale actuelle,
on emploie les mots pulsation rythmique pour définir, sans réfé
rence au cadre de la mesure, des points d'appui périodiques qui
délimitent des cellules rythmiques. Selon P. Fraisse (1974), les
cellules, qui constituent l'organisation de base des sons, « corre
spondent à la durée d'un mouvement fondamental : la frappe du
pied ou la battue de la main ». Les « groupements de cellules »
peuvent « coïncider avec l'unité métrique » ou bien ne pas s'insérer
dans le cadre de la mesure. Souvent, l'isochronisme se retrouve
« au niveau des cellules comme des groupements », la durée des
cellules étant la même, celle des mesures également. Des accents
intensifs, parfois mélodiques, contribuent à structurer cellules
ou groupements de cellules.
A ces procédés de composition s'opposent ceux mis en œuvre
par certains musiciens contemporains qui emploient le système
atonal, des harmonies dissonantes, et écartent l'isochronisme de
la pulsation rythmique.
Il convient de remarquer que la musique dite « de variétés »
fait appel, le plus souvent, au système tonal, à des harmonies
assez consonantes et à l'isochronisme de la pulsation rythmique.
Gomment avons-nous vérifié, expérimentalement, l'influence
d'une acculturation musicale sur la perception et les goûts des
enfants ? Nous avons pris comme variable indépendante la langue
musicale : la tonalité opposée à l'atonalité dans des expériences
de type mélodique, la consonance opposée à la dissonance dans
des expériences de type harmonique. A partir d'un âge qui
varie de 5 à 8 ans, selon les épreuves, l'enfant perçoit mieux et
préfère des mélodies tonales, des harmonies consonantes (Zenatti,
1969, 1971, 1973, 1974), c'est-à-dire une langue musicale qui,
parce qu'utilisée fréquemment, fait partie de son environnement
culturel.
Une étude similaire s'imposait dans le domaine rythmique.
Nos hypothèses ont été les suivantes :
1) II est possible d'invoquer une influence de l'acculturation
dans le domaine rythmique si l'enfant préfère des structures 96 MÉMOIRES ORIGINAUX
rythmiques utilisées dans sa langue musicale maternelle. Nous
contrôlons ce point par des épreuves faisant appel au jugement
esthétique de l'enfant. Nous vérifions si le sujet est capable
d'isoler, comme dimension pertinente, des structures rythmiques
soit identiques, soit analogues à celles qui sont employées dans
les épreuves de jugement esthétique au moyen d'épreuves d'iden
tification par apprentissage perceptif discriminatif.
2) L'acculturation musicale peut également intervenir au
niveau mélodique et rendre plus ou moins aisée la perception
rythmique. En utilisant les systèmes tonal et atonal, et également
des sons identiques, nous avons voulu vérifier s'il existe des
relations entre la structure mélodique et la perception rythmique.
Nous étudions cet aspect dans les expériences de jugement esthé
tique, de discrimination d'une modification rythmique, de repro
duction de structures rythmiques.
Le développement des capacités perceptives, de la maturation,
est contrôlé. Dans le cas de trois expériences sur quatre (sont ici
écartées les épreuves d'identification), le sujet effectue la même
tâche dans les diverses séries qui constituent une épreuve et qui
diffèrent par la structure musicale ou rythmique. S'il apparaît,
au niveau des résultats, une différence significative entre les
séries, celle-ci s'explique seulement par le fait qu'une structure
musicale ou rythmique est, soit préférée, soit plus aisément
perçue par le sujet. Dans la perspective où nous nous sommes
placée, ce fait est dû à une influence de l'acculturation musicale.
Un certain nombre de sujets effectuent plusieurs épreuves
successivement. Les épreuves de jugement esthétique ont été
passées en premier lieu afin d'éviter tout effet proactif. L'influence
de la seconde épreuve (identification par apprentissage perceptif
discriminatif) sur les jugements esthétiques est contrôlée avec
un petit nombre de sujets. En ce qui concerne les autres épreuves,
nous n'avons pas cherché à confronter entre eux les niveaux
des performances et n'avons pas fait, en conséquence, de rotation
des expériences ; celles-ci exercent une action semblable sur les
diverses séries d'une même épreuve, séries que nous pouvons donc
comparer entre elles.
Nous nous sommes intéressée aux liens qui pouvaient se
manifester entre les diverses capacités rythmiques mises en jeu
par nos épreuves et les avons étudiés par un examen d'ensemble
des résultats. A. ZENATTI 97
II. — IDENTIFICATION RYTHMIQUE
PAR APPRENTISSAGE PERCEPTIF DISCRIMINATE
Le but des expériences est de contrôler la capacité de l'enfant
à reconnaître des structures rythmiques perçues globalement.
La réussite de l'apprentissage discriminatif est liée, en grande
partie, à la possibilité d'abstraire l'élément rythmique qui
différencie les structures. Deux épreuves ont été conçues, l'une
s'adresse à des enfants de 4 et 5 ans, l'autre, à des enfants
de 6 et 7 ans. Bien qu'elles aient été passées par les sujets après
celles de jugement esthétique, nous les présentons en premier
lieu car nous devrons les évoquer pour préciser l'influence de cet
apprentissage sur les jugements esthétiques.
A) Identification
DE SONS SE SUIVANT À INTERVALLES RÉGULIERS
OPPOSÉS À DES SONS GROUPÉS RYTHMIQUEMENT
1) Procédure expérimentale
On présente au sujet deux ensembles de sons. L'un est composé de
sons se suivant à intervalles réguliers, l'autre comporte des sons dont les
durées sont différentes mais se combinent en des cellules isochrones qui
engendrent une nette pulsation rythmique. Tous les sons ont une hauteur
identique : la note do, jouée au piano et enregistrée sur bande magnét
ique. L'élément mélodique n'intervient donc pas (cf. fig. 1, 1. 1).
Un apprentissage en deux phases permet au sujet de différencier ces
deux structures. Deux boutons sont placés devant l'expérimentateur, autres boutons, devant le sujet. Dans une première phase, l'expé
rimentateur appuie sur l'un des boutons et y associe l'une des structures
rythmiques. Le sujet répète le geste, en miroir. Il entend à nouveau la
structure si le bouton choisi est correct : la bonne réponse est donc ren
forcée. S'il se trompe, aucun son n'est émis. L'expérimentateur actionne
le magnétophone par une pédale, à l'insu du sujet. Au cours de 6 essais,
l'expérimentateur apprend ainsi au sujet à associer les deux structures
aux deux boutons. Ce nombre d'essais est généralement suffisant pour
que le sujet reproduise correctement en miroir les gestes de l'expérimen
tateur et appuie sur le bouton qui déclenche la structure associée. Dans
une deuxième phase, un écran dissimule les boutons de l'expérimentateur.
Le sujet entend l'une des structures et doit trouver, de lui-même, quel
bouton lui permet d'écouter à nouveau la structure proposée. Le critère
de réussite est 5 bonnes réponses successives. L'expérience est arrêtée,
A. PSYCHOL. 7ti 4 MEMOIRES ORIGINAUX 98
soit en cas de réussite, soit au 40e essai s'il y a échec. Des notes pondérées,
allant de 0 à 8, permettent de tenir compte de la rapidité de l'apprentis
sage (le barème des points est le suivant : atteinte du critère au 1er essai :
8 points ; entre le 2e et le 5e essai : 7 points ; entre le 6e et le 10e :
6 ; le 11e et le 15e : 5 ; le 16e et le 20e essai :
4 points ; entre le 21e et le 25e essai : 3 points ; entre le 26e et le 30e :
2 ; le 31e et le 40e essai : 1 point ; échec : 0 point).
2) Résultats
55 enfants de 4 ans, 37 enfants de 5 ans ont passé cette
épreuve et ont été re testés un mois plus tard. Le critère de
réussite a été atteint par 71 % des enfants de 4 ans au test,
75 % au retest, par 76 % des enfants de 5 ans au test, 92 % au
retest. La plupart de ces jeunes enfants sont donc capables
d'apprendre à différencier entre elles les deux structures rythmi
ques proposées dans l'expérience.
B) Identification de cellules isorythmiques
OPPOSÉES À DES CELLULES RYTHMIQUEMENT HÉTÉROGÈNES
1) Procédure expérimentale
Deux groupements de cellules rythmiques sont utilisés dans cette
expérience. L'un des groupements comporte des cellules isorythmiques
(c'est-à-dire, ayant une même structure rythmique) qui accentuent le A. ZENATÎI 99
caractère isochrone de la pulsation rythmique. L'autre groupement est
composé de cellules différentes, leur enchaînement donne un rythme
syncopé qui rend la pulsation rythmique difficile à saisir. L'élément
mélodique intervient : dans les deux groupements une même ligne
mélodique, de structure atonale, sert de support aux cellules rythmiques
(cf. fig. 1, 1. 2).
Nous adressant à des sujets un peu plus âgés que dans l'épreuve
précédente, nous avons employé un matériel expérimental plus simple
et une procédure identique à celle qui est décrite dans nos expériences
d'identification mélodique (Zenatti, 1973) et harmonique (Zenatti, 1974).
Afin de concrétiser l'expérience, les cellules isorythmiques sont associées
à une image de chien (c'est la chanson qu'aime bien le chien), les cellules
rythmiquement hétérogènes sont associées à une image de cheval (c'est
la chanson qu'aime bien le cheval). A la fin de chaque fragment musical,
le sujet doit indiquer, soit du doigt en montrant l'image, soit verbale
ment, quelle est la « chanson » entendue. Les cellules isorythmiques et le
groupement de cellules hétérogènes se succèdent dans un ordre aléatoire.
Le sujet connaît l'exactitude ou l'inexactitude de ses réponses. Les bonnes
réponses sont comptées à l'aide de jetons. Lorsque le sujet commet une
erreur, il perd tous les jetons qu'il a pu gagner précédemment. Le critère
de réussite est de 9 bonnes réponses successives. L'expérience est arrêtée
soit en cas de réussite, soit au 60e essai en cas d'échec, soit en cas de
lassitude du sujet. Des notes pondérées, allant de 0 à 20, tiennent compte
de la rapidité de l'apprentissage.
2) Résultats
90 sujets, filles et garçons, âgés de 6 et 7 ans, ont été soumis à
cet apprentissage. Le critère de réussite est atteint par 30 %
des enfants de 6 ans et 61 % des enfants de 7 ans. La procédure
expérimentale ne peut être invoquée pour justifier le pourcentage
assez bas des réussites chez les enfants de 6 ans : dans une expé
rience analogue, portant sur la différenciation de deux mélodies
non rythmées, l'une de structure heptatonique, l'autre de struc
ture ditonique, on relève 72 % de réussites à 6 ans, 83 % à 7 ans.
C'est sans doute au niveau des mécanismes psychologiques,
intervenant dans l'expérience, que se trouve l'explication des
échecs de certains enfants de 6 ans. Pour reconnaître les fragments
musicaux, le sujet doit analyser leurs caractéristiques, réaliser
que l'élément mélodique reste le même et porter son attention
sur rythmique. Il est possible que les jeunes enfants
parviennent difficilement à faire abstraction de l'élément mélo
dique, surtout lorsque sa structure atonale rend moins aisée sa
fixation mnémonique. Dans ce contexte musical, l'isochronisme 100 MÉMOIRES ORIGINAUX
de la pulsation rythmique ne s'impose pas à ces enfants avec
évidence sur le plan perceptif. On enregistre un net progrès
chez les enfants de 7 ans.
III. — JUGEMENTS ESTHÉTIQUES SUR LE RYTHME
Le but des expériences est de contrôler l'influence de l'accultu
ration musicale sur le goût de l'enfant dans le domaine rythmique.
A) Jugements esthétiques
PORTÉS SUR DES SONS SE SUIVANT À INTERVALLES RÉGULIERS
OPPOSÉS À DES SONS GROUPÉS RYTHMIQUEMENT
1) Procédure expérimentale
Nous reprenons dans cette expérience le matériel musical utilisé
dans l'épreuve d'identification (cf. flg. 1, 1. 1).
La méthode est celle de comparaison par paires. Les deux ensembles
de sons sont présentés au sujet qui donne sa préférence pour l'un ou
l'autre. Afin de concrétiser l'expérience, deux fleurs artificielles sont
utilisées dont le cœur s'allume électriquement tour à tour, simultané
ment avec la présentation sonore des deux structures. La consigne pré
cise que « le jeu est de trouver la fleur qui a écouté la plus jolie musique ».
Dans le but de contrôler la consistance des jugements, les deux ensembles
sont proposés huit fois, leur ordre de présentation étant équilibré.
2) Résultais
237 enfants, âgés de 4 et 5 ans, ont été examinés. Les juge
ments inconsistants sont nombreux : 54 % des enfants de 4 ans,
50 % des enfants de 5 ans expriment des préférences qui, pour
chaque sujet, vont un nombre égal de fois tantôt vers les sons
réguliers, tantôt vers la structure rythmique. Si, éliminant ces
sujets selon la procédure du test statistique de Wilcoxon, l'on
considère les réponses des autres enfants, les plus jeunes d'entre
eux montrent une préférence significative pour les sons réguliers,
tandis qu'à partir de 4 ans 6 mois, ils préfèrent très significati-
vement la structure rythmique. On peut former l'hypothèse que
ces préférences s'expliquent, en ce qui concerne les jeunes enfants,
par une mémorisation plus facile de l'ensemble des sons réguliers
et, en ce qui concerne les enfants plus âgés, par un début d'accultu
ration musicale acquise par la pratique des chants et des danses
dans lesquels le rythme tient une place importante. A. ZENATTI 101
Tableau I
Jugements esthétiques portés sur les deux ensembles de sons
(Pourcentages et comparaison selon le test de Wilcoxon)
_a
— 05 O ° ci ence s que
c g g a
Age ■« "2 3 s des 5 as
sujets z P ft. a. S»
2,13 4-4;5 65 52 48 .033
76 46 54 2,86 .004 4;6-4;ll
3,60 5-5;8 . . . 96 45 55 .0003
Afin de vérifier dans quelle mesure le fait d'avoir appris à
différencier les deux ensembles de sons modifie le jugement esthé
tique des sujets, un retest a été passé après l'épreuve d'identi
fication par 27 sujets âgés de 5 ans. Nous avons donc, dans l'ordre
des épreuves : test de jugement esthétique ; un mois plus tard,
épreuve d'identification par apprentissage perceptif discrimi-
natif ; retest immédiat de jugement esthétique. Les résultats du
test et du retest n'ont pas fait apparaître une influence signi
ficative de l'apprentissage discriminatif sur les jugements
esthétiques.
B) Influence de l'isochronisme de la pulsation rythmique
SUR LES JUGEMENTS ESTHÉTIQUES DE L'ENFANT
1) Procédure expérimentale
Cette expérience comporte deux épreuves. Dans la première, un
fragment mélodique tonal est présenté sous deux versions : dans l'une,
l'isochronisme de la pulsation rythmique est bien marqué, dans l'autre,
cet isochronisme n'existe pas (cf. fig. 1, 1. 3 et 4). Dans la deuxième
épreuve nous utilisons quatre extraits mélodiques d'œuvres atonales,
avec des cellules rythmiques non isochrones, de compositeurs contemp
orains. Dans le deuxième élément de la paire musicale, ces extraits
sont transformés rythmiquement afin d'établir l'isochronisme de la
pulsation rythmique.
Chaque épreuve est composée de quatre items qui sont présentés
deux fois au cours de l'expérience afin d'équilibrer les effets de l'ordre de

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