L'accord du peuple, Londres, 1er mai 1649 - article ; n°3 ; vol.17, pg 501-516

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Annales. Économies, Sociétés, Civilisations - Année 1962 - Volume 17 - Numéro 3 - Pages 501-516
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1962
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Olivier Lutaud
L'accord du peuple, Londres, 1er mai 1649
In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 17e année, N. 3, 1962. pp. 501-516.
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Lutaud Olivier. L'accord du peuple, Londres, 1er mai 1649. In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 17e année, N. 3,
1962. pp. 501-516.
doi : 10.3406/ahess.1962.420852
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1962_num_17_3_420852DOCUMENTS ET PROBLÈMES
L'Accord du peuple
LONDRES, /er MAI 1649
Ce document est probablement la première Constitution moderne.
C'est, avec ses trente articles, l'ultime version d'une suite d'élaborations
connues sous le nom ď « agreement of the people » : ce « Mayday-
Agreement » fut établi par les adversaires de gauche de Cromwell, les
« levellers », aux jours mêmes où il instituait sa République. Les « nive-
leurs » représentaient, outre quelques libéraux, les éléments, surtout
urbains et relativement défavorisés économiquement (artisans, jeunes,
classes moyennes appauvries par la guerre civile) qui avaient déjà une évi
dente conscience politique républicaine ; ainsi qu'un groupe dynamique
de soldats et même d'officiers du New Model victorieux, cette armée de
recrutement démocratique. Des recherches récentes confirment leur
importance, entre les débats de Putney de fin 1647 (opposant, avec par
fois une tournure socialisante, les « agitators » de la troupe au command
ement supérieur) et ce procès d'octobre 1649 où Lilburne, incarcéré
depuis mars, fut acquitté en dépit des pressions cromweffiennes ; une
pétition de septembre aurait atteint 98.064 signatures... L'année 1649
est, dès le procès du roi, agitée de violents soubresauts radicaux en
ville, auxquels correspondent quelques manifestations communistes
rurales. D'innombrables documents (ainsi, dans la collection Thomason
du British Museum, 215 tracts ou brochures entre le 1er mars et le 31 mai,
traduisant la crise politique, morale, religieuse, sociale, économique ;
plusieurs journaux réguliers ; archives gouvernementales et parlement
aires, etc..) témoignent d'une « grande peur » dans les classes dir
igeantes, du jour ou de la veille. Le groupe des « Indépendants » avec
Cromwell, après avoir frappé à droite (Pride's purge, exécution du roi),
va se retourner contre sa gauche « niveleuse », organisée en ce qui est en,
fait, le premier « parti » politique de l'Europe moderne : ses chefs civils
sont emprisonnés ; sont écrasés plusieurs débuts de révolte dans le
New Model, que Cromwell « occupera » bientôt par l'expédition contre
les catholiques d'Irlande. En mai-juin, la réconciliation apparente est
célébrée entre Cromwell et le « centre-droit » commercial (parfois dit
501 ANNALES
« presbytérien ») de la Cité, la gauche radicale et les anglicans (franch
ement monarchistes) restant sur la touche. Mais la base politico-sociale de la
« république des Indépendants » est faible, et l'on évolue par secousses
(1653, 1655, 1657) vers un régime autoritaire qui cherchera en vain la
popularité, sur sa droite comme sur sa gauche. Les auteurs de Y Agreement
furent violemment attaqués comme « anabaptists » ou « anarchists »,
voire « Jesuits », ou « atheists ». La crainte qu'ils avaient inspirée laissa
un souvenir durable x ; dans l'esprit de leurs adversaires, les Levellers
restaient associés, abusivement et systématiquement, au petit groupe de
« communistes utopiques » contemporains, que Lilburne en tout cas avait
voulu désavouer 2.
Le texte fut publié à part le 1er mai et à nouveau le 23 juillet 8 ; il
accompagna l'appel des soldats révoltés de l'Oxfordshire dès le 6 mai,
puis leur défense après l'échec 4 ; deux journaux du temps le contiennent
également 5. Il est reproduit dans éditions modernes de 1944 e.
Il a été traduit en U.R.S.S. dès 1937 par V. Semenov 7, puis récem
ment en Italie par V. Gabrieli 8. En France, il avait été connu sous forme
abrégée, dans l'édition qu'en fit faire l'ex- «niveleur» Sexby au bénéfice
des révoltés de l'Ormée bordelaise contre Mazarin en 1653 9 ; puis, il fut
résumé dans la traduction, par De Chaufepié 10, du « Bayle anglais » ll.
Il en fut fait une mention élogieuse dans la traduction, parue en 1791-
1792, sous l'égide de Mirabeau, d'une Histoire d'Angleterre 1%. En vieille
1. « (Les) Levellers... avaient rempli toute la nation, de confusion et d'effroi en
foulant aux pieds tous les principes de gouvernement et de religion » (Essai sur les
causes qui, en 1649, amenèrent en Angleterre rétablissement de la République, par
Bodlay de la Meukthe, p. 93, Paris, an VII).
2. Une bibliographie et historiographie du « souvenir » Niveleur (1660-1960) est de
parution imminente ; un autre travail est en cours, où je compte présenter les nom
breux textes (éd. Sabine, 1941 et microfilms) de ce « communisme » selon les « diggers »
(de 1648-1652) ; cf. Berens, The digger movement in the days of the Commonwealth
(1906, rééd. 1961), et des ouvrages critiques libéraux, marxistes, chrétiens.
3. Au British Museum, coll. Thomason ; E. 552/23 ou 571/10, et 669, f. 14/59.
4. Cf. infra, la note se rapportant à la clause XXX.
5. Numéros de fin avril-début mai 1649.
6. Dans W. Haller & G. Davies, Leveller Tracts (Columbia Un. P., p. 318 sq),
et dans D. M. Wolfe, Leveller Manifestoes (Nelson), p. 397 sq.
7. V. Semenov, Lilburne : pamphlets, Moscou, p. 107 sq.
. 8. V. Gabrieli, Puritanesimo e Liberta, Einaudi, 1956, p. 151 sq.
9. Cf. Cousin, Madame de Longueville pendant la Fronde : appendice, et De Cosnac,
Souvenirs du règne de Louis XIV, p. 256 sq.
10. De Chaufepié, Nouveau dictionnaire historique et critique, Amsterdam-La Haye,
1753.
11. Bayle, traduit et complété de biographies dont celle de Lilburne, par Bernard,
Birch, Lockman, vol. 7, 1738.
12. Guiraudet et Mirabeau, Histoire d'Angleterre, 1791-92.
502 L'ACCORD DU PEUPLE
Angleterre, comme en Nouvelle Angleterre, le texte circula au xvne et au
XVIIIe siècle ; des correspondances ou coïncidences sont évidentes avec
Harrington, Locke, Montesquieu, Rousseau, T. Paine, notre Déclaration
des droits de l'homme, le Chartisme ; Guizot le résumera, sans sympat
hie, en 1851 notamment l. Marx évoquera les Niveleurs ainsi qu'Engels.
De 1890 à 1920, les historiens Gardiner, Firth et Gooch (anglais),
Kovalevškij et Savin (russes), Borgeaud (suisse), Bernstein, Rothschild
et Conrady (allemands), Pease (américain) s'y intéressent.
Les travaux les plus récents traitant de ce document sont, en Anglet
erre, ceux de Gough 2, Holorenshaw 8, Petegorsky 4, C. Hill 6 et
Brailsford e, ainsi que les biographies de Lilburne par Gibb % puis Gregg • ;
au Canada, de Woodhouse» ; aux Etats-Unis, de Zagorin 10, puis Frank Xl ;
en U.R.S.S., les travaux sont également très nombreux, ainsi dans
Anglijskaja burzuaznaja revoljucija 17 veka 1г et dans Kresť anskie
dvizenija v Anglii v 40-50 godakh xvii veka 1г.
Ce document incorpore la plupart des éléments du programme poli
tique des « levellers » ; apparaissent, en outre, dans plusieurs autres manif
estes, la défense de la liberté de la presse, l'exigence précisée d'une forme
républicaine, l'insistance sur Г « habeas corpus » proprement dit, la création
d'un code légal simplifié ; et, sur le plan social, la généralisation d'un
enseignement primaire (Overton), un très timide programmes agraire, un
projet de réduction de l'intérêt, un début d'assistance publique 14.
La traduction donnée ici est complète, à l'exception d'une première
page où les auteurs se défendent de calomnies les visant personnellement
depuis leur incarcération. Les majuscules (parfois symboliques) ont été
conservées. Les intertitres sont du traducteur.
Olivier Lutaud,
Faculté des Lettres, Paris.
1. Guizot, Portraits politiques... Lilburne, Paris, 1851.
2. Gough, dans History, XV, janvier 1931.
3. Holorenshaw, republié dans Saggi sulla rivoluzione inglese del 1640, Milan,
1957.
4. Petegorsky, Left-wing democracy in the english civil war, 1940.
5. С. Hill, The good old cause, 1949 et passim.
6. Brailsford, The Levellers, 1961.
7. Gibb, J. Lilburne, the Leveller, 1947.
8. Gregg, Free-born John, 1961.
9. de Woodhouse, Army Debates, Montréal, 1938.
10. Zagorin, A history of political thought in the english revolution, Londres, 1954.
11. Frank, The Levellers, 1955.
12. Dans Anglijskaja burzuaznaja revoljucija 17 veka, 2 vol., Moscou, 1954, notam
ment les chapitres de Levitskij, Porsnev et Saprykin ; et dans un ouvrage, demême
tre, par Lavrovskij et Barg, 1958.
13. d'Arkhangel'skij, Kresťanskic dvišenija v Anglii v 40-50 godakh XVII veka,
1960.
14. Brailsford, The Levellers, p. 534.
503 ANNALES
ACCORD DU LIBRE PEUPLE D'ANGLETERRE
Présenté en Offrande de Paix à notre Nation désolée
par
le Lieutenant-Colonel г John Lilburne, William Walwyn,
Thomas Prince et Richard Overton,
prisonniers en la Tour de Londres,
le Premier Mai 1649.
« Bénis sont ceux qui apportent la Paix, car ils seront appelés
enfants de Dieu » (Mathieu, V, vers. 9)
(Suit I'accord 2 proprement dit) :
Après la longue et pénible poursuite d'une guerre civile cruelle et
contre nature, provoquée par des dissensions et désordres entre nous ;
désordres nés de l'incertitude de notre Gouvernement, et de l'exercice
d'un pouvoir sans limites ou Arbitraire de la part de ceux à qui a été
confiée l'Autorité suprême et subordonnée, nous accablant ainsi sous
une foule d'abus et d'insupportables oppressions — ,
Découvrant après huit ans d'expérience et d'attente 3 que toutes les
tentatives qui fuient faites ou tous les remèdes qui furent employés
jusqu'ici ont plutôt accru que diminué nos troubles, et que, si nous ne
sommes pas promptement empêchés de retomber dans les factions et les
dissensions, nous serons non seulement privés du bénéfice de toutes ces
merveilleuses Victoires * par Dieu octroyées sur ceux qui voulaient notre
servitude mais aussi exposés d'abord à la pauvreté et à la misère 8 pour
être ensuite détruits par l'ennemi étranger — ,
Désirant ardemment faire un juste usage de cette occasion que Dieu
nous a offerte de donner la Liberté et le Bonheur à notre Nation, de
mettre fin à nos querelles, et de faire renaître en nous concorde et amitié
parfaites — , afin de nous tenir la conscience nette devant le Tout-
Puissant, étant inaccessibles à l'influence d'un quelconque Parti mal
honnête ou au souci d'avantages personnels ; — désirant faire clairement
voir au monde entier que nos tentatives n'ont point procédé de méchan-
1. Lilburne utilise souvent son ancien grade de l'armée du New Model, où il avait
coopéré à deux reprises avec Cromwell.
2. Ou Convention, ou Pacte (Mirabeau) : c'est déjà le « contrat » social.
3. Pratiquement depuis l'ouverture du Long Parlement.
4. Contre les Royalistes, au cours des deux guerres civiles.
5. L'année 1649 est une année terrible de crise économique et sociale : de nom
breux témoignages et projets de réforme le confirment.
504 L'ACCORD DU PEUPLE
ceté à l'égard, de quiconque ni d'hostilité portée aux opinions, mais qu'elles
ne tendirent qu'à établir la paix et la prospérité dans l'Etat x et qu'à
prévenir de semblables désordres et à supprimer tous abus — ,
Nous, libre peuple d'Angleterre,
à qui Dieu a donné courage, moyen et occasion d'accomplir tout cela, nous
soumettant à sa sagesse, et en son nom — , et désirant que la justice en
soit à sa louange et gloire 2,
sommes Convenus
d'assurer notre Gouvernement, d'abolir tout Pouvoir arbitraire, de fixer
bornes et limites à l'Autorité Suprême et à toute Autorité Subordonnée
sur nous exercées, et de supprimer tous Abus reconnus.
En conséquence, nous déclarons et proclamons au monde entier
que nous nous sommes accordés sur ce qui suit :
de la Représentation Nationale et du Suffrage
I. L'Autorité Suprême de l'Angleterre & des Territoires à elle incor
porés appartiendra désormais à une Représentation 8 du Peuple, de
quatre cents personnes, chiffre maximum ; pour leur élection (et selon le
droit naturel) tous les hommes de vingt et un ans et au delà (à l'exception
des serviteurs 4, des indigents, ou de ceux ayant servi le défunt Roi soit
par les Armes soit en des Contributions volontaires) auront droit de
vote ; ils auront aussi capacité d'être élus à cette Responsabilité Suprême ;
ceux qui servirent le Roi n'étant frappés d'incapacité que pour dix ans.
Tout ce qui touche la répartition proportionnelle (des dits quatre cents
membres) aux différentes parties du Pays, les lieux respectifs d'Election,
la façon d'apporter et d'enregistrer les Votes, et tous Détails de semblable
nature tendant à l'accomplissement et au déroulement impartial des
Elections, ainsi que l'Indemnité (parlementaire) sont renvoyés au Parle
ment actuel pour règlement : à telle fin que la prochaine Représentation
soit certainement à même de se réunir en sécurité au jour ici décidé ; ces
détails étant améliorés par les Assemblées ultérieures 5.
1. Ou « République » : l'Angleterre fut officiellement déclarée « A Free Commonw
ealth » trois semaines plus tard, les Niveleurs une fois écrasés...
2. Style calviniste caractéristique de Lilburne. Walwyn, humaniste évangélique
mais lecteur de Montaigne et de P. Charron, Overton, presque ouvertement rationaliste,
ont ailleurs des formules plus « laïques ».
3. « Representative » : sens technique. Je traduis en général « Assemblée (repré
sentative) », que le texte différencie du « Parlement », ou plutôt du Rump, qui, depuis
Pride's purge, faisait maigre figure « représentative »...
4. Restriction partiellement antidémocratique. Mais les Niveleurs réalisaient
qu'ouvriers agricoles ou domestiques de la gentry ou aristocratie étaient aussi sous le
contrôle moral, mental, physique de leurs maîtres...
5. L'on notera la suppression de tout cens électoral et déjà des bourgs pourris.
508 ANNALES
du Quorum et de la Majorité
II. Deux cents des quatre cents Membres, chiffre minimum, seront
admis et estimés comme constituant une Représentation qualifiée ; et
la majorité des Votes présents sera déterminante pour notre Pays. Le
lieu de Session, le choix d'un Président et autres détails de même nature
sont renvoyés à la responsabilité de cette Assemblée et des Assemblées
futures.
des Incompatibilités
III. Afin que tous les Fonctionnaires publics puissent être de façon
certaine prêts à rendre compte, et qu'aucunes Factions ne se créent
pour défendre des Intérêts corrompus, nul Officier x des Forces armées,
de solde quelconque, qu'il soit sous les Armes ou en Garnison, ni aucun
Trésorier ou Receveur des deniers publics ne devra (autant qu'il le
demeurera) être élu Député à une quelconque de ces Assemblées ; et si
un Homme de Loi 2 se trouve à quelque moment élu, il n'aura plus le
droit de pratiquer comme tel pendant toute la durée de ce Mandat. Ceci
pour le même motif — , et afin que tous soient susceptibles d'être gou
vernés autant que gouverneurs.
Non-rééligibilité immédiate
IV. Aucun Membre de l'actuel Parlement ne pourra être élu à l'Assem
blée à venir, et aucun Membre d'une quelconque des Assemblées à venir
ne pourra être réélu à l'Assemblée la suivant immédiatement ; mais l'on
pourra être librement élu après un intervalle d'une Assemblée. Aucun
Membre d'une Assemblée ne pourra être nommé Receveur (des deniers
publics), Trésorier ou autre Fonctionnaire au cours de cette charge.
Délai fixé, garantissant l'élection d'une nouvelle Assemblée
V. Afin d'éviter les nombreux risques et inconvénients qui se révèlent
surgir d'un maintien prolongé des mêmes personnes ayant Autorité,
Nous sommes convenus : que l'actuel Parlement expirera le premier
Mercredi d'Août prochain 1649, étant dès lors privé de tout pouvoir ou
Autorité ; — et qu'en l'intervalle il organisera et dirigera l'Election d'une
nouvelle et équivalente Assemblée, selon le propos authentique de l'Accord
1. Ou « membre » ? Le terme « officer » reprend évidemment le « fonctionnaire »
du début de l'article ; mais d'autre part l'Oxford English Dictionary date de 1565
notre sens de « one holding a commission in the army ». Et cf. article XXIX.
2. Sens large en Anglais (juristes, avoués, avocats). Il y a un curieux contraste
entre l'intérêt porté par les Niveleurs à la notion de Loi (et au style légaliste : répé
titions, doublets, attendus...) et leur hostilité à l'égard des soutiens « légaux » des
classes supérieures ; les radicaux du temps associent fréquemment « lawyers » et
« priests » dans une même hostilité : le cas sera évident chez le leader « digger »
Winstanley. En matière juridique, les auteurs de cet Accord sont, en fait, entièrement
autodidactes.
506 L'ACCORD DU PEUPLE
ici conclu : et cela de façon que la prochaine Assemblée puisse se réunir
et siéger avec tout pouvoir et Autorité, en tant qu'effective Représentat
ion, dès le jour suivant : savoir, le premier Jeudi du même mois
d'Août 1649.
Procédure d'urgence, en cas d'impossibilité
VI. Nous sommes convenus qu'au cas où l'actuel Parlement manq
uerait à organiser une telle Election ou Réunion d'une nouvelle Représ
entation, ou se trouverait de quelque manière que ce soit empêché
d'accomplir ce Mandat :
Qu'en pareil cas nous procéderons, pour cette prochaine Représentat
ion, à l'élection de ses membres aux lieux et selon le mode et le nombre
autrefois en usage pour le choix des députés des Comtés et Cités x ;
n'exceptant du droit d'Elire ou d'être Elu que les personnes mentionnées
plus haut aux Titres premier, troisième et quatrième de cet Accord. Il
serait en effet très irrationnel que nous fussions privés de Représentat
ions renouvelées et en fréquente succession ; ou encore que l'Autorité
suprême tombât aux mains de ceux qui ont prouvé leur hostilité à l'égard
de notre commune Liberté, et tenté d'asservir la Nation.
Autorité contraignante de la constitution pour l'assemblée ainsi élue
VII. Et pour empêcher que l'autorité suprême ne tombe aux mains
de toute personne que le peuple n'a pas, ou n'aura pas, choisie,
Nous sommes décidés et convenus (Dieu voulant) qu'une nouvelle
Assemblée représentative se réunira le premier Jeudi d'Août prochain
indiqué plus haut ; et par la présente laissons à leur discrétion l'organi
sation et la disposition de leurs affaires touchant le choix d'un président
et autres choses semblables. Mais ils devront en ce qui concerne l'étendue
et. l'exercice du Pouvoir suivre le sens et les règles de cet Accord ; et par
là sont autorisés et requis, au mieux de leur jugement, d'établir des règles
pour une égale répartition et élection des Députés à l'avenir — , selon ce
qui est ici même prévu et exigé du Parlement actuel 2.
de la continuité ; d'une Assemblée à l'autre, en période ď ajournement
VIII. Pour que l'Autorité suprême soit maintenue en tous temps et
entièrement entre les mains de ces personnes seules qui y seront élues — ,
nous sommes convenus et affirmons : Que la prochaine Assemblée et
toute Assemblée ultérieure se maintiendront avec plein pouvoir pour la
durée d'une seule, et complète, année ; et que le peuple régulièrement
se choisira un Parlement une fois l'an, de façon que tous ses membres
1. Sens technique de « Knights & Burgesses » : « a gentleman representing a shire or
county in parliament (knight of the shire), & the member of parliament for a borough,
corporate town, or university » (Oxf. E.D.).
2. Cf. Titre V.
507 ANNALES
soient à même de se réunir et de remplacer la Représentation antérieure :
ceci, et à jamais, s'il plaît à Dieu, au premier Jeudi de chaque mois
d'Août ;
Aussi (et pour le même motif) que la prochaine ou toute ultérieure
Représentation s'étant réunie, la Session s'en poursuivra jour après jour
sans interruption, pour une durée minima de quatre mois ; ensuite Liberté
lui étant donnée de s'ajourner de deux mois en deux mois selon qu'il lui
semblera opportun, jusqu'à expiration de cette année, mais sans siéger
au delà d'un an, sous peine de trahison pour tout membre devant dépasser
cette durée ; et pendant les périodes d'ajournement les députés n'inst
itueront pas un Conseil d'Etat 1, mais renverront la direction des affaires
pendant ces intervalles à un Comité de leurs propres membres, donnant,
— et promulguant — , des instructions qui ne sauraient en aucune mesure
venir en contradiction avec cet Accord.
Extension du pouvoir parlementaire ;
affaires étrangères, commerce extérieur, libertés, impôts
IX. Afin que nul désormais ne puisse être dans l'ignorance ou l'incer
titude touchant le pouvoir de l'autorité Suprême et les affaires devant
être de sa connaissance et de son exercice — , nous sommes convenus et
déclarons que le pouvoir des Députés s'étendra sans autre approbation
ou consentement, privé ou général :
1. Au maintien de la Paix et du commerce avec les Nations étran
gères.
2. A l'observation de ces sauvegardes et garanties pour nos vies,
corps, franchises, propriétés et biens, contenues dans la Pétition du
Droit, rédigée et promulguée en la troisième année du défunt Roi a.
3. A la levée des fonds (publics), et en général à toutes mesures qui à
l'évidence y contribuent, ainsi qu'à l'extension de notre liberté, à la
réforme des abus et à la prospérité de l'Etat 3.
Limitation des pouvoirs du Parlement *
En garantie de quoi, après avoir par douloureuse expérience constaté
la prédominance d'intérêts corrompus fort efficaces pour entraîner la
1. Le Conseil d'Etat exécutif entourant désormais Cromwell, et que Lilburne
venait d'attaquer violemment en un pamphlet où lui et ses collègues décrivaient leur
arrestation ( The picture of the Councel of State, avril).
2. Ou « dernier Roi » ; il avait été exécute en janvier. Il s'agit de la Pétition de
1628, ce qui implique donc garanties judiciaires légales, contrôle parlementaire des
impôts, interdiction de la loi martiale en temps de paix — , toutes demandées par les
parlementaires d'alors.
3. Cf. supra : ou « de la République » : le sens hésite entre les deux, la notion
« romaine », centralisée et autoritaire, de l'Etat s'exprimant tout aussi bien depuis les
Tudors par le mot « State ».
4. Il s'agit ici de certains principes légaux et « droits de l'homme », que la concep-
508 L'ACCORD DU PEUPLE
plupart des hommes, une fois ceux-ci investis de l'autorité, à détourner
celle-ci afin d'assurer leur propre domination et de porter préjudice à
notre Paix et à nos Libertés *, sommes donc encore convenus et décla
rons :
Liberté totale de conscience
X. Que nous n'accordons ni pouvoir ni mandat à nos dits représen
tants pour maintenir en vigueur ou pour faire des Lois, Serments (exi
gibles) et Engagements 2 quels qu'ils soient, permettant de contraindre
quiconque, par sanction ou autrement, en tout ce qui appartient ou
touche aux questions de foi, Religion ou Culte — , ou d'empêcher quiconque
de professer sa croyance ou d'exercer sa Religion selon sa Conscience :
rien en effet n'a provoqué plus de désordres et d'angoisses dans les
coeurs à toutes les époques que la persécution et les vexations pour
motifs de Conscience appartenant ou touchant à la Religion 3.
i Objection de conscience en temps de guerre
XL Nous ne leur accordons pas pouvoir d'enrôler de force ou de
contraindre quiconque à servir pour la guerre sur Mer ou sur Terre — , la
conscience de chacun devant être persuadée de l'équité 4 de cette
cause où il risque sa propre vie ou peut détruire celle d'autrui.
Mesures d? amnistie après les deux guerres civiles dé 1642 sq et 1648
Et pour l'apaisement de tous désaccords et la suppression de toute
hostilité et rancune, autant qu'il nous est maintenant possible de le réal
iser,
XII. Nous sommes convenus : Qu'après la fin de l'actuel Parlement,
tion anglaise place au-dessus de la décision parlementaire même majoritaire (et,
a fortiori, de l'arbitraire de l'exécutif), et dont la garantie, voire la définition, relève
en fait du judiciaire.
1. Les « libertés » (franchises et garanties : « liberties ») explicitant « la Liberté »
évoquée quelques lignes plus haut (Freedom).
2. « Covenant » notamment, c'est-à-dire l'engagement politico-presbytérien que
Lilburne avait refusé (cas unique) de prendre, préférant quitter l'armée. Cette reven
dication de la liberté de conscience avait été élevée dès 1644 par Overton, Walwyn, et
par Milton dans sa célèbre défense «for the liberty of unlicensed printing » (Areopagitica :
cf. l'lntrod. à mon édition bilingue du texte, Paris, 1956, Aubier, passim.).
3. Le lien entre politique-éducation-religion et le rôle des groupements religieux
sont tels alors (grâce à la disparition de fait de la censure depuis l'ouverture du Long
Parlement, permettant ainsi aux éléments plus populaires ou libéraux de s'exprimer
à travers tracts ou sermons) que cela revient à la liberté d'opinion, en tout cas pour
l'époque. Cette clause aboutit à la suppression de toute église d'Etat, c'est-à-dire du
système qui, dans la réalisation anglicane et les projets « presbytériens », quadrillait
le pays (église « établie » et paroisses = communes, ou « classis » presbytérienne),
neutralisant toute opposition politique (« sédition » = « hérésie »).
4. « Justness », plus moral que juridique (= «justice in its non-legal sense » dit
l'Oxf. E.D.). D'authentiques scrupules moraux apparaissent alors parmi les soldats
dirigés vers l'Irlande catholique, que Cromwell allait soumettre avec une brutalité
dont le souvenir est demeuré.
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