L'acquisition d'une latéralité d'orientation incorrecte chez le rat - article ; n°2 ; vol.72, pg 263-282

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L'année psychologique - Année 1972 - Volume 72 - Numéro 2 - Pages 263-282
Résumé
Lors d'un apprentissage de réponse motrice latéralisée dans un labyrinthe en T à deux entrées, certains rats apprennent l'orientation définie comme incorrecte. Cette orientation est d'autant plus souvent choisie que les rats se latéralisent plus précocement, comportement qui dépend à son tour du degré de pratique du manipulateur. Cependant un tel mécanisme devrait conduire, au plus, à l'équiprobabilité des orientations initiales correctes et incorrectes ; or il apparaît que ces dernières sont en fait les plus fréquentes. Ce biais dépend de l'addition de deux facteurs : le degré de pratique du manipulateur, et le type de préapprentissage donné aux rats.
Summary
It was found that rats could learn the incorrect orientation in a T-maze with two entrance-arms, in a response learning task. This is related to the earliness of lateralization of the rats, which in turn depends on the degree of practice of the experimenter. However, such a mechanism should lend only to a mere equality of probabilities of correct and incorrect initial responses, but in fact the later are found more often than the former. This initial bias depends on the addition of two factors : the degree of practice of the experimenter and the kind of preliminary training given to the rats.
20 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1972
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Marc Blancheteau
C. Cohen-Salmon
L'acquisition d'une latéralité d'orientation incorrecte chez le rat
In: L'année psychologique. 1972 vol. 72, n°2. pp. 263-282.
Résumé
Lors d'un apprentissage de réponse motrice latéralisée dans un labyrinthe en T à deux entrées, certains rats apprennent
l'orientation définie comme incorrecte. Cette orientation est d'autant plus souvent choisie que les rats se latéralisent plus
précocement, comportement qui dépend à son tour du degré de pratique du manipulateur. Cependant un tel mécanisme devrait
conduire, au plus, à l'équiprobabilité des orientations initiales correctes et incorrectes ; or il apparaît que ces dernières sont en
fait les plus fréquentes. Ce biais dépend de l'addition de deux facteurs : le degré de pratique du manipulateur, et le type de
préapprentissage donné aux rats.
Abstract
Summary
It was found that rats could learn the incorrect orientation in a T-maze with two entrance-arms, in a response learning task. This
is related to the earliness of lateralization of the rats, which in turn depends on the degree of practice of the experimenter.
However, such a mechanism should lend only to a mere equality of probabilities of correct and incorrect initial responses, but in
fact the later are found more often than the former. This initial bias depends on the addition of two factors : the degree of practice
of the experimenter and the kind of preliminary training given to the rats.
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Blancheteau Marc, Cohen-Salmon C. L'acquisition d'une latéralité d'orientation incorrecte chez le rat . In: L'année
psychologique. 1972 vol. 72, n°2. pp. 263-282.
doi : 10.3406/psy.1972.27948
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1972_num_72_2_27948L'ANNEE PSYCHOLOGIQUE
TOME LXXII (Fascicule 2)
MÉMOIRES ORIGINAUX
Laboratoire de Psychologie expérimentale et comparée
de la Sorbonne
associé au C.N.B.S.
L'ACQUISITION D'UNE LATÉRALITÉ
D'ORIENTATION INCORRECTE CHEZ LE RAT
II. — Analyse de l'influence de l'expérimentateur
par Marc Blancheteau (1) et Charles Gohen-Salmon
SUMMARY
It was found that rats could learn the incorrect orientation in a T-maze
with two entrance- arms, in a response learning task. This is related to
the earliness of lateralization of the rats, which in turn depends on the
degree of practice of the experimenter. However, such a mechanism should
lend only to a mere equality of probabilities of correct and incorrect initial
responses, but in fact the later are found more often than the former. This
initial bias depends on the addition of two factors : the degree of practice
of the experimenter and the kind of preliminary training given to the rats.
RAPPEL DU PROBLÈME
Dans ses études sur l'apprentissage chez l'animal par la
technique des labyrinthes, Tolman (1946) a conçu la tâche
d'orientation la plus simple possible, tout en n'ayant pour
indices valides que ceux des réponses motrices du sujet lui-même.
(1) Adresse actuelle : Université Paul-Valéry, B.P. 5043; 34032/Mont-
pellier-Cedex. 264 MÉMOIRES ORIGINAUX
Elle consiste à tourner toujours dans le même sens au carrefour
d'un labyrinthe en forme de croix, comportant deux branches
de but et deux branches d'introduction : par exemple, la nourri
ture est toujours placée dans la chambre de but qui se trouve à
droite de la branche d'entrée utilisée lors d'un essai donné (fig. 1).
La réponse motrice correcte (Rm +) se définit donc comme celle
dont la latéralité oriente directement le rat vers la nourriture, et
qui réalise par conséquent le plus court chemin entre l'entrée du
labyrinthe et le terme du parcours.
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1
vide réponse à direct deux Fig. : à chemin incorrecte entrées 1. la — nourriture, Divers deux : a) Rm fois Orientation parcours — selon {a) plus , sans le long possibles retour plus selon que court au par la dans départ chemin réponse l'orientation le (b) après labyrinthe ; correcte b) visite Orientation correcte. en Rm de forme la + chambre selon : accès de la T
Il est important de noter que si on laisse l'animal libre de
corriger lui-même ses erreurs de parcours (correction-method) , il
pourra tourner du côté incorrect, arriver par conséquent dans
la chambre de but où il n'y a pas de nourriture, en sortir et about
ir ensuite quand même à celle qui en contient. Cependant le
trajet ainsi effectué est beaucoup plus long que celui qui corre
spond à une latéralité d'orientation correcte (Rm +), et les lois
classiques du « gradient de but » (Hull, 1932) expliquent pourquoi
c'est ce trajet court qui est adopté par le rat après quelques
essais.
Tel est bien le fait classiquement observé, mais non celui
dont la présente recherche vise à rendre compte, et qui en est
précisément l'opposé : en réalisant l'expérience de Tolman, nous
avons constaté que certains rats apprenaient l'orientation de
latéralité incorrecte (Rm — ), et visitent par conséquent à chaque
parcours la chambre de but vide avant de se rendre à celle où se
trouve la nourriture (fig. 1). Gomme il paraît difficile de remettre
en question la loi du gradient de but, le problème de l'interpréta- M. BLANCHETEAU ET C. COHEN-SALMON 265
tion d'un tel phénomène s'est posé à nous, et tout d'abord nous
avons tenté d'analyser les variables expérimentales dont il
dépend.
Dans la première partie de notre étude (Blancheteau et
Pouthas, 1971), nous avions mis à l'épreuve l'hypothèse suivante :
l'acquisition de la réponse définie comme incorrecte Rm — dépend
rait du fait que, lors des premiers parcours du rat, si ce dernier
parvient à la chambre de but vide, il va ensuite directement de
ce point à la garnie de nourriture plutôt que de revenir
d'abord au point de départ. Or il est apparu que l'influence de
cette variable était négligeable en comparaison de celle d'un autre
facteur : le degré de pratique du manipulateur. En effet, lorsque
le premier contact de ce dernier avec des rats s'effectue à l'occa
sion de la présente situation expérimentale, la proportion de
sujets qui adoptent l'orientation Rm — est beaucoup plus faible
que si, depuis plusieurs années, le manipulateur est accoutumé
aux rats et exercé à la technique du labyrinthe.
C'est pourquoi nous avons entrepris d'étudier le rôle de cette
variable expérimentale dans l'acquisition de l'orientation Rm — ,
et nous présentons quatre expériences sur ce thème. Les deux
premières (I et II) ont simplement pour but de décrire en détail
les différences constatées dans le comportement des rats suivant
le degré de pratique du manipulateur ; d'après les résultats ainsi
analysés, nous envisagerons quelles hypothèses préliminaires
peuvent être émises : les expériences III et IV sont destinées à
les éprouver.
MATÉRIEL ET MÉTHODES
Appareillage
Nous avons employé un labyrinthe en forme de croix, aux
allées en gorge, larges de 11 cm et profondes de 15 cm, recouvertes
d'un toit de plexiglas amovible. La longueur de ces allées était
de 60 cm pour les branches de but et de 40 cm pour celles d'intro
duction ; ces dernières pouvaient être obstruées au niveau du
carrefour, soit simultanément, soit séparément, de façon à uti
liser l'appareil soit comme un couloir reliant les chambres de
but, soit comme un labyrinthe en forme de lettre T où l'accès
au carrefour peut correspondre à deux sens d'introduction
opposés. 266 MÉMOIRES ORIGINAUX
Sujets
Les 95 rats utilisés pour ce travail étaient des femelles albinos
(Wistar GF) provenant du même élevage, âgées de 10 semaines
au début de leur apprivoisement. Tous ces animaux étaient tenus
sous jeûne de 24 heures, mais pouvaient boire à volonté.
Manipulateurs
Les résultats de chaque expérience sont attribuables à un
manipulateur novice si c'est le premier contact de celui-ci avec
les rats, ou à un manipulateur exercé si ce dernier a déjà effectué
auparavant plusieurs expériences du même type, avec ce même
appareil et des rats semblables.
Dans les expériences qui vont être rapportées, les manipulat
eurs exercés étaient les deux auteurs du présent article. Au
contraire, les manipulateurs novices dont il est question dans
l'expérience I étaient des étudiants dont c'était le premier
contact avec les rats.
Tous les manipulateurs, exercés ou novices, avaient pour
consigne d'appliquer la même procédure expérimentale, décrite
plus loin (sauf modification indiquée pour l'expérience IV). La
question reste posée de savoir s'ils y sont parvenus de manière
identique, en fonction précisément de leur degré d'exercice anté
rieur dans l'application d'une telle procédure à des sujets
animaux.
Procédure expérimentale
Préapprentissage. — Cette procédure est reprise de Tolman
et coll. (1946) et se déroule en trois phases au cours desquelles
les sujets sont introduits dans le labyrinthe par la face supérieure,
en soulevant le toit ; il y a 6 essais par phase.
La première phase consiste à introduire directement l'animal
dans chacune des chambres de but et à l'y faire manger, afin
qu'il associe sa présence dans l'appareil à la satisfaction de son
besoin alimentaire.
Dans la phase 2 le rat est placé au milieu du couloir qui relie
les deux chambres (barre horizontale du T) tandis que les
branches d'entrée sont obstruées au niveau, du carrefour. Chaque
chambre étant garnie de nourriture, l'animal se rend à l'une
d'elles, mange, en sort et va à l'autre où il mange de même : il
apprend ainsi que les deux chambres communiquent. M. BLANCHETEAU ET C. COHEN-SALMON 267
Lors de la phase 3 le rat est déposé au milieu du couloir
comme précédemment, mais une seule chambre contient la
nourriture et l'on dirige l'animal vers l'autre chambre qui est
vide. Le but de cette troisième phase est d'apprendre aux sujets
que la nourriture ne se trouve que dans un seul des deux buts et
que, s'il visite d'abord celui qui est vide il ne doit pas s'y attarder
(la première fois, certains rats y restent plus d'une minute), mais
en sortir et aller à l'autre but. On vise ainsi à obtenir une réduc
tion des temps moyens de parcours avant de passer à la phase
d'apprentissage proprement dite, car il faut alors souvent réaliser
une centaine de parcours (par exemple : 16 rats effectuant six
essais quotidiens) dans les limites d'horaire d'une journée. Telles
sont les raisons pour lesquelles on essaie, lors de cette phase 3,
d'adapter chaque sujet au fait de se rendre en premier lieu à la
chambre vide, et c'est pourquoi on oriente les rats dans la direc
tion de celle-ci quand on les introduit dans l'appareil. Cependant,
l'animal peut se retourner et par conséquent se rendre d'abord
là où est la nourriture : tous les manipulateurs n'ont pas le même
degré de contrôle sur le déplacement des rats, et l'on peut sup
poser que ceci dépend probablement de leur degré d'exercice
dans l'application de cette procédure.
Ces trois phases ont été appliquées par tous les manipulateurs
dans les expériences I, II et III ; dans l'expérience IV les phases 2
et 3 ont été omises, et la phase 1 prolongée comme il sera précisé
plus loin.
Apprentissage. — Cette phase se définit opérationnellement
par l'usage des branches d'introduction : le rat parvient ainsi
au centre du couloir droit qui relie les deux chambres de but
(comme lors des dernières phases du préapprentissage) mais il
doit alors s'orienter en tournant à droite ou à gauche, l'une de ces
latéralités étant considérée comme correcte parce qu'elle corre
spond à l'accès direct à la nourriture, et l'autre étant considérée
comme incorrecte.
On effectue ainsi six sessions journalières de six essais ou
parcours, en utilisant les branches d'introduction selon une
succession de quasi-alternance : NSSNNS ou SNNSSN, toujours
à l'imitation de Tolman et coll. (1946). Ceci concerne les expé
riences I, III et IV, car dans l'expérience II la première session
ne comportait que quatre essais et les suivantes en comportaient
huit chacune. 268 MÉMOIRES ORIGINAUX
RÉSULTATS EXPÉRIMENTAUX
Expérience I
Nous avons tout d'abord comparé l'apprentissage d'orienta
tion selon une latéralité déterminée chez deux groupes de rats,
en fonction du degré de pratique des manipulateurs auxquels ils
étaient confiés. Le premier auteur (Blancheteau), très habitué à
ce type d'expériences, a manipulé 34 rats ; au contraire, les
21 sujets formant l'autre groupe ont été soumis aux conditions
d'expérience par des manipulateurs novices : il s'agissait de trois
étudiants dont deux se sont occupés de 8 rats chacun, et le tro
isième de 5 rats.
Les différences constatées entre les deux groupes de rats
concernent les caractères de leur latéralisation au carrefour,
ainsi que la proportion relative d'acquisitions de la réponse
correcte Rm + et incorrecte Rm — .
Latéralisation. — 1° Fréquence d'observation.
Si l'on prend pour critère de latéralisation la succession de
10 réponses d'orientation de même sens (correct ou non) fournies
au cours de deux ou même trois sessions consécutives de six
essais, on constate que ce critère est beaucoup plus souvent
atteint dans la limite des six sessions d'apprentissage lorsque le
manipulateur est exercé (33 cas sur 34) que lorsqu'il ne l'est pas
(10 cas sur 21).
2° Rapidité du processus.
On peut suivre les progrès de la latéralisation au cours des
6 sessions d'essais au moyen d'une courbe donnant pour chacune
d'elles la moyenne des proportions relatives des choix individuels
pour l'une et l'autre latéralité d'orientation : depuis 3 Rm -f-
contre 3 Rm — (latéralisation nulle) jusqu'à 6 Rm + contre
0 Rm — , comme aussi bien 6 Rm — contre 0 Rm + (latéralisa
tion complète). On constate alors que ce processus évolue d'au
tant plus vite que le manipulateur est plus entraîné (fig. 2,
courbes a et b).
Notons que ce phénomène relatif au degré de pratique de
l'expérimentateur a également été observé, avec des rats de
même souche et avec le même labyrinthe, dans des situations
où la tâche d'orientation est insoluble car aucun indice spatial
n'est pertinent (cf. Blancheteau, 1969, p. 70) : « l'hypothèse
motrice » se traduit alors par une latéralisation spontanée, se M. BLANCHETEAU ET C. COHEN-SALMON 269
Rm
6
3*-
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1
Fig. 2. — Evolution de la latéralisation des rats lors de l'apprentissage
d'orientation fondé sur la validité des indices de réponse motrice au carrefour
d'un labyrinthe en T à deux entrées, au cours de 6 sessions S de 6 essais.
Rm : Nombre moyen de réponses motrices de même latéralité, correcte
ou non, pour chaque session.
— courbe a (trait continu) : 21 rats, manipulateurs novices ;
—b tireté) : 34 rats, manipulateur exercé (1er auteur) ;
— courbe c (trait pointillé) : 10 rats, exerce (expérience III,
— 2e auteur) d (trait ; tireté-pointillé) : 16 rats, manipulateur exercé, pré-
apprentissage modifié (expérience IV, 1er auteur).
développant d'autant plus vite que le manipulateur est plus
exercé (fig. 3).
3° Stabilité de l'acquisition.
Le caractère plus ou moins continu et stable de la latéralisa
tion peut être apprécié par l'examen des courbes individuelles
représentant l'évolution des choix de latéralité lors des six sessions
(Blancheteau et Pouthas, 1971 : voir fîg. 6, p. 16) : ces courbes
présentent une allure d'autant plus régulière que l'expérimenta
teur possède un degré de pratique plus élevé. Si l'on rapporte le
nombre total des points de rebroussements (ou irrégularités
« en dents de scie ») des courbes individuelles à celui des sujets,
on trouve que leur fréquence moyenne est de 1,1 dans le cas de
manipulateurs novices et seulement de 0,47 dans celui des exercés.
Caractère correct ou incorrect des choix d'orientation. — 1° Pro
babilité d'acquisition de la latéralité incorrecte.
Sur 21 rats confiés à des manipulateurs novices, deux seul
ement ont acquis l'orientation incorrecte Rm — , tandis qu'il y en
a eu 11 sur les 34 rats confiés à l'expérimentateur entraîné. 270 MEMOIRES ORIGINAUX
Rm
Rm
j i
3 4 3 4
(a) (b)
Fig. 3. — Evolution de la latéralisation spontanée de rats au cours
d'une pratique quotidienne de parcours dans un labyrinthe en T à deux
entrées, aucun indice d'orientation n'étant valide.
Rm : Nombre moyen de réponses motrices de même latéralité par
session.
— courbes a : 5 sessions S de 6 essais, usage d'une seule et même branche
d'entrée pour chaque animal, deux manipulateurs novices entraînant
l'un 5 rats (trait continu), l'autre 6 rats (trait tireté). Noter le recou
vrement des courbes.
— courbes b : 5 sessions S de 8 essais, usage alterné des deux branches
d'entrée pour chaque rat. Manipulateur exercé, 16 rats (trait continu) ;
manipulateur novice, 6 rats (trait tireté). Noter le décalage initial des
courbes.
2° Vitesse relative d'acquisition des orientations correcte et
incorrecte.
Parmi les rats confiés au manipulateur entraîné, ceux qui
accèdent en premier lieu au critère de 10 Rm -f consécutives
ne sont pas plus nombreux que ceux qui accèdent à celui de
10 Rm — : 17 sujets contre 16 sujets, respectivement. Notons
cependant que les rats initialement latéralisés du côté incorrect
peuvent ensuite abandonner l'orientation Rm — et accéder, lors
des dernières sessions d'essais, au critère de 10 Rm -\- consécutives.
D'autre part, les sujets latéralisés du côté incorrect parvien
nent plus tôt que ceux du côté correct au critère de
10 réponses de même sens consécutivement (Blancheteau et
Pouthas, 1971 : voir fig. 3).
3° Proportions initiales des latéralités correctes et incorrectes. M. BLANCHETEAU ET C. COHE N-SALMON 271
Ce qui précède découle de ce que, dès la première session
d'apprentissage, la distribution dénote déjà une prédominance
numérique des réponses incorrectes dans la population de rats
confiée au manipulateur exercé, par rapport à celle qui est aux manipulateurs novices (tableau I).
TABLEAU I
Nombre de réponses correctes Rm +
sur 6 essais Manipulateur Total
0 ou 1 2 à 4 5 ou 6
21 Novice 2 (10 %) 15 (70 %) 4 (20 %)
Exercé 12 (35 -5 34 18 (53-5 4 (12-5
Répartition des effectifs de sujets présentant les diverses fréquences
possibles de réponse correcte Rm -f lors de la première session d'apprent
issage, chez deux populations de rats : l'une avec manipulateur novice,
l'autre avec manipulateur exercé.
4° Allure de la courbe d'apprentissage.
En conséquence de ce qui précède, on conçoit que l'amoindris
sement relatif de la proportion initiale des réponses correctes se
répercute sur la courbe d'apprentissage du labyrinthe, c'est-à-dire
sur l'évolution de la d'essais réussis, ou encore : de
choix de la latéralité Rm -f. En effet la population de rats du
manipulateur exercé présente moins d'essais réussis initiaux et
finaux que celle des manipulateurs novices (fig. 4, courbes a et b).
C'est d'autant plus inattendu que les sujets de la première
population se latéralisent plus tôt que ceux de la seconde, ainsi
que semble bien le requérir la tâche d'orientation ; mais tout se
passe comme si, de plus, l'influence de l'expérimentateur se
traduisait par une augmentation de la fréquence de choix de la
latéralité incorrecte.
Discussion. — - II ressort de tous ces résultats que les rats se
latéralisent d'autant plus vite et complètement que leur manipul
ateur est plus exercé à sa tâche. Supposons qu'un rat manifeste
ainsi d'emblée une « hypothèse motrice » et que celle-ci corre
sponde à la latéralité dite incorrecte (Rm — ) : ce sujet n'aura pas
l'opportunité d'effectuer un apprentissage discriminatif entre le
parcours choisi et le parcours correct (c'est-à-dire le plus court).
Gomme les probabilités a priori de choix initial de l'une et de
l'autre latéralités d'orientation sont théoriquement égales, un

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