L'action motrice bilatérale de chaque hémisphère cérébral - article ; n°1 ; vol.11, pg 434-445

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L'année psychologique - Année 1904 - Volume 11 - Numéro 1 - Pages 434-445
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1904
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J. Grasset
L'action motrice bilatérale de chaque hémisphère cérébral
In: L'année psychologique. 1904 vol. 11. pp. 434-445.
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Grasset J. L'action motrice bilatérale de chaque hémisphère cérébral. In: L'année psychologique. 1904 vol. 11. pp. 434-445.
doi : 10.3406/psy.1904.3682
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1904_num_11_1_3682V
Physiopathologie clinique des centres nerveux.
L'ACTION MOTRICE BILATÉRALE
DE CHAQUE HÉMISPHÈRE CÉRÉBRAL
Depuis Galien, on sait que les lésions d'un hémisphère ont un
effet croisé; l'action motrice de chaque hémisphère est unilatérale
et croisée; l'hémiplégie indique une lésion dans l'hémisphère
opposé.
Les faits exceptionnels sont très rares. On les explique classiqu
ement par des anomalies dans l'entrecroisement des pyramides ou
mieux par d'autres lésions passées inaperçues. Les lésions ménin
gées peuvent plus facilement entraîner une hémiplégie directe.
Bochefontaine et Duret l'ont démontré expérimentalement; certains
faits* cliniques s'expliquent ainsi.
Donc l'opinion acceptée revient toujours à l'action motrice uni
latérale et croisée de chaque hémisphère.
Des observations anatomocliniques récentes obligent à modifier
cette manière de voir et à admettre que, du moins dans un assez
grand nombre de cas, chaque hémisphère cérébral a une action
motrice sur les deux cotés du corps.
Les faits à l'appui de cette manière de voir peuvent se grouper
sous trois chefs principaux : 1° les faits relatifs à l'oculomotricité ;
2° les faits relatifs aux mouvements bilatéraux synergiques; 3° les
faits relatifs aux membres.
I
FAITS RELATIFS A L'OGULOMOTRICITÉ
i. Mouvements de latéralité, oculogyrie, à droite et à gauche, des
deux yeux.
Physiologiquement, nous ne pouvons jamais, par ordre cortical,
contracter un droit externe seul ou les deux droits externes à la
fois; toujours au contraire et très facilement nous contractons
ensemble le droit externe d'un œil et le droit interne de l'autre. La
physiologie fait donc prévoir que de chaque hémisphère partent,
non les nerfs moteurs de l'œil opposé, mais les nerfs moteurs des
deux yeux dans le même sens, à droite ou à gauche ; chaque hémi
sphère donnerait naissance à un hémioculomoteur, gyrateur des GRASSET. — L'ACTION MOTRICE BILATÉRALE 435 J.
deux yeux du côté opposé. C'est à dire que de l'hémisphère droit
partirait le lévogyre des deux yeux et de l'hémisphère gauche par
tirait le dextrogyre des yeux, de même que de l'hémisphère
droit part l'hémioptique gauche, qui voit dans la moitié gauche du
champ visuel des deux yeux, et de l'hémisphère gauche part l'h
émioptique droit, qui voit dans la moitié droite du champ visuel des
deux yeux. Ce que j'exprime synthétiquement en disant que chaque
hémisphère voit et regarde du côté opposé avec les deux yeux.
Voilà ce que la physiologie fait prévoir; mais c'est la clinique qui
le démontre.
La clinique fournit trois groupes de documents à l'appui de cette
manière de voir : d° les déviations conjuguées convulsives des deux
yeux; 2° les déviations paralytiques des deux yeux; 3° les paralysies
de la latéralité sans déviation, à droite ou à gauche, ou des deux
côtés.
Ces deux derniers ordres de faits diffèrent l'un de l'autre en
ceci que, dans les premiers, le tonus est perdu dans les muscles
paralysés et alors, par le tonus persistant du côté sain, il y a, au
repos, déviation des deux yeux vers le côté sain ; dans les seconds,
au contraire, le tonus est conservé du côté paralysé, il n'y a pas de
déviation *.
Dans cette dernière catégorie rentrent les faits récemment
observés par Brissaud et Péchin (Société de neurologie, 2 juin 1904)
sous le nom d'hémiplégie oculaire.
Les faits anatomocliniques de ces divers groupes permettent non
seulement de démontrer l'existence des hémioculomoteurs, mais
encore de décrire leur trajet, depuis l'écorce jusqu'à leur division
périphérique.
a. Pour le centre cortical, on peut discuter son siège, mais non
son existence.
Landouzy2 et moi3 (chacun de notre côté) le placions En 1879,
sur le lobule pariétal inférieur. Picot4, Henschen3, Wernicke6,
Personali 7 ont publié des faits à l'appui de cette manière de voir
que confirment aussi certaines expériences physiologiques (Ferrier,
Munk).
Appliquant les idées de Joanny Roux 8, je crois aujourd'hui qu'il
y a deux centres corticaux pour l'hémioculomoteur : un centre
1. Voir les objections faites à cette manière de voir par Bard (Semaine
médicale. 13 janvier et 4 mai 1904), et ma réponse (Société de neurologie,
7 juillet 1904).
2. Landouzy. Progrès médical, septembre 1879.
3. Montpellier médical, juin 1879.
4. Picot, Clinique médicale, 1892, 2° série.
5. Henschen Cit. Charcot et Pitres. Les centres moteurs corticaux chez
l'homme. Bibliothèque Gharcot-Debove, 1895, p. 140.
6. Wernicke, Archiv fur Psychiatrie und Nervenkrankheiten, 18S9,
t. XX, p. 243.
7. Personali. Riforma médica, juin 1899 (Gazette hebdomadaire de
médecine et de chirurgie, 1899, p. 826).
8. Joanny Roux, Archives de Neurologie, 1899. REVUES GENERALES 436
sensoriomoteur rétrorolandique dans le lobule pariétal inférieur et
un centre sensitivomoteur au pied de la deuxième frontale (Ferrier,
Pick, Schaeffer et Mott, Beevor et Horsley i, Herver2, Touche3,
Bechterew 4).
b. Pour le centre ovale, j'avais déjà réuni en 1878 les faits de Dus-
saussay, Charcot et Pitres, Berdinel et Delotte, Beurmann. Les cas
de Prévost et de Touche 3 semblent indiquer que l'hémioculomo-
teur évite la capsule interne et passe en dehors du corps optostrié.
Cette localisation n'est pas contredite par les faits de déviation, en
sens opposé, delà tête et des yeux publiés par moi (Semaine médicale,
18 mai 1904) et par Roussy et Gauckler (Société de neurologie,
9 juillet 1904).
c. Dans le pédoncule, d' Astros (Revue de médecine, 1894) a conclu
d'une étude très consciencieuse que l'hémioculomoteur ne passe
pas par les faisceaux de l'étage inférieur (faisceau pyramidal, etc.),
mais est compris dans les faisceaux de l'étage supérieur (faisceaux
de la calotte) : faits de Prévost et de Poumeau.
d. On peut cliniquement déterminer le lieu où les deux hémiocu-
lornoteurs s'entrecroisent sur la ligne médiane (au haut de la protu
bérance) par les faits que j'ai réunis (Société de neurologie, 5 juil
let 1900) sous le nom de type Foville de paralysie alterne-
Dans trois cas (Desnos, Fereol, Rickards) l'hémioculomoteur seul
était déjà entrecroisé, le facial et les nerfs des membres ne l'étant
pas : il y avait paralysie des membres et de la face d'un côté, de
l'oculôgyre de l'autre.
Dans neuf cas (Foville, Broadbent, Hallopeau, Parinaud, Bristowe,
Jolly, Raymond) semblables au mien, l'hémioculomoteur et le facial
étaient déjà entrecroisés, les nerfs des membres ne l'étant pas : il
y avait paralysie des membres d'un côté, du facial et de l'oculôgyre
de l'autre.
Donc, l'hémioculomoteur traverse la ligne médiane avant le
facial.
e. Enfin, après l'entrecroisement, l'hémioculomoteur aboutit,
toujours dans la protubérance, à une région que Parinaud (Société
de neurologie, 7 juin 1900) appelle supranucléaire, au-dessous de
laquelle il se divise pour envoyer un nerf au droit externe du même
côté et un nerf au droit interne de l'autre.
C'est Parinaud qui a, le premier, décrit (Archives de Neurologie,
1883, t. V, p. 145), ces paralysies de la latéralité des yeux d'origine
iaésocéphalique. Foville fils (1858) avait soupçonné leur lésion pr©-
tubérantielle et Féréol l'a démontrée. Parinaud joint à ses faits
personnels des faits deQuioc (Lyon médical, 1881), Garel (Revue men-
1. Voir Jules Soüry, Le Système nerveux central, p,. 953.
2. Herver (ou Gervbb), travail russe analysé in Reviœ neurologique,
ISOi, p. 11 et 349.
3. Touche, Société de Neurologie, 13 mars 1902.
4. Bechterew, Les voies de conduction du cerveau et de la moelle, trad,
franc, de Bonne, 1900, p. 664.
5. Touche, Revue neurologique, 1902, p. 269. GRASSET. — L'ACTION MOTRICE BILATÉRALE 437 J.
suelle de Médecine et de Chirurgie, 1882; et Priestley Schmidt (1876).
PLus tard ont paru des faits de Touche1, Bruce 2 (1903), Kornilow3
(1903 : 2 faits), Raymond et Cestan * (3 faits) et un personnel5
Au début, a voulu voir dans ces faits non une paralysie
associée des deux yeux, mais une paralysie du seul oculomoteur
externe avec paralysie apparente du droit interne correspondant.
Cette idée est encore défendue dans la thèse de son élève Troïtsky
(Paris, 20 juillet 1901). Aujourd'hui Raymond s'est tout à fait rallié
à la paralysie associée de latéralité et à la lésion extra ou supranu-
cléaire.
C'est également l'interprétation adoptée par Georges Guillain dans
son article récent de la deuxième édition du Traité de médecine
(t. IX, 1904, p. 460).
Dans ces paralysies de la latéralité des deux yeux, les mouve
ments de convergence sont conservés, même quand l'oculogyrie est
impossible des deux côtés; donc, les droits internes incapables de
se contracter pour l'oculogyrie latérale se contractent pour la
convergence. Ceci prouve, une fois de plus, que le même muscle et
le même nerf répondent à des centres différents pour des mouve
ments différents. L'appareil nerveux de la convergence est absolu
ment différent de l'appareil de latéralité, quoique le droit
interne et son nerf interviennent dans les deux mouvements.
Seules, les lésions périphériques d'un nerf entraînent la suppres
sion de toutes les fonctions de ce nerf. Mais les lésions plus élevées
entraînent une Symptomatologie différente suivant qu'elles frappent
l'un ou l'autre des appareils nerveux qui aboutissent à ce nerf.
Donc, comme plusieurs physiologistes (Morat, Hedon) l'admet
tent aussi aujourd'hui, chaque hémisphère préside aux mouvements
de latéralité des deux yeux vers le côté opposé. Les choses se pas
sent comme si la ligne médiane du corps passait au milieu des
deux globes oculaires et chaque hémisphère agit ainsi sur la moitié
opposée des deux yeux.
Tout ce que je viens de dire des hémioculomoteurs oculogyres
peut se dire des rotateurs de la tête, céphalogyres.
Deux ordres de muscles sont susceptibles de faire tourner la tête :
1° les uns (splenius, grand et petit droits postérieurs, grand oblique)
Société' médicale des hôpitaux, 1902 (Revue neurologique, 1902, 1. Touche,
p. 270).
2. Bruce, Review of Neurology and Psychiatry, 1903 (Ibidem, 1903, p. 774).
3. Kornilow, Deutsches Zeitschrift für Nervenheilkunde, 1903, t. XXIII,
p. 417.
4. Voir Raymond, Clinique des maladies du système nerveux, 2e série,
p. 696, 5e série, p. 126, 222, 243 et 265, et 6e série, p. 389, 411 et 436; Raymond
et Gestan. Société de neurologie, 7 janvier 1902 et 4 juin 1903, et Gazette
des hôpitaux, 18 juillet 1903.
5. (Avec Gaussel). Paralysie des deux hémioculomoteurs (abolition des
mouvements de latéralité à droite et à gauche). Tubercule de la protubé
rance, Société de Neurologie, 12 janvier 1905. Revue neurologique, 1905, p. 69. REVUES GÉNÉRALES 438
de leur côté; 2° les autres (sternocléidomastoïdien et trapèze) du
côté opposé. Ils sont innervés par le spinal et les nerfs cervicaux.
Il faut admettre un nerf rotateur de la tête (dextrogyre et lévo-
gyre) qui a son centre dans l'écorce et envoie son innervation aux
muscles par des fibres croisées des nerfs cervicaux et des fibres
directes du spinal. Chaque hémisphère agit donc sur les rotateurs
de la tête des deux côtés pour faire, en définitive, tourner la tête
du côté opposé.
Ainsi quand je tourne la tête à droite, l'ordre part de l'écorce
de l'hémisphère gauche et arrive aux sternomastoïdien et trapèze
gauches et aux splenius, grand oblique, etc. droits.
2. Également bilatérale est l'action motrice de chaque hémisphère
sur les mouvements d'élévation et d'abaissement des yeux.
La conception physiologique est obligée de modifier, ici encore,
la anatomique. Il faut admettre un nerf suspiciens (él
évateur des deux yeux) et un nerf despiciens (abaisseur des deux
yeux), chacun de ces deux nerfs partant des deux hémisphères.
Jusque dans ces derniers temps on n'a cherché et compris qu'une
origine mésocéphalique à cette solidarité étroite des deux yeux
pour l'élévation et l'abaissement. On comprend aujourd'hui que
déjà les centres corticaux sont intimement unis et que chaque
hémisphère préside aux mouvements d'élévation et d'abaissement
des deux yeux.
Parinaud (1883) a donné trois observations : une de Priestley
Schmidt (1876) (paralysie du despiciens et de la convergence), deux
personnelles (a, paralysie du suspiciens et de la convergence; 6,
paralysie du suspiciens, du et de la convergence).
Sauvineau ' cite un nouveau fait de paralysie de l'élévation et de
l'abaissement et parle nettement de lésion supranucléaire, au-
dessus des noyaux d'origine réelle, dans des centres d'association
plus élevés.
Teillais2 cite un nouveau cas analogue et en rapproche trois
autres (Wernicke, Henoch, Thomsen) avec lésion des tubercules
quadrijumeaux et trois (Parinaud, Nieden, Schreder) sans autopsie.
On peut y ajouter un cas avec lésion pédonculoprotubérantielle
de Raymond et Cestan (Société de Neurologie, 9 janvier 1902) et deux,
sans autopsie, de Poulard et de Noguès et Sirol (même Société,
7 février et 7 mars 1901). Enfin Crouzon, Babinski, puis Pierre
Marie ont présenté à la Société de Neurologie (11 janvier et
7 juin 1900; 18 avril 1901; 9 janvier 1902) un malade à diagnostic
difficile (tic d'élévation ou paralysie de l'abaissement) à propos
duquel Parinaud (citant, en plus, un fait de Bettremieux) admet la
possibilité d'un siège cortical ou sous-cortical pour l'altération dans
les cas de cet ordre; Brissaud accepte aussi cette manière de voir.
1. Sauvineau, Thèse de Paris, 1892 et Recueil d'ophtalmologie , 1894,
t. XVI, p. 592.
2. Teillais, Bulletins et mémoires de la Société française dy ophtalmologie,
1899, t. XVII, p. 405. J. GRASSET. — L'ACTION MOTRICE BILATÉRALE 439
Expérimentalement, Mott et Schaefîer (cités par Jules Soury
p. 938) ont distingué dans le centre frontal de l'oculomotricité :
1° un territoire moyen dont l'excitation détermine la déviation
conjuguée simple; 2° un territoire supérieur, dont l'excitation est
suivie d'une déviation latérale avec abaissement dés globes oculaires;
3° un territoire inférieur, dont l'excitation provoque, avec la dévia
tion latérale, une élévation des globes oculaires. Et Bechterew (loco
cit., p. 682) : « Mes propres recherches, faites sur le singe, m'ont
permis de constater que l'excitation de la partie antérieure du lobe
occipital dirige les globes oculaires en haut et du côté opposé; celle
de la portion la plus reculée du même lobe, en bas et du côté
opposé ».
Dans sa thèse (Paris, 1903), Desclaux l montre que chaque hémi
sphère a bien une action sur les deux yeux pour l'abaissement et
l'élévation, avec plus marquée sur l'œil opposé. C'est la
bilatéralité de cette action motrice de chaque hémisphère qui
explique la rareté, dans l'hémiplégie cérébrale, de la paralysie du
suspiciens ou du despiciens.
II
FAITS RELATIFS AUX MOUVEMENTS BILATÉRAUX SYNERGIQUES
1. Il y a un certain nombre de mouvements bilatéraux synergi
ques qui sont rarement atteints ou qui ne le sont qu'à un faible
degré dans l'hémiplégie cérébrale; ces mouvements sont au con
traire atteints quand une deuxième lésion symétrique, dans l'autre
hémisphère, développe le tableau symptomatique de Y hémiplégie
double ou bilatérale. Ces observations cliniques prouvent bien que
l'action de chaque hémisphère est bilatérale pour ces mouvements,
comme pour ceux des yeux.
Sicard a récemment montré (Société de Neurologie, 9 novembre 1899)
par quels artifices on peut déceler chez les hémiplégiques un faible
degré de paralysie des muscles abdominaux : par exemple, faire
rentrer le ventre, le gros ventre, palpation de l'orifice inguinal dans
la toux. De même, « Féré, Puglièse et Milla ont montré que sou
vent, dans la respiration calme, la moitié du thorax du côté
hémiplégique s'élève moins et se dilate moins uniformément que
l'autre moitié ».
Babinski a également étudié, au cours de divers mouvements
provoqués, le muscle peaucier du cou chez les hémiplégiques et a
trouvé, du côté paralysé, des modifications de tension et de pliss
ements cutanés.
Ces travaux et la nécessité des artifices qui y sont étudiés prou
vent bien que chaque hémisphère préside à ces mouvements des deux
côtés, avec prédominance d'action du côté opposé.
1. Voir aussi : Mirallié et Desclaux, Société de Neurologie, 4 juin 1903 ;
Wilson, ibidem, 1 janvier 190-i, et Mirallié, ibidem, 3 mars 1904. .
440 REVUES GÉNÉRALES
2° Pour la déglutition, la chose est très nette.
D'après Trapeznikoff1, il y aurait trois étages de centres de la
déglutition situés de la manière suivante chez le chien : 1° à l'angle
postérieur du plancher du quatrième ventricule ; 2° à la partie pos
térieure de la couche optique et des tubercules quadrijumeaux anté
3° dans l'écorce au niveau de la région antérieure de la rieurs;
deuxième frontale, à l'extrémité antérieure dé la seconde incisure
(centre de Bechterew et d'Ostankow) et aussi en un point corre
spondant à l'angle formé par la scissure olfactive et la scissure
présylvienne, immédiatement au-dessus du trou olfactif.
Chez l'homme, les centres corticaux ont bien une action bilaté
rale 2 puisque la dysphagie est très rare dans l'hémiplégie par lésion
de l'hémisphère; elle constitue au contraire un symptôme constant
des lésions bulbaires (noyaux des nerfs et centres des réflexes de la
déglutition) et elle apparaît aussi quand une lésion hémisphérique
bilatérale entraîne le tableau clinique de ce que l'on appelle la
paralysie pseudobulbaire (Lépine 3) que cette double lésion siège
dans la région de l'écorce, dans le centre ovale ou dans la région
optostriée.
3. Le même groupe de faits anatomocliniques montre aussi que
l'action motrice de chaque hémisphère est bilatérale pour Y articu
lation des mots et la phonation.
a. Si le centre du langage proprement dit est unilatéral (pied de
la troisième frontale gauche) le centre de V articulation des mots est
dans les deux hémisphères. Dans chacun des hémisphères ce centre
paraît situé dans la région de l'opercule d'Arnold : lèvre supérieure
de la scissure de Sylvius, « depuis le cap de la troisième frontale
jusqu'au lobule pariétal inférieur », que l'on peut subdiviser en
opercules frontal, rolandique, pariétal, du fond de Sylvius. Chacun
de ces centres a une action bilatérale.
Aussi dans l'hémiplégie cérébrale, si on peut observer une certaine
difficulté pour articuler à cause de la paralysie des lèvres et surtout
de la langue, on observe très rarement de la dysarthrie persistante;
la dysarthrie, pouvant aller jusqu'à l'anarthrie4, est au contraire un
symptôme fréquent et classique de l'hémiplégie double (paralysie
pseudobulbaire) par lésion bilatérale, spécialement de la région
optostriée ou capsulaire. Brissaud a très bien étudié la dysarthrie
de ces malades.
Dans certains cas rares (Ross, Drummond, Kirchhoff, Nothnagel)
1. TRAPEZNikoFF, Conférence de la clinique ne ui'opsy chique de Saint-
Pétersbourg, 1897 (Revue neurologique, 1897, p. 348).
2. Rethi, lui aussi, admet l'action bilatérale du centre de la déglutition.
3. Lepine, Revue mensuelle de médecine et de chirurgie, 1877. Voir aussi
les thèses de Galavielle (Montpellier, 1893), Leresche, Haupré et Comte
(Paris, 1890, 1894 et 1900), et l'article de Brissaud et Souques, Traité de
médecine, 2e édit., t. IX, 1904, p. 224.
4. C'était le cas de mon malade dont l'observation (avec autopsie) a été
le point de départ de la thèse de Galavielle. GRASSET. — L'ACTION MOTRICE BILATERALE 441 J.
une lésion unilatérale de la masse optostriée (intéressant le noyau
caudé et le putamen ou la subtance blanche qui avoisine immédia
tement ces ganglions) peut aussi entraîner la dysarthrie. Pour
expliquer ces faits, d'ailleurs exceptionnels, Brissaud et Halipré ont
proposé des schémas dans lesquels chaque noyau lenticulaire com
muniquerait, directement ou parle corps calleux, avec l'écorce céré
brale des deux côtés.
b. Les choses se passent de la même manière pour le larynx et
la phonation.
Les paralysies du larynx sont très rares dans les lésions unilaté
rales du cerveau, fréquentes dans les lésions bilatérales.
Lubet Barbon (Thèse de Paris, 1887, n° 294) a publié divers faits de
paralysie du larynx dans l'hémiplégie cérébrale, notamment ceux
de Lewin l et de Garel 2 et aussi ceux de Gibb et Bryson Dela-
van (1885). J'ai moi-même publié3 un cas de paralysie centrale du
laryngé supérieur dans une hémiplégie, paralysie laryngée contem
poraine de l'ictus et se traduisant par la voix eunucoïde.
Mais, en général, quand la paralysie est « limitée d'un seul côté,
les troubles phonétiques sont peu considérables, ils se traduisent
par de la raucité des sons et de la dysphonie, tous phénomènes qui
passent souvent inaperçus... » (Lubet Barbon).
Le centre cortical du larynx est placé par Garel « sur le pied de
la troisième frontale, au voisinage du sillon qui sépare cette région
du pied de la partie inférieure de la frontale ascendante ». Krause a
trouvé le centre de l'adduction glottique chez le chien à la partie
inférieure de la frontale ascendante, sur sa jonction avec la tro
isième frontale. Semon et Horsley sont arrivés au même résultat
sur le macaque. Dejerine (Siocété de Biologie, 1891) a publié deux
belles autopsies de lésion des faisceaux blancs qui partent de ce
centre. Onodi (1894) a ajouté chez le chien un autre centre vocal,
plus bas, profondément situé entre les tubercules quadrijumaux
antérieurs et les postérieurs4.
La plupart des physiologistes ;; admettent une action bilatérale de
ces centres sur les muscles du larynx.
D'après Semon et Horsley, « les centres laryngés des deux hémi
sphères se partagent également la fonction motrice des moitiés
ou de la totalité de la glotte ». Simerka est du même avis. Brissaud
et Souques se rangent plutôt, avec raison, à la manière de voir de
Masini : « Chaque hémisphère exercerait une action prédominante
sur la moitié opposée de la glotte, non sans être capable d'actionner
plus faiblement l'autre moitié ».
1. Lewin, Berliner klinischer Wochenschrift, 1875.
2. Garel, Annales des maladies du larynx, juin 1886.
3. Congrès de Bruxelles, 1903. Revue neurologique, 1903, p. 873.
4. Voir Gastex et Barbier, Traité de médecine et de thérapeutique
de Brouardel et Gilbert, 1900, t. VII, et Déjerine, Traité de Pathologie
générale de Bouchard, t. V, 1901.
5. Voir Jules Soury, loco cit. 442 REVUES GÉNÉRALES
III
FAITS RELATIFS AUX MEMBRES
II semble plus difficile d'admettre et de comprendre une action
bilatérale de chaque hémisphère sur les mouvements des membres.
Il y a cependant, à l'état physiologique, des mouvements bilaté
raux, simultanés et synergiques, des membres qui semblent bien
prouver une action motrice bilatérale de chaque hémisphère. Tels
sont par exemple les mouvements simultanés d'une jambe et du
bras opposé dans la marche, les mouvements de circumduction
simultanée des deux mains, autour du poignet ou du coude. Les
deux membres inférieurs agissent simultanément et synergiquement
dans la marche...
D'autre part, certains hémiplégiques présentent des mouvements
associés (syncinésies), c'est-à-dire que, ne pouvant pas mouvoir les
membres paralysés seuls, ils peuvent les mouvoir simultanément On'
avec les membres sains. peut rapprocher de ces phénomènes
les parakinésies décrites par de Bück 1 . Babinski 2 a cité un exemple
de mouvements se produisant dans le membre inférieur paralysé à
l'occasion de mouvements volontaires dans les bras, et Friedel Pick 3
un exemple de du bras sain imité par le membre
paralysé.
Enfin chez les anciens hémiplégiques on voit parfois apparaître
des troubles dans le fonctionnement du côté sain.. Brown Séquard
les a signalés; Pitres et Dignat et d'autres 4 les ont bien étudiés. On
peut les attribuer à une extension de la lésion initiale, de l'hémi
sphère malade aux nerfs du même côté.
Ces trois groupes de faits semblent donc bien indiquer une action
bilatérale de chaque hémisphère. Pour comprendre cette il faut bien connaître les travaux récents sur le trajet du
faisceau pyramidal.
Des neurones sensivomoteurs de la zone périrolandique partent
des prolongements centrifuges qui forment le faisceau pyramidal et
descendent pour entrer en connexions avec les prolongements celluli-
pètes des neurones des cornes antérieures de la substance grise de la
moelle.
Quel est le trajet de ces faisceaux moteurs?
De l'écorce cérébrale périrolandique ces prolongements traver
sent la substance blanche du centre ovale, se réunissent dans les
deux tiers antérieurs du bras postérieur de la capsule interne
(entre la couche optique et le noyau lenticulaire du corps strié), au
1. Dp Bück, Journal de Neurologie, 1899, p. 361.
2. Babinski, Société médicale des hôpitaux, 1897 (Revue neurologique,
1898, p. 151).
3. Friedel Pick, Congrès de Paris, 1900, Section de neurologie.
4. Voir Pierre Marie et Georges Guillain, Revue de Médecine, 1903,
p. 798.

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