L'anticipation dans la résolution d'une tâche complexe - article ; n°1 ; vol.64, pg 83-100

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L'année psychologique - Année 1964 - Volume 64 - Numéro 1 - Pages 83-100
Une épreuve est élaborée dans laquelle le sujet doit effectuer des choix successifs en prenant garde à ne pas utiliser parmi les moyens de réponse mis à sa disposition ceux qui lui seront indispensables ultérieurement. Trois expériences réalisées avec des élèves de 10 à 11 ans ont montré que : a) Souligner la présence d'une alternative par l'énumération des diverses possibilités de réponse est sans effet sur le déclenchement d'une conduite anticipatrice, sauf après un échec antérieur ; b) La découverte au sein d'un segment initial d'activité de l'existence de restrictions au répertoire des choix n'étant pas généralisée aux segments ultérieurs, aucune conduite anticipatrice d'ensemble ne s'ensuit ; c) L'échec suscite des conduites anticipatrices chez des sujets qui en étaient dépourvus antérieurement ; d) Outre une anticipation d'ensemble nécessaire à la réussite de la tâche, des formes plus élémentaires d'anticipation peuvent être distinguées.
A test is divised in which the subject is supposed to make successive choices, but to keep all the time from choosing those elements of solution put at his disposal which which will be indispensable to him later on. Three experiments made with pupils 10 and 11 years old have shown that : a) To emphasize the existence of an alternative through the enumeration of the various possibilities of response is of no effect upon the setting off of an anticipatory conduc, except after a former failure ; b) The discovery, amidst an initial segment of activity, of the existence of restrictions upon the repertory of choices not being generalized to ulterior segments, there does not follow any general anticipatory behavior ; c) Failure arouses anticipatory conduct in subjects that had not shown it before ; d) Besides a general anticipation necessary to the successful achievement of the task, more elementary forms of anticipation may be distinguished. covery, amidst an initial segment of activity, of the existence of restrictions upon the repertory of choices not being generalized to ulterior segments, there does not follow any general anticipatory behavior ; c) Failure arouses anticipatory conduct in subjects that had not shown it before ; d) Besides a general anticipation necessary to the successful achievement of the task, more elementary forms of anticipation may be distinguished.
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1964
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C. George
L'anticipation dans la résolution d'une tâche complexe
In: L'année psychologique. 1964 vol. 64, n°1. pp. 83-100.
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George C. L'anticipation dans la résolution d'une tâche complexe. In: L'année psychologique. 1964 vol. 64, n°1. pp. 83-100.
doi : 10.3406/psy.1964.27148
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1964_num_64_1_27148Résumé
Une épreuve est élaborée dans laquelle le sujet doit effectuer des choix successifs en prenant garde à
ne pas utiliser parmi les moyens de réponse mis à sa disposition ceux qui lui seront indispensables
ultérieurement. Trois expériences réalisées avec des élèves de 10 à 11 ans ont montré que : a)
Souligner la présence d'une alternative par l'énumération des diverses possibilités de réponse est sans
effet sur le déclenchement d'une conduite anticipatrice, sauf après un échec antérieur ; b) La
découverte au sein d'un segment initial d'activité de l'existence de restrictions au répertoire des choix
n'étant pas généralisée aux segments ultérieurs, aucune conduite anticipatrice d'ensemble ne s'ensuit ;
c) L'échec suscite des conduites anticipatrices chez des sujets qui en étaient dépourvus antérieurement
; d) Outre une anticipation d'ensemble nécessaire à la réussite de la tâche, des formes plus
élémentaires d'anticipation peuvent être distinguées.
Abstract
A test is divised in which the subject is supposed to make successive choices, but to keep all the time
from choosing those elements of solution put at his disposal which which will be indispensable to him
later on. Three experiments made with pupils 10 and 11 years old have shown that : a) To emphasize
the existence of an alternative through the enumeration of the various possibilities of response is of no
effect upon the setting off of an anticipatory conduc, except after a former failure ; b) The discovery,
amidst an initial segment of activity, of the existence of restrictions upon the repertory of choices not
being generalized to ulterior segments, there does not follow any general anticipatory behavior ; c)
Failure arouses anticipatory conduct in subjects that had not shown it before ; d) Besides a general
anticipation necessary to the successful achievement of the task, more elementary forms of anticipation
may be distinguished. covery, amidst an initial segment of activity, of the existence of restrictions upon
the repertory of choices not being generalized to ulterior segments, there does not follow any general
anticipatory behavior ; c) Failure arouses anticipatory conduct in subjects that had not shown it before ;
d) Besides a general anticipation necessary to the successful achievement of the task, more elementary
forms of anticipation may be distinguished.Service de Recherche
de V Institut National d'Orientation Professionnelle
L'ANTICIPATION DANS LA RÉSOLUTION
D'UNE TACHE COMPLEXE
par C. George
Le terme anticipation est fréquemment utilisé dans le langage
courant pour désigner l'évocation d'une situation future. En
psychologie on lui attribue habituellement une signification plus
opératoire, la préparation d'un organisme à des modifications
de l'environnement non encore actualisées.
L'anticipation intervient à tous les niveaux du comporte
ment, des plus élémentaires aux plus complexes. Dans l'acte
moteur lui-même on peut dissocier deux phases, la seconde seule
contribuant effectivement à la réalisation du but poursuivi,
tandis que la première a pour fonction d'accroître l'efficience des
effecteurs mobilisés par la seconde. Ainsi dans le saut la mise en
jeu des extenseurs est précédée par celle des fléchisseurs. L'anti
cipation a surtout été étudiée dans des situations où l'organisme
doit effectuer des réponses successives à des stimuli successifs.
Il peut y avoir simplement préparation à percevoir un stimulus
attendu, ou bien encore un chevauchement de l'activité percep
tive et effective permettant de recueillir avec une avance variable
(par rapport au moment où la réponse correspondante sera
réalisée) les éléments d'information nécessaires et d'assurer ainsi
plus de rapidité et de souplesse à l'enchaînement des gestes
successifs effectués. Surtout, grâce à l'apprentissage des liens de
consecution stables entre stimuli, l'organisme devient capable
de déclencher son action avant l'apparition du stimulus qui la
justifie (menace, nourriture...), parce que d'autres stimuli sont
appréhendés comme des antécédents constants de celui-ci et
acquièrent ainsi la valeur de signaux.
Des problèmes nouveaux surgissent lorsqu'on envisage des 84 MÉMOIRES ORIGINAUX
situations plus complexes, dans lesquelles d'une part la nature
de la réponse n'est pas spécifiée exclusivement par le stimulus,
l'organisme disposant d'une liberté plus ou moins grande pour
élaborer celle-ci, et où la réalisation de la tâche implique d'autre
part non pas la mise en jeu d'un acte isolé ou la répétition du
même acte, mais une pluralité d'actes différents. Dès l'instant
où le but poursuivi entraîne la réalisation d'une succession d'acti
vités parcellaires distinctes, il importe de les articuler entre elles
de telle sorte qu'aucune ne puisse entraver ou interdire la réali
sation des suivantes. L'expérience propre ou collective met à
notre disposition des schemes opérationnels, des « patrons »
d'activité, qui règlent la nature et la succession des différents
gestes requis par les tâches usuelles. Mais il arrive souvent que
ces schemes opérationnels fassent défaut et que l'activité doive
en quelque sorte être « inventée ».
Lors de l'élaboration d'une tâche complexe il faut donc
considérer les exigences ultérieures relatives à chacune des
activités parcellaires successives. On peut ranger ces exigences
en deux groupes, les unes n'exigeant pas de préparation ou de
précaution préalables, parce que l'individu sera d'emblée apte
à les satisfaire lorsqu'elles surgiront dans le champ de son activité,
les autres au contraire imposant un certain nombre de contraintes,
de restrictions, aux activités parcellaires qui les précèdent. Ainsi
il n'est pas nécessaire à un groupe de campeurs voyageant dans
une région isolée d'avoir déterminé à l'avance exactement le
lieu où ils camperont le soir, le choix pouvant être effectué à
ce moment bien qu'il soit soumis à certains impératifs, mais par
contre ils devront s'être procuré à l'avance tout ce qui leur sera
nécessaire pour la préparation de leur repas et la réalisation du
campement.
Dans de telles situations, anticiper ce n'est pas seulement
identifier les exigences futures qu'il faudra affronter, c'est
essentiellement discerner celles de ces exigences qui imposent
des contraintes à l'activité présente. Agir de proche en proche
en ne considérant chaque fois que la situation immédiate où
s'insère l'activité peut conduire à un échec car certaines réponses,
momentanément correctes en ce sens qu'elles réalisent un aju
stement satisfaisant aux exigences présentes, sont néanmoins
susceptibles d'hypothéquer le déroulement ultérieur de l'activité.
Les trois expériences rapportées ici s'inscrivent dans l'examen
des facteurs susceptibles de favoriser ou de contrecarrer le
déclenchement d'une conduite anticipatrice. On sera en outre i
GEORGE. RÉSOLUTION D'UNE TACHE COMPLEXE 85 C.
conduit à distinguer des conduites anticipatrices de niveau diffé
rent intervenant au sein d'une tâche identique. Une même
épreuve ayant été utilisée pour tester les hypothèses de ces
expériences, celle-ci sera d'abord décrite.
l'épreuve utilisée
Deux lignes parallèles délimitent une « piste » divisée par des traits
transversaux et équidistants qui représentent des haies que le cheval
(une figurine en plastique) doit sauter (voir ci-dessous). Le sujet dispose
de jetons sur lesquels sont marqués des chiffres, chaque jeton auto
risant le saut d'un nombre de haies correspondant au chiffre marqué.
Les jetons disponibles sont strictement spécifiés pour chaque piste. La
piste comprend des segments blancs et des segments gris. Il n'y a
qu'une seule façon de franchir un segment gris, car le cheval doit sauter
en une fois toutes les haies correspondant à celui-ci, en commenç
ant obligatoirement son saut immédiatement avant, et en retombant
immédiatement après. Le cheval ne doit en aucune façon retomber sur
une case grise.
L'ÉPREUVE DU « PETIT CHEVAL » : LES PISTES UTILISÉES
Piste d'essai I : 18 haies, 5 jetons.
Départ I I. I V/m/A/A 111
Les jetons : 2, 2, 3, 5, G
(ordre d'utilisation des jetons : 3, 5, 2 -ï- 2, 6)
Piste d'essai II : 21 haies, 7 jetons.
Départ m \ \ \
Les jetons : 1, 2, 3, 3, 3, 4, 5
(ordre d'utilisation des jetons : 1, 2, 4, 5, 3 -f 3 + 3)
Piste test I : 23 haies, 8 jetons.
Départ \ \ \ \ m iTTT
Les jetons : 1, 2, 2, 2, 3, 4, 4, 5
(ordre d'utilisation : 4, 2, 4 -f 1, 3, 5, 2, 2)
Piste test II : A) 31 haies, 10 jetons.
B) 23 7
»-B
V^WA\ I I II I I I I» Départ A 1111
Les jetons, II A : 1, 2, 2, 2, 3, 3, 3, 4, 5, 6
Les II B : 1, 2, 3, 3, 3, 5, G
(ordre d'utilisation en II A : 2 + 2, 4, 6 + 1, 3, 3 -f 2, 3, 5) 86 MÉMOIRES ORIGINAUX
Dans l'expérience III, on présentait au groupe expérimental la
totalité de la piste, soit II A, au groupe contrôle seulement la partie
située à droite du trait pointillé, soit II B.
N.B. — En indiquant pour chaque piste l'ordre d'utilisation des
jetons, on a relié par le signe + les jetons qu'il faut utiliser pour franchir
chaque segment blanc particulier. Il est évident qu'au sein d'un tel
segment l'ordre est indifférent =4 + 1 = 1 + 4.
Il n'existe aucune restriction pour traverser un segment blanc, qui
peut être franchi soit en bloc avec un seul jeton, soit en plusieurs
fois avec plusieurs jetons (voir la figure).
Ce sont les segments gris qui engendrent les contraintes car ils
imposent des restrictions au choix des jetons à utiliser pour franchir
les segments blancs. Si pour franchir par exemple un segment gris il
faut sauter 4 haies, seul le jeton avec le chiffre 4 peut être utilisé pour
cela ; si un tel jeton est unique, il faut nécessairement franchir les
segments blancs antérieurs comprenant 4, 5... haies sans utiliser ce
jeton, sinon le cheval sera bloqué au moment de sauter le segment gris
considéré et ne pourra plus progresser. Dès le départ, le sujet doit donc
tenir compte des jetons qui lui seront indispensables ultérieurement
et les réserver.
Notons que les contraintes peuvent provenir éventuellement des
segments blancs. Par exemple entre deux segments gris, la piste peut
comprendre un court segment blanc englobant une haie : on ne
utiliser pour le franchir que le jeton avec le chiffre un (par suite des
restrictions imposées au saut des segments gris). Si un segment blanc
comprend deux haies et que l'on n'a mis à la disposition du sujet aucun
jeton avec le chiffre un, il n'existe alors qu'une seule façon de le franchir
en utilisant un jeton avec le chiffre deux : il faudra donc se réserver
un tel jeton au cours des sauts antérieurs. En résumé, les segments
gris sont rigides par rapport aux segments blancs ; et les
blancs les plus courts sont eux-mêmes rigides (cas d'une seule haie),
ou éventuellement rigides (cas de deux haies). Un long segment blanc
présente le plus de souplesse puisqu'il existe plusieurs combinaisons de
jetons permettant de le franchir (par exemple : pour 6 haies : 6, 5 + 1,
4 + 2, 3 + 3, 2 + 2 + 2, etc.). C'est au sujet qu'il appartient de choisir
la combinaison appropriée, les pistes étant conçues de telle sorte qu'il
n'existe qu'un seul ordre de parcours. (On ne tient pas compte des
permutations possibles à l'intérieur de la combinaison de jetons néces
saires pour franchir un segment blanc).
Deux pistes d'essai ont été réalisées afin de s'assurer de la compréhens
ion des consignes ; elles sont conçues de telle façon que les jetons
indispensables pour les segments gris ne permettent de franchir aucun
segment blanc (voir la figure). Il est donc possible de traverser ces
deux pistes sans découvrir la subordination existant entre les deux
types de segments. En cas d'échec à l'une de ces deux pistes d'essai, GEORGE. RÉSOLUTION D'UNE TACHE COMPLEXE 87 C.
le sujet est invité à recommencer, et on réexpose éventuellement la
partie des consignes en cause s'il y a incompréhension.
La passation de l'épreuve est individuelle et a lieu en temps libre.
Il est strictement interdit de reprendre un jeton déjà joué pour le
remplacer par un autre. Lorsque le sujet joue effectivement, il doit
mettre le jeton utilisé dans une boîte qui fait fonction de tirelire. Tout
coup joué est définitif. Par contre il dispose de la plus grande liberté
pour effectuer son choix ; en particulier les consignes précisent qu'il
peut manipuler comme il l'entend les jetons placés sur la table. Cela
était nécessaire pour que l'échec ou la réussite soient liés à l'anticipation
et non pas à l'efficience mentale des sujets, la réussite sans manipulation
étant difficile.
Dans chaque piste, y compris les pistes test, lorsqu'un sujet faisait
parcourir à son cheval un nombre de haies ne correspondant pas au
chiffre marqué sur le jeton qu'il avait choisi, c'est-à-dire lorsque sur
venait une erreur de décompte, on le lui faisait remarquer et on lui
demandait de rectifier.
I. — Première expérience :
ROLE D'UNE ALTERNATIVE EXPLICITE
1) Formulation de l'hypothèse
Dans notre activité quotidienne il est fréquent d'avoir à faire
un choix, d'avoir à opter pour l'une de plusieurs éventualités.
La décision peut être prise au hasard, ou à la suite d'une
centration sur un aspect particulier sans que tous soient
pris en considération. Cependant bien souvent on cherche à
obtenir les éléments d'information nécessaires pour éclairer
son choix.
Or, les enfants ne discernent souvent pas l'ensemble des
éventualités aux divers moments de l'activité, les plus jeunes
s' engageant par exemple dans la première direction qui s'offre
à eux sans procéder à un examen préalable des possibilités. On
est conduit à se demander si dans une épreuve où les diverses
éventualités seraient présentées simultanément l'anticipation
serait favorisée : le sujet placé alors dans une situation de conflit
pourrait être conduit à projeter son activité au-delà de l'alter
native, pour envisager les conséquences de chaque éventualité
afin de réduire son incertitude. Cette hypothèse ne devient vra
isemblablement valide qu'à partir d'un certain niveau de déve
loppement, en deçà duquel les sujets optent au hasard ou en
fonction de critères inadéquats. ÖÖ MEMOIRES ORIGINAUX
2) Procédure expérimentale
Après les deux pistes d'essai, on présente à tous les sujets une même
piste test (piste I de la figure), la seule modification entre les groupes
contrôle et expérimental étant de procédure : on demande aux sujets
de ce dernier groupe d'énumérer toutes les combinaisons possibles (en
fonction des jetons disponibles) permettant de franchir le premier
segment blanc, qui comporte quatre haies. Ils ne sont autorisés à
commencer qu'après avoir indiqué les trois possibilités (le jeton 4 ; les
jetons 3 et 1 ; les jetons 2 et 2). En fonction de l'hypothèse on attend
une fréquence de réussite plus élevée dans le groupe expérimental. En
outre, on a accordé aux 36 derniers sujets examinés, sans tenir compte
du groupe auquel ils appartenaient, un nouvel essai à la même piste
test en cas d'échec au premier.
3) Les sujets
On a fait appel à 54 garçons élèves du cours moyen 2e année et
âgés de 10 ; 6 à 11 ; 6 ans (élèves ayant suivi une scolarité normale).
Au sein de chaque classe, ils ont été répartis au hasard en nombre
égal entre les deux groupes. L'expérience a eu lieu en fin d'année
scolaire.
La piste test adoptée est relativement difficile à ce niveau. Cela
était imposé par la nécessité d'exclure au maximum les réussites
fortuites.
4) Les résultats
On observe 9 réussites dans le groupe expérimental, 5 dans
le groupe contrôle (27 sujets par groupe). La différence n'est
pas significative : on obtient un chi carré égal à 1,54 ce qui
correspond à une valeur p de .22, en fait de .11 puisque l'hypo
thèse implique un test unilatéral. Dans le sous-groupe des 36 der
niers sujets auxquels on avait décidé d'octroyer un nouvel essai
en cas d'échec au premier, on observe 10 réussites au premier,
et 10 au second. La proportion relative des s'est donc
accrue (10/36 et 10/26).
II. — Deuxième expérience :
ROLE D'UNE ALTERNATIVE EXPLICITE
CONSÉCUTIVE A UN ÉCHEC ANTÉRIEUR
1) Formulation de l'hypothèse
II est possible que le fait d'avoir conscience de la présence
d'une multiplicité d'éventualités ait seulement une incidence
restreinte tant que les sujets n'ont pas de raisons préalables de
considérer que celles-ci ne sont pas équivalentes. Un échec peut GEORGE. RÉSOLUTION D'UNE TACHE COMPLEXE 89 C.
jouer ce rôle, en montrant nettement que certains choix condui
sent à une impasse. On ne peut faire l'hypothèse que si l'expérience
précédente était répétée, mais en répartissant entre les groupes
contrôle et expérimental seulement les sujets ayant échoué à
une autre piste test présentée antérieurement, on observerait une
différence de réussites significative en faveur du groupe expéri
mental. L'hypothèse implique donc la présence d'une interaction
entre les deux facteurs : alternative explicite et échec antérieur.
2) Procédure expérimentale
Les sujets ayant été préalablement répartis entre les deux groupes,
on leur a administré les deux pistes d'essai, puis une nouvelle piste
test relativement difficile (mentionnée sous II A dans la figure), dans
des conditions absolument identiques. Puis on présentait, à tous les
sujets ayant échoué, la piste test I (la même que dans l'expérience
précédente), la seule différence entre les groupes contrôle et expérimental
intervenant à ce niveau : les sujets du second groupe devaient alors
énumérer avant le commencement toutes les combinaisons de jetons
permettant de franchir le premier segment blanc. En outre, on a chrono
métré pour tous les sujets et pour toutes les pistes le temps s'écoulant
entre le moment où le sujet est autorisé à commencer (l'expérimen
tateur pose le cheval au point de départ en disant : « à toi ») et le
moment où le sujet joue son premier jeton.
3) Les sujets
56 garçons, élèves du cours moyen 2e année, âgés de 10 ; 6 à
11 ; 6 ans, ont participé à cette expérience qui s'est déroulée en fin d'année
scolaire.
4) Les résultats
a) La fréquence des réussites observées est rapportée dans le
tableau I :
TABLEAU I
Réussites observées aux deux pistes test
(Expérience II)
On n'a pas présenté la piste test I aux sujets ayant réussi à
la première piste présentée II A.
Réussite Echec à II A Echec à II A Effectifs à II A réussite à I échec à I
Groupe expérimental 13 11 29
27 contrôle .... 6 15 90 MÉMOIRES ORIGINAUX
On observe sensiblement la même fréquence de réussite à la
première piste test présentée II A, 5/29 dans le groupe expéri
mental et 6/27 dans le groupe contrôle. Ces fréquences sont
comparables à celle qui est enregistrée dans le groupe contrôle
de l'expérience I, 5/27, à la piste unique présentée I. Tous ces
sujets ayant opéré jusque-là dans des conditions strictement
identiques sauf en ce qui concerne la piste considérée qui est
plus longue dans l'expérience II et entraîne l'intervention d'un
nombre plus grand de contraintes, on peut constater que la
procédure consistant à autoriser les manipulations de jetons
avant d'effectuer un choix permet bien de minimiser l'aspect
efficience mentale, ces deux pistes test étant théoriquement de
difficulté inégale. Le chi carré calculé à partir des résultats
observés à la piste I (deuxième piste test présentée ici) s'élève
à 3,01 ce qui correspond à une valeur p de .08. L'hypothèse
étant unilatérale les deux groupes diffèrent significativement au
seuil de .04.
Dans l'expérience précédente on avait enregistré le même
nombre de réussites lors d'une première présentation et lors
d'une nouvelle présentation même piste test. Le fait que
le même nombre de sujets du groupe contrôle réussissent d'em
blée à la première piste (6) ou réussissent à la seconde après
échec à la (6) tandis que dans le groupe expérimental
la seconde fréquence (13) est nettement supérieure à la pre
mière (5) est conforme à l'hypothèse d'une interaction.
b) Temps écoulé avant le premier choix. — Un grand nombre
de sujets effectuant leur première réponse très rapidement, sans
exploration visuelle ou manipulations préalables du matériel, les
distributions obtenues sont très dissymétriques, comme l'indique
le tableau II.
Tous les sujets ayant participé à la passation des deux pistes
d'essai et de la première piste test, on a effectué l'épreuve de
la médiane et on a calculé un rho de Spearman (bien que l'emploi
de ce dernier soit ici peu légitime statistiquement), pour chacune
des comparaisons possibles entre ces trois épreuves. On obtient
un chi carré de 10,32 (significatif à .0015) et un rho de .44 dans
la comparaison première-seconde pistes d'essai ; un chi carré
de 17,60 (très significatif à .001) et un rho de .52 dans la compar
aison deuxième piste d'essai-première piste test ; un chi carré
de .91 (non significatif) et un rho de .34 dans la comparaison
première piste d'essai-première piste test. La différence entre les
médianes des groupes expérimental et contrôle à la seconde piste

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