L'apport de la méthode des temps de réaction dans l'étude des performances des malades atteints de lésions cérébrales - article ; n°1 ; vol.73, pg 261-272

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L'année psychologique - Année 1973 - Volume 73 - Numéro 1 - Pages 261-272
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1973
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B. Pillon
L'apport de la méthode des temps de réaction dans l'étude des
performances des malades atteints de lésions cérébrales
In: L'année psychologique. 1973 vol. 73, n°1. pp. 261-272.
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Pillon B. L'apport de la méthode des temps de réaction dans l'étude des performances des malades atteints de lésions
cérébrales. In: L'année psychologique. 1973 vol. 73, n°1. pp. 261-272.
doi : 10.3406/psy.1973.27984
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1973_num_73_1_27984L'APPORT DE LA MÉTHODE
DES TEMPS DE RÉACTION
DANS L'ÉTUDE DES PERFORMANCES
DES MALADES ATTEINTS DE LÉSIONS CÉRÉBRALES
par B. Pillon
Groupe de Recherches neuropsychologiques I.N.S.E.R.M.
Hôpital de la Salpêtrière, Paris
La méthode des temps de réaction est à l'origine de très nombreux
travaux chez les sujets normaux. Son application aux malades atteints
de lésions cérébrales est très ancienne. Une des recherches initiales
serait celle d'Obersteiner en 1874 (Benton, 1958). Depuis, cette méthode
a surtout été utilisée pour la recherche des caractéristiques différentielles
entre les performances de ces malades et celles des sujets normaux :
allongement des temps de réponse, augmentation de la variabilité.
Les auteurs ont également recherché l'influence sur ces caractéristiques
différentielles d'un certain nombre de variables : modalité sensorielle,
complexité de la tâche, intégration intersensorielle, variations de
l'intervalle préparatoire, fatigue, facteurs de motivation. Par contre,
l'influence des caractéristiques de la lésion cérébrale (sévérité, loca
lisation) et des perturbations fonctionnelles a été beaucoup moins
étudiée. A part quelques travaux anciens particulièrement importants,
nous ne citerons que les recherches les plus récentes, celles des vingt
dernières années. Nous nous intéresserons surtout aux résultats obtenus
et les questions méthodologiques ne seront abordées que dans la mesure
où elles sont directement liées aux variables étudiées ou nous paraissent
critiquables et susceptibles de limiter la valeur de certains résultats.
l'allongement des temps de réaction chez les malades
atteints de lésions cérébrales
Dès 1888, Remond montra l'existence de temps de réaction géné
ralement allongés chez les malades ayant des maladies spinales ou
cérébrales. Il observa que les hémiplégiques montrent un ralentissement
de leur temps de réaction aussi bien du côté sain que du côté atteint.
A la suite de la première guerre mondiale, de nombreux chercheurs
(Naville, 1922 ; Verger et Hesnard, 1922) trouvèrent chez ces malades REVUES CRITIQUES 262
un retard considérable des temps de réaction à des stimulus divers,
particulièrement des stimulus auditifs. Steck (1924) signala chez eux
un retard dans la vitesse de l'association verbale.
Benton (1958) qui cite ces différentes études sur les malades post-
encéphalitiques constate que la plupart d'entre eux avaient des troubles
moteurs notables et se demande si la durée de leurs temps de réaction
n'était pas déterminée essentiellement par leur handicap moteur. Il
considère également comme incorrectes les normes utilisées comme base
de référence, normes qui ne tiennent pas compte du facteur que l'on
peut désigner comme « maladie en général ». Avec Blackburn (Blackburn
et Benton, 1955), il confirme l'allongement des temps de réaction chez
des malades atteints de lésions cérébrales, exempts de troubles moteurs,
par rapport à un groupe contrôle de malades hospitalisés (maladies
de la moelle épinière), et leur retard est de 46 % pour des temps de
réaction visuels simples et de 24 % pour les temps de réaction de choix.
Avec Joynt (Benton et Joynt, 1959), cet allongement est retrouvé
aussi bien en utilisant la main ipsilatérale à la lésion que la main contro-
latérale. Il est de nouveau confirmé dans des recherches de Shankweiler
(1959), de De Renzi et Faglioni (1965), de Benson et Barton (1970).
ALLONGEMENT DES TEMPS DE RÉACTION
ET MODALITÉ SENSORIELLE UTILISÉE
Le plus souvent, cet allongement a été étudié sur des temps de
réaction visuels et la plupart des auteurs semblent assez peu se soucier
de l'influence possible de la modalité sensorielle utilisée.
Smith (1947) fait cependant subir à des malades comitiaux, avant
et après section du corps calleux, des temps de réaction simples visuels,
tactiles et auditifs et le temps de réponse, après l'opération, est augmenté
de façon très significative pour les trois catégories, mais surtout pour les
stimulus auditifs, quelle que soit la main utilisée. Verger et Hesnard (1922)
avaient également souligné l'importance du retard lié aux stimulus
auditifs dans le cas d'encéphalite épidémique. Maspetiol, Hécaen,
Semette et Mathieu (1960) étudiant le temps de réaction auditif dans
les lésions corticales le trouvent très ralenti, par rapport au temps de
réaction visuel pris comme référence, dans les lésions temporales, à condi
tion qu'elles soient relativement importantes. Benson et Barton (1970)
trouvent que les temps de réaction simples aussi bien visuels qu'auditifs
sont plus allongés dans les cas de lésions droites que dans les cas de
lésions gauches.
VARIABILITÉ DES TEMPS DE RÉACTION
CHEZ LES MALADES ATTEINTS DE LÉSIONS CÉRÉBRALES
La variabilité des temps de réaction des malades atteints de lésions
cérébrales a été beaucoup moins étudiée que leur allongement. Les
résultats de Blackburn et Benton (1955) indiquent qu'aussi bien dans PILLON 263 B.
les temps de réaction simples que dans les temps de réaction de choix (en
réponse à deux stimulus) ces malades ont une variabilité intragroupe
et intra-individuelle supérieure à celle des sujets-contrôles. Dans un
article récent, Bruhn et Parsons (1971) confirment ces résultats dans
le cas de la variabilité intra-individuelle, tout en soulignant que l'on
ne retrouve pas chez les malades atteints de lésions corticales focalisées
les « blocages » de l'attention et de la vigilance mis en évidence dans
les cas d'épilepsie centrale (Bruhn, 1970).
LE POUVOIR DISCRIMINATIF DES TEMPS DE RÉACTION
ENTRE MALADES ATTEINTS DE LÉSIONS CÉRÉBRALES
ET SUJETS-CONTROLES
Si les temps de réaction semblent nettement discriminer malades
atteints de lésions cérébrales et sujets-contrôles au niveau des groupes,
ce pouvoir discriminatif semble beaucoup plus faible au niveau des
individus. Dans l'étude de Blackburn et Benton (1955) qui seule donne
cette précision, seulement 37 % des malades atteints de lésions céré
brales avaient des temps de réaction visuels simples plus longs que le
sujet-contrôle le plus lent et ce pourcentage n'était plus que de 24 % dans
le cas de réaction de choix.
POUVOIR DISCRIMINATIF ET COMPLEXITÉ DE LA TACHE
Dans ce problème de l'effet discriminatif des temps de réaction, des
auteurs ont essayé de faire intervenir la notion de « complexité » de
la tâche, partant du principe de Jackson (1958) qu'en cas d'atteinte du
système nerveux central les fonctions ou performances plus complexes
ou plus récemment acquises sont plus gravement atteintes que les fonc
tions « inférieures » plus simples ou plus anciennes. Steck (1924) avait
signalé une relation positive entre la complexité présumée de l'associa
tion (mot abstrait contre mot concret) et le degré de ralentissement
dans le temps de réaction chez des malades souffrant de séquelles
d'encéphalite épidémique. Smith (1947), par contre, chez des malades
comitiaux examinés avant et après section du corps calleux, avait
montré qu'après l'opération seuls les temps de réaction simples, quelle
que soit la modalité sensorielle examinée, montrent un allongement
significatif, alors que le changement est presque nul dans des épreuves
de discrimination, qu'elles fassent appel à des relations hémisphériques
supposées directes ou croisées, et dans des épreuves d'association
verbale. Blackburn et Benton (1955) reprennent cette question en
limitant malheureusement leur comparaison aux résultats obtenus
dans des temps de réaction visuels simples ou de choix (limités à deux
stimulus) et ne trouvent aucune différence entre les deux tâches. De Renzi
et Faglioni (1965) comparent le pouvoir discriminatif du P.M. 38, 264 REVUES CRITIQUES
d'une épreuve de temps de réaction visuels simples et d'une tâche
continue de temps de réaction de choix. Les deux épreuves de temps
de réaction discriminaient mieux sujets-contrôles et malades atteint
de lésions cérébrales que le P.M. 38, si l'on ne tenait pas compte du
niveau d'éducation ; la différence disparaissait si l'on faisait intervenir
les années de scolarité. Plus récemment, Miller (1970) a étudié l'influence
du nombre des alternatives (temps de réaction simples, puis 2, 4 et
8 alternatives) sur les temps de réaction visuels chez cinq malades ayant
souffert d'un traumatisme crânien. Le groupe des malades avait des
temps de réaction plus lents que ceux des sujets-contrôles et l'écart
entre les deux groupes augmentait avec la complexité de la tâche.
Enfin, Bruhn et Parsons (1971) opposent essentiellement deux situations
de temps de réaction continus, l'une où le sujet doit répondre à tous
les stimulus, l'autre dans laquelle il ne doit répondre qu'à une partie
des stimulus. Sujets-contrôles et malades avaient des temps de réaction
significativement plus longs dans la deuxième condition, mais l'accroiss
ement était de la même importance chez les deux groupes.
pouvoir discriminatif et utilisation
de deux modalités sensorielles différentes
a l'intérieur d'une même épreuve de temps de réaction
Benton, Sutton, Kennedy et Brokaw (1962) ont comparé les perfo
rmances de malades atteints de lésions cérébrales et celles de sujets-
contrôles à une épreuve de temps de réaction simples en réponse à quatre
stimulus différents présentés en série (2 lumières et 2 sons). Leur but
était de mettre en évidence chez les malades atteints de lésions céré
brales un facteur de « rigidité » comportementale. Un seul résultat
différencie les deux groupes : l'allongement des temps de réaction aux
stimulus visuels précédés d'un stimulus auditif était significativement
plus grand chez les malades atteints de lésions cérébrales que chez les
sujets-contrôles. Un tel effet de retard cross-modal avait été mis en
évidence chez des schizophrènes (Sutton, Hakerem et Zubin, 1961)
mais pour les temps de réaction aux stimulus auditifs précédés d'un
stimulus visuel. En fait, parmi les malades atteints de lésions cérébrales»
seuls les patients atteints de lésions diffuses ou bilatérales montraient
un effet de retard cross-modal plus important que les sujets-contrôles,
non les malades atteints de lésions focales.
Belmont, Birch et Karp (1966) ont cherché à vérifier l'hypothèse
selon laquelle des lésions cérébrales perturberaient plus l'intégration
intersensorielle que l'intégration intrasensorielle. Ils ont montré qu'une
stimulation auditive interpolée avait des effets différents sur les temps
de réaction visuels des malades atteints de lésions cérébrales et sur
ceux des sujets-contrôles ; elle perturbait beaucoup plus les réponses
de ces derniers. De ce résultat, en fait contradictoire avec celui de B. PILLÛN 265
Benton, Sutton, Kennedy et Brokaw (1962) et d'interprétation très
difficile, les auteurs concluent à un dysfonctionnement des mécanismes
d'inhibition chez les malades atteints de lésions cérébrales, lorsque
deux stimulus de nature différente se suivent, et leur hypothèse leur
parait vérifiée.
POUVOIR DISCRIMINATIF ET DURÉE DE L'INTERVALLE PRÉPARATOIRE
Costa (1962) étudie le temps de réaction visuel de patients atteints
de lésions cérébrales en fonction de la longueur et de la constance de
l'intervalle préparatoire. Les sujets-contrôles avaient des temps de
réaction plus courts quand les stimulus étaient présentés après un inter
valle préparatoire bref (.5 s) et que cet intervalle était constant. Pour
les patients atteints de lésions cérébrales, l'auteur ne trouvait aucune
relation entre la durée de l'intervalle préparatoire et la longueur du
temps de réaction. Le fait que cet intervalle soit constant ou non ne
semblait non plus avoir aucune influence. Pour interpréter ces résultats,
Costa fait l'hypothèse d'un manque d'aptitude des malades atteints
de lésions cérébrales à utiliser l'information inhérente à la durée de
l'intervalle préparatoire et à élaborer des attitudes d'attente. La portée
de ces résultats est évidemment limitée par le petit nombre des malades
examinés et l'hétérogénéité de leurs lésions (3 lésions hémisphériques
gauches, 1 lésion droite et 4 lésions diffuses ou bilatérales).
TEMPS DE RÉACTION ET EFFETS DE FATIGUE
Goldstein (1942) affirma l'existence d'une fatigabilité d'apparition
très rapide, dès les 15 premiers essais, dans les temps de réaction simples
des malades atteints de lésions cérébrales. Seul Blackburn (1958)
confirma en partie cette affirmation sur une série de 60 temps de réac
tion de choix. Benton et Blackburn (1957) obtinrent des résultats
équivoques sur des séries limitées à 30 essais. Aussi bien les temps de
réaction simples que les temps de réaction de choix semblèrent montrer
de légers effets négatifs d'apprentissage en ce qui concerne le temps
moyen, mais les différences avec les sujets-contrôles n'étaient pas stati
stiquement significatives. Les malades atteints de lésions cérébrales
montrèrent une augmentation progressive dans la variabilité intra
individuelle pour les réactions simples, mais non pour les réactions de
choix. Shankweiler (1959) avec 60 essais, Costa (1962) avec 180 essais,
Bruhn et Parsons (1971) 98 et même en comparant à
ceux-ci 50 autres temps de réaction séparés des premiers par quarante
minutes de travail continu, ne mirent en évidence aucun signe de fatigue.
TEMPS DE RÉACTION ET MOTIVATION
Blackburn (1958) a étudié l'influence sur les résultats des malades
atteints de lésions cérébrales de conditions de « détente » ou d' « urgence »
et Shankweiler (1959) les effets d'instructions de «succès » ou d' « échecs ». 266 REVUES CRITIQUES
Leur résultat le plus intéressant est l'absence de réaction catastrophique
chez ces malades et même leur possibilité de réagir positivement à
des instructions d' « échec ».
ALLONGEMENT DES TEMPS DE RÉACTION ET SÉVÉRITÉ DES LÉSIONS
Arrigoni et De Renzi (1964) dans un article sur l'apraxie constructive
jugent « raisonnable » de penser que les temps de réaction permettent
une estimation générale du degré d'atteinte du système nerveux central.
De Renzi et Faglioni (1965) et De Renzi et Spinnler (1966) refont la
même hypothèse. Benson et Barton (1970) par contre ne trouvent aucune
corrélation entre l'étendue de la lésion et la vitesse de réaction. Boiler,
Howes et Patten (1970) ne trouvent une corrélation de ce type que chez
les malades qui présentent une tumeur « primitive » de l'hémisphère droit.
ALLONGEMENT DES TEMPS DE RÉACTION
ET LOCALISATION DE LA LÉSION
L'influence de la localisation de la lésion cérébrale a été peu étudiée.
Benton et Joynt (1959) ont seulement montré que chez les malades
qui souffrent d'une lésion cérébrale unilatérale, et sans déficit moteur
des extrémités supérieures, les temps de réaction sont plus longs pour
la main controlatérale à la lésion que pour la main ipsilatérale. Maspetiol,
Hécaen, Semette et Mathieu (1960) ont trouvé un allongement des
temps de réaction auditifs dans les lésions temporales. Arrigoni et
De Renzi (1964), puis De Renzi et Faglioni (1965) ont montré que les
malades atteints de lésions cérébrales droites ont des temps de réaction
visuels significativement plus longs que les malades atteints de lésions
gauches. Benson et Barton (1970) confirment ces résultats non seulement
pour des temps de réaction visuels, mais aussi pour des temps de réaction
auditifs. Etant donné la corrélation élevée entre ces de
visuels et auditifs et leur absence de corrélation avec le reste de la
batterie utilisée, ils interprêtent les temps de réaction comme une
fonction indépendante sur laquelle les lésions corticales droites joueraient
un rôle déterminant.
ALLONGEMENT DES TEMPS DE RÉACTION
ET FONCTIONS PERTURBÉES
Ce problème a également été très peu étudié. Arrigoni et De Renzi
(1964) ont montré que les malades qui présentent une apraxie construc
tive ont des temps de réaction visuels plus longs que les autres malades.
Dans la recherche de De Renzi et Faglioni (1965) à l'épreuve continue
de temps de réaction de choix, les aphasiques réussissaient moins bien
que les non-aphasiques. Les auteurs en déduisent l'importance de la
verbalisation interne dans la réalisation de cette épreuve. De Renzi B. PILLON 267
et Spinnler (1966) ne trouvent aucune corrélation chez des malades
atteints de lésions cérébrales, entre les résultats à une épreuve de
reconnaissance de visages et ceux obtenus à des temps de réaction
visuels simples. « Si l'on accepte l'hypothèse que le de est
un indice de la sévérité de la lésion cérébrale, disent ces auteurs, on
peut conclure que, à la différence de ce qui se passe dans l'apraxie
constructive, des difficultés dans la reconnaissance des visages ne sont
pas systématiquement reliées à la sévérité de l'ensemble du dysfonc
tionnement cérébral. »
SYNTHÈSE
Toute synthèse est partiale et mutilatrice puisqu'elle nous oblige
à choisir les points qui personnellement nous paraissent les plus import
ants. La nôtre n'échappe évidemment pas à cette règle. De la richesse
de ces études nous ne soulignerons, et encore d'un œil critique, que
quelques aspects qui nous intéressent particulièrement : les résultats
qui nous semblent acquis par la méthode, les directions où elle a échoué,
les faiblesses méthodologiques qui nous semblent les plus critiquables.
Les malades atteints de lésions cérébrales ont, en tant que groupe,
des temps de réaction plus longs que ceux des sujets-contrôles, qu'il
s'agisse de temps de réaction simples ou à choix multiple (Blackburn
et Benton, 1955), quelle que soit la modalité sensorielle étudiée (Smith,
1947), que les lésions soient diffuses ou focalisées (De Renzi et Faglioni,
1965), que l'on emploie la main ipsilatérale ou la main controlatérale
à la lésion (Benton et Joynt, 1958).
Les résultats des malades semblent également plus variables que
ceux des sujets-contrôles que l'on examine la variabilité intragroupe
ou la variabilité intra-individuelle, mais les recherches dans ce domaine
(Blackburn et Benton, 1955 ; Bruhn et Parsons, 1971) sont trop peu
nombreuses.
Si les temps de réaction semblent nettement discriminer malades
atteints de lésions cérébrales et sujets-contrôles au niveau des groupes,
ce pouvoir discriminatif est beaucoup plus faible au niveau des indi
vidus (Blackburn et Benton, 1955) et les différentes tentatives pour
l'augmenter en accroissant la difficulté de la tâche ont presque toutes
échoué jusqu'à maintenant. A part l'étude de Miller (1970) sur un
nombre très limité de sujets, dont le seul symptôme était la persistance
de troubles mnésiques, les temps de réaction de choix ne sont jamais
plus discriminatifs que les de simples et l'allongement
du temps de réponse correspondant au passage d'une condition à l'autre
est en général de la même importance chez les sujets-contrôles et chez les
malades atteints de lésions cérébrales (Bruhn et Parsons, 1971).
Benton, Sutton, Kennedy et Brokaw (1962) et Belmont, Birch
et Karp (1966) ont dans une certaine mesure cherché, eux aussi, à 268 REVUES CRITIQUES
augmenter le pouvoir discriminatif des temps de réaction entre malades
atteints de lésions cérébrales et sujets-contrôles, en intégrant deux
modalités sensorielles différentes à l'intérieur d'une même épreuve.
Leurs résultats ne sont pas très probants. Ils discriminent en partie
les deux catégories de patients, mais de façon moins nette que les
tentatives précédentes. De plus, les résultats obtenus dans ces deux
études semblent au moins à première vue assez contradictoires.
Costa (1962), enfin, a fait une tentative analogue en faisant varier
la longueur et la constance de l'intervalle préparatoire : la portée des
résultats obtenus est limitée par le petit nombre de malades examinés
et l'hétérogénéité de leurs lésions.
Les recherches portant sur l'influence de la fatigue ou des conditions
de motivation sur l'allongement des temps de réaction des malades
atteints de lésions cérébrales ont donné des résultats négatifs. La
plupart des études ont échoué à retrouver les phénomènes de fatigue
affirmés par Goldstein (1942), même sur des séries relativement longues
(Costa, 1962) ou après une période prolongée de travail continu (Bruhn
et Parsons, 1971). Quant aux conditions de « détente » ou d' « urgence »
(Blackburn, 1958) ou aux instructions de « succès » ou d' « échec »
(Shankweiler, 1959), elles ont eu finalement des effets assez parallèles
chez les malades atteints de lésions cérébrales et chez les sujets-contrôles
De l'avis même de Benton (1958) le résultat le plus intéressant mis
en évidence par ces deux dernières recherches est V absence de réaction
catastrophique chez les malades et leur possibilité de réagir positivement
à des instructions d'échec.
On peut reprocher aux études citées dans le paragraphe précédent
de n'avoir pas mis en évidence de phénomènes de fatigabilité, parce
que les séries de stimulus utilisées n'étaient pas assez longues pour mettre
en évidence de tels phénomènes. C'est d'ailleurs vrai pour un certain
nombre de recherches et Benton (1958) en est très conscient lorsqu'il
dit : « II faut admettre que ces études ne constituent qu'un test limité
de l'hypothèse générale que les malades présentant des lésions cérébrales
tendent à montrer une susceptibilité excessive de fatigue dans les
épreuves des temps de réaction. Toutefois, elles constituent un test
tout à fait adéquat de la validité de l'affirmation dérivée d'une impression
clinique que de tels malades montreront des effets de fatigue après
les premiers essais dans les réactions simples et de choix. Il apparaît
que ce n'est pas le cas. » Ce reproche de la trop grande brièveté des
épreuves ne peut cependant s'appliquer à la recherche de Bruhn et
Parsons (1971) où la dernière série de temps de réaction étudiée survient
après quarante minutes de travail continu.
Benton (1958) est également conscient de l'insuffisance des recherches
effectuées par ses collaborateurs sur l'influence des facteurs de moti
vation. « II est évident, dit-il, que ces études sur l'influence des facteurs
motivationnels sur le temps de réaction des malades présentant des B. PILLON 269
lésions cérébrales sont d'étendue limitée. Elles ne constituent qu'un
premier pas dans l'étude systématique de la question complexe de
l'influence des facteurs motivationnels dans le comportement de ces
malades. La signification de nombreuses variables, telles que la
complexité et la longueur de la tâche, les rapports entre cette tâche
et les systèmes de motivation fondamentaux du malade, nécessitent
une analyse approfondie. »
L'aspect le plus critiquable des études effectuées sur les temps de
réaction des malades atteints de lésions cérébrales nous paraît une
certaine tendance, sensible dans nombre de ces recherches, à considérer
les temps de réaction comme une fonction traduisant directement la
sévérité de l'atteinte (Arrigoni et De Renzi, 1964), indépendamment
de la modalité sensorielle utilisée, des troubles présentés par le malade,
de la localisation de la lésion et bien entendu des interactions possibles
entre ces différents facteurs. Pourtant Benson et Barton (1970) ne
trouvent aucune corrélation entre l'étendue de la lésion et la vitesse de
réaction, et Boiler, Howes et Patten (1970) ne mettent en évidence
une corrélation de ce type que chez les malades qui présentent une
tumeur « primitive » de l'hémisphère droit. Maspetiol, Hécaen, Semette
et Mathieu (1960) montrent que le temps de réaction auditif est très
ralenti, par rapport au temps de réaction visuel pris comme référence,
dans les lésions temporales relativement importantes. Arrigoni et
De Renzi eux-mêmes (1964), puis De Renzi et Faglioni (1965) ont
trouvé que les malades atteints de lésions cérébrales droites ont des
temps de réaction visuels plus longs que les malades atteints de lésions
gauches. Benson et Barton (1970) confirment ce résultat, non seulement
pour des temps de réaction visuels, mais aussi pour des temps de réac
tion auditifs. Arrigoni et De Renzi (1964) montrent aussi que les malades
qui présentent une apraxie constructive ont des temps de réaction
visuels plus longs que les autres malades et De Renzi et Faglioni (1965)
que les aphasiques réussissent moins bien à une épreuve continue de
temps de réaction de choix que les non-aphasiques.
Enfin, dans une recherche personnelle (Pillon, 1972) à partir d'images
d'objets ou de mots, stimulus assez différents, il est vrai, de ceux géné
ralement utilisés dans les autres travaux cités, nous avons mis en
évidence dans le ralentissement des malades atteints de lésions cérébrales
des variations spécifiques d'une épreuve à une autre liées à la présence
dans le tableau clinique de ces malades de troubles instrumentaux de
la série aphasie-apraxie et à la localisation de leurs lésions. Notre
étude comprenait trois épreuves : une épreuve de désignation d'images,
à partir d'images identiques mais de plus grande taille ; une épreuve
de désignation d'images, à partir de mots ; une épreuve de dénomination
d'images. L'importance du ralentissement à la première épreuve était
liée à la fois à l'existence d'une régression intellectuelle au P.M. 38 et
à celle de perturbations à la figure complexe de Rey ou aux cubes

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