L'archéologie d'Orizaba, Mexique, d'après la collection Biart du Musée de l'Homme. - article ; n°1 ; vol.41, pg 1-20

De
Journal de la Société des Américanistes - Année 1952 - Volume 41 - Numéro 1 - Pages 1-20
20 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1952
Lecture(s) : 17
Nombre de pages : 31
Voir plus Voir moins

Henri Lehmann
L'archéologie d'Orizaba, Mexique, d'après la collection Biart du
Musée de l'Homme.
In: Journal de la Société des Américanistes. Tome 41 n°1, 1952. pp. 1-20.
Citer ce document / Cite this document :
Lehmann Henri. L'archéologie d'Orizaba, Mexique, d'après la collection Biart du Musée de l'Homme. In: Journal de la Société
des Américanistes. Tome 41 n°1, 1952. pp. 1-20.
doi : 10.3406/jsa.1952.2394
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jsa_0037-9174_1952_num_41_1_2394L'ARCHEOLOGIE D'ORIZABA
MEXIQUE
D'APRÈS LA COLLECTION BIART DU MUSÉE
DE L'HOMME
Par Henri LEHMANN.
(Planches I à X).
La région d'Orizaba, ville située entre le haut plateau mexicain et la côte
de l'État de Veracruz, constitue, en quelque sorte, un carrefour de voies de
communication naturelles ; de nos jours, les peuples indigènes les plus divers
s'y côtoient. Elle est donc susceptible de présenter un intérêt particulier pour
l'archéologue. Cependant, aucune fouille organisée scientifiquement n'y a été
réalisée jusqu'ici, et nos seules connaissances archéologiques de cette région
résultent de rares objets qui en proviennent et qui ont été publiés isolément.
C'est ainsi, par exemple, que Seler mentionne plusieurs pièces d'Orizaba vues
au Musée d'Ethnographie du Trocadéro, notamment une statue en terre cuite
d'assez grande taille représentant probablement un dieu Tlaloc, rapportée
vers 1880 par Désiré Charnay (Fig. 1).
Du côté mexicain cette région a été également délaissée ; la grand'route qui
relie Mexico à Veracruz passe par Jalapa, capitale de l'État et laisse Orizaba
à l'écart du grand trafic transitaire entre la et l'Atlantique.
C'est un Français, Lucien Biart, qui constitua la première, et à ma connais
sance, la seule collection archéologique existante de cette région. Biart passa
de longues années à Orizaba et consacra les loisirs que lui laissait sa profession
de pharmacien, à l'archéologie et au passé du pays où il s'était établi. Il réunit
ainsi une collection d'objets mexicains qui fut remise au Musée d'Ethnographie
du Trocadéro non par lui-même, mais par sa famille. Dans le catalogue de
l'Ancien Musée, elle a été enregistrée sous les nos 44029-44324 les 21 et 25 juin,
les Ier, 9, 19 et 28 juillet 1897. Depuis la réorganisation de ce Musée, cette col
lection figure sous le n° 97.25 du nouveau catalogue. A l'exception de cinq
objets dont les étiquettes se sont sans doute détachées, tous les autres ont pu
être identifiés.
Malheureusement, Biart ne voyait guère dans ces pièces que des témoignages
du passé ; il n'a pas prévu qu'elles donneraient lieu à une étude scientifique.
D'ailleurs, les méthodes de fouille étaient à son époque assez anarchiques : on
n'en notait pas exactement les conditions, on ne faisait pas de stratigraphie,
on n'étiquetait même pas les objets. De telle sorte que la collection n'est accom
pagnée d'aucun renseignement sur ses origines.
Société des Américanistes, 1952. 1 DES AMERICANISTES SOCIETE
Dans son livre Les Aztèques, Biart n'y fait que quelques brèves allu
sions x : « ...Mes explorations sur le versant atlantique de la Cordillère m'ont
fait découvrir un nombre considérable de grottes funéraires... Dans presque
toutes celles que j'ai visitées, qu'elles fussent étroites ou spacieuses, j'ai pu
déterrer des figurines et des
vases en terre cuite. Les vases,
à peu d'exceptions près, conte
naient des cendres et des char
bons, au milieu desquels se trou
vait la tête d'un oiseau ou d'un
petit mammifère... Des urnes
qui les contenaient étaient sou
vent recouvertes d'un crâne et
je n'ai jamais rencontré de
squelettes... Agenouillé sur le
sol, je creusais la terre avec
mon couteau, au besoin
mes ongles, et des objets du
Illustration non autorisée à la diffusion temps passé: pointes de flèches,
urnes, colliers, images de dieux,
venaient récompenser ma har
diesse. Souvent après avoir par
couru d'étroits couloirs, je dé
bouchais dans une immense
crypte, où des stalactites me
présentaient leurs merveilles ».
D'après ces passages, Biart
semble avoir plus particulièr
ement fouillé des grottes. En
outre, E. Th. Hamy 2 écrit,
dans sa nécrologie de Lucien
Biart : «... Il (Biart) a pratiqué
Fig. i. — Statue de Tlaloc en céramique, des fouilles dans la grotte d'Es-
Orizaba. (Musée de l'Homme 82. 17. 40). camala, et rassemblé divers
morceaux d'antiquités, en par
ticulier plusieurs statues de pierre qui sont aujourd'hui déposées au Musée
du Trocadéro ».
Mais tandis que Hamy ne mentionne qu'une grotte, Biart parle de nomb
reuses grottes qui devaient certainement se trouver à proximité du lieu de sa
résidence. Joaquin Arroniz 3 décrit cette région dans les termes suivants :
1. Biart (Lucien), Les Aztèques, Paris 1885, p. 152-154.
2. Hamy (E. Th.), Nécrologie de Lucien Biart. Journal de la Société des Améri-
canistes, t. VIII, Paris 1899, p. 196-197.
3. Arroniz (Joaquin). Ensayo de una hisloria de Orizaba. 1867, p. 16. L ARCHEOLOGIE D ORIZABA 3
« A distancia de 8 à 10 km. (de Orizaba) se encuentran los cerros de Tuspango,
Chicahuastla, sitio misterioso que la imagination de los indígenas hizo teatro,
en un tiempo, de sucesos sobrenaturales, segun la leyenda, y el de Cuáutlapa,
especie de santuario gentilico, como el de Escamela, donde los habitantes pri-
mitivos del valle iban a hacer sus adoraciones ».
Les pièces réunies par Biart sont de styles très divers. On serait tenté de
penser que des objets provenant d'un peu partout, au Mexique, ont été apportés
dans cette région d'Orizaba, carrefour de civilisations, par des peuples venus
les uns de la côte atlantique, les autres du haut plateau. Pour confirmer ou
infirmer cette hypothèse, il faudrait procéder à une fouille systématique des
cavernes des environs de la ville, si tant est qu'il s'en trouve encore quelques-
unes intactes. L'étude des cavernes qui a fourni tant de précieux renseignements
sur la préhistoire de l'Europe, a été presque complètement négligée pour l'Amé
rique précolombienne.
En attendant, toute étude de l'archéologie d'Orizaba doit prendre pour base
la collection Biart, telle qu'elle est.
On distingue au moins six groupes stylistiques parmi les objets de cette col
lection :
1) Style des cavernes (ainsi nommé en raison des concrétions pierreuses qui
entourent plusieurs des objets).
2) Style de Tehuacán (selon Seler qui a publié un objet de ce style provenant
de Tehuacán).
3) -Styles du Haut Plateau.
4) Style olmécoïde.
5)mayoïde.
6) Style totonaque.
7) Divers. Dans cette catégorie, nous mettons tous les objets qui ne répon
dent pas exactement aux styles ci-dessus.
Notre étude porte exclusivement sur la céramique, et plus spécialement sur
la poterie figurative. Parmi les 290 pièces dont se compose la collection, 228
appartiennent à ce groupe ; ce sont des objets ou des fragments d'objets
sculptés ou décorés. Il y a en outre 26 vases globulaires ou des écuelles presque
tous de petit format/Quatre labrets et un grelot en céramique, 26 lames ou
pointes en obsidienne, un pilon et deux fragments d'herminette en pierre, un
galet roulé et un collier de perles de pierres et coquillages, complètent l'ensemble.
Bien qu'une statistique soit toujours arbitraire, quand il s'agit d'objets
ramassés un peu au hasard, signalons que les objets des cavernes sont les plus
nombreux (47) ; viennent ensuite les olmèques et les olmécoïdes, puis ceux
que nous désignons sous le nom de Tehuacán. Les objets toltèques, aztèques
et mayoïdes sont à peu près en nombre égal. Enfin, il y a onze objets de type
totonaque.
Style des cavernes.
Biart mentionne, dans le texte cité, que ses recherches l'ont entraîné dans SOCIÉTÉ DES AMÉRICANISTES 4
des cryptes à stalactites. Or, parmi les objets rapportés, plusieurs sont couverts
d'une concrétion pierreuse complète ou partielle, et proviennent évidemment
de cavernes où se sont produites des infiltrations d'eau, vraisemblablement les
cryptes mentionnées par Biart.
Ces objets — la collection en comporte 5 — sont des statuettes représentant
des pumas avec un récipient sur le dos ou des têtes de pumas, sans doute fra
gments de statuettes entières. La concrétion pierreuse dont l'épaisseur varie
de 1 à 6 mm. ne cache pas complètement la forme de l'objet ni les détails. On
distingue très bien les traces des dents, des narines et des yeux de la tête (PI. I,
n° 6) qui est presque recouverte de dépôt calcaire. Dans la
pi. I, n° 8 la couche est très mince et il en manque une partie ; on a dû
essayer de dégager l'objet. Un certain nombre de têtes de pumas qui ont échappé
à la concrétion pierreuse appartiennent au même style. Elles sont caractérisées
par une gueule largement ouverte dans laquelle apparaissent deux rangées de
dents et de crocs de tailles différentes et par la langue qui pend verticalement
ou qui se trouve placée horizontalement entre les crocs. Les yeux, généralement
des disques percés, leur donnent une expression stéréotypée. Les oreilles
dressées ont souvent leur partie supérieure arrondie ; plusieurs sont pourvues
d'un nombre variable de perforations qui représenteraient les taches sur la
peau du félin. Le tesson est lourd et assez mal cuit.
La stylisation n'est pas la même dans la totalité des fragments. Tandis que
la tête n° 3 de la PL I présente des dents de devant, des crocs et des molaires
différenciés, d'autres, plus stylisés, ne possèdent que les 4 crocs, toutes les
autres dents étant supprimées. La forme du nez, pointu dans cette catégorie,
ne se distingue guère de celle des crocs. Dans la tête n° 10 de la PI. I qui appart
ient à ce groupe, les narines ne font pas partie du nez ; ce sont de simples
perforations de chaque côté du nez, juste au-dessus des crocs supérieurs. Le
front est bombé, les yeux appliqués en relief à hauteur des tempes.
La tête la plus réaliste (PI. I, n° 4) n'a conservé que sa partie supé
rieure. Elle est cassée à la hauteur des dents de la mâchoire supérieure, ce qui
ne permet plus de distinguer ces dernières. Mais les yeux, qui gardent d'ail
leurs la forme d'un disque perforé, sont enfoncés dans une cavité dont le bord
supérieur dessine les arcades sourcilières. Les oreilles dressées sont moins
arrondies que dans la catégorie précédente ; elles portent deux rangées d'in
cisions verticales et parallèles. Le nez large, presque aplati, se prolonge à
travers le front, jusqu'à la base des oreilles, en une arête verticale.
L'état fragmentaire des objets ne permet guère de conclusion définitive
sur la destination originelle de toutes ces têtes. Quelques-unes semblent avoir
appartenu à des objets du type de celui qui représente un félin portant un réci
pient sur le dos (PL I, n° 7).
Un groupe d'objets du même style représente un animal à museau allongé
et à oreilles dressées. La forme des oreilles varie, certaines sont identiques à
celles du félin du Ier groupe (PL I, n° 8) ; d'autres ont les extrémités rabattues
en avant en trois petits pans ; un troisième type se caractérise par l'oreille l'archéologie d'orizaba 5
pointue. Quatre objets zoomorphes — des sifflets — sont presque complets.
Dans le premier (PI. II, n° 4), l'animal est debout sur ses pattes postérieures.
Il bat l'air avec ses pattes antérieures, comme s'il faisait le beau. La gueule
est légèrement ouverte. Il porte un collier avec des disques latéraux. Pour qu'il
puisse tenir debout, il a un troisième pied en arrière qui sert de support et en
même temps de tuyau pour le sifflet.
Un autre sifflet (PL II, n° 9) représente le même type d'animal, mais en
position de marche. Il a trois pattes, deux en avant (dont l'une, cassée, manque)
et une en arrière, mais celle-ci n'est pas un tuyau. Le sifflet se trouve à l'i
ntérieur du corps de l'animal. Le tuyau qui sortait diagonalement par une
ouverture pratiquée sur le dos, a disparu.
Les quelque 15 têtes de l'animal à museau allongé, appartiennent proba
blement toutes à des sifflets plus ou moins identiques à ceux que nous venons
de décrire. Elles sont caractérisées par le traitement différent de l'oreille. Nous
en avons déjà distingué trois types. Il en existe un quatrième avec une oreille
dressée portant des incisions verticales et parallèles.
Un seul sifflet représente un oiseau (PL II, n° 15) mais, dans sa conception
générale, il ne se distingue guère des sifflets en chien debout. Il est caractérisé
par sa crête et par son bec, dans lequel il tient une graine. Les yeux consistent
en des perforations circulaires. Il se tenait debout sur ses deux pattes (l'une
fait défaut aujourd'hui) ; les ailes sont indiquées par deux petites protubé
rances pointues latérales. Le tuyau sert en même temps de support.
Le quatrième sifflet semble représenter un singe (PL II n° 13). Il a un gros
ventre sur lequel se place son bras droit, l'autre bras, cassé, manque. La jambe
droite est repliée. La bouche est allongée et ouverte, les narines, indiquées par
de petites perforations. Une protubérance se trouve placée sur le museau. Le
front est bombé, les yeux profondément enfoncés et de forme circulaire. Les
oreilles, protubérances rectangulaires, sont surajoutées. Le sifflet, placé sur
le dos, ne possède plus le tuyau qui devait lui servir de support.
Quatre autres objets ont un caractère anthropomorphe. Le plus grand (PL II,
n° 7) représente un homme barbu, dont les bras pendent le long du corps.
Des incisions marquent les contours de la tête, la bouche et la barbe. Les
oreilles, surajoutées et de forme semi-circulaire, portent une perforation ; les
yeux sont percés. Les deux jambes font défaut ; il ne subsiste que le tuyau du
sifflet qui a dû servir de support.
Une statuette, dont il n'existe plus que la moitié supérieure (PL II, n° 6)
représente un personnage, les bras tendus en avant et. les deux mains jointes.
Les contours de la face sont anguleux. Les trous du nez se trouvent sur la ligne
de la mâchoire supérieure, l'arête du nez est formée par une ligne anguleuse
verticale. De grandes perforations circulaires forment les yeux. La langue est
tirée à moitié. Un collier en boudin entoure le cou. On remarque sur la poi
trine un trou artificiel.
Les deux derniers objets de ce genre sont des têtes humaines ; l'une au crâne
déformé (PL I, n° 9) porte une pastille sur le front, l'autre, simiesque (PL II,
n° 11) a des lignes gravées qui déterminent le contour de la tête. 6 SOCIÉTÉ DES AMÉRiCANISTES
Parmi les vases sans décor, plusieurs peuvent être associés aux objets ci-
dessus décrits. De petit format, ils ont généralement une panse sphérique et
un goulot cylindrique légèrement évasé. L'argile en est rouge et la surface,
plutôt rugueuse. Le travail ne trahit pas un sens particulier de perfection.
Tous les objets examinés jusqu'ici appartiennent sans aucun doute à un
même ensemble stylistique. Leur tesson, nous l'avons dit, est lourd. Il com
porte un noyau gris noir ou noir recouvert d'une couche plus mince, rouge,
obtenue par cuisson finale en atmosphère oxydante. Les objets sont sculptés
à la main avec ces détails décoratifs ajoutés en boudin ou pastillés ou encore
gravés à la spatule. Le style, plutôt maladroit, ne manque pourtant pas de
vigueur, l'artiste fait abstraction des détails. Aucun de ces objets n'a été moulé.
Il semble que nous pouvons joindre le très beau vase n° 2 de la PI. II à cette
catégorie d'objets. Ce vase a une panse lenticulaire à fond plat et à long col
évasé. Deux anses latérales relient le bord du col à la moitié supérieure de la
panse. Une tête humaine, appliquée en relief sur la partie antérieure du vase,
semble relativement grande par rapport aux dimensions du vase. Les yeux en
forme d'amandes sont entourés de cercles en relief, ce qui nous permet de con
clure qu'il s'agit d'une tête de Tlaloc, dieu de la pluie. La bouche ouverte fait
entrevoir la mâchoire supérieure avec ses deux incisives. Le nez porte une
nariguera. Les cheveux sont coupés aux enfants d'Edouard ; on distingue sept
disques pourvus de boutons sur la tête. Le même genre de disque se retrouve
comme ornement d'oreille. Au-dessous de la tête se voit un collier de perles
obtenu par pastillage. Il s'agit de la même technique que dans le sifflet n° 4 de
la PI. II. On remarque encore quelques traces de peinture verte.
Style de Tehuacán.
Une série de têtes anthropomorphes provenant de statuettes relativement
grandes forme une autre catégorie d'objets. Toutes ces têtes, cassées au niveau
du cou, sont creuses à l'intérieur. La céramique en est assez bien cuite, la cou
leur du tesson va du crème au rose orange. Le moule semble avoir servi pour
un certain nombre de motifs. On peut distinguer deux personnages différents,
l'un caractérisé par sa coiffure, l'autre par ses yeux.
Le style des personnages du premier type est assez réaliste, surtout dans
l'obtention du menton, des pommettes et des yeux. Le nez, très saillant, est
parfois aquilin, parfois droit, même un peu retroussé dans un cas. La bouche
est constituée le plus souvent par une fente qui s'ouvre à l'intérieur de la sta
tuette. Dans la mâchoire supérieure, on voit souvent les dents indiquées par
des traits gravés. La coiffure est une sorte de cylindre ou de rectangle bordé
généralement de deux tresses appliquées sur la pièce par pression. Le décor
des tresses a été obtenu par enlèvement d'une partie de la matière ; dans les
creux on remarque encore des empreintes digitales. Cette coiffure semble repré
senter une étoffe nouée latéralement ; deux pans s'en détachent en diagonale.
Des nœuds couvrent partiellement les oreilles très stylisées. Elles sont formées L ARCHEOLOGIE D ORIZABA 7
par des plaques dont la plus grande partie se cache sous un grand disque. Les
yeux sont très légèrement sculptés ; dans deux cas — il s'agit de têtes plus
petites — ils sont gravés. La tête la plus réaliste (PI. VI, n° i) provient du
Paso de Chacaltianguis (à 50 lieues ď Orizaba). Elle a le nez un peu retroussé
et les narines dilatées. Quant à sa coiffure, elle diffère nettement de toutes les
autres : au-dessus du crâne aplati se trouve une sorte de planche qui partage la
tête en deux et sert de base à cinq tiges verticales (dont quatre sont détruites) .
Une de ces têtes (PI. IV, n° 3) peut être considérée comme une transition
entre le premier et le deuxième type de personnage. De caractère encore réal
iste, elle porte la même coiffure que la plupart des autres. Des coins de la
bouche ouverte sortent deux crocs. Un bâton nasal se prolonge des deux côtés
du nez.
Les crocs ont un aspect typique dans la plupart des têtes du deuxième type.
L'une d'elles (PI. II, n° 6) porte des crocs qui prolongent la lèvre supé
rieure jusqu'au-dessous du menton. On peut se demander si l'artiste n'a pas
voulu figurer le yacameztli, emblème du dieu de la pluie, et qui consiste en
une ligne se terminant généralement par deux volutes à l'extrémité des lèvres.
Il n'y a d'ailleurs pas de doute que les personnages de ce type représentent
Tlaloc. Les yeux sont toujours entourés d'un disque en relief comme dans la
plupart des petites têtes de Tlaloc qu'on a trouvées à Teotihuacán et les
cimetières de Tenenepanco et Nahualac. L'œil, au fond du disque, apparaît
parfois stylisé ou avec un caractère réaliste. La coiffure circulaire épouse la
forme du crâne. Elle est compartimentée en rectangles par des rangées de
petites boules. Elle offre dans un cas des caractères différents : elle consiste en
un grand nombre de lacets enveloppant le crâne qui paraît fuyant et par con
séquent déformé. Une agrafe rectangulaire retient ces lacets au milieu du front.
Nous devons classer dans cette catégorie un objet qui n'a pas les attributs
de Tlaloc, mais dont le style est très semblable. C'est certainement le plus
important de la série, bien que nous n'en connaissions qu'un seul exemplaire.
C'est une tête humaine qui apparaît dans la gueule d'un serpent. On identifie
généralement cette représentation avec le dieu Quetzalcoatl (PI. II, n° 2).
Une autre statuette (PI. IV, n° 6) est presque complète. Elle représente
un personnage accroupi, les bras posés sur les genoux. Le corps, évidé à l'in
térieur, a une forme cylindroïde, se rétrécissant un peu vers le cou. Les bras
et les jambes sont appliqués en relief. La tête assez réaliste comporte un men
ton arrondi, un nez aquilin et des yeux en léger relief. La bouche, ouverte,
communique avec l'intérieur ; elle donne à l'homme l'apparence de chanter.
La coiffure est une sorte de couronne entourée de deux bandeaux ou lanières
pourvues de plaques discoïdes. Les bouts de ces bandeaux s'échappent du haut
de la tête et retombent latéralement, par-dessus la coiffure, jusqu'aux oreilles
qui sont cachées derrière deux grands disques. SOCIETE DES AMERICANISTES
Styles du Haut Plateau.
Par styles du Haut Plateau nous comprenons aussi bien le type Teotihuacán
que les types toltèque et aztèque.
On peut attribuer peu d'objets à Teotihuacán. La tête n° 6 de la PI. VII est
un exemple classique. Elle a l'envers concave et est montée sur un cou creux.
Elle porte un front bas et large, un nez petit et un peu retroussé. La bouche
ouverte aux lèvres épaisses découvre deux dents. De grands disques cachent
les oreilles. La coiffure est bipartite : les cheveux coupés aux enfants d'Edouard,
surmontés de motifs et de lignes gravées.
Un deuxième exemple du type Teotihuacán nous est fourni par une tête de
guerrier casqué, relativement réaliste (PI. VII, n° 4). La bouche ouverte
laisse paraître deux dents. Les boucles d'oreille ont la forme de disques. La coif
fure se compose d'une calotte au milieu de laquelle se dressent deux panaches
en forme de crêtes, disposés l'un derrière l'autre. Un bandeau orné d'incisions
est posé en diagonale sur la partie droite de la calotte crânienne.
Quelques statuettes anthropomorphes appartiennent certainement à l'époque
toltèque (176, 177, 179 г et PI. VII, 2, 7). Elles ont sans exception leur partie
postérieure aplatie, ce qui les distingue des nombreuses statuettes de l'époque
aztèque. Les têtes des personnes représentées sont relativement grandes par
rapport au corps. Il s'agit presque exclusivement de femmes, l'une d'elles porte
un enfant dans son bras droit. Deux proviennent certainement du même
moule (176, 177). Les seins sont visibles dans trois cas (176, 177 et PL VII, 7).
Le vêtement consiste généralement en une jupe longue, à bordure droite. Il y
a trois types de coiffures, la plupart de forme rectangulaire avec des coins
arrondis. Une femme porte un bandeau frontal dentelé (176). Le dernier type
de coiffure comporte deux cornes latérales (179) . Les mains sont généralement
ramenées sur le ventre, sauf pour la statuette où la femme tient son enfant
dans les bras.
Parmi les autres objets dont le style fait penser au Haut Plateau mexicain
et plus spécialement aux Aztèques, citons trois têtes humaines en applique
montées sur un col ou fragment de col cylindrique (206 et PL VII, 1, 3). Seule
la moitié antérieure de la tête est sculptée. Le n° 1 de la PL VII est le plus
réaliste. Les yeux et les arcades sourcilières sont en relief et différenciés. Le nez,
bien qu'aquilin est relativement large, les pommettes saillantes, la bouche
ouverte et les lèvres épaisses, presque sensuelles. Au-dessus de la coiffure se
trouve une masse de terre non travaillée.
La tête 206 a pour caractéristique sa longueur relative et un front fuyant.
Elle a les yeux presque fermés, les joues creuses, la bouche ouverte avec des
lèvres épaisses, très semblables à celles de la tête précédente. Malgré les dom-
1. Les nombres entre parenthèses correspondent aux n08 des pièces de la col
lection non reproduites sur les planches. •
l'archéologie d'orizaba 9
mages que le nez a subis, la tête donne l'impression d'avoir été copiée d'après un
modèle. Le prognathisme est très prononcé. La coiffure assez compliquée qui
surmontait la tête n'existe presque plus.
La tête d'applique n° 3 de la PI. VII est un peu plus schématique que les
deux autres. Des lentilles en relief forment les yeux. Le nez est saillant et lég
èrement aquilin, le menton un peu fuyant. La bouche ouverte laisse entrevoir
six dents de la mâchoire supérieure.
Avec cette tête peuvent être mises en parallèle les trois têtes 120, 121, 122.
Elles n'ont pas le tube d'applique, mais les mêmes caractéristiques (yeux en
relief, nez aquilin, rangée de dents et menton fuyant).
La tête 123, réaliste elle aussi, se distingue par son grand nez pointu et les
cercles lenticulaires qui entourent les yeux.
La tète n° 4 de la pi. VII se trouve dans un bec d'oiseau, provenant pro
bablement d'un aigle, dont il ne subsiste qu'une moitié. La tête humaine est
d'un type réaliste avec ses pommettes saillantes, ses yeux en léger relief, son
nez large, sa bouche ouverte et ses cheveux coupés aux enfants d'Edouard.
L'arrière de la tête est concave. La céramique de couleur rouge porte une
couche de peinture blanchâtre.
La statuette n° 5 de la PI. VII — un double sifflet — - se présente sous la
forme d'un personnage accroupi sur quatre pieds, les bras reposant sur les
cuisses. La tête est caractérisée par un grand nez aquilin. La coiffure semi-circul
aire a la forme d'une hache. Le dos bossu se prolonge en sifflet ; sur le côté du
personnage un deuxième sifflet communique avec un trou percé à la place de
l'ombilic. Argile rouge.
Les pieds de ce sifflet sont presque identiques aux trois pattes d'un autre
sifflet zoomorphe (PL IX, 8) en céramique orange. Il s'agit sans doute de la
représentation d'un coyote, debout comme un être humain avec les bras ramenés
sur le ventre. Le dos bossu forme le sifflet et son embouchure ; il communique
avec un trou percé sur le ventre de l'animal. Si plusieurs détails concordent
assez bien avec le sifflet n° 139 qui est de style aztèque, le traitement de l'e
nsemble et la terre orange font plutôt penser au groupe maya ou mayoïde.
Mentionnons ici une dizaine de brûle-parfums représentant des têtes de ser
pent reliés le plus souvent à un fragment de tuyau. Les têtes ont le dessous
soit aplati, soit évidé. Deux têtes sont creuses avec un grelot à l'intérieur (157 et
PL VII, g), une troisième (n° 163), endommagée, l'a perdu. Toutesont un carac
tère plus ou moins réaliste. La mâchoire est généralement relevée, parfois
pointue et toujours précédée de la langue fendue. Dans la gueule ouverte on
entrevoit de chaque côté des dents gravées. Les yeux des nfs 158 et PL VII, 8
sont entourés d'un motif quadrilobé. Le tuyau d'un des manches du n° 10
de la PL VII a une sorte d'écusson en relief, de forme circulaire avec une pro
tubérance centrale ; un motif rayonnant l'entoure.
Aucun des objets n'est complet ; cependant ils appartiennent à un type
connu de brûle-parfums d'au moins 50 cm. de long qui se compose d'un long
manche au bout duquel se trouve une espèce de plat ou de cuiller.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Fouilles de Delphes

de les_archives_du_savoir