L'attention sélective : l'effet du critère de sélection - article ; n°2 ; vol.88, pg 179-195

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L'année psychologique - Année 1988 - Volume 88 - Numéro 2 - Pages 179-195
Résumé
Nous avons étudié comment le critère de sélection d'un objet pertinent influence l'ampleur du traitement des niveaux structurels d'un objet auquel le sujet n'est pas attentif (objet non pertinent). Deux grandes lettres (structure globale) faites de petites lettres (structure locale) sont présentées côte à côte. L'une des grandes lettres était entourée d'un carré et l'autre d'un cercle. On demande aux sujets d'identifier soit la grande lettre ou les petites lettres composant l'un des stimuli (objet pertinent) et d'ignorer un distracteur correspondant soit à la structure locale ou globale de l'objet non pertinent. Trois critères de sélection de l'objet pertinent sont étudiés : a) selon la forme, b) selon la brillance, et c) selon la position spatiale. On trouve que dans les cas où la sélection relève de la forme et de la brillance, les sujets ne peuvent pas ignorer les distracteurs. Ainsi, on observe que dans les situations où la structure locale de l'objet pertinent est identifiée, le sujet ne peut pas ignorer l'aspect local de l'objet non pertinent alors qu'il peut ignorer son aspect global. En revanche, si la structure globale de l'objet pertinent doit être identifiée, le sujet peut résister à l'effet distracteur de la structure locale de l'objet non pertinent, mais il lui est difficile d'ignorer sa structure globale. Par contre, l'efficacité de l'attention sélective est améliorée lorsque l'objet pertinent est choisi sur la base de sa position spatiale. Dans ce cas, les sujets peuvent ignorer les distracteurs apparaissant dans l'objet non pertinent. Ces résultats sont discutés à la lumière du modèle du faisceau attentionnel décrivant l'attention sélective.
Mots clés : attention sélective, critère de sélection, aspects global/local.
Summary : Selective attention : effect of selection criterion.
We investigated how subjects ability to ignore the global and local aspects of a nonattended objet was affected by the criterion used to select the attended object. Two large letters (global aspect) constructed front small letters (local aspect) were presented ; one large letter was surrounded by a square while the other was enclosed in a circle. Subjects were required to attend either to the global or the local aspect of one of the compound stimuli (attended object) and to ignore a distractor located at the global or local aspect of the nonattended object. Three selection criteria were used to define the attended object : a) shape, b) brightness, or c) spatial location. The results show that when shape and brightness selection were required, the ease of ignoring the aspects of the nonattended object was dependent upon the direction of attention. When attention was global-directed, subjects could ignore the local, but not the global aspect of the nonattended object. On the other hand, under local-directed attention, subjects were unable to ignore the local aspect, while they could easily ignore the global aspect of the nonattended object. However, selectivity of attention was greatly improved when the relevant object was located on the basis of its spatial location and, regardless of the direction of attention, subjects were able to ignore both aspects of the nonattended object. The results are discussed in terms of the attentional spotlight metaphor.
Key words : selective attention, selection criterion, global/local aspects.
17 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1988
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Lise Paquet
Karen Appleby
L'attention sélective : l'effet du critère de sélection
In: L'année psychologique. 1988 vol. 88, n°2. pp. 179-195.
Citer ce document / Cite this document :
Paquet Lise, Appleby Karen. L'attention sélective : l'effet du critère de sélection. In: L'année psychologique. 1988 vol. 88, n°2.
pp. 179-195.
doi : 10.3406/psy.1988.29264
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1988_num_88_2_29264Résumé
Résumé
Nous avons étudié comment le critère de sélection d'un objet pertinent influence l'ampleur du traitement
des niveaux structurels d'un objet auquel le sujet n'est pas attentif (objet non pertinent). Deux grandes
lettres (structure globale) faites de petites lettres (structure locale) sont présentées côte à côte. L'une
des grandes lettres était entourée d'un carré et l'autre d'un cercle. On demande aux sujets d'identifier
soit la grande lettre ou les petites lettres composant l'un des stimuli (objet pertinent) et d'ignorer un
distracteur correspondant soit à la structure locale ou globale de l'objet non pertinent. Trois critères de
sélection de l'objet pertinent sont étudiés : a) selon la forme, b) selon la brillance, et c) selon la position
spatiale. On trouve que dans les cas où la sélection relève de la forme et de la brillance, les sujets ne
peuvent pas ignorer les distracteurs. Ainsi, on observe que dans les situations où la structure locale de
l'objet pertinent est identifiée, le sujet ne peut pas ignorer l'aspect local de l'objet non pertinent alors qu'il
peut ignorer son aspect global. En revanche, si la structure globale de l'objet doit être
identifiée, le sujet peut résister à l'effet distracteur de la locale de l'objet non pertinent, mais il
lui est difficile d'ignorer sa structure globale. Par contre, l'efficacité de l'attention sélective est améliorée
lorsque l'objet pertinent est choisi sur la base de sa position spatiale. Dans ce cas, les sujets peuvent
ignorer les distracteurs apparaissant dans l'objet non pertinent. Ces résultats sont discutés à la lumière
du modèle du faisceau attentionnel décrivant l'attention sélective.
Mots clés : attention sélective, critère de sélection, aspects global/local.
Abstract
Summary : Selective attention : effect of selection criterion.
We investigated how subjects ability to ignore the global and local aspects of a nonattended objet was
affected by the criterion used to select the attended object. Two large letters (global aspect) constructed
front small letters (local aspect) were presented ; one large letter was surrounded by a square while the
other was enclosed in a circle. Subjects were required to attend either to the global or the local aspect
of one of the compound stimuli (attended object) and to ignore a distractor located at the global or local
aspect of the nonattended object. Three selection criteria were used to define the attended object : a)
shape, b) brightness, or c) spatial location. The results show that when shape and brightness selection
were required, the ease of ignoring the aspects of the nonattended object was dependent upon the
direction of attention. When attention was global-directed, subjects could ignore the local, but not the
global aspect of the nonattended object. On the other hand, under local-directed attention, subjects
were unable to ignore the local aspect, while they could easily ignore the global aspect of the
nonattended object. However, selectivity of attention was greatly improved when the relevant object was
located on the basis of its spatial location and, regardless of the direction of attention, subjects were
able to ignore both aspects of the nonattended object. The results are discussed in terms of the
attentional spotlight metaphor.
Key words : selective attention, selection criterion, global/local aspects.L'Année Psychologique, 1988, 85, 179-195
Carlelon University1
L'ATTENTION SÉLECTIVE :
L'EFFET DU CRITÈRE DE SÉLECTION2
par Lise Paquet et Karen Appleby
SUMMARY : Selective attention : effect of selection criterion.
We investigated how subjects ability to ignore the global and local
aspects of a nonattended objet was affected by the criterion used to select
the attended object. Two large letters (global aspect) constructed from small
letters (local aspect) were presented ; one large letter was surrounded by a
square while the other was enclosed in a circle. Subjects were required to
attend either to the global or the local aspect of one of the compound stimuli
(attended object) and to ignore a distractor located at the global or local
aspect of the nonattended object. Three selection criteria were used to define
the attended object : a) shape, b) brightness, or c) spatial location. The
results show that when shape and brightness selection were required, the
ease of ignoring the aspects of the nonattended object was dependent upon
the direction of attention. When attention was global-directed, subjects
could ignore the local, but not the global aspect of the nonattended object.
On the other hand, under local-directed attention, subjects were unable to
ignore the local aspect, while they could easily ignore the global aspect
of the nonattended object. However, selectivity of attention was greatly
improved when the relevant object was located on the basis of its spatial
location and, regardless of the direction of attention, subjects were able to
ignore both aspects of the nonattended object. The results are discussed in
terms of the attentional spotlight metaphor.
Key words : selective attention, selection criterion, global/local aspects.
1. Department of Psychology, Ottawa, Ontario, Canada, K 1 S 5 B 6.
2. Cette recherche a été réalisée grâce à l'aide financière du Conseil de
Recherches en Sciences naturelles et en Génie du Canada (subvention A 1247
accordée au premier auteur). Nous tenons à remercier Peter Boos, Marika
Morris et Naomi Howe pour leur collaboration technique et informatique. Lise Paquet et Karen Appleby 180
L'ATTENTION SÉLECTIVE :
L'EFFET DU CRITÈRE DE SÉLECTION
Cette étude est issue de nos travaux antérieurs (Paquet, 1987)
consacrés à la perception d'objets non pertinents situés hors de
la zone focale de l'attention. Le problème que l'on se pose est
de savoir si l'ampleur du traitement accordé aux niveaux struc
turels d'un objet non pertinent varie selon le genre d'attribut
qui sert à orienter l'attention vers un objet-cible (objet pertinent).
La méthode expérimentale que nous avons choisie afin
d'élucider ce problème s'inspire de celle mise au point par
Eriksen et ses collègues (Coles, Gratton, Bashore, Eriksen et
Donchin, 1985 ; Eriksen et Eriksen, 1974 ; Eriksen, et
Hoffman, 1986 ; et Schultz, 1979 ; Eriksen et Saint
James, 1986). La technique d'Eriksen consiste à demander à
des sujets d'identifier une lettre-cible (lettre pertinente) qui
apparaît toujours dans la même position et d'ignorer les lettres
non pertinentes (distracteurs) qui l'entourent. Les distracteurs
peuvent être identiques à la lettre-cible (situation de compatib
ilité de réponses) ou être associés à une réponse différente
(situation d'incompatibilité de réponses). Le résultat le plus
stable est qu'un allongement de la latence de réponse se produit
dans les situations d'incompatibilité de réponses. L'hypothèse
explicative de cet effet (Eriksen et Eriksen, 1974 ; Eriksen,
Eriksen et Hoffman, 1986) repose sur la notion d'activation
mnémonique (identification) des réponses associées aux lettres
non pertinentes situées hors du focus de l'attention. En un mot,
les lettres non pertinentes entreraient en concurrence avec la
lettre-cible lors de l'élaboration de la réponse.
Dans un article précédent (Paquet, 1987), nous avons modifié
cette méthode expérimentale afin de savoir si les structures
locale et globale d'un objet auquel le sujet n'est pas attentif
(objet non pertinent) sont analysées jusqu'au point où leur
identité est déterminée. Nous avons étudié une situation où
l'orientation de l'attention vers un objet pertinent était basée
sur un attribut relevant de la forme. Dans notre expérience
(fig. 1), deux grandes formes (structure globale) faites de petites
formes (structure locale) étaient présentées côte à côte, l'une étant
contenue dans un carré et l'autre dans un cercle. Les sujets
devaient identifier soit la grande lettre (fig. la et le) ou les sélective 181 Attention
petites lettres (fig. le et \d) contenues dans le carré (objet
pertinent) et ils devaient ignorer les lettres situées dans le cercle
(objet non pertinent). Nous avons observé que, dans les cas où
la tâche consistait à identifier la structure locale de l'objet
pertinent (fig. le et ld), une incompatibilité de réponses entre la
structure locale de l'objet non pertinent et la lettre-cible (fig. le)
entraînait une diminution de la performance. Par contre, les
sujets pouvaient ignorer complètement la présence d'incompatib
ilité de réponse entre la structure globale de l'objet non pertinent
et la lettre-cible (fig. Id). A l'inverse, si la cible se trouvait être
la structure globale de l'objet pertinent (fig. la et 16), un allo
ngement de la latence de réponse se produisait dans les cas de
conflit entre la cible et la structure globale de l'objet non perti
nent (fig. lô), mais non dans les situations où la cible et la struc
ture locale de l'objet non pertinent (fig. la) étaient des lettres
différentes.
n 0
□ D
DOQDD GQDGQ Q D 0 D a n D a D
Illustration non autorisée à la diffusion HHHHH EEEEE
H H E E
H H E E H E H E HHHHH EEEEE
Fig. 1. — Exemples des stimuli employés par Paquet (1987)
Examples of figures used by Paquet
Dans la présente recherche, nous examinerons l'hypothèse
selon laquelle ces résultats seraient dus en partie à l'inefficacité
d'une sélection relevant de la forme. Cette hypothèse prend
appui sur un certain nombre d'études qui ont montré que dans
les tâches où un sujet choisit une cible parmi plusieurs distrac
teurs (Bundesen, Pedersen et Larsen, 1984 ; von Wright, 1968,
1970 ; Williams, 1966), l'efficacité de la sélection est moindre
lorsque basée sur une différence de forme plutôt que sur une diff
érence de couleur, de brillance, ou de position spatiale. En outre,
l'étude de Williams fait apparaître que les sujets posent moins
souvent leur regard sur les distracteurs si la cible est définie par
sa couleur plutôt que par sa forme. De tels résultats (voir aussi
ceux de Harms et Bundesen, 1983) nous amènent à pemef que Lise Paquet el Karen Appleby 182
dans une situation aussi complexe que la nôtre (Paquet, 1987),
certains critères de sélection, comme la position spatiale et la
brillance, pourraient réduire l'ampleur du traitement accordé aux
structures de l'objet non pertinent. Si l'on admet cette hypo
thèse, on devrait s'attendre à ce que la capacité à résister à l'effet
distracteur des structures globale et locale de l'objet non perti
nent, dépende du critère de sélection.
Nous avons tenté dans l'étude suivante de valider cette
notion en comparant l'efficacité d'une sélection relevant :
a) de la forme, b) de la brillance et c) de la position spatiale.
Deux hypothèses relatives à l'effet du critère de sélection peuvent
être envisagées. Plusieurs recherches ont indiqué que l'influence
de distracteurs est amoindrie lorsqu'une sélection rapide du
stimulus-cible est possible (Broadbent, 1970 ; Bundesen et al.,
1984 ; Johnston et Heinz, 1978 ; von Wright, 1970). Puisque de
nombreux auteurs ont suggéré que : a) l'information relative à
la brillance et à la position spatiale est analysée plus rapidement
que l'information relevant de la forme (Brannan et Williams,
1987 ; Breitmeyer et Ganz, 1976 ; Goldstein, 1984 ; Uttall, 1981) ;
et b) que l'attribut spatial a un statut particulier et qu'il
constitue un critère de sélection hautement efficace (Hoffman,
1986 ; Johnston et Dark, 1986 ; Kahneman, 1973 ; Nissen, 1985 ;
Possamai, 1986), nous prévoyons qu'il sera plus facile d'ignorer
les structures de l'objet non pertinent si la sélection est basée
sur une différence de brillance ou de position spatiale plutôt que
sur une de forme. D'autre part, il est possible que l'effet
distracteur d'un objet non pertinent soit le produit d'une division
involontaire de l'attention (Eriksen et Eriksen, 1974 ; Kahne
man et Henik, 1981) se produisant après que l'objet pertinent
ait été localisé. Si tel est le cas, nous devrions retrouver les mêmes
résultats que ceux obtenus précédemment (Paquet, 1987), ceci
pour chaque critère de sélection.
ÉTUDE EXPÉRIMENTALE
Pour chaque critère de sélection, nous présentons deux grandes
formes (structure globale) faites de petites formes (structure
locale), l'une apparaissant à l'intérieur d'un carré (objet pertinent)
et l'autre étant placée dans un cercle (objet non pertinent). Les sélective 183 Attention
compatible incompatible.
cible
globale
HHHHH
H H H H
H H HHHHH
Fig. 2. — Exemples des stimuli utilisés dans la présente étude
La situation où la sélection relève de la position spatiale est illustrée
Examples of stimuli used in the present study
The condition where the selection depends on the spatial location is illustrated 184 Lise Paquet et Karen Appleby
sujets doivent indiquer si une lettre-cible — c'est-à-dire la
structure globale (fig. 2a à 2/) ou locale (fig. 2g à 2/) — contenue
dans l'objet pertinent est H ou E. Pour chaque critère de sélec
tion, nous avons fait en sorte que l'objet pertinent corresponde
toujours au carré. Toutefois, seuls les sujets utilisant la forme
comme critère de sélection en sont informés. Pour les autres
sujets, l'objet pertinent est défini soit par sa brillance, ou sa
position spatiale. Nous pensons que ces sujets utiliseront la
brillance et l'attribut spatial comme critères de sélection, ceci
même s'ils se rendent compte que l'objet pertinent est toujours
le carré. Cette prévision découle des travaux de Williams (1966)
qui montrent que même si une cible se distingue par plusieurs
attributs, l'exploration visuelle des sujets est toutefois guidée
par un seul attribut. Cette dominance de certains attributs a
aussi été observée en situation d'apprentissage de concepts
(Kahneman, 1973).
A chaque essai, nous présentons un distracteur (une autre
lettre H ou E) qui est soit identique à la lettre-cible (situation
de compatibilité de réponses, voir fig. 2a, 2c, 2e, 2g, 2i et 2k) ou
qui représente une réponse différente de celle qui est requise
(situation d'incompatibilité de réponses, voir fig. 26, 2d, 2f, 2h,
2/ et 2/). Les sujets reçoivent la consigne d'ignorer ce distracteur.
Comme dans nos travaux antérieurs, le distracteur apparaît
soit à l'intérieur de l'objet pertinent (fig. 2a, 26, 2g et 2h), soit
à la structure globale de l'objet non pertinent (fig. 2c, 2d, 2i, 2/),
ou à la locale de non (fig. 2e, 2f, 2k, 21).
Pour chaque critère de sélection et chaque niveau (local ou global)
de la cible, nous mesurons l'effet du distracteur en calculant la
différence dans la latence entre la situation de compatibilité de
réponses et celle d'incompatibilité (Francolini et Egeth, 1980 ;
Paquet, 1987), ceci pour chacune des trois positions spatiales
du distracteur. Ces trois effets sont appelés respectivement effets
de compatibilité : a) intra-objet, b) inter-objet globale, et
c) inter-objet locale.
MATÉRIEL ET MÉTHODE
Pour chaque critère de sélection, la structure locale a une taille
angulaire de .28° alors que la structure globale mesure de 1,96°. Le
carré mesure 56 mm, tandis que le cercle a un diamètre de 56 mm. Le Attention sélective 185
centre de chaque grande lettre est décalé de 1,6° à droite et à gauche
d'un point de fixation situé au centre du champ.
Lorsque la sélection relève de la forme, les contours du cercle et du
carré (objet pertinent) sont composés de points lumineux qui les rendent
brillants. Par ailleurs, quand la brillance est le critère de sélection, le
contour du carré est brillant (objet pertinent), alors que le contour du
cercle est foncé. Finalement, lorsque la sélection est basée sur la position
spatiale, les contours du cercle et du carré sont brillants et une flèche
mesurant 17 mm apparaît simultanément au centre du champ visuel,
au-dessus du point de fixation. Cette flèche indique la position de l'objet
pertinent qui est toujours le carré. Rappelons que les sujets testés dans
les situations où la sélection relève de la brillance et de la position
spatiale ne sont pas informés du fait que l'objet pertinent est toujours
le carré. La consigne qui leur est donnée définit l'objet pertinent par
la brillance de son contour ou la position spatiale indiquée par la flèche.
D'autre part, soulignons que le carré est présenté à gauche du point
de fixation pour la moitié des essais, et à droite pour l'autre moitié,
selon un ordre aléatoire, ceci pour chaque critère de sélection.
On emploie un micro-ordinateur Apple II plus et un écran à rayon
cathodique Electrohome pour exposer les stimuli. La distance sujet-
écran est de 127 cm. Une boîte munie de trois boutons permet aux
sujets de déclencher l'exposition des stimuli en appuyant sur le bouton
central et d'indiquer leur réponse en pressant le bouton de gauche si la
cible est H et le bouton de droite si la cible est E.
Les sujets participent à deux séances. Lors de la première séance,
la moitié des sujets doivent indiquer si la grande lettre (cible) appa
raissant dans l'objet pertinent est H ou E. Par contre, lors de la
deuxième séance, on leur demande d'identifier les petites lettres (cible)
situées dans l'objet pertinent comme étant H ou E. On renverse cet
ordre pour les autres sujets. La consigne, qui précise le critère de sélec
tion et le niveau structurel de la lettre-cible, est présentée verbalement
au début de chaque séance.
La consigne du premier groupe de 10 sujets est d'identifier soit les
grandes lettres ou les petites lettres apparaissant dans le carré. D'autre
part, on demande à un second groupe de 10 sujets la cible
contenue dans une forme dont le contour est brillant. Enfin, la consigne
du troisième groupe de 10 sujets est de diriger leur attention sur l'objet
occupant la position indiquée par la flèche et d'identifier la cible s'y
trouvant. Chaque groupe de sujets est invité à ne pas tenir compte des
distracteurs et à concentrer son attention sur la lettre cible.
Chaque sujet reçoit une série de 60 essais d'entraînement suivie de
trois blocs de 120 essais tests. A chaque bloc, 40 essais sont constitués
de stimuli pour lesquels le distracteur apparaît à l'intérieur de l'objet
pertinent (fig. 2a, 2b, 2g et 2h), 40 essais consistent en la présentation
de stimuli où le distracteur apparaît à la structure globale de l'objet non 186 Lise Paquet el Karen Appleby
pertinent (flg. 2c, 2d, 1i, 2j), et finalement, lors des 40 autres essais,
nous présentons le distracteur au niveau local de l'objet non pertinent
(fig. 2e, 2f, 2k, 21). L'ordre de présentation des essais est aléatoire et
différent pour chaque sujet. Les stimuli sont présentés pendant 150 ms.
On demande au sujet de répondre rapidement sans toutefois faire
d'erreur.
RÉSULTATS
Nous n'avons retenu dans le calcul des résultats que les
réponses exactes. Le temps de réaction (TR) médian est calculé
pour chaque condition de l'expérience, et ce, pour chaque sujet.
Les moyennes du TR médian et les pourcentages d'erreur pour
chaque critère de sélection apparaissent dans les tableaux I à III.
Ces résultats sont traités par analyse de la variance sur la base
du plan critère de sélection par niveau de la cible par position
du distracteur par compatibilité (3 x 2 X 3 x 2). Le premier
facteur est intersujet et les autres sont intrasujets.
L'analyse confirme les résultats de Navon (1977, 1981) et
montre que les sujets identifient la structure globale (632 ms)
de l'objet pertinent plus rapidement que sa structure locale
(824 ms), F(l ,27) =64,77, p<.01, et ce, quel que soit le
critère de sélection, F(l,27) < 1. En outre, il ressort de notre
analyse qu'il est plus difficile d'ignorer la structure globale que
la structure locale de l'objet pertinent, F(l,27) = 5,54, p < .05,
ceci, pour chaque critère de sélection, F(2,27) < 1. Ainsi, la
différence de la latence entre la situation de compatibilité et celle
d'incompatibilité est toujours plus importante quand le sujet
identifie une cible locale. Par ailleurs, les analyses mettent en
évidence que, contrairement aux autres situations, les sujets
peuvent ignorer la structure locale de l'objet pertinent lorsque
le critère de sélection est la position spatiale. Dans ce cas, la
latence n'est pas significativement allongée si un distracteur
incompatible apparaît à la structure locale de l'objet pertinent,
f(27) = .097.
Un examen des tableaux I à III et l'analyse de la variance
révèlent que l'effet de distracteurs placés dans l'objet non
pertinent (effet de compatibilité inter-objet) dépend du niveau
structurel de la lettre-cible et de la position spatiale du distracteur
F (2,54) = 21,83 p < .01, ceci pour chaque critère de sélection,
F(4,54) = 1,47. Toutefois, l'analyse de la variance et les compa-

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