L'audition - compte-rendu ; n°1 ; vol.60, pg 106-116

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1960 - Volume 60 - Numéro 1 - Pages 106-116
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1960
Lecture(s) : 6
Nombre de pages : 12
Voir plus Voir moins

L'audition
In: L'année psychologique. 1960 vol. 60, n°1. pp. 106-116.
Citer ce document / Cite this document :
L'audition. In: L'année psychologique. 1960 vol. 60, n°1. pp. 106-116.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1960_num_60_1_6767106 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
fronto-parallèle, subir une contraction, par rapprochement de ses deux
guides verticaux ; l'ombre reçoit alors une autre déformation. Dans
l'expérience, on règle les deux mouvements en sorte que leurs résultats
soient équivalents quant au nombre d'éléments (losanges) de l'ombre
qui pénètrent sur l'écran du côté droit.
Ces stimuli sont soumis à 20 sujets ; on leur demande d'abord de
décrire spontanément ce qu'ils pensent voir et quelle sorte de mouve
ment. Puis, en leur donnant deux mots différents à utiliser, on leur
demande d'indiquer quand ils se trouvent en présence d'un mouvement,
et quand d'un autre. Enfin, on projette des cycles où l'un des mouve
ments est interrompu et laisse place immédiatement à l'autre et les S
doivent indiquer le moment de la transition.
Toutes ces épreuves montrent sans conteste que les sujets distinguent
parfaitement les deux sortes de changements.
J.-L. N.
Ogilvie (J. O.), Taylor (M. M.). — Effect of length on the visibility
of a fine line (L'effet de la longueur d'une raie mince sur sa visibilité).
— J. opt. Soc. Amer., 1959, 49, 898-90.
On utilise comme objets-tests :
1° Raies de 1,25° de longueur;
2° de 0,625° de longueur ;
3° Raies dont le rapport longueur/largeur va de 500 à 1 ;
4° le va de 50 à 1 ;
5° Carrés de différentes aires.
Plus l'objet test est allongé et plus l'aire liminaire du test augmente.
Le rapport entre aire minimum et aire maximum varie, selon les sujets,
entre 10 et 30. La limite de la visibilité est < 0,5", lorsque le champ
test de 1,25° de diamètre est éclairé à 800 nits, et la raie est noire.
Des expériences de Hecht et Mintz (1939) et de Hecht, Ross et
Müller (1947), avaient été faites à des luminances de, respectivement,
95 et 12 600 nits. Les résultats de tous ces travaux ne diffèrent guère,
tandis que le maximum de visibilité de la brisure d'un anneau de
Landolt n'est atteint que lorsque la luminance atteint 300 nits.
E. B.
L'audition.
Ehmer (R. H.). — Masking patterns of tones (Figures de l'effet de
masque des sons). — /. acoust. Soc. Amer., 1959, 31, 1115-1120. —
Ingham (I. J.). — Variations in cross-masking with frequency
(Variations de l'effet de masque croisé en fonction de la fréquence). —
J. exp. Psychol., 1959, 58, 199-205.
Ehmer a mesuré l'effet de masque au moyen de l'audiomètre de
Békésy sur 3 sujets : les sons masquants allaient de 250 à 8 000 Hz, à
des niveaux de 20 à 100 dB au-dessus du seuil. PSYCIIOPHYSIOLOGIE SENSORIELLE 107
Les résultats confirment ceux d'auteurs antérieurs, avec quelques
différences cependant.
Ainsi, la dissymétrie des courbes d'effet de masque en fonction de la
fréquence (avec extension considérable vers les fréquences aiguës et
limitation vers les fréquences graves) est bien nette au-dessous de
1 000 Hz comme fréquence masquante à tous les niveaux d'intensité ;
au-dessus de 1 000 Hz, l'effet de masque est beaucoup plus nettement
symétrique, surtout aux faibles niveaux d'intensité. Aux fréquences
de masque inférieures à 1 000 Hz, même aux niveaux élevés d'intensité,
il n'y a jamais effet de masque sur des fréquences harmoniques ; aux
fréquences de masque supérieures, et à des niveaux de 80-100 dB,
des pointes apparaissent sur des fréquences plus aiguës : à ces fréquences,
l'effet de masque redevient un peu plus important qu'aux fréquences
voisines situées de part et d'autre de ces pointes ; mais, contrairement à
ce qu'avaient vu les auteurs antérieurs, ces ne correspondent pas
exactement avec des harmoniques supérieurs du son masquant, sauf
aux niveaux élevés (100 dB). Ces pointes se déplacent au fur et à mesure
qu'on élève l'intensité du son masquant : sur un exemple pris sur un
sujet avec un son masquant de 1 000 Hz, l'auteur montre que la pointe
peut se déplacer de 1 300 Hz à un niveau de 55 dB, à 1 950 Hz à un
niveau de 85 dB. Des pointes sans relation avec un harmonique supérieur
peuvent même apparaître à une fréquence de 2 000 cycles plus élevée
que la fréquence de masque.
L'auteur pense que la modulation des potentiels d'action doit
intervenir pour expliquer les pointes, de même que pour expliquer les
battements ou la sensation de sons différentiels. D'autre part, les
harmoniques auraux n'apparaissant qu'aux intensités élevées, l'effet
de masque sur des fréquences harmoniques ne peut elle-même appar
aître qu'aux intensités élevées ; le déplacement des pointes avec l'in
tensité proviendrait de l'importance relative progressivement plus
grande de ces dernières pointes par rapport à celles venant de la
modulation.
Ingham a fait de son côté des essais sur l'effet de masque d'une
oreille par rapport à l'autre. Sur une oreille était donné 200, 400, 840
ou 1 000 Hz à 30 dB au-dessus du seuil et l'augmentation du seuil était
mesurée à d'autres fréquences sur l'autre oreille. L'augmentation du
seuil est nette dans tous les cas ; elle peut atteindre jusqu'à 13 ou 15 dB
sur des fréquences voisines du son masquant. La bande d'interférence
se rétrécit très rapidement de part et d'autre du son agissant sur l'autre
oreille, surtout lorsque ces fréquences sont aiguës ; si ce son est grave,
la zone d'interférence est plus large et s'étend plus vers les fréquences
aiguës que vers les fréquences graves.
L'auteur discute plusieurs hypothèses possibles : inhibition mutuelle,
superposition de représentations d'activité, mécanisme statistique du
seuil par rapport à un bruit de fond.
R. Gho. 108 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Ward (W. D.), Glorig (A.), Sklar (D. L.). — Temporary threshold
shift from octave band noise : applications to damage-risk criteria
(Augmentation temporaire du seuil créée par un bruit de bande
limité à une octave : applications aux critères de risque de lésions). —
J. acousl. Soc. Amer., 1959, 31, 522-528. — Ward (W. D.), Glo-
rig (A.), Sklar (D. L.). — Relation between recovery from temporary
threshold shift and duration of exposure (Relations entre la récupé
ration d'une augmentation temporaire du seuil et la durée de
l'exposition). — /. acoust. Soc. Amer., 1959, 31, 600-602. —
Ward (W. D.), Glorig (A.), Sklar (D. L.). — Temporary threshold
shift produced by intermittent exposure to noise (Augmentation
temporaire du seuil résultant d'une exposition intermittente au
bruit). — /. acoust. Soc. Amer., 1959, 31, 791-799.
Dans le 1er travail, les auteurs fatiguaient les sujets au moyen de
bruits de bande d'octave centrés à divers niveaux du spectre audible et
à divers niveaux d'intensité (niveaux toujours très intenses).
Les sujets restèrent de 12 à 162 minutes dans le bruit suivant les
expériences ; les mesures furent faites 2 après l'arrêt du bruit,
puis au bout de 17, 47 et 92 minutes.
Les essais de fatigue furent entrepris sur un certain nombre de
fréquences situées dans la bande d'octave supérieure en chaque cas.
La fatigue est d'autant plus grande que le niveau est plus élevé, et
que le bruit a duré plus longtemps ; les bruits situés dans la bande
1 200-2 400 Hz semblent les plus fatigants, et ceci est encore plus
marqué si la fréquence testée est 4 000 Hz.
L'augmentation du seuil en décibels en fonction du temps d'exposi
tion est linéaire, et la pente d'autant plus rapide que le niveau est plus intense. Les différentes droites semblent se rejoindre non
pas au seuil, mais à un niveau infraliminaire.
Les auteurs proposent une relation linéaire pour calculer la fatigue
dans les diverses conditions.
La récupération (réduction progressive de la fatigue en dB) se fait
également linéairement en fonction du temps ; elle est d'autant plus
rapide que le niveau de fatigue était plus faible. Les auteurs proposent une relation linéaire pour calculer la récupération.
Nous ne savons évidemment pas quelle est la relation entre trauma
tisme et fatigue (ou même s'il en existe une) ; cependant, un bruit ne
pouvant être fatigant au-dessous de 80 dB par octave d'après les auteurs,
il semble qu'il soit acceptable d'admettre qu'il ne puisse être non plus
traumatisant. D'autre part, une chute du seuil de 50 dB et au-dessus
récupère moins vite que le calcul permettrait de l'envisager ; or, ceci se
produit à un niveau de 95 dB par octave ; à ce niveau, il semblerait donc
que, peut-être, un facteur supplémentaire interviendrait, d'où danger
de niveaux plus élevés.
Dans le 2e travail, les auteurs exposent les sujets à un bruit de bande
de 1 200-2 400 Hz à 3 niveaux d'intensité différents : 106 dB au-dessus PSYCHOPHYSIOLOGIE SENSORIELLE 109
du seuiî pendant 12 minutes, 98 dB pendant 27 minutes, 90 dB pendant
117 minutes.
Les seuils ont été mesurés à 2 000, 3 000, 4 000 et 6 000 Hz
la récupération.
La récupération ne dépend que du niveau atteint, indépendamment
du temps nécessaire pour l'atteindre, ou plutôt du niveau atteint
2 minutes après la fin du stimulus fatigant. De la fin du stimulus jusqu'à
2 cette fin, ceci n'est peut-être plus absolument exact ;
dans cette marge de temps, plusieurs processus différents interviennent
probablement.
L'augmentation temporaire du seuil à 4 000 Hz a été mesurée,
dans le 3e travail, 2 minutes et 17 minutes après deux expositions
successives à du bruit blanc à large bande à 106 dB au-dessus du seuil,
séparées par des périodes silencieuses de 18 minutes chacune.
Un certain état de fatigue résiduel accroît la fatigue à la 2e exposition
au bruit malgré la période silencieuse, car, à la fin de la dernière exposi
tion au bruit, le seuil est plus élevé qu'en absence de première ;
on peut représenter ceci en disant que tout se passe comme si la 2e expos
ition avait duré plus longtemps en absence de exposition ;
si l'exposition a duré R minutes et si le résidu de fatigue dû à la première
exposition existant au début de la deuxième exposition correspond à
une fatigue supplémentaire que causerait un son de M minutes, tout se
passe comme si la fatigue était mesurée au bout de M + R minutes.
L'expérience vérifie ce calcul.
Les auteurs montrent en terminant que des périodes de repos de
temps à autre, ainsi que les repas pris dans le silence, peuvent être
bénéfiques.
R
Miskolczy-Fodor (F.). — Relation between loudness and duration
of tonal pulses. I. Response of normal ears to pure tone longer than
click-pitch threshold (Relation entre la sonie et la durée de bouffées
tonales. I. La réponse d'oreilles normales à des sons purs plus longs
que le seuil des clics à caractère tonal). — J. acoust. Soc. Amer.,
1959, 31, 1128-1134. — Plomb (H.), Bouman (M. A.). — Relation
between hearing threshold and duration for tone pulses (Relations
entre le seuil auditif et la durée de bouffées de son). — J. acoust.
Soc. Amer., 1959, 31, 749-758.
Miskolczy-Fodor a utilisé des sons de durée allant de 0,1 à 1 000 ms
répétés à 2 par seconde, amortis au début et à la fin de façon à éviter les
transitoires, à 250, 1 000 et 4 000 Hz. 40 sujets furent testés. Les
écouteurs étaient placés dans des sphères posées sur le côté de la tête.
Plus la durée est faible, plus le seuil baisse, et ceci d'une façon linéaire
à partir d'une durée d'environ 150 ms si on note les intensités en décibels
et les temps en valeurs logarithmiques : à chaque décroissance du temps
d'un dixième, le seuil baisse de 8,92 dB.
Sur un autre groupe de sujets (20 sujets), l'auteur a étudié l'action ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 110
de la durée : il a mesuré le seuil de durée pour faire apparaître la sensation
à divers niveaux d'intensité. Ici encore, la relation est linéaire en coor
données logarithmiques (décibels, temps en valeurs logarithmiques).
Les deux relations : intensité en fonction du temps et durée en
fonction du temps, sont comparables ; la même relation est utilisable
dans les deux cas.
Les mêmes relations sont valables à toutes les fréquences étudiées.
Cependant, plus on s'éloigne des fréquences moyennes, plus faible est
la réduction d'intensité en fonction de la durée et plus courte la durée
minimale pour atteindre le seuil. Mais on retrouve des valeurs analogues
en remplaçant les niveaux d'intensité par les niveaux isosoniques en
phones : les résultats sont alors identiques, quelle que soit la fréquence.
L'auteur a également mesuré les seuils de durée en écoute binaurale
à 2, 3 et 4 dB au-dessus du seuil et 1 000 Hz sur 9 sujets ; après traduction
des valeurs en phones, l'auteur retrouve une amélioration de 3 phones
environ en écoute binaurale par rapport à l'écoute monaurale.
Plomb et Bouman ont utilisé l'effet de masque pour étudier l'intensité
de sons brefs ; les bouffées de son pouvaient varier de 0,5 ms à 10 s,
et se trouvaient répétées à un même rythme toutes les millisecondes à
une toutes les 10 s, selon leur durée : les sons dans chaque bouffée
avaient une fréquence de 250, 500, 1 000, 2 000, 4 000 ou 8 000 Hz ;
les signaux étaient amortis au début et à la fin de chaque bouffée pour
réduire les clics. L'effet de masque sur les sons brefs était obtenu au
moyen d'un bruit blanc.
D'après les résultats, la réduction du seuil avec les durées croissantes,
si elle est à peu près linéaire jusqu'à 100 ou 200 ms, rejoint à peu près
asymptotiquement, aux durées plus élevées, les valeurs obtenues en durée
indéfinie.
La variation peut être représentée par une fonction exponentielle
en fonction de la durée, où le temps serait en exposant négatif. Aux
durées trop courtes, la relation ne tient plus. Les auteurs donnent une
représentation mathématique de leurs résultats. ri. ~ LHO. „
Garner (W. R.). — The development of context effects in half-
loudness judgments (Le développement des effets de contexte dans
les jugements de sonie moitié). — /. exp. Psychol., 1959, 58,
212-219. — Garner (W. R.). — On the lambda loudness function,
masking, and the loudness of multicomponent tones (Sur la fonction
lambda de sonie, l'effet de masque, et la sonie de sons à nombreuses
composantes). — /. acoust. Soc. Amer., 1959, 31, 602-607. —
Stevens (S. S.). — On the validity of the loudness scale (Sur la validité
de l'échelle de sonie). — /. acoust. Soc. Amer., 1959, 31, 995-1003.
Dans le premier travail, Garner a voulu voir quelle confiance on
pouvait accorder aux mesures de rapports dans les échelles sensorielles.
Les essais furent conduits à 1 000 Hz.
Les mesures ont été faites dans les meilleures conditions possibles par PSYCHOPHYSIOLOGIE SENSORIELLE 111
la méthode des stimuli constants. Des stimuli étaient présentés par
paire aux sujets. Le premier stimulus de chaque paire était fixé à
90 dB au-dessus du seuil, le deuxième était variable de 2 en 2 dB dans
un ordre quelconque dans une marge de 10 dB : de 55 à 65 dB, de 65 à
75 dB, ou de 75 à 85 dB suivant les cas. Les sujets devaient indiquer
si le 2e son était plus que moitié ou moins que moitié moins intense.
De nombreux essais furent faits sur un certain nombre de sujets.
Les essais furent également précédés d'essais préliminaires à des
intensités différentes du 1er stimulus (intensités inférieures à 90 dB)
pour voir l'effet d'actions antérieures sur les jugements ; et ces essais
préliminaires durèrent plus ou moins longtemps, pour se rendre compte
si l'habituation ne jouait pas un certain rôle sur les résultats.
Le traitement statistique montre que les résultats de chaque sujet
sont cohérents entre eux, et pratiquement indépendants d'une habitua-
tion antérieure : les sujets dès les premiers essais adoptent une méthode
de réponse et s'y maintiennent ; mais les résultats ne sont pas cohérents
avec les conditions. La validité des méthodes de rapports se pose donc
puisque les résultats dépendent de l'attitude du sujet, les sujets donnant
leurs réponses suivant un schéma qu'ils se fixent.
Dans le 2e travail, Garner appelle fonction lambda de sonie les
échelles de sonie dans lesquelles celle-ci a été étudiée au moyen de
mesures d'équisection, contrairement à l'échelle en sones où la méthode
de rapports est utilisée ; les échelles de discrimination (en échelons
différentiels) semblent en accord avec cette fonction lambda de sonie.
Garner pose comme principe que la sonie d'un son complexe est
égale à la racine carrée de la somme des carrés des sonies des compos
antes ; pour tenir compte de l'effet de masque, il admet que celui-ci
laisse une sonie résiduelle Xr. La formule générale devient alors :
h = (2\2) 1/2
(Xt = sonie totale).
Toutes ces assumptions sont évidemment discutables à notre avis.
L'auteur montre cependant sur des exemples tirés d'autres auteurs
que le calcul de la sonie de sons complexes se fait plus facilement par
cette méthode et aboutit à de meilleurs résultats que par le calcul fait
à partir des valeurs en sones.
Stevens, de son côté, après quelques discussions théoriques sur la
valeur respective des 3 types d'échelles de sonie (échelle de rapports,
échelles d'intervalles apparemment égaux qu'il appelle encore échelles
de catégorie, et échelles de discrimination à partir des seuils différentiels),
en arrive à se demander si la réponse à la question de savoir quelle
échelle est la véritable échelle de sonie, ne pourrait se trouver dans les
comparaisons entre modalités sensorielles différentes.
On peut ainsi faire égaliser par des sujets des sensations, à divers
niveaux, d'une modalité sensorielle à une autre (comme on fait égaliser
les intensités à diverses fréquences lorsqu'on recherche les niveaux
isosoniques). 112 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
En effet, si deux fonctions de puissance (telles que les échelles
sensorielles qui sont une fonction de de l'intensité, d'après
les résultats des méthodes de rapports) s'appliquent à deux systèmes
différents, l'égalisation à divers niveaux doit aboutir à une fonction de
puissance d'un système à l'autre ; dans le cas présent, l'intensité d'une
modalité sensorielle qui est égalisée à celle de l'autre modalité devrait être
reliée à cette dernière par une fonction de puissance dont l'exposant serait
égal au rapport des deux ; en coordonnées logarithmiques, ceci doit se
traduire par une droite dont la pente serait égale au rapport des exposants.
On peut ainsi faire égaliser par des sujets la sonie avec la sensation
créée par une vibration mécanique sur la peau (sonie d'un bruit de
bande d'un côté, vibrations à 60 Hz de l'autre). Sur une échelle de
décibels de bruit en fonction des décibels de vibration, les points expér
imentaux s'alignent autour d'une droite dont la pente est à peu près
égale au rapport des deux.
Il en va de même quand on fait égaliser la sonie avec la sensation
produite par un courant électrique de 60 Hz au travers des doigts,
ou avec la brillance d'une tache lumineuse, ou encore avec la
de force apparente de la main. On peut également faire égaliser toutes
les sensations précédentes et d'autres encore (son de 1 000 Hz, pression
sur la main, poids soulevés, etc.), à une autre sensation (par exemple à
celle de force apparente de la main) ; si on compare alors les résultats
d'une modalité sensorielle à une autre, on constate qu'ils sont analogues
à ceux obtenus par des égalisations directes.
L'auteur en conclut à la probabilité de la valeur des échelles obtenues
par les méthodes de rapport. Cependant, les écarts des résultats pour
chaque sujet sont considérables, et les relations n'apparaissent nettement
que sur une moyenne de sujets.
A notre avis d'ailleurs, cette conclusion n'est pas tellement probante,
puisque des résultats analogues peuvent être obtenus avec d'autres
relations entre sensation et stimulus. Supposons, en effet, que la sensation
soit proportionnelle au logarithme du stimulus dans chacune des
modalités sensorielles étudiées : on aboutirait encore également aux
résultats décrits dans ce travail. Devrait-on en conclure à la validité des
propositions de Weber-Fechner, dont on sait, par ailleurs, qu'elles ne
sont pas valables ? On pourrait de même trouver d'autres relations
possibles entre sensation et stimulus qui aboutiraient à des résultats
identiques quand on les compare entre elles comme l'a fait Stevens.
R. Cho.
Tabory (L.), Thurlow (W.). — Judgments of the loudness of a
série of tones with different range expectancies (Jugements sur
l'intensité d'une série de sons dans deux situations d'attente diffé
rentes). — /. gen. Psychol, 1959, 60, 167-172.
L'exactitude de jugements portés sur l'intensité d'une série de
stimuli sonores, est plus grande lorsqu'il s'agit de stimuli extrêmes PSYCHOPHYSIOLOGIE SENSORIELLE 113
que de stimuli médians. En vue d'expliquer ce phénomène, une expé
rience sur l'exactitude de ces jugements est réalisée dans deux conditions
différentes : 1° Le sujet connaît la valeur des stimuli extrêmes ; 2° Le
sujet l'ignore.
Un son de 1 000 cps est présenté à un niveau d'intensité de 30-50 db
(30-34-38-42-46-50 db, pour une série) et à un niveau de 70-90 db
(70-74-78-82-86-90 db, une autre série). A l'intérieur d'une même
série, l'ordre de présentation est établi au hasard, chaque stimulus
apparaît 50 fois au total.
Avant de commencer l'expérience, l'E. fait entendre au S., trois fois
de suite, les deux stimuli extrêmes (le plus faible et le plus fort) et lui
demande de donner une évaluation numérique de leur intensité. Chacun
de ces sons est ainsi pourvu d'une référence précise. La consigne donnée
déterminera ensuite deux situations expérimentales distinctes. Les
sujets devront, dans les deux cas, donner une évaluation chiffrée de
l'intensité des sons ; mais, dans la situation de consigne dite « close »,
l'E. avertit le S. que tous les stimuli seront situés entre les deux niveaux
d'intensité extrêmes des sons préalablement entendus, alors que dans
la situation de consigne dite « ouverte » les sons peuvent se situer indi
fféremment à divers niveaux d'intensité. Deux groupes expérimentaux
de 12 sujets sont soumis successivement à ces deux consignes, dans un
ordre inversé pour la moitié des sujets. Chaque groupe n'examine
qu'une série de stimuli sonores.
Les résultats montrent que dans « la situation-consigne ouverte » :
1° Les stimuli faibles sont jugés encore plus faibles et les stimuli
forts considérés encore plus forts ; 2° La variabilité des réponses est
élevée. La meilleure exactitude des réponses obtenues dans « la situation-
consigne close » est expliquée par un effet d'ancrage. n
Thurlow (W.), Tabory (L.). — Effects of repeated presentations of a
tone upon absolute loudness judgments (Effets de la répétition sur
le jugement absolu de l'intensité d'un son). — J. gen. Psychol., 1959,
60, 161-166.
Cette expérience a pour but d'éprouver la thèse d'Helson sur « le
niveau d'adaptation ». Est-ce qu'un son faible présenté plusieurs fois
est jugé d'une intensité plus grande, après plusieurs présentations, par
rapport à l'impression ressentie en première audition ?
Un son de 1 000 cps est présenté pendant une durée de 1 s, à la
cadence d'une présentation toutes les 5 s, 100 fois de suite. On réalise
ainsi cinq épreuves, correspondant respectivement à des niveaux
d'intensité de 10, 30, 50, 70, 90 db. Après chaque présentation, le sujet
doit porter un jugement absolu sur l'intensité du son présenté, dont il
ignore évidemment qu'il est constant. 50 sujets se répartissent en cinq
groupes expérimentaux, chaque groupe étant soumis à une seule des
cinq épreuves.
Il ressort assez nettement des résultats que les stimuli de basse
A. PSYCHOL. 60 8 114 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
intensité sont sous-estimés (jugés encore plus faibles) et les stimuli de
haute intensité surestimés (jugés encore plus forts) ; cette tendance
croît en fonction de la répétition des essais.
La thèse d'Helson sur le niveau d'adaptation est mise en cause par
ces résultats. p q
Stevens (S. S.). — Cross-modality validation of subjective scales
for loudness, vibration and electric shock (Validation intersensorielle
des échelles subjectives de sonie, vibration et choc électrique). —
J. exp. Psychol., 1959, 57, 201-09.
Est-il possible de prédire, à partir d'échelles subjectives d'intensité
établies pour deux modalités sensorielles données, la réponse de sujets
à qui l'on demande d'égaliser les intensités apparentes de sensations
appartenant à ces deux modalités ? Si les échelles établies sont des
fonctions de puissances, on peut en déduire que la comparaison inter
sensorielle doit donner une fonction linéaire (avec des coordonnées en
logs de logs), et que sa pente sera le rapport des deux exposants des
fonctions de puissances.
Pour vérifier cela, l'A. établit d'abord des échelles pour la vibration
tactile appliquée au doigt, et pour le choc électrique, également aux
doigts (l'échelle de sonie est déjà connue). Puis il fait faire des compar
aisons d'une modalité avec une des autres, en donnant une sensation
d'une intensité définie et en demandant au S. d'y égaliser subjectivement
une sensation d'une autre modalité. Le stimulus d'une modalité sert
alternativement de standard et de variable à ajuster.
Les valeurs obtenues s'ajustent bien aux fonctions prévues (y
compris à la légère courbure prédite pour deux d'entre elles, en raison
du fait que l'échelle obtenue pour le choc s'écartait un peu d'une fonction
de puissance) ; on observe de légères différences selon que c'est l'une
ou l'autre des modalités qui sert de standard.
L'A. considère que la validité de ces prédictions (qui n'auraient pu
être obtenues avec des échelles différentielles) confirme la solidité des
estimations subjectives de magnitude ; elle justifie leur utilisation pour
l'étude des caractéristiques dynamiques des systèmes sensoriels.
J.-L. N.
Deatherage (B. H.), Hirsm (I. J). — Auditory localization of
clicks (Localisation auditive des clics). — J. acoust. Soc. Amer.,
1959, 31, 486-492.
Ce travail reprend le problème de l'effet des différences de temps et
d'intensité pour la localisation des clics à la lumière des résultats
mentionnés dans l'article précédent sur la latence des potentiels d'action
du nerf auditif.
Si un clic est présenté en môme temps aux deux oreilles, le sujet
localise la source dans le plan médian, mais, lorsqu'il existe une différence
de temps dans la présentation du même clic aux deux oreilles, le sujet

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.