L'avènement de l'imprimerie et la Réforme - article ; n°6 ; vol.26, pg 1355-1382

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Annales. Économies, Sociétés, Civilisations - Année 1971 - Volume 26 - Numéro 6 - Pages 1355-1382
28 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1971
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Elizabeth L. Eisenstein
Gérard Mansuy
L'avènement de l'imprimerie et la Réforme
In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 26e année, N. 6, 1971. pp. 1355-1382.
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Eisenstein Elizabeth L., Mansuy Gérard. L'avènement de l'imprimerie et la Réforme. In: Annales. Économies, Sociétés,
Civilisations. 26e année, N. 6, 1971. pp. 1355-1382.
doi : 10.3406/ahess.1971.422418
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1971_num_26_6_422418L'avènement de l'imprimerie
et la Réforme
Une nouvelle approche au problème du démembrement
de la chrétienté occidentale*
« II fut probablement vendu, entre 1517 et 1520, plus de 300 000 exemplaires des trente
écrits de Luther... On ne saurait trop estimer le rôle qu'a joué l'imprimerie dans la diffusion
des idées religieuses. Sans son recours, une révolution d'une telle amplitude n'aurait guère
pu se produire. A l'inverse des hérésies de Wyclif et de Walden, le luthéranisme fut dès
l'origine le produit du livre imprimé. Grâce à ce véhicule nouveau, Luther fut à même de
marquer la mentalité européenne d'une empreinte précise, uniforme et indélébile. Pour la
première fois dans l'histoire des hommes, un vaste public de lecteurs a pu juger de la vali
dité d'idées révolutionnaires grâce à un mode de communication s'adressant à la masse,
qui utilisait les langues vernaculaires et faisait appel à l'art du journaliste autant qu'à
celui du caricaturiste... x »
Comme le suggère cette citation, les effets de l'imprimerie, qu'on néglige trop
souvent dans les études sur la Renaissance, ont moins de chances de passer inaperçus
dans les études sur la Réforme. Dans ces dernières, l'historien est confronté à un
mouvement qui a été modelé, dès son origine (et pour une bonne part introduit),
par les pouvoirs nouveaux qu'offraient les presses. Le protestantisme a été le premier religieux à avoir tiré un plein profit de ces possibilités. Il a été égale
ment le tout premier mouvement de quelque nature que ce soit à avoir exploité
ce nouveau moyen de communication à grande échelle dans des buts de propagande
et d'agitation. Par leurs pamphlets qui visaient à gagner l'appui populaire et s'adres
saient à un public non familiarisé avec le latin, les réformateurs ont inconsciemment
ouvert la voie aux techniques de communication de masse. Ils ont aussi laissé des
« empreintes indélébiles » sous forme de polémiques et de caricatures. Destinées à
frapper l'esprit et à enflammer les passions des lecteurs du xvie siècle, leurs carica
tures antipapistes conservent, dans nos propres livres d'histoire, une grande force
d'impact. De par sa nature même, l'exploitation par les protestants du nouveau
mode de communication apparaît nettement aux historiens d'aujourd'hui.
* Ce texte est la version abrégée d'un chapitre d'un livre à paraître. La plupart des parties
centrales de ce chapitre ont été supprimées. Certains passages sont présentés sous forme résumée.
1. A. G. Dickens, Reformation and Society in Sixteenth Century Europe (New York, 1964), p. 51.
Rappelons pour mémoire l'œuvre pionnière de Lucien Febvre, entre autres : L. Febvre et
H. J. Martin, V Apparition du livre (« L'Évolution de l'humanité » 49), Paris, 1958, et, dans
Le Problème de Vincroyance au XVIe siècle (Paris, 1942), le paragraphe « L'Imprimerie et ses
effets : ouï-dire » (pp. 418-421).
1355 CULTURE ET SOCIÉTÉ
De plus, les réformateurs se rendaient compte que l'imprimerie servait leur
cause et en ont reconnu l'importance dans leurs écrits. Luther lui-même a décrit
l'imprimerie comme « le plus grand et le plus extrême acte de la Grâce divine par
lequel se propage l'influence de l'Évangile ». Qu'il l'ait également considérée comme
« la dernière flamme avant l'extinction du monde2 » est caractéristique de la perspect
ive protestante. Ce n'est que plus tard, après que l'avenir de l'homme sur terre
eut été indéfiniment prolongé, que cette invention vint à être associée (par Condorcet
et d'autres) au progrès des « Lumières ». Luther croyait au contraire que le jour du
Jugement mettrait bientôt fin au cheminement de l'histoire. De surcroît, les pro
testants tout comme les humanistes restaient tournés vers le passé plutôt que vers
l'avenir dans leurs tentatives pour surmonter l'obscurantisme gothique et s'avancei
vers un âge de Lumière. Lorsque John Foxe proclamait « l'excellence de cet art de
l'imprimerie très heureusement découvert depuis peu... pour le plus grand bénéfice
de l'Église du Christ », il songeait au rétablissement des « feux de la connaissance
perdus en ces temps d'aveuglement » et à la « réhabilitation de ces auteurs anciens
et salutaires dont l'enseignement et les actes seraient autrement tombés dans l'oubli3 »
Le rôle révolutionnaire que la stratégie protestante a assigné à l'imprimerie n'en a pas
moins marqué une coupure avec l'histoire antérieure des idées. En associant l'inven
tion de Gutenberg à une rupture décisive tant avec Rome qu'avec la diplomatie
élizabéthaine, John Foxe et ses correligionnaires ont ouvert la voie à des courants
ultérieurs 4. Bien que s 'opposant presque en tous points, les théologiens protestants
tout comme les philosophes éclairés voyaient dans l'imprimerie une technique
providentielle devant mettre fin une fois pour toutes au monopole du savoir que
détenaient les prêtres, devant vaincre l'ignorance et repousser les forces des ténèbres
dirigées par les papes italiens 5 :
« Le Seigneur se mit au travail pour son Église, combattant son puissant adversaire
non pas par le fer, mais par l'imprimerie, l'écriture et la lecture... Autant de presses de par
le monde, autant de redoutes dressées contre le château Saint-Ange, si bien que le pape
devra abolir le savoir et l'imprimerie ou celle-ci devra enfin avoir raison de lui e ».
2. Les remarques de Luther sont citées par M. H. Black, « The Printed Bible », dans The
Cambridge History of the Bible, HI, The West from the Reformation to the Present Day, éd. S.L. Green-
slade (ci-après notée C.H.B. Ш) (Cambridge, Eng., 1963), p. 432.
3. John Foxe, préface pour un recueil de textes protestants (1572) citée par Margaret Aston,
« Lollardy and the Reformation : Survival or Revival », History XLIX (1964), 169. Voir également
M. Aston, « John Wyclffîe's Reformation Reputation », Past and Present 30 (avril 1965), 'pp. 23-52,
pour un exposé de la manière dont Foxe s'est engagé « dans la voie tracée par John Baie » et pour
un compte-rendu des premiers emplois de « métaphores lumineuses » par les panégyristes de Wyclif.
4. L'invention de Gutenberg fut d'abord prônée, dans les cercles humanistes allemands, pour
des raisons patriotiques, comme une contribution unique à la renaissance culturelle et comme une
réalisation allemande qui égalait celles des Italiens. (Voir par exemple Lewis Spitz, The Religious
Renaissance and the German Humanists (Cambridge, Mass., 1963), pp. 84-85. Mêlé de propagande
antipapiste, ce thème patriotique est passé en Angleterre puis, en dernier ressort, aux colonies
américaines.
5. Le plan historique du monde de Foxe, plan qui met l'accent sur l'imprimerie, est étudié par
W. Ferguson, The Renaissance in Historical Thought : Five Centuries of Interpretation (Cambridge,
Mass., 1948), pp. 54, 97. La place importante qu'occupe l'imprimerie dans la pensée de l'Ère des
Lumières et l'idée de progrès demande une étude distincte. Celle-ci est abordée par Roy S. Wolper,
« The Rhetoric of Gunpowder and The Idea of Progress », Journal of the History of Ideas (octobre-
décembre 1970), XXXI, 589-598.
6. Extrait du Book of Martyrs de Foxe par William Haixer, The Elect Nation; The Meaning &
Relevance ofFoxe's Book of (New York, 1963), p. 110.
1356 LIVRE ET SOCIÉTÉ E. EISENSTEIN
Nous associons tout naturellement dans nos esprits, le protestantisme et l'impri
merie mais non pas la Renaissance et l'imprimerie, sans doute parce que les traces
des desseins historiques anciens ont leurs prolongements jusque dans les situations
actuelles. Les nouvelles presses ne furent mises au point qu'après la mort de
Pétrarque et ne sauraient être rattachées aux premiers concepts d'une « Rinascita »;
par contre, elles étaient en pleine action avant même la naissance de Luther et elles
eurent leur rôle dans sa conception d'une réforme religieuse. De plus, dans ce dernier
cas, elles ont marqué les événements autant que les idées et ont littéralement présidé
à l'acte initial de la révolte.
Le geste de Luther soumettant ses quatre-vingt-quinze thèses à la discussion ne
présente en lui-même rien de révolutionnaire. Que des professeurs de théologie aient
débattu une question telle que celle des indulgences relève pleinement des convent
ions de l'époque et « les portails des églises étaient le lieu habituel de la publicité
médiévale 7 ». Mais ces thèses-là ne sont pas restées longtemps affichées au portail
de l'église (si elles y furent jamais placées en vérité) 8. « On aurait dit, selon un chro
niqueur luthérien du xvie siècle, que les anges eux-mêmes s'en étaient fait les messag
ers et les avaient étalées aux yeux de tout le peuple9 » . Luther en personne exprima
son étonnement dans sa lettre au pape Léon X, six mois après l'événement initial :
« Je ne puis comprendre comment mes thèses, plus que mes autres écrits et même que
ceux d'autres professeurs, peuvent s'être répandues en de si nombreux endroits. Elles
s'adressaient exclusivement à notre présent cercle académique... Elles étaient rédigées dans un
langage tel que les gens du commun ne pouvaient guère les comprendre... J'y usais de
catégories savantes10... »
« Comment ce sujet de débat académique écrit en latin peut avoir obtenu un
appui si enthousiaste et avoir ainsi des répercussions si profondes » reste, selon
un historien contemporain, « un des mystères de l'histoire de la Réforme n ». A
quelle date précise les thèses de Luther furent-elles pour la première fois imprimées
hors de Wittenberg ? Qui donc s'est chargé de les traduire d'abord en allemand
puis en d'autres idiomes nationaux ? Comment se fait-il que, très tôt après avoir
été imprimées dans un cercle restreint de villes telles que Nuremberg, Leipzig et
Bâle, les éditions se soient multipliées en si grand nombre et se soient si largement
répandues que les thèses ont tenu l'affiche dans toute l'Europe centrale, rivalisant,
7. G. R. Elton, Reformation Europe 1517-1559 (New York, 1966), p. 15.
8. Erwin Iserloh, dans The Theses were Not Posted (London, 1968) ne prouve pas que l'événe
ment n'a pas eu lieu, mais démontre qu'il n'existe pas de preuve contemporaine sérieuse montrant
qu'il se soit effectivement produit. Heinrich Grimm, dans « Luther's « Ablassthesen » und die Gegen-
thesen von Tetzel-Wimpina in der Šicht der Druck und Buchgeschichte », Gutenberg Jahrbuch (1968)
139-150, pense qu'un texte transcrit à la main fut affiché au portail de l'église, mais à la mi-novembre
plutôt que le 31 octobre. Harold J. Grimm, dans « Introduction to Ninety-Five Theses », Career of the
Reformer {Luther's Work, XXXI, éd. H. T. Lehman), (Philadelphia, 1957), I, 22-23, spécifie que le
texte était imprimé avant d'être affiché. C'est Robert L. McNally, dans « The Ninety-Five Theses
of Martin Luther », Theological Studies (1967), XXVIII, 461 n, qui remarque que le dernier mot n'a
pas été dit quant à savoir si les thèses étaient affichées ou envoyées. Je suppose que la même question
se pose pour déterminer si elles étaient d'abord reproduites à la main ou en caractères d'imprimerie.
9. Friedrich Myconius, morceaux choisis de Historia Reformationis dans Hans Hillerbrand,
éd. et trad., The Reformation: A Narrative History Related by Contemporary Observers and Parti
cipants (New York, 1964), p. 47.
10. Luther, lettre du 30 mai 1518 dans Hillerbrand, p. 54. Considérer de même la conviction
qu'a Bainton de ce que « Luther n'a rien fait pour répandre ses thèses parmi le peuple... » et de ce
qu'il « ne songeait nullement à quelque diffusion générale en les affichant ». Roland Bainton,
Here I stand: A Life of Martin Luther (New York, 1950), pp. 63-64.
11. Hillerbrand, p. 32.
1357 CULTURE ET SOCIÉTÉ
chez les imprimeurs, sur les inventaires des bouquinistes et dans les foires de cam
pagne, avec les annonces de la menace turque 12 ? Je ne saurais apporter ici de
réponse détaillée à ces questions13. Je ne les ai posées que dans le but d'attirer
l'attention sur les phases intermédiaires entre la proposition académique et l'accl
amation populaire. En d'autres termes, le mystère résulte essentiellement de l'omis
sion du processus par lequel un message destiné en apparence à un public restreint
a été rendu accessible aux masses. Pour l'éclaircir, on devra, plutôt que de passer
directement des portes de l'église à la clameur publique, procéder avec circonspect
ion, pas à pas, en se penchant sur le rôle de ces imprimeurs, traducteurs et distr
ibuteurs divers qui firent office d'agents du mouvement.
Toutefois, non contents d'étudier la diffusion du message, nous examinerons
de plus près ce soi-disant « cercle académique » auquel il était d'abord destiné. A
cet égard, la présentation des thèses de Luther sous des formes médiévales risque fort
de nous induire en erreur. Dès 1517, le public de tels débats s'était étendu bien
au-delà du pourtour de la chaire ou du lutrin. L'élite cultivée qui pouvait comprendre
le latin et suivre les débats théologiques n'était plus uniquement composée de pro
fesseurs et d'ecclésiastiques. L'imprimeur éclairé qui animait les nouveaux foyers
d'érudition était généralement un profane, le plus souvent dépourvu de tout diplôme
universitaire. Bien qu'il fréquentât plus les carrefours commerciaux que l'enceinte
des cloîtres, l'atelier de l'imprimeur attirait à lui les plus brillants savants et polé
mistes du jour. Grâce à ses productions, on pouvait suivre les débats savants de
l'extérieur. Que les thèses de Luther aient été affichées ou non au portail de l'église
de Wittenberg la veille de la Toussaint, elles furent d'abord lues par un petit nombre
de ces profanes cultivés qu'on retrouvait vraisemblablement moins sous le porche
des églises que dans les ateliers de la ville où bourgeois et étudiants se rencontraient
pour échanger des nouvelles et des commérages, jeter un coup d'œil par-dessus
l'épaule des éditeurs, vérifier les tirages et lire les épreuves 14. C'était également là
qu'étaient mis à l'essai les nouveaux procédés pour « fabriquer » les auteurs à succès.
Une fois qu'on avait accès au monde de l'imprimerie et des libraires, il suffisait,
au début du xvie siècle, d'un faible soutien dans quelques villes pour créer un mouve
ment sans précédent.
Une lettre de Beatus Rhenanus à Zwingle, datant de 1519, donne une idée de la
12. La diffusion rapide, dans toute l'Europe centrale, de la nouvelle des protestations élevées
par Luther est étudiée par Max Kortepeter, « German Zeitung Literature in the Sixteenth Cen
tury », Editing Sixteenth Century Texts, éd., R.J. Schoeck (Toronto, 1966), p. 115.
13. Selon Harold J. Grimm, op. cit., la première impression fut effectuée par Johann Grunenberg
de Wittenberg. Heinrich op. cit., p. 142, ne tient pas compte de cette possibilité, quelque
peu arbitrairement je pense. Il minimise l'importance de l'imprimerie de Grunenberg et Wittenberg
à rencontre d'un article de Marie Grossman, « Wittenberg Printing, Early Sixteenth Century »,
Sixteenth Century Essays and Studies (Foundation For Reformation Research, St Louis Mo.) (1970),
I, 53-74, qui relève l'édition de Die Sieben Busspsalmen de Luther faite par Grunenberg en 1517,
aussi bien que son premier ouvrage imprimé en grec et en latin. On s'accorde à reconnaître enfin
que les éditions provenaient de trois imprimeurs différents, Holzel de Nuremberg, Thanner (Herbi-
polensis) de Leipzig, et Pétri de Bâle, en décembre 1517. Heinrich Grimm (p. 145) remarque qu'il
est probable qu'une seule et même main dirigeait cette publication. Le rôle important joué par la
« Sodalitas Staupitziana » de Nuremberg, en particulier par Christoph Scheurl et Kašpar Nutzel
qui faisaient imprimer les thèses en allemand aussi bien qu'en latin, est remarqué par plusieurs
autorités. Voir aussi Gerald Strauss, Nuremberg in the Sixteenth Century (New York, 1966),
pp. 160 et suivantes.
14. Un bon aperçu d'Erasme au travail dans l'atelier de Froben à Bâle, entouré d'un groupe
bruyant qui lisait ce qu'il transcrivait pour y répondre sur-le-champ, nous est donné par James D.
Tracy, « Erasmus becomes a German », The Renaissance Quaterly (1968), XXI, 288.
1358 LIVRE ET SOCIÉTÉ E. EISENSTEIN
manière dont la tactique employée par le public latinisant restreint auquel Luther
s'adressait peut avoir eu des répercussions lointaines en un court laps de temps.
« II vendra assurément plus de textes de Luther s'il n'a rien d'autre à offrir », écrit
Beatus à Zwingle dans une lettre où il lui recommande un colporteur de livres.
Celui-ci devra aller de ville en ville, de village en village, faire du porte à porte, ne
proposant rien d'autre que les écrits de Luther. « Cela forcera virtuellement les gens
à les acheter, ce qui ne saurait être le cas s'il leur était laissé un grand choix 15 ».
Cette manière d'associer le souci du salut à une stratégie commerciale avisée et à une
véritable « vente forcée » semble avoir été non moins prononcée au début du xvie siècle
que chez ceux qui vendent la Bible aujourd'hui. L'exploitation consciente du nouvel
outil de communication contribue à éclaircir ce paradoxe maintes fois noté dans les
études sur la Réforme selon lequel un retour aux traditions premières de la chré
tienté a en quelque sorte servi d'introduction aux temps modernes.
« Rarement une invention eut une influence aussi décisive que celle de l'imprimerie
sur la Réforme ». Luther « avait engagé un débat public et personne n'était venu le
soutenir ». Puis, « par un coup de baguette magique, il se retrouva parlant au monde
entier 16 ». C'est là un exemple de causalité révolutionnaire où il semble difficile de
maintenir la distinction normalement utile entre conditions préalables et cataly
seurs 17. Car il semble y avoir unanimité sur l'idée que c'est bien l'acte de Luther
en 1517 qui a précipité la révolte protestante. Le 31 octobre « continue à être célébré
comme l'anniversaire de la Réforme dans les pays luthériens, et à juste titre. La
controverse sur les indulgences a réuni l'homme et l'occasion : elle marque la fin de
l'Église médiévale 18 ». Pour comprendre comment les thèses de Luther ont marqué
cette rupture, on ne peut se contenter de rechercher ce qui fut affiché sous le porche
de l'église du château de Wittenberg. On manquera la portée historique de l'événe
ment si l'on demeure confiné, avec Luther, à Wittenberg. C'est en grande partie
parce que les formes traditionnelles du débat théologique avaient été transformées
par des techniques de publicité entièrement nouvelles que l'acte du moine allemand
eut des conséquences si profondes.
« On a dit que les thèses furent connues dans toute l'Allemagne en deux semaines et
dans toute l'Europe en un mois... On reconnut dans l'imprimerie un pouvoir nouveau et la
publicité prit corps. En faisant pour Luther ce que les copistes avaient fait pour Wyclif,
l'imprimerie transforma le champ des communications et engendra un soulèvement inter
national. Ce fut une révolution 19. »
L'avènement de l'imprimerie constitue un important préalable à la Réforme
protestante envisagée dans son ensemble car, sans elle, on ne pouvait rendre effectif
un « sacerdoce de tous les croyants ». Dans le même temps, toutefois, ce nouveau
moyen de communication fit également office de catalyseur. Il fournit « le coup de
baguette magique » par lequel un obscur théologien de Wittenberg parvint à ébranler
le trône de saint Pierre.
A cet égard, l'opposition tracée par différents auteurs entre le destin de Luther,
qui eut à sa disposition, le nouveau mode de communication, et ceux des Lollards
15. Lettre de Beatus à Zwingle datant du 2 juillet 1519, dans Hillerbrand, p. 125. (Voir également
pp. 123 et suivantes pour la correspondance se rapportant à la diffusion des 95 thèses).
16. Gordon Rupp, Luther's Progress to the Diet of Worms, 1521 (Chicago, 1951), p. 54.
17. Lawrence Stone, Social Change and Revolution in England 1540-1640 {Problems and Perspect
ives in History, H. F. Kearney, éd.) (London, 1966), p. xxii.
18. Elton, p. 15.
19. Margaret Aston, The Fifteenth Century: The Prospect of Europe (London, 1968), p. 76.
1359 ET SOCIÉTÉ CULTURE
et des Waldensiens, qui ne l'avaient pas, mérite une discussion plus approfondie 20.
Quelle incidence l'avènement de l'imprimerie eut-il sur les hérésies si fréquentes à la
fin du Moyen Age? Ce problème demanderait beaucoup plus d'attention qu'il ne
peut lui en être ici accordée 21. Ma récente étude du problème de la Renaissance
ouvre toutefois la voie à une analyse qui gagnerait à être poursuivie plus avant22.
En d'autres termes, il peut être utile de garder la fixité typographique présente à
l'esprit lorsqu'on compare le soulèvement du XVIe siècle aux mouvements religieux
qui l'ont précédé. On peut ainsi distinguer les hérésies médiévales de la Réforme
de la même façon qu'on peut les renouveaux du Moyen Age de la Renais
sance italienne. Dans les deux cas, des mouvements transitoires et localisés sont
dépassés par des mouvements vastes et durables. C'est en partie parce que l'imprimerie
a servi d'outil à la dissension religieuse que celle-ci a pu laisser une empreinte bien
plus profonde et indélébile qu'elle ne l'avait jamais fait auparavant.
Il y avait eu par exemple de nombreux schismes au sein de l'Église d'Occident.
Les papes s'étaient souvent opposés aux empereurs, aux rois, aux conciles et à des
prétendants rivaux à la tiare. Mais il n'est pas d'épisode, de Canossa à Constance,
pas même l'affrontement de trois papes rivaux, qui ait brisé l'unité de l'Église d'une
façon si concluante, si permanente que ne le fit le divorce d'un roi anglais du XVIe siècle.
Thomas Cromwell se montra aussi habile que les amis allemands de Luther en mobil
isant les propagandistes et en s 'attirant un large public par le biais de traductions
en langue vulgaire 23. Grâce aux techniques nouvelles, les dissensions, une fois mises
par écrit, se trouvaient gravées infiniment plus profondément et restaient pratique
ment ineffaçables. L'hérésie et le schisme du xvie siècle démantelèrent la chrétienté
de si complète manière que, même après la fin des luttes religieuses, les mouvements
œcuméniques menés par des hommes de bonne volonté ne purent en rassembler les
différentes parties. Non seulement il existait trop de groupuscules, de chapelles
20. Que Hus et Wyclif aient été séparés de Luther par une découverte technique autant que
par le temps, les circonstances et leurs convictions respectives est noté par Aston, Ibid., p. 50. En
sus des ouvrages ci-devant cités (notes 19 et 1), consulter A. G. Dickens, The English Reformation
(New York, 1964), chapitre 2, ainsi que l'étude pertinente de Henri Hauser, La naissance du pro ■
testantisme, éd. G. Dumézil (Paris, 1962), pp. 51 et suiv., pour un traitement plus approfondi de la
question.
21. Selon Gordon Leff, Heresy in the Later Middle Ages: The Relation of Heterodoxy to Dissent
c. 1250-1450 (Manchester, 1965), 2 vol., I, 47, les hérésies médiévales ne se laissaient définir que dans
le contexte d'une Église catholique recouvrant l'ensemble de la Chrétienté occidentale et ne pou
vaient exister que dans ce contexte. Après la révolte protestante, elles prirent fin, presque par défi
nition, en même temps que l'Église médiévale. Cependant, G. Leff n'explique justement pas comment
elles ont pu « pénétrer dans la Réforme ». Dans « Lollardy and the Reformation », passim,
Aston se penche sur le renouveau des lollards entrepris par Foxe et d'autres qui ont tiré un plein
profit de l'imprimerie, restitué des textes et fait des panégyriques. Comment les Waldensiens (en
contribuant par exemple à la publication de la traduction française de la Bible faite par Olivétan)
ont pénétré le mouvement calviniste mériterait plus d'attention. Un plan d'étude pour l'incidence
de l'imprimerie sur les hérésies italiennes est ébauché par Carlo de Frede, « Per la Storia délia
Stampa nel Cinquecento in rapporto con la diffusione délia Riforma in Italia », Gutenberg Jahrbuch
(1964), pp. 175-184. Je ne suis pas habilitée à commenter les études faites sur les survivances et les
résurgences de tendances hussites au sein des mouvements protestants d'Europe centrale.
22. Elizabeth L. Eisenstein, « The Advent of Printing and The Problem of the Renaissance »,
Past and Present (novembre 1969), 45, pp. 27 et suiv.
23. De nombreuses études soulignent l'exploitation de l'imprimerie par Cromwell qui a contribué
à « lancer » des Bibles anglaises comme diverses autres publications. Il serait bon de tracer une
biographie d'ensemble du groupe des imprimeurs, publicistes et artisans divers qu'il a mobilisés.
Dans le ci-devant mentionné English Reformation comme dans son Thomas Cromwell and the
English Reformation (London, 1959), A. G. Dickens apporte des éléments pertinents.
1360 LIVRE ET SOCIÉTÉ E. EISENSTEIN
séparatistes et de sectes indépendantes qui considéraient tout gouvernement central
isé de l'Église comme incompatible avec la vraie foi, mais les grandes lignes du
clivage s'étendirent aux autres continents et se réinscrirent au-delà des mers, associées
aux Bibles ou aux bréviaires. Les colons qui traversèrent un vaste océan pour débar
quer sains et saufs dans le nouveau monde offrirent, à l'instar des pèlerins et des
croisés du Moyen Age, leurs prières au même Dieu; mais le signe de la croix était
devenu signe de division. La liturgie adoptée par les congrégations de la Nouvelle
Angleterre divergeait nettement des formes du culte suivies par leurs frères chrétiens
qui allaient à la messe dans les églises baroques de la Nouvelle Espagne. En quelques
générations, le fossé entre les protestants et les catholiques s'était suffisamment
élargi pour donner lieu à des cultures littéraires et à des modes de vie opposés.
Longtemps après que les questions de théologie eurent cessé de provoquer des
guerres, les chrétiens des deux continents se trouvèrent séparés par des barrières
invisibles qui se sont maintenues jusqu'à ce jour.
L'établissement durable d'églises anti-papistes et la propagation continue de
croyances hétérodoxes furent lourds de conséquences pour la civilisation occidentale.
Mais l'impact qu'eut l'imprimerie sur l'Église d'Occident ne s'est nullement limité
à la mise en œuvre de la contestation ou à la perpétuation de l'hétérodoxie. Les
institutions et les croyances orthodoxes en furent également affectées d'une manière
dont il faut tenir compte. La tradition chrétienne tout comme l'héritage classique
avaient été modelés par le mode de transmission des scribes. Il ne semble guère
plausible qu'elle se soit perpétuée sans aucune modification après que les modes de
transmission eurent été radicalement transformés. A cet égard, bien qu'elles fassent
en vérité une certaine place à l'imprimerie, les études sur la Réforme en parlent
presque toujours trop peu et introduisent le sujet trop tard. C'est seulement lorsqu'il
parle de la diffusion des idées de Luther que Dickens soutient qu'on ne saurait
exagérer la portée de l'imprimerie, et c'est presque toujours lorsqu'ils parlent de la
dissémination de l'idéologie protestante que les historiens en viennent à se pencher
sur le rôle de l'imprimerie **.
En réalité, les traditions de l'Église avaient déjà subi l'influence de l'imprimerie
bien avant la maturité de Luther. Fixées sous une nouvelle forme et présentées d'une
manière différente, les conceptions orthodoxes se trouvaient inévitablement trans
formées u.
L'agitation religieuse des débuts de l'ère moderne tire en grande partie son
origine du fait que les écrits des Pères de l'Église et l'Écriture elle-même ne pouvaient
continuer à être transmis par la voie traditionnelle. Héritage sacré, le christianisme
devait être préservé de tous changements; héritage transmis par des textes et qui
impliquait « la propagation de la Bonne Nouvelle », il se trouvait tout particulièr
ement exposé aux effets révolutionnaires de la typographie. Proclamé de toutes parts
« art pacifique », l'invention de Gutenberg a contribué vraisemblablement à briser
l'unité chrétienne et à enflammer les luttes religieuses plus que ne l'ont jamais fait
les arts de la guerre.
Imprimer des textes dans les nouveaux ateliers représentait certes une activité
** A partir d'ici et jusqu'à la note 40, la partie centrale du chapitre est présentée sous forme
d'extraits.
24. C'est ainsi que commença un nouveau chapitre de l'histoire du thomisme. (Voir par exemple
P. O. Kristeixer, Le Thomisme et la Pensée italienne de la Renaissance (Montréal, 1967), pp. 36-39.
Le mysticisme espagnol subit de même une orientation nouvelle. Voir A. G. Dickens, The Counter-
Reformation (London, 1969), pp. 25-26.
1361 CULTURE ET SOCIÉTÉ
pacifique menée par de paisibles artisans et marchands des villes. Elle n'en attirait
pas moins l'attention sur maintes questions embarrassantes qui étaient restées dans
l'ombre jusque-là. Par exemple, à partir du jour où les poètes cessèrent de composer
leurs œuvres en les chantant et les récitant et où la lecture à haute voix ne corres
pondit plus à la publication d'un ouvrage, on put établir une distinction plus franche
entre les témoignages écrits et oraux. Des problèmes risquaient alors de se poser
quant à la transmission de l'enseignement issu de la bouche du Christ ou dicté par
le Saint-Esprit aux apôtres 25. Le rôle traditionnellement médiateur du sacerdoce
devint également moins sûr après que les imprimeurs érudits eurent engagé des
grammairiens et des philologues profanes pour les aider à éditer les textes anciens.
Le prêtre pouvait bien prétendre au rôle sacré de médiateur entre Dieu et les hommes;
en ce qui concerne l'exégèse des Saintes Écritures, les imprimeurs furent nombreux
à estimer que les érudits versés en grec et en hébreu étaient plus qualifiés pour cette
tâche.
De plus, en raison de la fixité typographique, il devenait plus difficile de revenir
sur les positions adoptées. Les polémiques constituaient une dynamique propre;
les passions s'enflammaient tandis que protestants et papistes voyaient le diable à
l'œuvre dans le camp adverse. Il devint vite impossible d'apaiser les querelles, trop
de plumes s'employaient à les envenimer.
On a souvent noté que le heurt des croyances antagonistes a fini par détrôner
la théologie et miner la confiance dans le christianisme lui-même. Je ne veux pas dire
par là que les luttes entre Églises rivales ont préparé la voie à des conceptions ulté
rieures mais bien plutôt que l'imprimerie (en révolutionnant tous les procédés de
transmission) a obligé les hommes d'Église à s'écarter des vues traditionnelles et les
a dressés les uns contre les autres. La nouvelle technologie une fois mise en œuvre*
il n'était plus possible de conserver le statu quo, ce qui rendait inévitable une certaine
dislocation.
Les Écritures Saintes elles-mêmes en donnent un exemple précis. Quelle que fût
la position d'un homme d'Église du xvie siècle sur les questions touchant à l'Évang
ile, cette position se trouvait en rupture avec le passé, car l'énoncé dételles questions,
avait changé avec la lettre même de l'Évangile. L'étude de la Bible se ressentait
déjà de la technologie nouvelle avant l'apparition des doctrines protestantes. En
introduisant des méthodes nouvelles dans l'édition des textes bibliques, la création
d'ateliers d'imprimerie entraînait une séparation entre érudits et obscurantistes.
Non seulement cette séparation a précédé la révolte protestante, mais elle ne s'est
jamais entièrement confondue avec la entre protestants et catholiques.
En effet, les protestants dogmatiques ne se montraient pas moins hostiles que leurs
homologues catholiques aux recherches des imprimeurs érudits. Il est, toutefois
nécessaire de distinguer l'étude de la Bible, au sens de l'exégèse savante, et l'étude
de la Bible donnée à lire à un simple laïc. Dans ce dernier cas, l'opposition entre
protestants et catholiques a bientôt revêtu une importance extrême 26. C'est ainsi
qu'au deuxième siècle de l'imprimerie, les Bibles traduites en langue vulgaire étaient
25. R. Preus, The Inspiration of Scripture (Edinbourg, 1957) et George H. Tavard, Holy Writ
or Holy Church: The Crisis of the Protestant Reformation (London, 1959), fournissent des éléments
intéressants. Howard M. Teeple, « The Oral Tradition that never existed », Journal of Biblical
Literature (mars 1970), LXXXIX, pp. 56-69, montre que ce problème reste fort controversé.
26. R. Preus, pp. 164 et suiv., retrace les positions antagonistes adoptées par les catholiques
et les luthériens du xvne siècle à propos du « droit des laïcs à lire les Écritures ».
1362 LIVRE ET SOCIÉTÉ E. EISENSTEIN
rarement autorisées par les dirigeants catholiques. Leur publication donnait fr
équemment lieu à persécution et à emprisonnement et se faisait généralement sous de
auspices étrangères ou hétérodoxes 27. Pendant la même période, les protestants
orientaient leur politique dans la direction opposée. Les Bibles, les livres de prières
et les catéchismes en langue vulgaire étaient adoptés dans toutes les églises réformées.
Ils furent autorisés, plus ou moins tôt, par tous les chefs religieux qui rompirent
avec Rome et vinrent grossir le courant principal de la culture littéraire nationale
dans les pays protestants.
Cette divergence de vues concernant la traduction de la Bible eut des conséquences
durables dont l'étude pourrait éclaircir les rapports entre le protestantisme et le natio
nalisme. Vu leurs répercussions profondes, j'incline à penser avec Dickens que les,
décisions prises au concile de Trente « n'ont pas reçu toute l'attention qu'elles méri
taient » :
« Les Pères, divisés entre eux, ont négligé... de donner la priorité aux études bibliques...,
d'encourager les laïcs à lire la Sainte Écriture ou de préparer le catéchisme pour laïcs basé
sur les Écritures, que les humanistes avaient... projeté. Ce grand refus de 1546 eut des effets
durables... En aucun moment de l'histoire l'esprit de Lefèvre et d'Erasme ne subit une
défaite aussi catastrophique; nulle part la peur du protestantisme n'a laissé de marques
aussi profondes sur le développement de la religion catholique 28. »
A mon avis toutefois, quelque chose de plus profond encore que la peur du pro
testantisme a joué dans le « grand refus de 1546 ». Ce refus eut également pour motif
de neutraliser les forces qui avaient commencé à dissoudre l'Église médiévale avant
la naissance de Luther et qui devaient continuer à menacer le catholicisme romain
longtemps après que l'enthousiasme protestant eut pris fin 29. Indépendamment
de tout ce qui survint à Wittenberg ou Zurich et sans même tenir compte des résolu
tions adoptées au concile de Trente, l'Église aurait eu tôt ou tard à s'accommoder
des effets qu'eurent sur la Bible tant l'impression des textes que l'expansion des
marchés du livre.
27. Des traductions espagnoles furent ainsi imprimées à Genève, Bâle, Amsterdam et dans un
atelier juif à Ferrare; le protestant Diodati fit publier sa célèbre traduction italienne à Genève;
des traductions françaises parurent à Anvers, Genève, Louvain et Amsterdam. Même la traduction
Henri- anglo-catholique J. Martin, (Reims-Douai) Livre, Pouvoirs fut et publiée Société hors à Paris d'Angleterre. au XVIIe Voir siècle C.H.B. (1598-1701) Ш, 112, (Genève, 114, 126-128; 1969),
2 vol., I, 102-104. L'opposition couronnée de succès à une autorisation temporaire accordée par
Louis ХШ est décrite dans П, 610-611.
28. Dickens, Counter-Reformation, p. 115. Cette interprétation (protestante) diffère nettement
de celle (catholique) que donne F. J. Crehan, S.J. « The Bible in the Roman Catholic Church from
Trent to the Present Day », C.H.B. Ill, 203. Ce dernier affirme que les « humanistes chrétiens pré
sents au concile » « ont balayé » les arguments conservateurs en décidant de la création de conférences
sur les Écritures. Б ne dit rien des autres problèmes plus importants.
29. William Bouwsma, Venice and the Defense of Republican Liberty: Renaissance Values in
the Age of the Counter-Reformation (Berkeley, 1968), pp. 293-295, soutient également que la répres
sion du protestantisme par la Curie romaine ne saurait être dissociée du refoulement d'autres forces
plus fondamentales encore et de plus grande portée. Mais alors qu'il renvoie la menace aux « valeurs
de la Renaissance » et voit « dans Florence et Venise plutôt que dans Wittemberg et Genève... les
principaux adversaires » de Rome (p. 294), je pense que cette menace fut provoquée par des forces
libérées par l'imprimerie. Venise tout comme Genève, en tant qu'importants centres d'imprimerie,
me semblent représenter des « adversaires principaux » de la Rome du xvie siècle. (On ne peut
malheureusement pas s'engager ici dans une discussion, pourtant fort à propos, sur la censure
catholique et la création de l'Index.)
1363

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