L'effet autocinétique comme phénomène et comme instrument - article ; n°2 ; vol.56, pg 461-474

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L'année psychologique - Année 1956 - Volume 56 - Numéro 2 - Pages 461-474
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1956
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G. de Montmollin
L'effet autocinétique comme phénomène et comme instrument
In: L'année psychologique. 1956 vol. 56, n°2. pp. 461-474.
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de Montmollin G. L'effet autocinétique comme phénomène et comme instrument. In: L'année psychologique. 1956 vol. 56, n°2.
pp. 461-474.
doi : 10.3406/psy.1956.8887
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1956_num_56_2_8887L'EFFET AUTOCINÉTIQUE COMME PHÉNOMÈNE
ET COMME INSTRUMENT
par Germaine dk Montmolmn
Quelques études expérimentales récentes ont redonné une certaine
actualité au problème du mouvement autocinétique. Aucune d'elle
n'apporte une explication théorique définitive : les psychologues se
sont essentiellement donné pour but de rechercher les limites et les
variations physiques, physiologiques et psychologiques du phénomène
à la fois sous l'angle de son existence d'illusion perceptive et de son
utilisation pour l'étude de la suggestibilité individuelle et de la normal
isation sociale.
A) Conditions physiques du phénomène
Le schéma classique expérimental pour l'apparition du phénomène,
comporte l'obscurité absolue, c'est-à-dire l'annulation totale du champ
environnant, un point lumineux de moyenne intensité, d'étendue très
réduite et de forme ronde. Le déplacement du point est conditionné
essentiellement par l'obscurité ambiante totale et par la fixation absolue
du point : il se produit après une certaine latence, dans des directions
variées de l'espace et avec des amplitudes variables.
Les auteurs que nous allons présenter, ont fait varier expérimentale
ment les conditions physiques de la situation : taille et forme du stimul
us (8, 7, 4, 5, 11, 12, 13), intensité lumineuse (8, 11), durée d'exposi
tion (6), expérience perceptive antérieure (2, 3, 6), structure du champ
visuel (12, 13), pour constater dans quelles limites se produit le phéno
mène et quels effets ont ces variables sur la latence, la direction et
l'amplitude du mouvement perçu.
Karwoski, Redner et Wood (8) étudient l'effet de stimuli de gran
deurs cariées, nettement plus importantes que celles qui sont habituelle
ment utilisées, et qui varient également en intensité lumineuse et en
forme. Une de leurs expériences principales porte sur un stimulus en
forme de croix, vue sous un angle de 11° : tous les sujets ont vu le mou
vement autocinétique se produire, à condition que l'intensité lumineuse
ne soit pas trop forte. Certaines observations incidentes ont même
permis de constater que le phénomène se produisait sous un angle visuel
de 26°, avec une distance pins courte. Les auteurs notent, par ailleurs, H 2 fiKvni'S ciiiTioi i:.s 4
que les diverses parties de la figure composite se déplacent ensemble
comme une unité. Mêmes constatations dans les travaux d'Iwawaki (7)
qui utilise des stimuli composés de lignes de taille et d'arrangement
variés. La petitesse comme la grandeur du stimulus reste en liaison
avec l'intensité lumineuse, ainsi que le montre Luchins (13) qui, avec
une intensité forte et un stimulus très réduit (1° 42), n'obtient pas de
phénomène autocinétique.
Edwards (4), utilisant différentes matrices de trous éclairés par der
rière de façon constante, de diamètre 3/8 de pouce, montre que le mou
vement autocinétique se produit pour des groupements très étalés,
jusqu'à un maximum d'angle visuel de 60° ; les sujets perçoivent un
mouvement à tous les essais, mais les mouvements perçus sont de forme
très variée. Le petit nombre de sujets participant à l'expérience en
limite évidemment la portée ; cependant, l'auteur ne trouve aucune
différence significative entre sujets naïfs et sujets avertis, du point
de vue de l'existence du phénomène ; par contre, une variabilité signi
ficative est constatée entre les temps de latence des sujets, dont la
moyenne est de 28,9 s, avec un maximum de 151 s. L'auteur fait
également varier la distance entre les sujets et l'écran, et constate que
les basses latences correspondent aux distances les plus courtes. Il y
aurait donc, ainsi que les résultats de l'analyse de variance permettent
de le supposer, une interaction triple et significative entre les variables :
sujets, grandeur des stimuli et distance où se trouvent les sujets par
rapport à l'écran où sont présentés les stimuli. L'auteur conclut à
l'extrême généralité du phénomène dont certaines caractéristiques
seraient cependant affectées par les différentes variables de la situation.
Trois autres recherches sont faites par le même auteur (5), avec un
appareillage semblable qui permet d'utiliser des stimuli de grande taille
sans éclairer le champ environnant. Les résultats montrent que la
latence de l'apparition du phénomène croît tandis que l'amplitude du
mouvement perçu décroît en fonction de la taille des stimuli ; des liaisons
de mêmes signes sont constatées, mais à un degré moindre, entre latence
et amplitude d'une part, intensité lumineuse des stimuli, d'autre part.
Le nombre des sujets étudiés par l'auteur justifie certaines nuances
apportées à l'affirmation de la généralité du phénomène, contenue dans
l'étude précédemment analysée (4) : la distribution des résultats semble,
en effet, être bimodale ; il y aurait des degrés dans la facilité avec laquelle
les sujets perçoivent un effet autocinétique ; cette se présenterait
avec une certaine constance, puisque les « mauvais » sujets ne voient
pas plus de mouvement pour des stimuli de grande taille que pour des
stimuli de petite taille. Aux stimuli de taille correspondent
cependant plus d' « échecs » pour les « bons » sujets, la latence augment
ant avec la taille et l'intensité et l'auteur suppose que, peut-être,
malgré les précautions expérimentales pour annuler l'éclairement du
champ par diffusion, l'encadrement des yeux et le nez recevraient
quelque lueur des stimuli de grande taille. L'appareillage utilisé qui TU: MO\TMOI,M\. l,'i: FIT.T A V T« m: [ X |'T I Q C R MY?, G.
élimine la plus grande part des reflets, permet à l'auteur d'obtenir un
effet autocinétique pour des grandeurs de stimuli nettement supérieures
aux extrêmes des expériences de Karwoski (8) et Luchins (13).
Ayant constaté chez certains sujets, des mouvements tri-dimen-
sionnels spontanés, l'auteur a traité expérimentalement le problème
en modifiant les consignes : il obtient pour 28 % des stimuli présentés,
des mouvements dans un plan parallèle aux sujets ou s'en éloignant,
combinés avec des mouvements dans un plan perpendiculaire ; dans ce
cas, il n'a pas trouvé de liaison entre taille et intensité des stimuli et
les mouvements dans la troisième dimension. L'auteur constate donc
la généralisation du phénomène, pour les différentes conditions phy
siques étudiées : sans apporter de solution théorique définitive, il cri
tique le concept de « cadre de référence » utilisé par Shérif (17), en mont
rant qu'on ne peut en préciser exactement le sens ; il suppose que la
pluralité, les effets d'ombre et de contours des objets du monde visuel
en fournissant un nombre et une variété d'informations plus importants,
expliqueraient la stabilité « anormale » de notre vision habituelle.
A mesure que la taille d'un stimulus croît, on peut penser que la
quantité de lumière perçue est plus grande, et qu'en conséquence,
le contrôle des variables expérimentales n'a pas été suffisant, lorsqu'on
fait simplement varier la taille du stimulus. Luchins (11) réalise un
montage qui permet de diminuer l'intensité lumineuse fournie à mesure
que la taille des stimuli grandit, de telle sorte que la quantité de lumière
perçue soit constante. Une série d'expériences d'exploration est alors
réalisée dont les résultats, sur un nombre de sujets important, montrent
qu'il y a une forte liaison positive entre la taille des stimuli et la latence
d'apparition du phénomène (corrélations par rangs : + .81 à + 1.00),
qu'à taille égale, la latence est également fonction de l'intensité lumi
neuse, qu'il y a une forte liaison négative entre la taille et le fréquence
de l'apparition du phénomène (corrélations par rangs — .95 à — .98),
c'est-à-dire qu'on constate plus d'échecs avec des stimuli plus grands,
et qu'enfin, il y a une certaine tendance à ce qu'aux de grande
taille correspondent des mouvements de moindre amplitude. Luchins
constate également l'existence de mouvements bi- et tri-dimensionnels :
ces derniers seraient de latence moindre, et plus nombreux pour les
stimuli de grande taille que les bi-dimensionnels. D'autres
variables seront, également étudiées dans de semblables conditions
expérimentales : l'auteur conclut comme premier pas, dans l'explora
tion des variables de la situation autocinétique, qu'aux stimuli de plus
grande taille, l'intensité lumineuse étant contrôlée, correspondent de
plus faibles effets autocinétiques.
Autre dimension « physique » du stimulus, la durée de présentation,
peut, au même titre que la taille et l'intensité lumineuse, contribuer à
modifier les caractéristiques du phénomène autocinétique. Hoffman,
Swander, Baron, Rohrer (6) utilisant des temps de présentation de
3 s, 5 s, 7 s, avec les mêmes valeurs d'intervalle entre les présentations it !■; vu es ciwtiquks 464
de chaque série, trouvent une relation constante et positive bien
que non significative au seuil de .05, entre la durée d'exposition du
stimulus et l'amplitude du mouvement perçu. Ce résultat est inc
ident à leur principale recherche, les auteurs n'ont donc pu vérifier dans
quelles limites le temps d'exposition influençait l'amplitude ; cependant,
la liaison positive entre ces deux valeurs, pour les trois durées utilisées,
très voisines, peut être considérée comme une conclusion probable que
des expériences plus contrôlées devraient pouvoir facilement éprouver.
On peut également tirer des recherches précédemment analysées, que le
temps de présentation joue un rôle certain dans la fréquence d'appar
ition du phénomène, mais indirectement, étant donné que la latence
moyenne du phénomène est importante, qu'elle s'élève avec la taille
et l'intensité du stimulus, et qu'elle présente une grande variabilité
intra- et inter-individuelle. Les utilisateurs de l'effet autocinétique
doivent donc se donner des temps d'exposition suffisamment longs pour
être dans les conditions optima d'apparition du phénomène.
D'autres expériences ont porté, non plus sur les variables strict
ement physiques du seul stimulus, mais sur des variables plus complexes
qu'on peut qualifier d'effets de champ (Luchins, 12,13) et d 'expérience
antérieure (Hoffman, 6; Crutchfield et Edwards, 2, 3).
Luchins (12) réalise un montage qui permet de réaliser autour du
stimulus lumineux dont l'éclairement reste fixe, une plage d'éclairement
variable, qui ne diffuse cependant jamais dans la pièce d'expérience.
A mesure que l'éclairement de la plage variable augmente, les sujets
voient moins souvent le stimulus se déplacer, l'amplitude des mouve
ments décroît et la latence est plus longue ; pour une certaine valeur
d'éclairement de la plage, le stimulus apparaît comme fixe, ou comme
tournant sur lui-même comme s'il était monté sur un pivot ; au delà de
ce « point de stabilité », le stimulus disparaît en tant que point lumineux
et apparaît au contraire comme tache sombre qui grandit et se déplace
lentement.
Lorsqu'on diminue graduellement l'éclairement de la plage qui
entoure le point lumineux, les mêmes phénomènes se produisent en
séquence inversée. L'auteur détermine pour 200 sujets le « point de sta
bilisation » du phénomène, c'est-à-dire la valeur de l'éclairement de la
plage qui annule l'effet autocinétique, symbolisée par la posi
tion du bouton de réglage du rhéostat qui correspond à cette valeur ;
cette valeur présente une grande variabilité dans la population étudiée,
mais tend à être constante d'un essai à l'autre pour un même sujet ;
cette constance individuelle est également constatée, en ce que, lor
squ'on a augmenté l'éclairement de la plage variable au delà de la valeur
critique, puis qu'on diminue graduellement cet éclairement, le phéno
mène autocinétique tend pour un même sujet à réapparaître dans la
série descendante pour une valeur d'éclairement égale à celle pour
laquelle le phénomène avait cessé dans la série montante. L'auteur voit
une utilisation possible de ce « point de stabilisation » comme indice de DE MONTMOLMN. l'eIKI'.T \ ITOC.LMiTI O U li 405 (.;.
rigidité perceptive, qu'il, serait profitable de valider avec les résultats
à d'autres épreuves de rigidité obtenus par des malades mentaux
cliniquement considérés comme « rigides ». Il constate cependant expé
rimentalement que ce « point de stabilisation » peut être modifié, sous
l'effet de certaines pressions sociales, mais qu'on ne retrouve pas, lors
qu'on procède pour déterminer ce point de stabilisation en situation
individuelle puis collective, à la manière de Shérif (17), à un effet de
convergence vers une norme commune : il est vrai, ajoute l'auteur,
qu'il ne s'agit ici que de l'existence ou de la non-existence du phéno
mène, non de l'estimation de son amplitude.
Luchins, dans cette même expérience (12), ne constate aucune dif
férence significative dans la valeur du point de stabilisation, lorsqu'on
emploie, au lieu du point lumineux, des stimuli qui ont la forme d'objets
réels qui dans la vie constante, sont fixes ou mobiles : la signification
« mouvement » associée à certains stimuli n'aurait donc aucun effet sur
le seuil où cesse le phénomène.
Continuant systématiquement l'exploration des variables de l'effet
autocinétique, Luchins (13) réalise avec 25 sujets dont 20 naïfs, une
expérience sur les caractéristiques du phénomène en vision centrale ou
en vision périphérique. Après avoir demandé aux sujets de décrire le
mouvement perçu lorsqu'ils sont face au stimulus lumineux, l'expér
imentateur change la position des sujets par rapport au stimulus, de
telle sorte que le point lumineux soit perçu à l'extrême droite du champ
visuel droit ou à l'extrême gauche du champ visuel gauche ; le corps,
la tête et les yeux des sujets sont maintenus immobiles. Les sujets
constatent, en grande majorité, l'apparition d'un mouvement autoci
nétique périphérique, vers la droite pour l'œil droit, vers la gauche
pour l'œil gauche, dont les différences avec le mouvement autocinétique
« central » sont frappantes : la distance parcourue est plus grande, à
tel point que les sujets se servent du « pouce » (inch) pour décrire le
mouvement central, du « pied », du « yard », et d'unités plus grandes
encore pour décrire le mouvement périphérique ; la vitesse du mouve
ment périphérique est plus grande ; tandis que le mouvement central
prend des directions variées selon les sujets et selon les essais, le mouve
ment est uni-directionnel ; le mouvement central apparaît
comme discontinu, saccadé, le mouvement périphérique comme continu,
homogène ; le mouvement périphérique paraît suivre, contrairement
à la variabilité du central, un chemin parallèle au plancher,
en légère déclivité. Deux expériences permettent de réfuter l'hypo
thèse selon laquelle la tension musculaire oculaire et corporelle, plus
forte en vision périphérique, permettrait d'expliquer les différences
entre ces deux types de mouvement autocinétique : le principe de ces
deux expériences consiste à maximaliser la tension musculaire des yeux
et du corps en vision centrale ; on constate que le mouvement perçu
continue à être caractéristique du mouvement central antérieurement
décrit. L'auteur montre l'intérêt qu'il y aurait à chercher l'angle cri- 466 KKVUliS CKlïlOUliS
tique du regard par rapport au stimulus, pour lequel le mouvement
autocinétique, jusque-là central, prend les caractéristiques du mou
vement périphérique, mais il se refuse, faute d'avoir fini d'explorer
les variables de la situation autocinétique, de tirer de ces divers résul
tats, une interprétation théorique. On peut, à sa suite, seulement cons
tater que l'effet autocinétique ne dépend pas aussi étroitement qu'on le
croit habituellement, de la fixation du stimulus par les yeux.
L'apparition et les caractéristiques de l'effet autocinétique dépen
dent également de V expérience antérieure du sujet, par laquelle on peut
chercher expérimentalement à inhiber ou à faciliter le phénomène.
Hoffman, Swander, Baron, Rohrer (6) ont cherché à entraîner dif
férents groupes de sujets à estimer les déplacements d'un point lumi
neux mobile, se déplaçant dans un cadre fixe de dimension connue, et à
voir, si ces sujets conservent, dans l'estimation des déplacements auto
cinétiques d'un point lumineux fixe, sans cadre visible, qu'on substitue
au stimulus mobile en cours d'expérience, les normes qu'ils avaient
formées au cours de leur entraînement. L'intérêt de cette expérience
n'est pas seulement de démontrer le lien étroit entre les normes auto
cinétiques et les normes préétablies pour chaque groupe de sujets,
mais de montrer que l'expérience antérieure qu'ont les sujets d'un
mouvement réel dans l'obscurité, maximalise la fréquence d'apparition
de l'effet autocinétique (il n'y a aucun échec) et minimise la latence
(le phénomène apparaît dès la présentation du stimulus). On peut
donc expérimentalement faciliter l'effet autocinétique en entraînant
les sujets avec un point lumineux mobile, mais on peut aussi chercher
à l'inhiber en faisant précéder la situation « », par la fixa
tion prolongée, dans le champ d'apparition du point lumineux, d'une
figure fixe, ainsi que l'ont réalisé Grutchfield et Edwards (2 et 3),
Dans une première expérience (2), les auteurs déterminent d'abord
pour 26 sujets, la direction privilégiée et l'amplitude du mouvement
autocinétique: Ils demandent ensuite aux sujets de fixer pendant deux
minutes, un demi-cercle en silhouette lumineuse, situé du côté de la
direction privilégiée du mouvement autocinétique ; enfin, une nouvelle
situation « autocinétique » où la direction et l'amplitude du phénomène
sont de nouveau définies par les sujets. Un groupe contrôle reste sim
plement pendant deux minutes dans l'obscurité entre les deux sessions
d'estimation du déplacement autocinétique. Les résultats montrent que
la fixation de la figure immobile amène une réduction marquée de
l'amplitude de mouvement autocinétique, réduction immédiate et tem
poraire ; on constate la même réduction chez les sujets qui ont utilisé
un œil pour fixer la figure et l'autre pour la session autocinétique pos
térieure, ce qui amène les auteurs à penser que l'effet réducteur est d'ori
gine centrale et non périphérique ; l'effet réducteur est Je même, si la
figure a été présentée dans la direction privilégiée ou inverse du mouve
ment autocinétique premier ; la fixation de la figure n'a aucun effet
sur la direction du mouvement autocinétique postérieur. .
DE MONTMOLL1.\. — l'ëFFET AUTOUNÉTIQU K 4t>7 G.
L'expérience est reprise (3) avec une fixation de la figure immobile
plus courte : 60 s. L'effet réducteur d'amplitude est encore constaté,
mais de façon plus différentielle : l'amplitude du mouvement autoci
nétique décroît considérablement quand la figure immobile a été pré
sentée à l'inverse de la direction privilégiée du autociné
tique premier, mais aucune réduction n'intervient lorsqu'on a présenté
la figure immobile dans la direction du mouvement. Il y a
d'importantes différences individuelles dans l'effet réducteur du mouve
ment autocinétique, mais plus grandes le cas où le temps de fixa
tion de la figure est plus long. Les auteurs interprètent ces résultats
selon la théorie de Köhler-Wallach : la saturation de certains points de
la rétine expliquerait le phénomène autocinétique comme un type
particulier de « figurai after-effect » ; cependant, le fait que dans l'expé
rience de réduction, la direction du mouvement ne soit pas affectée,
et qu'une grande variabilité dans l'amplitude du mouvement soit cons
tatée chez les différents sujets individuels, amène à penser que la « satu
ration » rétinienne ne serait qu'une des nombreuses variables qui afîee-
tent le phénomène autocinétique.
De cet inventaire encore incomplet des variables du phénomène auto
cinétique, on ne peut tirer aucune indication théorique essentielle ;
il faut observer la prudence d'un Luchins qui se refuse à toute prise de
position avant que l'exploration systématique soit suffisante. Remar
quons cependant, qu'aucune des explications du phénomène qui ont
été, dans le passé, présentées par les psychologues, ne sont vérifiées
de façon privilégiée par les expériences dont nous venons de parler :
ni les explications physiologiques par la saturation rétinienne et le
mouvement des yeux, ni les explications plus « psychologiques » des
effets de l'expérience ou de l'absence de cadre de référence, ne semblent
devoir rendre compte de la totalité de la situation qui conditionne le
phénomène. L'explication est, sans aucun doute, d'un niveau complexe.
Il apparaît néanmoins que le phénomène a un caractère de grande
généralité, qu'il se produit sous des conditions physiques, physiologiques
et psychologiques très variées, de limites étendues et pour tous les
sujets naïfs ou non ; cependant, la variabilité du mouvement perçu
est très grande, selon les sujets, les essais et les conditions expériment
ales : l'amplitude, la direction, la nature et le chemin parcouru par le
point lumineux sont extrêmement variables, mais plus encore la latence
d'apparition du phénomène ; ce qui explique en particulier, les échecs
de certains sujets pour lesquels le temps de présentation du point,
lumineux était inférieur à la latence individuelle.
H ) E T I i 1 1 L: D I F Y É R K N T I E L L tl DU P H É N O M È N E
La variabilité du phénomène selon les sujets a déjà fait précédem
ment l'objet de réflexions : Edwards (4) souligne le caractère « bi-
modal » de la distribution des fréquences d'apparition du phénomène ; 468 nEvuEs ckittouks
Luchins (12) note la variabilité in ter-individuelle et la constance intra
individuelle de la valeur d'éclairement pour laquelle cesse l'effet ;
il indique également (13) que la variabilité d'amplitude, de direction,
de nature est plus grande en vision centrale qu'en vision périphérique.
La variabilité inter-individuelle semble, en général, plus importante
que la intra-individuelle ; d'autres recherches ont été réali
sées pour dégager des constances de « groupes » différenciés par le sexe,
la personnalité, la maladie, etc. ; ces études différentielles sont loin
d'avoir abordé tous les problèmes, mais elles se fondent presque toutes,
sur l'espoir de trouver, dans l'effet autocinétique, des indications cl
iniques de diagnostic.
Voth (18) étudie les réactions « autocinétiques » de six cents sujets,
en situation individuelle ou collective ; pour 50 d'entre eux, il contrôle
la fidélité de cette réaction qui apparaît comme très haute. Entre les
individus, des variations extrêmes sont constatées dans l'amplitude
et la forme des déplacements, que l'auteur essaie de grouper et de classer
selon un certain nombre de dimensions de la personnalité afin de servir
d'indices cliniques. Le phénomène autocinétique est ici conçu comme
une mesure projective de la structure de la ; il peut égal
ement servir, selon le même auteur (19), d'indice diagnostique de cer
taines maladies mentales. En effet, les réactions autocinétiques de
845 malades, dont la fidélité a été contrôlée, tout en présentant une
grande variété de formes, montrent cependant certains caractères
constants : les schizophrènes, les épileptiques, les psychasthéniques, les
neurasthéniques, les anxieux perçoivent des mouvements de grande
amplitude, alors que les maniaco-dépressifs et les malades atteints de
psychoses évolutives ou d'hystérie de conversion voient des mouvements
considérablement réduits et même, aucun mouvement. L'amplitude
moyenne de mouvement serait, selon l'auteur, plus favorable au pro
nostic. Une tentative audacieuse de Rechtschaffen et Mednick (15)
modifie la situation classique autocinétique en vue d'une utilisation
ultérieure comme méthode projective d'étude de la personnalité ; le
petit nombre de sujets (6 hommes et 3 femmes) ne se justifie que par le
caractère exploratif de cette recherche qui devra être confirmée et
validée. On les fait passer individuellement en leur disant qu'il s'agit
d'un test d'aptitude à lire des mots écrits dans le noir par un point
lumineux, mots qu'ils doivent lire en leur entier ou en partie s'ils n'ont
pu saisir que quelques lettres. Il y a deux séances au cours desquelles.
on présente 20 fois le stimulus autocinétique, avec des durées d'expos
ition diverses (15, 30, 45, 60 s, au hasard). Tous les sujets ont vu
des mots écrits par le point lumineux : de 2 à 43, selon les ; pour
les 9 sujets, le total des mots a été de 122. Le nombre de mots produits
est en liaison positive avec le temps d'exposition ; il croît également
à mesure que la séance se poursuit : 30 % du nombre total de la pre
mière séance, pendant les 10 premières présentations et 70 % pendant
les 10 dernières présentations ; la production au cours de la seconde G. DE M0NTM0LL1N. — 1/EFFET AUTOCIN ETfQ tj Ë 469
séance correspond à 74 % du nombre total. Les mots perçus sont de
type varié : mots simples de liaison, articles, etc., mais également matér
iel significatif, projectif : plus un sujet se montre productif, plus les
mots qu'il perçoit tendent à être personnels. Sans prendre parti sur la
valeur du procédé comme méthode d'investigation de la personnalité,
notons seulement, à partir de cette recherche, la possibilité de donner
une structure au chemin parcouru par le point lumineux, ce qui rejoint
les conclusions d'Edwards (5) et de Luchins (11), sur le caractère plur
idimensionnel du phénomène autocinétique.
Le sexe a-t-il une influence différentielle sur les caractéristiques du
mouvement autocinétique ? Cette question ne semble pas avoir été
approfondie, mais nous ne doutons pas qu'elle soit dans un avenir
proche, l'objet de nombreuses recherches. Nous ne citerons que les résul
tats d'une seule recherche, dont nous n'avons pu prendre connaissance
que par un résumé : celle de Newbigging (14) qui, avec 26 sujets masc
ulins et 26 sujets féminins, trouve que les femmes donnent des est
imations d'amplitude plus petites que celles des hommes ; soumettant
les mêmes sujets à une situation expérimentale dans laquelle on leur
dit qu'un groupe important d'autres sujets ont fait une estimation deux
fois plus grande que la leur, l'auteur montre que les femmes sont plus
sensibles à la suggestion et font alors des estimations plus grandes que
celles des sujets masculins.
Wishner et Shipley (21) abordent la psychologie différentielle de
l'effet autocinétique, dans une perspective très opérationnelle : il s'agit
de vérifier si le postulat de la théorie perceptive du « champ sensori-
tonique » selon lequel le moteur et le perceptif interfèrent, se traduit,
dans l'effet autocinétique, par une hétérogénéité dans la distribution
des directions privilégiées du mouvement, selon qu'il s'agit d'un groupe
de gauchers ou d'un groupe de droitiers. Les résultats tendent à aller
dans le sens de l'hypothèse, mais la prépondérance des mouvements
perçus à gauche par les gauchers n'atteint cependant pas ce à quoi on
pouvait théoriquement s'attendre. Les auteurs critiquent leur concept
ion de l'asymétrie tonique ; mais on peut se demander surtout, étant
donné les résultats antérieurement analysés, si la variabilité constatée
dans la direction du mouvement autocinétique ne masquerait pas le
phénomène.
C) L'effet autocinétique dans l'étude des phénomènes sociaux
Le prototype d'expérience utilisant l'effet autocinétique pour étudier
les processus d'influence sociale, reste celle de Shérif (17) dont on ne
peut contester à l'heure actuelle que les procédés de calcul statistique
et l'explication théorique en termes de cadres de référence.
Rohrer, Baron, Hoffman, Swander (16) cherchent à vérifier la sta
bilité des normes d'estimations qui résultent des processus d'interac
tions interpersonnelles en situation « autocinétique » sociale : ils éva-
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