L'effet de l'information nouvelle erronée - article ; n°3 ; vol.89, pg 393-410

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L'année psychologique - Année 1989 - Volume 89 - Numéro 3 - Pages 393-410
Summary : The postevent information effect.
There is a renewal of interest in eyewitness testimony research in the experimental psychology of memory. However, as far as the postevent information effect is concerned, « mnesic » explanations have been seriously called into question by the Response Bios hypoihesis (McCloskey and Zaragoza, 1985). In this paper, we propose reasons for going beyond the criticisms suggested in this context and to examine the mechanisms responsible for interferences according to the Coexistence hypothesis.
Key-words : postevent information effect, integration, coexistence, differential accessibility.
Résumé
Depuis une quinzaine d'années, les recherches sur le témoignage oculaire connaissent un renouveau en psychologie expérimentale de la mémoire. Cependant, en ce qui concerne l'effet de l'information nouvelle erronée, les explications « mnésiques » ont été sévèrement remises en question par l'hypothèse de Biais de Réponse (McCloskey et Zaragoza, 1985). Dans cet article on propose des raisons d'aller au-delà des critiques émises dans ce cadre pour examiner les mécanismes avancés par l'hypothèse de la Coexistence.
Mots clés : effet de l'information nouvelle erronée, intégration, coexistence, accessibilité différentielle.
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1989
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Marc Mélen
L'effet de l'information nouvelle erronée
In: L'année psychologique. 1989 vol. 89, n°3. pp. 393-410.
Abstract
Summary : The postevent information effect.
There is a renewal of interest in eyewitness testimony research in the experimental psychology of memory. However, as far as
the postevent information effect is concerned, « mnesic » explanations have been seriously called into question by the Response
Bios hypoihesis (McCloskey and Zaragoza, 1985). In this paper, we propose reasons for going beyond the criticisms suggested
in this context and to examine the mechanisms responsible for interferences according to the Coexistence hypothesis.
Key-words : postevent information effect, integration, coexistence, differential accessibility.
Résumé
Depuis une quinzaine d'années, les recherches sur le témoignage oculaire connaissent un renouveau en psychologie
expérimentale de la mémoire. Cependant, en ce qui concerne l'effet de l'information nouvelle erronée, les explications «
mnésiques » ont été sévèrement remises en question par l'hypothèse de Biais de Réponse (McCloskey et Zaragoza, 1985).
Dans cet article on propose des raisons d'aller au-delà des critiques émises dans ce cadre pour examiner les mécanismes
avancés par l'hypothèse de la Coexistence.
Mots clés : effet de l'information nouvelle erronée, intégration, coexistence, accessibilité différentielle.
Citer ce document / Cite this document :
Mélen Marc. L'effet de l'information nouvelle erronée. In: L'année psychologique. 1989 vol. 89, n°3. pp. 393-410.
doi : 10.3406/psy.1989.29353
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1989_num_89_3_29353L'Année Psychologique, 1989, 89, 393-410
NOTE
Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Education
Service de Psychologie sociale
Université de Liège1
L'EFFET
DE L'INFORMATION NOUVELLE ERRONÉE
par Marc Mélen2
SUMMARY : The postevent information effect.
There is a renewal of interest in eyewitness testimony research in the
experimental psychology of memory. However, as far as the postevent
information effect is concerned, « mnesic » explanations have been seriously
called into question by the Response Bias hypothesis ( McCloskey and
Zaragoza, 1985). In this paper, we propose reasons for going beyond the
criticisms suggested in this context and to examine the mechanisms respons
ible for interferences according to the Coexistence hypothesis.
Key-words : postevent information effect, integration, coexistence,
differential accessibility.
INTRODUCTION
Les recherches sur le témoignage oculaire connaissent depuis
une quinzaine d'années un essor qu'elles n'avaient plus connu
depuis le début du siècle (Binet, 1905 ; Münsterberg, 1908 ;
Stern, 1913). Ce regain d'intérêt est surtout sensible dans les
pays anglo-saxons (pour une revue documentée des études
récentes, voir Lloyd-Bostock, 1988).
Parmi les différentes questions soulevées à propos du témoi-
1. 5, boulevard du Rectorat, B. 4000, Liège, Belgique.
2. Je tiens à remercier S. Brédart pour son soutien au cours de la rédac
tion de cet article. Les remarques et suggestions dont il a bien voulu me
faire part ont contribué à l'améliorer. 394 Marc Mélen
gnage oculaire, nous aimerions centrer notre attention sur celle
de l'effet de V i nformaiion nouvelle erronée.
On désigne par là le fait que la présentation d'un compte
rendu comportant des informations incompatibles avec celles
d'un événement auquel on a préalablement assisté peut modifier
le rappel ou la reconnaissance de ce dernier.
Notre intention n'est pas de résumer l'ensemble des travaux
relatifs aux différentes hypothèses explicatives de l'effet de
l'information nouvelle erronée, ni même un échantillon repré
sentatif de ceux-ci. Cet « exercice » a été réalisé ailleurs (Mélen,
1989). Notre but est, après avoir présenté le paradigme expé
rimental classique de ce genre de recherche, de présenter les
deux principales explications de l'effet de l'information nouvelle
erronée : l'hypothèse de l'Intégration et celle de la Coexistence.
Ensuite nous présenterons une hypothèse concurrente aux deux
premières : de Biais de Réponse ainsi que notre
attitude envers celle-ci. Enfin nous examinerons de façon cr
itique l'hypothèse de la Coexistence. Les raisons de cette dispo
sition particulière apparaîtront au cours de l'exposé.
LE PARADIGME EXPÉRIMENTAL CLASSIQUE
Les recherches sur l'effet de l'information nouvelle erronée
reposent généralement sur un paradigme expérimental proposé
par E. F. Loftus (cf. notamment, Loftus, 1975). Il comporte
trois phases. Un groupe expérimental et un groupe contrôle
sont constitués.
Dans une première phase, tous les sujets assistent à un év
énement — dit événement original (El) — présenté au moyen
d'un film vidéo, de diapositives, plus rarement d'un texte.
Dans une deuxième phase, les sujets lisent un compte rendu de
l'événement original ou répondent à une série de questions (E2).
Dans le groupe expérimental, on introduit des informations erro
nées par rapport à celles constituant l'événement original (El).
Dans le groupe contrôle, le compte rendu ou les questions ne
comportent pas d'informations erronées.
Les items manipulés sont dits items critiques, les autres
sont dits items de remplissage.
Enfin dans une troisième phase, les sujets des deux groupes
sont interrogés — test de rappel ou de reconnaissance — sur
l'événement original. L'effet de l'information nouvelle erronée 395
Les résultats de nombreuses études convergent et indiquent
que les sujets expérimentaux rappellent ou reconnaissent moins
bien les items critiques que les sujets contrôles alors que les
deux groupes ne diffèrent pas quant au rappel ou à la reconnais
sance des items de remplissage. La présentation d'informations
nouvelles erronées dans le compte rendu (E2) modifie donc le
rappel ou la reconnaissance de l'événement original.
Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer cet
effet et l'essentiel des travaux a consisté à confronter l'hypo
thèse dite de l'Intégration à celle dite de la Coexistence.
L INTEGRATION OU ALTERATION
Selon cette hypothèse avancée par Loftus et ses collègues
(cf. notamment, Cole et Loftus, 1979 ; Loftus, 1979 ; Loftus,
Miller et Burns, 1978 ; Loftus et Zanni, 1975), l'effet de l'info
rmation nouvelle erronée résulte de la destruction d'éléments de
la représentation de El par des informations du compte rendu.
Lorsque E2 est présenté, les éléments de El qui ne concordent
pas avec ceux de E2 sont détruits par ces derniers qui les rem
placent. Il y aurait donc altération de la représentation de El par
intégration à celle-ci des éléments discordants de E2.
LA COEXISTENCE
Outre des données d'ordre chronométrique (Cole et Loftus,
1979), sur lesquelles nous passons pour une raison qui apparaîtra
plus tard, les principales données empiriques avancées en faveur
de l'hypothèse de l'Intégration sont issues des travaux de Loftus
(1979) et de Greene, Flynn et Loftus (1982). En gros, on peut
estimer que l'hypothèse de l'Intégration parut plausible aussi
longtemps que les sujets expérimentaux — les sujets induits en
erreur — ne parvinrent pas à égaler la performance des sujets
contrôles.
Loftus (1979) compare la performance de deux groupes de
sujets. Un groupe reçoit un compte rendu comportant des info
rmations « subtilement » contradictoires suivies d'une information
grossièrement contradictoire (comme prétendre qu'un sac était
rouge alors que 96 % des sujets d'un prétest l'ont clairement
identifié comme brun). L'autre groupe reçoit un compte rendu Marc Mélen 396
ne comportant que des informations « subtilement » contra
dictoires.
Il apparaît que présenter une information grossièrement
contradictoire après d'autres erreurs plus « subtiles » n'augmente
pas le pourcentage de réponses correctes des sujets du premier
groupe aux questions portant sur les informations subtilement
contradictoires.
Loftus pensait que l'information grossièrement contradict
oire aurait pu constituer une sorte de signal de la présence
d'autres erreurs, même moins flagrantes, entraînant, par exemple,
un réexamen de celles-ci. Gela aurait eu pour conséquence
d'améliorer le score aux questions sur les items d'informations
subtilement contradictoires.
Greene, Flynn et Loftus (1982) comparent la performance de
sujets induits en erreur mais avertis de la présence d'erreurs dans
le compte rendu à celle de sujets induits en erreur mais non
avertis, h' avertissement de la présence d'erreurs dans le compte
rendu n'est efficace que s'il est donné avant la lecture de
celui-ci.
Ces résultats semblent apporter un support à l'hypothèse
de l'Intégration : une information grossièrement contradictoire
donnée après des informations « subtilement » contradictoires
ou un avertissement quant à la présence d'erreurs dans le compte
rendu donné après la lecture de celui-ci ne permettent pas aux
sujets de corriger les informations erronées parce qu'une fois
que l'intégration s'est produite il n'y a plus de trace des info
rmations originales.
Ghristiaansen et Ochalek (1983) suggèrent néanmoins deux
raisons de considérer que l'incapacité de rapporter correctement
les informations originales n'est pas « démontrée » par ces
études :
1) L'utilisation d'un avertissement trop implicite, comme
chez Loftus (1979), ou trop faible, comme chez Greene et al. (1982)
— on signalait simplement que des erreurs pouvaient peut-être
s'être glissées dans le compte rendu.
2) Un contrôle insuffisant de la qualité de l'encodage de
l'événement original.
Les données de Ghristiaansen et Ochalek (1983) montrent
que l'emploi d'un averlissement net et explicite de la présence
d'erreurs dans le compte rendu permet aux sujets induits en de V information nouvelle erronée 397 L'effet
erreur d'égaler la performance des sujets contrôles même lors
qu'il est donné après la lecture du compte rendu.
L'amélioration de la performance est particulièrement sen
sible lorsque l'analyse des résultats ne porte que sur les items
bien encodes lors de la présentation de l'événement original (ce
contrôle est effectué en administrant un premier test de reconnais
sance juste après la des diapositives).
L'amélioration de la performance au test final n'est pas le
produit d'un rejet massif des informations du compte rendu
provoqué par l'avertissement : une telle stratégie de réponse
entraînerait surtout une diminution des réponses incorrectes et
n'aurait pratiquement pas d'effet sur les correctes. Or,
la diminution du pourcentage de réponses incorrectes s'accom
pagne d'une augmentation sensible du pourcentage de réponses
correctes. En outre, la performance des sujets induits en erreur
avertis de la présence d'erreurs ne diffère pas de celle des sujets
non induits en erreur sur les items de El non modifiés en E2.
D'après les auteurs : « Ces résultats suggèrent que le compte
rendu et l'événement original doivent avoir coexisté puisque les
sujets peuvent corriger l'information inexacte et retrouver les
informations originales grâce à un avertissement » (Christiaansen
et Ochalek, 1983, p. 470).
La deuxième attaque contre l'hypothèse de l'Intégration
fut portée par Bekerian et Bowers (1983). Ces auteurs reprennent
l'étude de Loftus et al. (1978). Les sujets assistent à un accident
entre deux voitures : une voiture s'arrête à un carrefour marqué
par un signal « Cédez le passage ». Après avoir cédé le passage à
une voiture, elle tourne à droite et renverse un piéton. Plus tard
on suggère à la moitié des sujets que la voiture en faute s'était
arrêtée devant un panneau « Stop » (information erronée). A
l'autre moitié, on rappelle seulement que la voiture s'est arrêtée
à un carrefour puis a tourné à droite neutre).
Les sujets à qui on a suggéré la présence d'un panneau « Stop »
dans les diapositives de l'événement original rapportent plus
souvent y avoir vu un « Stop » que les sujets auxquels on a donné
une information neutre.
Cependant, font remarquer Bekerian et Bowers (1983,
p. 140-141), les questions du test de l'étude de Loftus et al. (1978),
comme celles de beaucoup d'autres de Loftus, sont posées en
ordre aléatoire. Les informations de l'événement original sont,
elles, données dans un ordre chronologique. Les conditions de 398 Marc Mélen
récupération de l'information originale diffèrent de ses condi
tions d'encodage sur au moins un aspect : le test aléatoire rompt
avec le caractère séquentiel de l'événement original.
Bekerian et Bowers (1983) montrent que si les questions du
test respectent l'ordre de présentation des informations origi
nales, les sujets expérimentaux sont aussi performants que les
sujets contrôles. A l'inverse, si les questions du test suivent un
ordre aléatoire — comme chez Lof tus et al. (1978) — , les sujets
expérimentaux sont moins performants que les sujets contrôles.
Les travaux de Bekerian et Bowers (1983) et ceux de Chris-
tiaansen et Ochalek (1983) montrent que, dans certaines condi
tions, les sujets expérimentaux peuvent égaler la performance
des sujets contrôles. Ces auteurs opposent à l'hypothèse de
l'Intégration l'hypothèse dite de la Coexistence. Selon cette der
nière, l'effet de l'information nouvelle erronée ne serait pas de
modifier le contenu de la représentation de l'événement original,
mais de la rendre moins accessible.
Si globalement l'épreuve empirique s'est révélée défavorable
à l'hypothèse de l'Intégration, il serait peut-être prématuré de
conclure que l'hypothèse de la Coexistence est « démontrée ». Elle
reste en effet obscure à plusieurs égards. Nous allons y revenir.
Avant cela, il nous faut cependant exposer l'hypothèse de
Biais de Réponse qui prend le contre-pied des deux précédentes.
l'hypothèse de biais de réponse
Selon McGloskey et Zaragoza (1985 ; voir aussi Kroll, Ogawa
et Nieters, 1988 ; Wagenaar et Boer, 1987 ; Zaragoza, McGloskey
et Jamis, 1987), les études menées au moyen du paradigme
classique n'impliqueraient en réalité ni que l'information nouv
elle erronée efface l'information originale, ni que celle-ci soit
rendue inaccessible.
Les auteurs avancent deux raisons de considérer que la
méthode de test utilisée dans le paradigme classique est inca
pable de démontrer que l'effet de l'information nouvelle erronée
résulte de l'influence — quelle qu'elle soit — d'une représen
tation sur l'autre.
La première raison est que la méthode de test habituelle
— dite méthode de test originale — ne distingue pas, parmi les
sujets expérimentaux, ceux qui ont oublié l'information originale
à cause de l'information nouvelle erronée et ceux qui l'ont oubliée L'effel de V information nouvelle erronée 399
pour des raisons indépendantes de la présentation de l'informa
tion nouvelle erronée.
A cet égard, le défaut du test de discrimination habituel (pour
les critiques portant sur le test de rappel habituel, voir Zaragoza
et al., 1987) serait d'offrir le choix entre l'item d'information
original et l'item d'information erroné : admettons que cer
tains sujets contrôles aient oublié l'information originale ; ils
ont une chance sur deux de choisir nouvelle
erronée au test puisqu'ils ne l'ont jamais vue auparavant.
Parmi les sujets expérimentaux, certains peuvent avoir oublié
l'information originale à cause de l'information nouvelle erronée.
Ils ont évidemment plus de 50 % de chances de choisir l'info
rmation nouvelle erronée au test. Mais admettons que certains
sujets expérimentaux aient oublié l'information originale sans
que l'information nouvelle erronée en soit responsable et qu'ils
se souviennent de cette dernière. Ces sujets ont aussi plus d'une
chance sur deux de choisir l'information nouvelle erronée au
test, alors qu'en théorie ils sont comparables aux sujets contrôles.
Le deuxième problème lié à la méthode de test habituelle est
que, même dans le cas où les sujets induits en erreur se souviennent
de l'information originale, ils pourraient néanmoins choisir l'i
nformation nouvelle erronée au test, pensant qu'ils ont ainsi
plus de chances de répondre correctement puisqu'elle a été
présentée par l'expérimentateur.
Par ces deux biais, la méthode de test originale augmenterait
indûment le pourcentage d'erreurs des sujets expérimentaux, ce
qui rendrait impossible toute affirmation d'influence d'une repré
sentation sur l'autre.
McCloskey et Zaragoza proposent dès lors de modifier le
test de discrimination et de donner le choix entre l'item de
l'événement original et un item entièrement nouveau, c'est-à-
dire qu'aucun sujet n'a jamais rencontré. Les sujets expérimen
taux qui auraient oublié l'information originale sans que l'info
rmation nouvelle erronée en soit responsable auraient ainsi,
comme les sujets contrôles, 50 % de chances de choisir la der
nière. Ils ne pourraient pas non plus répondre sur la base d'un
jugement de plausibilité.
McCloskey et Zaragoza (1985) montrent qu'avec la méthode
de test modifiée, les sujets induits en erreur sont aussi performants
que les sujets contrôles. 400 Marc Mélen
Commentaires sur l'hypothèse de Biais de Réponse
Les travaux de McGloskey et Zaragoza (1985) et ceux de
Zaragoza et al. (1987) conduisent à la conclusion qu'aucune
hypothèse mnésique réellement convaincante n'a été formulée
jusqu'à présent. Néanmoins, on peut penser que la méthode de
test modifiée n'établit pas que l'effet de l'information nouvelle
erronée est dû à une autre cause que l'influence d'une représen
tation sur l'autre. En effet, même si la méthode de test proposée
par McGloskey et Zaragoza paraît rigoureuse, leur raisonnement
n'en est pas moins spéculatif en ce qu'il se base sur des sujets
hypothétiques.
Le problème posé par les auteurs est celui de la disponibilité
des informations originales au moment de recevoir le compte
rendu ainsi que celui des stratégies de réponses mises en œuvre
par les sujets lors du test de mémoire. Or ils n'évaluent pas
directement la première et n'étudient pas non plus les secondes.
Par conséquent, l'amélioration de la performance observée avec
la méthode de test modifiée pourrait être due à d'autres causes
que celles évoquées par les auteurs.
L'attitude la plus judicieuse paraît donc être de mettre au
point une méthode qui permette de vérifier la présence en
mémoire des informations de l'événement original au cours des
différentes phases du paradigme et d'étudier les stratégies de
réponse des sujets. Et puisqu'il n'est pas établi que l'effet de
l'information nouvelle erronée est toujours dû à des biais de
réponse, il n'est pas déraisonnable de poser des hypothèses
mnésiques et d'examiner les conditions de validité des arguments
à avancer en leur faveur. On envisagera sous cet angle l'hypothèse
de la Coexistence, probablement l'hypothèse mnésique la moins
« fausse » à l'heure actuelle.
ÉVALUATION DE L'HYPOTHÈSE DE LA COEXISTENCE
Accessibilité différentielle ?
Dans la littérature, on considère en général que l'hypothèse
de la Coexistence a pour ressort essentiel la notion d'accessibilité
différentielle (les informations de l'événement original sont moins
accessibles que les du compte rendu). Pourtant
assimiler la notion de coexistence à celle d'accessibilité diffé
rentielle c'est oublier que « (...) ce terme renvoie aussi à une de i information nouvelle erronée 401 L'effet
proposition moins spécifique selon laquelle l'information ori
ginale n'est pas effacée par l'information nouvelle erronée mais
au contraire reste en mémoire (...) Ce dernier usage n'implique
rien à propos de l'accessibilité ou de l'inaccessibilité de l'info
rmation originale » (Zaragoza et al., 1987, p. 42).
L'étude de Cole et Loftus (1979) offre un exemple de cette
utilisation plus lâche du terme de coexistence. Postulant un
conflit entre les informations incompatibles de El et de E2, les
auteurs tentent de voir à quel moment a lieu la résolution du
conflit : au moment où l'on présente les informations erronées
ou au moment du test ?
Selon les auteurs (p. 414), la première solution relève de
l'hypothèse de l'Intégration et la deuxième de l'hypothèse de
la Coexistence. Cette dernière signifie alors que l'information
originale et l'information du compte rendu existent en mémoire
en tant que traces séparées jusqu'au moment du test. A ce
moment, elles seraient toutes deux réactivées pour procéder au
choix entre les deux informations. Chez Cole et Loftus (1979)
coexistence n'implique donc pas accessibilité différentielle.
Loftus (1979) oppose les mêmes hypothèses mais d'une autre
façon et apporte ainsi un autre exemple de cette utilisation du
terme coexistence.
Le terme de coexistence ne semble donc pas recouvrir la
même réalité pour tous les auteurs. Cette incertitude ne paraît
pas secondaire.
Elle a en effet au moins deux conséquences : elle introduit une
certaine confusion entre les différentes hypothèses ; elle conduit
aussi parfois à une surgénéralisation des conclusions dont Cole
et Loftus donnent un exemple : « Les temps de réaction sont
incompatibles avec tout modèle qui fait l'hypothèse d'une coexis
tence entre une ancienne information et une nouvelle » (Cole
et Loftus, 1979, p. 422. C'est nous qui soulignons). Or les temps
de réaction obtenus par ces auteurs ne sont pas incompatibles
avec un modèle de Coexistence reposant sur l'accessibilité diffé
rentielle des informations.
Quelle accessibilité différentielle ?
Si le terme de coexistence n'implique pas nécessairement
l'accessibilité différentielle, celle-ci, quand elle est supposée,
n'est pas toujours conçue de la même façon. Ainsi pour Chris-
tiaansen et Ochalek, si les informations nouvelles erronées sont

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