L'Émotion. - compte-rendu ; n°1 ; vol.29, pg 677-688

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L'année psychologique - Année 1928 - Volume 29 - Numéro 1 - Pages 677-688
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1928
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3° L'Émotion.
In: L'année psychologique. 1928 vol. 29. pp. 677-688.
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3° L'Émotion. In: L'année psychologique. 1928 vol. 29. pp. 677-688.
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attribuée à des odeurs et sur l'ordre de préférence dans lequel il
les rangeait : la première en 1922, la seconde en 1927. De plus il
a fait beaucoup de déterminations semblables sur un certain nombre
de sujets. Elles lui permettent de conclure que ces jugements sont
sensiblement homogènes chez des personnes différentes et sensibl
ement constants chez la même personne. Les fluctuations secondaires
ne lui semblent pas dues à des associations d'idées variables, mais
bien à la nature des substances odorantes et au métabolisme du
sujet. P. G.
884. — Syndicat national des Instituteurs et Institutrices de France.
Les jeux des enîants. — A. F. A. S., LI, 1928, p. 594-597.
Enquête relative à l'influence des saisons sur les jeux, leur ori
gine, leur succession, et à l'influence des travaux récents ou anciens
faits dans la région sur les jeux locaux, etc. M. H. P.
3° L'Émotion *
885. — Feelings and Emotions (Sentiments et Emotions). — 1 vol.
de 454 pages de la collection : The international University series.
Clark University Press, 1928.
A l'occasion de l'inauguration d'un institut de Psychologie, un
« Symposium » a eu lieu du 19 au 27 octobre 1927 au collège de
Wittenberg (U. S.). La question proposée était celle des Sentiments
et dès Emotions : le volume publié par les soins du comité comprend
vingt communications émanant de psychologues américains et
quinze envoyées d'Europe : il constitue donc une revue générale
très actuelle de ces problèmes.
M. Bentley se demande si le mot émotion peut* être aujourd'hui
autre chose qu'un titre de chapitre groupant des faits assez dispa
rates et des conceptions hétérogènes.
/. Jastrow fait un tableau très vivant des aspects variés du pro
blème de l'émotion dans l'histoire de la philosophie et dans les
différents chapitres de la psychologie scientifique contemporaine.
Ch. Spearman applique au problème du sentiment sa méthode
statistique : ainsi l'égoïsme peut être analysé subjectivement et
objectivement en tendances distinctes ; l'étude statistique montre
que l'une d'entre elles, le désir d'exceller dans la tâche à laquelle on
s'intéresse, n'a que de faibles corrélations avec les cinq autres,
tandis qu'elle a des corrélations élevées avec les qualités altruistes.
L'expérience précise et corrige ici l'analyse subjective.
F. Aveling montre par des expériences l'existence d'une volonté
indépendante du sentiment d'effort ; celui-ci, n'apparaît qu'au
moment de l'exécution. Ce sentiment est à son tour antérieur à
l'émotion proprement dite (au sens de James).
Avec F. Krüger, la notion de sentiment (feeling) est très élargie :
elle embrasse tout ce qui est conscience d'une totalité (Ganzheit)
1. Voir aussi les n°" 100-142-343-437-509-574-631-634-663. 678 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
psychique indivise. Tous les états plus différenciés, individualisés
comme parties, sont d'abord enveloppés, baignés dans le sentiment
En un sens, toute analyse du sentiment est déformante : c'est ce
qui a créé tant de difficultés aux psychologies atomistiques.
C'est au contraire une méthode analytique que suit Kiesov dans
l'étude de la tonalité affective de la sensation. Il discute les idées de
Stumpf, de Ziehen et soutient, en somme, une thèse analogue à celle
de Wundt sur l'insuffisance de l'opposition plaisir-peine pour carac
tériser cette tonalité.
Miss Washburn étudie les rapports de la pensée et de l'émotion
dans une théorie behavioriste où ces deux termes se réduisent à des
mouvements accomplis ou esquissés. Il est évident a priori que la
théorie se prête à traduire les interférences de ces mouvements suppos
és, à expliquer le rôle stimulant ou inhibiteur de l'émotion sur la
pensée (l'inhibition n'est ici que l'interférence de réactions incompat
ibles par certaines de leurs parties). Mais comme l'a montré la di
scussion de cette communication, la question est de savoir si ces réac
tions théoriques sont bien réelles.
C'est également en behavioriste que W. B. Pillsbury envisage l'uti
lité de l'émotion : c'est l'émotion qui, dans toute réponse non entièr
ement anatomique, met en jeu le mécanisme des essais et erreurs;
c'est d'autre part l'émotion correspondant au stimulus final qui
change les tâtonnements en un acte effectif. Il admet que l'émotion
peut toujours s'interpréter en réactions neuro -musculaires ou neuro-
glandulaires.
Dans des pages intéressantes, Claparède définit au point de vue
fonctionnel sentiment et émotion : le sentiment est la conscience
d'une attitude à l'égard de la situation ; c'est seulement l'échec de
cette qui provoque les réactions secondaires qui retentissent
dans la conscience comme émotions. Les sentiments intellectuels et
ceux qui accompagnent les sensations internes se définissent aussi
comme attitudes. La conscience est toujours secondaire à l'attitude :
la prise de conscience obéit à une loi que Claparède a formulée au
trefois.
D. T. Howard voit dans l'émotion une rupture de l'équilibre mental,
un état de confusion, de désadaptation ; il a pu arriver à l'étudier par
une série d'épreuves de réaction à des signaux complexes ; elle se tra
duit toujours parune désorganisation du système perception-réaction.
Après avoir répudié, dans les termes habituels aux behavioristes.
Ja conception de l'émotion comme « réalité mystique », K. Dunlap
nous donne des aperçus (indépendants, semble-t-il, de ces considéra
tions théoriques) sur la distinction des émotions (ou perception viscé
rale) et des autres perceptions : l'un ou l'autre terme joue le rôle de
figure ou celui de fond ; selon les cas, on a l'adaptation normale au
monde extérieur ou la désadaptation pathologique.
C'est en pleine métaphysique que se place M . Prince. Voyant dans
l'émotion une forme de l'énergie, il ne se contente pas de décrire en
psychologue les effets dynamiques de l'émotion, mais il fait le procès
de l'épiphénoménisme et identifie l'énergie psychique (révélée dans
l'émotion) avec l'énergie physique, conçue comme essentiellement
immatérielle. LES PROCESSUS AFFECTIFS 679
Faut-il qualifier aussi de métaphysique l'exposé de principes de
A. Weiss sur la conception behavioriste, ou plutôt, comme il dit,
bio-sociale, des émotions ? Le plaisir et la peine se définissent comme
facilitation ou interférence de groupes stimulus-réponses les uns par
les autres ; l'émotion par le rapport des activités spécifiques (adaptées)
et non spécifiques dans la conduite.
Dans la seconde partie du volume consacrée à des problèmes plus
spéciaux, Ch. Bühler distingue trois aspects du plaisir : le premier
résulte du besoin satisfait; le second, corrélatif de certaines activités
agréables par elles-mêmes, les entretient et les perfectionne ; le tro
isième est celui qui accompagne l'essor de la pensée dans l'invention.
Tous trois dérivent d'un plaisir primitif qui est l'expression même des
changements vitaux.
W. Me. Dougall voit dans le sentiment et l'émotion des épisodes de
Faction des tendances (strives). Le plaisir et la peine répondent au
succès et à l'insuccès de l'acte de la tendance ; leurs complications
viennent du rôle secondaire du souvenir et de l'anticipation. Les émot
ions correspondent à des activités différenciées relatives à l'objet
d'une tendance, indépendantes du succès ou de l'échec, elles ne de
viennent des causes d'activité que parce qu'elles sont expressives de
la nature des tendances en jeu.
C. E. Seashore montre le parti qu'on peut tirer dans les questions
de psychologie affective, de la méthode d'enregistrement photogra
phique des sons, qui vient de faire de grands progrès et permet de
pousser très loin l'analyse. Il en fait une application à l'étude psycho
logique et esthétique du « vibrato ».
A la liste des émotions, G. M. Stratton propose d'ajouter l'état
d'excitation, émotion plus indéterminée que la peur ou la colère. Il
en cite un certain nombre d'exemples ; c'est un déploiement d'énergie
provoqué par un brusque changement qui exige une adaptation nou
velle ; elle peut se convertir en l'une des émotions spéciales ou de
meurer comme élément résiduel quand celles-ci ont disparu.
R. S. Woodwortk montre que ni l'introspection, ni l'analyse des
réactions viscérales ne suffisent à différencier les émotions tant qu'on
ne tient pas compte des réactions externes dans leur rapport avec la
situation. La peur, avec un fond banal de réactions viscérales, est
surtout une réaction d'éviter, d'écarter. Mais faut-il dire réaction
d'éviter, ou tendant à éviter, ce qui introduit un élément
téléologique ?
H. A. Carr ne trouve la caractéristique de l'émotion ni dans la
combinaison de réactions externes et viscérales (qu'on retrouve
dans des états non émotionnels, comme l'effort physique), ni dans
l'origine instinctive, ni dans l'utilité biologique. L'incoordination
et le désordre sont les vrais caractères de la réaction émotionnelle ;
l'action adaptée supprime au contraire l'émotion.
L. B. Hoisington rapporte des expériences introspectives où plaisir
et peine sont assimilés à différentes variétés de sensations de pression,
parfois localisables. Mais il ne semble pas croire que ces impressions
correspondent nécessairement à des changements physiologiques
réels.
R. H. Gault a fait percevoir de façon tactile les vibrations de la 680 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
voix à des sourds-muets ; ils accusent des impressions agréables-
dans certains cas et s'accordent généralement dans leurs préférences ;
on peut analyser le rôle spécial du rythme, de l'intensité et de la qual
ité des sons des voyelles.
Il faudrait pouvoir consacrer plus de place à l'intéressante commun
ication de W. B. Cannon. Il montre de façon précise comment les
phénomènes innés d'une émotion comme la rage sont produits par la
décharge d'un centre qu'on peut localiser dans la partie postérieure
du diencéphale. Ces phénomènes comportent toute une partie qui
résulte de l'entrée en scène du sympathique et des capsules surré
nales. Ces manifestations manquent naturellement quand ces or
ganes sont séparés du système nerveux central, toute la mimique pro
prement dite restant d'ailleurs intacte. Les centres thalamiques sont
un appareil chargé, prêt à entrer en jeu quand le contrôle cortical
est suspendu. D'ailleurs, contrairement à la théorie de James, les
réactions périphériques semblent inémotives ; c'est le fonctionn
ement du thalamus lui-même qui, réagissant sur le cortex, donne
l'émotion consciente.
W. M. Bechterev montre la double régulation nerveuse et ch
imique des réactions viscérales de l'émotion. Les réactions mimiques
sont non seulement avantageuses par leurs effets indirects, comme le
croyait Darwin, mais immédiatement nécessaires à la préparation
des réactions complètes, même sous leurs formes actuelles ; il s'y
ajoute d'ailleurs toute une série de réflexes conditionnels acquis.
H. Piéron montre que toute réaction affective, même intense, ne
mérite pas le nom d'émotion : il faut que, sous l'influence d'une dé
charge excessive, apparaissent des réactions secondaires inadaptées,
dans les attitudes et les mouvements aussi bien que dans les phéno
mènes viscéraux. L'émotion peut être aussi bien nuisible qu'utile.
Il en donne des exemples tirés de ses études personnelles chez les an
imaux et chez l'homme et indique que la théorie de Lapicque sur la
chronaxie peut en fournir une explication neurologique.
P. Janet expose, sous la forme concrète qui lui est familière, ses
idées sur la peur de l'action chez le mélancolique. Le pessimisme uni
versel du mélancolique ou la tristesse accidentelle des normaux
s'explique par une peur de l'action qui retentit sur la perception de
l'objet et sur les réactions qu'il sollicite. Le négativisme résulte d'une
conscience de l'impuissance à aboutir dans les actions coûteuses et
finit, dans les cas graves, par à la suppression de la phase ini
tiale de l'action, c'est-à-dire du désir lui-même,
C. Jörgensen cherche le fait élémentaire dans l'émotion sans objet
intellectuel (par exemple il y a des angoisses sans objet qui expriment
un trouble du cœur, du péritoine ou de la plèvre). De même, sans pou
voir préciser malheureusement leur siège physiologique, on peut
admettre six types d'émotions simples analogues à l'angoisse (peur,
joie, chagrin, besoin, colère, honte) dont les autres sont des combinais
ons.
Ce qui intéresse A. Adler, c'est la relation du fait affectif à la per
sonnalité totale : les sentiments sont des faits plastiques qui sur
gissent ou disparaissent selon les fins auxquelles l'être les subordonne
(et l'on sait qu'elles se ramènent toutes pour Adler à la volonté de PROCESSUS AFFECTIFS 681 LES
puissance sous ses formes variées, utile ou nuisible, égoïste ou
sociale).
Appliquant les principes de sa philosophie personnaliste, W . Stern
distingue des sentiments profonds, dirigés vers l'action sérieuse et
qui engagent l'être entier, et des sentiments superficiels qui corre
spondent au jeu. Il étudie, chez l'adolescent une forme intermédiaire :
le jeu sérieux (Ernstspiel), qui apparaît au sujet comme sérieux, bien
qu'il ne soit qu'une exaltation passagère sans racines profondes dans
le caractère individuel (les premières amours platoniques, les pre
mières passions politiques, le jeu de l'acteur convaincu et ému, les sen
timents de certains idéalistes qui restent dans la vie de grands
enfants).
D. Katz a pratiqué avec ses jeunes enfants la méthode de la con
fession quotidienne sous forme de simples conversations sur leurs
actes bons et mauvais de la journée. On assiste aux débuts de la
conscience morale ; l'enfant, à mesure qu'il comprend mieux le ca
ractère de ces entretiens, finit par en ressentir le besoin.
H. S. Langfeld voit dans la création artistique l'effet d'un conflit,
d'une adaptation imparfaite du désir à la réalité, qui trouve sa solu
tion dans la construction de l'idéal. Sa pensée se distingue cependant
des conceptions voisines de Freud ou d'Aristote, dont il fait une cri
tique.
E. Jaensch montre l'importance de l'étude des types et rappelle ses
travaux sur le type « intégré », c'est-à-dire celui chez qui les diverses
fonctions mentales ont une unité, une interpénétration exceptionnelle
(conception et perception, pensée et expression physiologique, etc.)
Il en étudie des variétés et admet que leur connaissance plus exacte
contribuera à une appréciation plus large, plus tolérante des valeurs
religieuses et nationales.
W. Griïhn montre, par ses travaux et ceux de son élève Girgensohn,
comment les problèmes du sentiment religieux peuvent devenir
l'objet d'une enquête expérimentale, par l'introspection provoquée
de sujets pieux sous l'influence de stimulants tels que lectures, ta
bleaux, mélodies à caractère religieux.
G. S. Brett esquisse une histoire du problème des émotions, constate
son état de confusion actuel et indique une conciliation des deux ten
dances dominantes à mettre en lumière exclusivement, soit l'aspect
physiologique, soit l'aspect mental des phénomènes.
J. S. Terry traite, dans un exposé vivant et concret, de l'éducation
des émotions. Il montre que l'éducation morale devrait être surtout
une technique émotionnelle, constate la carence de l'école et de la
pédagogie théorique, indique ce qu'on peut apprendre des éducat
eurs religieux. Les autorités scolaires de l'Etat de New- York se
sont résolument engagées dans cette voie et il espère que le congrès de
Wittenberg donnera à cette initiative une impulsion efficace.
Le volume contient encore les discours prononcés par les présidents
des divers réunions qui complètent heureusement cette belle publica
tion : elle montre l'intérêt de ces échanges de vues et prouve la vitalité
de la psychologie contemporaine aux Etats-Unis. P. G. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES £82
886. — G. DUMAS. — Le choc émotionnel. — I.-R. ph., CHI, 1927,
p. 337-394, avec 49 fig. ; II. -J. de Ps., XXV, 2, 1928, p. 130-164.
Résumé synthétique de l'état actuel des connaissances relatives
aux effets du choc émotionnel sur les diverses fonctions organiques.
Au point de vue circulatoire, le cerveau ne se distingue pas des autres
organes vasculaires. Il réagit à l'influence pulsatile du cœur par le
pouls cérébral, à l'influence respiratoire par les oscillations de la masse
cérébrale, et il présente des ondulations d'origine vaso-motrice. Par
suite, les influences émotionnelles ou autres qui agissent sur la respi
ration ou le cœur agissent également sur le cerveau. Le système vaso-
moteur du cerveau est entièrement comparable à celui de rorganîsme
tout entier ; l'un et l'autre sont indépendants de la respiration, pré
sentent une dépendance relative par rapport à la pression générale,
et sont influencés de la même façon parles excitations intellectuelles
et affectives brusques. Les réactions vasculaires du réseau superficiel
et celles, du réseau viscéral et profond dont font partie les réactions
cérébrales ne sont homogènes ni d'un réseau à l'autre, ni dans le même
réseau. Les réactions vaso-motrices superficielles dépendent, pour
leur ampleur et leur rapidité, del'intensitéet de la brusquerie de l'exci
tation, sans parler de Timpressionnabilité des sujets, de leur âge, de
leurs vaisseaux, et de causes inconnues ; elles semblent beaucoup
plus délicates et nuancées que les réactions cérébrales.
Les chocs émotionnels provoquent en général une accélération du
cœur et une élévation de pression quand ils sont faibles ; quand ils
sont intenses ou brusques ou que le sujet est particulièrement sen
sible, ils peuvent produire un ralentissement du cœur avec baisse de
la pression artérielle et même la syncope diastolique.
La respiration, sous l'influence des petits chocs émotionnels, s'accé
lère dans la même proportion que le cœur en même temps qu'elle de
vient plus superficielle. Les choc émotionnels intenses produisent
des accélérations extrêmes, des ataxies et des syncopés respiratoires,
des spasmes bronchiques.
En résumé, le cerveau, qu'il s'agisse de ses actions cardiaques,
respiratoires ou vaso-motrices, se comporte sous l'influence d'un
choc émotionnel comme la peau et les muqueuses en présence d'une
excitation physique.
Les glandes et les muscles lisses des viscères ne reçoivent l'innerva
tion du système nerveux central que par l'intermédiaire du système
autonome dont les deux parties, sympathique et para-sympathique,
produisent sur un même organe une action antagoniste. D'après
les observations ou expériences faites sur Festomac, l'intestin, la
vessie, les chocs émotionnels, comme plus généralement les excitations
quelconques, sont toniques quand ils sont légers, et dépressifs quand
ils sont intenses. De même, pour les sécrétions externes, il semble que
les chocs émotionnels provoquent des réactions polyglandulaires, non
spécifiques, qui sont d'ordinaire positives ou négatives selon l'intensité
de l'excitation. Bien que les données relatives aux glandes vasculo-
sanguines soient très sommaires, leurs sécrétions semblent soumises
à la même loi que les sécrétions externes. Les retentissements orga
niques de l'émotion expliquent que les grandes émotions déterminent
des troubles profonds du métabolisme aboutissant à des auto-intoxi- :
fcES PROCESSUS iFFEGTÏFS 683
cations. Le eboe émotionnel peut produire des effets hémoclasiqtïes,
sans d'ailleurs qu'il soit possible d'entrevoir par quel mécanisme.
L'influence des choc émotionnels sur les muscles striés paraît dans
l'ensemble, sous réserve des variations résultant du facteur individuel,
rentrer dans la loi générale que les chocs nerveux se traduisent par de
l'excitation quand ils sont d'intensité moyenne, par delà dépression
quand ils sont d'intensité extrême.
En résumé, qu'il s'agisse de la respiration, de la circulation,
des muscles lisses des viscères, des glandes exocrines ou endocrines,
des striés, les excitations cérébrales correspondant au
choc émotionnel sont toniques pour l'ensemble des fonctions orga
niques quand elles sont légères, dépressives quand elles sont intenses,
«t à un degré d'intensité intermédiaire où elles ne sont pas encore
dépressives, elles déterminent des réactions incohérentes, ataxie
respiratoire, circulatoire, musculaire, désordre excito-moteur et
excito-sécrétoire.
L'ensemble des réactions émotionnelles donne lieu à des faits de.
compensation ou balancement, dont l'opposition souvent affirmée
entre les réactions neuro-végétatives et les réactions cérébro-spi
nales n'est qu'un cas particulier.
Le choc émotionnel est un fait biologique profond et complexe
où la cause psychique originelle ne joue qu'un rôle de déclenchement,
où se manifestent des troubles à la fois physiologiques, physiques,
chimiques et toxiques, et qui ne vient affleurer à la vie psychique
consciente que dans ses parties supérieures et par des tonalités
confuses.
Toutes les manifestations du choc émotionnel qui sont particu
lièrement visibles oa audibles et qui sont faciles à imiter emprunt
ées par la mimique qui en fait des signes volontaires de l'émotion,
des expressions sociales qui sont déjà une forme rudimentaire du
langage.
G.-H. L.
887. — C. O. WEBER. — Introspective method and the theory
of primary and derived emotions [V introspection et la théorie des
émotions primaires et dérivées). — J. of Abu. Ps., XXII, 4, 1928,
p. 406-414.
On a soumis à 48 étudiantes la liste des émotions primaires et
secondaires de Me Dougall et demandé d'indiquer quelles sont les
émotions primaires, c'est-à-dire celles non suceptibles de se scinder
en 2 ou plusieurs facteurs. On a trouvé accord entre la classification
de Me Dougall et le choix des étudiantes pour 6 émotions primaires
sur 1 (peur, dégoût, curiosité, colère, sujétion, évitement, amour).
On a ensuite testé l'intelligence des sujets et constaté qu'elle était
d'autant plus élevée que le résultat du premier test se rapprochait
de la classification de Me Dougall, et ceci indépendamment de toute
question de caractère et de tempérament tels qu'ils sont mesurés
par les tests de Pressey et de Kent Rosanoff.
M. L. ,
684 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
888. — G. M. STRATTON. — The function of emotion as shown
particularly in excitement (La fonction de Vémotion, étudiée parti
culièrement dans V « excitement »). — Ps. Rev., XXXV, 5, 1928,
p. 351-366.
S. analyse une observation d'émotion : celle d'un de ses collègues,
dont la petite nièce, s'étant approchée trop près du feu, avait eu
ses vêtements brûlés et avait été sur le point d'être grièvement brûlée
elle-même. Il est difficile de faire rentrer une émotion de ce genre
dans un des cadres traditionnels, dont S. à ce propos marque l'i
nsuffisance. Il appelle l'attention sur le rôle et l'importance de « l'exci-
tement ». Il classe ainsi les faits constatés dans ce cas particulier:
Au point de vue des tendances : Désir intense, impulsif d'un cer
tain résultat défini ; organisation de toutes les activités motrices
et cognitives, en vue de la réalisation de ce désir dominant.
Au point de vue moteur : Maintien de certains groupes complexes
d'activités motrices utiles au résultat désiré, inhibition des groupes
inutiles ; augmentation d'énergie de certains groupes de muscles
striés et non striés ; force et vitesse des mouvements accrues ; rapi
dité de leur succession ;.. abaissement du seuil de l'innervation ;
accroissement du nombre et de la variété des systèmes de muscles
prêts à agir.
Au point de vue cognitif : Organisation des idées adaptées au prin
cipal objectif poursuivi ; dissociation, répression ou omission des
idées ou des images inutiles ; rapidité de l'évocation et de la suc
cession des ou des idées ; abaissement du seuil de l'idéation •
augmentation du nombre des idées prêtes à entrer en action.
S. montre combien toutes les théories actuelles de l'émotion sont
incomplètes ; elles ne rendent compte que d'une partie seulement
des faits. G. P.
889. — J. F. DASHIELL. — Are there any native emotions P
{Y a-t-il des émotions innées ?). — Ps. Rev., XXXV, 4, 1928,
p. 319-327.
Pour D., la classification. usuelle des émotions est basée bien plus
sur leur signification sociale que sur leurs caractères physiologiques.
Il soutient l'hypothèse qu'il n'y aurait pas de type inné de réaction
viscérale correspondant aux différentes émotions, mais que c'est
l'expérience individuelle de chacun qui peu à peu déterminerait
ces types.
L'argument sur lequel il se fonde est le suivant : II y aurait selon
lui uniformité dans les réactions gesturales, faciales, etc. correspon
dant à chaque émotion particulière, parce que ce type de réaction
est contrôlable et est en fait contrôlé par le groupe social. Au cont
raire, les réactions internes, qui sont invisibles et par conséquent
échappent au contrôle, varieraient avec chaque individu. Il n'y aurait
donc pas de réaction viscérale innée correspondant à une émotion
distincte. G. P.
890. — A. FLACH. — Die Psychologie der Ausdrucksbewegung
(La psychologie du mouvement d'expression). A. f. ges. Ps., LXV,
3-4, 1928, p. 435-534.
Les études récentes, notamment celles des neurologistes sur LES PROCESSUS AFFECTIFS 685
l'apraxie, ont montré que dans un mouvement volontaire le but seul
est voulu et représenté. Que se passe-t-il dans les mouvements qui
n'ont pas de but précis, mais sont l'expression d'une émotion, d'un
état affectif ? F. a fait appel à l'introspection des sujets auxquels
elle demandait tantôt d'exprimer une émotion donnée, tantôt de
faire certains mouvements, (habituellement employés dans l'expres
sion d'une émotion).
Ce qui semble, d'après ces observations, le plus caractéristique
c'est le dynamisme de ces mouvements ; le jeu des tensions et des
relâchements avec leur « forme » particulière qui se développe pro
gressivement dans le temps. Invité à exprimer une émotion, Je sujet
-cherche d'abord à se représenter mentalement une situation con
crète ; celle-ci déclenche un état affectif et des mouvements express
ifs, sans que les mouvement eux-mêmes aient été voulus ou repré
sentés. D. W.
891. — M. SHERMAN. — The différenciation of emotional res
ponses in infants (La différenciation des réponses émotionnelles
chez de jeunes enfants). — • J. of comp. Ps., VIII, 5, 1928,
p. 385-394.
S. continue ses études sur les réactions émotionnelles, chez de
tout jeunes enfants ; différents groupes d'observateurs s'étaient
montrés incapables de déterminer exactement la nature des émotions
d'après l'attitude et la physionomie de l'enfant et même d'après
ses. cris, tant qu'ils n'étaient pas renseignés sur la situation objec
tive dont ces manifestations dépendaient. La raison en est très simple,
c'est que ces sont encore extrêmement indifférenc
iées. Qu'il s'agisse d'une piqûre, d'une contention des membres,
de la faim, le nouveau-né réagit de la même manière relativement
diffuse ; les différences dépendent de l'intensité beaucoup plus que
de la qualité de l'émotion. Progressivement celle-ci se différencie,
à mesure que l'être s'adapte d'une façon plus précise à la nature
du stimulant. Dans cette transformation, les réactions sont condi
tionnées par l'expérience antérieure : un enfant qui répond d'abord
à une contrainte par des réactions négatives de défense locale, passera
à des réactions agressives si la contrainte dure un certain temps
et que l'effort pour s'y dérober reste inefficace ; mais plus tard il
répondra de plus en plus tôt par l'attitude agressive, même pour
une contrainte momentanée, si bien quelaréaction négative passera
presque inaperçue. P. G.
892. — W. M. MARSTON. — Primary colors and primary emotions
(Couleurs primaires et émotions primaires). — Psyche, XXX,
1927, p. 4-33.
L'auteur rapproche le couple agréable-désagréable du couple
clair-obscur de la terminologie de Hering ; il y aurait en outre, un
couple domination-soumission correspondant au bleu-jaune (les
mâles, dominateurs, préférant le bleu, et les femelles, dominées, le
jaune, cher aussi aux Chinois, de caractère soumis) ; et enfin un
couple complaisance-influence' (compliance-inducement) correspond
rait au couple vert-rouge ; le vert, généralement préféré, répondrait

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