L'endogamie des Peul du Fouta-Djallon - article ; n°3 ; vol.19, pg 529-558

De
Publié par

Population - Année 1964 - Volume 19 - Numéro 3 - Pages 529-558
L 'endogarnie élevée de certaines populations d'Afrique Noire présente un vaste champ d'études, encore peu exploré. En effet l'imprécision des recensements, l'absence d'états civils nécessitent l'emploi de méthodes particulières d'approche. La fréquence des mariages consanguins, mesure devenue classique de l'endogamie, nous renseigne peu sur ses caractères particuliers et son fonctionnement à l'intérieur d'une société donnée. Dans ce domaine, l'apport de la méthode ethnologique semble fructueux. Le traitement comparé des données recueillies dans une même population guinéenne (Peul du Fouta-Djallon) par le Docteur P. Cantrelle, démographe, et M. Dupire, ethnologue, s'efforce d'éclairer certains comportements matrimoniaux au sein de leur texture culturelle.
30 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1964
Lecture(s) : 44
Nombre de pages : 31
Voir plus Voir moins

Pierre Cantrelle
Marguerite Dupire
L'endogamie des Peul du Fouta-Djallon
In: Population, 19e année, n°3, 1964 pp. 529-558.
Résumé
L 'endogarnie élevée de certaines populations d'Afrique Noire présente un vaste champ d'études, encore peu exploré. En effet
l'imprécision des recensements, l'absence d'états civils nécessitent l'emploi de méthodes particulières d'approche. La fréquence
des mariages consanguins, mesure devenue classique de l'endogamie, nous renseigne peu sur ses caractères particuliers et
son fonctionnement à l'intérieur d'une société donnée. Dans ce domaine, l'apport de la méthode ethnologique semble fructueux.
Le traitement comparé des données recueillies dans une même population guinéenne (Peul du Fouta-Djallon) par le Docteur P.
Cantrelle, démographe, et M. Dupire, ethnologue, s'efforce d'éclairer certains comportements matrimoniaux au sein de leur
texture culturelle.
Citer ce document / Cite this document :
Cantrelle Pierre, Dupire Marguerite. L'endogamie des Peul du Fouta-Djallon. In: Population, 19e année, n°3, 1964 pp. 529-558.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1964_num_19_3_8381[«32*0
L'ENDOGAMIE
DES PEUL DU FOUTA-DJALLON
L 'endo garnie élevée de certaines populations d'Afrique Noire
présente un vaste champ d'études, encore peu exploré. En effet
l'imprécision des recensements, l'absence d'états civils nécessitent
l'emploi de méthodes particulières d'approche.
La fréquence des mariages consanguins, mesure devenue clas
sique de l'endogamie, nous renseigne peu sur ses caractères parti
culiers et son fonctionnement à l'intérieur d'une société donnée.
Dans ce domaine, l'apport de la méthode ethnologique semble
fructueux.
Le traitement comparé des données recueillies dans une
même population guinéenne (Peul du Fouta-Djallon) par le
Docteur P. Cantrelle, démographe, et M. Dupire, ethnologue,
s'efforce d'éclairer certains comportements matrimoniaux au sein
de leur texture culturelle.
I. FORMATION DES ISOLATS <•>
Circonstances de l'étude. Le Fouta-Djallon, dont Richard-Molard fit une
description complète (2), est une région montagneuse
d'environ 50.000 kilomètres carrés, située dans la partie moyenne de la Répub
lique de Guinée. Le plateau central atteint une hauteur de 1.000 mètres,
notamment dans le Timbi et le Labé, où se déroulèrent les deux enquêtes.
Il s'abaisse au Sud vers la région côtière, à l'Ouest ses « marches » atteignent
la Guinée portugaise, au Nord le Sénégal, tandis que la région soudanienne
du Haut-Niger le sépare à l'Est de la Guinée forestière.
En 1955, sur les 2.650.000 habitants que comptait l'ensemble de la Guinée (3)
la population de la zone du Fouta-Djallon était estimée à un million d'habitants,
dont plus de la moitié composée de Peul, appelés ici Foula.
Deux séries de données sont à l'origine de cette étude (carte 1). La première
concerne un village de 260 habitants, divisé en quatre hameaux et situé à
M L'usage abusif de ce terme a depuis quelques années suscité des controverses. Les auteurs
l'ont employé ici dans un sens génétique qui s'accorde avec la définitition avancée par D.
F. Roberts, au terme d'une discussion sur le sujet amorcée par un exposé du Dr J. Sutter,
à la Conférence de Génétique tenue à Jérusalem : ... « those breeding entities within a culturally
homogeneous population which by their existence promote genetic heterogeneity among one
another and homogeneity within themselves » (1). 530 L'ENDOGAMIE DES PEUL DU FOUTA-DJALLON
Moins de 5
de 5 à
de 10 à 14
de 15 à 24
de 25 à 49
50 et plus
Carte n° 1. — Densité de la Guinée (Source : Mission démographique 1954-55)
3 kilomètres de Pita, dans le canton de Timbi-Tuni. Ce village, choisi en raison
de ses facilités de communication avec un grand centre, avait fait l'objet d'une
monographie socio-économique et biologique annexée à l'enquête démogra
phique sur l'ensemble du Fouta-Djallon (4). L'établissement des généalogies
de tous les habitants du village servit de base à la détermination du degré de
parenté des unions.
La seconde série fut recueillie dans deux villages du canton de Labé. Par
son caractère typiquement foula — attesté par les meilleurs informateurs —
et son importance (3.419 habitants), le village de Dionfo, à 30 kilomètres de
Labé, sur la route de Tougué (canton de Koin), semblait convenir à une enquête
quantitative sur les types de mariages. Cependant, en raison de la dispersion
considérable de l'habitat, seuls furent étudiés, outre le centre (misidê), certains
de ses hameaux d'hommes libres, d'artisans (foulaso) et de serfs (roundé).
Dionfo ne comprenait que des lignages appartenant au clan Diallo et pro
venait d'un éclatement récent de la misidé de Tarambali. Là, lignages de clans
Diallo, Ba et Bari s'y trouvaient suffisamment représentés pour que des ma- L'ENDOGAMIE DES PEUL DU FOUTA-DJALLON 531
liages entre-clans pussent aléatoirement s'y produire. C'est pourquoi l'enquête
fut étendue à la misidé de Tarambali, située à 10 kilomètres de Dionfo, dont
l'histoire éclaire aussi les relations des habitants de ces deux villages.
Ces monographies sur deux localités, choisies pour des raisons diverses,
n'ont été basées, ni l'une ni l'autre, sur un sondage statistique. Sans prétendre
représenter stricto sensu l'endogamie des Foula du Fouta-Djallon elles per
mettent du moins d'en établir un ordre de grandeur, comparable à d'autres
données de même nature.
Recueil des données II est relativement aisé d'établir des généalogies à
généalogiques. partir d'états civils; en leur absence, il faut recourir
à d'autres méthodes. Dans une société où les droits
se transmettent en ligne masculine, tandis que la résidence est patrilocale^),
les hommes nés dans un même village appartiennent à un ou plusieurs patri-
lignages et les liens de voisinage recouvrent ceux de la parenté agnatique
(carte 2) : une étude sur place permet donc de recueillir des données sur les
liens généalogiques de tous les villageois.
D'autres raisons facilitent au Fouta-Djallon l'établissement de généalogies.
Les Foula se montrent fiers de leur ascendance et se moquent de l'ignorance
ANCIEN Vi. w
KADIÊ i\imetière Bayéro ^ j-Jsi limite des terres du village.
Limite d'enclos habité. ancien.
SEGMENTS:
■ HOGOMANGO
□ SOULE DANTARI Sv ■ BAYÉRO
rr\ ?--,...... Л S MAHAMMA BALA Ci -hs\ \ ■ DAOUDA
DANTARI
HADJILERA GADA HAMA
Carte n° 2. — Mode de résidence (Misidé Dantari)
Installation du ménage dans la localité des parents du mari. 532 L'ENDOGAMIE DES PEUL DU FOUTA-DJALLON
en cette matière des anciens serfs déracinés. Les relations agnatiques avaient
aussi une portée politique. C'est pourquoi ils conservent le souvenir de leurs
ancêtres, dont les noms se transmettent souvent aux générations suivantes.
La caste des griots a pour fonction essentielle de chanter les louanges et de réciter
les généalogies des chefs, même les plus insignifiants, au cours des réunions publiques.
Cette connaissance, bien qu'orale, appartient donc au domaine public et les Foula
appartenant à des lignages, même sans renommée, sont ordinairement capables de
remonter jusqu'à la quatrième génération, voire jusqu'à la septième et au-delà.
A Dantari, à partir des fiches démographiques rédigées pour chaque con
cession, unité familiale résidentielle, furent établies des généalogies rudimen-
taires, susceptibles d'être reliées les unes aux autres, puisque les hommes du
village appartiennent à trois branches différenciées du même lignage maximal
(Ndouyébé), dont ils ignorent cependant le niveau de segmentation. Une
généalogie complète sur sept générations fut ensuite dressée avec l'aide de
tous les villageois.
Les questions portaient sur les acendants de chacun des hommes adultes
et sur leurs relations de parenté avec leurs épouses, qu'il s'agisse des mariages
d'hommes vivants ou décédés.
Situer ces généalogies dans le temps présentait de plus sérieuses difficultés.
Il existait quelques repères historiques : époque du travail forcé, construction
d'une route, arrivée des Français et autres événements de la vie de la région.
A partir de l'âge approximatif des personnes vivantes — renseignement exigé
par l'enquête démographique — on détermina leur date de naissance. Puis,
en demandant l'âge de l'intéressé à la mort de son père, on en fixait la date, et
celle de sa naissance, selon sa longévité approximative, estimée par ses enfants.
La méthode utilisée à Dionfo-Tarambali fut légèrement différente : les
généalogies des patrilignages du village étant indispensables à l'enquête ethno
graphique, elles furent donc établies au départ, avec l'aide des hommes les
plus âgés ou les mieux renseignés de chaque segment. Celles-ci servirent de
canevas à l'enquête sur les mariages qui fut menée auprès de tous les hommes
du village. Le questionnaire comportait les points suivants : noms et lignages
des pères et mères, nombre de femmes épousées, leurs lieux de naissance et
lignage d'origine, liens de parenté entre les époux et types de mariage. Après
avoir noté le terme vernaculaire, qui exprimait la relation de parenté affirmée
entre les époux, la chaîne en était établie à l'aide des tableaux généalogiques.
Il fut parfois nécessaire d'avoir recours à de doctes vieillards pour compléter
ou corriger les réponses incertaines des intéressés et particulièrement lorsque
la chaîne généalogique empruntait successivement la ligne masculine et la
ligne féminine. Une enquête parallèle auprès des femmes mariées et portant
sur les mêmes questions apporta une vérification partielle à la première.
Dans l'établissement de ces données une certitude absolue ne peut être
obtenue. Aussi soulignerons-nous les difficultés rencontrées, les causes d'erreurs
les plus fréquentes, ainsi que certains procédés qui servirent à les éviter ou
à les corriger. L'ENDOGAMIE DES PEUL DU FOUTA-DJALLON 533
L'identification d'un individu est affaire délicate, puisqu'il n'existe dans
cette société que quatre patri-clans, un nombre limité de lignages par village
et que les noms islamiques, peu nombreux, se retrouvent souvent toutes les
deux générations. Mais cette identité officielle compte peu dans la vie quoti
dienne où chacun se reconnaît par son surnom ou son titre. Des questions sur
les ascendants, sur les relations de parenté entre habitants du village comp
lètent cette identification.
La connaissance des rapports de générations entre individus vivants
apparaît essentielle pour reconstituer des généalogies étendues car, fréquem
ment, les informateurs télescopent des et il s'ensuit des décalages
entre les différentes branches d'un même lignage. Or la communauté de
génération se traduit, dans la vie sociale, par le partage de certaines prérogat
ives. En observant, par exemple, la distribution des parts de viande ou des
noix de kola à un mariage ou à une cérémonie religieuse, il est aisé d'obtenir
une vision globale des groupes à l'intérieur d'un vaste lignage comprenant
des parents très lointainement apparentés ou d'âges disparates. L'observation
ethnologique complète ou corrige l'information orale.
Étant donné l'importance des droits agnatiques dans cette société, il est
inévitable que les relations de parenté paternelles, même éloignées, soient
mieux connues que des relations utérines ou mixtes. Il est facile de rétablir
des relations de parenté au 10e degré et souvent au-delà entre conjoints issus
d'un même lignage, tandis qu'on obtient rarement la même précision et la
même certitude pour un degré similaire de parenté, non plus agnatique, mais
mixte.
La réticence des Foula à avouer une union réprouvée introduit une autre
cause d'erreur : ils essaient, dans ce cas, de donner le change, faisant passer,
par exemple, pour une cousine une fille classificatoire proche. Ces inexactitudes
sont aisément décelées par les tableaux généalogiques ou les témoignages de
tierces personnes. On obtient une objectivité plus grande, en pratiquant ce
genre de questionnaire par petits groupes et non individuellement. Certains
vieux captifs se montrent souvent d'excellents informateurs pour avoir été
les confidents de leurs maîtres et ils n'ont pas les mêmes raisons que les Foula
de cacher les scandales ou les secrets familiaux. En résumé, si les causes
d'erreurs ou d'oublis sont nombreuses, il apparaît possible d'en déceler le
mécanisme et, par certains procédés simples, d'y pallier en partie.
Les documents obtenus ainsi comprennent donc d'une part la généalogie
complète d'un village (Dantari) depuis sa fondation, s'étendant sur deux
siècles et fournissant les mariages anciens et actuels des hommes nés dans
le village; d'autre part, les généalogies des différents lignages de deux villages
(Dionfo-Tarambali), plus étendues numériquement, mais ne portant systéma
tiquement que sur les mariages des hommes actuellement vivants M. Dans
<x' Cependant y ont été inclus les mariages d'hommes récemment décédés ou de ceux
dont on avait gardé le souvenir. Ceci pour combler les trous dus — dans certains segments ou
générations — à une forte mortalité précoce. 534 L'ENDOGAMIE DES PEUL DE FOUTA-DJALLON
l'un et l'autre cas, les données les plus précises possibles sur le degré et le
type de parenté entre conjoints ont été rassemblées.
Formation des isolais. Les plateaux du Fouta-Djallon ne constituent pas
une barrière, mais sont, au contraire, i largement
ouverts vers l'extérieur.
L'habitat y est dispersé; environ 80 % de la population se répartit dans
des hameaux de moins de 500 habitants (3), mais ces hameaux étant peu
éloignés les uns des autres, la densité de la région où se situe l'enquête
dépasse 50 habitants au kilomètre carré, une des plus fortes observées en
Guinée. Malgré une abondante pluviométrie, le sol est peu fertile, car les
pluies violentes et les vents en arrachent peu à peu la terre arable, transfo
rmant de grandes surfaces en terrains impropres à la culture, ne pouvant
servir que de pâturages à la saison des pluies.
En dépit de l'opulence apparente de certains grands chefs, les Foula sont
pauvres. Ils ne possèdent que quelques têtes de bétail et leurs cultures de mil,
fonio, maïs, leur permettent à peine de vivre. Beaucoup de jeunes émigrent
saisonnièrement au Sénégal pour y travailler et certains s'expatrient pendant
de longues années ou même ne reviennent jamais au pays. Par ailleurs, des
familles descendent dans les vallées voisines, pour s'installer sur des terres
plus riches, encore inoccupées.
Ces caractéristiques géographiques, démographiques, économiques pour
raient favoriser des unions exogames entre familles voisines ou étrangères.
Or les faits, comme on le verra plus loin, montrent une tendance inverse.
Dans une population d'éleveurs sédentarisés, il semblerait légitime d'invo
quer l'influence de facteurs économiques, telle la taille du troupeau, dans la
sélection des conjoints. Malheureusement, les données manquent pour vérifier
cette hypothèse ^K En fait, les facteurs sociaux et politiques semblent avoir
eu une importance essentielle dans la formation des isolats. Il est donc néces
saire de retracer l'organisation sociale des Foula à leur arrivée au Fouta-
Djallon et l'histoire de leur installation sur les terres qu'ils ont conquises,
particulièrement sur les sites des villages qui nous intéressent. Les principes
sociaux et politiques qui ont présidé à cette mise en place illustreront clair
ement la naissance d'une société fermée, que ne laissaient pas prévoir les condi
tions naturelles de l'habitat.
Í1' Les Foula propriétaires de gros troupeaux ont l'habitude de le disperser entre plusieurs
foulaso : c'est une des raisons pour lesquelles les données des recensements administratifs
sont sujettes à caution. D'autre part pour estimer l'importance de ce facteur économique dans
le choix du conjoint, il faudrait connaître avec exactitude la fortune pastorale des deux familles
au moment où fut décidé le mariage. Bien que non chiffrable actuellement ce facteur n'en est
cependant pas moins important. L'ENDOGAMIE DES PEUL DU FOUTA-DJALLON 535
Structure du lignage. Chez ces immigrants peul venus du Macina (6), la
filiation s'établit par les mâles. Tout Foula dit
appartenir à l'un des patricians, Ba, Bari, So, Diallo, issus des quatre fils
d'un ancêtre mythique. Ces clans n'ont au Fouta qu'un rôle social très effacé :
on se salue du nom d'honneur de son clan (yettoré) et l'on pratique les plai
santeries autorisées entre membres de clans liés par des relations croisées,
calquées sur celles qui unissent enfants de frères et enfants de sœurs. Ce
comportement entre clans et cousins croisés est généralement lié à un sys
tème d'unions préférentielles. Celui-ci n'apparaît pas aujourd'hui entre clans
croisés.
De l'ancêtre du clan, sont issus de nombreux lignages aux relations généa
logiques probablement mythiques, la descendance proprement historique ne
commençant qu'à partir du lignage maximal. Celui-ci se subdivise, à différents
niveaux, en segments (fig. 1), l'avant-dernier désigné par le terme de dambou-
gal (porte) et le dernier par celui de soudou (case). Chaque segment porte
généralement le nom de son ancêtre fondateur ou celui du lieu où il s'est
établi; tout individu doit pouvoir énumérer, pour se situer généalogiquement,
les noms de tous les segments auxquels il appartient simultanément, du clan
au lignage minimal, tel p*ar exemple un Diallo Girladjio Ousounéyankedjio
Alfa Yanké Galle Soudou Isa (cf. Fig. 1).
Les segmentations résultent ordinairement de la séparation de frères, à la suite
de mésententes ou simplement à cause de la nécessité de trouver de nouvelles terres
à cultiver. Les fils aînés restaient dans l'enclos du père, le galle** l ) , à la misidé (paroisse)
tandis que les cadets allaient fonder des hameaux {foulaso) dans le voisinage, sur des
terres appartenant à leur lignage. C'est de cette manière que quatre des six fils de
Karimou restèrent dans la misidé de Tarambali, fondée par leur grand-père, tandis
que les deux autres s'établissaient dans le foulaso de Dionfo (fig. 1). Les parents
d'un même segment constituent un groupe fonctionnel dirigé par l'homme le plus
âgé, le Maoudo. Ils possèdent des terres en commun, héritent les uns des autres et
observent les règles relatives aux unions préférentielles et interdites concernant cer
tains proches parents.
Les hommes adultes mariés s'installent dans un enclos fermé avec leur
case au centre, entourée de celles de leurs épouses, car ils sont polygines : ce
foyer forme un groupe élémentaire de consommation; mais une ou plusieurs
épouses peuvent résider dans un autre galle. Le bengoure (littéralement :
accroissement), expression de l'autorité du chef de famille, comprend tous les
résidents des galle dépendant de lui : épouses, fils mariés installés à leur
compte, parents orphelins, serviteurs.
Organisation socio-politique. Cette structure patriarcale s'encadre dans
une organisation politique hiérarchique. Il
n'y eut pas rupture entre l'organisation primitive de ces pasteurs, devenus
(1) C'est pourquoi leur lignée porte souvent le nom de galle (Alfa Yanké Galle à Tarambali)
ou de « grande clôture » (Hogo Mango à Dan tari). A-D'
l'endogamie des peul du fouta-djallon 536
îage imal '3 с Э с "H с Ц ° g g| m с m S i JE 3 S nom
■о
■3 "o "g 0 "о 3 g I э о с й
и 0 H S 3 2 2 3 g Q
nation Isa 1 S | | u
о Ou s 1 Al 1" 0 1 a s "s -S 1 s 0
i Э ■^ л <J О ,^^1 h Q AL KALI À
N HI < 1 ■
p cqp ABDOU s (DIONF o«
« N Q 1-4 n IAMBALI)
' 9 « OULDÉ I а 4
S 0 á к. ss. <:
л< A A A _/LJ A\
0 M ALFA -Ai KAI oô A oh Г "Ч20
rtBALI)
A
< (T г 3ALI)
MA
"H
— 2 H VIVAN 2z <o ATION RÊGIO «SIDÉ BALI TAGE RRES TION ABÉ a u tra: И* Ë S č 2 -д " (X •w и «h с
Aë3 «0 ^ -Ы Q Q l'endogamie des peul du fouta-djallon 537
musulmans et conquérants et les nouvelles formes de domination politico-
religieuse qu'ils implantèrent au Fouta. Pouvoir social héréditaire, puissance
politique, suprématie religieuse, se combinent entre les mains de quelques
grandes familles.
Comme le fait remarquer A. Demougeot, dans son étude sur l'organisation
politique et administrative du Labé : « Au temps de leur infiltration au Fouta- Djallon,
ils avaient gardé leur ancienne organisation en clans et familles (lignages) : lorsqu'ils
se fixèrent sur les terres des Diallonkés, chaque clan voulut rester le seul maître du
sol dont il s'était emparé et, à l'intérieur du clan, les familles les plus respectées ou
les plus redoutées prirent les commandements (6). » Le Fouta-Djallon fut ainsi par
tagé en neuf provinces géographiques ou diwal : Tarambali-Dionfo dépendant du
diwal de Labé (commandé par des Irlabé), Dantari du diwal des Timbi. Il reste
aujourd'hui des traces de cette ancienne organisation territoriale. Le chef de Tarambali,
un Ousounéyankédjio Alfa Yanké, détenait sa charge du chef de diwal de Labé
et nommait lui-même les chefs des villages qui dépendaient de lui (Kalan, Madidongel,
Kourako, Ourésoko) et qui, en raison de leur situation, s'appelaient « le diwal
derrière la rivière Dombélé ». Ces quatre villages, aujourd'hui politiquement indé
pendants de Tarambali, entretiennent toujours avec cette misidé des relations ami
cales et matrimoniales.
Quatre lignages Irlabé, issus des fils de Maoundé, s'établirent dans la région de
Labé, les Kaldouyanké affirmant bientôt leur prépondérance à Labé même. Le diwal
était commandé par un karamoko, nommé alfa, qui avait sous ses ordres les chefs
de misidé, commandant eux-mêmes les foulaso et roundé de serfs. Pouvoir religieux
et politique se recouvraient.
Pour lutter plus sûrement contre les fétichistes, les neuf karamoko décidèrent,
dans les premières années du XVIIIe siècle, d'élire un des leurs comme chef supérieur
de la Confédération. Pendant trente ans, sous le nom de Karamoko Alfa, celui-ci
mena la guerre contre les fétichistes. A sa mort, son fils étant trop jeune, ce fut son
neveu surnommé Sori qui succéda à sa charge. Confiant en sa popularité, celui-ci
se fit bientôt nommer almani (chef religieux). Mais les karamoko, craignant qu'il
ne porte atteinte à leurs privilèges, exigèrent qu'il partageât le pouvoir avec le fils
de Karamoko Alfa. Depuis lors, la règle s'établit de la succession alternée au pou
voir supérieur, pour une durée de deux ans, d'un descendant de l'une des deux
branches qui prirent les noms de Alfaya et Soriya. Si nous soulignons ici cet arran
gement politique, c'est qu'il eut très certainement une influence considérable dans
la formation des isolats, en opposant les familles les unes aux autres. Ce principe
d'alternance en effet s'appliquait non seulement au commandement suprême mais
aussi à celui des diwal et même des misidé. Les Ousounéyanké du dambougal
Alfayanké galle se divisèrent en deux branches, issues des deux épouses du fondat
eur, qui alternativement se succédaient au commandement de la misidé. Cette
structure compétitive, née de circonstances historiques, prenait aussi fortement
racine dans la mentalité anarchique du peul pasteur.
Les lignages que l'on rencontre dans une misidé ne sont pas politiquement
égaux. Ceux qui détiennent le commandement, leurs ancêtres ayant conquis
les terres et dominé le pays, constituent les lignages dominants, autour des
quels se sont rassemblés les autres groupes familiaux, plus faibles ou plus
récemment arrivés sur les lieux. Chaque noyau entouré de ses satellites
64 2499 0 55 002 1 9

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.