- L'enregistrement électrique des mouvements oculogyres et ses applications - article ; n°1 ; vol.50, pg 185-200

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L'année psychologique - Année 1949 - Volume 50 - Numéro 1 - Pages 185-200
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1949
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A. Gemelli
IX. - L'enregistrement électrique des mouvements oculogyres et
ses applications
In: L'année psychologique. 1949 vol. 50. pp. 185-200.
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Gemelli A. IX. - L'enregistrement électrique des mouvements oculogyres et ses applications. In: L'année psychologique. 1949
vol. 50. pp. 185-200.
doi : 10.3406/psy.1949.8442
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1949_hos_50_1_8442IX
L'ENREGISTREMENT ÉLECTRIQUE
DES MOUVEMENTS OCULOGYRES ET SES APPLICATIONS
par A. Gemelli
avec la collaboration de C. Colombi et R. F. Schupfer
Laboratoire de Psychologie expérimentale,
Université catholique de Milan.
Le problème de l'enregistrement des mouvements oculaires
s'est posé depuis bien longtemps, et de nombreuses techniques
ont été proposées, depuis une plume écrivante appuyée d'un côté
sur la sclérotique, jusqu'aux systèmes optico-photographiques.
Mais la technique qui paraît aujourd'hui la meilleure et la plus
fidèle pour enregistrer ces mouvements oculaires est la méthode
électrique. Dans ce cas il s'agit d'utiliser les phénomènes élec
triques qui se produisent lors des mouvements des globes ocul
aires, phénomènes électriques qui seraient dus aux variations
de potentiel entre la cornée et la rétine (1, 2, 3, 4, 5). Pour
cette méthode on a fait usage pendant bien des années des ga
lvanomètres à fil; on se sert maintenant de tubes cathodiques et
des amplificateurs de grande puissance. Cette méthode est sur
tout connue parmi les psychologues américains et a été employée
dans leurs nombreuses recherches sur les mouvements oculaires
pendant la lecture (8, 9).
En 1942 l'un de nous (5), dans un mémoire sur un nouvel
appareil enregistreur à plume magnétique écrivante, très pra
tique, qu'il venait de construire pour usages cliniques, faisait
observer que cet instrument servait dans son laboratoire pour
enregistrer le nystagmus optocinétique, et que presque toutes
les recherches d'électrophysiologie auraient pu être faites avec
cet instrument. Depuis lors cet appareil a été sensiblement per- 186 PSYCHO-PHYSIOLOGIE
fectionné grâce surtout aux progrès faits par les électrotechni
ciens dans la construction des bobines mobiles et des aimants
permanents à grande puissance. A présent nous utilisons un
appareil constitué par un amplificateur à résistance-capacité,
un oscillographe magnétique à plume écrivant à l'encre, un
chimiographe, entraîneur de papier, dont la vitesse est réglable à
volonté, des électrodes d'argent d'un diamètre de 8 mm. (fig. 1).
La fidélité de réponse aux fréquences va de 1 à 95 Hz., l'ampli
fication peut atteindre 108 fois. Il est nécessaire de bien nettoyer
la peau avant d'appliquer les électrodes; on place entre les
électrodes et la peau une légère couche de pâte conductrice;
il faut veiller à ce que les électrodes restent bien appliquées sur
la peau, afin d'obtenir un bon contact. En pareil cas, la résistance
ohmique entre les électrodes ne doit pas dépasser 2.000 ohms.
Nous avons aussi essayé de déterminer quel était le meilleur
endroit où placer les selon les mouvements des globes
oculaires qu'on veut étudier. Pour les de latéral
ité en vision binoculaire nous avons trouvé que la position
optima, c'est-à-dire celle qui donne les plus grandes oscillations
de la plume tout en étant absolument libre d'autres phénomènes
électriques dus à des courants électriques musculaires (m. orbi-
culaire, m. frontal, m. des annexes), est la peau située tout près
de l'angle externe inférieur des deux orbites. D'autres emplace
ments nous ont donné de bons résultats, mais pas aussi satis
faisants que le précédent; ce sont : l'angle externe inférieur de
l'orbite d'un côté et le bord inférieur de l'orbite du côté opposé;
l'angle externe et l'angle interne de du même côté; le
bord inférieur de la même orbite, une électrode 1 cm. en dehors
et l'autre 1 cm. en dedans de la verticale qui passe par le centre
de la pupille. Ces deux dernières positions sont les seules qui se
prêtent aussi à l'étude de chaque œil pris isolément (fig. 2, 3,
4, 5).
Pour les mouvements verticaux la meilleure manière de pla
cer les électrodes consiste à en fixer une au bord orbitaire supé
rieur, au-dessous des sourcils, et l'autre au infé
rieur (fig. 6, 7, 8).
D'autres positions assez bonnes pour les mouvements vert
icaux sont, d'après notre expérience, l'angle externe de l'orbite,
et le milieu du bord inférieur de la même orbite ou de l'autre.
Nous avons obtenu un résultat presque nul lorsque nous avons
placé les deux électrodes chacune sur le bord inférieur d'une
orbite (fig. 9). Cf. le récent travail de Monnier et Hufschmidt (17). GEMELLI. MOUVEMENTS OCULOGYRES 187 A. CO co
Fig. '2. — Enregistrement du nystagmus optocinétique liorizonliil. Une des électrodes est placée à l'anprle
externe iniéii:ur de l'orbite gauche; l'autre au bord inférieur de l'orbite opposc'e. (Dérivation bipolaire.)
Fig. 3. — Enregistrement comme dans la figure précédente, mais une des électrodes se trouve à l'angle
externe et l'autre à l'angle interne de la même orbite. (Dérivation bipolaire.)
Fig. 4. — Enregistrement comme dans les figures précédentes,
mais les deux électrodes sont à l'angle externe inférieur des deux orbites. (Dérivation monopolaire.)
Fig. 5. — Enregistrement et position des électrodes comme dans les figures précédentes,
mais dérivation bipolaire. G. — Enregistrement du nystagmus optocinétique vertical. Les deux électrodes sont à l'angle Fig.
externe inférieur des deux orbites. (Dérivation monopolaire.}
Fig. 7. — Enregistrement comme dans les figures précédentes. Une électrode sur le bord supérieur
de l'orbite, au-dessus des sourcils; l'autre sur le bord inférieur. (Dérivation bipolaire.)
Fig. 8. — Enregistrement comme dans les figures précédentes. Une électrode au bord inférieur de l'orbite;
l'autre électrode sur le sourcil supérieur. (Dérivation bipolaire.)
Fig. 9. — Enregistrement comme dans les figures précédentes.
Les deux électrodes chacune sur le bord inférieur d'une orbite. (Dérivation bipolaire.) CD 190 PSYCHO -PHYSIOLOGIE
Nous voudrions aussi attirer l'attention sur la possibilité d'en
registrer les mouvements oculogyres avec une ampleur assez
satisfaisante en plaçant une électrode au-dessus de l'arcade sour-
cilière et l'autre au bord orbitaire inférieur du même côté;
toutefois en plaçant ainsi les électrodes on enregistre non seul
ement les mouvements des globes oculaires, mais aussi des cou
rants électriques d'origine musculaire, ce qui trouble l'analyse
des résultats (fig. 10, 11). A notre avis les figures d'enregistr
ements présentées par quelques auteurs ne sont pas parfaitement
probantes, justement parce qu'on y trouve enregistrés ces cou
rants musculaires.
Une autre question a fait l'objet de recherches : celle du
test pour obtenir les divers mouvements oculogyres; le problème
a été étudié par Griittner (7) et il n'y a pas lieu, ici, d'en parler
en détail. Nous voulons seulement dire que pour l'étude de la
forme des réponses électriques liées aux mouvements des globes
oculaires le meilleur test est, selon notre expérience, celui où
chaque bande noire est plus large que la blanche (noire 35 cm.,
blanche 15 cm.); tandis que, pour certaines recherches où l'on
utilise le nystagmus optocinétique, il vaut mieux que la bande
noire soit de la même largeur que la blanche (14 cm.). La dis
tance bandes-sujet meilleure est de 65 cm.; on peut faire tour
ner les bandes à des vitesses différentes (il faut naturellement
déterminer la vitesse optima) (fig. 12, 13).
Dans nos recherches nous avons voulu voir aussi s'il était
préférable d'étudier les mouvements oculogyres par la technique
dont nous avons parlé plus haut, ou bien par l'enregistrement
de l'électro-encéphalogramme; le nystagmus est enregistré cla
irement dans les deux cas; mais le phénomène est plus évident
avec la technique décrite (fig. 14).
Enfin, il faut tenir compte de ce que les mouvements oculo
gyres peuvent disparaître complètement lors des expériences
sur le nystagmus si le sujet cesse d'observer les bandes, soit en
relâchant l'accommodation, soit en regardant un point fixe, soit
encore si la lumière est si faible qu'il ne peut plus distinguer
les bandes qui tournent devant lui.
Maintenant, il est intéressant de voir quelles sont les appli
cations possibles de l'enregistrement électrique des mouvements
des globes oculaires. Remarquons avant tout que, par cette
technique, on a un moyen d'évaluation objective de ces mouve
ments, c'est-à-dire que l'étude de leurs caractéristiques (rythme,
ampleur, durée, etc.) n'est plus liée à l'appréciation subjective 10. — Enregistrement des mouvements volontaires des veux. Fig.
Fi?. 11. — Nystnjrn'ius avec courants musculaires.
Fie. \'i- — l.î\ libation d'un point devant le sujet fait disparaître le nystagmus. CD to
t( \ I I I I \ I \ \ I {
Fig. 13. — Contrôle des mouvements du nystagmus en corrélation avec les bandes blanches.
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Fig. 14. — Enregistrement du nystagmus et de l'encéphalogramme. A. GEMELLI. MOUVEMENTS OCULOGYRES 193
de l'observateur. Un autre avantage consiste en ce qu'on peut
poursuivre les recherches même avec des lumières très faibles
ou dans l'obscurité.
Nous avons déjà dit plus haut que l'enregistrement des phé
nomènes électriques a servi aux psychologues américains pour
étudier divers phénomènes qui se produisent pendant la lecture,
surtout la fatigue (8). Mais d'autres applications importantes
ont été trouvées durant ces dernières années.
Deux d'entre nous,
en faisant des recher
ches sur l'adaptomé-
trie objective, ont
trouvé dès 1942 et
1943 (1,3) et indépe
ndamment de Rieken
(21, 22) qu'on pouvait
obtenir de bons résul
tats en utilisant pour
cela le nystagmus op
tocinétique. Selon la
technique proposée
alors par nous on a
employé comme sour
ce lumineuse l'adap-
tomètre de Nagel; et — Dispositif pour la provocation du
comme système pour nystagmus optocinétique :
A = cylindre rotatif à bandes blanches déceler le nystagmus
et noires; dès les premières s B = œil du S.
ecousses on a enregistré
électriquement les mouvements oculogyres de latéralité.
Pour ces recherches nous avons préféré des bandes blanches
et noires de même largeur (14 cm.), car on obtenait une meil
leure excitation du fait que l'on devait observer exactement au
seuil lumineux. La détermination des courbes adaptométriques
se faisait comme d'habitude; période de préadaptation à une
lumière standard, et puis mesure du seuil (par apparition de la
lumière) chaque 3'-5'jusqu'à 45' (fig. 15). On prenait deux
mesures aux minutes précisées : l'une, objective, était l'ouverture
du diaphragme de l'adaptomètre au moment où le nystagmus
commençait, l'autre, subjective, était prise au moment où le
A. P. VOL. JUB. 13

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