L'étude des inférences causales en lecture : adaptation du matériel verbal de Myers, Shinjo et Duffy (1987) - article ; n°2 ; vol.103, pg 257-275

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L'année psychologique - Année 2003 - Volume 103 - Numéro 2 - Pages 257-275
Résumé
Cette note présente un matériel destiné à l'étude de divers aspects du rôle que jouent les inférences causales dans le traitement d'informations verbales. Ce matériel consiste en paires de phrases adaptées des séries de phrases conçues par Myers, Shinjo et Duffy, 1987, pour leur étude princeps sur ce type d'inférences. Pour garantir la qualité du matériel que nous avons adapté en français, nous avons contrôlé le plus précisément possible le niveau de liaison causale pour chaque paire de phrases ; nous nous sommes assurés que la procédure de jugement utilisée par Myers et al. (1987) était exempte de biais méthodologique, et nous avons vérifié que le matériel ne donnait lieu à aucune différence de jugement entre les adultes jeunes et âgés.
Mots-clés : normes, niveau de liaison causale, inférences causales, vieillissement cognitif.
Summary : Causal inferences in reading : An adaptation of the Myers, Shinjo and Duffy (1987) material.
This study presents verbal material appropriate for studying various aspects of how causal inferences may intervene in the processing of verbal information. The material consists of pairs of sentences adapted front the material designed originally by Myers, Shinjo and Duffy, 1987 for their seminal study of these inferences. To ensure the adequacy of the materials proposed in the French adaptation, the degree of causal relatedness was controlled as precisely as possible for each pair of sentences ; it was also ensured (a) that the procedure of judgment is free from methodological bias, and (b) that the material does not show any differences in relatedness judgment between young and older adults.
Key words : norming study, causal relatedness ratings, causal inferences, cognitive aging.
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 2003
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L. Demanet
Marie-Anne Schelstraete
Michel Hupet
L'étude des inférences causales en lecture : adaptation du
matériel verbal de Myers, Shinjo et Duffy (1987)
In: L'année psychologique. 2003 vol. 103, n°2. pp. 257-275.
Résumé
Cette note présente un matériel destiné à l'étude de divers aspects du rôle que jouent les inférences causales dans le traitement
d'informations verbales. Ce matériel consiste en paires de phrases adaptées des séries de phrases conçues par Myers, Shinjo et
Duffy, 1987, pour leur étude princeps sur ce type d'inférences. Pour garantir la qualité du matériel que nous avons adapté en
français, nous avons contrôlé le plus précisément possible le niveau de liaison causale pour chaque paire de phrases ; nous
nous sommes assurés que la procédure de jugement utilisée par Myers et al. (1987) était exempte de biais méthodologique, et
nous avons vérifié que le matériel ne donnait lieu à aucune différence de jugement entre les adultes jeunes et âgés.
Mots-clés : normes, niveau de liaison causale, inférences causales, vieillissement cognitif.
Abstract
Summary : Causal inferences in reading : An adaptation of the Myers, Shinjo and Duffy (1987) material.
This study presents verbal material appropriate for studying various aspects of how causal inferences may intervene in the
processing of verbal information. The material consists of pairs of sentences adapted front the material designed originally by
Myers, Shinjo and Duffy, 1987 for their seminal study of these inferences. To ensure the adequacy of the materials proposed in
the French adaptation, the degree of causal relatedness was controlled as precisely as possible for each pair of sentences ; it
was also ensured (a) that the procedure of judgment is free from methodological bias, and (b) that the material does not show
any differences in relatedness judgment between young and older adults.
Key words : norming study, causal relatedness ratings, causal inferences, cognitive aging.
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Demanet L., Schelstraete Marie-Anne, Hupet Michel. L'étude des inférences causales en lecture : adaptation du matériel verbal
de Myers, Shinjo et Duffy (1987). In: L'année psychologique. 2003 vol. 103, n°2. pp. 257-275.
doi : 10.3406/psy.2003.29637
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_2003_num_103_2_29637L'Année psychologique, 2003, 103, 257-275
NOTE MÉTHODOLOGIQUE
Université catholique de Louvain}
Unité Cognition et Développement
L'ÉTUDE
DES INFERENCES CAUSALES EN LECTURE :
ADAPTATION DU MATÉRIEL VERBAL
DE MYERS, SHINJO ET DUFFY (1987)
Laurence DEMANET2, Marie-Anne SCHELSTRAETE
et Michel HUPET
SUMMARY : Causal inferences in reading : An adaptation of the Myers,
Shinjo and Duffy (1987 ) material.
This study presents verbal material appropriate for studying various
aspects of how causal inferences may intervene in the processing of verbal
information. The material consists of pairs of sentences adapted from the
material designed originally by Myers, Shinjo and Duffy, 1987 for their
seminal study of these inferences. To ensure the adequacy of the materials
proposed in the French adaptation, the degree of causal relatedness was
controlled as precisely as possible for each pair of sentences ; it was also
ensured (a) that the procedure of judgment is free from methodological bias,
and (b) that the material does not show any differences in relatedness judgment
between young and older adults.
Key words : norming study, causal relatedness ratings, causal inferences,
cognitive aging.
INTRODUCTION
Lorsqu'un lecteur se construit une représentation mentale
intégrée du texte qu'il lit, il est fréquemment amené à compléter
1. Place Cardinal-Mercier, 10, 1348 Louvain-la-Neuve, Belgique.
2. E-mail : laurence.demanet@psp.ucl.ac.be. L. Demanet, M.- A. Schelstraete et M. Hupet 258
les informations explicitement fournies dans le texte par
d'autres qu'il infère à partir des premières. L'intérêt considé
rable de nombreux chercheurs pour cette activité inférentielle
(cf. revue en français de Martins et Le Bouédec, 1998) s'explique
par le rôle central qu'elle joue aussi bien dans la compréhension
que dans le rappel d'informations verbales (Myers et al., 1987 ;
Denhière et Baudet, 1992 ; Ericsson et Kintsch, 1995 ; Lorch,
1995 ; Kintsch, 1998). La littérature a réservé une attention par
ticulière aux inferences dites « causales » par lesquelles le lecteur
relie entre elles les différentes propositions d'un texte en
recourant à ses connaissances du monde pour combler les liens
manquants qui subsistent parfois entre les énoncés. A titre
d'exemple, considérons la paire de phrases suivante :
(1) Lise en a pour deux heures de trajet par jour.
(2) Elle regarde les annonces d'appartement à louer.
Dans le cas de ces deux phrases, l'interprétation causale
consiste à inférer l'existence d'un lien causal entre les deux info
rmations, à savoir que Lise cherche un appartement plus proche
de son lieu de travail parce qu'elle estime que les trajets sont
trop longs. Cette interprétation repose sur un ensemble de
connaissance« partagées par les lecteurs, notamment sur les
embouteillages, la fatigue créée par les déplacements, etc.
Les études de Keenan, Baillet et Brown (1984) puis de
Myers, Shinjo et Duffy (1987) sur l'activité inférentielle sont, à
ce titre, particulièrement intéressantes tant du point de vue du
matériel et de la méthodologie utilisés que des résultats obser
vés. Le matériel a en effet par la suite été repris totalement ou
partiellement par d'autres études sur les inferences causales
(e.g. Duffy, Shinjo et Myers, 1990 ; Van den Broeck, 1990 ; Mil-
lis et Just, 1994 ; Duffy, Hunley et Baligian, 1995 ; Golding,
Millis, Hauselt et Sego, 1995 ; Hess, 1995).
L'objectif de cette note méthodologique est de proposer une
adaptation en langue française du matériel originel de Myers
et al. (1987), c'est-à-dire un matériel qui soit utilisable aussi bien
avec des adultes jeunes qu'avec des adultes âgés francophones.
Aussi bien que les résultats de cette étude soient très intéres
sants, nous nous concentrerons sur la description de la méthodol
ogie et du matériel.
Myers et al. (1987) se sont au départ basés sur le matériel de
Keenan, Baillet et Brown (1984) pour proposer un
expérimental composé de paires de phrases se différenciant entre Inferences causales en lecture 259
elles par des niveaux variables de liaison causale : au sein de ces
paires, la seconde phrase de chaque paire (dite « phrase-cible »)
est la conséquence d'un enchaînement causal qu'il faut évoquer
mentalement pour pouvoir comprendre la paire. Ce matériel se
compose de 128 paires de phrases soit de 32 séries de 4 paires de
phrases. Plus précisément, il s'agit de 32 phrases-cibles appar
iées avec 4 phrases initiales différant entre elles par la force du
lien qui les unit à la phrase-cible (i.e. la seconde phrase d'une
paire). La phrase-cible est donc toujours identique au sein
série de 4 paires. Pour valider ce matériel, Myers et al. (1987) ont
recueilli les jugements d'une soixantaine de jeunes étudiants en
leur présentant simultanément les 4 paires de phrases de chaque
série dans un ordre aléatoire et en leur demandant d'évaluer sur
une échelle à 7 points le niveau de liaison causale entre les phras
es de chaque paire (1 — paire très faiblement reliée ; 7 = fort
ement reliée). Voici deux exemples accompagnés des valeurs des
moyennes des jugements recueillis :
Paire 1 — Sharon decided to buy a foreign sport car 6,09
She went to the bank hoping to get a loan
Paire 2 — Sharon's car was totally wrecked last week 4,56
She went to the bank hoping to get a loan
Paire 3 — Sharon had driven her car for eight years 1,90
She went to the bank hoping to get a loan
Paire 4 — Sharon backed her car out of the driveway 1,81
She went to the bank hoping to get a loan
Paire 1 — Patty's husband died suddenly from a heart attack 6,42
She became hysterical and needed a sedative
Paire 2 — Patty's found an error in her check book 2,50
She became and needed a sedative
Paire 3 — Patty's husband helped her balance her check book 1,50
She became hysterical and needed a sedative
Paire 4 — Patty's husband sat next to her after dinner 1,28
She became and needed a sedative
Comme nous venons de le signaler, l'objectif de cette note
méthodologique est de proposer une adaptation en langue fran
çaise du matériel originel de Myers et al. (1987) afin de l'utiliser
ultérieurement pour étudier le rôle des inferences causales sur la
compréhension et le rappel des textes. Il est à première vue ten
tant de se contenter de traduire littéralement un tel matériel
pour étudier le rôle de l'activité inférentielle dans la compréhens
ion et le rappel de textes en langue française. Procéder de cette L. Demanet, M.- A. Schelstraete et M. Hupet 260
façon conduit cependant à passer sous silence un certain
nombre de faiblesses du matériel originel. Cela conduirait égal
ement à ne pas s'interroger sur la pertinence des procédures
d'évaluation du niveau de liaison causale entre phrases successi
ves. Il nous paraît par exemple utile de s'assurer de la compara-
bilité des jugements du niveau de liaison causale exprimés par
des adultes jeunes d'une part et des adultes âgés d'autre part,
ceci d'autant plus que l'on s'intéresse à l'effet du vieillissement
cognitif normal sur l'activité inférentielle. Il nous semble par
ailleurs tout aussi important de nous assurer que ces jugements
sont indépendants de la procédure utilisée pour le recueil de
ceux-ci.
Quelques observations, tant à l'égard du matériel qu'à sa
procédure de validation, ont retenu notre attention.
En ce qui concerne le recueil des jugements, on peut tout
d'abord se demander dans quelle mesure les estimations du
niveau de liaison causale ne sont pas déterminées par le type de
procédure utilisée pour les recueillir. Dans l'étude de Myers et al.
(1987), les juges estimaient le niveau de liaison causale d'une
paire de phrases en présence des trois autres niveaux de liaison,
les quatre version« de la premiere phrase leur étant donc propos
ées simultanément. Nous pouvons raisonnablement penser que
les juges procédaient par jugement comparatif ou relatif. Un des
objectifs de notre recherche sera de déterminer dans quelle
mesure ces évaluations peuvent ou non différer d'évaluations
qui seraient le fait d'un jugement absolu dans lequel chaque
paire serait évaluée en l'absence des autres.
Par ailleurs, les évaluations moyennes sur lesquelles se
basent Myers et al. (1987) ont été obtenues auprès d'adultes
jeunes (des étudiants en psychologie). Nous ne pouvons toutef
ois exclure a priori la possibilité d'un éventuel effet de l'âge sur
les jugements (voir ci-dessous). L'adaptation que nous nous pro
posons de réaliser a pour objectif de clarifier également ce point,
en comparant les évaluations que nous donnent à la fois des
adultes jeunes et âgés.
En ce qui concerne le matériel proprement dit, deux observa
tions nous donnent à penser qu'il serait sans doute préférable de
distinguer 3 niveaux de liaison causale plutôt que 4. D'une part,
si l'on examine de près les moyennes des valeurs de jugement
pour chaque paire de phrases fournies dans Myers et al. (1987),
force est de constater que pour certaines séries, les valeurs pour Inferences causales en lecture 261
les niveaux (3) et (4) ne se distinguent pas ou sont fort procbes
l'une de l'autre (cf. exemples présentés ci-dessus).
D'autre part, les résultats obtenus par Hess (1995) dans une
étude des effets du vieillissement sur les inferences causales,
montrent qu'il n'y a pratiquement aucune différence entre les
temps de lecture pour les paires de phrases de niveaux (3) et (4),
aussi bien chez les jeunes adultes que chez les personnes âgées ; il
montre également que les performances de rappel pour les paires
de phrases de niveaux (1) et (3) ne diffèrent pas davantage chez
les jeunes participants. On peut donc à tout le moins se poser la
question de savoir s'il est absolument indispensable de conserver
ce niveau 3.
METHODOLOGIE
1. MATERIEL
Nous avons dans un premier temps traduit les 32 séries de
4 paires de phrases utilisées par Myers et al. (1987). Eu égard à
nos observations sur le matériel initial de Myers et al., nous
avons éliminé un des niveaux de liaison causale au sein de
chaque série : pour la plupart des séries, nous avons éliminé le
niveau 3 de liaison causale et, dans quelques cas, le niveau 4.
Nous référant aux évaluations moyennes fournies par Myers
et al. pour chaque paire, nous avons ensuite modifié (remplace
ment d'un mot par un autre, élimination ou rajout d'un mot)
5 phrases initiales et remplacé 12 autres phrases initiales par des
nouvelles phrases afin d'obtenir des contrastes importants entre
les trois niveaux de liaison sélectionnés. L'évaluation moyenne
de certaines phrases initiales issues du matériel de Myers et al.
étaient en effet parfois trop proche de l'évaluation d'un autre
niveau de liaison causale. Signalons qu'à l'exception d'une seule
phrase-cible, aucune autre n'a jamais été modifiée.
La matériel ainsi remanié se compose désormais de 32 séries
de 3 paires de phrases, les 3 paires d'une même série se différen
ciant entre elles par leur niveau de liaison causale (fort, modéré,
faible). L. Demanet, M.- A. Schelstraete et M. Hupet 262
2. PROCEDURE
Ainsi traduit et remanié, ce matériel a tout d'abord été sou
mis à des adultes jeunes et âgés en reprenant la même méthode
de recueil des jugements que celle de Myers et al. (1987), à savoir
la procédure de jugement « relatif ».
Ensuite, toujours avec le même matériel, nous avons recueilli
les jugements d'autres participants jeunes et âgés mais en utili
sant cette fois une procédure de jugement dite « absolu » au cours
de laquelle les différents niveaux de liaison causale appartenant à
une même série sont présentés séparément, les participants se pro
nonçant sur une paire de phrases indépendamment des autres,
sans avoir ainsi la possibilité de faire de comparaison. Pour ce type
de jugement, les participants ne jugeaient donc qu'un niveau de
liaison causale par paire de phrases issues d'une même série.
Les deux types de jugements ont été effectués sur base d'une
échelle en 5 points (5 — lien très évident ; 1 = lien quasi inexis
tant) au lieu de l'échelle en 7 points utilisée par Myers et al.
(1987). Dans la mesure où nous avions supprimé un niveau de
liaison causale, nous avons également décidé de réduire le
nombre de niveaux de l'échelle d'évaluation.
2.1. Participants de la condition « jugement relatif »
Dans cette condition, des participants se prononcent sur
chaque paire de phrases en présence des deux autres paires de la
même série, comme dans l'étude de Myers et al. (1987). Les juge
ments ont été recueillis chez des participants jeunes et âgés :
d'une part, 152 étudiants volontaires de lrc et 2e année (âge
moyen de 19 ans) en Psychologie à l'Université catholique de
Louvain (UCL) et, d'autre part, 103 personnes âgées, également
volontaires (âge moyen : 69,48 ; DS : 5,62 ; min. 60 : max. :
88,11) inscrits à l'Université des Aînés de Louvain. Tous les par
ticipants étaient francophones. La présentation des 32 séries de
3 paires de phrases a été répartie sur 4 protocoles de réponse afin
de ne pas rendre la tâche de jugement trop fastidieuse. Chaque
participant ne s'est donc prononcé que sur 8 séries de 3 paires de
phrases. Pour une même série, les trois niveaux de liaison cau
sale ont été présentés dans un ordre aléatoire. Deux exemples
étaient présentés afin de familiariser les participants avec la
tâche ainsi que leur cotation appropriée. Inferences causales en lecture 263
2.2. Participants de la condition «jugement absolu »
Dans cette condition dite de « jugement absolu », les partici
pants ne se prononcent que sur une seule des trois paires de
phrases issues de la même série, les deux autres paires de la
même série étant présentées chacune à deux groupes de
participants. Les jugements ont été recueillis auprès de 84 parti
cipants dont 51 adultes de moins de 35 ans (moyenne : 25,46 ;
DS : 3,48 ; min. : 17,5 ; max. : 33) et 33 adultes de plus de 35 ans
(moyenne : 48,28 ; DS : 8,41 ; min. : 36 ; max. : 68). Les 32 séries
de paires de phrases utilisées pour l'épreuve de jugement absolu
ont donc été reprises mais ont été réparties dans 3 protocoles dif
férents de réponse. Au sein des protocoles, nous avons veillé à ce
que chaque participant évalue dans des proportions équivalent
es autant de paires de phrases représentant un niveau de liaison
causale fort, un niveau de liaison causale modéré et un niveau de
liaison causale faible. L'échelle pour le jugement était identique
à celui de la condition « jugement relatif ». Par ailleurs, trois
exemples étaient fournis aux participants avec la cotation
appropriée.
TABLEAU I. — Moyennes (et DS), scores minimaux (min.)
et maximaux (max.) des jugements pour les 3 niveaux de liaison causale
selon l'âge et les types de jugement
Means (and SD), minimum (min.), maximum (max.), ratings
of the 3 causal levels of relatedness
as a function of age and rating types
Niveau élevé Niveau très faible (1) très (2) modéré Niveau (3)
Moyenne Moyenne Moyenne
Min. Max. Min. Max. Min . Max. (DS) (DS) (DS)
Jugement rela Ltif
< 35 ans 3,2 2 1 2,5 5 2,92 (0,45) 4,25 4,38 (0,40) 1,37 (0,29)
>60 ans 3,6 5 1,5 4,25 1 2,2 4,57 (0,33) 3,13 (0,52) 1,29 (0,31)
Jugement absolu
< 35 ans 3,6 2,1 4,18 1 2,6 4,35 (0,38) 4,9 3,11 (0,46) 1,54 (0,34)
> 35 ans 3,3 5 2,1 4,27 1 2,6 4,41 (0,43) 3,26 (0,67) 1,59 (0,38)
f *J _ 264 L. Demanet, M.- A. Schelstraete et M. Hupet
RESULTATS
Les moyennes obtenues pour chacun des niveaux de liaison
causale dans les 2 conditions expérimentales sont reproduites
dans le tableau I, les moyennes étant classées par catégorie d'âge
pour chaque condition. Le niveau (1) signifie que la paire de
phrase présente un lien causal élevé, le niveau (2) représente un
lien causal modéré et le niveau (3) un lien causal très faible, voire
inexistant.
1. SUR LE JUGEMENT RELATIF
L'analyse de la variance (ANOVA) par sujet (Fj) et par
item (F2) avec les scores de jugement comme variable dépen
dante d'une part, le groupe d'âge et le niveau de liaison cau
sale comme variables indépendantes (en « intra-sujets » ou
« intra-items » pour la dernière) d'autre part, indique premiè
rement im effet significatif du niveau de liaison causale
[F,(2,508) = 4 875,45, MSe = 0,12, p < .0001 / F2(2,62) = 245,25,
MSe = 0,32, p < .0001], effet bien marqué par des scores décrois
sants du niveau (1) au niveau (3) de liaison causale (1 > 2 > 3).
Une analyse des contrastes (ANOVA à un facteur) sur les
3 niveaux de liaison pris 2 à 2 [(1) vs (2) ; (2) vs (3)] montre par
ailleurs que les jugements pour le niveau (1) sont significative-
ment différents de ceux pour le niveau (2) [^(1,254) = 1 859,44,
MSB = 0,28, p < .0001 / F2(l,31) = 83,04, MSe = 0,82, p < .0001]
ainsi que pour les paires de niveau (2) vs (3) [Fj(l,254) = 2 906,67,
MSe = 0,24,p < .0001 / F2(l,31) = 140,21, MS. = 0,64, p < .0001]
ce qui signifie que les 3 paires de phrases issues d'une même série
sont bien caractérisées par des niveaux de liaison causale
distincts.
En ce qui concerne l'effet de l'âge, selon que l'analyse est
effectuée par sujet ou par item, nos résultats sont diffé
rents. Lorsque l'analyse est effectuée par sujet, nous observons
un effet significatif de l'âge [^(1,253) = 8,95, MSe = 0,22,
p - 0,003 / F2(l,62) = 1,63, MSC = 0,23, p - 0,2] ainsi qu'une
interaction Age * Niveau de liaison causale significative [Fx(2,506)
= 13, MSe = 0,12, p < .0001], ce qui n'est pas le cas lorsque Inferences causales en lecture 265
l'analyse est effectuée par item [F2(2,124) = 0,98, MSC = 0,33,
p = 0,37]. L'interaction significative pour F] est expliquée par
le fait que les personnes âgées donnent des évaluations signi-
ficativement plus élevées que celles des jeunes pour les n
iveaux (1) [F, (1,254) = 14,88, MSe = 0,14, p < .0001] et (2)
[F,(l,254) = 11,38, MSe = 0,23, p = 0,0009] de liaison causale ;
tandis que leur jugement est plus faible pour le niveau (3) = 4,17, MSe = 0,09, p = 0,04]. Le tableau I donne à ce
sujet une indication précise.
Précisons toutefois que ces différences qui apparaissent entre
les jugements émis par les deux groupes d'âge, bien que signifi
catives, ne s'observent en réalité que sur 8 séries de paires de
phrases — ce qui explique l'absence d'effet significatif de l'âge
lorsque l'analyse est effectuée par item — et ce, uniquement pour
un seul des 3 niveaux de liaison causale (généralement le
niveau (1) ou le niveau (2)). Une série fait exception et fait res
sortir un effet de l'âge significatif pour deux niveaux de liaison
causale.
Enfin, l'effet de l'âge ainsi que l'interaction significative ne
remettent pas en question le fait que les personnes âgées distin
guent clairement les 3 niveaux de liaison causale comme
en attestent l'effet significatif du niveau de liaison causale
pour cette catégorie d'âge ^(2,204) = 2 037,95, MSe = 0,13,
p < .0001] d'une part ainsi que les analyses des contrastes signi
ficatives [(1) vs (2) : F,(l,102) = 621,8, MSe = 0,34, p < .0001 ;
(2) vs (3) : F,(l,102) = 1 348,51, MSe = 0,25, p < .0001] d'autre
part. C'est pourquoi, les effets de l'âge observés pour les 8 séries
de paires de phrases n'ont pas représenté l'unique critère sur
lequel nous nous sommes basés pour le remaniement ultérieur
du matériel.
2. SUR LE JUGEMENT ABSOLU
L'analyse de la variance (ANOVA) par sujet (F,) et par item
(F2) avec les scores de jugement comme variable dépendante
d'une part, le groupe d'âge et le niveau de liaison causale comme
variables indépendantes (en « intra-sujets » pour la dernière
lorsque l'analyse est effectuée par sujet ou en « intra-items » cette analyse est par item) d'autre part, indique
à nouveau un effet significatif du niveau de liaison causale

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