L'étude expérimentale de l'intelligence et de la volonté - article ; n°1 ; vol.13, pg 477-491

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L'année psychologique - Année 1906 - Volume 13 - Numéro 1 - Pages 477-491
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1906
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J. Larguier des Bancels
L'étude expérimentale de l'intelligence et de la volonté
In: L'année psychologique. 1906 vol. 13. pp. 477-491.
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Larguier des Bancels J. L'étude expérimentale de l'intelligence et de la volonté. In: L'année psychologique. 1906 vol. 13. pp.
477-491.
doi : 10.3406/psy.1906.1310
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1906_num_13_1_1310XXVI
L'ÉTUDE EXPÉRIMENTALE
DE L'INTELLIGENCE ET DE LA VOLONTÉ
Les lecteurs de Y Année n'ignorent point que la psychologie tend,
depuis quelques années, à s'engager dans une voie nouvelle et qui
paraît féconde. Ils savent que, sous l'influence de quelques expéri
mentateurs au premier rang desquels il faut placer Bin et, elle
s'efforce de renouveler ses procédés d'investigation, en recourant
systématiquement à l'introspection, mais à l'introspection contrôlée,
minutieuse, sévère, et non à cette observation fantaisiste, éclairée
par « la réflexion libre » que Jouffroy recommandait jadis. Et ils
connaissent quelques-uns des premiers résultats que l'application
de cette méthode a fournis dans l'étude de la pensée l.
Les travaux récents qui font l'objet de la présente revue sont bien
propres, à leur tour, à mettre en lumière l'orientation actuelle des
recherches. Ils portent, le premier, sur les « temps d'association2 »,
le second, sur les « temps de réaction » proprement dits3. Ce sont
là de vieilles questions et dont l'exposé remplit de vastes et arides
chapitres dans les traités classiques. Mais il suffit de parcourir les
mémoires de Watt ou d'Ach pour se convaincre que l'attitude de ces
auteurs n'a rien de commun avec celle de la plupart de leurs
devanciers. La détermination des durées, la considération des résul
tats numériques n'accaparent plus entièrement leur attention. La
mesure des « temps » reste rigoureuse. Elle cesse d'être le but, pour
devenir un moyen d'information; et elle est toujours accompagnée
de l'étude approfondie des phénomènes que décèle l'observation
intérieure. « C'est avec un peu de mélancolie qu'un psychologue
s'occupe aujourd'hui des temps de réaction; car cette recherche est
une de celles qui ont peut-être le plus promis et le moins donné. Le
nombre est immense des travaux qui ont été faits, surtout en All
emagne, sur les temps de réaction, et s'il fallait résumer la conclu
sion obtenue avec cet effort collectif et considérable, on la ferait
1. Voir, dans l'Année, les mémoires d'A. Binet sur la mesure de la sen
sibilité, IX, p. 89 et suivantes, et surtout, du même auteur, l'Étude expé
rimentale de l'intelligence; Paris, Schleicher, 1903.
2. Henry J. Watt^ Experimentelle Beiträge zu einer Theorie des
Denkens, Arch. f.d. Ges. Psych.,lV, 289-436; 1905.
3. N. Ach, über die Willenstätigkeit und das Denken, x et 294 p. Göt
tingen, Vandenhoek et Ruprecht, 1905. 478 MÉMOIRES ORIGINAUX
tenir en quelques lignes. Cependant, ajoute Binet, je crois que tout
n'a pas encore été dit sur cette question. Si on reprend l'étude des
temps de réaction en les renouvelant par beaucoup d'introspection,
peut-être y trouvera-t-on quelques faits intéressants... * ». Ces faits
intéressants ont été recueillis et c'est aussi bien la méthode préco
nisée depuis si longtemps par Binet, pratiquée par cet auteur à tant
de reprises, et dont l'Étude expérimentale de V intelligence contient
les modèles d'application des plus achevés — qui a permis de les
découvrir.
Supposons un individu qui s'efforce de répondre à une question
donnée, d'accomplir un acte défini : comment les déterminations
qu'impliquent ces opérations se réaliseront-elles? Comment manif
esteront-elles leur influence? Quels mécanismes mettront-elles en
jeu? Tel est le problème, d'importance capitale assurément, que
Watt et Ach ont considéré sous ses aspects principaux et que, du
même point de vue, ils se sont proposé de résoudre.
Les expériences de Watt ont pour objet les réactions dites d'asso
ciation prédéterminée. Le sujet lit un mot et en prononce un autre,
associé au précédent sous certaines conditions assignées d'avance.
L'évocation, en d'autres termes, ou la reproduction n'est pas libre ;
elle est soumise à cette restriction que les deux termes du couple
se trouvent liés par un rapport donné. Ces rapports donnés, plus
simplement et pour employer l'expression même de l'auteur, ces
« données » sont, dans le cas particulier, les suivantes : rapport de
surordination (I), rapport de subordination (II), rapport de tout à
partie (III), rapport de partie à tout (IV), rapport de coordination
(V), enfin, de parties appartenant à un tout commun (VI)2.
L'étude des associations prédéterminées a été tentée, comme on
sait, par divers auteurs et, notamment, par Cattell. Ce qui confère
aux recherches de Watt une originalité très vive et une nouveauté
véritable, c'est, encore une fois, la méthode à laquelle il s'est
1. Binet, l'Étude expérimentale, etc., p. 242.
2. Les expériences ont porté sur six sujets, adultes cultivés et, la plu
part, sinon tous, spécialistes de la psychologie. Elles ont été exécutées au
cours du semestre d'été 1902 (1362 épreuves) et du semestre d'hiver sui
le* laboratoire de Würzburg. Les expériences vant (1891 épreuves), dans
du semestre d'hiver ont fourni les matériaux les meilleurs et dont l'auteur
a essentiellement tiré parti dans son travail; elles comportent par donnée
et pour chaque sujet, environ 100 épreuves. — A la suite de chaque
épreuve, le sujet décrivait aussi exactement que possible les phénomènes
qu'il avait pu constater; l'expérimentateur prenait immédiatement note
de ces observations. Les séances comprenaient ordinairement deux
séries de 30 épreuves et demandaient à peu près une heure. — Les
mots inducteurs — des substantifs de moins de trois syllabes, en général,
— étaient imprimés sur des cartes et présentés à l'aide de l'appareil
d'Ach. Le chronoscope de Hipp servait à mesurer les temps de réaction. DES BANCELS. — L'ÉTUDE DE L'INTELLIGENCE 479 LARGUIER
adressé; elle lui a fourni le moyen, non seulement d'établir l'action
des données, en tant que telle, mais encore de découvrir les pro
cessus très variés grâce auxquels elle devient effective. Nous allons
examiner, de ces deux points de vue, les résultats que l'expérience
a apportés.
L'action de la donnée. — Le plus souvent, et quelle que soit la
donnée, la réaction s'opère dans le sens même où elle s'est engagée
à l'origine; il n'y a ni changement de voie, ni déviation. Le sujet
trouve la solution du petit problème qu'il s'est posé dans la direc
tion où il l'a cherchée. La reproduction est à direction unique.
Ex. — Traîneau. — « J'ai vu passer un traîneau et j'ai dit : attelage. »
Les cas de cet ordre se répartissent en trois classes bien dis
tinctes.
La première est caractérisée par l'apparition, à la suite du mot
inducteur, d'une image visuelle. Cette image représente l'objet
désigné ou quelque chose qui soit en relation avec celui-ci (un tout
dont il serait la partie, par exemple, etc.). Elle est, à son tour, le
point de départ et la matière d'une sorte de recherche plus ou
moins développée — elle fait parfois presque complètement défaut
— qui conduit au mot-réaction. Nous venons de donner un exemple
des réactions de ce type; en voici d'autres où ce processus de
recherche est nettement décrit.
Ex. — Mets. — « Une table servie, chargée de mets de toute espèce ;
j'ai cherché parmi ces mets et j'ai dit : rôti. »
Ex. — Pain. — « Image d'une boutique de boulanger; j'ai cherché un
pain et j'ai dit : croissant ».
Les images sont plus ou moins nettes, plus ou moins riches de
détails. Nous reviendrons plus tard sur la nature et les fonctions de
ces représentations visuelles qui offrent des particularités fort
intéressantes.
Dans une seconde classe de réactions, l'image visuelle est rem
placée par une image verbale.
Ex. — Soie. — « Immédiatement le mot velours et en même temps le
souvenir de l'expérience précédente. Prononcé : étoffe. Je ne sais com
ment le souvenir se présentait. » {Expérience précédente. — Velours. —
D'abord l'association soie. Étoffe.)
Les images sont ici encore très variées. Ce sont des mots, des
groupes de mots, des souvenirs de mots, plus ou moins vagues.
L'imprécision en est parfois extrême; le sujet note un état de
conscience, qu'il n'est pas en état d'analyser (îtewusstseinlage). Ces
représentations verbales contiennent dans certains cas le mot-réact
ion, ou bien elles le précèdent seulement sans qu'il soit possible
de saisir entre les deux éléments une relation assignable. Ailleurs,
elles fournissent l'occasion d'une recherche nouvelle dont elles
sont l'objet.
Enfin on peut grouper, dans une troisième classe, les réactions qui, 480 MÉMOIRES ORIGINAUX
à la différence des précédentes, n'offrent ni représentations ver
bales, ni représentations visuelles. Le sujet constate souvent, à la
suite de l'excitation, un état d'hésitation, d'effort, de concentrat
ion, de recherche. Mais il est incapable, et c'est le point essentiel,
de rendre compte de l'évocation du mot qu'il a prononcé; il ne sait
pas pourquoi ce mot, et non pas tel autre, a été reproduit et il
ignore la raison de cette reproduction. Il arrive, enfin, que l'induc
teur déclanche automatiquement l'induit : du moins, aucun phéno
mène intercalaire n'apparaît à la conscience.
Ex. [concept surordonné]. — Anguille. — Poisson. Sentiment de satis
faction vive.
Telles sont les principales formes de reproduction à direction
unique. Si on établit la répartition de ces formes pour les diverses
données, on constate des différences caractéristiques. Le tableau
suivant est relatif aux quatre premières données. Il donne les fr
équences, calculées en pour cent des cas (où la réponse du sujet a
été correcte).
REPRÉSENTATIONS REPRÉSENTATIONS PAS DE REPRÉSEN PAS DE PHÉNO
INTERCALAIRES INTERCALAIRES TÂT. INTERCA MÈNES INTER
VISUELLES VERBALES LAIRES CALAIRES DONNÉES VIS. OU VERB. (A.) (A. vis.) (A. verb.) (A.O)
2 sujet 1 sujet 1 sujet 1 sujet 1
I. 2 23 75 64
II. H 21 68 37 15
76 2 22 III. 9
IV. 80 20 10
A. vis -I- A. verb, -h A. *= 100.
On voit d'abord que les sujets se comportent, pour une même
donnée, de façon bien différente. Prenons, par exemple, les données
I ou II. Certaines personnes manifestent une prédilection marquée
pour les réactions du type A (sans images intercalaires). D'autres,
et c'est le cas du sujet 2, fournissent, au contraire, un très grand
nombre de réactions du type visuel. Les réactions du type verbal
sont particulièrement abondantes chez le sujet 3, etc. Cette variété
n'a, au reste, rien qui soit de nature à surprendre et qui mérite
pour l'instant de retenir l'attention. Beaucoup plus importante est
l'influence que la donnée, en tant que telle, exerce sur la répartition
des formes.
Cette influence, que Watt a bien mise en lumière, ressort très
nettement de la comparaison des diverses séries d'expérience.
Ainsi, et pour nous en tenir aux résultats consignés dans le
tableau précédent, la substitution des données III et IV aux données
I et II, entraîne une augmentation considérable du nombre des LARGU1ER DES BANCELS. — L'ÉTUDE DK L'INTELLIGENCE 48 i
réactions visuelles, aux dépens des réactions du type A. La diff
érence est saisissante chez les sujets 1 et 3; elle est très sensible
encore chez le sujet 2, qui, dans tous les cas, recourt de préférence
aux images visuelles *. En ce qui concerne les réactions verbales, on
constate qu'elles sont particulièrement nombreuses avec la donnée II :
la recherche d'un concept subordonné commande l'évocation de
représentations verbales dans une mesure beaucoup plus forte, en
général, que celle d'un concept surordonné, d'un tout ou d'une
partie. Ces faits sont instructifs en eux-mêmes. Ils apportent, de plus,
une indication précieuse pour la psychologie individuelle. La déter
mination des types dits sensoriels, caractérisés par la prédominance
de telle ou telle image, a donné lieu, on le sait, à une multitude de
travaux. Beaucoup ont été exécutés un peu au hasard. Les recherches
de Watt démontrent qu'il ne saurait être question do généraliser
immédiatement les résultats obtenus dans telles ou telles condiLions
définies. L'expérience la mieux faite n'a ici qu'une valeur très
limitée. Suivant le dispositif adopté par l'expérimentateur, le même
sujet se comportera comme un visuel ou comme un verbal (voir,
par exemple, le sujet 3). La description d'un type individuel n'a,
par conséquent, de signification que si elle est rattachée explicit
ement aux opérations qui ont servi à l'établir. Admettre l'existence
de ce type, sans tenir compte de la nature de ces opérations, c'est
s'exposer aux plus graves méprises.
Nous avons considéré jusqu'ici les reproductions à direction
unique. Ces reproductions ne représentent que l'un des modes
de la réaction. Les sujets ont fréquemment l'occasion de noter des
formes plus complexes, que Watt désigne sous le nom de reproduct
ions à direction multiple. Tantôt l'observateur déclare avoir d'abord
« cherché quelque chose d'autre », sans pouvoir donner de rense
ignements sur cette « autre chose ». Il y a alors direction inconsciente.
Tantôt il dit avoir cherché dans un sens déterminé, mais « n'avoir pas
trouvé »; ou encore, il rejette pour une raison ou pour une autre, ce
qu'il avait déjà trouvé. Il y a alors direction consciente.
Voici des exemples de ces deux ordres de réactions (B et C), qui
présentent d'ailleurs la même variété de formes que le précédent (A).
Ex. B. — Bébé. — « J'ai cherché quelque chose d'autre; je ne sais pas
quoi. J'ai dit : enfant. »
Ex. B. — Ragout. — « J'ai cherché le mot mets (qui m'est venu plus
tard à l'esprit), sans le trouver; j'ai dit alors : substance comestible. »
Ex. C. — Anguille. — « J'ai voulu dire : oiseau; j'ai dit : poisson. » G. — Degré. — « Image floue d'un escalier; je voulais dire esca
lier, je ne trouve pas le mot. Je cherche encore et je dis : rampe. »
II est à peine nécessaire d'ajouter que la distinction des formes
B et C est quelquefois délicate et qu'il existe entre elles toute une
1. Les images visuelles contribuent puissamment, quand elles sont
bien développées, à déterminer une réponse exacte. Les épreuves où
Tes représentations du tout et de la partie sont, l'une et l'autre, claires et
vives, sont correctes presque sans exception.
l'année psychologique, xm. 31 482 MÉMOIRES ORIGINAUX
série de termes de passage. Ce qu'il faut retenir des observations
recueillies par Watt, c'est la multiplicité des tendances, plus ou
moins conscientes, auxquelles l'apparition du mot excitant donne
éventuellement lieu. Les conditions de cette multiplicité ne sont
pas, en général, exactement assignables. Les tendances prennent
souvent leur point de départ dans les diverses significations de l'i
nducteur et elles manifestent vraisemblablement, dans tous les cas,
les connexions associatives dont celui-ci est l'origine. En fait, la
distribution des formes A, B et C, prises dans leur ensemble, paraît
indépendante de la nature propre des données : provisoirement il
est légitime d'admettre qu'elle est liée exclusivement à la distr
ibution des mots dans la série des épreuves l.
La description précédente porte sur les diverses données que
l'auteur a étudiées. Il convient d'ajouter que les réactions com
mandées par les données V (trouver une idée coordonnée) et VI
(trouver une autre partie appartenant à un tout commun) offrent
une particularité caractéristique dont il est nécessaire de dire
quelques mots.
La répartition des formes A, Avis. Averb. est voisine de celle que
détermine la donnée I ou la donnée II. De plus, et c'est là le trait
distinctif de ces dernières expériences, le sujet observe souvent
l'apparition d'un terme moyen, expression d'un concept surordonné
ou d'un tout commun. Ce terme est représenté par des mots et,
dans certains cas, par une image visuelle.
Ex. — Basset. — « Immédiatement après basset, la représentation
verbale : autre chien et un effort pour trouver un mol simple dans cette
direction, etc. »
Ex. — Rubis. — « J'ai vu une bague avec une pierre rouge; à un autre
doigt une bague avec une pierre verte : émeraude. »
Ex. — Cave. — « Voûte, en tant que partie d'une maison. Maison était
nettement conçu comme tout commun. Représentation vague du sous-
sol d'une maison. »
Le terme moyen, dont la nature même du problème à résoudre
explique bien la présence, peut intervenir à toutes les étapes de la
réaction. Il n'est pas indispensable à la reproduction — au moins
dans le cas de la donnée V (coordination) ; il sert à la contrôler, et
quelquefois après coup.
Je ne m'attarderai pas beaucoup à l'examen des temps de réaction.
En tant que tels, ils n'offrent, du point de vue où nous nous sommes
placés, qu'un intérêt secondaire.
En général, les réactions sont d'autant plus rapides qu'elles
offrent moins d'éléments intercalaires 2 et notamment d'éléments
1.11 en est tout autrement, nous le rappelons, de la distribution des
formes A, Ao, Avis.), Bverb.) etc, etc. La proportion des formes A, B et G
n'est pas tout à fait la même chez les différents sujets; les formes B et C
apparaissent chacune dans le 20 p. 100 des cas, au maximum —le 60 p. 100,
au minimum, étant représenté par les formes A.
2. Mayeh et Orth ont constaté des faits du même ordre. On trouvera
l'analyse des expériences de Mayer et Orth dans V Année, IX, p. 343. LARGUIER DES BANCELS. — L'ÉTUDE DE L'INTELLIGENCE 483
représentatifs (mots, etc.). Toutes choses égales, la durée des
formes A, et surtout Ao, est moins grande que celle des formes A™.
ou Averb. Il en est de même des formes A, dans leur ensemble, par
rapport aux formes B ou C, et des formes B, par rapport aux
formes C. Les philosophes remarqueront qu'il n'y a pas lieu d'en
être surpris. Il arrive cependant que l'intervention d'une image,
visuelle par exemple, abrège l'opération. C'est le cas, en particulier,
des épreuves où il s'agit de chercher un tout (donnée III).
Nous venons de voir que les réactions à tendances multiples sont,
en principe, plus lentes que les autres. Il y a parfois inhibition
complète; en voici un exemple.
Ex. (Donnée IV : trouver une partie.) — Monde. — « Tant de représen
tations dans la conscience qu'aucune ne prend corps; j'ai cherché un
mot; je n'en ai point trouvé; j'ai abandonné l'épreuve. »
II est intéressant, à ce propos, de noter que l'inhibition se produit
alors même que les diverses tendances portent toutes sur le même
objet et contribuent, chacune pour sa part, à évoquer le même mot.
La réaction serait, ici encore, plus rapide quand une tendance
unique suffît à assurer la reproduction1.
Que si l'on considère maintenant les temps moyens — quelle que
soit la forme de la réaction — correspondant aux diverses données,
on constate les faits suivants.
Le temps d'association est moins considérable avec la donnée I
qu'avec la donnée II. Il s'élève — chez le sujet 1, par exemple — à
1,720 seconde, d'une part, à 1,857 seconde, de l'autre. Les sujets sont
unanimes à déclarer, conformément à cette différence, que la
recherche d'une idée surordonnée est plus facile que celle d'une idée
subordonnée. Aussi bien, le nombre des réponses inexactes aug
mente notablement, en général, dans ce dernier cas 2.
Pour les données III et IV, la durée et la difficulté des épreuves
ne présentent pas une relation aussi simple. Au témoignage des
sujets, l'évocation de la partie est plus aisée que l'évocation du tout.
Les observations de Watt permettent d'expliquer, dans une cer
taine mesure tout au moins, les résultats contradictoires obtenus
jusqu'ici par les différents^ auteurs (Trautscholdt, Ziehen, etc.)
dans l'étude de cette question 3.
L'association par coordination (donnée V) est très facile et très
rapide. Elle s'oppose, à ce double titre, à l'association par parties
(donnée VI).
1. Il y aurait des réserves à faire sur ce point. Les exemples recueillis
par l'auteur ne paraissent pas très démonstratifs.
2. Dans presque tous les cas, les réponses exactes se trouvent en grande
majorité, le mot évoqué formant avec le mot inducteur le rapport com
mandé parla donnée. Voici, par exemple, le pour cent des réactions cor
rectes chez le sujet 1 (expériences du semestre d'hiver).
I : 94 p. 100; II : 96 p. 100; III : 8b p. 100; IV : 99 p,100;V : 100 p. 100;
VI : 87 p. 100.
3. Voir Claparède, L'association des idées, p. 279 et suiv. 484 MEMOIRES ORIGINAUX
Sur un point toutefois, les déterminations psychométriques de
l'auteur ont apporté des renseignements précieux qu'il nous reste
à examiner. Ils fournissent, en effet, des éléments indispensables,
nous allons le voir, pour l'interprétation de certaines des formes de
réaction que nous avons distinguées.
On sait que les associations courantes, familières, si l'on peut ainsi
dire, sont, en général, plus rapides que les autres. Thumb et Marbe,
puis Schmidt1, ont bien mis ce fait en lumière. Ils ont montré que
les mêmes mots provoquent chez différents sujets un certain
nombre de réponses identiques et que, plus ce nombre est consi
dérable, plus le temps de réaction est court. Watt confirme, pour
sa part, les résultats de ses devanciers. Les observations qu'il a
recueillies à cet égard sont extrêmement nettes. Quelle que soit la
donnée, la vitesse de la reproduction varie avec la fréquence de
celle-ci 2. Les quelques exceptions qui altèrent, en apparence, la
régularité de la variation s'expliquent sans peine 8. L'exemple sui
vant est démonstratif. Les nombres consignés dans le tableau expr
iment les durées moyennes, mesurées en millième de seconde.
RÉACTIONS COMMUNES REACTIONS COMMUNES AUTRES RÉACTIONS
AUX TROIS SUJETS A DEUX SUJETS
Nombre Temps Temps Nombre Temps
des des de réaction de réaction de réaction
épreuves. moyen. épreuves. moyen. moyen.
52 I. 10 1012 1517 1874
1510 71 2169 II. 2 1627
III. 1251 1549 57 2163
58 1653 IV. 1263 1563
II y plus. La relation que les recherches précédentes ont établie
dans le cas où les deux formes du couple sont les mêmes, se vérifie
encore quand l'identité ne porte que sur le mot évoqué seulement.
Et comme, en général, l'association la plus courante est la plus
brève, ainsi — chez un sujet donné — la reproduction la plus com
mune, la plus fréquente, est la plus rapide. Cette démonstration,
1. Voir l'Année, IX, p. 340.
2. Notons, d'autre part, que l'action propre de la donnée est manifeste,
quelle que soit la fréquence, que l'association soit, en d'autres termes,,
courante ou non. Il suffit, pour s'en rendre compte, de considérer les
valeurs moyennes correspondant à chacune des données, pour les divers
degrés de fréquence. En général, et pour l'ensemble des sujets, les varia
tions de ces valeurs sont très sensiblement parallèles.
3. Dans l'exemple que nous citons (il est relatif au sujet 1), on cons
tate une de ces exceptions. Elle porte sur la donnée II. La valeur 1,627 sec.
représente la moyenne de deux déterminations. Le temps d'association
est égal dans l'un des cas à 1,456 sec. La durée très longue de la réaction,
dans l'autre cas, tient peut-être à la place de l'épreuve, au commence
ment d'une série d'expériences nouvelles pour le sujet. œm
LARGUIER DES BANCELS. — L'ÉTUDE DE L'INTELLIGENCE 485
qui appartient à Watt, est de conséquence. Nous avons vu que cer
taines réactions sont caractérisées par la présence d'une multiplicité
de tendances, dont l'observateur témoigne plus ou moins clairement.
Or la représentation prévalente est, dans un grand nombre des
épreuves de ce genre, une représentation commune, au sens que
nous venons de définir. Entraînée par une tendance à développement
rapide, elle l'emporte grâce à cette rapidité même. Une telle con
clusion ne dépasse guère les faits. On peut aller plus loin, semble-
t— il, et admettre1 que c'est la force propre de la tendance qui,
toutes choses égales 2, en détermine la victoire. Dans le conflit des
tendances éveillées sous l'influence de la donnée, cette force con
stitue l'agent effectif de la sélection. Il y a « choix », si l'on veut.
Mais, pour expliquer ce choix, il n'est pas nécessaire de faire appel
à une activité extérieure aux tendances et qui en commarideraitja
réalisation.
Le mécanisme de cette action. — Nous avons considéré l'action
de la donnée. Est-il possible, à la lumière des renseignements que
l'introspection nous apporte, de déterminer le mécanisme de cette
action? C'est ce qui reste à examiner.
La préparation du sujet. — On peut grouper sous ce titre l'e
nsemble des moyens auxquels le sujet a recours, pour prendre
conscience de la réaction qu'il doit fournir.
L'adaptation organique constitue, en premier lieu, un élément de
la préparation, commun à toutes les données. Le sujet dirige son
regard sur le point où va apparaître le mot inducteur, il se prépare
à répondre, etc. D'autre part, il répète intérieurement la donnée
du problème qu'il s'agit de résoudre : « concept subordonné »,
« trouver une partie », etc., et cherche, au besoin, quelques exemples.
Ces phénomènes sont très marqués au début et, en particulier, au
commencement d'une série d'expériences nouvelles; ils diminuent
peu à peu d'intensité, pour disparaître presque complètement au
bout d'un certain temps. L'adaptation organique subsiste seule,
accompagnée d'un état d'attente à peine sensible-
Telle est l'attitude du sujet entraîné, toutes les fois que la donnée
est simple. En présence des difficultés, il s'aide de divers expé
dients. Un des procédés les plus employés consiste à établir d'avance
une sorte de représentation formelle de la méthode la plus propre
à résoudre la question posée. L'un remarque qu'un mot composé
fournira la réponse voulue. L'autre « s'efforce d'imaginer la chose
dans ses rapports spatiaux ou temporels » (pour trouver le tout).
Un troisième note : « j'avais l'impression que le concept coordonné
devait être cherché en partant du concept surordonné ; le mieux est
1. Cette généralisation trouve, au reste, un appui solide dans l'analyse
des épreuves complexes, où la représentation évoquée n'appartient pas
au groupe des reproductions courantes, ou communes. Je renvoie sur ce
point au mémoire de l'auteur, p. 357.
2. La principale de ces « choses » est, en général, la donnée qui com
mande l'excitation de tel ou tel groupe de tendances.

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