L'évolution de la représentation évoquée par un mot au cours de la compréhension de phrases : étude par la technique du sondage - article ; n°2 ; vol.83, pg 409-422

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L'année psychologique - Année 1983 - Volume 83 - Numéro 2 - Pages 409-422
Résumé
Un certain nombre de travaux expérimentaux ont utilisé la technique du mot sonde pour étudier les activités de traitement cognitif mises en œuvre lors de la compréhension de phrases. Ils ont mis en évidence un effet de récence à court terme et le caractère électif de cet effet. Les auteurs ont repris cette technique pour examiner l'évolution de la représentation évoquée par un mot lu, conservée en mémoire de travail au cours de la lecture de phrases. Ils ont essayé de départager deux hypothèses opposées. Selon la première, après avoir été traitée dans un registre complètement autonome, l'information correspondant au mot lu serait transférée dans un second registre mnémonique ; elle devrait donc « être dans » l'un ou l'autre de ces registres, et il y a aurait une discontinuité lors du passage en mémoire à long terme. Selon la seconde hypothèse, l'effet de récence traduirait une diminution progressive de la représentation traitée, ou de son accessibilité. Quatre distances croissantes entre le mot cible et le mot sonde ont été utilisées dans l'expérience. Les résultats recueillis sont favorables à l'hypothèse d'une décroissance progressive, au cours de la compréhension, des représentations évoquées par les mots lus.
Mots clefs : Compréhension de phrases, représentation des mots, mémoire.
Summary : The evolution of word representation during sentence comprehension : a probe-word study.
A number of experiments have used the probe word method for studying the types of cognitive activity required in comprehending sentences. These experiments have shown a short term recency effect, and the selective character of this effect. The present article reports on work in which use is made of this same method in order to observe what becomes of word meaning within memory in the course of sentence reading. The authors have attempted to decide between two opposing hypotheses. The first of these supposes that, after being processed in working memory, information is transferred to another mnemonic store ; it is assumed, then, that information must « be in » one or other of these stores, and that transfer to long term memory is discontinuous. According to the second hypothesis, the decrease in accessibility of meaning which corresponds to the recency effect is progressive. In the present experiment, jour distances of increasing length are used between probe words and target words of sentences. The results obtained support the hypothesis that decrease in accessibility of meaning is progressive.
Key-words : Sentence comprehension, words representation, memory.
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1983
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L. Achour
J. Le Ny
L'évolution de la représentation évoquée par un mot au cours de
la compréhension de phrases : étude par la technique du
sondage
In: L'année psychologique. 1983 vol. 83, n°2. pp. 409-422.
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Achour L., Le Ny J. L'évolution de la représentation évoquée par un mot au cours de la compréhension de phrases : étude par
la technique du sondage. In: L'année psychologique. 1983 vol. 83, n°2. pp. 409-422.
doi : 10.3406/psy.1983.28474
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1983_num_83_2_28474Résumé
Résumé
Un certain nombre de travaux expérimentaux ont utilisé la technique du mot sonde pour étudier les
activités de traitement cognitif mises en œuvre lors de la compréhension de phrases. Ils ont mis en
évidence un effet de récence à court terme et le caractère électif de cet effet. Les auteurs ont repris
cette technique pour examiner l'évolution de la représentation évoquée par un mot lu, conservée en
mémoire de travail au cours de la lecture de phrases. Ils ont essayé de départager deux hypothèses
opposées. Selon la première, après avoir été traitée dans un registre complètement autonome,
l'information correspondant au mot lu serait transférée dans un second registre mnémonique ; elle
devrait donc « être dans » l'un ou l'autre de ces registres, et il y a aurait une discontinuité lors du
passage en mémoire à long terme. Selon la seconde hypothèse, l'effet de récence traduirait une
diminution progressive de la représentation traitée, ou de son accessibilité. Quatre distances
croissantes entre le mot cible et le mot sonde ont été utilisées dans l'expérience. Les résultats recueillis
sont favorables à l'hypothèse d'une décroissance progressive, au cours de la compréhension, des
représentations évoquées par les mots lus.
Mots clefs : Compréhension de phrases, représentation des mots, mémoire.
Abstract
Summary : The evolution of word representation during sentence comprehension : a probe-word study.
A number of experiments have used the probe word method for studying the types of cognitive activity
required in comprehending sentences. These experiments have shown a short term recency effect, and
the selective character of this effect. The present article reports on work in which use is made of this
same method in order to observe what becomes of word meaning within memory in the course of
sentence reading. The authors have attempted to decide between two opposing hypotheses. The first of
these supposes that, after being processed in working memory, information is transferred to another
mnemonic store ; it is assumed, then, that information must « be in » one or other of these stores, and
that transfer to long term memory is discontinuous. According to the second hypothesis, the decrease in
accessibility of meaning which corresponds to the recency effect is progressive. In the present
experiment, jour distances of increasing length are used between probe words and target words of
sentences. The results obtained support the hypothesis that decrease in accessibility of meaning is
progressive.
Key-words : Sentence comprehension, words representation, memory.L'Année Psychologique, 1983, 83, 409-422
Université de Paris VIII
Laboratoire de Psychologie1
L'ÉVOLUTION DE LA REPRÉSENTATION
ÉVOQUÉE PAR UN MOT
AU COURS DE LA COMPRÉHENSION DE PHRASES :
ÉTUDE PAR LA TECHNIQUE DU SONDAGE
par Lhacène Achour et Jean-François Le Ny
SUMMARY : The evolution of word representation during sentence
comprehension : a probe-word study.
A number of experiments have used the probe word method for studying
the types of cognitive activity required in comprehending sentences. These
experiments have shown a short term recency effect, and the selective
character of this effect. The present article reports on work in which use
is made of this same method in order to observe what becomes of word
meaning within memory in the course of sentence reading. The authors
have attempted to decide between two opposing hypotheses. The first of these
supposes that, after being processed in working memory, information is
transferred to another mnemonic store ; it is assumed, then, that infor
mation must « be in » one or other of these stores, and that transfer to long
term memory is discontinuous. According to the second hypothesis, the
decrease in accessibility of meaning which corresponds to the recency effect
is progressive. In the present experiment, four distances of increasing length
are used between probe words and target words of sentences. The results
obtained support the hypothesis that decrease in accessibility of meaning
is progressive.
Key-words : Sentence comprehension, words representation, memory.
1. 2, rue de la Liberté, 93526 Saint-Denis, Cedex 02 (France). 410 L. Achour el J.-F. Le Ny
Au cours de la compréhension de phrases, les activités de
traitement, particulièrement sémantique, et le maintien en
mémoire sont étroitement interdépendants. La technique du
sondage est dès lors un bon indicateur pour la mise à l'épreuve
des modèles relatifs à la compréhension (Le Ny, 1982).
Cette technique consiste, pour l'essentiel, à présenter aux
sujets une phrase et, peu après, un stimulus sonde, par exemple
un mot, qui peut ou non avoir une relation avec la phrase. Les
sujets doivent, sur la base d'une consigne déterminée, apparier
le stimulus sonde avec la signification évoquée par la phrase,
et contenue dans leur mémoire de travail, en fournissant une
réponse par « oui » ou par « non », qui exprime le résultat de cet
appariement. Les temps des réponses « oui » fournissent les
données principales de ce type d'expérience.
Nous allons ici nous en tenir au cas où le mot sonde est une
nouvelle occurrence d'un mot qui est déjà apparu dans la phrase,
dit « mot cible ». La consigne est alors du type : « Le mot présenté
après la phrase est-il le même qu'un des mots de la phrase ? »
Dans une certaine mesure, on se place ainsi dans une situation
de simple reconnaissance du mot sonde, qui est la répétition du
mot cible.
Toutefois, il faut garder présent à l'esprit que, même dans
cette situation simple, un traitement sémantique a lieu au
moment de la lecture de la phrase. Ce qui en témoigne est une
grande convergence entre les résultats observés dans ces cas
de sondage simple, et ceux où le mot sonde entretient une relation
sémantique plus complexe avec la phrase (Le Ny, Carfantan
et Verstiggel, 1982 ; Le Ny, 1982).
Dans toutes ces expériences, une variable simple, mais
importante, est la distance qui sépare le mot cible dans la phrase
et le mot sonde présenté après elle. Cette distance peut être
caractérisée de plusieurs façons. Comme le matériel est écrit,
et que la tâche repose sur la lecture, la distance physique est
d'abord de caractère spatial. Elle peut être exprimée en centi
mètres, mais aussi en nombre de caractères, ou en unités de dis
cours plus larges, par exemple en nombre de mots, séparant le
mot cible et le mot sonde. Il est clair que cette distance, spatiale
ou discursive, détermine durant la lecture un intervalle temporel,
qui sépare le moment où le mot cible peut être perceptivement
saisi au cours de l'activité de lecture, et celui où le mot sonde
peut, à son tour, être perceptivement saisi. Entre ces deux Evolution de la représentation d'un mol 411
moments se produisent des activités de traitement cognitif
que la technique du sondage devrait, précisément, permettre
d'étudier. Il n'est pas actuellement possible de déterminer une
« quantité d'information », ou une « quantité de traitement »
correspondant aux contenus de ces intervalles.
A partir de cette catégorie d'expériences, deux phénomènes
ont été particulièrement mis en évidence. Le premier est un
effet de récence qui, au cours de la compréhension, a été plusieurs
fois mis en évidence (Fletcher, 1981 ; Le Ny, 1978, 1982 ; Le Ny,
Achour, Carfantan et Verstiggel, 1983 ; Le Ny et al,, 1982 ;
McKoon et Ratcliff, 1980) : le temps de réponse au mot sonde
est plus élevé lorsque celui-ci est éloigné du mot cible qui l'a
précédé que lorsqu'il en est proche.
Le second phénomène est le caractère électif de cet effet de
récence (Le Ny et ai, 1983) : si on compare la pente d'accroiss
ement des temps de réponse, d'une part pour les éléments noyaux,
qu'on peut regarder comme les plus importants dans la phrase
(verbe, sujet ou objet), et d'autre part pour les éléments qui
paraissent moins importants (noms compléments dénotant des
circonstances de l'événement décrit par la phrase), on observe que
cette pente est plus raide pour les seconds. Cela suggère que les
éléments les plus importants sont mieux conservés en mémoire.
Toutefois, dans l'expérience précitée, une observation inat
tendue a été faite. On a fait porter le sondage sur deux ensembles
de noms ayant un rôle casuel de compléments de circonstance.
Les uns entretenaient une relation sémantique lâche avec la partie
noyau de la phrase ; pour ce premier ensemble de noms, on a
trouvé le résultat indiqué plus haut, à savoir un effet de récence
à forte pente. Le second ensemble de mots cibles était constitué
de noms ayant une relation sémantique étroite avec la partie
noyau de la phrase ; pour ce second ensemble de noms, on n'a
trouvé, inexplicablement, aucun effet significatif de récence.
Toutefois, les effectifs des données concernant ces noms n'étaient
pas très élevés ; on peut donc imaginer que l'absence d'effet
a été dû à la conjonction de causes aléatoires. L'un des objectifs
de l'expérience qui va être présentée ci-dessous est dès lors de
réexaminer cette question, et de recueillir un nombre plus
grand de données concernant de tels compléments de circons
tance en relation sémantique étroite avec le noyau de la phrase.
Avant de présenter le second, et le plus important objectif
de cette expérience, nous devons nous arrêter un moment sur 412 L. Achour ei J.-F. Le Ny
les modèles susceptibles d'expliquer l'effet de récence, dans le
cadre des théories d'ensemble de la compréhension de phrases.
Toutes ces théories supposent, d'une façon ou d'une autre,
que les traitements de l'information qui ont lieu au cours de la
lecture et de la compréhension sont dépendants du maintien
en mémoire de l'information qui est, ou vient d'être traitée. Il
est universellement admis que ce maintien en mémoire durant le
traitement diffère de la conservation en mémoire à long terme.
Quelle est la nature de cette différence, et comment s'effectue
le passage du court terme au long terme ? Les modèles diffèrent
sur cette question.
Nous n'examinerons à cet égard qu'un seul point : ce passage
est-il discontinu ou progressif ? Appelons « représentation évo
quée par le mot » ce qui, quelle qu'en soit la nature, est produit
dans la mémoire du sujet par la présentation du mot. Dans tous
les cas, on suppose que cette représentation évoquée par le mot
est utilisée dans le traitement de l'information qui conduit à la
compréhension de la phrase. Selon la première hypothèse, le
traitement est effectué dans un registre spécial, qu'on peut
appeler la mémoire de travail ; ensuite, la représentation est
transférée hors de la mémoire de travail — par exemple dans une
variété de mémoire à long terme. Il existe donc deux états success
ifs de la représentation évoquée par le mot : celle-ci « est dans »
ou « n'est plus dans » la mémoire de travail et le passage (ou
transfert) entre les deux est discontinu. Les travaux de McKoon
et Ratclifï (1980) ou de Fletcher (1981), le modèle de base de
Kintsch et Van Dijk (1978), Miller et Kintsch (1980), Kintsch
(1982), Van Dijk et Kintsch (1983), sur lesquels ils s'appuient,
illustrent cette hypothèse.
Suivant la seconde éventualité, l'effet de récence ne corre
spond pas à un transfert de caractère discontinu entre un registre
mnémonique et un autre, mais à une diminution progressive
de la représentation elle-même, ou de son activation. Nous
n'examinerons pas en détail les modèles comportant une telle
hypothèse d'une activation qui serait sujette à une diminution
progressive ; mais on peut bien voir qu'ils relèvent d'une concep
tion plus proche de la physiologie que les précédents.
Supposons maintenant que l'on utilise la technique du
sondage pour mettre à l'épreuve ces modèles et que l'on utilise
seulement deux distances (spatiales et, corrélativement, tempor
elles) entre le mot cible et le mot sonde. Si l'on trouve alors Evolution de la représentation d'un mot 413
une différence entre les temps de réponse moyens en relation
avec ces deux distances, on peut être tenté de conclure : pour la
distance la plus courte, c'est-à-dire lorsque la représentation
évoquée par le mot a été mise en œuvre de façon récente, une
réponse plus rapide témoigne que la représentation « est dans »
la mémoire de travail ; par contraste, pour la distance la plus
longue, c'est-à-dire lorsque la représentation évoquée par le mot
a été mise en œuvre depuis quelques secondes déjà, une réponse
plus lente que la précédente témoigne que la représentation du
mot « n'est plus dans »la mémoire de travail. Cette argumentation,
qu'utilisent McKoon et Ratclifï (1980) est visiblement non
satisfaisante.
Un moyen de faire diverger les deux classes de modèles, di
scontinus et progressifs, est d'utiliser la technique du sondage avec
plusieurs distances entre le mot cible et le mot sonde. Le second
objectif de l'expérience qui va être décrite consiste dès lors à recher
cher une telle divergence par l'utilisation de quatre distances.
Dans l'hypothèse de la diminution progressive, on prédit que
les temps de réponse au mot sonde seront complètement ordon
nés : TRX < TR2 < TR3 < TR4 pour des distances croissantes,
Dx, D2, D3, D4. Dans l'hypothèse du transfert discontinu, on
prédit qu'il existera une coupure en un certain point, avec des
temps de réponse équivalents de part et d'autre de cette coupure ;
autrement dit on s'attend à l'un des trois cas :
TRj < TR2 ~ TR3 ~ TR4, ou
TRX ~ < ~ ou
TRj ~ TR2 ~ TR3 < TR4.
Nous allons illustrer l'expérience par un exemple.
Soient les quatre versions suivantes d'une même phrase,
suivie par le mot sonde : traversée.
Version 1 : Sous un soleil de plomb que n'atténuait aucun
nuage, les montures marchaient sans relâche, habi
tuées aux traversées du désert.
Version 2 : Sous un soleil de plomb que n'atténuait aucun
nuage, habituées aux traversées du désert, les mont
ures marchaient sans relâche.
Version 3 : Les montures marchaient sans relâche, habituées
aux traversées du désert, sous un soleil de plomb
que n'atténuait aucun nuage. 414 L. Achour et J.-F. Le Ny
Version 4 : Habituées aux traversées du désert, les montures
marchaient sans relâche, sous un soleil de plomb
que n'atténuait aucun nuage.
Appelons « noyau » les 5 mots « les montures marchaient
sans relâche », partie « adjointe » les 5 mots « habituées aux tra
versées du désert », et « expansion » les 10 mots « sous un soleil
de plomb que n'atténuait aucun nuage » ; compte tenu que le
mot cible est, dans cette expérience, toujours situé dans la
partie « adjointe », la modification de l'ordre des mots la
phrase fournit un moyen de faire varier la distance entre le mot
sonde et le mot cible correspondant dans la phrase. Cette tech
nique permet d'expérimenter à-phrase-constante, et est, à nos
yeux, supérieure à toutes les autres techniques, qui incluent
inéluctablement des variations inter-phrases en relation avec les
variations sur la distance. La modification de l'ordre des mots,
qui n'est évidemment pas complètement neutre, n'a pas une
importance majeure en français.
Par cette technique, on dispose de quatre distances spatiales,
à savoir, par ordre croissant, Dx, D2, D3, D4 ; elles correspondent
aux versions 1, 2, 3, 4 présentées dans l'exemple. Si on prend
comme unité de compte le mot, on voit que D2 — Dx = D3 — D2
= D4 — D3 = 5 mots. Il n'existe, à l'heure actuelle, aucune
unité de compte qui permette de prendre en considération le
« contenu sémantique » véhiculé par chacun des mots. Gomme il a
été indiqué au début, ces distances spatiales déterminent des
distances temporelles entre le moment de la saisie perceptive
du mot dans la phrase et le moment de la saisie perceptive du mot
sonde. Il est peu vraisemblable que les distances temporelles
soient liées aux distances spatiales par une fonction simple ;
mais elles sont très certainement ordonnées de la même façon.
Cette technique permet donc de conduire l'analyse de ce
qui subsiste en mémoire récente d'un même mot, testé à quatre
moments différents et successifs. Pour chaque mot, et chez des
sujets différents, on peut ainsi enregistrer quatre temps de
réponse correspondant à ces quatre distances spatiales
ou temporelles, et établir leurs relations. Evolution de la représentation d'un moi 415
MÉTHODE
Sujets. — 28 sujets, adultes de langue maternelle française, tous
étudiants de l'Université de Paris VIII, ont participé volontairement à
l'expérience. La passation était individuelle et durait environ quarante-
cinq minutes.
Matériel. — Le matériel expérimental, similaire à celui des expé
riences citées précédemment, était d'abord constitué de 32 phrases de
20 mots, de même construction que celle de l'exemple présenté dans
l'introduction. Ainsi chaque phrase comportait :
— une partie dite « noyau », composée de 5 mots (sujet-verbe-objet ou
sujet-verbe-adverbe) ;
— une partie dite « adjointe » à la précédente ; elle était composée de
5 mots comprenant toujours un nom, et avait un rôle de circonstant,
en relation sémantique étroite avec la partie « noyau » ;
— une partie dite « expansion », composée de 10 mots ; elle avait un
rôle de circonstant, en relation sémantique lâche avec la partie noyau.
Le mot sonde était la répétition d'un mot cible, qui était toujours
un nom de la partie « adjointe ».
Pour chaque phrase, les permutations des trois parties, similaires à
celles illustrées dans l'introduction, fournissaient quatre versions et
permettaient d'obtenir quatre distances spatiales ou temporelles diffé
rentes entre le mot sonde et sa cible dans la phrase. Ces quatre versions
étaient considérées comme étant, avec une bonne approximation,
sémantiquement équivalentes. Ces 32 phrases, dans leurs différentes
versions, accompagnées des 32 mots-sondes correspondants, consti
tuaient les items dits « positifs », pour lesquels une réponse « oui » était
attendue des sujets.
On avait élaboré en outre 32 items « négatifs », composés d'une
phrase de même type que celles précédemment décrites, et d'un mot
sonde sans aucun rapport immédiatement visible avec elle. Une réponse
« non » au mot sonde était attendue pour ces items. Ils étaient constants
pour tous les sujets.
De plus 25 items « de remplissage » ou « de diversion » furent construits
selon le même schéma, soit 13 négatifs et 12 positifs. Les items positifs
« de diversion » comportaient des mots sondes dont la cible était un
verbe, un adjectif ou un adverbe de la phrase. Leur présence était
destinée à empêcher les sujets d'établir une stratégie adaptative comport
ant une attention plus grande à l'égard de la partie adjointe, ou des
noms, ou des deux.
Tous ces items furent mélangés au hasard réglé, de manière à aboutir
à 4 listes expérimentales. Celles-ci différaient seulement par les permut
ations des distances mot cible — mot sonde. 416 L. Achour ei J.-F. Le Ny
Appareillage et conduite de l'expérience. — Chaque phrase,
suivie du mot sonde correspondant, était présentée sur un écran de
télévision au moyen du Système Informatique Portable pour Expéri
mentation psychologique (Carité, Mazeau et Poitrenaud, 1980), et d'un
programme informatique qui assurait la gestion vidéo et l'enregistrement
des temps de réponses au l/100e de seconde. Cet appareil visualisait le
texte dans une fenêtre mobile correspondant à vingt caractères alphabé
tiques ou blancs. Cette fenêtre se déplaçait en simulant le balayage des
phrases par le champ visuel du sujet lors de la lecture ; mais aucun
retour en arrière n'était possible. La vitesse de défilement de la fenêtre
était fixée par le sujet lui-même au cours d'une phrase pré-expérimentale.
Le sujet disposait d'un boitier à deux touches de réponse (« oui »
et « non ») et choisissait la main avec laquelle il désirait produire la
réponse « oui ». L'horloge du système se déclenchait automatiquement
à l'apparition du premier caractère du mot sonde sur l'écran et était
arrêtée par la réponse du sujet.
Le mot sonde apparaissait toujours à une distance de trois points
après la fin de la phrase, en lettres majuscules, et au singulier. Après
chaque réponse à un item, le sujet appelait l'item suivant, quand il
le voulait, en pressant les deux touches de réponse à la fois.
Dans la consigne, les sujets étaient invités à lire et à comprendre
chaque phrase présentée, puis à répondre, le plus vite possible mais sans
précipitation, dès l'apparition du mot sonde, en fonction de la question :
« Ce mot était-il ou non présent dans la phrase que vous venez de lire ? »
Préalablement, les modalités techniques de la tâche leur avaient été
présentées. Pour répondre, ils devaient garder leurs index maintenus
en permanence au contact des deux touches du boitier de réponse. Ils
disposaient de 15 items au début de l'épreuve pour se familiariser avec
le matériel et décider de l'allure définitive de défilement de la fenêtre
au moyen d'une manette prévue à cet effet. Durant la partie proprement
expérimentale cette allure demeurait inchangée.
Ainsi, l'épreuve comptait 89 items, dont 32 destinés à l'observation
expérimentale. Les permutations de ces derniers dans les quatre condi
tions ont déterminé la formation de 4 listes, et donc de groupes
de sujets : chaque sujet voyait 8 couples expérimentaux à chacune des
quatre distances mot cible — mot sonde.
RÉSULTATS
Les données présentées ci-dessous se rapportent seulement
aux items positifs. Pour chaque sujet, 32 observations ont été
ainsi recueillies pour les temps de réponses ; d'autre part, la

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