L'évolution démographique en Roumanie : tendances passées (1948-1994) et perspectives d'avenir (1995-2030) - article ; n°4 ; vol.51, pg 813-844

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Population - Année 1996 - Volume 51 - Numéro 4 - Pages 813-844
Muresan (Cornelia). - L'évolution démographique en Roumanie. Tendances passées (1948-1994) et perspectives d'avenir (1995-2030) Cet article retrace l'évolution démographique de la Roumanie, pendant l'époque communiste et les débuts de la période post-communiste, examinant les changements de structures (par activité, par d'habitat, répartition par âges, composition ethnique), puis l'évolution de la fécondité et ses conséquences. Marquée par son caractère coercitif, la politique de population roumaine a emprunté au modèle soviétique tout en ayant son originalité propre liée à l'influence de Ceausescu. En 1966, les autorités ont interdit brutalement î'avortement et le divorce. Il en a résulté d'importantes variations dans le nombre des naissances, et de profondes irrégularités à la base de la pyramide des âges. L'évolution observée est comparée à l'évolution qui aurait pu résulter du simple déroulement de la transition démographique. Des simulations permettent ainsi d'évaluer le supplément de population résultant de la natalité forcée, ainsi que les effets sur le taux d'accroissement et le ralentissement du vieillissement de la population. Enfin, on présente des projections à l'horizon 2030, fondées sur plusieurs hypothèses de mortalité et de fécondité.
Muresan (Cornelia). - Changes in the Demography of Romania. Past trends (1948- 1994) and Futures Perspectives (1995-2030) This paper reviews demographic changes in Romania during the communist and early post-communist period, including changing structural factors (activity rates, housing, age distribution, ethnic composition), but the discussion is focused mainly on developments in fertility and their consequences. Romanian population policy was coercive in character, and in some cases imitated the Soviet model, whilst retaining its specificity as a result of Ceau- sescu's influence. Abortion and divorce were banned in 1966. The policy had significant repercussions on fertility and resulted in irregularities at the bottom of the age pyramid. Actual changes are compared with expected changes associated with the demographic transition. Simulation models are used to obtain estimates of the additional births caused by forced natality, the influence on the growth rate, and the slower ageing of the population. Projections up to the year 2030 show that population decline which began in 1990 will vary depending on the assumptions made.
Muresan (Cornelia). - La evolución demográfica en Rumania. Tendencias pasadas (1948-1994) y perspectives de futuro (1995-2030) Este artículo describe la evolución demográfica de Rumania durante la etapa comu- nista y los inicios del periodo postcomunista en cuanto a cambios de estructuras (рог activi- dad, residencia, edad, composición étnica), pero se centra en la evolución de la fecundidad y sus consecuencias. La politica de población rumana, marcada por su carácter coercitivo, siguió el modelo soviético afiadiéndole elementos originales derivados de la influencia de Ceauscescu. En 1966 se prohibieron el aborto y el divorcio. Esta politica tuvo consecuencias importantes en materia de fecundidad y creo profundas irregularidades en la base de la pirámide de edades. El artículo compara la evolución efectiva con la evolución secular esperada en la transición demográfica. Diversas simulaciones permiten evaluar la población suplementaria derivada de una natalidad forzada, su influencia sobre las tasas de crecimiento y sobre la disminución del ritmo de envejecimiento. Según las proyecciones con horizonte al 2030, la disminución de la población que se inició en 1990 tendra un ritmo variable dependiendo de las hipótesis adoptadas.
32 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1996
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Cornelia Muresan
L'évolution démographique en Roumanie : tendances passées
(1948-1994) et perspectives d'avenir (1995-2030)
In: Population, 51e année, n°4-5, 1996 pp. 813-844.
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Muresan Cornelia. L'évolution démographique en Roumanie : tendances passées (1948-1994) et perspectives d'avenir (1995-
2030). In: Population, 51e année, n°4-5, 1996 pp. 813-844.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1996_num_51_4_6185Résumé
Muresan (Cornelia). - L'évolution démographique en Roumanie. Tendances passées (1948-1994) et
perspectives d'avenir (1995-2030) Cet article retrace l'évolution démographique de la Roumanie,
pendant l'époque communiste et les débuts de la période post-communiste, examinant les
changements de structures (par activité, par d'habitat, répartition par âges, composition ethnique), puis
l'évolution de la fécondité et ses conséquences. Marquée par son caractère coercitif, la politique de
population roumaine a emprunté au modèle soviétique tout en ayant son originalité propre liée à
l'influence de Ceausescu. En 1966, les autorités ont interdit brutalement î'avortement et le divorce. Il en
a résulté d'importantes variations dans le nombre des naissances, et de profondes irrégularités à la
base de la pyramide des âges. L'évolution observée est comparée à l'évolution qui aurait pu résulter du
simple déroulement de la transition démographique. Des simulations permettent ainsi d'évaluer le
supplément de population résultant de la natalité forcée, ainsi que les effets sur le taux d'accroissement
et le ralentissement du vieillissement de la population. Enfin, on présente des projections à l'horizon
2030, fondées sur plusieurs hypothèses de mortalité et de fécondité.
Abstract
Muresan (Cornelia). - Changes in the Demography of Romania. Past trends (1948- 1994) and Futures
Perspectives (1995-2030) This paper reviews demographic changes in Romania during the communist
and early post-communist period, including changing structural factors (activity rates, housing, age
distribution, ethnic composition), but the discussion is focused mainly on developments in fertility and
their consequences. Romanian population policy was coercive in character, and in some cases imitated
the Soviet model, whilst retaining its specificity as a result of Ceau- sescu's influence. Abortion and
divorce were banned in 1966. The policy had significant repercussions on fertility and resulted in
irregularities at the bottom of the age pyramid. Actual changes are compared with expected changes
associated with the demographic transition. Simulation models are used to obtain estimates of the
additional births caused by forced natality, the influence on the growth rate, and the slower ageing of the
population. Projections up to the year 2030 show that population decline which began in 1990 will vary
depending on the assumptions made.
Resumen
Muresan (Cornelia). - La evolución demográfica en Rumania. Tendencias pasadas (1948-1994) y
perspectives de futuro (1995-2030) Este artículo describe la evolución demográfica de Rumania
durante la etapa comu- nista y los inicios del periodo postcomunista en cuanto a cambios de
estructuras (рог activi- dad, residencia, edad, composición étnica), pero se centra en la evolución de la
fecundidad y sus consecuencias. La politica de población rumana, marcada por su carácter coercitivo,
siguió el modelo soviético afiadiéndole elementos originales derivados de la influencia de Ceauscescu.
En 1966 se prohibieron el aborto y el divorcio. Esta politica tuvo consecuencias importantes en materia
de fecundidad y creo profundas irregularidades en la base de la pirámide de edades. El artículo
compara la evolución efectiva con la evolución secular esperada en la transición demográfica. Diversas
simulaciones permiten evaluar la población suplementaria derivada de una natalidad forzada, su
influencia sobre las tasas de crecimiento y sobre la disminución del ritmo de envejecimiento. Según las
proyecciones con horizonte al 2030, la disminución de la población que se inició en 1990 tendra un
ritmo variable dependiendo de las hipótesis adoptadas.L'EVOLUTION DEMOGRAPHIQUE
EN ROUMANIE :
Tendances passées (1948-1994)
et perspectives d'avenir (1995-2030)*
de domaines. la brutale 1965 Le à régime 1989, interdiction La politique a de été Ceausescu, marqué de démographique V av or par terne qui ses nt, a excès gouverné en n'y 1966, dans a pas la de a surpris Roumanie échappé nombreux t:
otalement la population, entraînant un doublement de la natal
ité Г année suivante, et même un triplement du nombre des
naissances certains mois. Jamais, en dehors des périodes de
guerre ou d'immédiat après-guerre, on n'avait observé une
fluctuation d'une telle ampleur; qu'elle ait été délibérément
créée par une intervention étatique, surprend encore davant
age. Aujourď hui, l'indice synthétique de fécondité est tombé
en dessous de 1,4 enfant par femme... Cornelia Muresan**
retrace ici cette période particulièrement agitée de l'histoire
démographique roumaine, en souligne quelques conséquences
et présente des projections à i horizon 2030.
L'achèvement de la période marquée par le «rideau de fer» en Europe
de l'Est a été, pour de nombreux auteurs, l'occasion de bilans, non seulement
rétrospectifs mais aussi pour comprendre la période nouvelle qui s'ouvre maint
enant, et qui est considérée - surtout dans les pays eux-mêmes - comme une
période «de transition».
En Roumanie, la période 1948-1989 est particulièrement intéressante
du fait de la forte intervention de l'État en matière de population. Celui-ci
a souvent voulu jouer le rôle de régulateur des comportements démograp
hiques, en introduisant d'abord des lois jugées modernes à l'époque (pour
libéraliser l'avortement ou instaurer les allocations familiales), puis d'aut
res, à but explicitement nataliste, visant à assurer une «croissance démo
graphique suffisante».
L'ouverture internationale et les changements politiques récents en
traînent de nombreuses transformations, qui ne sont pas sans incidence sur
les comportements individuels. L'étude de l'évolution démographique ré-
* Je tiens à remercier Jean-Claude Chesnais pour son aide précieuse dans l'élaboration
de cet article.
** Faculté d'histoire et de philosophie, Université Babes-Bolyai de Cluj.
Population, 4-5, 1996, 813-844 L'ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE EN ROUMANIE 814
cente nous indiquera le sens de ces transformations et pourra nous donner
des indications sur l'évolution future.
Nous examinerons d'abord, à travers les recensements, les change
ments ayant affecté les structures par activité, par nationalité et par habitat,
puis les conséquences démographiques de la politique familiale du régime
communiste, avec un accent sur la fécondité, mais aussi sur l'évolution
globale de la population (taux d'accroissement et structure par âge). Nous
présenterons, enfin, les résultats de quelques projections.
I. - Changements structurels
à travers les recensements
Répartition par activité Au recensement du 7 janvier 1992, la Roumanie
comptait 22,8 millions d'habitants, ce qui la pla
çait au 8e rang européen. Avec une superficie de 237 500 km2, elle avait une
densité de 96 habitants au km2, équivalente à la moyenne européenne (hors
Russie). La population active était de 10,5 millions (45,9% de la population
totale), dont 830 000 à la recherche d'un emploi, la population réellement oc
cupée s 'élevant à 9,6 millions. Parmi les chômeurs, plus de la moitié (460 000)
étaient des jeunes à la recherche de leur premier emploi. La population inactive
se décomposait en trois parts sensiblement égales : un tiers de personnes en
retraite, un tiers d'élèves et étudiants, un tiers d'inactifs adultes. Toujours au
recensement de 1992, 40,4% des femmes étaient actives contre 51,6% des hom
mes : l'écart est lié au maintien d'une certaine fraction de femmes au foyer et
à l'existence d'une proportion plus élevée de femmes parmi les personnes âgées,
en raison de la surmortalité masculine.
La répartition de la population active par secteur a connu d'import
antes mutations au cours des dernières décennies (tableau 1) : le poids de
l'agriculture a diminué au profit de l'industrie et du secteur tertiaire. Entre
les recensements de 1977 et 1992, le gain du secteur industriel est de plus
600 000 personnes, représentant un accroissement de 118,9%, celui de l'ad
ministration publique est proche de 200 000 personnes (+ 261,4%) et celui
du commerce dépasse 100 000 personnes (+ 151,5%).
Tableau 1 . - Répartition de la population active par secteur
aux recensements 1956-1992 (%)
Secteur d'activité 1956 1966 1977 1992
Agriculture 69,7 57,1 36,5 22,3
Industrie et construction 16,6 36,7 24,6 42,9
Services 13,7 18,3 26,8 34,8 '
L'EVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE EN ROUMANIE 815
Composition ethnique Lors de la constitution de la Grande Roumanie
en 1918, le pays n'était pas ethniquement ho
mogène : Roumains, Hongrois, Allemands, Juifs, Ukrainiens ou Russes co
habitaient, la Constitution leur garantissant l'égalité civile et le respect des
particularismes religieux, linguistiques et scolaires. Au recensement de
1992, la diversité ethnique est devenue faible puisque 89,5% de la popul
ation s'est déclarée de nationalité roumaine, les autres étant Hongrois
(7,1 %), Tziganes (1,8%), Allemands (0,5%) ou autres (1,1%).
RSS d'Ukraine
Hongrie
Roumains 98,5% / Tziganes 0,8% , Roumains 73,6% / \ Hongrois+Allemands Hongrois 20.8% / \ +autres 0,7% Tziganes 2,6%
Allemands 1 ,4% Autres 1 ,i
Va IOC hîe Roumains 97,2%
1 0 300 520 habitants Tziganes 1 ,6%
Hongrois+Allemands +autres 1 .2%
Figure 1- Roumanie. Grandes régions et composition ethnique
(recensement du 7.1.1992)
Au fil du temps, les Roumains ont donc vu leur prépondérance s'ac
centuer et cela s'explique non par un avantage de fécondité (d'après les
quelques études existantes [14] celle-ci ne différait pas beaucoup de celle
des autres nationalités), mais par un mouvement d'émigration des minorités
(notamment des Allemands et des Juifs, mais aussi dans la période récente
des Hongrois) et par un processus d'assimilation ou, plus exactement, par
les nombreux mariages mixtes qui ont produit des enfants se déclarant ha
bituellement Roumains. Au recensement de 1992, le nombre des Roumains
s'élevait à 20 408 542; si l'on ajoute les Roumains habitant la Moldavie
soviétique, soit 2 795 749 personnes, on obtient 23,2 millions de
habitant un territoire contigu. 816 L'ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE EN ROUMANIE
Le tableau 2 reconstitue l'évolution de la population de la Roumanie,
selon les principales nationalités depuis 1930, à travers les recensements.
Tableau 2. - Répartition de la population par nationalité
aux recensements 1930-1992
1992 1930 1956 1966 1977
Nationalité
Effectifs % Effectifs % Effectifs % Effectifs % Effectifs %
14 9% 114 85,7 16746510 87,7 18997407 88,1 20408 542 89,5 Roumains 11118170 77,9
1587675 9,1 1619592 8,5 1712853 7,9 1624 959 7,1 Hongrois 1 423 459 10,0
348747 1,6 119462 0,5 Allemands 633488 4,4 384708 2,2 382595 2,0
0,2 24667 0,1 8 955 0,0 Juifs 451 892 3,2 146264 0,8 42888
401 087 Tziganes 242656 1,7 104216 0,6 64197 0,3 227398 1,8 U
1,1 Autres 411064 2,9 270473 1,5 247381 1,3 248838 1,2 247 030
Total 14280729 100 17489450 100 19 103 163 100 21559910 100 22810035 100
On observe une forte diminution, jusqu'à la quasi-disparition, des
composantes allemande et juive; la part de la population d'origine hon
groise diminue également, tandis qu'un nouveau groupe ethnique (peu im
portant en valeur relative après la guerre) fait son apparition : les Tziganes.
En 1992, ce groupe occupe la deuxième place, après les Hongrois, avec
401 087 personnes, son effectif ayant presque doublé depuis 1977. L'in
terprétation de cet accroissement est délicat : dans quelle mesure s'agit-il
d'un accroissement réel ou seulement d'un changement de la propension
à se déclarer «Tzigane»? Il est probable que les deux facteurs jouent,
mais il est difficile d'estimer la part de chacun.
On pense, cependant, que la population Tzigane est encore sous-évaluée
aux recensements, un groupe de spécialistes [17] estimant leur part à 3,6%,
voire 4,3 % de la population. Leur raisonnement se fonde sur la non-coïncidence
entre l 'auto-identification comme Tzigane par les intéressés eux-mêmes et
«l 'hétéro-identification» faite par les chercheurs, par les autorités locales ou,
parfois, par des responsables d'immeubles. Conformément à la Constitution,
aucune institution ou personne ne peut mettre en cause l'appartenance ethnique
déclarée par l'individu et toute discrimination ethnique est interdite : le seul
contexte officiel où l'on demande l'appartenance est d'ailleurs le r
ecensement. Pour saisir la dynamique et les problèmes spécifiques de la po
pulation tzigane, le groupe de chercheurs [17] a constitué un échantillon basé
sur l'hétéro-identification. Lors de l'enquête La mère et l'enfant dans les fa
milles des tziganes, seulement 76,5 % se sont reconnus comme appartenant à
ce groupe. Si «l'hétéro-identification était correcte», on pourrait compter, se
lon les auteurs, 500 000 Tziganes au lieu des 400 000 recensés. Ils estiment
qu'il faut encore aller au-delà, parce que les personnes qui se sont reconnues
Tziganes à l'enquête ne se sont pas toutes déclarées comme telles au recense- L'ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE EN ROUMANIE 817
ment. Avec 50% de sous-déclaration ou même davantage (ce qui, à notre avis,
est sans doute exagéré), l'effectif du groupe atteindrait 800 000, voire 1 million.
La croissance de la population tzigane aurait résulté non seulement
d'une meilleure identification des intéressés, mais aussi de leur vitalité dé
mographique : l'âge moyen au mariage serait de 17 ans chez les filles et
la fécondité atteindrait 4,35 enfants par femme selon le sondage [17]. La
même source indique, cependant, que le désir de limiter la descendance
est de plus en plus répandu, mais ce désir reste abstrait car, en fait, les
moyens de régulation des naissances ne sont guère pratiqués. Cette popul
ation mérite une attention spéciale, non seulement en raison de sa forte
croissance (+76,4% entre les derniers recensements, contre 5,8% pour le
reste de la population), mais aussi parce qu'elle se trouve confrontée à un
ensemble de problèmes qui tendent, du reste, à s'aggraver et sont suscept
ibles de conduire à des conflits sociaux graves.
Tableau 3. - Emigrants selon la nationalité entre 1975 et 1991
Hongrois Période Allemands Juifs Roumains Autres Total
1975-1979 36 911 7 758 5 296 23 243 1503 74 711
1980-1984 62 376 6 412 8 809 46 545 2 024 126 166
1985-1989 60 818 5 575 32 248 58 787 4 159 161 587
1990-1991 75 639 1261 18 534 43 195 2 460 141 089
Source : Date demografice, 1994. Commission Nationale de Statistique
La diminution du nombre des Allemands et des Juifs a commencé
au lendemain de la Seconde Guerre mondiale; après 1960, les départs ont
fait l'objet de négociations entre l'État roumain et le pays d'accueil. Les
Juifs ont commencé à émigrer dès l'instauration du communisme et la créa
tion de l'État d'Israël; le nombre des Juifs présents en septembre 1944(1)
(272 000) est d'ailleurs proche de celui des arrivées en Israël de Juifs Rou
mains^', ce qui explique leur quasi-disparition de Roumanie. Tandis que
le nombre d'émigrés juifs a diminué au fil des années, l'émigration all
emande a été beaucoup plus tardive et n'a culminé qu'en 1990 (60 000 per
sonnes). Quant à l'émigration hongroise, elle a été maximale dans les
années 1985-1989 (tableau 3).
Structure par habitat Le processus d'urbanisation, amorcé au lende
main de la guerre et notamment après 1948, a
entraîné un changement essentiel dans le mode de vie de la population. Au
jourd'hui, 54,3 % de la population habite dans les villes (tableau 4), la majorité
(3/5) dans des villes de plus de 100 000 habitants : un tiers de la population
urbaine de la Roumanie vit à Bucarest ou dans une des sept grandes villes
(2) (l> Statistical Evreii din abstract Romania of între Israel 1941-1944, of 1993, vol. n° 44. I, éd. Hasefer, Bucarest, 1993, 350 p. 818 l'évolution démographique en roumanie
Tableau 4. - Population selon le type d'habitat 1948-1992
Type d'habitat 1948 1956 1966 1977 1992
Urbain 23,4 31,3 38,2 43,6 54,3
Rural 76,6 68,7 61,8 56,4 45,7
(plus de 300 000 habitants, au recensement de 1992). Malgré cette forte pous
sée urbaine, la Roumanie conserve encore une importante population rurale :
10 418 216 personnes, soit 45,7% de la population totale.
Avant 1948, l'urbanisation en Roumanie [1] avait été très lente. De
puis, le taux moyen annuel d'accroissement de la population urbaine a été
élevé : 4,97% par an entre 1948 et 1956, 2,93% en 1956-1966, 2,31 % en
1966-1977 et 1,86% en 1977-1992. Cette croissance de la population ur
baine a résulté à la fois de l'accroissement naturel de la des
villes, de la transformation de localités rurales en localités urbaines et de
l'exode rural. Précisons ces évolutions.
Pendant la période 1948-1966, l'augmentation naturelle apporte une
contribution substantielle à l'accroissement de la population urbaine, car
la baisse de la natalité ne suffit pas à compenser la réduction considérable
de la mortalité. Dans la période 1967-1989, l'accroissement naturel reste
positif, avec des fluctuations dues soit à l'intensité de l'exode rural (départ
de familles entières), soit au relâchement ou au renforcement des mesures
coercitives concernant l'interruption de grossesse. Au total, la croissance
naturelle n'a toutefois pas été la composante la plus importante.
Les modifications de classification et de définition des communes
urbaines n'ont aussi apporté qu'une contribution réduite au développement
de l'urbanisation. Les critères que devait remplir une localité pour être
déclarée comme ville ont toujours été complexes et assez difficiles à réunir.
Entre 1956 et 1966, on a déclaré comme villes 65 nouvelles localités, gé
néralement de petite taille, qui ont donc peu contribué à l'augmentation
de la population urbaine. Entre les recensements de 1966 et de 1977, au
cune nouvelle ville n'apparaît sur la carte. Entre ceux de 1977 et 1992,
24 localités ont été reconnues comme villes, et on a incorporé dans les
villes existantes 77 localités rurales. L'évolution du nombre des communes
urbaines (par taille) figure au tableau 5.
La source principale de croissance a donc été, de tout temps, l'émigration
de la population rurale. Qui plus est, l'accroissement naturel étant devenu
négatif au cours des dernières années, la migration interne est désormais le
seul facteur de croissance urbaine. La fécondité rurale a toujours été supérieure
à la fécondité urbaine : même si les différences entre les taux de natalité ont
baissé (en 1948 : 16,4 p. 1 000 en milieu urbain contre 26,2 p. 1 000 en milieu
rural; en 1993 : 9,6 en milieu urbain contre 12,7 en milieu rural), la fécondité
rurale reste nettement supérieure à la fécondité urbaine. Précisons que les
écarts des taux de natalité ne reflètent pas les différences de fécondité, car i
'

'
'
L'EVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE EN ROUMANIE 819
16.7 18,6 14.8 9.6 3,3 0,3 7.4 13,9 15,4 100
545 595 016 713 910006 395 173 817 819 Population 559 abs.
1992 311 391 067 914 827 723 183 414 39 nbr.
1 1 1 1 2 2 12
Nbr. — Г-- *3" ■ — ЧО "*3" — О CO CO — CN ЧО OO IO — vO (N
Popula villes 19,2 18,8 15,7 12.7 17.8 10.1 5,1 0.6 100
abs. 239 219 858 839 325 067 592 590 729
1977 tion 1 807 770 473 190 672 477 52 395 nbr. 95
1 1 1 1 1 9
Nbr. — Г- О OO VO OC <N Tf чО
(N
Popula villes 20.3 26.4 8,9 19,9 16.1 8.4 1,0 100
1 abs. 684 528 514 797 904 089 887 37 1966 tion 601 366 782 272 083 567 743 nbr. 69
1 1 1 1 6
Nbr. — СЧОчсОчОчООч чО II-* ■* t~~ t~~ — со CN
Popul villes 24,8 18,1 13,8 15,5 18.5 7.8 1,5 100
661 295 072 648 566 432 998 672 abs.
1956 ation 177 857 653 737 877 372 746 nbr. 70
1 4
Nbr. — r- oo >/-> О О О -h II Г1 чО 1Г) П Г-
Popula villes 20,9 9.9 20.7 15.4 18,4 11,7 3,0 100
040 327 050 087 460 900 858 722 abs.
1930 tion 639 632 470 563 356 89 055 304 nbr.
3
villes Nbr. — СООЧЧООЧ001/Ч — II — i со ■* n ^t
en Bucarest milliers 300-399 200-299 100-199 5 Taille moins 50-99 20-49 10-19 Total
5-9 820 L'ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE EN ROUMANIE
elles sont masquées par les différences de répartition par âge (le milieu
rural se caractérise maintenant par un vieillissement accentué).
Jusqu'en 1948, la migration interne avait un caractère « anarchique » [1]
et était surtout orientée vers Bucarest et les grandes villes. Pendant la période
1948-1989, l'afflux de la population rurale vers les villes a été planifié selon
divers critères : les possibilités de formation professionnelle, l'utilisation «ra
isonnable» des migrants en âge de travailler, le parc de logements, l'intégration
dans l'environnement urbain [1]. L'État roumain a voulu éviter les concent
rations excessives de population dans les grandes villes, avec les difficultés
économiques et sociales, les problèmes de santé publique, la pénurie d'espaces
locatifs et autres qu'elles risquent d'entraîner; il a, en conséquence, favorisé
plutôt les villes moyennes (en dehors des huit villes les plus importantes), à
caractère industriel. On le voit nettement au tableau 5 : la population urbaine
a doublé entre les recensements de 1956 et 1977 et s'est encore accrue de
32% entre ceux de 1977 et 1992, mais l'accroissement des grandes villes a
été plus faible (+75,9% et + 22,4% au cours des deux périodes successives).
On a mis fin au caractère agricole de nombreuses villes et, à la fin de la
période, on a commencé l'urbanisation forcée des villages roumains. Après
la chute du communisme, la migration interne et l'émigration ont atteint des
niveaux très élevés (4 fois plus de migrants internes en 1990 qu'en 1989 et
2 fois plus d ' emigrants) ; cette fois, la capitale et les grandes villes ont été
les bénéficiaires privilégiés de la migration interne, avec d'autres villes plus
petites. Bucarest dépassait deux millions d'habitants en 1992, mais 43,5% de
la population de la capitale est née ailleurs, la moitié provenant des départe
ments voisins et 20% venant de Moldavie.
II. - Conséquences directes et induites
de la politique familiale
Quelques informations On admet, généralement, que les comporte -
sur la législation ments sont influencés par la législation à visée
démographique, même si l'utilité à long terme
d'une politique de population peut être mise en question. En Roumanie,
comme dans tous les pays d'Europe de l'Est, le souci de l'État à l'égard de
l'évolution démographique s'est caractérisé par un ensemble de lois et de me
sures diverses. On peut distinguer deux catégories de mesures : celles à caractère
coercitif, comme l'interdiction de l'avortement, et les incitatives, comme
le soutien aux mères et aux familles avec enfants. Plusieurs publications ont
traité du sujet [18] [11] et nous ne voulons ici que mettre en évidence les mesures
ayant pu avoir une incidence sur le comportement fécond de la population.
L'histoire de la législation relative à l'avortement est riche :
— le décret 456/1955 annule le caractère de délit de l'avortement
(inscrit dans le Code pénal de 1948) si celui-ci est pratiqué par un médecin
et pour certaines catégories de grossesses à risque;

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