L'évolution des caractères morphologiques en fonction de l'âge, chez 2089 Français de 20 à 91 ans. - article ; n°1 ; vol.2, pg 1-78

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Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris - Année 1961 - Volume 2 - Numéro 1 - Pages 1-78
78 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1961
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P. Marquer
M.C. Chamla
L'évolution des caractères morphologiques en fonction de l'âge,
chez 2089 Français de 20 à 91 ans.
In: Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, XI° Série, tome 2 fascicule 1, 1961. pp. 1-78.
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Marquer P., Chamla M.C. L'évolution des caractères morphologiques en fonction de l'âge, chez 2089 Français de 20 à 91 ans.
In: Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, XI° Série, tome 2 fascicule 1, 1961. pp. 1-78.
doi : 10.3406/bmsap.1961.1151
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0037-8984_1961_num_2_1_1151MÉMOIRES ORIGINAUX
L'ÉVOLUTION DES CARACTÈRES MORPHOLOGIQUES
EN FONCTION DE L'AGE,
CHEZ 2089 FRANÇAIS, DE 20 A 91 ANS
par Paulette MARQUER et Marie-Claude CHAMLA
(Laboratoire d'Anthropologie du Musée de l'Homme ;
Pr H. V. Vallois.)
Introduction.
La Gérontologie, ou étude des phénomènes normaux liés à
la sénescence, est depuis quelques années une discipline très
vivace qui s'attache à suivre l'évolution lente et insidieuse de
l'organisme des êtres vivants sous l'action du temps. Elle met
en évidence les modifications morphologiques, physiologiques
et psychologiques qui apparaissent avec l'âge et engage ainsi à
réviser une des questions qui demeure la base essentielle de l'An
thropologie : celle de la relative fixité des caractères morpholog
iques chez l'adulte.
Dans l'impossibilité pratique de mener une enquête « longitu
dinale » en suivant les mêmes individus, de l'adolescence à la
vieillesse, ce qui serait le seul critère véritablement scientifique
des changements occasionnés par l'âge, force est de se rabattre
sur les investigations « transversales » reposant sur l'examen
d'individus qui appartiennent à des classes d'âge différentes. Un
tel procédé n'est pas sans inconvénient. Un des principaux griefs
qu'on lui adresse consiste dans le fait qu'il rend difficile la di
scrimination entre les différences réellement dues à l'âge et celles
qui surviennent sous l'influence combinée des facteurs génétiques
et mésologiques, d'une génération à l'autre. L'interférence des
variations dites « séculaires » (Biichi) et des. transformations du
vieillissement joue certainement un rôle important dans l'évo
lution de nombreux caractères anthropologiques, la stature, par
exemple, pour ne citer que le plus connu. Néanmoins, il nous
semble que les études « transversales », si elles ne concordent pas
BULL. ET MÉM. SOCIÉTÉ ANTHROP. DE PAHIS, T. 2, 11° SÉRIE, 1961. 2 2 société d'anthropologie de paris
toujours dans les points de détail, en raison des causes nombreus
es et complexes qui conditionnent le mécanisme de l'évolution
humaine, apportent cependant des conclusions générales, en
accord avec l'expérience courante à l'échelon individuel, qui
prouvent l'existence de changements importants dans la mor
phologie au cours de la vie. En dépit de leur imperfection méthod
ique, il faut souhaiter que ces enquêtes se multiplient sur les
groupes les plus divers, sous la double condition qu'elles reposent
sur un grand nombre de sujets et qu'elles ne négligent pas, comme
c'est trop souvent le cas, la période la plus intéressante de l'e
xtrême vieillesse. Nous aurons ainsi la possibilité de dégager des
concordances ou des discordances, dont la comparaison contri
buera à minimiser le défaut de la méthode.
I. — Historique.
Les transformations qui se manifestent dans l'apparence
physique sous l'influence de l'âge permirent de distinguer, dès
la plus haute antiquité, trois grandes périodes naturelles dans la
vie humaine : la jeunesse, l'âge adulte et la vieillesse. Par la
suite, Galien partage la première période en deux et obtient
quatre âges : enfance, adolescence, âge mûr et Dans le
livre hippocratique des semaines, on trouve une autre division
très ancienne qui comptait sept âges, comprenant chacun sept
années ou des multiples de sept : petit enfant, enfant, adoles
cent (14-21 ans), jeune homme (21-28 ans), homme adulte
(28-49 ans), homme âgé (49-56 ans), puis vieillard. Linné enfin
allait jusqu'à admettre 12 subdivisions. Pour Halle, l'adoles
cence se terminait vers 20 ou 25 ans, l'âge adulte venait ensuite
jusqu'à 60 ans et il y avait une première et une seconde vieillesse
séparées à 70 ans. Les cinq périodes reconnues par Daubenton
s'échelonnaient ainsi : enfance jusqu'à 20 ans, adolescence de
20 à 25 ans, jeunesse de 25 à 35 ans, virilité de 35 à 45 ans, âge
de retour de 45 à 65 ans.
Cette variété dans les divisions successives et les fluctuations
de leurs limites, notamment pour la période de la vie postérieure
à la vingtième année, reflètent bien l'incertitude dans laquelle les
observateurs se trouvaient pour désigner l'âge adulte correspon
dant en théorie à l'arrêt de la croissance.
Les premières observations précises sur l'évolution morpholo
gique durant la phase adulte de la vie remontent à 1783, avec le
travail de Tenon sur les habitants de Massy-Palaiseau. Cet
auteur, remarquant des variations individuelles importantes
dans la modification des caractères, souligne l'intérêt d'enquêtes
menées d'âge en âge sur les mêmes sujets. ET CHAMLA. CARACTERES MORPHOLOGIQUES 3 MARQUER
Quelques années plus tard (1799), Buff on, dans un chapitre de
son Histoire Naturelle de l'Homme consacré à la vieillesse et à
la mort, énumère les principales transformations dues à l'âge
et souligne que l'apparition de la graisse, à partir de 35 ans,
change la forme corporelle. A cela s'ajoutent un durcissement
et une ossification des cartilages qui s'opposent au redressement
de la colonne vertébrale. Pour Buffon, l'homme grandit jusqu'à
16 ou 18 ans, mais « le développement entier de toutes les parties
du corps en grosseur n'est achevé qu'à 30 ans ».
Telles sont les premières constatations non accompagnées de
mesures précises que l'on peut recueillir chez les auteurs de la fin
du xvine siècle. Il faut attendre, semble-t-il, plus de trois décades
avant que les anthropologistes se penchent avec plus d'intérêt
sur le problème.
C'est en 1835 en effet que Quételet nous livre le premier travail
d'envergure — repris en 1871 — sur les variations moyennes, et
non plus à l'échelon individuel, des mesures du corps et de la
tête, chez des Belges âgés de 20 à 90 ans. Parmi les dimensions
qui augmentent sous l'influence de l'âge, citons entre autres : les
largeurs des épaules, du thorax et du bassin, les circonférences
thoracique et abdominale, la longueur du membre supérieur, les
dimensions transversales du front et du nez. En revanche, la
stature, dont le maximum est atteint à 30 ans, demeure sta-
tionnaire jusqu'à 50 ans et diminue ensuite d'environ 7 cm. La
longueur de la tête ne change pas.
Mais, un an après (1836), Parchappe, dans une étude sur l'e
ncéphale et la tête chez l'homme, constate au contraire que le
volume de la tête n'est pas stable pendant l'âge adulte et s'ac
croît jusqu'à 50 ans.
L'analyse des variations de la stature retint particulièrement
l'attention des chercheurs de cette période. Dans une enquête de
Lélut (1841) sur la taille moyenne de l'homme en France, nous
trouvons les résultats de statistiques établies sur 2.000 détenus
divisés en cinq séries, de 16 à plus de 50 ans ; la taille maximale
est toujours obtenue au delà de 30 ans et la décroissance qui dé
bute après cet âge est peu importante. Sur les populations non
européennes, la première enquête sur le même sujet concerne des
Eskimos de Baffin mesurés par Sutherland en 1846 ; les données
publiées en 1856 montrent que, après un maximum entre
26-30 ans, la taille décroît aussi chez eux de façon peu marquée.
Une constatation identique est faite par Scherzer, Schwartz et
Weisbach (1867) sur une cinquantaine de Nicobariens âgés de
16 à 40 ans et mesurés au cours de l'expédition de la Novara :
la taille, de nouveau seule considérée, atteint son maximum à
31-35 ans et diminue ensuite. Retenons que ces enquêtes n'en- 4 SOCIETE D ANTHROPOLOGIE DE PARIS
visagent jamais des sujets très âgés ; elles s'arrêtent généra
lement aux environs de la cinquantaine, parfois de la quaran
taine et la dernière classe groupe tous les individus au-dessus
de cet âge moyen sans aucune précision sur la limite de l'âge
extrême. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant qu'on ne
constate qu'une diminution fort peu sensible de la taille.
Deux ans plus tard, en 1869, une documentation très impor
tante sur la stature est publiée par Gould ; elle concerne plus
d'un million de soldats de l'armée des États-Unis, de diverses
origines : Blancs (Anglais, Allemands, Scandinaves, Irlandais,
Écossais), Noirs américains et Indiens Iroquois. D'une façon
générale, chez les Blancs comme chez les Noirs, la taille n'atteint
son maximum qu'après 30 ans, pour décroître ensuite. Toutefois,
chez les Blancs, le moment où la taille présente son maximum
semble varier d'une population à une autre. Baxter (1875) qui
s'intéressa également aux variations de taille chez les soldats
américains constata une diminution régulière après 35 ans.
Dans une étude critique sur la taille considérée suivant l'âge,
le sexe, l'individu, les milieux et les races, Topinard fait en 1876
le point sur la question, qu'il reprend en 1885 dans son Anthrop
ologie générale. Ses observations et ses comparaisons lui per
mettent de formuler un certain nombre de propositions qui sou
lignent l'importance des variations avec l'âge, variations qui,
pour l'auteur, sont plus individuelles que raciales.
Vers la même époque, Bertillon, ayant rassemblé de nombreux
documents sur les Français, s'intéresse aussi à l'évolution des
caractères morphologiques chez l'adulte. Les données relatives à
l'âge, recueillies sur un effectif de 5.117 sujets âgés de 20 à 60 ans
et classés par tranches de cinq ans, sont citées par Mac Auliffe
seulement en 1923. Entre 28 ans, âge du maximum de stature,
et 60 ans, la diminution dépasse 4 cm ; la hauteur du buste
décroît parallèlement. La longueur de la tête augmente dès 28 ans
et sa largeur diminue à partir de 30-34 ans.
A la fin du xixe siècle, on trouve encore dans les travaux de
trois auteurs quelques observations sur les variations anthro
pométriques en fonction de l'âge. Prengruber (cité par Topinard
en 1885) constate une diminution de la taille après 50 ans, chez
des Kabyles de Palestro. Weissenberg met en parallèle (1895)
des Juifs de la Russie du Sud âgés de 20 à 75 ans et divisés en
six classes d'âge, avec des Polonais et des Ruthènes mesurés
par Kopernicki en 1876 : dans les trois groupes, la taille maxi
male est obtenue vers 26-30 ans et sa décroissance jusqu'à
75 ans approche 2 cm ; la circonférence thoracique augmente
jusqu'à 50 ans, puis diminue ; l'amplitude diminue
constamment dès 20 ans. Enfin Pfitzner (1899), dans la première ET CHAMLA. CARACTERES MORPHOLOGIQUES 5 MARQUER
partie de ses études d'anthropologie sociale, consacre un cha
pitre à l'influence de l'âge sur les caractères physiques. Ses obser
vations reposent sur l'examen d'environ 1.400 cadavres des deux
sexes provenant de l'institut anatomique de Strasbourg ; ils
sont répartis, de 20 à 100 ans, par tranches de 10 ans. L'étude
de la pigmentation de l'iris fait ressortir une augmentation avec
l'âge des iris pauvrement pigmentés aux dépens des iris fort
ement pigmentés. La stature, maximale à 31-40 ans, diminue de
près de 5 cm et le buste de 3 cm jusqu'à l'extrême vieillesse. Le
membre supérieur tend à s'allonger légèrement tandis que le inférieur ne paraît pas se modifier. La longueur et la
largeur de la tête augmentent dès 20 ans, ainsi que la face, aussi
bien en hauteur qu'en largeur.
Entre 1900 et 1930, le problème qui nous occupe, ne semble
pas soulever d'intérêt particulier ; quelques investigations r
etiennent cependant l'attention.
En 1902, Manouvrier, dans un ouvrage sur les rapports anthro
pométriques et les principales proportions du corps, aborde à
son tour la question de l'influence de l'âge. Il remarque que cer
taines dimensions, comme les circonférences et même les dia
mètres de la tête, sont susceptibles de variations importantes
dues à la présence du tissu adipeux et cela dès l'âge de 35 ans.
Après 60 ans, on observe de notables changements dans le sque
lette lui-même. Se basant sur les travaux de Rollet sur 100 cada
vres d'adultes et de vieillards, Manouvrier s'aperçoit que l'affai
ssement de la taille dans la vieillesse porte principalement sur le
tronc, outre une légère réduction dans la région tarsienne. La
diminution peut être de 3 cm jusqu'à 60 ans. Mais surtout l'an-
thropologiste pose le problème d'une sélection éventuelle ten
dant à éliminer peut-être les individus de grande taille entre
45 et 60 ans ; les petits sembleraient subsister plus longtemps.
De plus, la taille des sujets grands aurait tendance à diminuer
davantage que celle des petits.
Les premiers renseignements sur les Hongrois nous sont four
nis par Bartucz en 1917 ; ils sont complétés en 1955. L'examen
des moyennes staturales de 796 hommes, âgés de 20 à 83 ans et
classés par tranches d'âge de 10 ans, montre qu'à une augmentat
ion régulière jusqu'à 29 ans succède aussitôt une diminution
également régulière jusqu'à la fin de la vie, mais sensible surtout
à partir de 70 ans ; on relève un écart de 5 cm correspondant à
une diminution de la taille d'environ 3 p. 100.
Des études d'anthropométrie purement raciale, dans lesquelles
figurent à la fois les données individuelles et l'âge des sujets,
permettent par ailleurs d'examiner l'évolution des caractères
avec l'âge. Telle l'enquête de Dudley Buxton (1920) sur 503 Cy- société d'anthropologie de paris 6
priotes, de 20 à 60 ans ; les moyennes recalculées à partir des
mesures de chaque sujet montrent que la taille augmente chez
cette population jusqu'à 40 ans, puis diminue de 4 cm, soit
2 p. 100, entre 40 et 60 ans. Les largeurs de la tête et du front
diminuent ; les largeurs ainsi que la hauteur de la face augment
ent légèrement.
L'une des enquêtes les plus vastes et les plus complètes quant
au nombre des sujets et à celui des mesures, est celle d'Hannesson
sur des Islandais (1925). Les proportions du corps de 1.110 hom
mes âgés de 20 à 81 ans y sont comparées de 5 en 5 ans. La sta
ture varie peu jusqu'à 45-50 ans et décroît ensuite de 6 cm de
45 à 81 ans, soit de 3,5 p. 100. La largeur des épaules reste inva
riable à partir de 22 ans, celle du bassin augmente ainsi que les
circonférences du thorax et de l'abdomen. Malheureusement les
mesures de la tête font défaut.
En 1925 également paraissent les premiers travaux de Hrdli
čka sur les variations avec l'âge, à l'occasion d'une enquête
anthropométrique sur ce qu'il nomme les « old Americans ».
L'examen des caractères de 235 hommes montre que la taille,
maximale à 40 ans, diminue d'un cm jusqu'à 60 ans ; la longueur
et la largeur de la tête augmentent 50-59 ans puis d
iminuent ; la face s'allonge et sa largeur augmente légèrement
avec l'âge.
C'est en 1927 que nous trouvons la seconde et, semble-t-il,
la seule enquête, avec celle de Gould en 1869, sur les variations
avec l'âge chez les Noirs. La taille d'une série de 887 Noirs amér
icains, de 20 à 79 ans, a été relevée par Herskovits qui constate
que le maximum n'est atteint qu'au début de la quatrième décade
et est suivi d'une diminution de 2,7 cm jusqu'à 80 ans, soit
1,5 p. 100. Vers la même époque des observations sur des Ha
waïens sont publiées par Sullivan et Wissler (1927) : 331 hommes
âgés de 21 à 80 ans, répartis par tranches d'âge de 5 ans et me
surés pour la stature et les caractères de la tête, accusent un
abaissement rapide de la taille à partir de 36-40 ans qui atteint
à 80 ans près de 6 p. 100. Durant la même période, la longueur
de la tête s'accroît, le front diminue, la face s'élargit et s'allonge,
les dimensions longitudinale et transversale du nez augmentent.
Ainsi s'accumulent les statistiques qui mettent en évidence
l'importance du facteur âge dans toute étude anthropométrique
de groupes ; en même temps, le nombre des chercheurs intéressés
par le problème va croissant.
En 1931, Bean fait une enquête sur les Virginiens dont les
familles sont installées dans le pays depuis deux générations. La
stature de 3.000 sujets, âgés de 21 à 70 ans et classés de 10 en
10 ans, ne révèle pas de variations sensibles entre 20 et 60 ans ; ET CHAMLA. CARACTERES MORPHOLOGIQUES 7 MARQUER
mais si l'on fait une sériation professionnelle, on s'aperçoit que
les professeurs et les étudiants accusent une différence de taille
de plus de 2 cm entre 26 et 60 ans.
En 1932, Reed et Love évaluent les modifications qui inte
rviennent chez les officiers de l'armée américaine entre 21 et
64 ans, en mesurant la stature et le périmètre thoracique de
plus de 11.000 hommes. La première diminue légèrement, le
second augmente avec l'âge.
Chez les Portugais, les variations des mesures de la tête sont
analysées par Pina (1931-1932) sur une centaine d'hommes,
de 25 à 60 ans : longueur et largeur de la tête augmentent lég
èrement avec l'âge.
Après les « Vieux Américains », Hrdlička porte son intérêt
sur les Indiens Pueblo, dont les caractères sont examinés en
fonction de l'âge dans le cadre d'une enquête anthropométrique
classique. Trois groupes d'âge sont envisagés : moins de 28 ans,
28-50 ans, plus de 50 ans, en tout 263 hommes. La stature s'af
faisse très légèrement ; la largeur du thorax diminue mais sa
profondeur augmente ; pour les mesures de la tête, la longueur
ne change pas, la largeur augmente, la hauteur faciale diminue,
le front se rétrécit et le nez augmente en et en largeur.
De son côté, Boas en 1935 apporte de nouveaux documents sur
les habitants des U.S.A. en étudiant les tailles d'immigrants de
différentes origines : 683 Juifs, 586 Siciliens, 369 Bohémiens sont
comparés pour la taille. Chez les premiers, l'écart entre les indi
vidus de 29 ans et ceux de 64 ans s'élève à près de 5 cm ; chez les
seconds, il n'est plus que d'un cm et chez les derniers il atteint
4 cm. Mais, en faisant remarquer l'augmentation de la taille
qui se produisit entre 1892 et 1924, même dans les milieux pau
vres de New York, l'auteur pose pour la première fois le pro
blème des rapports entre la variation séculaire et la variation
due à l'âge.
La même année est publiée une étude de Jarcho sur des popul
ations provenant de différentes régions de l'U.R.S.S. La taille
et divers diamètres de la tête sont comparés dans deux groupes
de race jaune — 772 Kirghizes et 672 Uzbeks — et deux grou
pes de race blanche — 807 Russes et 600 Arméniens. Dans les
quatre groupes, la couleur de l'iris accuse une décoloration pro
gressive et les nez convexes augmentent. La taille diminue un
peu après 40 ans chez les Kirghizes, les Uzbeks et les Armén
iens ; chez les Russes, son affaissement est plus marqué. La
longueur de la tête augmente chez les Jaunes et diminue chez les
Blancs ; sa largeur s'accroît les Kirghizes et chez
les Blancs ; le front s'élargit chez les Jaunes et se rétrécit
les ; chez tous, la face et le nez s'élargissent et s'allongent. 8 société d'anthropologie de paris
En 1936, dans une étude de synthèse sur la croissance durant
l'âge adulte, Hrdlička rassemble tout ce qui a été précédemment
publié sur la question. Il souligne l'existence de transformations
continues dans certaines dimensions du corps et de la tête qui,
soumises à un double processus d'évolution et d'involution,
sont en perpétuel changement jusqu'à la quatrième et cinquième
décade et même vraisemblablement un peu plus tard. La séni
lité est marquée soit par une diminution progressive (taille et
quelques mesures céphaliques), soit par une augmentation pro
gressive (oreilles, nez, bouche). Il remarque en outre de très im
portantes variations individuelles.
Après Boas, Goldstein (1936) s'intéresse aux Juifs des U.S.A.
A une étude sur la croissance des enfants est adjointe, à titre
comparatif, une analyse des effets de la sénilité. Une série de
50 hommes âgés de 21 ans est comparée à une autre série compre
nant des sujets âgés de plus de 60 ans ; seules les mesures de la
tête sont envisagées. La longueur de la tête décroît, mais sa lar
geur ne se modifie pas ; les largeurs frontale, bizygomatique et
mandibulaire augmentent, mais la hauteur de la face diminua ;
le nez s'accroît en longueur et en largeur.
En France, Verdun et Aubenque (1948) reprennent la question
et donnent les résultats d'observations recueillies sur 311 étu
diants français, de 18 à 40 ans, partagés en trois classes : 18 et
19 ans, 20 à 25 ans, 26 à 40 ans. Ils constatent un accroissement
de la taille au delà de 19 ans, des dimensions thoraciques et de
l'abdomen après 25 ans. La largeur des épaules diminue après
25 ans, celle du bassin augmente jusqu'à la dernière classe. Les
dimensions de la tête ne se modifient pas.
Deux ans plus tard, un anthropologiste suisse, Buchi, préoc
cupé d'éliminer au maximum les causes d'erreur qui se glissent
dans toutes les études des variations morphologiques en fonction
de l'âge, tente d'appliquer à ce problème une méthode qui se
rapproche le plus possible de la solution idéale, laquelle consis
terait à suivre les mêmes sujets durant toute leur vie. Il mesure
deux fois, à neuf ans d'intervalle, 196 Suisses âgés de 20 à plus
de 65 ans. Les pourcentages d'augmentation ou de diminution
s'ont calculés à l'intérieur de chaque classe de 9 ans et correspon
dent à l'évolution des mêmes sujets au cours d'une période de
neuf ans ; il établit ensuite des courbes à partir des pourcen
tages trouvés dans chaque classe. L'auteur aboutit ainsi à des
résultats qui lui semblent plus valables que ceux obtenus par la
méthode transversale : la stature augmente jusqu'à 30-40 ans
puis décroît ; le buste s'allonge plus longtemps et ne diminue
qu'après 60 ans ; par contre, la longueur du membre inférieur
subit au cours de la vie une très forte réduction qui commence ET CHAMLA. CARACTÈRES MORPHOLOGIQUES 9 MARQUER
dès l'âge de 20 ans. Si bien que, sans être absolument affirmatif
dans ses coaclusions, Btichi pense que la diminution de la sta
ture est liée plus à la diminution du membre inférieur qu'à celle
du buste. Faisons simplement remarquer que cette opinion est
en contradiction avec toute les autres investigations dans le
squelles le buste est considéré comme la partie du corps la plus
touchée par l'affaissement. Par ailleurs, les dimensions de la
tête se modifient tout le long de la vie, le changement le plus
marqué portant sur la longueur de la face qui s'accroît considé
rablement avec l'âge.
Le grand nombre de travaux parus entre 1950 et 1960 nous
oblige à en abréger l'énumération. Citons pour mémoire :
1950. — Goon compare 1.063 Albanais, âgés de 18 à plus de
65 ans, pour la taille et les caractères de la tête. La stature dé
croît de 3 cm après 39 ans ; la longueur et la largeur de la tête
croissent jusqu'à 45 ans puis diminuent ; la face s'allonge de
façon importante ; les nez convexes augmentent aux dépens
des nez droits.
1951. — Hooton et Dupertuis mesurent 10.000 Irlandais, de
15 à 94 ans, pour la plupart des caractères de la tête et du corps.
Les données indiquent une évolution constante au cours de
l'âge ; en outre, la morphologie des octogénaires tendrait à se
rapprocher de celle des sub-adultes (moins de 20 ans).
1953. — Lasker étudie 268 Mexicains Paracho âgés de 19 à
plus de 65 ans et les compare à une série de Mexicains mesurés
par Goldstein dix ans auparavant. Il relève d'importantes trans
formations dont certaines lui semblent sans aucun doute imput
ables au facteur âge, tandis que d'autres sont plus douteuses. Il
admet en effet que les normes changent au cours des générations
successives et qu'il peut exister un taux sélectif de mortalité
qui élimine un certain nombre d'individus d'un type particulier.
1955. — Bartucz compare l'évolution de la stature chez des
travailleurs légers et des travailleurs de force : 663 hommes âgés
de 20 à 81 ans. La stature décroît davantage et plus chez les
seconds.
1955. — Takahashi et Atsumi analyse trois dimensions du
corps chez 819 Japonais, de 20 à 85 ans ; ils constatent une im
portante diminution de la taille, plus de 7 p. 100. La profondeur
du thorax augmente et sa largeur diminue.
1957. — Observations de Hulse sur des Suisses, 520 hommes
dont les limites d'âge sont mal précisées et qui sont divisés en
trois groupes : 35 ans, 35 à 54 ans, 54 ans. La plupart des dimens
ions de la tête croissent jusqu'à 54 ans puis diminuent. La taille

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